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*-Bienvenue dans l'univers mystérieux et fascinant
*de Jean Auguste Dominique Ingres.
*C'est lui qui a peint ce tableau.
*Si vous voulez découvrir
*l'une des plus belles intrigues de l'histoire de l'art,
*entrez dans le jeu.
-Ca va, Christian ?
Je viens de voir le projet de Julie, là. Elle l'a finalisé ?
-Elle a dû y passer la nuit, ses affaires sont là.
Demande-lui.
Tu veux un café ?
Ne me réponds pas, surtout !
-Christian ! Christian !
-Vous me contredisez toujours. -Mais vous exagérez toujours !
Elle vient prendre des notes pour son bouquin, c'est tout.
-Elle prend franchement beaucoup de place.
-La femme du ministre l'adore.
-Elle n'a encore rien écrit
et elle fait déjà sa promo !
-Vous voyez ? Vous en faites des caisses.
-Dans votre livre,
où se situe la limite entre la fiction et la réalité ?
-Ah !
C'est une question qui passionne toujours les journalistes !
Je veux offrir à mes lecteurs
une immersion dans une enquête authentique, et Alexandre,
enfin commandant Pardo, m'a très amicalement accueillie.
-Madame Richter
suivra vos enquêteurs ?
-Eh oui.
-Alors... On est en train de discuter des modalités
concernant la participation de madame Richter,
mais on est très honorés... Désolé, je dois prendre cet appel.
Oui, madame la procureure,
un instant.
Oui, je vous écoute.
D'accord.
-Bonjour, messieurs. Y a personne à l'accueil ? C'est pour quoi ?
-Patricia Richter, c'est ici ?
-Non, c'est pas ici. -Arrêtez.
-Dites-nous-en un peu plus sur cette enquête.
-Je peux juste vous dire
que le musée du Louvre
sera un de mes personnages.
Quant au héros, je le connais déjà.
-Ah oui... -Qu'est-ce que c'est ?
"Le Mystère du Louvre" ? Qu'est-ce que c'est que ce truc ?
"Anthony Bellone". J'ai jamais vu un nom de personnage aussi ringard.
Capitaine, venez voir.
-Hein ?
-C'est vous, ça ! -Ah putain !
Ouais, c'est moi.
-C'est votre tête, c'est tout. -Oui, je sais, c'est moi.
-C'est vous, Anthony Bellone ? -Elle voulait s'inspirer de moi,
et je lui ai dit oui.
Elle s'est inspirée de moi.
-Vous le saviez ?
- -Oui. - -Mais non !
-On dirait
un super-héros. -C'est toi ?
Exceptionnel ! -Stylé, hein ?
-Ils ont un peu exagéré
sur les pecs.
-Quoi ? Mais non ! -Mais si !
-Pardon, mais est-ce que vous savez ce qu'il va y avoir dans le livre ?
-On s'en fout, madame Chassagne. C'est un roman.
On s'en fout.
-Homicide dans une société de jeux en réalité virtuelle.
-Et en quoi ça concerne l'OCBC ?
-La victime travaillait sur un projet dans le monde de l'art.
-OK. -Voilà.
-T'as vu ?
-Non. Ah oui, super !
-Stylé, hein ?
-Ah oui !
Ca vous plaît ? -Oui.
-Bon. On y va ?
-Où ça ? -Une enquête.
-Je viens avec vous. Vous pouvez reprendre
votre micro ? -Sérieux ?
-Juste une fois.
-Je prends mon sac.
Sirène.
-Ca va durer longtemps ?
-Juste un mois ou deux.
-Elle devait juste prendre des notes, pas venir sur le terrain !
Avec ses contacts, dans 8 jours, elle dirige l'OCBC, vous verrez !
-Bon, on y va ? Une scène de crime, faut pas la laisser refroidir.
-Je l'adore, elle est au taquet !
-Dans le "on y va", elle nous inclut ?
-Je pense, oui.
Madame Richter ! Madame Richter !
La procédure veut que vous patientiez dehors, pour le moment.
-Absolument. -D'accord.
-On viendra vous chercher.
-J'ai embauché Julie comme directrice artistique il y a 4 ans.
-D'accord. A quelle heure elle arrivait au boulot, d'habitude ?
-N'importe quelle heure.
Elle était très investie et bossait comme une folle sur ce projet.
-C'est vous qui avez eu l'idée de ce jeu consacré à Ingres ?
-C'est une commande du ministère de la Culture,
mais Julie a choisi le peintre.
Elle était fascinée par son univers.
-Pardon, mais six mois
après l'appel d'offres, seule Julie
savait ce que
contenait le jeu ?
-Elle était un peu parano.
Il n'y a qu'elle qui avait une vision d'ensemble.
-Capitaine, elle prend des photos.
-Eh ben souriez.
Elle avait des relations, des amis ?
-Sincèrement, je ne peux pas vous répondre.
Elle ne disait pas grand-chose là-dessus non plus.
Il n'y avait que le boulot
qui semblait compter, pour elle.
-Capitaine !
J'ai trouvé un truc.
-OK. Excusez-moi.
-La caméra à l'entrée a été débranchée à 23h02.
-Et le jeu a été lancé juste après.
-Vous êtes sûr ?
-Entre 23h10 et 23h38. D'ici, on contrôle l'accès à la salle VR,
la salle de jeux virtuels.
-Et qui a joué ?
-Quelqu'un qui avait les codes
de l'ordi de Julie.
- -Et qui les a ? - -Il y a moi, et des informaticiens
qu'elle a fait venir, peut-être.
-D'après le GPS de sa voiture, elle est arrivée à 23h55.
-Elle a dû recevoir une alerte
quand on s'est introduit dans son ordi.
-L'heure de la mort ? -Entre 0h et 1h. Boîte crânienne
enfoncée.
Le tueur a dû utiliser une statuette qui était sur son bureau.
-Et la trace de la chaussure ?
-Partielle, et vu la marque, ça peut être n'importe qui.
-Attendez, là !
Des sécurités ont été activées à 23h40, juste après la fin du jeu.
-Ca veut dire quoi ? -On a voulu effacer une partie
du jeu.
-Ah...
Ca, c'est intéressant.
Donc quelqu'un s'est introduit ici
pour jouer à ce jeu,
il a essayé d'en effacer une partie,
Julie l'a interrompu et il l'a tuée.
-Oui, c'est possible.
-"Le Jeu de la mort".
-Pardon ? -C'est mon nouveau titre.
"Le jeu qui tue tous ceux qui s'en approchent." Ca va être dément.
On sait ce qu'il a voulu effacer ?
-Impossible.
-Il faut absolument qu'on sache. Le jeu est au centre de l'histoire,
il a une personnalité propre.
-Ah oui...
-D'après ce que j'ai vu,
il y a du mystère, de la luxure, du sexe.
-Alors non.
Du sexe dans la peinture d'Ingres, non.
De l'érotisme, oui, mais du sexe,
non. -Peu importe.
On a demandé à voir le jeu,
on verra si quelque chose permet de comprendre le mobile du meurtre.
