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Original subtitles

Annonces en allemand

Sifflet

- Susanne ?

Bonjour. - Bonjour.

(En allemand) - Fanny ? Bienvenue.

Tu as fait bon voyage ?

- Oui.

- Je vais la prendre.

- Merci. - Ma fille n'a pas pu venir.

Elle est désolée.

Mais t'inquiète pas, elle sera à la maison

quand on arrive.

C'est fou comme tu ressembles à ta maman.

(En allemand) OK...

Lena ! Viens aider, merde !

Lena !

Là, y a les chambres, la salle de bain.

Je vais te sortir les... Comment on dit en français ?

Serviettes.

Bon, on monte. Allez.

Lena ?

Elle doit être à la manifestation

pour la planète, Fridays for Future.

Elle était végan aussi.

Mais ça, c'est fini, heureusement.

Ici, c'est chez toi.

Ça te plaît ? - Oui.

- C'était pour les enfants

de Tobias, mon copain, mais...

ils sont plus là, alors...

Ils ont laissé quelques trucs. Tu as assez de place ?

- Oui, oui. - Et là,

tu peux mettre tes affaires.

(En allemand) Bien.

Tu as pris ton maillot de bain ? - Oui, je l'ai

dans mon sac.

- J'ai rebranché le petit jacuzzi.

Si tu préfères te reposer, tu peux.

Tu fais comme tu veux, OK ? - Merci.

(En allemand) - Lena, t'es où ?

Ça fait trois fois que je t'appelle...

Susanne parle au téléphone.

Soupir

On parle à la télévision.

On frappe et on entre.

- Fanny ?

Soupir

Propos en allemand

- Je comprends pas.

Soupir

-Sors, il est tard, maman a préparé

à manger.

- Oui, j'arrive. - OK.

Propos en allemand

- T'as bien dormi ?

- Pas trop...

- C'est quoi

le problème ?

Le matelas ? - Non, le matelas, ça va.

- C'est difficile au début.

À cause de "Heimweh" . - C'est quoi ?

"Heimweh" ?

- Le mal de ton pays.

Ça va passer. - Je sais pas.

Chez moi, je dors très mal.

(En allemand) - Elle a 17 ans ?

On dirait qu'elle en a 12.

- Lena dit

qu'elle est stressée de parler français.

Elle s'en excuse.

- C'est faux, j'ai pas dit ça.

- Arrête ton cirque, OK ?

- Je comprends un peu l'allemand,

mais je le parle pas.

Je croyais que toi, tu parlais français, non ?

- Oui.

Moi, je parle ta langue.

-Ça fait huit ans qu'elle apprend

à l'école.

On a vécu trois ans en Camargue quand elle était petite.

Ça te plaît pas ?

- Si, mais je suis allergique

aux arachides.

- Quoi ? - Euh... Ça,

quand je mange...

Elle fait mine de s'étouffer.

- Mais...

Ta maman m'a pas dit.

C'est dangereux, pardon.

- Désolée.

- Ah...

Elle a téléphoné ce matin. Elle arrive pas à te joindre.

Tu veux faire un Skype

pour la rassurer ?

- Désolée, elle s'inquiète trop.

Conversation en allemand

(En allemand) - Je sais.

Je suis vraiment désolée, mais...

Je dois faire quoi maintenant ?

Je vais devoir rendre l'argent.

- Ils te payent ?

- Non, enfin pas vraiment...

Essaie au moins d'être polie.

La conversation continue.

Musique rap dans les écouteurs

Bips de notifications

- Bah, je sais pas quoi te dire.

Ma correspondante me correspond pas.

Elle envoie le message.

- Tu veux plus sortir de là ?

Écoute, Fanny...

Je voulais pas que tu viennes.

J'étais OK pour qu'on échange quelques mails.

- Je savais pas.

Désolée, je savais pas, je te jure.

C'est ma mère

qui a tout organisé et qui a décidé.

- Tu peux rentrer chez toi si tu veux.

- Maintenant ? - Oui.

T'as pas envie, j'ai pas envie. - OK.

Comme tu veux, je m'en fous.

- Désolée. C'est pas le moment pour moi.

Ma mère est pas en forme. - Je comprends, chez moi aussi

c'est compliqué.

- T'as des problèmes chez toi ?

Pourquoi ta mère veut que tu partes ?

- Pour rien.

J'ai subi du harcèlement au lycée.

- C'est quoi,

"harcèlement" ?

- Je sais pas quoi te dire.

Fallait que je change d'air.

Y a deux mois, j'ai fait une tentative de suicide.

J'ai essayé de me tuer, en gros.

Mais je voulais pas vraiment mourir.

Léger rire

Maintenant, ma mère

me lâche plus, elle est sur mon dos.

Et c'est l'enfer. Au lycée comme à la maison.

Je te ferai pas chier.

Musique techno

-Ça va ?

- Tu vas vite. - Hein ?

- Tu vas vite.

Propos en allemand

- Fanny vient de Strasbourg.

Elle va rester un mois.

Soyez sympas avec elle, OK ? - Bienvenue, Fanny.

(En allemand) - Alors, comme vous le savez,

Strasbourg accueille des institutions européennes.

Fanny, tes parents y travaillent. Ils sont interprètes, non ?

- Mmh.

(En allemand) - C'est formidable !

Lena, quand tu iras à Strasbourg,

tu visiteras le Parlement ?

- Non, j'ai pas prévu d'aller en France.

- Vous ne faites pas l'échange ?

(En allemand) C'est pas un échange scolaire ?

- Si, mais...

C'est un échange,

mais on sait pas si Lena va pouvoir venir.

Y a des coupes budgétaires dans mon lycée

et ma mère est malade.

On sait pas encore

si c'est possible.

Mais c'est pas tout de suite.

- OK.

- Pourquoi tu dis ça ?

La professeure s'adresse aux autres élèves.

- Désolée.

(En allemand) - Nous allons faire

un voyage dans l'Histoire.

Ça s'est passé en 1989.

Sans cet événement,

Fanny ne serait pas parmi nous.

Il s'agit de la révolution pacifique de la RDA qui a conduit

à la réunification.

L'un des lieux clés était l'église St Nicolas, à Leipzig.

Voici l'église

avec les banderoles

appelant à la réforme de la RDA, à plus de démocratie, etc.

La foule afflue dans les rues pour "les manifestations du lundi".

Regardez cette photo,

vous reconnaîtrez peut-être des parents

ou des grands-parents.

Connaissez-vous vraiment leur histoire ?

En y allant,

ils risquaient gros.

Musique douce

Sonnette du vélo

(En allemand) - T'as mon sweat ?

- Oui, tiens.

- Merci.

- Hey ! -Hallo.

- C'est Fanny, elle vient de France.

- Fanny ? Sérieux ?

- Elle parle pas allemand.

