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[musique douce]
[musique féérique]
[musique douce]
[musique féérique]
[musique douce]
[Julia] Pour certains, la vie est un entrechoquement de hasards.
D'autres, au contraire, pensent que tout est écrit à l'avance.
Qu'est-ce qui forge une destinée ?
Nos actions ? Nos choix ?
Les rencontres que nous faisons dans notre vie ?
Plus j'avance en âge, et moins j'ai de certitudes.
Mais je crois parfois que les grandes décisions sont prises par la vie
elle-même, à notre insu.
Que les tournants de la vie sont dus à des petits hasards,
des accidents imperceptibles
qui la font bifurquer sur une voie plutôt qu'une autre.
Il a suffi d'un petit rien tellement de fois.
J'ai souvent l'impression de porter en moi celles que je n'ai pas été.
[musique douce]
Est-ce qu'elles seraient fières de moi ?
[musique douce]
[Nathan] Des milliers de personnes sont passées, cette nuit.
C'est pas fini, c'est une marée humaine.
- Alors ? - Attends, c'est en l'anglais.
- On doit bien avoir une télé, ici. - Fermez-la et on saura. Alors ?
Il dit...
que des gens escaladent le mur.
Putain, y en a même qui l'attaquent à la masse.
Les mecs, c'est dingue ! Le mur de Berlin
est tombé !
[professeure] On reprend. Nathan, la pause est finie, éteignez.
- Mais le mur de Berlin... - Plus tard. En place.
- [étudiante] Laisse tomber. - On y va ?
- Où ça ? - À Berlin.
Ça vous dirait pas d'aller poser vos fesses sur le mur ?
[professeure] En place, s'il vous plaît.
Mesure 23.
T'es malade !
Et nos parents ? Ton père va te tuer.
- [Julia] Reste, alors. - C'est Nathan ?
- Mais non. - Je me mets sur les rangs, alors.
- Arrête. - J'ai vu son regard sur toi.
Pour l'impressionner, suffit que t'enlèves le haut.
Tu comprends rien. Regarde ma main.
Quoi ?
Ma ligne de fun. Mon dernier truc cool, c'était...
- Jamais. - Voilà.
- [Émilie rit] - Et sur ma ligne d'amour ?
Plein de chats. Zéro mec.
[rires]
Et là, ma ligne de vie.
Madame va vivre très, très, très longtemps.
Qu'est-ce que je vais m'emmerder !
Et tu vois ça, là,
ce tout petit trait, là ? - Hmm.
C'est maintenant.
Ma seule chance de changer mon destin, c'est d'aller à Berlin. Eh oui !
On rêve tous de faire de grandes choses, tu sais.
Mais dans ton cas, y a pas de suspense.
Tu seras une concertiste intersidérale.
Nous autres, pauvres mortels, on sortira de la fac diplômés en psycho.
Arrête avec ça.
Depuis 10 ans, je fais 5 heures de piano par jour.
Je traîne pas le soir, je vais jamais aux fêtes.
T'es ma seule amie.
Là, je suis loin de chez moi et j'ai envie de faire une grosse bêtise.
Fallait pas te sortir de ta cage, hein.
- Allez. Allez ! - OK !
- C'est bon ! - Je vais appeler mes parents.
Les prévenir que tu vas faire le mur, c'est pas génial.
Si j'appelle pas, ils s'inquiètent. Ça ira.
T'as raison, tu sais si bien mentir.
[sonnerie au bout de la ligne]
-[Anna] Allô ? - Maman ?
[Anna] Pourquoi tu m'as pas appelée avant ?
Je me suis fait du souci.
On va vu des images de Berlin. Tout va bien ?
Mais non, c'est loin, Berlin.
Il pourrait m'arriver quoi ici à part me faire renverser par un vélo ?
- T'es sûre que tout va bien ? - Mais oui.
- Tu me le dirais, sinon ? - Oui.
Désolée, je te laisse, on doit aller dîner.
Bien sûr, ma chérie. Je t'embrasse. Bonne soirée.
Toi aussi, fais des bisous à papa.
[rires]
Oh, mais elle a un radar, ta mère !
[paroles mêlées de rires]
[musique intrigante]
[elle chuchote] On peut y aller.
[pas précipités]
[musique intrigante]
[Julia chuchote] Dépêche !
[musique intrigante]
[Julia] Ce soir-là, pour la première fois,
j'avais l'impression de maîtriser ma vie.
