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...
C'est toujours la m�me chose et ce sera toujours la m�me chose.
On ne saura jamais
qui a laiss� la corbeille de croissants
sous le robinet de p�trole. On ne le saura pas.
J'aurai beau faire une enqu�te, je ne saurai jamais rien.
Je sais une chose, ce n'est pas moi.
J'�tais � la messe, c'est pas moi.
Alors, qui est-ce?
Peut-�tre un client de l'�picerie
qui a pouss� le panier sans faire attention
de telle fa�on que le panier
est venu se placer sous le robinet du bidon de p�trole.
Tu en as pris, des croissants? Naturellement, ce matin.
Pour me nourrir. �a, non.
Pourquoi "�a, non"? Tu manges, tu ne te nourris pas.
C'est moi qui te nourris.
Ton p�re, mon fr�re, ne l'aurait pas fait.
Il n'aimait pas qu'on se foute de lui.
Tu me l'as d�j� dit. Pour rien.
Mais alors, pourquoi tu me le redis?
Oui, je sais bien que j'ai tort
d'esp�rer qu'un jour tu travailleras pour vivre.
Le m�tier d'�picier est aussi honn�te qu'un autre.
Un grand bonhomme de 25 ans pourrait aider son oncle.
Oncle qui l'a recueilli et nourri en s'esquintant le temp�rament.
Je vois o� tu veux en venir. Je suis un bon � rien.
Bon � rien, mais ce serait gentil.
Tu es mauvais � tout.
Je sais pas si tu me saisis, mais je me comprends.
Je te saisis et je suis profond�ment bless�.
Voil�. Voil�.
Il fait des grimaces et ce qu'on lui dit, il s'en fout.
Ton fr�re, lui, est reconnaissant. Il travaille au magasin.
Il se tient au courant de nos difficult�s.
Le baril d'anchois moisis, il l'a vendu � M. Carbonni�res.
Pourtant, c'�tait difficile, les anchois �taient gonfl�s
et pleins de champignons verts.
Eh bien, il les a vendus, lui!
II est aveugle, M. Carbonni�res?
Je lui ai dit qu'ils venaient des Tropiques.
Voil�! Voil� l'id�e! Voil� l'imagination!
II a trouv� �a, lui. Lui?
Je sais ce qui lui a mont� l'imagination, � lui.
Ah oui?
Tu savais que si tu les vendais pas, on les aurait mang�s.
Oui, ici, sur cette table.
Les anchois des Tropiques, on les aurait vus tous les jours.
Jusqu'� la fin du baril
ou jusqu'aux obs�ques tropicales de la famille.
- Quoi?
Ce p�t� de foie, c'est celui que les clients te refusent
parce qu'il a tourn�. Il est l�, lui, aigre mort.
Pour me nourrir, moi. Mais pas si b�te.
Je mangerais plut�t de la mort aux rats.
Et ce r�ti de porc est avari�.
Une personne en a mang�.
C'est Mme Graziani. Je dis "c'est",
mais demain, il faudra peut-�tre dire "c'�tait".
Depuis cette tranche, elle est couch�e.
Et � l'heure qu'il est, elle est peut-�tre � l'agonie.
Adieu, Graziani.
Oh, Ir�n�e, que dis-tu? Elle a 76 ans.
Elle a une indigestion.
Il faut ne plus avoir d'odorat ni de palais,
pour s'offrir une indigestion de ce rondin malsain.
Il en reste pour demain. Il faut l'attacher
parce que cette nuit, il va s'en aller.
- Ce qu'il faut entendre!
Laisse-le dire.
L'exag�ration de sa critique en d�montre l'absurdit�.
Cette viande est excellente, j'en ai mang� par gourmandise.
Toi, tu as l'habitude.
En ce qui concerne les poisons alimentaires, tu es vaccin�.
Il les avale, il les dig�re, il les distille.
C'est un v�ritable alambic.
Moi, tu m'appelles alambic? Grossier!
Si l'oncle se met en col�re...
Il va encore s'�touffer, comme d'habitude.
�a me fera de la peine.
Parce que l'oncle, malgr� sa sauvagerie envers moi,
je l'aime beaucoup.
Bonjour! - Qu'est-ce que c'est?
Vous avez encore des anchois des Tropiques?
Pour le moment, nous en manquons.
Vous en aurez quand?
Ah, il faut le temps pour les faire.
Dans deux ou trois mois, quand ils seront m�rs.
O� puis-je en trouver?
Nulle part ailleurs. C'est une sp�cialit� maison.
Merci quand m�me.
Au revoir, monsieur.
Bravo. Voil� une fi�re le�on pour toi.
Admire cet enfant.
Il nous arrive une catastrophe, un d�sastre:
50 kilos d'anchois qui moisissent.
De notre d�sastre, il fait une sp�cialit�.
Il cr�e un poisson nouveau auquel Dieu n'avait pas pens�.
Il en fait une friandise inconnue.
Il a eu tort de tout vendre au m�me �picier.
Ce paisible village sera peut-�tre d�peupl� en 15 jours.
Le poisson nouveau va les empoisonner.
C'est �a, d�nigre-le, reproche-lui son initiative.
Casimir, je te f�licite. Voil� 10 francs.
Et n'�coute pas...
...les sarcasmes de l'inutile.
J'ai tr�s envie de me f�cher. - Non! Tu vas t'�touffer.
�a en vaut peut-�tre la peine. Entendre des choses pareilles!
Est-ce imaginable, un individu qui ne veut pas travailler?
Dans l'�picerie.
Quand je me vois dans cette boutique...
Ce n'est pas une boutique, c'est un magasin.
Quand je suis entre la morue s�che et le roquefort humide,
�a me donne mal au c�ur de discuter de la qualit� des patates
avec Mme Leribouchon qui veut les payer un sou de moins.
Je ne suis pas n� pour �a!
Pour quoi es-tu n�?
Pour autre chose, je suis s�r que j'ai un don.
Si tu as quelque chose, c'est un don.
Parce que tu n'as pas un sou.
Je te parle d'un don de naissance.
D'un don de Dieu!
- On est heureux d'apprendre que tu as un don de Dieu.
En dehors de ton gros app�tit, de ta paresse et de ta grande gueule,
qu'est-ce que Dieu a pu te donner?
Un talent. Un talent cach�.
Bien cach�. - Je sais ce que c'est.
Si tu le dis, tu es un homme d�shonor�!
Je ne le dis pas. Je dis juste que tu as un talent cach�.
Moi, je le sais.
�a peut rapporter quelque chose, ce talent?
Des millions, tout simplement.
Des millions de quoi? De francs.
Folie des grandeurs.
Tu ne me crois pas? Je le savais, �a.
Tu sais combien il faut vendre de morues s�ches
pour gagner un million de francs?
Non, et je ne veux pas le savoir.
Moi, je gagnerai des millions parce que j'ai un don.
S'il vous a dit �a, c'est qu'il est fou.
Non, ce n'est pas un fou.
C'est un schpountz. C'est quoi, �a?
II y en a un, ici?
Oui, le chasseur me disait qu'il ressemble � Charles Boyer.
Si on lui donne la chance de para�tre sur un �cran...
J'ai parl� au monsieur avec le pantalon de golf.
C'est le directeur du film.
Raimond, viens ici, imb�cile.
Tu t'es regard� un peu?
Avec ton nez comme une pomme de terre
et tes jambes qui rentrent en dedans.
C'est ma s�ur qui m'a dit... Ouais, allez, rompez.
Allez, va.
J'avais pas r�alis� qu'il �tait idiot.
Un schpountz n'est pas un idiot.
Il raisonne parfaitement, il vit comme tout le monde.
Il a du bon sens, sauf en mati�re de cin�ma.
Il croira toute sa vie qu'il ressemble � un grand acteur.
On peut blaguer, il s'aper�oit pas qu'on se moque.
Vous en voyez beaucoup?
Un ou deux par jour.
Ils sont au moins idiots.
Non, pas du tout. Allons, mademoiselle...
...voyez ce que ce chasseur va s'imaginer.
S'il avait un petit air de famille avec M. Boyer,
s'il y avait quelque chose dans sa voix...
Comme moi, j'ai la voix de Raimu, alors je comprendrais.
Mais il n'y a rien.
Vous avez la voix de M. Raimu. En effet, il a la m�me voix.
Monsieur l'a vu tout � l'heure. Il m'a regard� d'un dr�le d'air.
C'est vrai.
C'est frappant.
Je suis pas un schpountz.
Oh, non!
J'ai aussi l'�il, la d�marche, la bont� bourrue.
Oui, tout, quoi.
Non, je n'aurais pas la place. J'ai aussi ma personnalit�.
Vous pourriez jouer des r�les qu'il ne peut pas.
M. Raimu vous dirait la m�me chose. Y a des r�les o� il serait meilleur.
H�, qui sait?
Pourtant, il est visible que ce n'est pas un schpountz.
- La preuve...
...je vous ai pas demand� de jouer un r�le dans votre film.
Pas encore. Ni maintenant, ni jamais.
Et si on vous demandait? Je refuserais.
J'y serais forc�. La direction vous l'interdirait?
�a, je m'en fous. Quoique barman, j'ai une conscience.
Vous avez dit que j'avais la voix de Raimu.
Il m'est permis de voir la chose sous un angle personnel.
C'est M. Raimu qui a ma voix.
J'ai plus le droit de m'en servir.
Ce grand artiste s'est produit en public avant moi.
Je dois pas lui faire du tort.
Oh!!! N'insistez pas.
J'ai pas le droit.
Voil� un schpountz de 1re classe.
On en a vu des mieux que �a.
Tu devrais lui expliquer ton don. Il ignore le cin�ma.
Il y est all� deux fois.
La 1re fois, il a trouv� �a idiot. La 2de, il s'est endormi.
C'est vrai, mais il y est all�.
Ce n'est pas un spectateur passionn�.
Et j'irais lui dire que mon don, c'est le cin�ma? Non, non.
Pas de r�v�lation pr�matur�e, n'effrayons pas l'�picier.
Il pourrait te d�courager. Me d�courager?
Enfantillage, Casimir. Je sais que je suis un acteur-n�.
Je sais que si Dieu m'envoie ma chance,
je verrai mon nom sur les affiches et sur la fa�ade des cin�mas.
Les dollars! Les dollars!
C'est pas beau, les dollars?
A Marseille, dans la vitrine d'une banque,
j'ai vu un billet de 100 $, il n'�tait pas joli.
Parce qu'on te l'a pas donn�.
Tu ne sais pas un mot d'anglais. Pourquoi on t'en donnerait?
Mon don, c'est le cin�ma.
Dans le cin�ma, on en voit partout, des dollars. On les distribue.
Ah, si Dieu m'envoie ma chance! Comment te l'enverra-t-il?
Je n'en sais rien, mais il me la doit.
Tu crois que Dieu se fatigue pour rien?
II m'aurait donn� cette vocation, cette m�moire,
cette voix, cette d�marche, cette sensibilit� fr�missante,
pour me laisser dans le gorgonzola? Non, Casimir.
Dieu n'est pas fou.
Malgr� quelques fantaisies comme la famine, la guerre
et la peste, tout porte � croire que Dieu a du bon sens.
A l'�ge qu'il a, le contraire m'�tonnerait.
Je n'irai pas au devant de ma chance, je l'attends ici.
On frappe
- Casimir? Ouais.
Tu es lev�? Pas encore, je commence.
Il n'est que 8h. C'est dimanche, aujourd'hui.
D'accord, mais descends quand m�me.
Il frappe L'oncle, tu es lev�, toi?
Non. Pourquoi tu tortures Casimir?
Des automobiles passent. Il faut quelqu'un au magasin.
�a va, j'y vais. Non, reste couch�.
Je vais le faire, ce travail exceptionnel.
Il pourra plus rien dire.
Il veut qu'on ouvre le magasin, je vais l'ouvrir.
D'abord, j'ai faim.
Il baragouine en baillant
...
Qu'y a-t-il? On marche � la vapeur.
Et alors?
Je vais remettre de l'eau.
�a fume.
Je vais chercher une casserole.
Bonjour!
II n'y a personne?
H�, monsieur, que faites-vous?
Casserole. Oui, casserole � vendre.
Bien s�r. Y a pas de bien s�r.
C'est 65 francs. Non, euh... 6,50 francs.
Regardez encore une fois, �a fait 65 centimes.
T�le de premier choix, forme agr�able et commode.
6,50 francs. �a va au feu.
L'�mail ne se craquellera pas, elle n'est pas �maill�e.
C'est pour mettre de l'eau dans mon radiateur.
Si vous avez une automobile,
6,50 francs ne vous feront pas peur.
Je n'ai pas de monnaie. C'est pour le cin�ma.
Vous avez un cin�ma? Je fais des films.
Vous faites des films? O�? Quand?
Ici, tout de suite.
Vous fabriquez des films? Je le savais.
Je vous attendais, je vais vous aider.
Dieu n'est pas fou, non.
Venez, il n'est pas fou.
Il dit que Dieu n'est pas fou, mais lui, il est jobastre.
Je vous donne la casserole. �a, c'est gentil.
Il pr�te une casserole � un guignol
qui a les m�mes pantalons que ma grand-m�re.
C'est la premi�re fois que je monte en voiture.
Chauffeur!
Chauffeur!
Dans un moment, vous tournerez � gauche.
Ils hurlent
Messieurs, c'est ici.
Vous �tes au Col de Tanto.�.
