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Pardon, monsieur.
Merci, monsieur.
Dis donc, tu pourrais m'aider. Oh, pardon.
Depuis que nous avons quitté Saint-Lazare, je n'existe plus.
Et Félix, mon canari ?
Tiens. Le voilà. Merci.
Quel voyage.
3 lieues de marche, 2 heures de patache,
une nuit de chemin de fer et l'omnibus.
Enfin, nous voici arrivés. C'est beau, Paris.
Mais grand. On va s'y perdre.
L'oncle Baudu nous pilotera. Il ne nous connaît même pas.
Il n'en sera que plus heureux.
Il habite où, l'empereur ? On s'occupera de ça après.
On va chercher l'oncle. Monsieur ?
La rue Saint-Augustin ?
La première à gauche. Et après ?
"Après" ?
Il faut vous conduire par la main ?
C'est que nous ne sommes pas d'ici. Ça se voit, que vous débarquez.
Faut être péquenaud pour se perdre. Soyez aimable.
Sinon quoi ?
Petit morveux ! Bouseux ! Andouille !
Oh, regarde.
Au bonheur des dames. C'est un vrai palais.
C'est là qu'il habite, l'empereur ?
Je n'aurais jamais pensé à des magasins si grands.
On vend de tout. Même des tambours.
Oh, regarde.
Les vendeuses sont jolies. On doit les choisir.
Oui. Exprès pour toi.
Je vous envoie mon portrait ?
Oui. Dès que j'aurai une adresse.
Monsieur Baugé, le haut-de-forme est obligatoire.
Excusez-moi.
Premier et dernier avertissement.
Le sous-directeur surveille l'entrée.
Il va nous obliger à porter le frac.
Pas d'observations. Dernier avertissement.
Bonjour à tous.
Avec ça, ce sera ?
Un gibus, un. Et bien lustré.
- Un rosé, en vitesse. Bien, monsieur.
Un petit blanc ? Pas le temps.
- Pourquoi ils changent de chapeau ?
- Ils en ont plusieurs. Pourquoi ?
Pour avoir l'air rupin.
Comme ça coûte cher, on le met juste pour entrer.
Comme ça, on ne l'use pas.
Pourquoi il m'a dit ça ? C'est ici.
Viens.
Comme c'est petit. Et triste.
Les autres maisons l'étouffent.
M. Baudu, s'il vous plaît.
C'est ici ? On peut le voir ?
- Jamais de la vie. Vous voulez m'étrangler ?
C'est du vol !
- Monsieur Baudu. La colère vous égare.
Je ne suis pas en colère. Je dis ce qui est.
Baudu n'a jamais mâché ses mots,
ni caché ses opinions.
Voilà 35 ans que je me sers chez vous.
35 ans !
Oui. Vous êtes l'un de nos plus anciens clients.
Ça ne vous empêche pas de me vendre plus cher.
Allons, allons...
Ne prenez pas votre air de sacristain.
Les Lyonnais, c'est calotin et compagnie.
Merci. Pas le matin.
Nous vous faisons ce tissu
3,50 francs le mètre. Nous n'y gagnons presque rien.
Alors ?
Pourquoi le vendez-vous 3,40 francs au Bonheur des dames.
Je me suis renseigné.
Le Bonheur des dames nous en commande 10 000 mètres.
Je ne sacrifierai pas 34 000 F pour vous faire plaisir.
Nous vous accorderons du crédit.
Vous signerez des traites. "Des traites" ?
Moi ? Pourquoi pas ?
Baudu n'a jamais rien dû à personne. Il n'achète que ce qu'il peut payer.
"Des traites" ! Un honnête homme ne signe pas de traites !
Le Bonheur des dames en a signé.
Vous n'allez pas comparer
le Vieil Elbeuf à ce bazar.
C'est une insulte aux commerces honnêtes.
Avec son faux luxe, il nous vole notre clientèle.
Rira bien qui rira le dernier.
Allons. Pour revenir à la question...
3,40 F. Pas plus que le Bonheur des dames.
Impossible.
Eh bien, salut. Je m'adresserai ailleurs.
Je regrette.
Dites à la maison Carrezou que je l'attends au tournant.
Quand Mouret ne paiera pas ses traites,
ils sauront que j'avais raison. Mais ce sera trop tard.
Car le Bonheur des dames s'écroulera dans un fracas de scandale,
entraînant dans sa ruine des maisons comme la vôtre,
qui se seront laissé piper.
Tant pis pour vous.
Moi, j'assisterai à cette revanche sur le pas de ma porte.
Je veux voir Mouret chassé par l'huissier,
emmené par la force publique.
Il passera devant moi entre les gendarmes.
Je ne lui dirai rien. On n'insulte pas un vaincu.
Mais je paierai à boire à tout le quartier.
Vous désirez ?
Bonjour, mon oncle. Bonjour.
- Bonjour, tonton.
Qui êtes-vous ?
Nous sommes les enfants de votre frère Charles.
Vous avez donc quitté Valognes ?
Jean a trouvé une place. Chez un ivoirier.
Moi, j'avais perdu la mienne. On s'est souvenu de votre lettre...
Ah...
Je vous ai écrit ça il y a 2 ans, à la mort de vos parents.
Eh ben, j'ai dit ce qu'on dit d'habitude.
Mais on n'a pas idée de tomber chez les gens sans crier gare.
Et trois, tout d'un coup.
Sans le sou, naturellement.
Excusez-nous, mon oncle. Où allez-vous ?
Tu restes ici.
En voilà, un caractère.
Je n'ai plus le droit de dire ce que je pense, alors ?
Geneviève !
Aujourd'hui, on va s'arranger comme on pourra.
Ensuite, on tâchera de vous caser quelque part.
Commet t'appelles-tu ? Denise.
Et toi, Amédée ? Non. Jean.
Et moi, Pépé. Et lui, Félix.
Voilà votre cousine.
Les enfants de Charles. Ils viennent de Normandie.
Il faut les loger.
Jean et Pépé coucheront
dans la chambre de Jules, le fiancé de ma fille.
Jules Colomban, mon premier commis.
Quant à Denise,
elle couchera avec toi.
Si tu n'avais pas encore reculé mon mariage,
ma chambre serait libre.
Vous auriez pu la partager.
Mon oncle... Que veux-tu, encore ?
On ne dérangera pas longtemps.
Je vais chercher du travail.
"Du travail", ma pauvre petite ?
Il n'y en a pour personne, ici.
De 3 commis, je suis passé à un.
On ne vend rien. Pourquoi ?
"Pourquoi ?"
Un flibustier, un aventurier est venu s'installer à côté,
et il racole la clientèle comme un bonimenteur de foire.
Tiens, regarde.
C'est lui.
De dos, près de la voiture.
C'est Mouret.
Toute la nuit, ça fait la noce.
Ça gaspille son argent avec des drôlesses.
Et le jour, d'autres femmes viennent l'enrichir.
Regarde-les rire.
Elles sont chatouillées.
Il doit leur raconter de belles cochonneries, l'arsouille.
Fais le joli coeur, assassin !
Et si on t'entendait ?
Il a tué sa femme.
"Tué" ?
- Non. Papa exagère.
Elle est tombée en visitant les travaux
du Bonheur des dames.
Une maison qu'elle lui avait apportée en dot.
C'était une sainte femme. Mais il l'a oubliée.
Il a un portrait d'elle au bureau.
C'est bien le moins qu'il lui doive.
Le Bonheur des dames peut dresser sa façade avec orgueil,
il y a du sang sous ses pierres.