Mais je sais aujourd'hui que c'est un hasard qui a décidé pour moi.
Une poignée de secondes qui a tout changé.
[elle chuchote] Y a personne.
- Ton passeport ! - Oh là là ! Donne.
Merci.
[musique douce]
[rire étouffé]
[musique douce]
- [Julia] Merde ! - Qu'est-ce qu'il y a ?
- Je trouve pas mon passeport. - Tu déconnes ?
Tiens. Prends ça.
J'ai dû le laisser là-haut.
- Qu'est-ce qu'on fait ? - On va rater le bus. Pars devant.
- Me laisse pas ! - Je te rejoins.
- OK.
[musique douce]
Que faites-vous là ?
- [Nathan] Elle est pas là, Julia ? - [Émilie] Elle arrive.
[Nathan] Tu viens pas ?
[rires étouffés]
[Julia] Attendez-nous !
[rires et cris joyeux]
[chanson d'amour à la guitare]
♪ If I had never met you ♪
♪ I'd live for the booze ♪
♪ Deep in my blues ♪
♪ If I had never met you ♪
♪ I'd walk around Always looking down ♪
♪ If I had never kissed you ♪
♪ Sometimes I'd cry ♪
♪ Without knowing why ♪
♪ If I had never kissed you ♪
[journaliste] La RDA, débordée, a renoncé à vérifier les papiers de cette foule.
Des Allemands de l'Est, incrédules devant cette liberté
accordée brutalement, hésitent avant de franchir la frontière.
[homme] On part pour de bon. J'ai peur qu'ils referment pour toujours.
[journaliste] Cette famille était une exception.
Merci.
Les Allemands de l'Est veulent se prouver qu'ils peuvent, désormais,
aller à l'Ouest, même pour une simple promenade.
[cris de joie]
[elle coupe le son]
[clameur de la foule]
[propos inintelligibles]
J'ai entendu. Vous parlez allemand ?
- [toutes les deux] Non, françaises ! - D'où ?
- Paris ! - Paris, ouah !
Vous voulez essayer ?
- On peut ? - Vas-y, t'as envie.
- Moi, c'est Markus. - Émilie.
[clameur]
[la foule scande un slogan en allemand]
[elle joue quelques notes]
[clameur]
Merci.
[sonate au piano]
[clameur assourdie]
[piano accompagné de violons]
[clameur]
[piano accompagné de violons]
[la musique continue]
[on se déplace dans la pièce]
[porte du réfrigérateur]
[Pierre] Tu pensais vraiment que ton escapade passerait inaperçue ?
- Qu'on n'en entendrait pas parler ? - Pas comme ça.
- [Anna] Qu'est-ce qui t'a pris ? - [Pierre] T'es inconsciente.
T'as 17 ans. Ça s'appelle une fugue.
Je te reconnais pas. Parle.
Merde, je suis pas droguée ni enceinte.
Je suis dans le journal, réjouissez-vous.
[Pierre] C'est pas le problème !
T'es pas fier de moi ?
- Si, on l'est. - Vous m'engueulez !
- On a eu peur. - Et tu nous as menti !
C'est ça qui t'emmerde ? Que j'aie pris l'initiative ?
Baisse d'un ton !
Ça suffit !
Ma seule liberté, c'est de devenir
la grande pianiste que t'as élevée dans les copeaux.
J'en ai marre de jamais être à la hauteur !
Ça te suffit pas, ça ? Ben merde !
[Julia tressaille]
Sale con !
[Anna] Julia !
[porte]
[morceau de rock]
[en allemand] [femme] Joyeux anniversaire !
[en allemand] Merci.
[en allemand] Pour moi ?
Merci !
À Julia !
Qui devait rester 3 jours,
et qui est restée 3 ans.
Et qui vient d'avoir sa carte de Résidente Permanente d'Allemagne !
Ich bin ein Berliner.
[tous] À Julia !
À toi.
J'ai un cadeau pour toi.
[Markus] Je l'ai trouvée en triant des papiers.
[en allemand] Merci, Markus !
[en allemand] Julia, il y a quelqu'un pour toi.
[en français] Maman ?
[elle tressaille]
Bon anniversaire, ma chérie !
Fallait me dire, je serais venue te chercher.
Je me suis décidée à la dernière minute.
J'ai bien fait de venir ?
Bah oui.
C'est génial ! Je suis hyper contente.