Voici le col. Il a une dr�le de gueule.
Il nous reste qu'� vous remercier.
C'est la moindre des choses. O� sont les artistes?
Ils sont pas encore l�. Vous filmez pas maintenant?
Oh, non, pas avant deux ou trois heures.
Mais jusque-l�?
On fera une belote ou on cassera la cro�te.
Eh voil�. Si vous le permettez,
je viendrai vous voir tourner en curieux.
Apr�s vous avoir montr� le col, je vais aller mettre le mien.
(Ensemble) Oh!!!
Messieurs.
A tout � l'heure.
Je te dis que �a y est. �a ne peut pas ne pas y �tre.
Tu doutes de moi? Mais non.
Je doute des autres qui ne le comprendront pas.
C'est � moi de leur faire comprendre.
Je les ai guid�s, je leur ai dit que je revenais.
Ils m'attendent. C'est l'occasion de ma vie.
Elle arrive et je suis pr�t. J'ai mon costume.
J'ai ma cravate... Non, je ne l'ai pas.
J'ai ma cravate. J'ai trouv� ma moustache.
Et par bonheur, ils ne m'ont vu qu'en pyjama.
Je vais faire une entr�e pas ordinaire.
Je vais leur porter un coup foudroyant.
Quoi?
La raie au milieu.
Tu leur diras quoi?
J'ai mon plan. Je ferai le modeste.
Et j'obtiendrai une audition.
Et s'ils rigolent?
S'ils rigolent de quoi?
De toi. De moi?!
Oohhhh! Ir�n�e, j'ai pas voulu dire...
Tu l'as dit. Tu n'as pas confiance en moi, va-t'en!
Je me d�fendrai tout seul.
Je te fais confiance, mais pas autant que toi.
C'est-�-dire? Parle ren�gat, parle!
Les choses ne vont pas si vite.
Croire que l'on va t'engager aussit�t comme vedette,
c'est gu�re probable.
Il doit y avoir une fili�re. On doit avancer peu � peu,
faire un pas chaque jour.
Tu sais que Napol�on �tait un sous-lieutenant corse?
II est devenu empereur.
Crois-tu qu'on devienne empereur pas � pas?
R�ponds, voyons! Tu as raison d'y aller.
Je te dis tout �a par amiti� pour toi.
Je ne veux pas que tu aies une trop grosse d�ception.
�a va, �a va. Tu es n� un samedi.
Tu es n� sous l'influence de Saturne. Tu es un saturnien.
Je l'ai lu dans "Paris Soir".
�a prouve quoi? Que tu n'arriveras � rien.
Tu seras toujours pessimiste. La m�fiance te domine.
Tant pis pour toi.
Je suis n� un jeudi, sous l'influence de Jupiter.
Tous les espoirs me sont permis.
Ceux qui me seraient interdits, je me les permettrais.
Donc laisse-moi faire et ne parle plus.
Franchement... Quoi, franchement? Quoi?
Tu es bon, mais mal�fique. Tais-toi, saturnien.
C'est un jupit�rien qui te parle.
Regarde la bille qu'il a.
Bonjour!
Bonjour!
Bonjour, messieurs, madame. Bonjour, cher ami.
Il ne voulait pas s'avancer.
OH!! II avait tort. Grand tort m�me!
Oh, que c'est joli!
C'est splendide, charmant.
- Quel est le tailleur de g�nie qui vous a fait ce costume?
C'est un tout petit tailleur.
Je vous donnerais volontiers son adresse,
mais �a ne vous servirait pas, car ce costume,
je l'ai con�u et dessin�.
Il sait tout faire! II faut qu'il nous en dessine un!
(Tous ensemble) Oh, oui!
Que c'est dommage!
Pourquoi c'est dommage?
C'est dommage qu'un homme comme lui,
� cause de consid�rations sociales,
ne puisse pas faire du cin�ma.
Chaque fois qu'il y en a un de bien, on ne peut pas l'avoir.
C'est formidable.
Faire du cin�ma en qualit� de quoi?
En qualit� d'acteur, voyons.
Comme acteur, le physique joue un r�le important.
Oui, mais l'�l�gance compte aussi, vous savez.
Le c�t�... L'essentiel, c'est le sex-appeal.
Il a une voix tout � fait sex-appeal.
Bien qu'il soit ridicule de dire �a,
il me semble que j'en ai un peu.
Mais il faudrait que je le cultive. - C'est charmant de modestie.
Je ne suis pas modeste, je l'�tais.
Du jour o� j'ai d�cid� de devenir un artiste,
j'ai sacrifi� la modestie.
Vous songez � faire du cin�ma?
Monsieur, non seulement j'y songe,
mais j'en r�ve, j'en suis malade, j'en cr�ve!
Le cin�ma, c'est ma passion, c'est ma folie.
Pour jouer m�me un petit r�le, je le jouerais m�me gratuitement.
Le premier.
Mes enfants, j'ai une id�e.
Je m'�tonne qu'aucun de vous ne l'ait eue avant moi.
- Quelle id�e? Mais le schpountz...
Le schpountz, c'est lui.
- Bien s�r! Qu'est-ce qu'un schpountz?
Ouh, �a!
C'est un r�le extraordinaire dans un film extraordinaire.
Depuis 5 ans, on n'a trouv� aucun artiste pouvant l'incarner.
Aucun. Aucun.
On a essay� les plus grandes vedettes,
les plus grands noms de l'�cran, aucun n'a pu l'incarner.
C'est Greta Garbo en homme, vous vous rendez compte?
Vous m'effrayez un peu.
Il ne faut pas s'emballer.
Dans la vie, monsieur est un schpountz, mais � l'�cran...
Il serait encore beaucoup plus schpountz.
C'est � voir.
Je donne mon avis.
Ce serait subordonn� � des essais. On peut se tromper...
Ces essais qui sont la base de tout, quand les fait-on?
Je peux faire un essai de son.
Vous savez quelque chose par c�ur? Un po�me, une chanson?
Oui, madame.
Mais faire �a serait une tricherie.
Si le po�me est beau, vous pourriez en attribuer le m�rite au r�citant.
Je vous propose autre chose qui sera beaucoup plus concluant.
- II est tr�s int�ressant. - Laisse-le parler.
Merci.
Je vous propose de vous r�citer un article du Code civil.
Le plus court et le plus net.
Je dirais presque le plus tranchant. C'est celui-ci.
"Tout condamn� � mort aura la t�te tranch�e."
- C'est pas gai, �a. Non, c'est pas gai, non.
Mais �a peut le devenir. Je pr�tends,
vous donner une d�monstration de mes modestes m�rites.
Je vais avec cette simple phrase,
vous inspirer les sentiments les plus divers.
Tout sera dans l'expression.
Qu'est-ce qu'il doit avoir comme expressions!
Ne me louez pas d'avance, attendez.
C'est pr�t?
Oui, absolument. Eh bien, alors, je commence.
Voil�.
La crainte.
Tout condamn� � mort aura la t�te tranch�e.
- Oh! - Bravo!
C'est inou.�. La piti�!
La piti�.
(Tr�molos dans la voix) Tout condamn� � mort
aura la t�te tranch�e.
Emouvant, �a. Emouvant.
- Interrogatif et affirmatif.
Oui.
Tout condamn� � mort aura la t�te tranch�e?
Tout condamn� � mort aura la t�te tranch�e.
- Bravo. N'est-ce pas?
�a, c'est tr�s bien.
- Pensif. Pensif.
Tout condamn� � mort?
T�te tranch�e? Hmmm...
Gardez l'expression. Ne bougez plus.
Voil�. - Comique!
(En riant) Tout condamn� � mort...
aura la t�te tranch�e.
Bravo!!
Je vais vous chanter, car j'ai un peu de voix,
une chanson de ma composition
qui met en relief les deux faces de mon talent.
- Sans musique?
Moi, quand je chante, l'orchestre, je l'entends.
(Musique douce)
Avez-vous remarqu� dans l'existence
Que les couples ne sont pas assortis
Car bien souvent si la dame est immense
En g�n�ral, le monsieur est petit
La femme � barbe �pouse l'homme imberbe
Le gros la maigre, et la maigre le gras
Le doux heureux adore la femme acerbe
Je ne comprends pas �a
Car pour s'aimer, c'est tr�s curieux
II n'y a pas de juste milieu
Je n'ai jamais compris l'amour
II est souvent aveugle et sourd
Pas besoin de discours
On y revient
Toujours
Je n'ai jamais compris l'amour
Approuvez-vous tous ces chats de goutti�re
Qui pour l'amour se courent apr�s en miaulant
Si on faisait comme eux des heures enti�res
On trouverait �a trop fatigant
Et pour les chiens, trouvez-vous �a bizarre
M�me dans la rue, sous le nez des passants
Pour le taureau, c'est encore plus barbare
C'est un peu vache, soit dit en passant
Taureau, la vache, le chat, le chien
Moi, je trouve que ce n'est pas bien
Je n'ai jamais compris l'amour
II est souvent aveugle
Et sourd
Pas besoin de discours
On y revient toujours
Je n'ai jamais compris l'amour
Le saucisson,
c'est la viande la meilleure qui co�te le moins cher.
C'est la seule viande o� il n'y a pas d'os.
C'est la v�rit�.
Ce serait dr�le qu'il y ait un os au milieu.
Ce serait m�me rigolo.
100 g. 3,50 francs.
Bonjour. Bonjour, monsieur.
Je peux te parler une minute?
Sans t'arr�ter? C'est une locution!
Je t'expliquerai quand madame aura franchi le seuil de la porte.
Il est poli, votre neveu.
Je suis cliente, ici et je paye. Je paye en argent.
On vous a pay�e en saucisson, une monnaie qui sera pas d�valu�e.
Allez, madame, bonjour.
Ir�n�e... Tais-toi, l'oncle.
C'est le plus beau jour de ma vie.
Ce n'est pas les 5 sous que tu viens de gagner
qui doivent t'inspirer du respect pour elle. Regarde.
Qu'est-ce que c'est?
Si ce papier pesait autant que les lingots qu'il repr�sente,
le ressort aurait p�t�. C'est quoi?
Un contrat. Le contrat de mon don.
Mes lunettes, passe-les-moi.
Non, je vais le lire moi-m�me.
Dans l'intimit� de la famille.
De la famille subitement enrichie par mon don.
L'oncle, Casimir,
tante.
Qu'est-ce qui se passe? - Je sais pas.
Tu as d�n�? Oui.
Asseyez-vous. Apr�s ce sera le champagne.
Sais-tu ce qu'est le cin�ma parlant?
C'est une salle sans lumi�re o� je m'ennuie.
Tu as tort.
De m'ennuyer? Je le fais pas expr�s.
Moi, de m'ennuyer, �a m'ennuie. Mais le rapport avec ce papier?
Mon don, c'est le cin�ma.
Quoi?! Oui, acteur.
Com�dien. Trag�dien.
�a te fait plaisir?
II vaut mieux le savoir, comme �a, on est fix�s. Et alors?
Une puissante compagnie am�ricaine ayant une filiale en France
m'a sign� cet engagement. Ecoute.
"Entre la compagnie Vernickel & Co et M. Ir�n�e Fabre,
"il est convenu ce qui suit.
"M. Ir�n�e Fabre est engag� comme com�dien pour 3 ans.
"II interpr�tera d'abord le schpountz".
C'est quoi?
Les explications apr�s.
"M. Fabre recevra comme salaire la somme de 1000 $ par semaine.
"Ce qui fait 25 � 30000 francs, par semaine."
Les Am�ricains.
J'en �tais s�r.
Ils t'ont pas pay� une semaine d'avance?
Quoi?
Je connais les Am�ricains, et alors?
"Si les n�cessit�s de la production forcent M. Fabre
"� travailler sous un climat qui n'est pas le sien,
"au p�le Nord comme au S�n�gal..."
Une parenth�se. Ceci est �videmment exag�r�.
Mais ne perds pas de vue que ce sont des Am�ricains,
alors, ils pr�voient tout.
M�me le p�le Nord et le S�n�gal.
�a se comprend.
Et si �a se comprend pas, �a se r�ve.
Mais il y a des indemnit�s pr�vues.
"Au-dessus de 30�C � l'ombre,
"M. Fabre recevra une prime de 100 francs par jour
"et par degr�."
Ainsi pour 45�C,
j'aurais 1500 francs de plus par jour.
45�C, c'est chaud.
Avec 1500 F, il pourra se payer des �ventails.
Et m�me, je me ferai �venter par les n�gres.
Le... le...
"Au-dessous de 0�C, M. Fabre recevra une prime de 200 F par jour,
"et par degr� de froid."
Pour moi, -40�C �gale +8000.
Simple, logique, naturel.
Moi, j'y comprends plus rien.
Reste les maladies.
Ah, les maladies? Oui, voyons les maladies.
"En cas de maladie contract�e en pays �tranger,
"les indemnit�s seront pay�es selon un bar�me."
Les maladies sont pay�es en monnaie du pays de la maladie.
Au premier abord, �a para�t bizarre et rigolo.
Mais en y r�fl�chissant, c'est logique.
C'est pour que tu te fasses soigner dans le pays...
...de la maladie. Tu comprends?
"Bar�me:
"Pied gel�, 4500 roubles.
"Fi�vre jaune, 5000 piastres.
"L�pre,
"4000 roupies.
"B�rib�ri,
"cinq d�fenses d'�l�phants.