- C'est son vrai nom ? - Arrête...

- Putain, la pauvre ! - Allez, dégage.

- Enchanté, mademoiselle Fanny.

- C'est trop chiant.

"Fanny", ça veut dire "chatte" en Angleterre

et "cul" aux États-Unis. Léger rire

- Pourquoi tes parents t'ont appelée comme ça ?

- Je sais pas. C'était le prénom de ma grand-mère.

Ça me soûle. -Ça sonne un peu

comme "funny", ça te va bien.

Soupir

- Tu as déjà vu un psychologue ?

- Ouais, plein.

Ma mère m'a fait voir

plein de monde, ça sert à rien.

J'ai l'impression qu'ils me prennent pour une débile.

Ça m'insupporte donc je leur dis rien.

- Moi aussi, je dors très mal.

- Je peux en avoir un peu ?

- Ta mère serait d'accord ?

- Mmh.

- Allez, OK.

Un petit verre.

Rires

(En allemand) - Merci.

- Pour dormir.

- Santé !

- Bien !

Coucou, chérie.

Tu fais des cauchemars ? - Mmh.

Je rêve pas. Je me souviens jamais.

-Ça sent la clope, maman.

-Ça me calme, en ce moment.

- Si tu fumes

à l'intérieur, t'arrêteras jamais.

- Je vais arrêter... Promis.

Tu vois, Fanny ? Elle me surveille.

- Vous allez vous bourrer la gueule ?

- Oh...

C'est fou, votre génération.

Toujours tellement sérieux.

- Mmh...

Léger rire

Bonne nuit.

- Bonne nuit.

- Regarde.

Elle est super belle, ta mère.

- La tienne aussi.

Léger rire

(En allemand) - C'est ça que je cherchais.

Regarde.

C'est ma mère. Elle avait 14 ans.

- C'est la manif dont parlait la prof ?

- Oui.

- C'est ton père ?

- Non, c'est Tobias, son ex.

- Ton père il est où ?

Tu le vois ?

- Non.

Il voulait pas d'enfants.

Il était OK pour que ma mère me garde et m'élève seule,

mais il voulait pas me...

connaître.

- Il voulait pas te reconnaître ?

- Oui. - Mmh.

Tu sais qui c'est ? - Oui.

Il s'appelle Dirk Schlachter.

Il a une femme et deux enfants.

Je les ai vus en photo sur internet.

Y a deux ans, il m'a contactée

sur Insta sans un message,

sans rien.

Juste une demande d'ami.

C'est nul, non ?

- Oui.

- Je l'ai bloqué, ce con.

Il pleut plus.

Tu veux sortir ?

Ça a commencé là.

Les gens sont sortis avec des pancartes

en disant qu'ils voulaient voyager librement

et tout de suite, la Stasi les a...

Comment on dit ?

- Euh... Réprimés ? - Oui, voilà.

La Stasi a fait ça.

Le lendemain, les gens sont revenus

et tout le monde est sorti dans la rue et...

- Et le mur est tombé ?

- Oui.

Ça t'intéresse, la politique ?

- Pas trop.

Mais je suis forte en histoire.

Enfin, j'aime bien ça.

- Maintenant, les Montagsdemonstrationen,

c'est récupéré par l'extrême droite.

Ça craint, non ?

(En allemand) Je trouve ça horrible.

- Je peux te parler d'un truc ? - Oui.

- Mon père

a un enfant avec une autre femme.

Il nous l'a dit y a deux ans car sa fille l'a contacté.

Et... Voilà.

J'en ai jamais parlé à personne.

Elle est un peu plus âgée que moi. J'arrive pas à savoir si...

il l'a eue pendant que mes parents étaient ensemble.

Je crois. Il est pas très clair sur le sujet.

- Tu l'as rencontrée ? - Oui.

Je l'ai vue une fois dans un café. C'était trop bien.

Elle est vraiment trop sympa.

- OK. - Et, euh...

En fait, elle est très engagée.

Elle est dans un groupe d'ultragauche.

Très radical. Libertaire.

- Cool. - Anarchiste,

anticapitaliste, un peu antitout, quoi.

- Ah. - Ouais.

- Tu l'as vue qu'une seule fois ? T'as pas essayé de la revoir ?

- En fait, ma mère a supprimé son numéro

et elle est pas sur les réseaux.

Elle m'a pas recontactée depuis.

- Merde.

Ton père peut pas t'aider à la retrouver ?

- J'ose pas lui demander.

Ils sont plus vraiment en contact.

Je sais qu'il l'a reconnue. Ils ont le même nom de famille.

Elle s'appelle Justine Nader.

- Toi, tu portes pas le nom de ton père.

Pourquoi ? - Ben...

J'ai les deux noms sur mes papiers,

mais en Alsace, vaut mieux

s'appeler Brussieux que Nader.

- Mmh.

- On est bien là-dedans, non ?

Et voilà.

- Merci. - Tu as réussi

à la faire rentrer dans le jacuzzi, bravo.

- Je l'ai suppliée. Susanne rit.

- Je peux rester avec vous un petit peu ?

Soupir

Les jumeaux vont nous rendre visite.

Emil et Oskar, les fils de Tobias.

- Je les adore. - Oui.

Ça va être sympa.

Ils viennent prendre quelques affaires.

On va dîner tous ensemble.

- Avec Tobias ? - Oui.

- Et ça va, tu vas gérer ?

- Oui.

Y a juste un petit problème... - Quoi ?

- Opa et Oma seront là.

Ils se sont invités. J'ai pas pu dire non.

Oma veut te voir, et voir les petits.

Opa veut rencontrer Fanny.

- C'est un peu bizarre, non ?

Ils savent que t'es plus avec Tobias ?

- Plus ou moins, je leur ai dit, oui...

Tu me stresses.

- Moi ? - Oui.

À chaque fois que mes parents viennent.

C'est pas vrai ?

- Je sais pas. Sans doute.

- C'est peut-être mieux si je pars manger en ville ?

- Pas du tout. - Faut que tu voies le monstre.

- Le monstre ? Elle est folle.

- Mais c'est vrai.

Déjà, il est ostalgique.

-Ça veut dire être nostalgique

de la DDR.

C'est vrai, il est un peu...

- Il dit que tout était mieux avant.

(En allemand) - T'étais pas née,

tu sais pas comment c'était.

Il regrette son enfance,

pourquoi tu le juges ?

- Parce qu'il est raciste !

Léger rire

- Il est pas raciste,

Lena.

- Il vote

pour l'AfD.

(En allemand) - Qu'est-ce que tu dis ?

- C'est quoi ?

- Pour l'extrême droite. Il me l'a dit.

- Il dit ça pour te provoquer mais...

Elle fantasme. Il est pas comme elle croit.

(En allemand) T'es chiante avec ta politique !

Tu juges, tu condamnes... On doit tous penser comme toi !