Moi aussi, je suis hyper contente !
Ça te va bien, hein.
J'aime. Je suis moins fan du petit...
Ça, là ?
Alors, c'est lequel ? Non, attends, me dis pas.
- C'est lui, là ? - Mais non.
Non ?
Ça, c'est Markus. C'est un ami.
Pas à la façon dont il te regarde, en tout cas.
[slow]
Quoi ?
Je me sens tellement conne.
Depuis 3 ans, j'essaie de me convaincre. "C'est une passade, elle va rentrer."
Mais dès que j'ai franchi la porte, j'ai su.
Ta vie, c'est ici, maintenant.
[Julia bredouille]
Arrête !
Tu me manques tellement !
Oh, je suis fière de toi, tu sais ?
Je suis fière, ma chérie. [baiser]
[Julia] J'ai tellement attendu ce moment.
Je veux t'emmener partout à Berlin.
Je suis juste là pour le week-end.
Une semaine, pas moins.
Ton père saura pas se passer de moi si longtemps.
Faudra bien, hein.
Il m'a dit de t'embrasser.
Te fatigue pas, maman.
Merci d'être venue.
[on chante "Joyeux anniversaire" en allemand]
[acclamations]
[rires discrets]
C'est pour toi.
Mais maman, c'est...
Ta grand-mère m'avait offert son émeraude pour mes 20 ans.
À mon tour de te la transmettre.
Bon anniversaire.
À tes 20 ans, ma chérie.
- Et au concours Clara Schumann. - Non, ça va lui porter malheur.
T'es superstitieuse ?
Juste prudente. Le concours est suffisamment dur.
- Mettons les chances de son côté. - C'est une question de travail.
[on sonne]
Ah, c'est Émilie.
- Vas-y ma chérie, vas-y. - Oui.
Rentre pas trop tard.
Je suis pénible, mais le concours est dans 8 jours.
Pas ce soir, s'il te plaît.
[Anna] Amuse-toi bien.
- Merci. - [elle rit]
[musique rock]
[rires]
Damien ?
Ça là, tu peux en mettre deux ?
Non, non ! Je vais y aller.
- Je répète, demain. - Non, allez.
T'as 20 ans, ce soir. Allez !
Oh, tu fais chier !
C'est pas bon !
Allez !
[musique rock]
Maman !
[mélodie au piano]
[Julia martèle le piano]
Merde ! [elle crie]
[gémissement]
[musique douce]
Oh !
Pardon.
[musique douce]
[un livre tombe]
Hop, bougez pas.
Et voilà.
- Merci. - De rien.
Eh ben...
Italie, Australie, Japon.
Tu prépares un tour du monde ?
Ou alors, t'es en cavale, tu sais pas où aller ?
Le Mexique.
- Pourquoi ? - Pas d'extradition vers la France,
plus le soleil, les plages, les mariachis, si on aime ça.
T'as fait quoi, si c'est pas indiscret ?
- [elle chuchote] J'ai braqué une banque. - Ah !
J'ai toujours eu envie, j'ai jamais sauté le pas.
C'était comment ?
C'était OK.
Pardon, mais t'as vraiment pas la tête d'une braqueuse.
Exactement. À la banque non plus, ils m'ont pas vu venir.
Ah !
Paul.
Julia.
[libraire] C'est à qui ? Monsieur, bonjour.
[Paul] Bonjour.
[libraire] Alors, ça fera 17,50 francs.
[libraire 2] Bonjour.
[musique douce]
Pardon. Je suis désolée.
- Non, ça va. - C'est bon ?
Bonjour.
[musique douce]
- Merci. Au revoir. - Bonne journée, au revoir.
Bonjour.
[musique douce]
[grondement de tonnerre]
[Julia] T'as le temps pour un verre ?
Ou on va s'abriter, mais ensemble.
- [Paul] Ouais, ouais ! - Ouais ?
[rires]
[musique douce]
[Julia pousse un petit cri]
Alors, tous ces guides, c'est pour quoi ?
Me vider la tête.
J'ai un concours de musique dans une semaine.
Tu te sens pas prête ?
Je vais me planter.
- Pourquoi tu dis ça ? - Je déteste les concours.
Pourquoi tu le fais, alors ?
Ce milieu est très compétitif.
Ces concours, c'est un bon moyen d'émerger.
Mais comme il faut plaire à tout le jury pour gagner...
faut être rassembleur, pas trop s'affirmer.