Une femme comme vous ne peut pas hésiter.
J'ai là un petit magasin. A côté, la boutique du père Baudu.
Plus loin, l'hôtel que vous souhaitez vendre.
J'ai déjà un acquéreur. Qui ?
Vous. Moi ?
C'est pour l'acheter que vous me faites venir.
J'ai mieux que ça.
Quoi ? Une association.
Vous, c'est les terrains. Et vous, le génie.
Disons mon sens commercial.
J'abats l'hôtel Duvillard, la boutique de Baudu...
Voudra-t-il vendre ? Oui.
Et nous ferons du Bonheur des dames le plus grand magasin du monde.
Comme vous y allez, cher monsieur.
C'est une excellente affaire.
Et la clientèle ?
"La clientèle" ? Oui.
Venez voir.
La clientèle ? Mais la voilà.
Les femmes. Toutes les femmes.
Dans le palais que je construirai,
il y aura tout ce qu'il leur faut.
C'est-à-dire ce qui leur est inutile.
Vous les connaissez bien ? Je les aime.
Je fais ce métier pour ça.
Du commerce dans une atmosphère d'alcôve.
Charmer pour mieux vendre. Je vous retourne le compliment.
Ma parole, en vous regardant,
j'en arrive à désirer une association plus étroite.
Joindre l'utile à l'agréable. Pourquoi les séparer ?
Oh non. Ne mêlez pas l'amour aux affaires.
Ça rend les affaires bien agréables.
Ou l'amour bien ennuyeux.
Je n'ai pas l'impression qu'on s'embêterait.
Je vais réfléchir à votre proposition.
Je vous adore.
Le rayon quincaillerie, monsieur.
Au sous-sol. Merci.
Les dentelles ? Au rez-de-chaussée.
Vous cherchez quelque chose ? Non. Je regarde.
Regardez tout à votre aise.
Au bonheur des dames, les clientes sont chez elles.
- Voici, madame.
Tu me voles encore mon tour ! La prochaine cliente est à moi.
Retourne à ta ferme. Et toi, à ton trottoir.
Nous ne sommes pas au lavoir, ici.
Chacune à votre place, et en silence.
Mademoiselle Badon,
vous êtes témoin qu'elle triche.
Vous avez tort de vous chamailler.
Qu'est-ce qu'elle se croit, celle-là ?
T'es pas plus forte qu'une autre. Je vais te le prouver.
La 1re qui passe, je la tombe d'un manteau.
Et du plus cher, encore.
Bonjour, mademoiselle. Vous cherchez un manteau ?
Nous avons une occasion exceptionnelle.
Un article qu'on s'arrache. Et le prix...
100 francs. Vous n'hésiterez plus.
Je n'hésite pas. Je ne le prends pas.
Ce n'est pas l'envie qui m'en manque.
J'ai l'air d'une personne qui peut se permettre ça ?
Vous repasserez.
Vous m'abandonnez ? Vous avez tort.
La 1re qualité d'une vendeuse est d'être polie.
La 2e, d'être patiente. - Bravo.
Prenez-en de la graine. La cliente a toujours raison.
On doit faire comme. Quitte à la maudire après.
Vous, vous êtes du métier. J'étais vendeuse.
Chercheriez-vous du travail ? Oui.
On m'a dit qu'il n'y a rien. Il y en a pour les travailleuses.
Bourdoncle, le registre.
Les conditions : 1re année au pair,
nourrie et logée dans la maison.
Votre nom ?
Denise Baudu.
Votre adresse ?
Pour l'instant, j'habite à côté, au Vieil Elbeuf.
Vous êtes parente de M. Baudu ? Je suis sa nièce.
Je crois inutile, monsieur Mouret...
C'est vous ?
Oui, mademoiselle.
Votre oncle nous déteste. Il a tort.
Nous avons l'esprit plus large.
Mlle Baudu est engagée. Elle débutera demain.
Regarde ce vieux débris qui vient faire sa provision de chair fraîche.
Il aurait tort de se gêner. Ces demoiselles sont à vendre.
On ferme le magasin, et on continue sur le trottoir.
J'attends quelqu'un.
Bonsoir.
Tu ne changes pas de chapeau ?
Ce soir, au diable l'avarice.
Il faudrait mettre un gros numéro sur ce capharnaum
et changer d'enseigne : Au bonheur des messieurs.
Ça finira comme ça : en lupanar !
Ah, te voilà.
Je t'attendais pour dîner.
Colomban répète à la Philharmonique, et Geneviève rentrera plus tard.
Elle a emmené le petit Pépé à la campagne,
à Auteuil,
chez Mme Gras, qui le gardera pour 30 francs par mois.
C'est pas possible. Il va être malheureux.
Mais il sera comme un coq en pâte.
Quant à Jean, il a trouvé une chambre.
Ça arrange tout.
Mon oncle ?
J'espère que tu aimes la soupe. C'est ma spécialité.
Oui, mon oncle.
Je voulais vous dire que... Quoi ?
Tu ne vas pas te gêner avec moi, voyons.
On te le dira :
Baudu a son franc-parler, mais il a bon coeur.
Tiens. Déjà ?
Je croyais que Mme Gras te garderait à dîner.
Qu'est-ce que tu as ? Rien.
Un peu de fatigue.
Je vais me reposer. Demain, ça ira mieux.
- Elle n'a pas bonne mine.
Vous devriez appeler un docteur.
Je sais bien ce qui lui manque. C'est le mariage.
La pauvre petite s'impatiente. Colomban aussi.
Pourquoi ne les mariez-vous pas ?
J'ai promis de remettre à mon gendre
le Vieil Elbeuf en pleine prospérité,
comme je l'ai reçu de mon beau-père.
Je n'ai qu'une parole.
Qu'est-ce que c'est que ça ? Regardez.
Comme vous aviez cassé l'autre... Ça vous fait plaisir ?
Tu es bien une Baudu, toi. Le coeur sur la main.
Tu as acheté ça à côté ? Oui.
Rien de ce qui vient de chez Mouret ne doit entrer ici !
C'est mon ennemi personnel.
Il me hait. Non.
Qu'en sais-tu ? Il me l'a dit.
Tu lui as parlé ? Ne vous mettez pas en colère.
Je dois travailler. Je ne peux pas rester à votre charge.
J'ai trouvé une place au Bonheur des dames.
Mon oncle... Pas un mot de plus.
Je t'ai offert l'hospitalité cette nuit.
Je n'ai qu'une parole.
Mais à partir de demain, je ne veux plus te voir.
Allons, mesdemoiselles. Dépêchons. Vite.
En bas dans cinq minutes, ou gare aux amendes.
Dernier avertissement.
Allons, mademoiselle.
C'est un désastre. 2 comme moi iraient dans cette robe.
Trop tard. Ce soir, nous arrangerons ça.
Allons, dépêchons.
Combien de lettres ? 535.
Que pense la clientèle ? Elle ne pense pas.
Comme le troupeau de moutons, elle suit.
Mes hommages, madame.
Très bien, votre étalage.
Excellente initiative.
Vous lui donnerez une prime.
Votre nom ? Favier.
Vous avez mangé de l'ail.
Une simple gousse frottée sur du pain.
Juste de quoi asphyxier la clientèle.
J'annule la prime, et plus d'ail.
Premier et dernier avertissement.
Vous me reconnaissez ? Je vous ai acheté ce vase.
C'est possible.
Mon mari l'a en horreur, il veut le jeter,
et il me boude.
Je vous en supplie, échangez-le-moi.
Le règlement me l'interdit formellement.