C'est la seule qui pense

correctement.

Sur tous les sujets. J'ose plus rien dire.

Elle est pire que la Stasi.

Je veux pas me fâcher avec mon père, pas maintenant.

- Parce qu'il te tient avec son fric.

- Tais-toi.

- Il rappelle toujours ce qu'il a payé.

- Heureusement qu'il m'aide. Je m'en sors pas !

- Tu vas retrouver du travail ! Et bientôt, je t'aiderai.

-Ça, je compte pas dessus, t'es qu'une gamine.

- C'est toi la gamine.

Tu te laisses entretenir

par ton père !

Musique douce

Elle active les remous.

Lena souffle.

Musique douce

T'es encore fatiguée ?

- Un peu.

Tu as un test aujourd'hui ?

- On nous rend le devoir de maths.

-Hallo.

- Bonjour !

Conversation à la radio

- On y va ?

Salut. - Bonne journée.

- Toi aussi.

Tu vas faire quoi ?

- Moi ? Rien de spécial.

Quelques courses...

-À plus tard.

-"Et aujourd'hui,

"plus qu'ailleurs, ils se battent pour limiter les dérives

"du libéralisme, car Leipzig

"est un haut lieu..."

Euh...

"Leipzig est un haut lieu de la gauche

"alternative allemande et du combat écologique,

"mais tout autour

"dans le Land de Saxe..."

-Bon ! Eh...

Oh ! On peut laisser Fanny

finir son exposé dans le calme ?

Désolé, Fanny. Raclement de gorge

Vas-y. - OK.

"Hier, les habitants se sont battus

"pour retrouver la liberté, sortir du bloc communiste

"et faire tomber le mur.

"Mais tout autour, dans le Land de Saxe,

"comme chez nous en Alsace..."

Euh... -Allez, donne tout.

-Chut ! Rires

-"Comme chez nous en Alsace..." -Allez, Blabla !

-Salomé ! Ça suffit ! Rires

- C'est bon, ça sert à rien.

-On se calme.

(En allemand) Elke, on enchaîne ?

- Bon, OK...

C'est pas grave. On passe à la suite.

Peut-être vous avez des questions ?

-On se tait !

(En allemand) - Je m'appelle Sacha

et j'ai une question.

Y a-t-il une différence

entre les Allemands de l'Est et de l'Ouest ?

-Bien. -À l'Est,

on est très directs et on dit ce qu'on pense.

- Pourquoi beaucoup les Français

parlent pas anglais ? -J'ai une question !

Pourquoi les Allemands sont tous blonds ?

Rires

- Pourquoi les Français sont racistes ?

Vous enfermez les immigrés dans des quartiers.

- Pourquoi vous avez toujours des grèves ?

Vous voulez pas travailler ?

- Ils défendent leurs droits.

Ils se laissent pas faire.

- Tais-toi !

- Ferme-la !

- Nous on a pas besoin !

- D'autres idées ? D'autres questions ?

- Je suis Charlie

et je me demande pourquoi, dans la France,

il y a si peu de végans ?

Sanglot

- C'est juste que je suis un peu fatiguée.

On se lève hyper tôt, tout le monde me parle en allemand.

Arrête de m'engueuler !

Je t'appelle parce que je suis stressée.

-Tu veux rentrer ?

- Mais non, je veux pas rentrer.

Je veux juste entendre ta voix.

Mmh.

Tu peux me passer papa ?

Il est où ?

Attends, je peux plus te parler.

Salut. Allez...

Tu peux le faire partir ?

- C'était ta mère ?

- Non, c'est une copine.

Soupir

- OK.

- Elle est enceinte. Son père veut pas qu'elle avorte.

- Son père veut pas qu'elle avorte ?

- Je sais plus quoi faire pour l'aider.

- Fanny... Ça va aller.

On va trouver une solution.

On va l'aider, OK ?

- Pardon.

- Maman, j'ai une question urgente.

Quand une fille est enceinte, elle peut avorter

même si son père ne veut pas ?

- Attends... Qui est enceinte ?

- Une amie de Fanny. C'est quoi la loi, en France ?

- Fanny...

Ça va ?

- Mmh... Bof.

Je suis fatiguée. Je vais aller me coucher.

Bonne nuit.

- Pardon...

Je peux te parler ?

Susanne referme la porte.

La fille qui est enceinte, demain, j'en parle à ta maman.

- Mais... - Je crois

que c'est mieux. - Ma copine me fait confiance

pour pas que ça se sache.

Je lui ai promis.

- Je suis désolée, je peux pas

mentir à ta mère.

- Je... Je te demande pas de lui mentir.

Mais juste de pas lui dire.

Ça la concerne pas.

- Fanny...

La fille enceinte,

si jamais c'est toi... - C'est pas moi !

- Je dis pas ça. - Non...

- Je dis pas que c'est toi.

Je dis juste que...

Y a des solutions.

Mais il faut

parler de ces choses avec des adultes.

- T'inquiète pas, Susanne.

Si ça te rassure, j'appelle maman demain.

Je vais lui parler de ça.

- Tu me promets ?

- Oui.

- D'accord.

- Je te jure. Je vais l'appeler.

- D'accord.

Bonne nuit.

- Bonne nuit.

Susanne ouvre et referme la porte.

- Salut. - Salut.

Il t'a déjà mordu ?

J'ai eu des nouvelles de ma copine.

-Ça va ?

- Elle a fait

une fausse couche ce matin.

- C'est horrible. La pauvre.

- Mmh.

- Comment elle va ?

- Là, elle va hyper mal.

- Je suis désolée.

- Je peux te montrer un truc ?

- Quoi ?

- Tu vas voir.

Musique rythmée

Brouhaha

Regarde, là !

C'est elle. C'est Justine.

- T'es sûre ? On voit pas bien.

- Si, je l'ai tout de suite reconnue.

J'ai regardé des vidéos de manifs pour la repérer et là...

Regarde.

Je lui ressemble ?

- Un peu.

Elle est jolie.

- Depuis que je sais

qu'elle existe, je me sens

un peu moins seule.

- Mmh. Je comprends.

Elle a du courage, ta sœur.

De se battre comme ça.

Moi, je suis lâche, j'ai peur et je sais pas quoi faire.

- T'as peur de quoi ?

- De tout.

Du futur.

Pas toi ?

- Si, mais...

- Je sais pas, comme si je me sentais dépassée.

J'ai peur

des fascistes qui sont partout et qui peuvent prendre le pouvoir.

De Poutine.

De la guerre.

Du changement climatique.

De vieillir. De devenir encore plus lâche.

Et de rien jamais changer.

- Moi aussi, j'ai peur.

De... jamais revoir ma sœur.

J'ai peur aussi de jamais trouver de copain.

Et si j'en trouve un, de finir comme ma mère.