"Morsure de phoque,
"2000 poissons boucan�s."
C'est inou.�.
Ces Am�ricains, quelle fantaisie et quelle pr�cision.
Quand ils m'ont lu �a, j'ai pas pu m'emp�cher de rire.
Mais ils m'ont calm� en me lisant un machin en bas de page.
"En cas de d�c�s, les fun�railles et le retour du corps en France
"seront pay�s par la maison."
Eh ben, �a, le rire...
�a te le coupe.
T'en penses quoi?
II y a une question grave
que je me pose depuis un moment.
A propos du contrat? Oui, � propos du contrat.
Tu permets? Mais bien volontiers.
Tu n'as jamais brass� des millions, mais tu as le sens des affaires.
Une question pos�e bien �-propos,
�a peut m'aider, m'�clairer.
Pas pour ce contrat qui est sign�, mais pour le suivant.
Cette question, la voil�.
C'est toi qui te fous de nous
ou c'est eux qui se sont foutus de toi?
On peut s'amuser, mais la rigolade a des limites.
Et s'il partait pour Paris?
S'il prenait le train, il y arriverait.
Et puis? On s'en fout.
Une fois � Paris, il s'en foutrait, lui?
C'est d�j� assez dur d'�tre moi,
je vais pas en plus me mettre � la place des autres.
S'il a march� dans l'aventure,
�a nous donne � tous une responsabilit�.
Moi, je suis ennuy�e d'avoir tremp� dans cette histoire.
Je ne le referai pas.
Toi, tu as toujours des scrupules. Pour tout et le reste.
Quand on t'aime, �a t'int�resse pas.
Mais s'il passe un canard boiteux, �a, c'est passionnant.
Quand c'est personne, �a devient quelqu'un.
Tu es la vraie s�ur de charit�.
Tu devrais savoir que charit� bien ordonn�e
commence par les copains.
�a d�pend de ce que les copains demandent.
Alors, c'est d�cid�, tu pars?
Qui m'en emp�cherait? Certainement pas moi.
Remarque que j'aurais pu le faire.
Les blagueurs sont encore � l'h�tel.
J'aurais pu aller leur dire que leur plaisanterie
pouvait avoir des suites tragiques.
Ils seraient venus ici pour te d�tromper.
Mais je ne l'ai pas fait. Pourquoi?
J'ai d�couvert le pot aux roses,
c'est-�-dire le point faible de ta folie,
et je pense qu'il ne faut pas te retenir.
Tu me reprocherais te t'avoir fait manquer ta vie.
Ton �tat s'aggraverait.
Mon �tat?
Devant la r�alit�, tu te rendras peut-�tre compte de ta b�tise.
�a pourrait peut-�tre te gu�rir, qui sait?
Ou m'apporter la gloire et la fortune.
Tu n'as pas de quoi t'acheter un rond de saucisson.
J'ai retir� mes �conomies de la Caisse d'�pargne.
J'ai 1300 francs et 25 centimes.
Et o� vas-tu avec �a? A Paris.
Je n'ai besoin que d'un billet de train.
D'ailleurs, le voici. Fallait prendre un aller-retour.
Oh, non. Je reviendrai dans ma huit cylindres.
Mon contrat pr�voit une avance de 10000 francs.
Et samedi, 1000 dollars.
Ramollissement de la cervelle. Espoir l�gitime et naturel.
D�lire pitoyable d'un pr�tentieux.
Bon sens et logique d'un Fran�ais moyen.
Fantasmagorie d'un jobastre.
M�fiance de boutiquier.
Tu vois pas qu'on s'est foutu de toi?
De grands c�urs m'ont tendu la main.
�a ferait rire un fossoyeur.
Je n'en suis pas un et c'est pour �a que je ne ris pas.
Si c'est possible d'entendre des choses pareilles!
Sur mes premi�res �conomies, je t'ach�terai F�lix Potin.
Y a de quoi pleurer.
Tu as beau �tre injuste et m�chant,
je te l'ach�terai.
Et si tu ne le veux pas, je le jetterai.
Je te ferai cadeau de l'usine � jambons pour ta f�te.
Le chocolat Meunier, ce sera ton petit No�l.
Tu m'as reproch� le pain que je mangeais.
Je te gaverai de brioches.
Pauvre couillon.
Pauvre! Pauvre!
Pauvre couillon!
La femme du cin�ma veut te parler.
O� est-elle? Sur la terrasse.
Elle est seule? Oui, et elle veut se cacher.
Qui t'a dit �a? Elle. Je dois le dire � personne.
Elle a l'air d'y tenir? Oui.
Eh voil�, elle n'attend m�me pas que je sois vedette.
C'est vrai que plus tard, je serai difficile.
Tu crois que... Mais enfant que tu es!
Tu m'apportes le message sans savoir ce qu'il veut dire.
Oh que c'est beau, la na. �vet�.
Elle n'est pas jolie, jolie.
Mais c'est la premi�re, il faut y aller.
Plus tard, �a fera une histoire charmante.
Dans "Pour Vous".
Dans "Pour Vous".
Bonjour, petite Fran�oise.
Bonjour, monsieur.
Vous d�sirez me parler?
Cet endroit n'est pas digne de vous ni de moi,
mais je ne vous ai pas fait attendre.
Je suis � vous.
Voil�.
Nous allons partir tout � l'heure. Oui.
Vous aussi? Vous partez?
J'ai mon billet.
Je regrette que vous l'ayez d�j� pris.
Vous vouliez me le payer? Non, pas du tout.
Mais je vais devoir vous le rembourser.
Comprends-je bien? C'est facile � comprendre.
C'est un aveu?
Si vous voulez. C'est plut�t une explication.
Formule �l�gante et discr�te.
J'ai pour vous une profonde reconnaissance.
Je le dirai toute ma vie.
Ce contrat, c'est � vous que je le dois.
C'est sur moi que vous faites retomber le poids de cette aventure?
Que j'en reporte le m�rite.
Le m�rite n'�tait pas tr�s grand.
Alors, vraiment, vous n'avez rien compris?
�a vous ferait plaisir que j'aie compris?
Y a des choses qu'on pr�tend ne pas voir, mais qu'on voit.
Votre billet, c'�tait une blague?
Comment �a, une blague?
Le voici. Vous n'avez rien compris.
Oh que si.
Inutile de vous expliquer davantage.
Vue accept�e.
Vous �tes idiot. Oh que non.
Oh que si. Oh que non.
Vous savez les prendre, les devants.
Vous arrivez toujours bonne premi�re.
La petite coquine.
Qu'est-ce que c'est? Une gifle.
Vous croyez?
Excusez-moi si j'ai frapp� un peu fort.
Ce contrat �tait une farce stupide, une plaisanterie.
Comment? Un contrat sign� par MM. Bazouf et Vernickel?
Une plaisanterie, qu'ils viennent d'Hollywood pour moi?
Devant 20 t�moins?
Ils n'existent pas. Vous les avez vus.
C'�tait le photographe et l'accessoiriste.
Ce soir-l�, nous n'avions rien � faire.
Nous avions un peu bu et vous aussi, d'ailleurs.
Vous �tiez pr�tentieux. On a fait ce contrat pour rire.
Quand j'ai vu que vous le preniez au s�rieux,
j'ai cru de mon devoir de venir vous pr�venir.
Vous �tes une femme de devoir? Peut-�tre.
Comment m'expliquerez-vous que mon oncle,
qui n'est pas au courant de la plaisanterie,
m'ait dit la m�me chose?
II a du bon sens. Pas moi?
Oh, non. Pas beaucoup.
Mais par contre, vous avez de la po�sie.
Merci. Si vous ne travaillez pas pour mon oncle,
pour qui travaillez-vous?
Quelle vedette ou quel groupe de vedettes
vous a charg�e d'�carter les jeunes natures
qui pourraient menacer leur gloire?
Oh, monsieur, un peu de bon sens.
Ou du moins, un peu de modestie.
Il y aurait peut-�tre une troisi�me explication.
Mais elle est si basse que je n'osais la cueillir.
Laquelle? Vous �tes monteuse de films.
Vous tripotez la pellicule.
Vous la collez, vous la rafistolez, etc.
Etc. Etc.
Pourquoi vous �tes-vous r�fugi�e dans les coulisses?
Parce qu'on ne vous a pas voulue sur l'�cran.
Vous avez r�v� d'�tre Greta Garbo,
mais on vous a renvoy�e � l'atelier.
Vous avez cet �chec sur le c�ur.
Quand vous voyez un jeune homme particuli�rement dou�
qui signe un contrat miraculeux,
le contrat que vous n'avez pas pu avoir,
la rage et l'envie vous soul�vent la bile.
Vous essayez par tous les moyens de lui faire manquer son destin.
Mais non, perfide, ce n'est pas si facile.
Je serai tout � l'heure dans le train.
Tant pis pour vous.
Je vous salue, madame.
On a fait une blague � un fou.
Allez, va, tais-toi!
Allez, monsieur, ouste.
La barbe, il y en a assez, voyons!
La direction. De la part de qui?
J'ai un contrat. Montrez-le.
Il n'est pas n�cessaire de le montrer au portier.
Si grand soit-il.
Ecrivez votre nom sur ce papier.
Dites au directeur que le schpountz est arriv�.
Le quoi? Le schpountz.
C'est vous? Oui, c'est moi, le schpountz.
C'est une bonne chose. Je vais le lui dire.
En attendant, ayez la bont� de sortir sur le trottoir.
Dans la rue?
Naturellement, c'est la consigne.
Elle ne s'applique pas au schpountz.
Au schpountz comme aux autres. Peut-�tre surtout au schpountz.
Je vous en prie. Oh, l�, l�!
Allons.
Qu'est-ce que c'est?
Avec une tierce.
La hauteur? - Elle est au roi.
Elle est bonne.
Moi, j'ai un petit 50 � carreaux
qui ne doit rien � personne.
Ils sont vernis, ces deux types.
J'attaque par mon aile droite, carreau.
Rien n'est pr�t.
Sur le plateau A, "Napol�on" continue.
Et le plateau B est plein de filles en tutu.
�a s'appelle "Sex-appeal" et c'est loin d'�tre fini.
On a commenc� hier.
- Napol�on aurait d� nous laisser la place.
Nous n'avons plus qu'une sc�ne � tourner avec 200 figurants.
On n'en sort plus, on a d�j� recommenc� 35 fois.
Le metteur en sc�ne russe en a des crises de nerfs.
Le pauvre, il est fou.
Il a d�j� mordu l'accessoiriste.
Alarme
...
- Ah! Tu as vu le patron?
J'ai pas pu lui parler, il �tait avec un homme de loi.
Puis il a fait rentrer une poule qui se plaint d'une affiche.
Quelle poule?
La folle, tu sais?
La ma�tresse du marchand de meubles.
Ah oui, celle qui tirait des coups de revolver dans la porte.
Rita Camelia? C'est une bonne fille.
Ecoutez-moi, mon cher Meyerboom.
Qui vous a donn� l'argent?
C'est Galapiat, le grand Galapiat, le roi du meuble.
Il m'a apport� un million.
Et qui vous a apport� Galapiat?
Sa voiture.
Ne faites pas l'imb�cile.
Vous l'avez embrass�, vous?
Heureusement non.
Eh bien, moi, malheureusement, oui.
Ce million, c'est moi seule qui vous l'ai fait verser.
Enfin, et l'auteur? C'est vous qui avez eu...
...des bont�s pour lui?
Tiens, l'auteur aussi? Oui, oui, aussi.
Le grand blond qui a une oreille plus grande que l'autre.
Et le chef de publicit� et le metteur en sc�ne
et le chef de plateau et l'ing�nieur du son?
Que faut-il faire pour avoir son nom sur l'affiche?
Avec qui faut-il coucher? Avec l'imprimeur.
O� habite-t-il?
Son adresse est sur les affiches. Mais c'est trop tard.
Eclats de rire
Tu viens figurer, mon joli? Figurer?
La direction? Tu veux voir le directeur?
La direction de quoi? La direction de la direction.
Vous ne referez pas d'autres affiches?
Ce serait trop cher. Il faudra pourtant les refaire.
Elles sont d�j� parties dans toute la France.
Il faut les faire revenir et les br�ler sous mes yeux.
Vous �tes charmante. Vous �tes b�te.
Si vous ne donnez pas les ordres n�cessaires,
je fais un malheur ou un scandale. Quelle diff�rence?
Si je tirais un coup de revolver, ce serait un malheur.
Oui, �a...
Si je faisais semblant de me suicider, si je me d�shabillais,
en criant au viol, �a serait un scandale.
Vous voyez la nuance?
Pas d'enfantillages. Bien, bien.
Vous avez 5 minutes.
...
Et alors? Quoi?
Les 5 minutes sont pass�es.
D�tonation
Mais voyons... Je vous en prie!
Cher ami! Cher ami!
Je vous remercie d'avoir eu la gentillesse de venir si vite.
Je vous demande une minute.
Le temps de finir une affaire avec madame
qui est une de nos plus brillantes artistes.
Une minute, n'est-ce pas? Attendez-moi une minute.
Ne vous �loignez pas de la porte.
Eh bien, dis donc, toi! Comment?
Nous n'avons pas gard� les cochons ensemble.
Tu les gardais pas avec moi.
Mais... Chut!
Tu tires des coups de revolver dans les portraits?
Je pourrais tirer des paires de gifles dans le tien.
Ah mais... Ne fais pas de bruit.