Briller poliment.
Pas trop d'émotions. C'est une performance technique.
C'est pas vraiment de la musique, et c'est pas... Oh, pardon.
Non, mais si. Dis, dis.
Ben...
ce qui te permet de faire une carrière,
c'est de pouvoir bien jouer même les jours sans.
Moi, ces jours-là, la technique suffit pas à me sauver.
Je dois savoir pourquoi je joue. Ou pour qui.
Tu leur dis merde. Mais tu joues pour toi !
Si tu rates, aucun regret.
Si tu l'as, c'est que tu les as emportés par ta passion.
Par ma passion ?
Je sais, je t'ai jamais entendue.
Mais ton regard est passionné.
Je suis sûr que tu vas devenir une immense...
Tromboniste.
Une immense tromboniste.
Non !
- Quoi ? - [elle rit]
- Pardon, je joue du piano. - Ah, du piano ?
Maintenant, fais voir le tien.
Processus stochastiques et mouvement brownien.
Tu lis ça pour le plaisir ?
Non, 2e année de thèse.
Comment je peux t'expliquer ça sans mots qui te feraient fuir ?
Il pleut des cordes, le public est captif, lance-toi.
Disons que j'essaye de prouver
que le hasard obéit à des lois mathématiques.
Exemple ?
Tu vois le type au bout du bar ?
Ben, à un moment,
il va se lever et rentrer chez lui.
Et vu son état...
y a autant de chances
qu'il aille un petit peu vers l'avant,
un peu vers l'arrière, à droite, ou à gauche.
On est d'accord ?
Question : à supposer qu'il arrive jusqu'à chez lui, comment savoir
quelle distance il va réellement parcourir ?
Voilà.
- Merci. - Merci.
Et ça mérite une thèse ?
En théorie, ça pourrait permettre de prévoir des épidémies,
des accidents industriels, notamment en matière nucléaire.
- Tout ça à partir d'un mec bourré. - Ouais.
Et tu penses qu'on peut tout réduire dans la vie à une série de 1 et de 0 ?
Peut-être ou... Non, peut-être pas.
C'est le charme des rencontres.
[ils tressaillent]
- C'est chaud. - C'est tellement chaud !
C'est quoi, la mission ?
- Trouver la robe pour le concours. - L'enjeu ?
- Énorme. - Budget ?
Minuscule.
- Oh... - Regarde.
Non. "Si la robe est voyante, on ne voit que la robe.
"Si la robe est parfaite, on ne voit que la femme." Chanel.
- Ouais... - Ben oui.
Alors...
Hé.
Alors ?
Parfaite.
[musique douce au piano]
[une porte s'ouvre]
[applaudissements]
[la porte claque]
[musique douce au piano]
[elle vomit]
[musique douce au piano]
- T'es pas dans la salle ? - Je te donne un baiser d'encouragement.
Je viens de vomir.
N'oublie pas, t'es une immense tromboniste.
Allez, je t'aime.
Va-t'en.
[musique douce au piano]
[homme] On vous attend, mademoiselle.
[musique douce au piano]
[applaudissements]
Bravo !
[musique exaltée]
[musique dramatique]
[air mélancolique]
Qu'est-ce que tu fais ?
Je te regarde.
Un banquier m'a appelé.
- T'es à découvert ? - Non.
Non, il s'intéresse à ma thèse.
Toi ? Mais t'es physicien. Il te veut quoi ?
La fluctuation de la bourse s'apparente à un mouvement brownien.
La physique statistique peut analyser les marchés financiers,
prédire l'évolution de certaines valeurs
et éviter les cracks.
T'en penses quoi ?
Que c'est un défi intéressant.
Ça pourrait bien payer.
Et la recherche fondamentale ?
Je veux que tu puisses te consacrer au piano.
J'aurai le temps de revenir à autre chose quand tu seras...
une pianiste célèbre dans le monde entier.
Non, fais pas ça pour moi.
[musique douce]
- Et tu crois pas que... - Quoi ?
Quoi ?
Ben, que ça va un peu vite ?
[air de piano virevoltant]
[conversations mêlées]
Je suis trop contente !
Bravo !
- Tu fais un discours ? - Non !
- [air de piano virevoltant] - [conversations mêlées]
J'ose pas.
[exclamations et rires]
Ça s'ouvre vraiment ? Non, ça tient pas.