D'avoir une vie toute petite. D'avoir des enfants cons.

Clapotis de l'eau

- Les nuages ?

Quel genre ?

-Wolke...

(En allemand) Masculin.

- Non.

Féminin.

Volk, c'est le peuple. Das Volk.

Et le nuage, die Wolke.

-Die Wolke.

- Ton genou ?

- Euh...

Neutre. Das Knie.

Léger rire Mmh...

Fuss ? - Mmh.

-Die Fuss ? - Non, c'est masculin.

Der Fuss.

-Der Fuss. - Oui.

- J'aime pas mes pieds.

- Pourquoi ? Ils sont mignons.

Ils sont tout petits.

Moi, j'ai des seins moches, tu vois ?

Je suis comme ça.

Si ça plaît pas, je m'en fous.

- Ils sont pas du tout moches.

N'importe quoi.

- Les seins, quel genre ?

- Féminin !

- Mmh...

Musique rythmée

Brouhaha

Acclamations

Brouhaha

-Ça va ?

- T'en veux ? - Non, ça me rend parano.

- Et toi ?

Elle est forte...

Autre chose ? Timo a de la coke, des ecstas...

- Non, j'aime pas. On sait pas ce qu'il y a dedans.

- Sinon, j'ai un truc naturel.

Plus bio,

tu meurs.

Des champis dans du chocolat.

Si t'en prends pas trop, t'as pas d'hallus.

-Ja. - Ja ?

- Il va chercher quoi ?

-Mushrooms ?

- Mmh. - Des champignons.

Dans le chocolat. Oui ? - C'est fort ?

- Un petit peu. Ça va.

Tu veux ?

T'as peur ? Dis-moi.

- Non, j'ai pas peur. Je le fais. - OK.

(En allemand) - Vous pouvez partager ça.

Léger rire

Dans trente, quarante minutes...

ce sera bon.

Musique rythmée

- Je sens rien.

- Attends un petit peu.

Tu voudrais que...

Que Lukas

t'embrasse ?

- Non.

- Si je demande, il le fera.

- Non, j'ai pas envie. - OK, OK.

- Tu peux lui demander si on peut faire ça ailleurs ?

Pas devant tout le monde.

- Lukas ?

Brouhaha

(En allemand) - Dans ma chambre ?

- Oui.

- Lena, pas dans la chambre.

- Non ? - Non, elle veut pas.

- OK... Rire gêné

- D'abord, Fanny.

Tu peux enlever ton t-shirt ?

- Bien sûr.

- Je vous laisse seuls ?

- Non, reste.

Musique rythmée au loin

(En allemand) - Maintenant, dans le cou...

Et sur le ventre.

Elle rit.

- Lena, t'es où ?

- Ici.

- Reste avec moi.

- Tu parles allemand ? - Mmh...

Je dois te dire quelque chose.

- Mmh.

- Je sais plus...

Rires

Je l'ai sur le bout de la langue.

- Sur la langue ?

Je peux venir le chercher ?

- Mmh.

Musique intense

Aboiements

- Quoi, papa ? - Excusez-moi...

- J'y vais.

- Laïka, rentre !

Le père siffle.

Désolé...

C'est rien.

On frappe à la porte.

-Hallo !

Tout va bien ? - Oui.

- T'aimes mon chapeau ? - Cool !

Maman est dans la cuisine.

- Salut, Tobias. - Salut, Lena.

Comment tu vas ?

- Bien.

- Et ta mère, ça va ?

- Mon Dieu, vous avez grandi !

- Voici Fanny...

-Hallo.

- Bonjour, madame.

Enchanté.

- Enchantée. - Madame.

C'est tout ce que je sais dire en français...

Bonjour ! - Bonjour.

On joue à un jeu. - Ah bon, lequel ?

- S'ils réussissent, ils gagnent des cadeaux.

On fait comme si on vivait encore ici ensemble.

J'ai pas dit à mes parents que...

Je joue, Lena et papa jouent et vous deux aussi.

Opa et Oma jouent aussi !

- Maman...

- T'es folle. - Quoi, c'est drôle !

- Drôle ?

On frappe.

- Opa et Oma sont là !

C'est drôle, vous vivez encore ici !

- Je vis ici !

- T'as pété les plombs, Susanne ?

- Oh, ça va...

- Susanne... - Je vais te présenter.

(En allemand) - Il traduit l'arabe et l'anglais.

Où ton père a appris ces langues ?

- L'arabe, il l'a appris dans son pays.

L'anglais, dans une école,

je crois.

- Quoi ?

- L'arabe dans son pays, et l'anglais dans une école.

-Ça m'étonne qu'il travaille

pour nous.

Dans l'Union européenne,

il n'y a pas de pays arabes.

- Mais on dialogue avec eux. C'est quoi le problème ?

- Chérie, je ne parle pas de politique.

- Si, bien sûr.

- On parle du travail de ses parents.

Ça m'intéresse.

- C'est très intéressant...

- Werner, voilà ton café.

- Il vient d'un pays arabe,

ça l'intéresse, Lena.

- Rien de raciste là-dedans.

Ils sont bien payés, tes parents ?

Ils gagnent combien ? - Opa...

- Je sais pas.

- Tu sais combien

l'Allemagne paie chaque année ?

- Traduis. - Non, je te traduis plus !

- On peut parler d'autre chose, papa ?

Quel ennui !

- On peut plus rien dire.

OK...

- Vous voulez de la crème ?

- De la crème ? - Pas de crème.

(En anglais) - Toi aussi,

tu veux devenir interprète ?

- Non.

Je sais pas encore ce que je veux faire

et je suis pas très bonne en langues.

- OK.

- Et vous, c'est quoi le travail ?

- Devine ! - Je sais pas.

- Essaie quand même... Fanny rit.

Je suis plombier.

Je répare les veines de la maison.

J'étais

dans le marketing, j'en ai eu marre.

J'ai démissionné

du jour au lendemain !

- OK, cool.

- Redémarrage.

Je pouvais plus passer une minute devant un ordinateur.

- Mmh.

- Je suis parti et je me sens mieux.

Je fais ce que je veux, quand je veux,

je suis mon propre patron.

Et je rends les gens heureux.

Quand je règle leurs problèmes, ils me voient comme un...

superhéros !

Elle rit.

-"Je suis mon propre patron."

Bam !

"Je suis un superhéros avec ma plomberie."

(En allemand) Tu veux l'impressionner

avec tes histoires de tuyaux ?

- C'est bon, Susanne...

Elle s'esclaffe.

- C'est pas grave...

Oh, c'était une blague.

- Tu as assez bu, je crois.

N'est-ce pas, Tobias ?

- J'ai rien à dire,

elle peut s'occuper d'elle.

- Maman, tu as assez bu.

Tu as assez bu. - Ah, tu es d'accord

avec Opa ?

Tobias soupire.