Faites l'échange.
Vous pouvez choisir. Merci.
A votre service.
Celui-ci lui plaira.
Il est beaucoup plus cher. 6,95 francs.
Ça ne fait rien.
Voilà un précédent fâcheux. C'est une innovation.
Les articles peuvent être échangés.
Combien de verres avez-vous bu ?
J'ai toute ma lucidité. Vous voulez ruiner la maison ?
Je ne veux pas qu'une cliente boude mon magasin,
qu'elle ait son erreur devant les yeux.
Ce vase était devenu pour cette femme un remords.
Eh bien, mon cher, je ne vends pas de remords.
Montrez-moi quelque chose qui me plaise.
Vous voulez un manteau, ensuite une cape.
Après, c'est une robe.
C'est mon droit. Et vous devez me satisfaire.
Encore faut-il vous décider. Ne soyez pas insolente,
ou je dépose une plainte contre vous.
Qu'y a-t-il ?
Votre vendeuse ne connaît pas son métier.
Elle ne m'a rien vendu.
Elle refuse tout. Parce que vous le présentez mal.
Ça, alors... Ne répliquez pas.
Madame Aurélie, occupez-vous de Madame.
Mademoiselle Rémy, occupez-vous de Madame.
Veillez à votre tenue et à votre coiffure.
Premier et dernier avertissement.
Vous permettez ?
Vous êtes une hôtesse adorable.
Vous seriez une associée parfaite. Nous ferions de grandes choses.
On pourrait aussi en faire d'agréables.
Le chiffre de ma recette hier a été de 150 000 F.
Nous arriverons au million.
Non. Hier, vous avez fait 113 000 francs de recette.
Comment le savez-vous ?
Vous avez des espions chez moi ?
113 000 francs, c'est déjà pas mal.
Vos terrains vous rapporteront 6 %.
7 %. C'est possible.
C'est certain.
Vous êtes sympathique, séduisant, vous me plaisez,
mais ma confiance en vous a des limites.
Merci quand même.
Vous m'offrez l'association car vous ne pouvez pas acheter.
Si je voulais... Allons donc.
A chaque mise en vente, vous jouez votre magasin.
Tout ce que je peux vous offrir, c'est une vente à terme.
Nous fixerons les échéances.
7 %. C'est bien ?
Vous m'étranglez. Mais avec de si jolies mains...
Flatteur.
Alors 6 %, échéance à un an.
7 %, échéance à 6 mois.
C'est à prendre ou à laisser. Je prends.
Le règlement veut notre mort.
Défense de s'asseoir, de sortir après 23 h,
défense de se marier sans permission...
Défense d'être heureux.
"Au bonheur des dames" !
Moi, j'aimerais vendre.
Je comptais dessus.
A votre place, je prendrais quelqu'un.
Comment, "quelqu'un" ?
Vous parlez sérieusement ? Si. Pourquoi ?
Vous ne seriez pas la 1re. Au début, j'étais comme vous.
On va se marier en cachette : il travaille ici.
Baugé, du rayon des poteries.
Un garçon gentil, travailleur, sérieux, musicien...
Sans ses varices, il serait parfait.
C'est affreux. Quoi ? Les varices ?
Non. Ce que vous dites. L'amour, c'est merveilleux.
Qui vous parle d'amour ? Je l'aime bien, mon Baugé,
mais la grande passion, c'est pour ceux qui ont le temps.
C'est un article de luxe.
Cloches.
A 23 h, ils coupent le gaz.
Je vous laisse ma chandelle. Ce soir, je ne lirai pas.
Bonsoir.
Bonsoir. Merci.
Comment es-tu entré ?
Je n'ai pas droit aux visites.
On ne m'a pas vu.
Il fallait qu'on parle. De quoi ?
J'ai rencontré une petite brune...
Une autre fois.
Nous avons déjeuné et dîné ensemble à l'hôtel,
mais je n'ai pas payé.
Je m'en moque.
Si ne je paie pas, le patron me flanque à la porte.
Tout un drame.
Pour 5 francs. "5 francs" ?
Les repas sont chers, à Paris.
Tu n'as pas honte ? Les voilà, tes 5 francs.
Je me passerai de chaussures. Maintenant, file.
Je ne recommencerai plus. J'ai rompu avec la petite.
Je me ruine pour elle, et elle se fiche de moi.
J'ai retenu la leçon. Les femmes et moi, c'est fini.
File.
Discussion.
Et ce nouvel étage ?
On y travaille. Les gens n'en dorment plus.
On parle d'une pétition. Et vous leur donnez raison ?
Non. Ça me console. Je souffre moi-même d'insomnie.
A la fin du mois,
je veux 50 logements de plus
et 3 nouveaux rayons.
Que faites-vous ici ?
Que se passe-t-il ? Je vous y prends.
De chez qui sortez-vous ? De chez personne.
Que faites-vous ici ? Et vous ?
Comment ? Je fais mon service, monsieur.
Je venais voir si vous le faisiez bien.
Mes compliments. Vous aurez de l'avancement.
Je vais vous apprendre à vous moquer de moi.
M. Mouret ! Qu'y a-t-il ?
Mademoiselle, votre tenue est indécente.
Oh...
Qui êtes-vous ? Je ne peux pas le dire.
Nous verrons. Je ne suis pas le premier venu.
Trêve de plaisanterie.
Nous enquêterons.
Ça vous coûtera cher. A vous et à votre complice.
Vraiment ? Par où êtes-vous entré ?
Eh bien... EH BIEN ?
Par là.
Il a du cran.
C'est un fou. Non. C'est un amoureux.
Cloche.
Si vous n'êtes pas en bas dans 5 min, gare aux amendes.
Allez, allez.
Je l'aurais bien caché chez moi.
Un type de la haute.
Silence, mesdemoiselles. Il faudra prendre des sanctions.
Elles passeront toutes dans mon bureau.
Vous le niez donc ?
Je ne recevrais pas mon ami dans ma chambre.
Le lit est trop petit. Vous tenez à votre confort.
C'est une enquête sur l'incident.
Merci.
Vous pouvez disposer. Faites entrer la suivante.
Quelques documents à signer. C'est urgent.
Bon...
La direction a le plus grand souci de la bonne tenue du personnel.
Une faute grave nous mettrait dans l'obligation...
Dieu merci, vous êtes mieux qu'hier.
Mes compliments.
Il y a encore cette diablesse de mèche...
Ce jeune homme ne sortait pas de chez vous ?
Non.
Vous êtes nouvelle, vous ne saviez pas.
Ce jeune homme aurait pu être un parent ou un ami.
Oh...
Aimer n'est pas interdit.
Si j'aime un jour, ce sera mon fiancé.
Et je me promènerai à son bras aux yeux de tout le monde.
Je n'aurai pas à rougir.
Je vous crois et vous félicite.
Il ne me reste plus qu'à m'excuser.
Monsieur...
Bravo.
Très galant.
Cette petite n'est pas comme les autres.
Vous croyez connaître les femmes,
mais un jour en viendra une qui vengera les autres.
Faites attention ! Vous voulez nous asphyxier ?
Fermez la fenêtre.
Nous avons droit au soleil et à l'air pur.
Même le dimanche ? Esclaves !
Ce Mouret a juré de nous rendre fous.
Il s'imagine qu'on va crier grâce,
qu'on s'en ira.
C'est un jaune d'oeuf battu dans du bouillon d'ail.
Ça va te remettre. Non. Merci, papa.
Cloche.
Voilà les derniers conjurés.