-C'est génial. Allez, on y va.
-Vous laissez faire ? -Non.
Madame Richter ! -C'est pas par là ?
-Si je n'avais rien dit,
vous l'auriez laissée jouer.
-N'importe quoi, Mme Chassagne.
-Pourquoi pensez-vous qu'elle se sert de vous comme modèle, hein ?
Je vais vous le dire : parce qu'elle vous manipule.
-N'importe quoi, madame Chassagne ! C'est excessif ! "Manipule" !
Vous avez peur de quelque chose ?
-J'ai peur que...
Qu'elle nous abîme.
-De quel "nous" vous parlez ?
Je ne comprends pas.
Vous ne voulez pas qu'on soit ensemble,
il n'y a pas de "nous".
Je voudrais bien qu'il y ait un "nous",
mais il n'y en a pas !
-J'ai scanné vos visages et programmé
vos avatars.
-OK. Super.
-La lumière rouge, c'est quand vous êtes trop près
du mur. Vos gants font office de joystick.
Vous avez juste à suivre les instructions.
-Ca démarre quand on met les lunettes ?
-C'est ça. -OK.
-J'ai zappé l'intro.
-Ca marche.
-Vous êtes prêt ?
*-Bienvenue dans l'univers mystérieux et fascinant
*de Jean Auguste Dominique Ingres.
*C'est lui qui a peint ce tableau.
*Certaines de ces femmes ont croisé la vie de leur créateur.
-Aidez-moi, s'il vous plaît. Ils vont me capturer ! Aidez-moi !
-On est dans le harem du "Bain turc" !
-Oh, j'ai une bague !
-Capitaine, vous êtes un eunuque !
-Vous vous êtes vue ?
Vous êtes une sorte de...
*-Pourquoi celle-ci a-t-elle disparu ?
*Où se trouve-t-elle ?
*Partez sur la piste de cette disparition
*et découvrez l'une des plus belles énigmes de l'histoire de l'art,
*ainsi que la vie et l'oeuvre de ce grand peintre français.
*Tapez sur "Continuer".
-Allez-y, tapez.
*-Commençons par la 1re énigme : "La Femme disparue".
-C'est qui ?
-Madame de Lauréal, la cousine de la femme d'Ingres.
"Le Bain turc"
est son dernier tableau, il y a mis tous ses souvenirs, c'était comme
un testament.
-Et elle a disparu ?
-Ca, je n'en sais rien du tout.
-Et elle, c'est qui ?
-Sa femme, Madeleine Chapelle, morte dix ans avant qu'il peigne
ce tableau. Il s'est inspiré de vieux dessins.
-Pourquoi cette femme a-t-elle été enlevée ?
Voici un 1er indice : en 1813, Ingres peint une des femmes
les plus célèbres de la Renaissance italienne.
Qui est-ce ?
-Le tueur a voulu effacer une devinette ?
-Je l'ignore,
mais je sais que la réponse est Francesca, qui fut assassinée.
- -Quoi ? - -Son amant, Paolo,
était le frère du mari de Francesca, mari qui les a tués.
-Allez-y,
continuez.
-Bravo. C'est le tableau de l'amour adultère et tragique.
La femme disparue a-t-elle connu le même sort que Francesca ?
En 1813, Ingres rencontre une femme qui lui ressemble beaucoup,
ma cousine, qu'il courtise alors qu'elle est mariée.
A-t-elle commis
l'adultère avec lui ? -Non.
Il t'a épousée, toi.
-Encore bravo. C'est même grâce à ma cousine
que j'ai rencontré Ingres et que nous nous sommes mariés.
Rien n'indique qu'il m'ait été infidèle.
Tout le monde ne peut pas en dire autant.
M. Garnier mène une double vie sans vergogne.
-C'est qui, ce Garnier ? Un ami du peintre ?
-Ca ne me dit rien du tout.
Attendez, Garnier...
-C'est le patron de Julie Delmas.
Ecoutez, M. Garnier, votre femme, vos enfants, vos maîtresses,
je m'en fiche.
Enfin, je dis ça...
Quand ça devient un mobile de meurtre, là, ça m'intéresse.
-Je n'ai pas tué Julie.
Je ne l'ai pas tuée.
-D'accord.
Pourquoi elle a balancé vos infidélités dans son jeu ?
-Pour se venger,
pour que ma femme le voie, pour faire exploser ma famille.
-Pour se venger de quoi ?
-Il y a un mois,
on a perdu le cofinancement de la région.
Du coup j'ai demandé à Julie de raccourcir
le jeu.
-OK. Et alors ? -Elle est montée dans les tours.
Elle disait que j'avais assez de fric pour tout financer.
Elle était furieuse.
J'ai réussi à la calmer en lui disant
que si cette version du jeu marchait,
on pourrait envisager de faire une version longue.
Je pensais que c'était réglé.
-Sauf que non, apparemment.
-Hier,
j'ai reçu un appel d'une comédienne
qui avait enregistré une des voix pour le jeu
et qui m'a prévenu que Julie lui avait demandé
de rajouter un passage perso sur moi et sur...
-Vos infidélités ?
-Peut-être, j'en sais rien. Oui.
-OK.
Donc vous êtes allé à votre bureau, avez coupé les caméras de sécurité,
et vous avez vu que c'était vrai.
-Du coup vous essayez d'effacer
tout ce que vous avez vu, sauf que madame Delmas arrive.
-J'étais déjà parti quand elle est arrivée !
-Vous n'avez rien pour le prouver,
pas de portable, pas de GPS sur votre bagnole, que dalle.
Donc, bon...
On frappe à la porte.
-Alors ? C'est intéressant ? Ca vous donne des idées ?
*-Elle voulait se venger ?
-C'est un peu classique. On peut mieux exploiter l'histoire du jeu.
-Je suis d'accord avec vous.
"Le Jeu de la mort", ça me fait trop kiffer.
-Vous pourriez m'aider ?
-Tout ce que vous voulez. -J'ai écrit
un début d'intrigue.
Ca vous dérangerait
d'y jeter un oeil ?
-C'est un honneur, Mme Richter !
Merci ! Avec plaisir !
Sauf que je m'y connais pas trop en écriture,
je saurais pas quoi vous dire. -Je veux éviter
de faire des erreurs en parlant de votre service :
les grades, les termes techniques...
-Ca, je m'y connais !
J'y vais ! -Merci, Adèle.
-OK, on n'a pas retrouvé chez lui les chaussures qui correspondent,
mais il n'allait pas les ranger dans un placard !
-Sa femme ne lui connaît pas ces chaussures.
-Elle sait même pas avec qui il couche.
-C'est vrai. -La proc
va dire : "On manque de biscuit."
-Ce disque dur externe retrouvé chez lui devait appartenir
à la victime.
-Il contient quoi ?
-Impossible de l'ouvrir, il est sécurisé
par un code et une question secrète.
Regardez la question.
-"Quel est le nu instrument
"de ma vengeance ?"
-C'est signé Julie Delmas, non ?