(En anglais) - Tu fumes ?

On va prendre l'air ?

On les laisse en famille.

Fais pas attention, c'est des histoires de famille.

Les enfants rient.

Ce sweat, il est à Lena, non ?

-Yes.

- Je le reconnais.

Vous vous entendez

bien ? - Oui.

(En anglais) - C'est bien.

Qu'est-ce que vous faites ? - Plein de choses.

Euh...

On a fait du paddle.

- OK.

-And also...

We...

De l'escalade.

-Climb ?

(En anglais) - Hier, on a appris à twister.

- La danse ? Cette danse de vieux !

Tu me montres ?

- Il faut essuyer son dos avec une serviette.

And then... - Ah, OK...

- Avec les pieds, écraser une cigarette.

Comme ça... Vous voyez ?

(En allemand) - Tu délires, là ?

- Allez, c'est parti...

- Tu délires ?

T'as pas vu Lena depuis des mois,

et tu préfères secouer ton cul avec cette fille ?

- Susanne... - T'es vraiment un con.

Dégage.

Dégage !

- Calme-toi ! - Tu vois pas ce que tu fais ?

- J'y vais, c'est bon ! - Casse-toi !

- Allez, rentre... rentre !

Propos en allemand

(En anglais) Dis-lui que j'ai rien fait.

- Susanne, je te jure,

on a fait que discuter, il m'a pas draguée.

(En allemand) - Je les ai vus,

Lena ! - Maman arrête, t'es jalouse.

- Je ne suis pas jalouse.

Il m'a humiliée !

Je ne suis pas jalouse !

Vas-y, saute-la, si tu veux.

Tobias peut la sauter.

Il peut la sauter.

Susanne sanglote.

- Rentre et bois un peu d'eau.

Ça va ?

- Mmh.

- Ma mère est parano.

Tobias est parti avec une fille de 20 ans.

Comment elle s'appelle, ta sœur ?

- Justine.

- Faut que tu essaies de la revoir.

Je vais t'aider quand je viendrai chez toi.

(En allemand) Pourquoi on parle français ?

Tu sais parler allemand.

- Tes pieds sont froids.

T'as froid ?

- Mmh.

- Tourne-toi.

Fanny souffle.

- Est-ce que c'est un rêve ?

- Tu rêves en français ?

Musique troublante

- Mademoiselle ?

Mademoiselle, s'il vous plaît ?

Vous avez un passeport ou une pièce d'identité ?

Vous comprenez le français ?

- Oui, un peu.

- Vous avez un justificatif d'identité ?

(En allemand) - Oui, mon sac est là-bas.

- Vous êtes mineure. Donnez-moi le numéro de votre père.

- J'ai pas de père. - Le numéro de votre mère ?

Comment tu dis "fugueuse" ?

-"Runaway".

- Je suis toute dégueu,

c'était long le train.

- Pas du tout.

- Bonjour. - Mon père.

- Bonjour.

- Et moi je suis la mère ! Bienvenue, Lena !

Musique intense

- C'est con de faire exploser ça

dans une gare.

- Tu dis ça car je suis Arabe ?

Rires - Bah, c'est sûr que...

- Je voulais lui faire plaisir. - Oui.

- Moi, je travaille entre Bruxelles et Strasbourg.

- Mmh.

- La PAF me connaît, mais avant,

avec ma barbe, elle me contrôlait.

C'est courant, chez nous. Vibreur

Désolé.

Allô ?

- Je me suis faite contrôler en rentrant de Leipzig.

C'était assez violent.

- Mmh ? Avec les chiens ?

- Ouais.

Dès qu'ils ont vu "Nader" sur mes papiers,

ils sont devenus tendus et ils ont commencé à me palper.

C'est fou, non ? Ils m'ont demandé

d'enlever mes trucs.

- Un dessert ou un café ?

- Je veux bien un dessert.

- Tu vas le chercher ? Dans le frigo. - Ouais.

- Bisous.

Fais comme chez toi.

OK ?

On se voit à la fin de la semaine. - Merci.

- Bonne nuit. - Bonne nuit.

- Il a l'air cool, ton père.

- Mmh.

- T'as des nouvelles de ta sœur ?

- Euh... Non.

J'ai réfléchi. J'ai une idée. Je sais comment la retrouver.

Tu te souviens de la vidéo de ma sœur dans la manif ?

J'ai fait une capture d'écran.

Je te montrerai. En gros... On frappe.

Oui ?

- Tiens.

Fifi, on peut parler toi et moi,

un moment ?

- Je peux pas être tranquille avec Lena ?

- Si, mais j'aimerais qu'on parle

de l'histoire du train toutes les deux.

- Mmh.

Discussion houleuse inaudible

On entre.

Elle me lâche pas, elle est lourde.

- Il s'est passé quoi avec les policiers ?

- Rien, t'inquiète.

- Sûre ? - Ouais.

- Tu me dirais ?

- Oui, ils ont fait du zèle.

C'est tout.

- Regarde, j'ai ramené ça. Ils ont rien trouvé.

- C'est des champignons ? - Oui.

- Bonne nuit. - Bonne nuit.

-Ça te dérange ?

(En allemand) C'est bien que tu sois là.

- Je t'ai manquée ?

- Un peu.

- Toi aussi.

Un tout petit peu.

Brouhaha

-Ça va ?

Ah, voilà Blabla.

- Salut, Blabla !

- Tu nous présentes pas ta copine ?

T'es qui, toi ?

- Lena. Hey.

- C'est ma correspondante allemande. Rires

(Avec un accent allemand) - Pas possible !

Blabla a une correspondante ! - Tu viens ?

On a cours. -Ça va, deux secondes !

Allez, "zalut", les filles ! "Zalut" !

"Zalut" ! - Oh ! C'est quoi, ça ?

Je peux faire un rapport.

- J'ai dit bonjour.

- Tu veux un conseil de discipline ? Le renvoi ?

Tu seras sanctionnée pour ton comportement puéril

et raciste. - Raciste ?

- Oui ! - C'est pas raciste.

- Je rigole pas avec ça ! - C'est pas raciste !

C'était une blague. - C'était pas drôle.

-Ça a fait rire Lena. Ça me fait rire.

(En allemand) - Où est votre sens de l'hospitalité ?

Lena, je te présente des excuses au nom de toute la classe.

Salomé, je vais te demander

de présenter des excuses.

- Je m'excuse, Lena. - Non.

En allemand. - Euh... Ich...

"m'excusert".

Rires - Fais un effort.

- Je sais pas comment on dit.

-Ich entschuldige mich.

- Ich... "schlingin bich".

- Allez, tu sors. -Ça va...

(En allemand) -Ça va, monsieur,

je sais que mon pays a une mauvaise image.

Notre histoire est honteuse.

- Tu n'en es pas responsable. - Si.

Ma génération hérite de ce passé.