Je prépare un coup de maître qui laissera Mouret sur le carreau.
Ça te fera du bien.
Bonjour, mon oncle. Toi ? Que veux-tu ?
C'est moi qui l'ai appelée.
Laisse-nous. Tu as à faire en bas.
Denise me tiendra compagnie. Tu me trouves changée ?
Mais c'est rien. Un peu de fatigue.
C'est le moral qui est atteint.
Je t'annonce une bonne nouvelle : tu vas te marier.
J'ai vendu la maison de Rambouillet. Ce sera ta dot.
BAUDU ! BAUDU ! BAUDU !
Je descends.
Tu es contente ?
C'est trop tard. Colomban s'est lassé d'attendre.
Il en aime une autre : Mlle Prunaire.
On ne peut pas aimer Clara.
Elle a pu l'éblouir un moment, mais il te reviendra.
Tu crois ? C'est toi qu'il aime.
Il faudra lui pardonner. Tu veux que je lui parle ?
Oh non.
Mais si tu disais vrai, je crois que je guérirais.
Fracas.
Qu'est-ce qui se passe ? Un attentat ?
Ils creusent un tunnel pour réunir les anciens magasins.
C'est tout le temps comme ça. Un enfer.
Le moment est venu de réagir contre Mouret,
notre ennemi à tous.
Il veut tous nous grignoter. Moi, je dis : "En voilà assez."
Bonjour.
Mesdames... Que venez-vous faire ?
M. Mouret est au courant du petit complot que vous préparez.
Mais il m'envoie vers vous en ami.
C'est une lutte inégale. Vous vous casserez les reins.
On verra.
Je viens vous faire une proposition honnête.
Nous pouvons vous racheter vos fonds à des prix très intéressants.
Que dites-vous ? Votre affaire se porte mal.
Dites donc... De notre faute, je vous l'accorde.
Eh ben, on vous l'achète 30 000 francs.
"30 000 francs" ?
Assez !
Je vous offre 50 000 F pour votre boutique.
"50 000" ?
Je refuse ! 60 000.
Jamais ! 80.
Même pas pour 1 million !
M. Vincard est moins têtu, et Mme Bédoré accepterait 30 000 F.
Sortez d'ici ! Vous êtes chez moi !
Nous ne sommes pas à vendre. Soit.
Si vous revenez ici, gare à vos fesses !
Capituler au moment de la victoire !
30 000 F, c'est une somme.
Cette visite nous prouve qu'ils ont peur.
Tu as peut-être raison.
Il faut battre Mouret avec ses propres armes :
vendons meilleur marché que lui.
Modernisons nos boutiques, faisons de la réclame...
"De la réclame" ? Oui, de la réclame.
Il faut lutter.
Oui. Mais avec quel argent ?
Raclons nos fonds de tiroir, faisons une caisse commune.
Plus il a d'employés, plus je vends de verres.
Ah, l'égoïste.
Puisque tu es généreux, prouve-le.
Je te prends au mot.
J'ai vendu ma maison de Rambouillet 60 000 F.
Ils sont à votre disposition. Bien parlé.
VIVE BAUDU.
Débouche le champagne.
Tu pars comme ça sans rien dire ?
C'est la dot de Geneviève.
On va écraser le Bonheur des dames.
Et celui de Geneviève. Son mariage n'est que retardé.
Sa dot, elle sera doublée, triplée.
Tout le quartier sera invité.
Et les voitures du cortège passeront sur les ruines du magasin.
BAUDU ! BAUDU !
Dis-lui de patienter un peu. Elle en mourra.
A la mort du Bonheur des dames. A la mort du Bonheur des dames.
A LA MORT DU BONHEUR DES DAMES !
Ils veulent la guerre ? Ils l'auront.
On vendra chaque article 10 centimes moins cher.
C'est la ruine.
Ils se fatigueront d'abord.
Vous pouvez disposer.
Vous en faites, une tête. Je suis intéressé aux bénéfices.
Vous vous rattraperez sur les recettes futures,
quand nous aurons éliminé Baudu.
Attendez.
J'ai une idée. Encore ?
C'est le coup de grâce.
Nous allons changer la disposition des rayons.
La quincaillerie à la place de la vaisselle.
Le premier au second... Exécution.
C'est de la pure folie. Mais non.
La clientèle prend l'habitude d'aller au rayon qui l'intéresse.
Maintenant, il faudra qu'elle cherche.
Et alors elle sera tentée par des articles nouveaux.
Nous vendrons le double.
Et à perte ? C'est du joli.
Que dis-tu de mon étalage ? Ça te plaît ?
Bravo, madame Bédoré.
Un coup de main ? Ça va. Merci.
Ah, très bien. On fait de son mieux.
J'ai affiché les prix, moi aussi.
Je n'en attendais pas moins de toi.
Ils vendent leur flanelle 4,60.
Affiche la nôtre à 4,55.
Regardez la trame.
Vous pouvez toucher, mesdames. C'est inusable.
Bonjour, madame.
Vous n'en trouverez pas ailleurs. 6 m.
Colomban, 6 m pour Madame.
Je ne voudrais pas être Mouret.
4,50 ? Vous êtes sûre ? Et plus belle que celle-là.
Vous ne trouverez pas de qualité supérieure.
Au bonheur, elle est plus épaisse.
Mais c'est la même. Le même fournisseur.
Alors ils la présentent mieux.
Eh bien, allez-y, et fichez-moi la paix.
Colomban, passe-moi l'étiquette à 4,45.
Tout est changé. Je ne m'y retrouve plus.
Les porte-parapluie ?
Ceux en porcelaine, à la verrerie.
En bambou, au rayon Chine. En cuivre, au rayon ménage.
Se fixant au mur, à la quincaillerie.
Et les modèles en bois, aux meubles divers.
Merci. Il n'y a pas de quoi.
Que faites-vous ?
Je vais l'habiller. Hein ?
C'est le meilleur moyen de montrer nos modèles.
Des mannequins ? Comme dans un atelier ?
Vous êtes folle ?
Je trouve l'idée excellente.
Je vais vous aider. Ça me rappelle mes débuts.
J'étais simple calicot, pour commencer.
Tous les espoirs vous sont permis.
Puis-je vous aider ? Merci.
Vous aimez votre métier. C'est très bien, ça.
Comment peut-on travailler sans passion ?
Vos camarades ne pensent qu'à l'heure de la sortie.
Elles n'ont pas vos motivations.
Elles ne touchent rien sur les bénéfices.
Évidemment
Pardonnez-moi d'être aussi franche.
Je vous en félicite. Vous me plaisez beaucoup.
M. Mouret est très galant avec le personnel féminin.
Et qui est cette jeune personne ?
Une simple vendeuse.
Son dernier caprice, probablement. Je n'ai pas dit ça.
Il s'en occupe beaucoup. Beaucoup trop.
Vraiment ? Je vais m'en occuper, aussi.
Madame, quelle surprise.
Désagréable ? Heureuse.
Mme Desforges veut une pèlerine. Excellent.
Mme Aurélie... Non. Mademoiselle.
Vous lui portez de l'intérêt.
Mlle Baudu, occupez-vous de Madame.
Si vous voulez me suivre...
A bientôt.
Vous me négligez, depuis quelque temps.
Je ne pense qu'à vous et à vos échéances.
Monsieur ! Madame ?
Il n'y a plus de rayon porcelaine.
Si. Il est au second. J'ai eu peur.
Vous pensez... C'est pour un échange.
Si vous ne voyez pas que ce col est trop étroit,
vous êtes aveugle.