Pour cette affaire-l�, c'est loup�.
Ce jeune homme qui attend, l�, m'apporte des millions.
Lui? Oui, lui.
Je ne te dirai pas son nom, je lui ai promis de pas le dire.
Mais je peux te dire que son p�re
poss�de des mines de charbon et des hauts fourneaux dans le Nord.
Plus 4 immenses magasins � New York.
Et 2 � Londres. Tu vois ce que c'est.
Il est millionnaire en dollars.
Tu feras quoi, avec lui? 5 ou 6 films.
Et de ceux-l�, tu en seras.
Je te donne ma parole. Seulement, si tu fais du scandale,
il n'aura pas confiance et n'apportera pas les millions.
Tandis que si tu te tiens comme une grande dame,
on ne sait pas ce qui peut arriver.
Laisse-moi seul avec lui.
"Et avec...", promis?
Tu seras peut-�tre en t�te d'affiche.
Entrez, cher ami, entrez.
Je vous demande une minute. Asseyez-vous.
Je reconduis madame.
C'est tout naturel.
Monsieur, je ne connais pas votre nom,
mais permettez-moi de vous dire que si un jour,
j'avais l'honneur de jouer un r�le dans un de vos films,
je ferais de mon mieux.
Et �a n'est pas peu dire.
Oh, madame, tout l'honneur sera pour moi.
Par ici, ch�re amie, je vous en prie.
Enfin, nous y sommes.
Ce portier, quand m�me...
Enfin, s'il laissait entrer tout le monde,
on ne pourrait plus travailler en paix.
(II sifflote)
Sauv�!
Dites-moi, cher monsieur, qui �tes-vous?
Moi, je suis le schpountz.
Ah, vous �tes le schpountz?
Ah oui, oui...
Comprenez ce que je veux dire? Certainement, monsieur.
Vous �tes certainement ce que vous dites.
Dans cette occasion, que pourrais-je faire pour vous �tre agr�able?
Ex�cuter mon contrat.
Vous avez un contrat? Oui, le voici.
Pardon, merci.
Qu'en dites-vous? C'est tr�s int�ressant.
1000 dollars par semaine... Pour commencer.
Naturellement.
Parce qu'apr�s, apr�s...
D'accord, mais pour le moment, qu'est-ce qui vous ferait plaisir?
A quelle heure commenceront les prises de vue?
Je refuse de tourner ce matin.
Je refuse absolument. D'accord avec vous, monsieur.
Je veux avoir le temps de lire mon texte,
d'essayer mon maquillage. Vous me comprenez?
Parfaitement.
Je d�sire commencer vers les 4h23.
Entendu.
Que mon texte me soit remis 10 minutes avant.
Je vais le dire.
Je suis parti sans somme importante.
J'exige une avance de 10000 F pr�vue au contrat.
Paragraphe 43, page 8.
Je vais moi-m�me chercher l'argent en billets de banque.
Je ne suis pas un homme d'argent.
Mais nous devons ex�cuter le contrat.
Vous, dans votre domaine commercial,
moi, dans le mien, artistique.
D'accord. Accordez-moi une minute.
Cette minute, monsieur, je vous l'accorde.
Merci, monsieur.
Il est un peu fou, ce type-l�.
�a commence bien.
Adolphe! Monsieur?
II y a un fou dans mon bureau.
Faites-le sortir. Bien, monsieur.
Vous laissez entrer les fous?
II y a tellement de fous dans la maison,
on sait plus qui faut laisser entrer.
Comment est-il?
Un grand avec une longue t�te. Il a un contrat pour "Le schpountz".
Je l'ai balanc� tout � l'heure.
All�? C'est toi, Edouard?
II y a un fou dans le bureau du patron.
Faut le sortir. Gentiment.
Deux ou trois marrons si c'est n�cessaire, mais pas plus.
Bonjour, monsieur.
Bonjour, messieurs. Le patron peut pas vous recevoir.
Il m'a d�j� re�u.
La r�ception est finie.
Finie? II y a quelque m�prise.
Je crois bonnes gens que vous vous abusez.
On fait notre boulot.
Vous sortez en marchant ou il faut qu'on vous aide?
Vous jouez votre pain en ce moment.
Si vous voulez garder votre place, m�fiez-vous.
Je ne bougerai pas de ce fauteuil.
Alors c'est le fauteuil qui va bouger.
Allons-y.
...
Eclats de rire
...
Je voudrais bien voir la t�te du directeur quand il me verra plus.
Je voudrais voir �a.
Je l'ai vu!
�a ne prend pas.
Demandez � Adolphe.
- Quoi de neuf? Vous y allez un peu fort, vous.
Vous avez sign� un fondu.
Tu l'as vu? Tu parles!
J'ai peur de le voir souvent. Il est tap�.
Il est venu de Marseille. Il va habiter sur ma porte.
Il finira par me tirer des coups de revolver.
Celui-l�? Je crois pas.
Qu'avez-vous dans le cr�ne pour l'avoir laiss� venir?
II y a assez de fondus ici sans faire venir ceux du Sud.
Parce qu'alors, vous avez pas fini.
Ah! Le schpountz!
Voici la fin de l'incident.
Que se passe-t-il?
Etes-vous au courant du malentendu?
Du tout.
Ce matin, le portier m'a interdit l'entr�e des studios.
Cela m'a paru louche. �a l'�tait.
J'ai attendu l'occasion et je me suis faufil�
� la faveur d'un camion. Excellent d�but.
Je ne suis pas n� d'hier.
J'ai trouv� le bureau du directeur et j'y suis entr�.
Vous l'avez trouv�?
II m'a re�u � bras ouverts, il m'attendait.
Il vous l'a dit? II me l'a dit.
Je lui ai fait part de mes projets.
�a, c'est normal. Quelle a �t� sa r�action?
Enchant�, il �tait enchant�.
Il est all� me chercher � la caisse un acompte de 10000 F.
Ce n'est pas exag�r�? Du tout, voyons.
Quelques minutes apr�s, j'ai vu entrer 3 escogriffes
qui m'ont jet� dehors.
Ils m'ont transport� sur un fauteuil dans la rue.
Qu'en pensez-vous?
Cette action inopin�e est le r�sultat d'un malentendu.
D'un malentendu ou d'une cabale.
Il se pourrait qu'il y ait une cabale.
Sans cabale, c'est inexplicable.
Je sais d'o� vient le coup.
D'o� vient-il?
Cette femme au nez pointu qui �crit sur les papiers.
Elle veut emp�cher ma r�ussite. Fran�oise? Pourquoi?
Elle me traite si mal que je peux tout vous dire.
J'ai repouss� ses avances.
Quand?
Avant-hier.
Elle m'a donn� un rendez-vous secret.
Oui, elle avait dit � mon fr�re de n'en parler � personne.
J'y suis all� et j'ai �t� maladroit.
Vex�e, elle m'a dit que mon contrat n'�tait qu'une plaisanterie
et que je ferais mieux de rester chez moi. Moi!
Et si je vous disais moi aussi... Quoi?
Que ce contrat n'�tait pas s�rieux.
Qu'il y a un train tr�s commode � 8h46 pour rentrer chez vous.
Je dirais que c'est elle qui a mont� le coup.
Et que vous �tes un autre Judas.
Tout le monde est contre moi.
On veut me barrer la route.
Mais les barrages, je les enfoncerai.
Malheur aux hypocrites, aux faux fr�res, aux bandits.
Je les briserai comme du verre.
Comment � moi? A moi? Calmez-vous.
Je vous ai dit �a en plaisantant. Ce n'�tait qu'une plaisanterie.
De mauvais go�t, monsieur.
Venez ici. Pour moi ou contre moi?
Pour vous, voyons!
Bon.
Asseyez-vous.
Si vous m'aidez aujourd'hui, je vous aiderai plus tard.
Oh, merci! Que vous �tes bon!
Ne me remerciez pas.
Ecoutez. Ecoutez. Pardon.
On ne peut rien contre moi
si je reste en contact avec la direction.
J'ai actuellement perdu ce contact.
Avez-vous assez de poigne et d'autorit�
aupr�s de ce portier g�ant
pour me faire p�n�trer dans la place?
II fait peut-�tre aussi partie de la cabale.
Oh!
Tout s'explique.
Et alors, que faire?
Vous allez prendre ces papiers, des feuilles de prises de vue.
Entrez par la porte du personnel.
Y a-t-il un concierge?
Oui.
G�ant?
Non, tout petit. Ah, petit?
Passez devant lui avec assurance et dites "laboratoire".
Laboratoire?
S'il demande pourquoi, dites "Astruc".
Astruc?
Oui, c'est moi. Astruc?
Astruc.
Bon.
Laboratoire, Astruc.
Astruc, laboratoire.
Tr�s bien. N'est-ce pas?
Eh ben, Astruc...
Au revoir. Au revoir.
As-tu eu une entrevue secr�te avec lui?
Pas secr�te du tout.
C'�tait � la terrasse de l'h�tel.
Tu n'en as parl� � personne.
J'ai pas besoin de tout vous raconter.
Tu fais de dr�les de cachotteries.
Le schpountz n'en fait pas.
Il dit que tu veux briser sa carri�re.
Tu lui as propos� la botte?
II le croit.
Il a dit qu'il briserait tous ceux qui lui barreraient la route.
Il a �t� si pr�tentieux que je lui ai donn� des tuyaux pour entrer ici.
On va lui donner une le�on.
Laboratoire.
Pour qui? M. Astruc.
A la cantine. Merci.
- Napol�on! Napol�on!
Qu'est-ce que c'est?
C'est � vous, venez, M. Napol�on.
Venez. Vous �tes pr�ts?
Bien s�r que nous sommes pr�ts.
Je veux dire pr�ts. Mais parfaitement.
Les figurants ont bien r�p�t� comme il faut.
Vous savez, c'est la 37e fois.
L'argent s'en va et le film ne finit pas.
Mon contrat finit ce soir.
A partir de demain, c'est 20000 F de plus par jour.
Mais je finis ce soir.
Si cette fois-ci ne r�ussit pas, je tire des coups de revolver
et je me fais couper la gorge par le rasoir du maquilleur.
Calmez-vous. Calmez-vous.
Je suis calme. Et venez avec moi.
Monsieur le pape, venez. Vous aussi.
�a sera magnifique, �a sera splendide.
�a sera superbe. Attention, Napol�on, attention.
Scusatemi, signori.
Avanti. Avanti.
C'est qui, ce gars-l�?
C'est Bodigar Glazounow, un Allemand ou un Turque.
Il a un nom russe et parle avec l'accent italien.
�a lui a permis de devenir un grand metteur en sc�ne fran�ais.
Il a du talent? Penses-tu, il en ferait quoi?
II a voulu faire une grande sc�ne et ne s'en sort pas.
Si on lui envoyait le schpountz?
On l'habille, on le maquille en g�n�ral.
On le fait entrer au milieu d'une sc�ne.
Y aurait du p�tard. Et des coups de pied aux fesses.
Glazounow va chanter.
Dans l'enthousiasme de sa col�re, on saura sa langue maternelle.
Moi, je n'en suis pas.
Bonjour, messieurs.
Ah!
Votre ami vous a dit? Oui, il nous a dit.
Il vous a dit quelles difficult�s m'ont �t� caus�es
par une influence secr�te et subtile?
Une cabale, je veux dire. C'�tait forc�.
D�s mon arriv�e, cette cabale a �t� forc�e...
...de s'�loigner.
Gr�ce � lui, me voici dans la place.
Nous en sommes ravis, il y avait urgence.
Je dois reconna�tre que cette cabale
m'a fait subir une profonde humiliation.
Je suis entr� sous un faux pr�texte par la petite porte.
Y a un commencement � tout. - Ce fut romanesque.
Dans un sens, mais je vais vous dire une bonne chose.
Et je d�sire que tout le monde en fasse son profit.
Je suis entr� par la petite porte, mais je sortirai par la grande.
�a, je vous en r�ponds.
Peut-�tre plus t�t que vous ne pensez.
Il va y avoir des pleurs et des grincements de dents.
C'est probable. Des coups de pied au derri�re.
Non, monsieur, pas � une... cabale.
Entrons dans l'action. Alors?
Je viens de voir M. Meyerboom.
Il a �t� tr�s int�ress� par votre visite.
Oui. Vous avez mes 10000 F?
Oui, o� sont ses 10000 F?
M. Meyerboom a donn� le ch�que � la secr�taire
qui va vous l'apporter.
Mais il faudra tourner un bout d'essai.
Dois-je accepter? Vous le devez absolument.
Dans votre int�r�t. Bien.
En quoi consiste-t-il, cet essai?
Vous comprenez, mon cher, ce n'est qu'un essai.
C'est pour vous classer, pour vous expertiser.
C'est pour le regard, pour la d�marche,
pour l'autorit� surtout. Ah oui?
Oui, ce sera pour vous une pr�cieuse le�on.
Sans doute. Ce qui m'effraie, c'est le maquillage.
Je me demande si ce maquillage
ne m'a pas enlev� toute mon expression.
Pas du tout, au contraire.
Franchement, maquilleur...
je ne me reconnais pas.
Voyons, et l'�il? Le regard, qu'en faites-vous?
Tout est dans l'�il. Ah, vous avez raison.
Tout est dans l'�il. Oui.
Vous me promettez que mon nom ne sera pas sur l'affiche?
Aucun danger.