Nous devons

lui faire face.

Aujourd'hui, l'extrême droite

monte dans toute l'Europe.

En Allemagne de l'Est, la menace est sérieuse.

En Alsace, c'est pareil avec l'extrême droite ?

C'est important d'en parler. - Oui, alors...

On va pas se lancer sur le sujet.

- Vous avez des questions ?

- Ouais, moi !

J'ai une question hautement politique.

- Ouh, là...

- C'est à cause de toi que Fanny a changé de style ?

Rires

- S'il vous plaît ! On recommence pas !

Chut...

- Blabla va lui croquer le cerveau.

- Salomé, prends tes affaires et suis-moi.

- C'est de l'humour !

- C'est bon, allez !

Tu me suis ! - C'était une blague, ça va !

- Dépêche-toi.

- C'est toujours moi.

- Vous m'attendez dans le calme.

- Bonne journée !

Brouhaha

Sonneries du tram

- Avec ta sœur, vous avez parlé de quoi

quand vous vous êtes rencontrées ?

- Euh, je sais plus. Plein de trucs.

- Elle t'a parlé de sa mère ?

- Non, trop gênant.

- Et elle se bat pour quoi ?

L'anticapitalisme ?

- Euh...

Elle est black bloc. - T'es sérieuse ?

- Mmh. - Black bloc ?

- Mmh.

-Prochaine station, Étoile-Polygone.

- Mais c'est cool, non ? - Oui.

On descend.

Tu fais quoi ?

- Les black blocs en utilisent tout le temps

pour casser des vitrines, des banques et des magasins de luxe.

Faudrait qu'on aille dans des manifs.

C'est pas au lycée qu'on va la trouver.

- Laisse tomber, on la trouvera jamais.

Je te fais pitié

avec ma vie de merde ? - Mais non, arrête !

Je suis là.

- Dans deux semaines, tu seras partie.

Donne.

(En allemand) - Arrête !

-Comme ça, ils savent pas qui fait quoi.

Ils sont perdus. - Vous avez moins peur ?

-Quand t'es dans le cortège de tête, y a...

une espèce de...

D'amitié,

d'amour, de partage.

Juste aider quelqu'un qu'on connaît pas,

qui est dans le mal, c'est fort.

C'est être ensemble d'une belle manière.

On se sent moins seul.

- T'es déjà réveillée ?

- Mmh.

- Comment ça se passe ? Ça va, au lycée ?

- Oui, pour moi, ça va.

Mais pour Fanny,

c'est vraiment dur.

Les élèves sont horribles avec elle. - Je sais.

On a pas la solution pour le moment. - Pourquoi

tu la changes pas de lycée ?

- Elle a déjà changé plein de fois.

C'est compliqué.

- Peut-être qu'elle pourrait vivre chez moi.

Au moins un an ou deux.

- En Allemagne ? - Oui.

Soupir

Chez moi, elle se sentait bien.

Mieux qu'ici.

- Mais tu sais, elle a sa famille ici.

Elle a une scolarité à suivre.

Va y avoir le bac.

Ensuite, ça ira mieux.

J'en suis sûre. Elle va rencontrer d'autres gens.

Faut que je finisse de me préparer. J'ai une réunion tôt ce matin.

- Alors, jeudi, manif contre la réforme des retraites.

On pourra pas, on sera en cours.

Dans deux semaines,

y a une marche pour le climat. Sonnette

Tu viens ?

Je vais te le présenter. - Non.

- T'es sûre ?

- Oui. Je vais me reposer un peu.

- OK.

- Il dure combien de temps, ton cours ?

- Deux heures.

À toute.

Fanny ferme la porte.

Brouhaha

Rires dans la pièce d'à côté

Conversation inaudible

(En allemand) - Tu fais quoi de tes journées ?

-Je fais quoi...

T'inquiète pas, je vais bien.

Il faut que je m'habitue. Tu vivras pas toujours à la maison.

- Regarde la cathédrale !

-Elle est belle !

Ça te plaît, Strasbourg ?

- Oui, c'est beau.

Mais pas comme j'imaginais.

La ville a été construite par les Allemands.

C'est pas dépaysant.

Susanne rit.

-Et Fanny, elle est où ? Elle est pas avec toi ?

- Elle est avec un mec.

-Ah bon ?

Elle a un copain ?

C'est super pour elle, non ?

- Mmh.

Des cloches sonnent.

Musique troublante

Sonnerie d'école

- Bonjour. - Bonjour.

"Enterrement Leipniz" ?

- Leipzig. C'est en Allemagne.

Son grand-père est mort. On y va quatre jours avec ma mère.

On revient après.

- OK.

Tiens. - Au revoir.

Musique techno haletante

Bonjour, monsieur. On cherche cette femme.

- D'accord. - Si vous l'avez vue,

y a nos coordonnées. - OK.

Je vous en donne un aussi. Tenez.

- Merci. - Pardon. Vous la connaissez ?

- Bonjour. On cherche cette femme.

Musique techno Brouhaha de la manifestation

- Laisse tomber. Ici, ça donnera rien. Y a que les vieux.

Sifflets - Nous on est là ! On est là !

- Excuse-moi, t'as pas vu cette fille ?

Je te montre la photo sur mon tél.

- Mathieu ?

- Qu'est-ce qui se passe ?

- Tu la connais ? -Ça vous dit rien ?

- Je l'ai déjà croisée. - Tu l'as vue où ?

- Je pourrais pas te dire, mais le logo,

les trois flèches vers le bas, c'est accroché sur tous les poteaux.

C'est un logo antifa. - Antifa ?

- C'est la Jeune Garde.

- Bah putain.

- Regarde.

- C'est Hitler ? - Mmh.

Sous la vidéo, ils disent que le néonazi qui vit là

a tabassé un antifa.

- T'as tapé quoi pour trouver ça ?

-"Antifa Strasbourg".

C'est une fille, ça.

On voit ses cheveux.

Ça pourrait être elle. Ta sœur.

- Non, je pense pas.

- Elles se ressemblent.

- Non.

Elle est pas avec eux,

je te dis.

- Tu l'as vue qu'une fois.

Tu peux pas savoir ce qu'elle fait.

- C'est vrai. Une porte claque.

- Salut, les filles. - Salut !

- Salut.

-Ça va ? - Mmh. Et toi ?

-Ça va, ça va.

-Habibi... Léger rire de Fanny

Encore des pâtes ? -Pasta alla Fanny !

(En italien) Même maman peut pas rivaliser !

- Désolé, Lena.

La semaine prochaine, je travaille moins,

on ira au resto. - Mmh.

- Elle est où, la mamma ?

- Coincée en réu.

- Je vais prendre ma douche. - OK.

- T'es sûre qu'il a pas de nouvelles ?

Peut-être qu'il t'a menti.

- Ouais, peut-être.