Ça a sur vous beaucoup de distinction.
Ne parlez donc pas de ce que vous ne connaissez pas.
Monsieur Mouret...
elle essaye de me persuader que cela me va.
Est-elle stupide ?
J'expliquais...
Dites tout de suite que je suis une imbécile.
Quelle impertinence. Je vous croyais plus difficile.
Si M. Mouret l'exige, je vous ferai des excuses.
Pour cela, il faudrait que vous m'ayez blessée.
Or pour moi, votre opinion n'a aucune importance.
Au revoir. J'achèterai une pèlerine ailleurs.
Pardon. Vous n'y êtes pour rien.
La cliente est reine. Sans abuser de son privilège.
Je vous garde toute ma confiance et mon amitié.
Vous avez tapé dans l'oeil du patron.
Les espoirs sont permis.
Il y a longtemps que j'ai signalé vos qualités à M. Mouret.
Tu as bien fait de moucher cette poseuse.
Bravo. C'est très bien.
Fâcheux incident.
Certaines clientes... Celle-ci est une créancière.
Le délai que nous allions demander, il ne faut plus y compter.
Je paierai. Avec quel argent ?
Je m'arrangerai.
Nos concurrents sont sur le carreau.
J'abandonne mes appointements. Vous aussi, bien sûr.
Ah non. Je ne suis plus d'accord.
Ce serait une goutte d'eau dans la mer.
Il faut prendre des mesures draconiennes.
Il faut...
Écoutez Vous me laissez carte blanche ?
Allez-y. Bon.
C'est mauvais. C'est une honte.
Ils finiront pas nous faire manger de la...
C'en est déjà. Il faudrait se plaindre.
Mlle Baudu devrait en parler au patron.
Ils ont autre chose à faire, quand ils sont ensemble.
Mlle Prunaire...
Mlle Baudu n'est pas la maîtresse du patron ?
Bien sûr que non.
Personne n'aura Denise pour s'amuser.
Mais on peut l'avoir pour 100 sous.
Répète-le. Oui, 100 sous. Et toi avec.
Sale menteuse !
Chut, chut...
Si je signe une traite malgré ma répugnance,
c'est que ma situation est exceptionnelle.
J'ai vendu toute ma marchandise. Je dois renouveler mon stock.
Les affaires marchent. A merveille.
Plus je vends, plus je perds.
Seulement, Mouret perd 10 fois plus que moi.
Il y laissera sa peau.
Et à ce moment-là, je reviens aux anciens prix.
Et à moi, les bénéfices. Vous croyez ?
Vous ne savez rien.
Il va renvoyer plus de 300 employés.
C'est la fin, je vous dis.
Craquement.
C'est un escalier mécanique qu'il a installé contre mon mur.
Bruit sourd. Une dame qui se casse la figure.
Encore une qui montre ses fesses à la société.
Éclats de voix.
Vous entendez ? Les vendeuses.
Les vendeuses qui se disputent avec les clientes.
C'est bon signe.
C'est comme si je vous donnais de l'or en barre.
Monsieur Lafont, il est interdit de s'asseoir.
Vous passerez à la caisse.
Ça nous fait combien ? 148.
"148" ? Il en manque encore 52.
Monsieur Grimaut, vous... Vous avez une sale tête.
Vous passerez à la caisse.
Voilà Bourdoncle. Qu'est-ce que tu as ?
Rien.
Oh...
Vite, dans un salon d'essayage.
Elle est malade ? Non.
Mlle Cugnot est un peu enceinte. "Enceinte" ?
Vous êtes... Monsieur...
Pas de fille séduite. Je suis mariée.
"Mariée" ? Depuis quand ?
Depuis 3 mois. "3 mois" ? Et avec qui ?
Je...
Un ami qui ne travaille pas ici.
Un brave garçon.
"Défense de se marier sans en aviser la direction."
Vous passerez à la caisse.
Ce règlement vous donne tous les droits !
Je ne tolérerai pas... Mais mettez-moi à la porte.
Vous vous croyez très protégée,
mais ne vous y fiez pas.
Premier et dernier avertissement.
Allons, au travail. Et souriez.
J'ai une course à faire. Je reviens dans 15 min.
J'en ai assez.
S'il ne me verse pas les 30 000, je mets ses traites en circulation.
Autrement dit, je l'exécute. Ce sera la faillite.
J'avoue, madame, que votre visite m'étonne.
Je suis venue ici en amie, monsieur Baudu.
En alliée.
Dites plutôt que Mouret vous envoie m'espionner.
Vous venez voir si je succombe bientôt.
Que faut-il faire pour vous convaincre ?
Je hais M. Mouret. Oui, j'étais son amie.
Mais quand il a obtenu ce qu'il voulait : mes immeubles,
il m'a trahie.
Je n'ai qu'une idée : me venger de lui.
Je sais qu'il veut vous ruiner.
Je viens vous apporter mon aide.
Merci, mais je n'ai besoin de personne.
C'est une lutte à mort, mais personnelle.
Vous êtes donc si sûr de vaincre ?
Je crois à la justice.
J'aurais tort d'insister.
J'étais venue vous offrir de l'argent.
En tout cas, Mouret est à bout de souffle.
Encore un petit effort, et vous le vaincrez.
Excusez-moi pour cette démarche.
Vous avez toute ma sympathie.
Comprenez, madame, que je ne peux accepter de cadeau.
Question de dignité.
Oh, monsieur Baudu, loin de moi l'idée de vous humilier.
Nous haïssons tous les deux le même homme.
Nous aurions pu nous unir pour l'abattre.
Vous ne pouvez pas savoir ce qu'est la haine d'une femme.
Comment pensez-vous me proposer de l'argent ?
Je ne sais pas, moi... Une avance, un prêt,
une garantie sur votre immeuble
ou sur votre fonds.
Le Vieil Elbeuf ? Jamais.
J'ai refusé à Mouret 60 000 F pour l'immeuble.
Il pourrait vous l'arracher pour moins cher.
C'est son but. Vous le savez bien.
Je le sais bien, pardieu.
Vous savez, je ne suis pas une femme d'affaires.
Je suis fâchée avec les chiffres.
Mais je suis intuitive,
et malgré votre fierté à me cacher vos difficultés,
je les devine.
Je vous achète votre maison pour la sauver de Mouret.
Je m'engage à vous la revendre quand vous voudrez
au même prix et sans aucun bénéfice.
Je serai récompensée par la déconfiture de Mouret.
20 000.
Ça va ? Non, c'est impossible.
Qu'est-ce qu'il y a encore ? Gaujan.
Dis-lui que j'arrive.
30 000.
Elle vaut beaucoup plus.
Mais puisque vous la rachèterez au même prix.
J'ai préparé un papier à tout hasard.
Cette close est prévue.
Je ne suis pas une femme d'argent, mais une femme blessée
qui ne demande qu'à se venger d'un mufle.
Dites un bandit, un requin.
Mais cette fois-ci, nous le tenons.
Vous n'avez qu'à signer ici, en bas.
On met aussi "lu et approuvé", je crois.
Excusez-moi, je n'y connais rien.
Alors ? C'est pour aujourd'hui ?
Ah...
A bientôt.
Au revoir.
Écoutez, j'ai été patient...
Et vous voilà récompensé. Voici vos 30 000 F.
Je n'ai jamais douté, croyez-le bien.
Un vieux client comme vous... Toujours à votre service.
Voici. Je vais vous en signer d'autres.
Vous me livrez pour 60 000 francs de marchandises.
Je vais vendre à tour de bras, en faire crever Mouret.