Je ne sais pas si je serai tr�s bon
et je ne sais pas comment �a va tourner.
Nous le savons, nous. Vous ferez une entr�e sensationnelle
et une sortie �clatante!
Merci.
Eh bien, allons-y. Au revoir, maquilleur.
Au revoir, monsieur.
Passez, mon g�n�ral, je vous en prie.
Chut!
Dites... euh...
- Ecoutez, mes amis.
C'est la plus belle sc�ne du film. �a doit �tre magnifique.
Je vous en prie, c'est � vous que je demande.
Il pleure? Non?
Bon, lumi�re!
Vous avez votre texte? Oui, je l'ai.
R�citez-le une fois � voix basse.
A voix basse? Oui.
Chut. C'est moi, Napol�on.
Je suis Napol�on. Allez-y.
Sire!
C'est au nom de la grande arm�e
en souvenir de Waterloo et en pr�vision de Ste-H�l�ne
que je viens vous dire adieu ou plut�t...
Ah, le chapeau!
...adieu. L�, je tombe � genoux.
Oui, c'est �a, c'est �a.
Le chapeau...
�a va? Oui, tr�s bien.
Je rentre en courant comme si je descendais de cheval?
C'est �a. Si Napol�on parle, je le coupe.
De l'autorit�. Comptez sur moi, je le couperai.
Chut, chut! Quand il faut couper quelqu'un...
- �a tourne!
- "Napol�on, toujours premier", sc�ne 94, 38e fois.
38e?! J'�tais pas l�, forc�ment...
- Adieu, mes enfants!
Belle voix.
Mes v�ux vous accompagneront toujours.
Conservez mon souvenir.
Bien.
Bon, allez. C'est � moi?
Sire, en souvenir de Waterloo et en pr�vision de Ste-H�l�ne,
je viens vous dire adieu. Adieu!
Brouhaha et �clats de rire
II vocif�re en italien
...
A moi.
Ils m'ont fait �a, � moi.
Il s'est cach� dans les accessoires.
Non, n'y va pas, c'est un pauvre bougre.
Gr�ce � lui, on va faire un cachet de plus.
Faisons semblant qu'il est ailleurs.
Oh! Venez!
Dis donc, vieux.
Oh!
Ils l'ont pas frapp� au moins? Oh! Oh!
Faut pas le prendre comme �a, c'est pas tragique.
C'est une farce.
On n'a pas voulu vous faire de la peine.
Vous y �tes all�s un peu fort. C'est une le�on amicale.
Qu'il faut accepter joyeusement. Ir�n�e!
II devient fou?
Je vous ai bien eus.
Oui, j'ai cru qu'il pleurait.
Moi, pleurer?
Pourquoi?
Parce que je vous ai fait une blague?
Vous nous avez fait une blague? Quelle blague?
Vous ne comprenez pas?
Vous ne comprenez rien.
Que faut-il comprendre?
Dans cette affaire, les schpountz, c'est vous.
Je n'ai pas march� une seconde, moi.
Cette histoire �tait trop b�tement mont�e.
Vous avez cru vraiment que je voulais faire du cin�ma?
On ne l'a pas tout � fait cru, mais vous le disiez.
Mais je disais... Savez-vous pourquoi?
Quand j'ai vu que j'avais affaire � une bande d'imb�ciles,
de sans-c�ur,
je me suis amus� d'eux.
�a n'est gu�re charitable de votre part.
Pourquoi serais-je charitable?
Vous en connaissez, vous, des personnes charitables?
Faites-m'en voir une, ici.
Si un jour, vous rencontrez un schpountz,
ou un imb�cile,
vous n'essaierez pas de vous amuser de lui?
Seulement,
pour que �a r�ussisse, il faudra que ce soit fait
plus adroitement.
Avec beaucoup plus d'esprit.
Heureusement que vous �tes tomb�s sur moi.
C'est moi qui vous ai mis en bo�te.
Vous avez bien fait. On ne prend pas �a mal.
Nous ne sommes pas vex�s. Au contraire.
Je vous trouve tr�s spirituel. C'est m�me �l�gant.
Ce que vous avez essay� de faire,
ce n'est pas tr�s �l�gant.
Surtout vous, l�.
Le faux Am�ricain.
Si j'�tais un pauvre type, moi,
si je n'avais plus un sou en poche,
qu'est-ce que vous auriez fait?
On vous aurait invit� � d�jeuner.
On vous aurait pay� votre billet.
Merci, ce n'est pas la peine.
On devrait le faire.
Vous feriez semblant de n'avoir pas compris...
...et nous, on serait � l'amende d'un billet de train.
C'est juste et logique.
On vous le demande comme un service.
Quand on va savoir que vous vous �tes fichu de nous,
nous serons ridicules.
Tant pis pour vous.
Pauvre chou, �a me pla�t, cette force de caract�re.
C'est � moi que tu dis "pauvre chou"?
Pauvre photographe.
Ecoutez-moi bien tous, autant que vous �tes.
Je suis riche, moi, je suis dans les affaires.
Mon p�re m'a laiss� un h�ritage.
J'ai des bureaux partout, � Marseille, Lyon et Paris.
Quand je vous ai rencontr�s, je venais saluer mon oncle.
Ses affaires n'allaient pas.
Je suis all� le commanditer. Oui.
Oui, parce que moi,
j'ai bon c�ur, moi.
Je ne me moque pas des imb�ciles.
Et comme ensuite, mes affaires m'appelaient � Paris,
je suis venu ici pour voir jusqu'o� vous pousseriez la cruaut�.
J'ai vu.
Je suis fix�.
Des billets de train, je pourrais vous en payer � tous.
Et � tous les schpountz de l'univers.
Ce serait une bonne affaire pour les chemins de fer.
Messieurs, le patron voudrait vous parler imm�diatement.
M. Meyerboom? Oui.
Il y a un grand malheur, l�-bas.
Il y a le metteur en sc�ne russe qui crie.
Il est � l'agonie.
Ils ont amen� un idiot de Marseille.
Je n'admets pas qu'on fasse entrer un idiot
sur un plateau o� je suis.
Je vous comprends. Je vous comprends.
Je les ai fait appeler pour prendre des sanctions.
Non, non, non, cher ami.
Je ne peux plus m'inspirer.
J'ai les nerfs d�saccord�s. Je n'en peux plus.
Que diriez-vous d'un petit whisky � la cantine?
Vous pourriez tourner �a cet apr�s-midi.
Un whisky, deux whiskys, trois?
Je vais essayer.
Je vais essayer. Doucement, je vous emm�ne.
Quatre whiskys, peut-�tre.
On y va?
Occupe-toi de lui, on vous retrouve apr�s la bagarre.
Il va nous passer un savon. Ah, �a...
Il va gueuler et dans son bureau, c'est pas bon pour le son.
On lui dit la v�rit�? Naturellement.
On a assez de vices comme �a, sans �tre menteurs en plus.
Bon, bah, allons-y.
Alors, vous avez compris?
J'avais compris depuis le 1er jour.
Je vous quitte, il va �tre midi. Je vais au conseil d'administration.
Ir�n�e, pas de b�tises, �a ne sert � rien.
Combien avez-vous en poche?
Moi?
1,50 franc.
Alors, qu'allez-vous faire?
N'importe quoi.
Ou m�me rien du tout.
Je ne pense � rien.
Je ne sais plus o� je suis.
Vous �tes au studio et ce soir, vous aurez votre billet.
Encore un billet? On ne me parle que de �a.
Comme si c'�tait un rem�de � tout. �a me gu�rira pas d'�tre imb�cile.
S'il y avait qu'� prendre le train, ce serait trop beau.
Je vous avais pr�venu.
C'est �a, le plus terrible.
J'aurais d� comprendre.
Je n'ai pas compris.
Parce que vous �tes pur, vous �tes...
Couillon. Mais non, pas du tout.
Votre confiance en vous vous aveuglait.
Ma confiance en qui? En moi?
C'est-�-dire que je m'admirais.
Il n'y avait vraiment pas de quoi.
Non seulement je m'admirais, mais je m�prisais les autres.
C'�tait la cons�quence de l'admiration que je me portais.
Et du haut de mon pi�destal,
les autres me semblaient petits, petits,
mesquins, stupides.
C'est affreux.
Pour une d�ception de ce genre, vous n'allez pas croire...
Je ne crois plus rien. Je ne prends pas �a au tragique.
Les malheurs d'un imb�cile ne font pleurer personne.
Pas m�me lui.
Ce que je regrette surtout,
c'est ma conduite dans le pass�.
Ainsi, tenez mon oncle.
Je l'ai m�pris� du fond du c�ur.
Affectueusement, mais je le m�prisais.
Vous n'aviez pas raison. Oh que non.
Il travaillait pour me nourrir et me donnait de l'argent de poche.
Moi, je lui parlais avec insolence
du haut de ma pr�tention et de ma stupidit�.
J'avais honte de l'�picerie.
Mais c'est l'�picerie qui aurait d� avoir honte de moi.
Vous n'allez pas en faire un drame?
Je croyais que j'�tais quelqu'un. Je m'aper�ois que je suis personne.
�a fait une grosse diff�rence.
Si vous ne devenez jamais une vedette de cin�ma,
il y a d'autres m�tiers. Pas pour moi, non.
J'ai fait mes �tudes dans "Pour Vous" et "Cin�monde".
Je ne serai pas ing�nieur des tabacs.
Beaucoup de gens ne sont pas ing�nieurs des tabacs.
Je ne sais rien faire.
Je ne sais m�me pas planter un clou.
Une fois, j'ai voulu essayer et je me suis cass� un doigt.
Non, je suis le bon � rien complet.
Le triste sire pr�tentieux.
Le bon � rien.
Mon oncle avait l'habitude de me dire:
"Tu n'es pas bon � rien, mais mauvais � tout."
Quand il avait la grosse col�re, il me disait:
"Va-t'en, inutile.
"Va-t'en te noyer."
J'aurais d� le faire.
Vous vous �tes conduits comme des galopins.
Les gens qui doivent tout leur argent
et toutes leurs joies au cin�ma
devraient avoir du respect pour une prise de vue.
En retardant la fin de ce "Napol�on",
vous avez retard� le travail de notre "Manon Lescaut".
Cette charmante plaisanterie va me co�ter 25000 F au moins.
Alors?
Vous n'avez rien � dire. Moi, si.
Quand on travaille chez Meyerboom,
c'est votre patron et surtout, votre ami.
Quand on fait � ses frais, une plaisanterie de 25000 francs,
on l'invite, pour qu'il puisse rigoler un peu, lui aussi.
Si on avait su... Je l'embrasserais.
Vous n'�tes pas chic. Non, vous n'�tes pas chic.
Je travaille toute la journ�e. Je cavale devant la cavalerie.
Toute la journ�e, je cherche le fric pour le prochain film.
L'avocat, qui est un po�te, me voit d�j� dans un cachot
et vous, vous faites du cin�ma.
Vous faites des blagues tordantes et vous ne m'invitez jamais.
Pourquoi? On n'ose pas.
Parce que... enfin...
Parce que...
Ouais, parce que je suis vieux.
Savez-vous quand on devient vieux?
Quand les jeunes vous laissent tomber.
Quand on tutoie tout le monde...
...et que personne ne vous dit "tu".
Vous �tes l�, tous, � vous tutoyer,
les metteurs en sc�ne, les acteurs, les machinistes.
Vous travaillez et mangez ensemble, vous faites des blagues ensemble.
Vous �tes comme un bouquet plein d'intelligence,
d'amiti�, de rire.
J'ai cherch� � me glisser dedans. Rien � faire.
Pourtant si une fois, vous m'aviez mis dans le coup,
si vous m'aviez indiqu� une blague,
j'aurais cru que j'avais r�ussi � passer
sous la ficelle qui attache le bouquet.
Mais �a! Ah �a, jamais!
C'est un Juif et c'est le patron.
M. Meyerboom...
Eh voil�, "M. Meyerboom".
Quand je suis absent, vous devez dire "ce cr�tin de Meyerboom".
Mais jamais quand on se rencontre, je n'en trouverais un
qui aurait la gentillesse de dire: "Alors, mon vieux, �a va?"
Cette amiti�-l� ne reviendra jamais.
Et �a, justement, c'est la vieillesse.
Allez, allez, rompez.
Mais M. Meyerboom... �a va, �a va, monsieur.
Allez-vous-en, messieurs, allez-vous-en.
Allez faire vos blagues sans moi.
Si le faux Italien, le faux Turc vient vous engueuler,
enfin le vrai metteur en sc�ne,
foutez-lui mon pied au derri�re.
Tiens, tu �tais l�, toi?
C'est idiot, ce que je leur ai dit.
Oh, non! Ce n'est pas idiot.
On ne vous a pas invit� � la blague stupide,
mais vous pourriez faire une bonne action.
C'est moins jeune, �a. Si tu veux.
C'est pour le pauvre gar�on qu'on a fait venir de Marseille.
Il n'a plus un sou et il ne veut pas rentrer.
Il est parti en claquant la porte. S'il rentrait si vite...
Il pr�f�rerait se noyer.
Il aurait bien tort.
Qu'est-ce qu'il veut?
II voulait jouer la com�die, mais se contenterait d'un emploi.
Ce matin, il m'a fait l'effet d'un ali�n�.
On va voir si on peut le mettre aux accessoires.
Prends la caisse.
Je vais venir prendre le reste.
C'est �a.