-L'évocation d'un nu ne fait pas forcément référence à Ingres.
-Mais ce matin,
Garnier a appelé une certaine Sarah Martin.
-Sarah Martin ? -L'historienne de l'art.
-Oui, c'est vraiment une sommité dans le milieu de l'art.
Elle a écrit des bouquins sur Ingres.
-Je suis sûr que le disque appartenait à Julie.
Garnier a appelé cette Sarah Martin
pour décoder la question secrète.
-Il contiendrait quoi ?
-Garnier doit penser
que Julie Delmas gardait d'autres trucs compromettants sur lui.
-Et ça ferait du biscuit pour la procureure, bien sûr.
-Je ne savais pas que Julie était morte quand il m'a appelée.
Il m'a juste demandé
si cette question avait un rapport avec Ingres. Je n'en savais rien.
-OK. Comment il vous connaît ?
-J'ai aidé Julie sur son jeu.
C'est un peu moi qui lui avais donné l'idée.
-C'est-à-dire ?
-On s'est rencontrées par une amie commune.
Un soir, à un dîner,
j'ai parlé à Julie de mon travail sur Ingres.
J'ai vu son regard qui s'allumait, ça la fascinait.
Elle était inspirée.
-Madame Martin, il faut qu'on accède à ces dossiers.
Vous ignorez ce que pourrait être la réponse à cette question ?
-Oui, désolée.
"Le nu instrument de ma vengeance", pour moi, ça n'a pas de sens.
-Ingres peignait les nus féminins par goût personnel,
mais surtout parce qu'on les lui commandait, à Rome.
"Le nu instrument de ma vengeance", ça ne fait pas sens.
-Et puis quelle vengeance ?
-Je ne vois pas du tout ce que ça peut être.
-Ca pourrait pas être un truc genre "revenge porn" ?
-"Revenge porn" ?
-Votre peintre a pu
se faire larguer,
et il a affiché... -Non, y a pas de "revenge porn"
avec Ingres ! N'insistez pas !
"Revenge porn"...
-Evidemment, si quelque chose vous vient à l'esprit,
vous nous appelez. -Bien sûr.
-Au revoir.
-Ca va, Adèle ? Qu'est-ce qui te fait rire comme ça ?
-Un rapport.
-Un rapport ? Je peux voir ?
-Non, parce que
je dois m'y mettre vraiment.
-Un rapport...
-Oui, je l'ai pris
dans le bureau de Julie pour savoir ce qu'elle avait encore
à me balancer à la gueule. -Vous ne savez pas quoi.
-Si je savais, j'aurais pas essayé de l'ouvrir !
*-Je reviens.
Reste avec lui, s'il te plaît.
Elle dit quoi, la proc ?
-Elle persiste :
pas de nouvel indice grave, pas de mise en examen.
-Fait chier... Fait chier !
-Qu'est-ce qu'on fait ?
-On le laisse moisir un peu en cellule, il parlera peut-être.
-Et Florence ?
-Compliqué.
C'est pas que je pense à elle,
je pense que c'est difficile de ne pas penser
à elle, tu vois ? On est faits pour être ensemble.
-Je parlais de l'enquête. Elle en est où ?
-Ah.
Elle nous tiendra au courant dès qu'elle aura trouvé le code.
-D'accord.
Mais ça va aller ?
-Oui, je crois, elle va le trouver, certainement.
-Mais par rapport
à Florence ? Je m'inquiète un peu. -Pourquoi tu t'inquiètes ?
Tu ne vas pas t'inquiéter
dès que je te dis le moindre truc ?
Je veux juste arrêter de penser à elle.
C'est l'enquête qui t'inquiète. -Mais ça te...
-Donc tu t'inquiètes pas, en fait.
On dirait ma mère.
-Sa mère ?
-"Nu instrument de ma vengeance"...
"Instrument de ma vengeance".
C'est quoi, cette vengeance ?
Vous n'auriez pas voulu vous venger d'elle
parce qu'elle a refusé vos avances ?
-C'est grâce à Mme de Lauréal que j'ai rencontré l'amour de ma vie,
enfin !
-Oui, ce n'est pas très logique.
-Pourquoi vous focaliser
sur les femmes ? Des ennemis, j'en ai eu beaucoup.
Des critiques, par exemple.
-C'est vrai.
Vous êtes allé vous installer en Italie
après avoir reçu le prix de Rome.
Vous pensez que c'est le début de la gloire, et puis en fait,
il y a le Salon de 1806,
et là, vous vous faites massacrer par la critique.
Pire que ça, même. Ils vous ont humilié.
Ils vous ont accusé de faire rétrograder l'art de 4 siècles.
C'est un bon motif de vengeance.
-Ils ne comprenaient rien à mon travail.
-Oui, mais ça ne marche pas.
Ca ne marche pas : vous ne les avez pas représentés, ces critiques,
tout nus.
"La Baigneuse Valpinçon".
Vous l'avez envoyé à l'Institut de France après votre humiliation.
Il faisait partie des tableaux qui devaient vous venger,
laver l'affront qui vous avait été fait,
- et consacrer votre talent. - -Certes.
Mais ce n'est pas avec ce tableau que j'ai voulu reconquérir Paris.
-Mais c'est un de vos nus les plus célèbres,
dont on a souligné la pureté du dessin.
-Et la pauvreté
des couleurs.
Oubliez les femmes.
Les nus féminins n'avaient pas de valeur
académique.
Pas assez nobles, paraît-il.
-Mais bien sûr.
Mais bien sûr !
Vous deviez affronter votre maître, David, sur son terrain :
le nu masculin, le seul accepté par l'Académie.
Le nu féminin, c'était trop érotique, trop vulgaire.
"Le nu instrument de ma vengeance", c'est ça !
"Oedipe affrontant le Sphinx".
-Je n'ai pas atteint mon but.
-Pour être intégré et reconnu par vos pairs ? C'est bien vrai.
Vous avez carrément dessiné des seins au Sphinx, qui pointent
vers le ciel, et on a l'impression qu'Oedipe va lui caresser
le bout des tétons.
Question intégrité morale, c'est pas dingo dingo.
Tout le monde pense que vous êtes un peintre académique, classique,
alors que pas du tout. Vous êtes un provocateur.
-Ecoute ça :
"Alors que leur liaison se développait en secret,
"Chantal et Anthony..."
Elles rient.
-Je vous dérange ?
Montrez-moi ça, ça a l'air drôle.
-C'est du travail.
-Alors, madame Chassagne ?
-C'est quoi, ce dossier rouge ? -Je ne sais pas. Ca va, vous ?
Ah, voici votre papa.
-Commandant ! -Bonjour.
-Floflo...
J'ai la réponse
à votre question secrète.
-Bonne nouvelle. -C'est une blague ?
Comment est-il au courant ? -C'est madame Richter.
-Je croyais que tu ne lui parlais pas.
-Je la conseille pour son prochain livre.
-Quoi ?! Mais vous ne vous supportiez pas !