Malgré nos pertes, nous réglerons nos dettes.
Mais il y a l'échéance de lundi.
Vous deviez obtenir un délai. Mme Desforges refuse.
Surtout après l'incident de l'autre jour.
Proposez-lui du 8 %. Elle ne me recevra pas.
C'est demain dimanche.
Vous pourriez lui rendre visite.
La corvée n'est pas désagréable.
Loin de là.
- Encore là, mademoiselle ?
J'ai aidé Mme Aurélie à finir son inventaire.
Voulez-vous me faire plaisir ? Oui. Si c'est en mon pouvoir.
Vous avez besoin de changer d'air.
Venez dîner avec moi.
Je vous remercie beaucoup. J'ai déjà dîné au réfectoire.
D'ailleurs, pas trop mal, pour une fois.
Enfin, très bien.
Alors venez souper.
Mais il faut que je rentre à 23 h.
Vous donnerez 5 sous
au portier.
La direction a le souci de la bonne tenue du personnel.
Allez passer une robe, je vous attends.
Non, monsieur. Pourquoi ?
Je ne veux pas.
Je veux, moi. Laissez-moi.
Je vous meublerai un appartement. Vous ne travaillerez plus.
Non, merci. Je m'ennuierais.
Un homme dans votre vie ? Non. Trop de femmes dans la vôtre.
Ça ne tient qu'à vous.
Lâchez-moi, je vous en supplie.
Toussotements.
Vous êtes libre à dîner ? Je me le demande.
Vous allez être d'une humeur massacrante.
J'ai dressé la liste du personnel à licencier.
Ça fait 199.
Ce n'est pas un compte, ça, 199.
Vous direz à Mlle Baudu qu'elle est nommée seconde.
...
C'est bien ? Encore un tour, Denise.
C'est le 6e. Il faut être raisonnable.
Qu'est-ce qu'on va faire ? Tu vas goûter.
Et ton travail ?
Tu ne peux pas y aller.
Pourquoi ? Jean m'a dit que c'était grand.
Raconte, Denise.
Il était une fois un monsieur
qui, en se promenant devant des boutiques mal éclairées,
décida de changer ça.
C'était le prince charmant ? Oui.
Avec sa baguette magique,
il a fait sortir de terre un palais
plein de lumière, de monde et de jouets.
Tu as vu le prince ?
Oui. Il vient souvent visiter ses sujets.
Comment est-il ? Il est joli ?
Il est très sympathique, très séduisant,
toujours très gai.
Tout le monde le salue bas, mais lui passe négligemment.
A moi, il sourit.
Tu es sa préférée, dis, Denise ?
Tu es sa préférée, dis, Denise ?
Orchestre.
Grincement.
Rires.
Applaudissements.
Comme ça, vous aimez les acrobates ?
Ça vous ennuie ?
Ce que vous m'offrez m'enchante.
En quoi ?
Vous m'emmenez dans un beuglant.
Ça vous choque ? Non, non.
Je m'attendais à subir un excès de tendresse
auquel je m'apprêtais à résister.
Vous voyez bien... Oh !
Juste pour justifier ma réputation d'honnête femme.
Trop tard.
Mais peut-être êtes-vous préoccupé
pour songer à l'amour ?
"Préoccupé", moi ? Pourquoi ?
Demain, l'échéance.
Vous pensez à tout. Naturellement.
Vous voulez me demander un délai,
et vous ne savez pas comment attaquer.
Et vous résisteriez juste ce qu'il faut
pour justifier votre réputation.
Je suis prête à vous accorder un délai d'un mois.
Ça va me coûter combien ?
Oh...
7 %, comme d'habitude. Le tarif habituel.
Je voudrais vous demander une petite faveur.
Accordée d'avance.
Vous renvoyez cette petite vendeuse.
Vous êtes au-dessus de cela.
Je vous demande une faveur.
Ne m'obligez pas à en faire une obligation.
Je refuse.
Tant pis pour vous.
Ça me coûtera ce que ça me coûtera.
Ça vous coûtera la maison de Baudu.
Où est le rapport ?
Baudu m'a emprunté de l'argent qu'il ne peut pas rembourser.
Elle est donc à moi.
Vous avez fait ça ? Je ne pouvais pas résister.
Je sais que vous y teniez. Je voulais vous l'offrir.
A quel prix ? 80 000.
Combien gagnez-vous ?
L'essentiel n'est-il pas d'avoir ce qu'on veut ?
Vous, vous voulez cette maison, et moi...
je ne veux plus voir cette petite.
Non, non. Ne fais pas cette tête-là.
Applaudissements.
Vous avez raison.
Ils sont charmants, ces acrobates.
Roulements de tambour et applaudissements.
Je vous présente votre nouvelle seconde.
Continuez à travailler.
Elle a eu ce poste
grâce à ses qualités d'initiative et de commandement.
J'espère que vous lui rendrez la tâche facile.
Mademoiselle, pas de broche sur la blouse.
Premier et dernier avertissement.
Monsieur... Oui ?
C'est une plaisanterie ? Non.
Je préfère rester vendeuse que seconde dans la cave.
Libre à vous de refuser et de donner votre démission.
Je vous le dois ?
Non, mademoiselle. C'est à M. Mouret lui-même.
Il préfère ne plus vous voir.
Mme Desforges est-elle là ? Vous avez rendez-vous ?
Je venais... C'est à quel sujet ?
Annoncez M. Baudu. Je vais voir si Madame est là.
Madame a laissé une commission pour vous.
"Concernant votre immeuble, adressez-vous à M. Mouret.
"Il a tout pouvoir."
"Mouret" ? Madame lui a cédé sa créance.
C'est lui qui est désormais votre propriétaire.
La sortie est par ici.
Tu viens contempler ton oeuvre ?
Un assassin qui revient sur les lieux du crime.
Tu peux être fier :
Quinette a déposé le bilan,
Tatin est en liquidation judiciaire,
Vincard a fait faillite,
Bouras a voulu se tuer de désespoir.
Heureusement que je ne vous ai pas suivi.
Vous avez bien réussi. Un vrai tableau de chasse.
2 chopines de rouge ! Voilà.
Qu'est-ce que c'est que ça ?
Un exploit d'huissier.
Mouret a racheté les traites signées à Gaujan.
Il a fait ça ?
Il vous assigne en faillite.
Le misérable !
Failli, moi, Baudu ?
Mon pauvre Colomban,
moi qui voulais te remettre une maison prospère...
Je suis trop vieux pour continuer la lutte.
Je te passe le flambeau.
Tu es jeune, tu pourras réussir.
Avec quoi ?
Tu as des économies.
Ce que j'ai versé à ton nom à la Caisse d'épargne.
Tu paieras Mouret, tu paieras Gaujan.
J'ai un cousin riche. J'irai lui emprunter.
Il nous reste encore des clients fidèles.
Avec Geneviève, vous vous adapterez
aux nécessités du commerce moderne.
Tout n'est pas perdu.
Je vais vite vous marier. Qu'est-ce que tu en dis ?
Parle !
Ne me regarde pas comme un imbécile.
Je te donne mon magasin. Je te donne ma fille.
Est-ce que tu refuserais, par hasard ?
Réponds. Tu la trouves trop pauvre ?
Allons, parle.
Je n'ai jamais aimé votre fille.
Tu oses ? Oh ! Ça va.
La boutique est foutue, comme votre fille.
J'en aime une autre.
Elle est vendeuse au Bonheur des dames.
Depuis 10 ans, tu vis avec nous.