Une pendule en �tat de marche. La sonnerie joue?
II y en a une.
Un gros bilboquet en bois.
Je peux t'en faire faire un de deux m�tres.
Non, gros comme un melon, �a suffit.
C'est tout.
On aura �a pour demain midi? C'est � voir.
Il faut qu'il les ait.
Y en a beaucoup. �a va, �a va.
Le plus important, c'est la bo�te � musique.
Une bo�te genre 1880, environ 50 sur 30.
Manivelle � droite et qui joue "J'ai du bon tabac".
En quel ton? Quoi?
- Comment �a? En quel ton?
En r� b�mol, do di�se ou en r�?
J'aime savoir exactement ce que l'on demande.
Les �-peu-pr�s, �a finit en engueulades.
Dis-moi ce que tu veux.
Ne me laisse pas dans le vague, �a complique tout.
(II siffle "J'ai du bon tabac")
Le comique d'Ir�n�e, ce n'est pas que dans ses traits.
C'est dans sa fa�on de parler, de marcher, de s'asseoir.
Dans les jeux de physionomie.
C'est naturel, il sait pas qu'il est comique.
Mais il a peut-�tre du g�nie.
Tu as le b�guin, toi. Oh, M. Meyerboom!
Avec ses grosses dents?
M�re Grand, pourquoi avez-vous de grandes dents?
C'est pour mieux te manger, mon enfant.
Je suis pas le Petit Chaperon rouge.
Faut se m�fier des comiques.
Ils font plus de d�g�ts que la gueule des jeunes premiers.
L�, il est aux accessoires.
Je ne peux pas laisser un g�nie aux accessoires.
Evidemment. Donnons-lui un petit r�le.
(II sifflote)
Alors, qu'en dites-vous?
Non. Alors, je dis non.
Pourquoi?
Depuis un an, je suis heureux. J'ai une place qui me pla�t.
Je fais le seul m�tier qui peut m'int�resser.
C'est un m�tier de fous. Je dis non.
Tenez, voil� ce qu'il me faut pour demain.
Trois singes, une bo�te � musique,
un kayak en peau de phoque, un cor en mi b�mol,
un ver solitaire dans un bocal,
une seringue de v�t�rinaire et un perroquet muet.
Tout �a, je vais en r�ver cette nuit.
Demain � midi, j'aurai tout trouv�, tout lou� ou achet�.
Si on refuse de me vendre quelque chose,
alors je le volerai. C'est passionnant.
Dans ces conditions, je n'insiste pas.
Vous pouvez insister, mais �a ne changera rien.
Moi, les acteurs dans les films, je ne les vois plus.
Je ne regarde que les accessoires.
S'ils sont bien choisis,
s'ils cadrent avec le d�cor, le film est bon.
On n'admire pas assez les accessoiristes.
On ne se rend pas compte qu'une th�i�re mal choisie
peut foutre par terre une sc�ne d'amour.
Un mauvais acteur fait plus de tort qu'une th�i�re.
Raison de plus pour que je n'aie pas le r�le.
La th�i�re, je veux bien la fournir,
mais ma cafeti�re, non.
Dites, et si j'�tais mauvais?
Si je suis venu, c'est simplement pour vous dire
que je n'assisterai pas � la repr�sentation.
Pourquoi?
Je n'ai aucun d�sir de voir siffler un film dans lequel j'ai jou�.
C'est une chose qui n'est jamais arriv�e et qui n'arrivera pas.
Moi, Galubert, le premier acteur de France et peut-�tre le seul,
on m'engage � prix d'or
pour jouer le r�le principal d'un film charmant
qui s'intitulait "Le Fils du b�douin".
Vous allez le voir ce soir.
Parmi les petits r�les,
qui sont destin�s � me faire valoir moi-m�me,
figure un second comique.
R�le si peu important que Meyerboom
le distribue � un d�butant qui �tait 35e accessoiriste.
Moi, Galubert, j'accepte de jouer � c�t� de cet accessoiriste.
Vous avez �t� tr�s gentil.
Il est loin d'�tre de votre classe. Il dispara�t � c�t� de vous.
On a montr� que lui et je le sais.
Quand on a un Galubert, on en profite.
Quand on veut s'en servir
pour lancer une vedette qu'on paiera des haricots,
Galubert ne me laisse pas faire.
Mon cher ami...
...restez avec nous pour assister � votre triomphe.
Je n'assisterai pas � cette pr�sentation.
Oh!
Un huissier m'y repr�sentera.
Car il y a des crimes contre l'art qui sont presque des sacril�ges.
Mesdames, messieurs.
Bien l'honneur.
Eclats de rire
II sort par le fond. Vieux cabot, va.
C'est pas vrai, ce qu'il dit?
Mais si, c'est rigoureusement vrai.
On a attir� cette vieille gloire dans un traquenard.
Et on a �gorg� ce vieillard, tout simplement.
Tu exag�res tout.
Non, je suis pas Marseillais, moi.
Je suis clairvoyant.
Le r�le d'Ir�n�e est excellent. Il aura un gros succ�s.
Galubert n'a plus qu'� aller planter ses choux.
Il peut le faire. Il a assez de millions pour �a.
Ir�n�e en aura aussi.
�a te fait de la peine? Non, �a me fait plaisir.
O� est-il?
II s'est mis en habit pour la soir�e.
Il se prom�ne dans les couloirs.
Il n'assistera pas � la repr�sentation. Tant mieux.
Qu'est-ce qu'ils ont � rigoler comme �a?
�a doit �tre l'idiot de Galubert.
S'ils s'amusent... Mais s'ils s'amusent trop?
Ma sc�ne d'amour les touchera pas, ils en rigoleront.
Tant pis s'ils en rigolent, ce sera la fin des fins.
Il me restera toujours l'�picerie.
J'irai...
Fran�oise. �a y est!
Quoi? Ils ont applaudi deux fois.
Qui? Mais vous.
La grande sc�ne d'amour? Non.
Qui sait l'effet qu'elle va faire?
J'en suis s�re. Moi aussi.
Vous �tes absolument s�re? Oui.
Ils vont pleurer?
II faut que je vous dise ce qu'ils vont vous dire.
Le film a un tr�s gros succ�s.
Mais pas tout � fait celui que vous croyez.
C'est un succ�s sauf pour moi?
Non, vous avez un gros succ�s.
Seulement, il y a certaines sc�nes...
Vous savez, celles d'�motion?
Les principales. Elles font un effet �norme.
Seulement, elles font un effet d'�motions m�l�es de comique.
Quand je pleure, �a les fait rire.
Pas m�chamment. Mais ils rient.
Pas grossi�rement.
Mais...
Voil� la v�rit�: Vous �tes un tr�s grand acteur comique.
Moi?! Mais oui, tous le disent.
M�me le producteur et les journalistes.
C'est une r�v�lation.
Certains vous cherchent pour vous faire signer des contrats.
Mais ma grande sc�ne d'amour?
Elle fera rire. Je l'ai jou�e avec sinc�rit�.
C'est justement pour �a. Merci.
11h20.
La sc�ne d'amour. Ils sont en train de se foutre de moi.
Il y a plusieurs fa�ons de rire.
Et plusieurs fa�ons d'avoir du chagrin.
Pourquoi en auriez-vous?
Demain, vous serez c�l�bre et riche.
A quoi bon? II m'arrive le malheur le plus ridicule.
Ne pas atteindre son but, c'est grave.
Mais atteindre un but tout � fait oppos�,
c'est la preuve la plus �clatante que l'on est un idiot.
C'est faux, on ne se conna�t pas soi-m�me.
Supposez qu'un ing�nieur
invente un canon qui tire plus loin que les autres.
Au 1er essai, le canon tire par-derri�re.
L'ing�nieur, plein d'espoir et de fiert�,
re�oit l'obus dans l'estomac. Il tombe et il meurt.
Moi, mon canon tire � l'envers.
Je me sens plus triste que si j'�tais mort.
Votre succ�s va vous ressusciter.
Je ne vais pas accepter un succ�s de comique.
Pourquoi? Rire, faire rire...
Devenir un roi du rire.
C'est aussi infamant qu'�tre guillotin�.
Mais pourquoi?
Des gens vont d�ner avec leur femme
et vers les 9h, ils se disent:
"Maintenant qu'on a fait les choses s�rieuses de la journ�e,
"o� trouver un spectacle qui nous fera pas penser?
"Qui ne nous posera pas de probl�mes et nous secouera les boyaux?"
Vous exag�rez tout.
Non, c'est m�me encore pire.
Ce qu'ils cherchent en allant voir un comique,
c'est un homme qui leur permette de s'estimer davantage.
Pour faire un comique, on approfondit une ride.
On augmente un petit d�faut.
Au lieu de corriger mon visage,
le maquilleur le d�gradera de son mieux avec tout son art.
Si j'ai un grand succ�s de comique,
cela voudra dire qu'en France,
tous les hommes pourront se dire:
"Ce soir, je suis content.
"J'ai vu et j'ai montr� � ma femme
"un homme plus b�te et plus laid que moi."
Je n'aurai aucun succ�s aupr�s des gens instruits.
Les professeurs, les m�decins, les pr�tres.
Ceux-l�, je ne les ferai pas rire.
Ils ont l'�me assez haute pour �tre �mus de piti�.
Allez, Fran�oise. Celui qui rit d'un autre homme,
c'est qu'il se sent sup�rieur � lui.
Celui qui fait rire tout le monde,
c'est qu'il se montre inf�rieur � tous.
Il se montre, mais ne l'est pas. Pourquoi?
L'acteur n'est pas l'homme.
Vous avez d�j� vu Charlot recevoir des coups de pied.
Croyez-vous que dans la vie, M. Chaplin accepterait?
C'est un grand chef dans la vie, M. Chaplin.
Pourquoi s'abaisse-t-il � faire rire?
Ceux qui font rire ne s'abaissent pas, au contraire.
Faire rire ceux qui rentrent des champs
avec leurs mains si dures qu'elles ne ferment plus,
ceux qui sortent du bureau et ne savent plus le go�t de l'air,
ceux qui reviennent de l'usine, la t�te basse,
avec de l'huile noire dans les coupures de leurs doigts,
et faire rire ceux qui mourront...
...ceux qui ont perdu leur m�re ou la perdront.
Qui c'est, ceux-l�?
Tous perdront leur m�re un jour.
Celui qui leur fait oublier un instant les petites mis�res,
l'inqui�tude et la mort.
Celui qui fait rire des �tres ayant des raisons de pleurer
leur donne la force de vivre. On l'aime comme un bienfaiteur.
M�me si pour �a, il s'avilit devant leurs yeux?
S'il le faut et qu'il y consent, le m�rite est encore plus grand.
Il sacrifie son orgueil pour all�ger nos souffrances.
On devrait dire �a � Moli�re. On pourrait le dire � Charlot.
Le rire est une esp�ce de convulsion absurde et vulgaire.
Ne dites pas du mal du rire!
II n'existe pas dans la nature.
Les b�tes ne rient pas.
Les arbres ne rient pas. Les montagnes non plus.
Les hommes seuls
et les tout petits enfants qui ne savent pas encore parler.
Le rire est une chose humaine. Il n'appartient qu'aux hommes.
Dieu leur a donn� le rire pour les consoler d'�tre intelligents.
Quand vous avez jou� le r�le principal de ce film,
je faisais une exp�rience.
�a pouvait me co�ter cher, j'ai risqu� un million.
Ce million ne m'appartenait pas, ce n'�tait pas grave.
Mais il faut du courage pour risquer l'argent des autres.
Oui, mais il en faut surtout aux autres.
Non, les commanditaires ne se rendent jamais compte.
Comme je risquais cet argent sur un inconnu,
je ne vous ai pas pay� cher.
8000 francs, c'est beaucoup.
C'�tait pas assez, vous avez fort bien jou�.
Devant le succ�s qui s'affirme,
j'ai d�cid� d'arrondir �a.
Je vous donne un compl�ment de 42000 francs.
�a vous fera 50000.
Ce qui est honn�te. �a, je comprends...
Vous n'aurez rien � me reprocher. Geste adroit et g�n�reux.
Seulement, il faut me signer un petit papier.
Un autre contrat. O� faut-il que je signe?
II est d�j� �tabli?
Non, il peut me signer du papier blanc et je l'arrangerai.
Il l'arrangera.
Arrangez-vous vous-m�me plut�t que de le laisser faire.
Quelles en sont les clauses?
500000 francs.
Pour moi? Oui, pour vous.
Un demi-million?
Par film? Mais non, pour la vie enti�re.
Il m'ach�te un demi-million.
C'est impossible, ce serait fou.
Mais non, c'est pour un an, pas plus.
500000 francs pour un an, c'est trop.
Voil� un homme raisonnable qui comprend les choses.
Il faut se mettre � la place de M. Meyerboom.
Si je faisais pleurer les femmes, je ne dis pas non.
Mais je ne suis qu'un comique.
S'il risque 500000 francs, il ne reverra pas son argent.
Voil� du bon sens.
Vous croyez que mon film aura du succ�s?
Ce n'est pas s�r. Voyez?
Ecoutez, si vous continuez � dire des stupidit�s,
je m'en vais.
Et je vous laisse vous arranger.
Ne partez pas, voyons.
Ne dites plus rien.
Pas si vite.
On a toujours le temps de signer un contrat.
On le lit d'abord, on r�fl�chit ensuite.
Puisque vos invit�s sont l� et vous attendent,
allez les retrouver tous les deux.