-On a eu une petite conversation. Je m'étais trompé sur elle.
Tout le monde peut changer d'avis.
Je vais pouvoir sensibiliser ses lecteurs à l'histoire de l'art.
-Oui. -Pierre !
-"Pierre" ?
-Tenez, merci.
Madame Chassagne, votre père est en fait un homme formidable.
Comme Antoine m'a dit
que vous étiez en difficulté, je me suis permis de le solliciter.
Après tout,
c'est le meilleur historien d'art français des 50 dernières années.
-Mme Richter, vous me faites rougir.
-Et alors ?
Vous avez trouvé ?
-Oui, c'est... -"Oedipe".
-Vous le saviez ?
-Toi aussi, tu as refait
la liste de ses thématiques ?
C'était évident ! -Ca l'était pour moi, oui.
-Super.
Allons vérifier ça tout de suite dans mon bureau. Venez.
Je vous en prie.
-Je le reprends.
-Vous venez ?
-J'entre la réponse...
-Ca marche.
-Bravo, Pierre.
-Je vous en prie.
-Il y a juste
une vidéo, clique dessus.
-C'est le jeu ?
-Non, c'est le décor
du jeu.
-Mais c'est Julie Delmas.
Ah... Qui c'est, ça ?
-C'est Sarah Martin.
C'est l'historienne.
Elles font quoi ?
-Ca me paraît clair.
-Du mystère,
de la luxure, du sexe... Cette histoire commence à me plaire.
La cloche sonne.
-J'ai aidé Julie au début,
elle avait besoin d'éléments sur Ingres,
et ça nous a rapprochées.
-"Rapprochées".
-Elle était belle, intelligente, et je lui plaisais. Vous comprenez ?
-Et pourquoi
nous l'avoir caché ?
-C'est ma vie privée.
Et puis c'était fini,
entre nous. -Il y a quand même eu un meurtre.
-Dans vos échanges de mails,
vous l'appelez...
-"Ma perle".
Vous savez comme moi qu'en latin, ça se dit "Margarita".
Comme le prénom de "La Fornarina",
peinte par Raphaël.
Et vous savez aussi
que "La Fornarina" fascinait Ingres.
Pour lui, c'était...
Comment dire ça ?
C'était le symbole de la séduction. -De la séduction, oui.
-Absolument.
-C'était un jeu entre nous.
Ca l'amusait beaucoup.
-Pardon, mais dans un mail qui date de moins d'une semaine,
vous l'appelez encore "ma perle".
-J'avais un peu plus de mal qu'elle à faire le deuil de notre histoire.
-C'est Olga, ma femme.
-En y repensant, cette histoire de perle
raconte aussi la relation triangulaire
entre La Fornarina, Raphaël et sa fiancée.
-Julie vous a proposé de jouer dans son jeu, et vous avez accepté.
-Je connais Julie depuis sept ans, je suis comédienne,
alors bien sûr que j'ai accepté de participer à son jeu.
-C'est quand même tordu.
Elle vous propose de jouer la femme d'Ingres
alors qu'elles ont une liaison.
-Olga ne savait rien.
Je suis désolée. -Arrête.
C'est bon.
Tu peux coucher avec des gamines
pour te sentir plus jeune.
-Stop.
-Sauf que c'est moi qui t'ai présenté Julie.
-Madame Horovitz, vous étiez où la nuit du 12 ?
-J'étais en déplacement pour mon travail, je suis rentrée tard.
-A quelle heure ?
-Trois heures du matin.
-Vous confirmez ?
-Oui.
-Mais ça ne me dit pas ce que vous avez fait avant.
-Capitaine, c'est du délire.
Vous croyez vraiment Olga capable de tuer ?
-Je ne sais pas.
Vous ne semblez pas très bien connaître votre compagne.
Je dis ça parce que...
On a retrouvé cette vidéo. Ca.
C'est la vidéosurveillance
devant chez vous.
Elle date d'il y a 3 jours.
J'ignore ce que vous lui dites, mais on dirait des menaces.
Vous lui dites quoi ?
On va demander à un expert de lire sur vos lèvres,
on le saura très vite.
-Ce n'est pas la peine.
Je lui ai dit : "Touche-la encore
"et je te tue."
-OK.
Il est 11 heures 42. Mme Horovitz,
vous êtes en garde à vue pour menace de mort contre J. Delmas.
Emmène Mme Horovitz en cellule.
J'appelle la proc.
-Je ne l'ai pas tuée. -Allez, on y va.
-Merci.
-"Chantal se cachait derrière ses livres d'histoire de l'art,
"quand seul un amour charnel aurait rompu la grisaille de sa vie.
"Le moindre frôlement la faisait frissonner..."
-"Chantal ne pouvait plus longtemps se cacher de l'évidence..."
-"Elle brûlait de désir pour Anthony Bellone."
-"Cette délicieuse torture s'accentuait chaque jour."
-"Lui seul était capable
"d'éveiller en elle ce volcan endormi."
-"Lui seul était capable d'éveiller en elle ce volcan endormi."
Ca va ? Vous avez bien rigolé ?
Tout le monde l'a lu, non ? C'est quoi, le truc drôle ?
L'intello amoureuse de Bellone qui va la décoincer et lui révéler
le véritable amour au lit ?
C'est quoi, la phrase, déjà ? Je ne la trouve pas,
mais c'est tellement mémorable
qu'elle va ressortir.
"Qui réveille en elle un volcan endormi". C'est hilarant.
J'ai beaucoup ri. -Je ne comprends pas.
-J'ai eu la proc.
Je libère Garnier.
On cuisinera Horovitz demain.
-OK, c'est super.
-Hou là. Qu'est-ce qui se passe ?
-Il se passe que votre Anthony Bellone,
comme je l'expliquais,
il a une collègue qui s'appelle Chantal Flossagne. Incroyable !
C'est une sorte d'intello
perdue dans ses livres. Ca vous parle ?
-Non, mais... Qu'est-ce qu'il y a ? Il y a un problème avec ça ?
-Pas pour vous, non : vous êtes le héros viril et courageux.
Alors que moi, je suis une potiche.
Une potiche frigide.
-Non,
mais c'est pas vous,
madame Chassagne.
-Evidemment que c'est pas moi ! Je suis pas une potiche !
Et je suis pas frigide !
Peu importe, c'est mon collègue qu'elle a pris pour modèle,
et c'est mon père à qui elle a fait la danse du ventre
en l'embauchant ! -Mais...
-Je vais être très claire :
si Patricia Richter continue à écrire ici, je claque ma dém'.
-Quoi ? -C'est elle ou c'est moi.
C'est elle ou c'est moi.
-Il faut que j'appelle le cabinet
du ministre, ils tiennent beaucoup à sa présence.
-Quoi ?
Dites quelque chose.
-Il doit appeler le ministre.
Je sais pas.
-Ca va.
Ca va, j'ai compris.
De toute manière, vous n'avez plus besoin de moi,
vous avez une suspecte.
Je peux disposer ?
-Mais non,
madame Chassagne.