Depuis 10 ans, je te considère comme mon fils.
Sors d'ici ! Et comment !
On m'offre une place à côté.
J'y cours.
Ordure !
Geneviève !
C'est moi qui l'ai tuée.
Moi, Baudu, j'ai tué ma fille.
Je n'ai pensé qu'à moi. J'ai été égoïste.
J'aurais dû écouter Geneviève. Je ne pourrai plus.
Je suis une vieille bête, une brute.
J'ai ruiné mes amis, tué ma fille.
- Approchez, mesdames. 1,95 F.
Notre dernière innovation.
Soldes de la semaine : 1,95 F.
Veuillez me suivre.
Que voulez-vous ? Pas de scandale.
Qu'y a-t-il ?
J'ai pris Madame en flagrant délit.
Il est fou. Vous ne savez pas qui je suis.
Je vous connais bien, madame.
Il serait préférable que vous nous rendiez les dentelles.
Mais...
Conduisez Madame au numéro 3, qu'on la fouille.
Je me plaindrai à M. Mouret.
Si on vous manque d'égards, n'hésitez pas à me le dire.
Voyez, mesdames. 1,95 F.
C'est fait.
Merci. Vous pouvez disposer.
C'est un guet-apens. On a les a glissées sur moi.
Par égard pour votre famille, nous étoufferons cela.
Tenez, asseyez-vous.
Installez-vous. Bien.
Écrivez
Écrivez
"J'ai volé des dentelles."
Jamais. Plutôt mourir.
Alors je vous accompagne chez le commissaire.
Nous vous rendrons ce papier
quand vous nous apporterez 1 000 francs.
Un affreux chantage. C'est un bien grand mot.
Voilà. Merci.
Daté et signé. Sans ça, c'est...
Votre papier sera en bonne compagnie.
J'ai une collection d'autographes de dames de société.
Je vous salue.
Je ne vous réponds pas.
Ça, madame...
Alors ? Ils m'ont fait des excuses.
Ces méprises sont épouvantables.
Ouvrez. Soyez raisonnable.
Vous ne pouvez pas rester. Pour la dernière fois : ouvrez.
Qu'y a-t-il ?
Le père Baudu a fait faillite.
On va l'expulser et démolir sa maison.
Il s'est barricadé. On va le trouver pendu.
Nous allons enfoncer la porte.
- Mon oncle, je vous en supplie, ouvrez !
- Allons, mademoiselle, écartez-vous.
Le premier qui me touche, je l'assomme !
Démolissez la maison. Je ne sortirai pas !
Je veux être enseveli.
Soyez raisonnable.
Laissez-moi. Je veux mourir ici.
Je veux mourir ici !
Laissez-le. Ça va.
Emmenez-le.
Venez, mon oncle. Non. Je veux voir.
C'est fini... C'est fini.
Allons, Baudu, du courage.
Allons chez moi.
Ne vous inquiétez pas. Je m'occuperai de lui.
J'aurai tout perdu : fille, maison, santé.
Et l'autre construit, s'agrandit, triomphe.
Il n'y a pas de justice.
Je veux m'en aller,
fuir ce bruit.
Ces ouvriers assassinent mon quartier avec leurs pioches.
Dès que je pourrai me tenir debout,
je partirai pour Valognes
finir mes jours au milieu de braves gens, loin de cette jungle.
Toi aussi, Denise, tu devrais partir avec moi.
Mais tu préfères t'épuiser dans ton sous-sol sans air,
dans cette cave, à cette besogne imbécile.
Pourtant tu es une brave fille, Denise,
mais tu me laisseras partir tout seul,
tout vieux, abandonné.
C'est Mouret qui te retient ? Hein ?
Avoue-le donc.
Qu'est-ce qu'il a, pour que tu le préfères à ton oncle ?
Il se moque pas mal de toi.
Il n'aime que lui et son Bonheur des dames.
- Ça a été dur, mais j'y suis arrivé.
Mon rêve s'est réalisé.
Regardez-moi ça, Bourdoncle :
le plus grand magasin d'Europe.
Je veux l'inaugurer d'une manière sensationnelle.
Au mois de janvier ? Pourquoi pas ?
Après les étrennes, en pleine morte saison ?
Je supprime la morte saison. Facile à dire.
Facile à faire.
Il suffit d'attirer la clientèle.
Je veux lui donner envie d'acheter en toutes saisons.
Que voulez-vous trouver quand il neige ?
Voilà qui paraît tout indiqué.
Nous allons faire une exposition de blanc.
"De blanc" ? Du linge, de la dentelle...
Je vois ça d'ici : une symphonie en blanc.
Ce sera inattendu.
Tout Paris s'écrasera ici.
Ce sera noir de monde. Exactement.
Brouhaha.
De la part de direction, madame.
De la part de direction. Non, merci.
Regardez ces mouchoirs, madame.
Une véritable occasion.
Vous n'en achetez pas ? Non, pas ici.
C'est une maison de voleurs.
Deux vases de Chine XVIe à 350 F la pièce.
700 francs. Moins 600 francs de rendu.
Vous n'avez donc que 100 francs à verser.
Faut-il vous les faire livrer ? Non.
Je veux faire la surprise à mon mari.
Faites attention. Ils sont fragiles.
Soyez tranquille. Je ne les rapporterai pas.
Au revoir, madame. Mes hommages.
2 vases imitation Chine, soldés à 9,95 pièce.
- 19,90 pour madame.
Vendus.
M. Mouret.
Convoquée ? Oui.
Attendez. Le patron est occupé.
Votre exposition de blanc est un véritable triomphe.
Vous êtes un grand homme.
D'ailleurs, je n'en avais jamais douté.
Qu'est-ce ?
C'est pour l'été.
Je vis en avance de 6 mois sur la clientèle.
Cet été, les femmes montreront leurs mollets à la plage.
C'est d'une indécence... On n'osera pas mettre ça.
Nous verrons.
Vous dînez chez moi.
Une petite réunion en votre honneur.
C'est regrettable. Je dîne avec mon personnel.
Chez moi, il y aura le baron Haussmann
et la duchesse de Maufrigneuse.
Et ici, il y aura mes employés.
Vous préférez la société de vos calicots à celle de mes amis ?
Nous ne sommes pas faits pour nous entendre.
Quittons-nous sans aigreur, voulez-vous ?
Vous dites ?
Notre aventure ne pouvait durer plus longtemps que nos échéances.
Mais il en reste une, la plus forte.
Je vous la règle d'avance avec les intérêts.
L'affaire aura été bonne pour vous et, j'espère, pas trop désagréable.
Je garderai de nos relations commerciales un tendre souvenir.
Vous êtes très fort, M. Mouret.
Un peu mufle. Une éducation un peu négligée.
Je vous enverrai un reçu.
S'il vous plaît, pour la comptabilité.
Au revoir. Adieu.
Mademoiselle...
Je veux vous faire part d'une décision...
Inutile de continuer. J'ai compris : vous me renvoyez.
Quand on a cessé de plaire, on est jeté à la rue.
Vous faites tout pour la réclame, rien pour les employés.
Les vendeuses sont nourries comme des chiens,
surveillées comme des voleuses.
"La cliente boude, passez à la caisse."
"Vous êtes vieux, passez à la caisse."
"Vous êtes laid, passez à la caisse."
"Vous allez être mère, passez à la caisse."
"Quand vous avez résisté au patron,
"un caprice de Desforges, passez à la caisse."
C'est fini ? Oui.
Bon.
Je vous ai convoquée pour vous dire
que vous retournez en confection en qualité de première.