Vous signerez demain.
Apr�s une nuit de repos, on a l'esprit plus net.
Un enthousiasme exag�r� a le temps de se calmer.
Il va changer d'id�e.
L'occasion n'a qu'un cheveu.
Surtout quand c'est moi.
Voil� ce que je vous propose.
Je vais exp�dier les invit�s.
Pendant ce temps, vous lisez les papiers et on se retrouve ici.
J'aime mieux ne pas y aller, il y a trop de monde.
J'ai honte.
�a me permettra un discours sur la modestie du triomphateur.
Une gloire qui se cache est toujours sympathique.
Tiens, voil� les papiers.
Voil� le ch�que. Merci.
En attendant, buvez une coupe de champagne � ma sant�.
M. Meyerboom.
Elle est tr�s intelligente.
Elle ne le serait pas pour tout le monde.
Qu'est-ce qu'il a voulu dire?
Je ne sais pas.
Moi, �a me fait tr�s plaisir.
C'est un gar�on sympathique.
Tu verras qu'il ira loin,
� condition qu'il ne se marie pas avec une femme.
Avec qui veux-tu qu'il se marie?
Je crains bien qu'il n'�pouse Fran�oise.
Je le crains aussi. Oh, mon pauvre vieux.
Nous perdrons deux amis.
Enfin, jusqu'au prochain divorce.
Car moi, je ne peux pas admettre
qu'un homme et une femme puissent subir longtemps la cohabitation.
Viens, allons boire.
Noyons nos d�sillusions.
En somme, c'est un triomphe d�sastreux.
On peut dire aussi que c'est un d�sastre triomphal.
Non, �coutez, 500000 francs pour une ann�e, c'est quelque chose.
Je pense � la t�te de mon oncle quand il saura que je suis riche.
Je pense � la joie de mon fr�re et � l'admiration des voisins.
Ce doit �tre une bien grande joie pour un homme.
Etre parti pauvre de son village et y revenir riche et c�l�bre.
C'est une chose qui m�rite d'�tre vue.
Venez la voir. Moi?
Mais oui, venez avec moi. O�?
Dans les Bouches-du-Rh�ne, dans mon village.
�a, c'est impossible.
Votre amant se f�cherait?
II n'est pas jaloux? Non.
Il ne vous surveille pas? Non.
Il est tr�s riche? Non.
Qu'est-ce qu'il mange et comment il s'habille?
II ne mange pas et ne s'habille pas.
Vous, vous vous moquez de moi.
Oui.
Je n'ai pas d'amant et n'en ai jamais eu.
Vous �tes une jeune fille?
Une vieille fille. Mais non, voyons.
Les vieilles filles ont de la moustache.
Vous, pour moi, vous �tes une jeune fille.
Mais malgr� votre intelligence qui est immense,
c'est formidable ce que vous pouvez �tre b�te.
Moi?!
Oui, vous.
Vous dites devant tout le monde que vous avez un amant.
Vous ne vous rendez pas compte
que vous faites de la peine � quelque brave gar�on.
Je vous dis �a pour Astruc ou Dromart ou d'autres
� qui vous avez fait passer des nuits blanches
ou bien grises.
Pourquoi dites-vous �a? Pour ne choquer personne.
Que vous n'ayez pas d'amant, �a ne me choque pas du tout.
Chez qui habitez-vous?
Pourquoi aucun de vos camarades n'a pu aller dans cet endroit?
Parce que j'habite chez ma m�re.
Comme dans les romans. Non, comme dans la vie.
Dans ces conditions, personne ne vous emp�che de venir avec moi.
Vous vous imaginez que tout le monde est millionnaire.
Et mon travail?
Laissez-moi rigoler. Votre travail?
C'est de vous occuper de moi. Tenez, ce contrat,
il me donne 100000, 150000, 350000 francs, je ne sais pas...
Il est pour moi seul, cet argent? Non, il est pour nous deux.
En associ�s, parlons affaires.
Cet argent, il y en a la moiti� pour vous.
Autrement, je ne signe pas. Non!
Je ne signe pas. Et l�, je vous parle froidement.
Mais � quel titre me donneriez-vous tant d'argent?
A celui que vous choisirez.
J'ai pas le choix. Que dirait ma m�re?
Votre m�re, je m'en charge.
J'irai la trouver quand je conna�trai son adresse.
Je lui dirai: "Madame, je suis Ir�n�e."
Elle me dira: "Qui �a, Ir�n�e?"
Elle vous conna�t, je lui ai parl� de vous.
Merci, �a me facilitera.
Je lui dirai que je suis Ir�n�e.
Je lui dirai que je suis riche, elle me dira qu'elle le sait.
Je lui dirai que je dois tout � sa fille.
�a n'est pas vrai. Je parle � votre m�re.
Elle me demandera ce que je veux.
Je lui dirai:
"Madame, m'accordez-vous votre fille comme euh...
"manager".
Elle croira que vous lui demandez ma main.
Si elle le croit et me l'accorde, je la garderai dans la mienne.
Croyez-vous que �a me ferait plaisir?
Par la logique des choses et la force du raisonnement,
je suis oblig� de vous proposer une esp�ce d'association conjugale.
Je ne suis jamais all� sous votre fen�tre jouer de la guitare.
J'ignore o� elle est et je ne joue pas de guitare,
mais sans vous, je serais incapable de me diriger dans la vie.
J'ai besoin de vous. Je vous parle en homme d'affaires.
Ce n'est pas une sc�ne d'amour.
Je peux vous dire en toute sinc�rit� qu'il est n�cessaire
que je vous �pouse, c'est m�me int�ressant.
Parce qu'�tre votre mari ne sera pas le paradis,
et je n'ai pas envie de vous embrasser,
mais de ne pas �tre votre mari, c'est un gros inconv�nient.
Faisons un mariage de raison.
La raison? Oh, non, �a fait triste.
Oh, non, moi, si je me marie un jour,
je ferai un mariage d'amour.
Ecoutez, en se for�ant un peu,
en s'appliquant, en se suggestionnant,
si on faisait un mariage d'amour?
L'amour ne vient pas comme �a.
Oh, si, je me connais, moi.
Moi, si je me force... Si je me force,
je vous embrasse.
J'ai dit "si je me force".
Ne vous forcez pas.
J'attends d'�tre plus riche? C'est �a.
Qu'exigez-vous que je gagne pour me dire oui?
Eh bien, je vous �pouserai
le jour o� vous aurez une auto comme celle de M. Meyerboom.
La grosse, l'immense? L'immense.
Je vais m'efforcer de devenir un grand comique.
C'est le seul moyen de vous gagner.
Peut-�tre que ce grand d�sir me donnera le talent
que dans le fond, je n'ai peut-�tre pas.
Vous parlez en homme d'affaires?
Non, pas en homme d'affaires, mais je parle, je parle...
Attention, un emmerdeur.
Bonsoir, nous vous attendions.
Tout va bien?
On ne peut pas dire �a, mais enfin, rien ne va mal.
Le petit notaire accepte le contrat?
Oui, nous sommes d'accord.
Mais il voudrait autre chose.
Quoi?
Les acteurs sont de grands enfants, ils ont des caprices.
A. �e, a. �e, a. �e! Que veut-il, encore?
Dites-le. Moi?
Franchement, je ne sais pas...
Vous n'osez pas lui dire?
II voudrait qu'� la signature du contrat...
Oui, il voudrait qu'� la signature du contrat...
Il veut quoi?
II voudrait votre voiture.
Tu veux ma voiture?
Mais non, elle plaisante.
Vous ne voulez pas avoir tout de suite sa voiture?
Ah! Mais oui, je la veux. Je comprends que je la veux.
Je vous fais 6 films pour rien.
D'accord. - Non, la voiture, c'est un cadeau.
Ah, et si vous saviez quel cadeau!
C'est un cadeau qui pourrait s'aplatir contre un platane.
Pour un mois, je te donne aussi mon chauffeur.
Maintenant, signature.
...
Je ne te comprends pas.
Tu crois que cette mise en sc�ne est n�cessaire?
Oui, parce que �a me fait plaisir.
Si je reviens comme �a, avec toi, dans cette voiture,
je ne les retrouverai plus comme ils �taient.
Tandis que si j'y retourne seul,
avec mon vieux costume,
si je leur dis pas tout de suite que j'ai r�ussi,
c'est plus...
Ce sera plus th��tral.
Pour un acteur, n'est-ce pas naturel d'�tre th��tral?
Tu vas voir.
Attends-moi, je viendrai te chercher.
Mets-toi le cache-poussi�re.
�a me fait rire.
Moi non, je suis tout �mu.
Pourquoi? Et s'ils ne me recevaient pas?
Tu reviendrais vite ici.
Voil�.
Si je me remettais l'autre costume?
Si tu veux.
Ils me recevraient avec des figures de r�ussite.
Je penserais qu'ils m'ont bien accueilli
� cause de l'automobile.
Evidemment.
J'y vais comme �a, hein?
Je vais trouver devant moi des figures de catastrophe.
Ils vont mal me recevoir parce qu'ils me croiront pauvre.
Alors, je penserai... Allez, file, d�p�che-toi.
Tu veux pas savoir? Non, tu ne penses � rien.
Va faire ta petite exp�rience.
Mais d�p�che-toi, je t'attends.
Tu t'en vas comme �a?
Je peux pas t'embrasser, il nous regarde.
Tu as le droit d'embrasser ta femme.
L�galement, oui, mais s'il se disait:
"Quel est ce comique idiot qui embrasse cette belle femme?"
Je ne suis pas belle et tu n'es pas un idiot.
Que vas-tu faire en m'attendant?
Je vais �crire � ma m�re. A ta m�re?
Bien s�r.
On n'est pas mari�s en communaut�?
Tu vas �crire un mot � notre m�re.
Moi, je pars en reconnaissance voir notre oncle.
Bien!
Et surtout, ne fume pas trop.
Parce que maintenant, tu es mari�e.
(II chantonne)
(... )
H�!
Oh, tu es toi?
Oui, je suis moi. Bonjour.
Le voil�. Casimir! - Ouais?
Viens voir un fant�me. Quel fant�me? C'est moi.
Ir�n�e? Enfin, te voil�!
Tu vas bien? Oui, comme tu vois.
Oui, comme nous voyons. Il a maigri.
Tu as faim? Non, merci.
J'ai mang� tard. Tu n'as pas faim?
Dis la v�rit�. Tu n'as pas faim? Non, je t'assure.
Si tu as faim, il faut le dire.
Si j'avais faim, je vous le dirais. J'ai bien mang�.
Alors, tant pis. Pourquoi?
�a d�range mon plan. C'�tait quoi?
J'ai toujours su que tu reviendrais.
Qui te le prouvait? Le bon sens.
Quand un rigolo se lance dans le vaste monde
avec une f�lure du cigare,
on sait que �a finit par le retour du fada.
Et s'il n'a pas d'argent pour revenir?
II se fait rapatrier par le consulat de Marseille � Paris.
Ce ne serait pas la 1re fois.
Ton p�re, les consulats l'ont rapatri� maintes fois.
De l'Ile Maurice, de Hong-Kong, et d'un pays d'Am�rique.
La Colombie ou le Gratezmoila.
Enfin, un pays, un d�partement au feu de Dieu.
Tu vois qu'on avait raison puisque te voil�.
Seulement, je me disais que comme il est fier,
il ne reviendra qu'� la derni�re extr�mit�.
Un soir d'hiver, je le verrai para�tre sur la porte.
Il sera p�le et claquera des dents.
Il aura faim. Je m'approcherai de lui.
Je lui dirai pas un mot, pas un cri.
J'irai le prendre par la main.
J'irai le faire asseoir au coin du feu.
Et puis, toujours sans rien dire,
je lui ouvrirai une bo�te de p�t� de foie gras.
Neuve? Neuve.
Je lui ferai griller deux saucisses avec du romarin.
Il mangera longtemps, en silence.
Apr�s il se tournera vers moi,
les yeux pleins de larmes,
et je lui dirai:
"Grand couillon,
"viens que je t'embrasse."
Tu peux me le dire. Non, �a ne vient pas naturellement.
Parce que ne l'avais pas pr�par� comme �a.
C'est de ta faute.
D'habitude, les enfants prodigues reviennent tristes et maigres,
le soir et en hiver.
Tu arrives repu et joyeux, l'apr�s-midi, au printemps.
Tu ne fais rien comme les autres.
Allez, va...
Entre tout de m�me.
Fais attention � pas faire pleurer ta tante.
Allez, viens, va.
Viens.
On t'a pr�t� de quoi payer ton voyage?
Eh oui.
Dis-moi son nom et son adresse. Qui est-ce?
C'est un ami.
Tu veux pas le dire? D'accord.
Je te donnerai l'argent que tu lui envoies.
Donne la bouteille de muscat, avec les grands verres.
Tu vas nous raconter tes aventures.
Clarisse, assieds-toi.
Tu es all� � Paris, ton contrat � la main?
Oui.
Tu l'as pr�sent� dans des bureaux? Oui.
On s'est foutu de toi. Oui.
C'�tait une farce? Oui.
Les salauds! Ils avaient rencontr� un imb�cile.
Ils se sont moqu�s de lui.
Parfaitement. Ensuite?
Ils m'ont mis � la porte. Ils t'ont jet� dans la rue.
Non, sur le trottoir.
Peuch�re.