- -C'était un plaisir. - Le téléphone sonne.
-Attendez !
-Allô ? Antoine, attends ! -Au revoir, tout le monde.
-L'alarme s'est déclenchée dans la société de jeux !
-Vite, on y va !
Pardon !
Il est passé par où ?
-On y va.
- Une porte claque. - Antoine !
Antoine, la grille !
-Putain !
-Alors ? -Il s'est tiré.
-J'appelle Adèle.
Adèle,
envoie la PTS et demande à la société de surveillance
d'envoyer les vidéos.
-Attends, c'est la même empreinte que sur la scène de crime.
C'était le tueur.
-C'est 10mn avant notre arrivée dans le bureau de Julie Delmas.
-Il prend le disque dur chez sa victime...
Et il prend l'ordi de l'autre geek.
Pourquoi il prend cet ordi ?
-Il vérifie un truc sur l'écran.
-Essaye de zoomer.
Je la connais.
-Ah bon ?
-C'est la comédienne qui joue celle qui a disparu,
la cousine de Machin-chose. On peut lire le texte ?
-"Pour trouver où je suis partie, allez voir le vieux Bertin.
"Il a un point commun avec la musicienne."
C'est encore une énigme.
*-Vous êtes bien sur le répondeur
*de Florence Chassagne, laissez-moi un message, merci.
*Antoine, si c'est vous, il est inutile de me laisser un message.
-C'est Antoine.
Vous avez dit "J'ai claqué ma dém'", tout ça,
et je voulais savoir ce que ça voulait dire.
Enfin, je sais ce que ça veut dire, mais ce que...
Ce que ça implique.
Bon. Enfin. Voilà. Qu'on puisse se parler, ça serait bien.
Je vous embrasse.
Enfin, je vous embrasse...
Je ne vous embrasse pas comme vous pensez,
je vous embrasse...
-Pourquoi voler cet ordinateur ? Il contenait quoi ?
M. Bernard, le tueur n'a pas volé votre ordinateur par hasard !
Vous ne répondez pas ?
Bon, Antoine, tu peux lui montrer le...
-"Allez voir le vieux Bertin."
C'est quoi, cette énigme ? Elle n'était pas dans le jeu.
-Elle était dans la première version, la version longue.
-La version longue ?
Elle a été abandonnée.
-Oui, mais Julie avait commencé à travaillé dessus avant, et...
-Et quoi ?
-Elle voulait la finir.
-Et elle comptait
s'y prendre comment ?
-Elle avait quelques éléments déjà réalisés.
-Ils sont où, ces éléments ?
-Sur disque dur.
-Elle rangeait son disque dur
dans ce tiroir ?
-Je sais pas, moi. Sans doute, oui.
-OK. Et pourquoi cette énigme s'est retrouvée sur votre ordi ?
-Julie m'avait demandé de l'aider,
de l'intégrer à la fin du jeu.
-Et vous l'avez fait
dans le dos
de votre patron.
-Ca devait pas être facile de dire non à Mme Delmas.
Elle était plutôt charmante.
Et puis un bon geek comme vous, ça se fait pas souvent draguer.
Elle vous a fait
un peu de charme.
-De toute façon, je ne voulais plus le faire.
-D'accord, alors c'est pour ça qu'elle vous a menacé.
- -Mais non. - -Ben si.
-On a retrouvé un message effacé sur votre boîte mail.
"Fais-le ou je te pourris la vie. Je dirai tout à Christian."
-Le problème, c'est que
vous n'avez d'alibi ni pour hier soir ni pour le soir du meurtre.
Donc on commence à se poser des questions.
-Vous y croyez, vous ? -La question n'est pas là.
On pousse les pistes et on voit ce qui tombe.
*-L'énigme permet d'accéder à une séquence
cachée dans le jeu, et de basculer dans la suite,
dans la version longue.
-Et cette séquence cachée, elle a été réalisée ?
-Oui, mais Christian a tout annulé.
Quoi ?
-Mme Delmas avait tendance à mélanger son jeu avec la réalité.
La séquence contient quelque chose de compromettant sur vous ?
-Quoi ? Non !
-Il faudrait pouvoir y accéder. -Sans ça, on se fait des idées.
-Je ne sais pas comment y accéder.
Et je n'ai pas la solution de l'énigme.
-"Allez voir le vieux Bertin."
C'était un patron de presse
sous Louis-Philippe, Ingres a fait son portrait.
"Il a un point commun avec la musicienne."
Il pourrait s'agir de la femme à la guitare dans "Le Bain turc",
mais un point commun entre les deux, je ne vois pas.
Pour moi, c'est du charabia.
-Vous êtes sûr ? -Je suis historien d'art,
je ne joue pas aux devinettes. Pour ça, vous avez ma fille.
-Votre fille
a pris la mouche.
-Vraiment ? Elle peut être susceptible.
-Bon, on va continuer à interroger V. Bernard. La proc veut savoir
ce qu'il y a dans cette séquence.
-Attendez.
J'ai peut-être une idée.
-En 1815, j'étais aussi désoeuvré que vous.
C'était la chute
de l'Empire, les Français quittaient Rome.
-Votre clientèle vous a quitté,
mais vous êtes resté en Italie. -A Paris, on m'avait humilié.
- -Vous êtes trop orgueilleux. - -Vous allez retrouver vos collègues
comme si de rien n'était, vous ? -Ah non !
-J'ai gagné ma vie
en dessinant des portraits.
-Mais moi, je ne suis pas ici par dépit.
Le Louvre, c'est ma maison. Au contraire, je suis plutôt...
Plutôt tranquille, pour être honnête.
Vibreur.
Ah.
Mon père.
*-Allô, Floflo ?
-Que me vaut cet honneur ? Je croyais que toutes tes pensées
*étaient tournées vers Richter.
-Comment tu vas ?
*-OK, tu as quelque chose à me demander.
-Ah non ! Enfin... Bon, d'accord.
J'ai une petite question pour toi.
Voilà : madame Richter a eu une intuition cette nuit.
*Une phrase lui est venue, comme ça.
Tu sais, l'inspiration, ça ne se commande pas.
Elle me demande ce que j'en pense, et je suis très embêté
parce que je ne comprends pas ce qu'elle veut dire.
-Pourquoi tu m'appelles ? Demande-le-lui.
*-J'aimerais avoir quelque chose
d'intelligent à lui répondre. Je peux te lire la phrase ?
- -Je t'écoute. - *-"Pour trouver
"où je suis partie, allez voir le vieux Bertin.
"Il habite à côté de chez moi. Il a un point commun
*"avec la musicienne."
*Bertin, je vois qui c'est, mais le point commun...
-OK, Père Fouras,
*passe-moi Pardo ou Verlay. -Comment ?
*-Arrête ton cirque, je sais qu'ils sont à côté de toi.
-C'était une idée inepte.
-Mme Chassagne.
-Allô, capitaine ? Vous m'entendez ?
-Je vous entends.