Merci, monsieur.
Un monsieur vous attend au salon de thé.
Moi ? Oui, mademoiselle.
Madame... Au fait, M. Bourdoncle,
je me demande pourquoi vous restez second de Mouret.
Il est vulgaire, vous êtes distingué.
C'est un primaire, vous êtes cultivé.
Mais voyons, vous avez l'étoffe d'un chef.
Qu'attendez-vous pour fonder un magasin comme celui-ci en mieux ?
Hélas, chère madame, il me manque l'essentiel.
Ah oui ? L'argent.
Venez chez moi demain. Ça s'arrangera.
Comptez sur moi, madame.
Tu m'avais promis de ne pas revenir.
Prends ça et viens vite.
J'ai vu l'oncle Baudu, et je viens t'embrasser.
J'ai quelque chose à te dire.
Alors viens vite.
Vous avez l'air joyeux. Mauvaise nouvelle ?
Il se passe des choses curieuses au sous-sol.
Où ? A la manutention.
Vous devriez descendre pour voir. C'est intéressant.
Qu'y a-t-il ?
Une jeune femme qui vous est chère
n'y est pas seule.
Signé : deux personnes qui vous veulent du bien.
Écoute.. Ça va me coûter 5 francs.
Mais je travaille. Je suis bien payé.
Je fais des économies pour me marier.
Tu veux te marier ? Oui.
Mais avec qui ? Mystère.
Je la connais ? C'est une collègue.
Elle ne m'a rien dit. Elle ignore que je suis ton frère.
Qu'as-tu inventé ? Denise, rappelle-toi.
Tu as déclaré ne pas me connaître.
Je suis heureuse. Moi aussi.
J'irai te voir demain.
Suis le couloir.
Je t'adore.
Au revoir.
Pas si vite.
Finis, vos airs de mijaurée.
Vous m'avez trompé, berné, et moi, je vous aimais.
Je voulais vous épouser.
C'était votre amant ? "Amant" ?
Vous n'allez pas nier. Je l'ai bien reconnu.
Mais... Un parent ? Votre frère, peut-être ?
Donnez-moi une explication valable.
Je ne resterai pas un jour de plus.
"Pas un jour" ? Mais pas une heure.
Retournez d'où vous venez.
C'est moi qui vous chasse !
- Un petit blanc ?
Pas le temps. Je vais à la fête.
Ah, oui. C'est vrai qu'on va danser ?
C'est moi qui conduis l'orchestre.
- Une fête ?
Il ne manquait plus que ça.
Ça ne l'amuse plus, de faire la noce tout seul ?
Ce sera du joli. Un beau pince-fesses.
J'avais prédit que ça finirait comme ça.
Et toi, tu y prends part ?
Je quitte le Bonheur des dames.
Embrasse-moi.
Avec cette nouvelle, je serai vite debout.
Oui, mon oncle.
Guérissez vite, et partons pour Valognes.
Je vais faire mes bagages.
Va vite, mon petit. Va vite.
"Objets perdus : 2 sacs, 1 manchon, 3 parapluies.
"Objets trouvés : 2 gants, un jupon, 3 jarretières.
"Arrêtés : trois voleurs, une professionnelle,
"un faux inspecteur."
Rien de sensationnel.
Par contre, un scandale effroyable :
une vendeuse a embrassé un client.
Elle est là. Elle voudrait se justifier.
Mettez-la à la porte.
C'est tout, pour la journée. Merci.
Voilà.
Je n'en crois pas mes yeux.
Il a fallu que je compte plusieurs fois
pour me rendre à l'évidence.
1 million 39 000 francs 65 centimes.
On n'a jamais vu ça dans aucun magasin.
C'est une date.
Tenez. Merci.
Si M. Mouret savait, il comprendrait.
N'insistez pas.
Voici 100 000 francs.
Vous les remettrez à M. Baudu.
Je demande un reçu ?
Ne lui donnez aucune explication.
Ne me renvoyez pas.
C'est vous qui avez fait tout ce scandale ?
C'est mon fiancé. Ce n'est pas une excuse.
Je suis dans mon tort, mais j'étais si heureuse...
Il est le frère de Mlle Baudu.
Son "frère" ? Oui.
C'est ce jeune homme qu'on a vu dans le couloir.
C'est ce jour-là que je l'ai connu.
Ça devient grave. Je la conduis à la caisse.
Conduisez-la à l'orfèvrerie pour choisir son cadeau.
Ramenez-moi Mlle Baudu, morte ou vive.
Bourdoncle !
Prenez ce bloc et ce crayon,
et notez le nom de deux personnes qui sont renvoyées.
Clara Prunaire, vendeuse à la confection.
Bourdoncle, Emile...
Qu'est-ce que ça signifie ?
Vous êtes un couple de saligauds. Je vous mets à la porte.
Vous essayez de monter une maison concurrente.
- Moi, monsieur Mouret ?
Moi aussi, j'ai ma police.
Comme prime, je vous donne son amant, Colomban !
Une jolie équipe !
Ne m'obligez pas à vous mettre dehors.
Premier et dernier avertissement.
Vous désirez ?
On ne peut pas continuer sans vous.
On vous réclame.
Sans vous, la fête est incomplète. Nous insistons.
C'est bon. Allez, je vous suis.
Musique de bal.
Voilà vos 100 000 francs.
Baudu n'accepte pas la charité.
Vous m'avez ruiné, jeté à la rue.
Mais vous ne triompherez pas longtemps.
Vous avez créé une machine cruelle
que rien n'arrêtera, désormais.
Vous aussi, vous rencontrerez un jour votre Mouret,
un forban plus puissant que vous
qui vous écrasera comme vous avez écrasé les autres
et qui sera écrasé à son tour.
Dans 20 ans, le commerce ne sera qu'une bataille affreuse,
où la qualité, la probité et la confiance
seront piétinées, assassinées, comme le Vieil Elbeuf.
Prenez garde, Mouret,
vous instaurez le règne de la camelote et du tape-à-l'oeil.
Mais patience, tout se paie.
Vous aussi, vous connaîtrez un jour le chômage et la mévente.
Vous deviendrez l'esclave des financiers,
et vos cathédrales de pacotille
s'écrouleront dans un chaos de ruines,
de scandale et de sang.
Moi, je suis trop vieux.
J'aurai la chance de crever avant d'avoir vu tout ça.
Oui, mes amis, M. Baudu a raison.
Mon entreprise n'a pu s'édifier qu'en ruinant de braves gens.
C'est la rançon du progrès.
Mais le succès impose aussi des devoirs.
Si involontairement, j'ai fait du mal,
je veux consciemment faire du bien.
C'est à mes collaborateurs que j'ai pensé.
Voici mon programme :
réintégration du personnel licencié sans motif.
Applaudissements.
Instauration de prêts au mariage.
Et construction d'une maternité, d'un hospice,
garantie d'une retraite à ceux qui auront peiné ici.
Applaudissements.
Ne me remerciez pas.
Je me suis penché sur votre sort parce que l'une d'entre vous
m'a fait comprendre vos misères et vos espoirs.
Remerciez Mlle Baudu,
qui, j'espère, sera bientôt Mme Mouret.
Qu'est-ce que ça veut dire ?
J'ai l'honneur de vous demander votre main.
Applaudissements.
Attention !
Ah !
- Oh ! Oh !
Applaudissements.
Vous n'êtes plus mes employés. Vous êtes mes associés.
Et le Bonheur des dames nous appartient à tous.
Applaudissements.
Musique de bal.
Sous-titrage : Télétota
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