Dans Paris, tout seul! Et sans le sou.
Pas seul, j'ai retrouv� l'�quipe des joyeux farceurs.
Ils ont eu du remords.
Presque. Ils t'ont nourri?
Oui. Pendant un an?
Non, ils lui ont trouv� un petit emploi.
A peu pr�s. Il a gagn� petitement sa vie.
Mais il gardait un petit espoir d'une petite r�ussite.
N'est-ce pas que tu en gardais un? Oh, tr�s petit.
Je le savais. Mais ce petit espoir est devenu de plus en plus petit.
Quand il a eu disparu tout � fait,
Ir�n�e s'est dit: "Je retourne � l'�picerie."
Voil�.
Tu es formidable, tu devines tout.
Tu me connais depuis longtemps.
Et maintenant,
buvons � ma perpica... � ma percapi...
ma perspicacit�.
Un mot difficile � dire, mais une qualit� pr�cieuse.
Bah alors, je bois � ta per... per... perspicacit�.
Et maintenant, assieds-toi.
Je crois qu'il est n�cessaire, pour mettre les choses au point,
que je r�sume la situation par un discours familial.
Mon pauvre Ir�n�e, te voil� revenu.
Tu �tais parti, la t�te en l'air, en poussant des cocoricos.
Tu nous reviens la t�te basse, frapp� par la dure le�on de la vie.
Tu sais maintenant de fa�on indiscutable
que tu es un fada, un rat�, un bon � rien,
une loque, une �pave.
J'ai du tact, je ne veux pas te le faire ressentir.
Merci, l'oncle. Mais une supposition...
Si j'avais r�ussi et �tais devenu riche et c�l�bre,
qu'aurais-tu dit? Je serais tomb� par terre.
Moi, non.
Tais-toi. Si tu avais r�ussi dans cette carri�re,
on dirait que tu as r�ussi parce que tu avais un don.
Le don de Dieu.
Ce don, ton oncle ne l'a pas vu, donc, c'est un couillon.
Tu ne m'as pas emp�ch� de partir.
Je n'ai pas pu te retenir. Si tu avais r�ussi...
Pourquoi parlons-nous de �a?
Tu ne pouvais pas r�ussir.
Je ne suis pas connaisseur, mais je te vois pas dans Faust.
Sauf au 1er acte, avec la barbe.
Une autre supposition.
Si j'�tais devenu un grand acteur comique.
Je ne t'aurais pas re�u ici.
Pourquoi? Ici, c'est une maison honorable.
Je ne re�ois pas le p�tomane.
Il ne vient pas faire sa musique chez moi.
Tu vois le nom de Fabre sur l'affiche d'une pitrerie?
Tu vois �a, toi? "Fabre qui tire au flanc"?
Oh, non!
Pourquoi? Le nom de ton p�re et du mien
port� par un clown! Ah �a, non.
Dieu merci, tu n'as r�ussi dans rien.
Peut-�tre qu'avec le temps et de la patience,
tu r�ussiras dans l'�picerie.
Tu me garderas ici?
Tu voudrais que je te jette sur le trottoir, comme les autres?
Je ne t'ai pas sign� de contrat, mais tu en as un.
Et �a n'est pas une plaisanterie.
Merci, l'oncle.
Seulement, il y a un seulement.
Il a fait des dettes. Non, j'ai fait pire.
Je me suis mari�. A. �e, a. �e, a. �e!
Avec une Parisienne? Eh oui.
Aussi riche que toi? A peu pr�s.
Elle est � Paris? Non, ici. Elle est au bar du coin.
Je vais la chercher?
Non, j'y vais moi-m�me.
Je... j'y vais.
�a ne me semble pas possible, Ir�n�e mari�.
Et sans un sou.
Comme son pauvre p�re.
Qui sait ce que c'est, cette fille...
Attendez-moi dans la rue pr�s de l'�glise.
Quand je vous ferai signe, vous avancerez devant l'�picerie.
Bien, monsieur.
J'ai h�te de la voir.
Moi aussi. Moi aussi.
Les voil�.
Bonjour.
Elle �tait avec ceux du cin�ma. Bonjour, Casimir.
Voil�.
C'est ta femme? Oui.
Je veux dire... mari�e, �pous�e?
Mari�e, b�nie, ch�rie, ador�e.
Elle n'a jamais �t� dans le commerce?
Jamais.
Toute une �ducation � refaire.
Mais moi, elle ne me d�pla�t pas. Comment s'appelle-t-elle?
Fabre. - Quelle co. �ncidence!
C'est pour �a que tu l'as �pous�e?
Non, c'est parce que je l'ai �pous�e qu'elle s'appelle comme nous.
Je suis b�te! Mais non, tu n'es pas b�te.
Elle n'a pas compris. Je demande son nom de bapt�me.
Fran�oise.
Fran�oise, je devrais me m�fier de vous.
Une femme de Paris qui entre dans une famille de Marseille,
c'est grave et c'est peut-�tre encore plus grave
quand cette famille est un magasin.
Je vais vous dire une chose qui va vous para�tre ridicule,
mais qui est vraie.
Si on veut que les gens m�ritent notre confiance, faut la leur donner.
Je te donne ma confiance.
Fran�oise, assieds-toi.
A partir d'aujourd'hui, cette maison est � toi.
Assieds-toi, Fran�oise. Merci.
Je ne l'oublierai pas. C'est entendu. Va t'asseoir.
Tu �tais parmi les farceurs?
Ceux du contrat? Oui, j'en �tais.
Tu as cru lui faire une blague, mais tu te l'es faite.
Pourquoi? II a des qualit�s de c�ur.
Mais il n'a gu�re de s�rieux.
Et dans l'�picerie, il en faut beaucoup.
Tu es d�cid� � faire un effort?
Je suis d�cid�. Un gros effort qui te surprendra.
Je te demande pas de me surprendre, tu sais ce que je veux.
Non, quoi?
Ne laisse plus la corbeille...
De croissants... Sous le robinet...
Du bidon de p�trole.
D'accord, �a n'arrivera plus.
Alors, tu veux travailler de tout ton c�ur?
De tout mon c�ur.
Vous voil� tous les deux dans l'�picerie.
�a ne vous pla�t pas beaucoup, mais c'est comme �a.
Je vais vous montrer quelque chose.
Quelque chose d'important.
C'est la derni�re lettre que j'ai re�ue de mon fr�re.
Oui, leur p�re.
"Mon cher Baptiste."
C'est moi.
"Je suis � Niamey." C'est en Afrique.
"Je croyais y monter une affaire de poudre d'or et de d�fenses,
"je n'ai rien trouv�, mais j'ai attrap� l'appendicite.
"C'est le comble de la fantaisie.
"Un jeune m�decin militaire va m'op�rer.
"II m'a conseill� de faire mon testament.
"Je te l�gue tout ce que je poss�de.
"C'est-�-dire des dettes.
"Je t'en envoie la liste."
O� est cette liste? Je l'ai d�chir�e.
Y avait pas grand-chose. Un fusil, 2 ou 3 costumes,
100 francs au caf�. Pas grand-chose.
Ton oncle �tait son plus gros cr�ancier.
Ce qu'il me devait � moi, je me suis pas saign�
pour me rembourser. Cette dette n'existe pas.
"Je te l�gue mes enfants.
"�a ne changera rien � la situation actuelle.
"Depuis la mort de leur m�re, tu les as �lev�s.
"Surveille surtout Ir�n�e, c'est un grand c�ur,
"mais je le crois aussi fou que moi."
Ce qui est exact. Merci.
"Je te l�gue ma reconnaissance.
"Tu es le meilleur des fr�res.
"Je t'ai bien souvent reproch� ton m�tier.
"Je me suis moqu� de l'�picerie.
"Au moment o� ma vie est en danger,
"je tiens � te dire que tu avais raison.
"Mes pr�tentions, ma vanit�,
"tout cela va finir sous une tente, ce qui est absurde.
"Toi, tu es dans notre village, sous ton platane.
"Tu te d�voues pour mes enfants.
"II n'est pas ridicule de couper des tranches de saucisson
"si on les coupe pour quelqu'un.
"La vie est courte comme un cr�puscule d'Afrique.
"Ceux qui visent trop haut n'atteignent rien.
"Alors, pendant que le docteur aiguise son couteau,
"j'ai voulu te dire que tu as eu une belle, heureuse
"et noble vie.
"Tu auras accompli ta t�che, si humble soit-elle,
"avec confiance et bonne humeur.
"Tu auras connu la paix de notre village,
"la gloire d'�tre utile,
"et l'honneur de servir.
"Je t'embrasse.
"Ton fr�re, Edmond Fabre."
Notre p�re a �crit �a? Oui.
Une heure avant sa mort.
Pourquoi tu nous l'as jamais montr�e?
Elle dit beaucoup trop de bien de moi.
Tu ne voulais pas �tre �picier.
C'est la lettre de noblesse de l'�picerie.
Tu aurais dit que je pr�chais pour mon saint.
- Quel saint? Y en a peu dans l'�picerie.
Saint-Emilion, Saint-Marcellin...
Ils sont buvables et comestibles, mais ce sont des saints.
Alors voil�...
Assez de philosophie, parlons s�rieusement et pos�ment.
Pendant ton absence, on a fait un lotissement.
�a gonfle une �picerie.
On ne sera pas trop de 5.
Je vais acheter la remise d'� c�t�.
Il faut nous agrandir.
En prenant une hypoth�que sur la maison et l'�picerie,
je pourrai la payer comptant.
Combien co�te-t-elle?
18000 francs.
Je ne les ai pas. J'ai eu beau travailler et �conomiser,
je n'ai que 12000 F.
Pourquoi? Parce que tu as �lev� les enfants de ton fr�re.
Que pouvais-je faire d'autre?
Beaucoup nous auraient donn�s � un patronage.
Je suis b�te. C'est une id�e qui ne m'est pas venue.
Alors, l�, sous tes yeux, tous les jours,
� toutes les heures, nous l'avons d�vor�e, cette remise.
Un jour, un mur.
Un jour, douze tuiles.
Un jour, la porte. Un jour, la mangeoire.
Nous te l'avons toute mang�e, la remise.
- �a n'est pas bien de notre part.
Tu la veux, la remise? Je te la donne.
Et si �a te fait plaisir, je t'ach�te le propri�taire aussi,
avec sa pipe et ses lorgnons.
Que dis-tu?
Ne recommence pas de suite.
Ne sois pas soup�onneux et ne t'inqui�te de rien.
La preuve, tu vas l'avoir sous les yeux, devant la porte.
Qu'est-ce que �a veut dire? Et elle qui rit.
Je suis inqui�te. La f�lure du cigare s'est rouverte.
Bah, et puis? Et puis quoi? Attends.
Que j'attende quoi?
Fais-moi cr�dit de quelques secondes.
Bah, tiens.
Tu m'auras pas fait sortir pour rien.
La manivelle de la pompe � essence!
S'ils vont jusqu'� Aubagne, ils doivent acheter le bidon.
- Ce n'est pas une Am�ricaine et elle use peu d'essence.
- Qu'est-ce que tu en sais? Tu es devenu connaisseur?
Non, mais celle-l�, je la connais, c'est la mienne.
Quoi? Laissez la voiture, ici.
Allez au Cheval Blanc et attendez les ordres.
Tu vas me dire... Non, pas ici.
Pas de sc�ne de famille ici. Rentrons.
Ferm� pour cause de conversations int�ressantes.
Bah, �a, c'est une voiture vol�e.
Si tu as sign� 700000 francs de contrat,
pourquoi garder ce costume?
Je voulais savoir comment tu me recevrais.
Ah!!
Ce n'est rien, moustache fausse. Maquillage.
Cr�p�e poil par poil.
Mon Dieu qu'il est beau!
Oh, c'est vrai!
Pourtant, �a te ressemble. Merci, l'oncle.
Dans ce film, tu fais pleurer? Non.
Tu fais le tra�tre? Non.
Tu chantes? Non.
Tu fais quoi? Le couillon.
Ah? Oui, je fais rire.
Tu me mets dehors? Pourquoi?
II me l'a dit.
Non, je t'avais dit le nom de Fabre sur une pitrerie.
Je ne t'ai pas dit le nom d'Ir�n�e.
Tu fais beaucoup rire?
Oui, et avec beaucoup d'esprit.
J'ai touch� 50000 francs.
A ce prix, c'est une com�die.
Au cin�ma, Ir�n�e, c'est ton nom? Oui.
Mais ce n'est pas tout ton nom! Tu t'appelles Ir�n�e Fabre.
Je croyais que tu m'avais dit...
Quand on a fait l'affiche, je ne t'avais rien dit.
Il me para�t qu'� partir de 500000 francs de contrat,
tu aurais pu mettre Fabre.
Il y en a tellement que personne...
...n'aurait su que c'�tait nous.
Tu l'aurais un peu dit. Aux amis.
Il y avait la place de le mettre.
Juste ton pr�nom, �a fait pr�tentieux.
Si tu associes toute la famille, c'est plus modeste.
Je te dis �a pour toi.
Oui, c'est pour moi. Klaxons
La voiture! Ce sont les enfants qui...
J'y vais.
Klaxon
Le premier qui fait sonner le klaxon aura un coup de pied.
Le deuxi�me, deux coups de pied.
Le troisi�me, trois, le quatri�me, quatre.
Et ainsi de suite.
Et toujours au derri�re.
Sous-titrage: DUBBING BROTHERS
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