*-Tant que Patricia Richter restera à l'OCBC
*et qu'elle continuera à écrire des âneries sur moi,
*enfin pas des âneries, de la calomnie,
des ignominies sur moi, je ne collaborerai pas à cette enquête !
*C'est clair ?
- -Madame Chassagne, c'est très... - *-Y a pas de "Mme Chassagne" !
Y a Richter, y a pas d'enquête.
Pas de bras, pas de chocolat.
*Je raccroche, maintenant.
*Tonalité.
-Alors ? Qu'est-ce qu'elle a dit ?
-Pourquoi vous me regardez ?
-"Allez voir le vieux Bertin. Il habite à côté de chez moi."
-Il s'était fait construire un petit château néoclassique
près de Bièvres, et son fils était un de mes élèves.
-Ca, je sais.
Mais la cousine de votre femme,
elle, là, elle n'a jamais habité à côté de chez lui, n'est-ce pas ?
-Bien sûr que non.
-Attendez.
- Ca veut dire... - -Vous ne vouliez plus participer
à cette enquête.
-C'est vrai, mais c'est plus fort que moi.
Je ne peux pas m'en empêcher.
C'est une maladie.
Antoine frappe.
-Je peux entrer ?
Euh... Je... Je voudrais vous parler.
Enfin, m'excuser, plutôt.
C'est vrai,
ça me plaît que Richter me prenne pour modèle dans son bouquin.
Mais j'ai lu ce qu'elle a écrit sur vous, et c'est vrai
qu'elle y va un peu fort.
-Pas qu'un peu.
Beaucoup, même.
-Très fort, oui.
Ecoutez, j'ai parlé avec elle,
et elle est prête à réécrire votre personnage.
-J'espère que ce sera un chouette personnage.
Une fille
sympa, qu'on a envie d'aimer, quoi,
moderne, une fille moderne... -Un peu zinzin,
mais attachante, charmante, pétillante,
euh...
-Merci.
Merci de vous être excusé et d'être venu jusqu'ici pour le faire.
Vous êtes un chic type.
J'ai quelque chose
pour vous, j'ai réfléchi à votre monsieur Bertin
et la musicienne.
-Vous avez une idée ?
-Venez avec moi.
Vincent Bernard aurait tué pour qu'on ne voie pas la séquence ?
-Je ne sais pas. On en saura plus quand on aura résolu l'énigme.
-C'est sûr.
Voici Louis-François Bertin. Ce portrait d'Ingres est célèbre.
-Et alors ?
-Quand elle dit "Il habite à côté de chez moi",
elle veut dire qu'ils sont voisins ici, dans le musée : Julie Delmas
voulait que la 2e partie du jeu
passe par le Louvre.
-Et ce point commun, alors ?
Il y a un point commun entre les deux tableaux ?
-Absolument.
La musicienne, c'est elle.
Je vais chercher.
En général, quand je cherche...
Dites-le. -Vous trouvez.
C'est vrai, quand vous cherchez, vous trouvez, mais là,
je ne vois pas, ces deux tableaux n'ont rien à voir.
Hein ?
Qu'est-ce qui se passe ?
Alors ? C'est quoi ?
-Vous voyez les oiseaux, là, sur le cadre ?
-Oui, je les vois.
Des oiseaux.
-Des petits oiseaux. Et là, dans le tissu, sous ses fesses,
la petite bande orange...
Rapprochez-vous.
Vous voyez quoi ?
-Un oiseau.
-Des oiseaux. Un oiseau. Appelez le commandant.
Je suis sûre de moi. -Vous pensez que c'est ça ?
-Je... Appelez-le.
*-Tapez sur "Continuer".
-Vous êtes canon. -Merci, Adèle.
On est prêts, Antoine !
*-OK. -Vous nous entendez ?
-Oui. -Commandant,
*vous voyez un tissu bleu avec une petite table basse à côté ?
-Oui, je vois le tissu.
*-Sur le tissu, il y a une bande orange, vous voyez ?
-Tout à fait.
*-Un petit oiseau est brodé dessus.
-Je vois l'oiseau.
-Pointez-le avec le joystick.
-Regardez.
Il change de couleur.
*-Clique dessus, pour voir.
*Il se passe un truc ? -Y a une femme qui approche.
-Une femme ? C'est-à-dire ?
-La femme disparue.
*-Bravo, vous avez terminé
la première étape de votre quête.
-La séquence cachée.
- -Oui, on entend. - *-Maintenant, vous devez ressortir
et faire parler cette femme.
*-Quelle femme ?
-Une autre femme approche, la femme à la guitare.
-Je lui ai tourné le dos, mais moi seule sais où elle se trouve.
*-Pour continuer le jeu, tapez sur "Suite".
-Il ne se passe rien. *-Julie Delmas
n'a jamais terminé la version longue.
- -Il n'y a rien d'autre ? - *-Rien. "Je lui ai tourné le dos",
ça vous dit quelque chose ?
-Ca vous parle ?
-"Je lui ai tourné le dos, mais moi seule sais où elle se trouve."
*-On te rappelle. -OK.
-C'est bien foutu.
-Dément.
-Vous étiez très jolie en... -Et vous ! J'avais chaud.
-Merci.
-"Je lui ai tourné le dos, mais moi seule sais où elle se trouve."
Vous voyez ? Il n'y a rien qui m'accuse dans cette séquence !
-On a trouvé ces traces
sur la scène de crime.
D'accord ?
Et on a trouvé ça
chez vous, les semelles sont identiques.
-C'est des baskets connues !
-On va vérifier avec le labo.
-Pourquoi j'aurais volé
mon propre ordinateur deux jours après le meurtre ?
Ca n'a pas de sens !
-Il faut juste un petit peu d'imagination.
Il comprend que Julie le manipulait pour qu'il l'aide à finir le jeu.
Après avoir utilisé son charme,
maintenant, elle le menace.
Il se sent trahi, sali,
touché dans son être intime, dans ce qu'il est profondément.
Elle ne couchera jamais avec lui.
C'en est trop.
La haine le submerge,
il s'empare de la statuette
et s'acharne sur Julie ! Un coup ! Deux coups !
Trois coups ! Elle ne bouge plus,
mais il s'acharne : il faut qu'elle paye
pour toute la souffrance qu'elle lui a infligée !
Après ça,
il est dans un état second.
Désorienté, il n'a qu'une idée en tête : s'enfuir.
Le premier jour, il essaie de donner le change,
mais il comprend vite que la police s'intéresse au jeu de Julie.
Alors là, il s'affole.
Et si on découvrait dans le jeu quelque chose qui le concerne ?
On pourrait alors remonter jusqu'à lui.
C'est beaucoup trop dangereux.
Alors il décide de retourner sur le lieu du crime et de voler
ce qui pourrait le confondre.
-Joli. Ca ne nous dit pas ce qu'il ne voulait pas qu'on trouve,
mais c'est bien vu. -C'est pas mal.
-Cette histoire de femme qui tourne le dos à une autre,
ça ne vous dit rien ?
-Non.
Enfin...
Si cette femme disparue est bien
la cousine de la femme d'Ingres, on n'a aucune mention de disparition.