Allora...

Pour ma recette, on prend des tomates.

Du basilic.

- Fanny, tu connais son code ?

- Ma date de naissance.

- Tu peux l'ouvrir ? Le téléphone.

Fais le code.

Maintenant. - Je peux pas.

- Si, vas-y. -Ça se fait pas.

- Si on veut la trouver, fais-le, s'il te plaît.

- Je fais quoi ? - Contact list.

Cherche "Justine".

- Y a pas de "Justine". - OK.

Et dans les messages ?

Lance une recherche. Une porte claque.

- Y en a trop, là.

- Regarde les photos.

- Je peux pas faire ça. - Vite !

Soupir

- Attends. - Allez.

T'es dans les photos ?

Quoi ?

T'as trouvé un truc ?

- Range ça, c'est débile.

Tu veux bien mettre la table, s'il te plaît ?

- Tu devrais lui dire.

-Ça me regarde pas.

- Tu peux pas garder ça pour toi.

- Tu crois qu'il faut tout dire. J'ai pas 12 ans.

Les gens se trompent.

- C'est bon.

- C'est pas à moi de lui raconter. Je veux pas la blesser.

Si ça se trouve, elle sait.

Coucou !

- Un crop top

pour venir au Parlement ?

C'est fou l'énergie que tu mets à me faire chier.

Bon.

Occupe-toi de la visite. J'y retourne.

Y a des discussions dans l'hémicycle. Vous rentrerez pas.

- On te rejoint à l'aquarium ? - Oui.

- C'est quoi ta cabine ?

- 22. - OK.

Ces escaliers symbolisent la réconciliation

de la France et l'Allemagne, le couple franco-allemand.

- C'est beau de dire "le couple".

Chez nous, on parle de l'amitié franco-allemande.

On dit "deutsch-französische Freundschaft".

C'est la télé polonaise.

Viens.

On y va. Propos en polonais

(En polonais) Varsovie ! Mon corps, mon choix !

My body, my choice !

- T'es folle ou quoi ?

Ça va pas.

- Pourtant, cette jeunesse si forte de sa créativité,

de son inventivité

et de ses engagements

sur le climat et la justice sociale...

Cette mobilisation générale, la jeunesse l'attend.

Cette jeunesse si terrifiée par la catastrophe écologique...

- Antonia ?

Tu traduis aussi les populistes ?

Tu peux pas refuser ?

- Elle peut pas. On est en démocratie.

- Quand ça arrive, je suis impliquée.

-Ciao.

-Ciao ! A domani !

Chaque mot que je choisis

d'utiliser peut atténuer le sens d'une phrase

ou révéler ce qui est caché.

En douce.

-À ta place, je dirais n'importe quoi.

- Mais j'ai pas le droit. Allez, venez.

- Tu veux faire quoi plus tard ?

- Travailler dans l'humanitaire. - Mmh.

- Tu penses à quoi ? La communication ? La logistique ?

- Mmh... On verra. L'un ou l'autre.

J'hésite entre faire des études politiques

ou être dans l'action.

- Pour quelle cause ?

- J'ai plein d'idées.

La décroissance.

L'écologie. L'économie solidaire.

Le bien-être animal. Le...

néoféminisme.

La lutte

contre le fascisme.

- C'est beaucoup. - Oui, tout est lié,

de toute façon.

Je sais pas par quel bout le prendre,

mais... - Elle veut être black bloc.

- Tu trouves ça cool, les black blocs ?

Tu comprends ce que c'est ?

- Ouais, je suis pas débile.

Ça m'intéresse, la désobéissance civile.

À chaque élection, c'est pareil,

personne prend en compte l'urgence climatique,

les inquiétudes des jeunes,

donc ils trouvent d'autres moyens. - Non, mais...

Tu fais ta coco, mais t'es une petite bourge.

Hein ?

- La violence, je suis pas sûr

que ça mène à grand-chose.

- Mmh. - Quoi ?

Je sais de quoi je parle. - Mmh.

- Ton oncle Amar...

- On a entendu 1000 fois cette histoire,

je vois pas le rapport.

Ça t'emmerde qu'on ait des convictions ?

- Non, Fanny, ce que je veux dire,

c'est qu'il faut se battre pour ses convictions.

Tu as la chance de vivre en démocratie.

C'est dans les urnes... - J'ai pas le droit de vote.

Je suis pas majeure.

Arrête avec tes leçons,

c'est très chiant.

- Calme-toi, Fifi.

On peut parler politique. - Il me soûle !

Depuis que t'es en France et que tu gagnes du fric,

t'as plus de convictions.

Propos en arabe Normal que je sois en colère.

Tes petites lâchetés, tes petits arrangements,

ça me dégoûte.

- Toi, tu fais quoi ?

Tu es en colère

contre qui ?

En colère

contre tes parents, c'est tout.

- C'est pas comme ça qu'on ira vers la décroissance.

Une porte claque.

(En allemand) - Viens dans mes bras.

Sirènes au loin

Vacarme étouffé

Musique troublante

Fanny !

On cherche Rebeka. Elle est là ?

- Ouais, c'est pour quoi ?

- Elle nous a donné rendez-vous.

- OK. Rebeka ?

- Ouais ? - Y a quelqu'un pour toi.

Vous buvez un truc ? - Ouais, deux bières.

- Ouais. - Blondes. Merci.

- Ouais ?

- C'est pour la disparition.

- Ah oui, l'affiche.

Je l'ai croisée, cette meuf.

- Vous êtes sûre ? On voit pas très bien.

- Vous avez pas une photo en couleur ?

- Si, là.

- Si, c'est son manteau, ses yeux.

Je l'ai vue à la manif

du mois dernier.

Elle m'a taxé une clope, on a parlé vite fait.

Elle avait une voix grave. Je m'en souviens.

- Ouais, c'est elle.

Elle était seule ou avec d'autres gens ?

- Vous en demandez beaucoup. Pour moi, elle était seule.

- C'est qui cette fille ?

- Euh... - Sa sœur.

- Ouais.

- Elle a disparu depuis combien de temps ?

-Ça fait quelques semaines.

- La police, ils en pensent quoi ?

- On les a pas prévenus.

- Elle est black bloc.

On veut pas lui foutre les flics au cul.

- On demandera à des potes.

- Je peux demander aux autres gens ? - Ouais, vas-y.

- Sa sœur est dans un groupe antifa. T'en connais ?

- Vous avez déjà vu

cette fille ? - Non.

- Comment on peut les contacter ?

- Cette fille vous dit quelque chose ?

- Ils traînent au Molodoï.

- C'est quoi ?

- Vous l'avez jamais vue ? - Non.

- Aux manifs ? Non ?

Salut.

On frappe sur la fenêtre.

- Allez, dépêche-toi ! Dépêche-toi !

- Merci.

Au revoir.