Quant à la femme qui joue de la guitare
et qui lui aurait tourné le dos,
ça n'a pas de sens.
-Je suis désolée de vous le dire, mais là,
c'est très décevant.
J'aimerais vous parler
de mon roman, d'Anthony Bellone et de Chantal Flossagne.
-Changez ce nom ridicule, Chantal Flossagne.
-J'avoue, j'ai un peu exagéré sur votre personnage,
mais cette histoire d'amour, je ne peux pas la changer.
-Et pourquoi ?
-Parce que sinon, le roman n'aurait plus aucun intérêt.
Ce qui va plaire à mes lecteurs, c'est justement pourquoi,
malgré leurs différences,
malgré leurs préjugés,
pourquoi ces deux personnages
sont incapables de se séparer l'un de l'autre.
Et si, finalement, ils étaient faits pour vivre ensemble ?
C'est la force de ce destin qui va les fasciner.
C'est vous deux, la meilleure histoire, et vous le savez.
C'est juste que vous refusez de l'accepter.
-Madame Richter...
Si vous vous servez de ma vie privée, de près ou de loin,
je vous colle un procès aux fesses.
-Florence !
Florence ! -Papa ?
-T'es contente de toi ?
-De quoi tu parles ? -Patricia Richter arrête tout.
Elle abandonne son roman.
- -Vraiment ? - -Tout ça à cause de ton orgueil !
-Quoi ?
-Grâce à elle,
j'avais la possibilité de parler d'histoire de l'art
à des millions de gens ! -Papa, arrête de crier.
As-tu seulement lu ce qu'elle a écrit sur moi ?
-"Moi, moi, moi" ! Toujours toi ! C'est quoi,
comparé à la possibilité de parler d'art à des millions de gens ?!
Tiens, "La Grande Odalisque" !
On accuse Ingres de classicisme
alors qu'il est d'une audace incroyable ! On n'a jamais vu ça !
Le sein, c'est une boule de billard,
il y a trop de vertèbres, la jambe semble partir du nombril,
rien n'est réaliste, et pourtant tout est beau.
C'est si troublant.
-Je croyais que tu venais pour m'engueuler.
-Et au lieu de transmettre ça, tu ne penses qu'à toi.
T'es aussi concon que la soeur de Napoléon, quand elle l'a refusé.
"J'en voulais un comme le premier, pour faire joli dans le salon."
Quelle cruche !
-"Pour faire joli dans le salon" ?
-Oui, les Murat avaient commandé un nu pour faire pendant
à "La Dormeuse de Naples" qu'ils avaient acheté en 1808.
-Je t'aime, papa. Vraiment. -Pourquoi ?
-Je t'expliquerai. -Floflo !
-Je t'aime !
Ca va, M. Bernstein ?
-Ca va. -Vous nous avez manqué.
-Bonjour. -Bonjour.
Vous voyez
ces deux tableaux ?
Ils étaient accrochés comme ça
dans le salon royal des Murat à Naples.
-Dos à dos. -Exactement. La femme à la guitare,
dans le jeu, disait :
"Je lui ai tourné le dos." Pour Julie Delmas, en fait,
la grande odalisque et la femme à la guitare sont la même personne.
-D'accord.
-Donc celle-là, en rouge,
c'est la femme disparue du jeu.
-C'est la même.
- "Je lui tourne le dos." Voyez ? - -Mais quel rapport
avec l'enquête ?
-C'est le mobile
du meurtre : le but
de la version longue du jeu, c'était de retrouver
le tableau disparu.
-Quoi ? -Quel tableau disparu ?
-Ce tableau est une réplique,
l'original a disparu à Naples en 1815.
D'où son nom, "La Dormeuse de Naples".
Ingres a été traumatisé par cette disparition,
c'est devenu une obsession,
il l'a cherché toute sa vie
et en a fait de nombreuses répliques, dont celle-là,
faite 30 ans après.
Il y a quand même une ressemblance. Hop...
Et hop.
-Oui. -C'est clair.
-Vous vous souvenez de la phrase qu'il y a au début du jeu ?
"Découvrez une des plus belles énigmes de l'histoire de l'art."
- -Le jeu devait donner la solution ? - -Oui, dire où était le tableau.
-Julie Delmas le savait ? -Oui, on l'a tuée pour l'empêcher
de le révéler.
Oui ? -Si Julie Delmas
savait où était ce tableau,
pourquoi le dire dans un jeu ?
-Très bonne question. En fait,
elle n'y croyait pas, mais le tueur, si.
La personne qui a tué Julie Delmas
est celle qui lui a révélé où était le tableau,
et qui s'est aperçue que Julie s'en était servie.
-Cette personne avait donc
de solides connaissances.
-Vous brûlez, commandant.
Qui était la conseillère historique de Julie Delmas ?
Un véhicule approche.
-Restez derrière.
Madame Martin !
Elle n'est pas là.
Une voiture démarre.
Police ! Non !
-Alors ? -Tout est clair.
-Le disque dur de Julie Delmas.
-Analysez-le. Nous, on s'occupe de sa femme.
On a retrouvé ce disque dur
à votre domicile.
Il appartenait à Julie Delmas.
Que contient-il ?
-Je ne sais pas.
Je ne sais rien.
-C'est impossible. Je ne comprends rien.
Quel merdier,
tous ces sous-fichiers.
Ca cache quoi ?
-Y a-t-il mention du tableau "La Dormeuse de Naples" ?
-Pour vous répondre, je vais devoir ranger tout ça. Ca va être long.
-Venez voir.
-Quoi ?
-Elle n'a pas encore trouvé le tableau,
sinon elle l'aurait annoncé depuis longtemps.
-Et donc ?
-Et donc elle veut le retrouver avant qu'on l'attrape.
Elle a été capable de tuer pour ça, elle y croit encore.
-Donc elle serait là où elle pense que le tableau se trouve.
-Exactement.
-Allez, dis-moi ce que tu as trouvé
sur "La Dormeuse de Naples".
-C'est top secret.
-Ca tombe bien, parce que
j'adore les secrets.
Et je crois que j'ai les moyens de te faire parler.
-Tant que je ne l'ai pas trouvé, personne ne saura où il est.
-Pas sûr.
-Je vous jure que je ne sais pas
où elle est partie, je ne comprends rien à ce que vous me dites.
-"La Dormeuse de Naples", ça vous parle ?
On pense que madame Delmas
avait volé à votre femme des informations sur la localisation
de ce tableau.
Vous confirmez que votre épouse menait des recherches
sur ce tableau ?
Madame Horovitz, vous confirmez ?
-Oui.
Oui, elle s'y consacrait à plein temps depuis 15 ans.
J'ignorais qu'elle l'avait localisé.
-Apparemment, elle en avait parlé à Julie Delmas.
-OK.
Jure de ne rien dire.
-Je te jure.
-Si tu parles, je te ferai subir les pires sévices.
-Ne me tente pas.
-Quoi ? Qu'y a-t-il ?
-Je voulais vous dire... Vous savez que Richter a décidé d'arrêter ?
-Ben oui. Et donc ?
-C'est juste que...
J'ai compris pourquoi j'aime autant ce bouquin.
-D'accord.
-J'en avais besoin.
-Mais... C'est-à-dire ? Besoin d'un bouquin ?
-J'ai du mal à...
J'ai du mal à vous oublier.
Ce bouquin, je crois que ça m'aide un peu.
-D'accord.
-C'est comme si c'était un truc qui me disait que...
Que notre histoire a vraiment existé.
Je sais, c'est la vision délirante d'une auteure à la masse, mais...
-Complètement chtarbée, même !
-Mais c'est quand même...
C'est quand même un peu notre histoire. Ca y ressemble.
Et de savoir que ça va être écrit noir sur blanc,
qu'il va en rester quelque chose, ça me...
Ca me fait du bien. Voilà : ça me fait du bien.
-Monsieur Verlay ! -Oui ?
-On a trouvé. -Ah bon ?
-On a une partie de la version longue,
ça parle du tableau. -Très bien.
On est où, là ?
-Vu votre tenue, on est au 19e, en France.
C'est logique :
Ingres est arrivé à Paris en 1824, où il a enfin connu le succès.
Allez-y, ouvrez.
On est chez Bertin, dans son château de Bièvres.
-Bienvenue.
Je suis en train de souper, cela ne vous dérange pas ?
En 1832,
mon vieil ami Ingres écrivait à madame Murat.
Vous savez pourquoi ?
-Obtenir le prêt de "La Dormeuse de Naples"
pour le Salon de 33.
-Bravo.
C'est comme ça que j'ai pu exaucer le voeu le plus cher de mon ami :
voir enfin ces deux tableaux réunis.
Si vous voulez bien me suivre.
J'ai rendu "La Grande Odalisque" à son propriétaire,
mais je n'ai pas du tout rendu "La Dormeuse de Naples"...
- -Ca va ? - -A cette madame Murat,
la soeur de Napoléon l'usurpateur !
-Il dit qu'il a gardé "La Dormeuse de Naples" chez lui ?
-C'est impossible.
Le tableau a été perdu en Italie, il ne peut pas être chez Bertin.
Mais ça veut dire
que Sarah Martin y croit !
-Que le tableau est chez le vieux ?
Il existe encore, ce château ? -Oui, c'est un musée.
Sarah Martin y est, c'est sûr !
Je suis bien au château des Roches ?
Bonjour, je suis Florence Chassagne, du Louvre.
Est-ce que je pourrais parler à votre directeur ?
Bonjour, monsieur. Est-ce que Sarah Martin est chez vous ?
Oui, elle participe à un programme de recherche.
Oui ? Non, ne me la passez pas ! C'est moi qui vous passe quelqu'un.
Vibreur.
-Excusez-moi.
Oui, Antoine ?
S'il te plaît.
Quoi ?
*-Sarah Martin est à Bièvres.
Envoie les gendarmes fissa, on te rejoint !
*-A tout de suite. -OK, ça marche.
Sirène.
Vous étiez avec Julie Delmas la nuit de son assassinat ?
Madame Martin ?
-Oui.
Bips.
-J'arrive.
Faut que j'aille au bureau,
je t'expliquerai. -Tu m'embrasses pas ?
Julie !
La porte claque.
Elle croyait quoi ?
Qu'elle pouvait me manipuler et ruiner ma carrière ?
C'est moi qui trouverai ce tableau.
-Les spécialistes disent qu'il ne peut pas être caché
dans le château des Roches.
-Et qu'est-ce qu'ils en savent ? Ils ont fouillé partout ?
Ils ont sondé les murs ?
Il est là-bas.
Il est là-bas, je le sais.
-Je ne pensais pas que ce tableau pouvait rendre fou à ce point.
-Vous aussi l'avez cherché toute votre vie.
-C'est ma femme
qui avait posé, c'était le plus beau
de mes nus, il me faisait penser à elle.
Je regrettais d'avoir fait si peu de portraits d'elle.
-C'est vrai, vous n'avez fait qu'un tableau d'elle.
Excusez-moi.
Il est...
Il est là, voilà. Je l'aime beaucoup.
-A sa mort, il ne me restait
presque rien de ma femme.
-Il y a quelques dessins.
En plus du tableau, il y a celui-là.
Et il y en a un autre que je trouve vraiment très délicat, là,
où elle est enceinte. On voit bien l'arrondi de son ventre.
-Même notre enfant est mort.
Finalement, les tableaux,
les photographies, les livres,
c'est tout ce qu'il reste quand les autres partent.
-Les livres ?
-Vous, vous n'êtes pas morte.
-Non.
-Mais lui, il vous a quand même perdue.
Alors un tableau, un livre,
il en a besoin. C'est humain.
Sonnette.
-Ouvrez-moi.
-Euh... Vous voulez... -Je suis d'accord.
-D'accord pour quoi ?
-Richter peut écrire son livre
et continuer à utiliser nos personnages.
Elle peut raconter ce qu'elle veut.
-Ce qu'elle veut ?
-Ce qu'elle veut.
-Qu'est-ce qui a fait que vous avez changé d'avis ?
-Vous.
Je vous dois bien ça.
Je crois.
-Effectivement, on doit se demander, on peut se demander
s'il n'y a pas une part de réalité...
-C'est moi, sur la photo : on travaille ensemble.
Vous ne m'avez pas vu à la télé ?
-Jamais.
-C'est pourtant le plus grand historien de l'art qui soit !
-Moi, au moins, j'apparais sous mon vrai nom, pas sous "Flossagne".
-Oui, monsieur ?
-Commandant, vous, qu'est-ce que vous retenez de cette expérience ?
-Je dirais que madame Richter ferait une enquêtrice formidable.
Vraiment.
Quand on échafaude
nos hypothèses, on part des faits, mais on a aussi besoin d'intuition,
d'imagination.
Et pour ça, Patricia, enfin madame Richter, est vraiment
imbattable.
-C'est lui qui le dit.
-Une dernière question ?
Oui ? -Madame Richter,
Anthony Bellone forme un vrai tandem avec Chantal Flossagne.
Vous avez écrit là
une très belle histoire d'amour.
-Je vous remercie.
-Comment avez-vous fait pour être
aussi juste ?
-Je ne dévoile pas mes secrets d'écriture.
Disons que parfois, il faut savoir
être attentif à ce qu'on a sous les yeux.
Et là, j'ai eu la chance d'avoir un beau capitaine
et une historienne de l'art inspirante.
Il suffisait de les observer.
D'ailleurs ils sont parmi nous,
juste là !
-Vous êtes Chantal et Anthony ? -Une photo s'il vous plaît !
Vous êtes merveilleux, bravo !
-Retournez-vous, qu'on prenne une belle petite photo !
-Vous êtes trop mignons !
-Vous êtes amoureux dans la vie ? -Une photo !
-Vous êtes merveilleux !
-Anthony, Chantal, un sourire !
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