- Tu te fous de ma gueule ? Tu fais quoi ?

T'es en contrôle continu. T'en as conscience ?

- Comment tu savais qu'on était là-bas ?

- C'est pas la question ! Je peux pas te faire confiance !

- Comment tu savais qu'on était dans ce bar ?

- Vous faites quoi, Lena ? Vous m'expliquez ?

- Tu me géolocalises encore ?

- Je bosse, moi !

Tu crois que j'ai... - Putain, mais maman, lâche-moi !

J'ai pas de vie, là ! Tu vois pas que tu m'étouffes ?

Surveille papa, plutôt ! Lui, il fait n'importe quoi.

Il te respecte pas. - Tais-toi !

Descends.

Allez.

- Tu te demandes pas ce qu'il fait ? Pourquoi il est pas à la maison ?

Ça t'inquiète pas ? Il te trompe. J'ai vu des photos.

- Des photos, oui, bien sûr.

Descends. J'en peux plus de ces histoires.

- Mais je te jure ! - Sors !

- Je te jure ! - Stop !

Tu la fermes et tu rentres !

Toi aussi, Lena, tu sors !

Faut que je retourne travailler.

- Pourquoi tu la crois pas ?

- Elle raconte n'importe quoi.

- Antonia, c'est vrai.

Elle a vu les photos dans son portable.

Il était avec une femme.

- Tu les as vues, ces photos ?

- Non, mais... - Et tu l'as crue ?

- Oui.

- C'est pas méchant, mais...

elle a tendance à raconter des histoires.

Elle est affabulatrice.

Quand elle se sent fragile.

Eine Fantastin.

(En allemand) Elle s'invente des choses.

Mais ça existe pas. C'est dans sa tête.

Comme l'histoire de l'agression dans le train.

Ou sa copine enceinte.

Ta mère m'a dit qu'elle t'avait raconté ça.

Par période, ça se calme, mais là, je vois bien,

sa rencontre avec toi la perturbe et elle recommence.

C'est pénible. Je suis désolée.

Je pensais que t'avais compris.

Faut que j'y aille.

Anthar rentre tout à l'heure. On réglera ça ensemble, OK ?

- Antonia ? - Mmh ?

- Fanny a une sœur ?

Est-ce qu'Anthar

a une fille qui s'appelle Justine ?

- Non.

- Tu fais quoi ?

Tu pars ?

Lena, qu'est-ce qui y a ?

Elle t'a dit quoi ma mère ?

- T'es pas allergique à ça ?

- Si.

(En allemand) - Pourquoi t'inventes ces conneries ?

- Je te jure que c'est vrai.

Tu te fous de ma gueule ?

- Non.

Lena, attends, s'te plaît.

Lena !

Tu veux que j'en mange pour te le prouver ?

Tonalités

- Il y a des trains supprimés, mais je peux faire Francfort-Berlin.

-C'est compliqué, ça me plaît pas.

Tu pars dans deux jours, tu peux pas

t'enfuir maintenant, ils vont s'inquiéter.

- Je pars ce soir !

Prends-moi un billet ou je monte sans payer, putain !

-Arrête tes bêtises !

- Tant pis, salut !

Bip de notification

-Lena, s'te plaît, me laisse pas.

Conversation inaudible

- Lena.

Pour être franc avec toi, cette fille me drague.

Mais moi... - Elle te drague, oui.

Comme tu veux, je m'en fous.

Tel père, telle fille !

- Tu me crois pas, tant pis.

T'es pas obligée d'en parler à ma fille.

Elle est sensible et...

- Elle le sait déjà.

- Comment ça ?

- Parce que c'est vrai. Elle l'a dit à ta femme.

Mais t'inquiète pas, Antonia la croit pas.

Sonnerie de téléphone Elle dit qu'elle ment.

Que Fanny ment tout le temps.

C'est pour ça que tu pars ?

Plus jeune, elle a fait

plusieurs épisodes comme ça, de...

mythomanie.

La plupart du temps, c'est des petits mensonges.

Rien de grave.

- Rien de grave ? - Oui !

- On dirait que ça t'amuse.

Si elle fait ça, c'est qu'elle est mal, non ?

Pourquoi elle m'a dit tout ça ? Pourquoi elle ment ?

- Parce qu'elle t'aime.

Peut-être qu'elle a envie de t'impressionner.

Peut-être

qu'elle a envie que tu la trouves intéressante.

Sonnerie de téléphone

Pardon.

Oui, Antonia ?

Je peux pas répondre, je suis avec Lena à la gare.

Qu'est-ce qu'il y a ?

Calme-toi ! Qu'est-ce... Fanny ? Depuis quand ?

- Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qu'il se passe ?

- Viens.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? Anthar ?

-Habibi !

Ouvre la porte, s'il te plaît.

- Fanny ?

- Fanny ! Elle frappe à la porte.

Ouvre !

De l'eau coule.

Chérie ?

Sanglot

Tu m'as fait si peur ! Fais plus des choses comme ça.

C'est pas possible, chérie.

- Je voulais juste être toute seule. -Habibi...

Anthar parle en arabe.

- Tu peux pas faire ça.

-Ça va, je vais bien.

- Tu te rends pas compte.

- Chérie, ça va. Tout va bien.

- Oui. - On les laisse toutes les deux.

- Je vais pas réussir à dormir.

Allez, viens. Habille-toi.

On sort.

- Maintenant ?

- Oui.

Ta sœur, je sais où on peut la trouver.

(En allemand) Siri,

cherche le club Molodoï à Strasbourg.

-Voilà ce que j'ai trouvé.

- Habille-toi.

- Mais...

- On va pas abandonner, si ?

Ouvre la bouche.

Ton téléphone, éteins-le.

Musique rythmée

Acclamations

Musique techno

Musique techno étouffée

- Putain...

- Ouah.

Fanny rit.

Tu le vois ? - Oui.

Trop beau.

- Attends... C'est Justine !

C'est elle, regarde ! Là-bas !

Conversation inaudible

Elle s'en va.

Viens. - Attends, laisse-la partir.

J'ai pas de sœur.

Je crois...

que je suis amoureuse de toi.

- Tu crois ?

- Je suis amoureuse de toi.

Je suis amoureuse de toi.

Je suis amoureuse de toi. Je suis amoureuse de toi.

Musique douce

Musique puissante

Annonces successives

Musique douce

(En allemand) - Que voyez-vous ?

-Nous ne voyons rien

(En allemand) - Qu'entendez-vous ?

-Nous n'entendons rien

(En allemand) - Où allez-vous ?

-Nous n'allons nulle part

(En allemand) - Qui êtes-vous ?

-Nous ne sommes personne

(En allemand) - Que possédez-vous ?

Musique profonde

(En allemand) Que possédez-vous ?

- Alors, nous possédons tout.

"Possession" - KOMPROMAT

Musique douce

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