Mais qui nous inflige ça ?
[Julia] Et pourquoi on les met, surtout ?
On est mieux.
[air de piano virevoltant]
[musique mélancolique]
[Anna] J'aime pas te voir comme ça.
On se voit jamais.
[Julia] J'ai pas le temps pour un sermon.
- Faut que j'y aille. - Reste, ça fait 15 jours.
Finis ton verre, au moins.
[Anna] Je veux juste que tu sois heureuse.
C'est ma priorité, et t'es pas heureuse.
[Julia] C'est pas de ta faute.
Je suis ta mère, évidemment que si.
Certains tueraient pour avoir ton talent, Julia.
Alors, quoi que tu fasses, je te jugerai pas.
Mais arrête de te punir. Arrête.
Tu vaux mieux que de faire le larbin pour cette femme.
[musique mélancolique]
Ah, ma chérie, tu me sauves la vie.
Va leur parler, ils font n'importe quoi avec la lumière. Et ce tabouret grince,
c'est insupportable.
Et Victor m'a promis qu'il passerait. Tu me l'envoies dès qu'il arrive ?
[sonate]
[Victor] Je vous ai fait peur.
C'est rien, je vous ai pas entendu entrer.
- Je suis Victor Massenet. - L'agent de Maria, je sais.
On s'est eu au téléphone. Je suis Julia, son assistante.
Ah ! C'est vous Julia. Mes compliments.
Vous êtes la première à tenir plus d'un an.
Maria est du genre...
carnivore.
Je comprends pourquoi elle vous gardait dans l'ombre.
Pardonnez ma curiosité.
Comment elle vous a mis le grappin dessus ?
Je me suis plantée au concours Schumann.
Vous étiez dans le jury.
Ah ! Je me souviens de vous.
Il lui fallait une assistante qui lise la musique.
Quel gâchis.
Vous avez un phrasé magnifique.
Mais vous subissez trop vos émotions. Utilisez-les.
Apprenez à ne pas vous laisser déborder.
- Je l'avertis de votre arrivée. - Attendez.
Si ça ne vous ennuie pas, j'aimerais en entendre un peu plus.
- Vous voulez bien ? - Elle vous attend.
Maria se fait toujours attendre.
Je peux bien la faire poireauter 5 minutes.
Hmm ?
["Prélude Op. 32 No. 12" de Sergueï Rachmaninov]
Ça va pas être trop dur ?
Avec la tournée, tu vas pas la voir de l'année.
J'ai toujours su pour quoi je signais.
Tant qu'elle me revient, je suis heureux.
Oh ! Il est magnifique !
Je suis content qu'il te plaise.
- Cadeau de crémaillère. - Non !
Oh non, t'es fou !
Tu préfères un grille-pain ou une coupe à fruits ?
Oh, merci papa ! Merci.
Je voudrais trinquer à la tournée internationale.
[Julia et Paul] Européenne !
Chut ! De la grande Julia Sorel.
[Julia] C'est le 8e toast ce soir, papa.
Tu comptes mal. C'est ta première tournée.
[Paul] Allez, à Julia !
[rires]
Alors, Paul ?
Oui ?
[Pierre] L'affaire que t'as montée...
- Ton... - [Paul] Programme d'anticipation
des flux financiers.
Ouais.
Aujourd'hui, la bourse, c'est plus des gens qui achètent, qui vendent.
C'est une intelligence artificielle qui analyse la fluctuation,
et qui décide instantanément s'il faut acheter ou vendre.
Ça sert à enrichir les gens déjà riches.
C'est un peu plus compliqué.
Et toi, tu palpes.
[Julia rit]
Depuis 5 ans,
des banquiers me consultent. Je suis un scientifique.
Si on me pose un problème, je le résous. Et j'essaie d'avoir
une influence positive, je dis :
"Parlez-moi de résilience,
"développez des produits financiers moins volatils."
Eh oui ! Et j'ai développé ma boîte, et des gens m'ont confié leur argent.
Tu palpes !
- Arrête, Pierre. - C'est pas ça qui m'intéresse.
Oh ! C'est quoi, alors ?
La quête de la prédiction.
[rire discret]
On a trinqué à la tournée de Julia ?
- Oh ! - Mais non !
[Julia] Allez.
[Paul] À Julia.
[pas sur les pavés]
Un tel engin, c'est pas paradoxal pour un spécialiste du risque ?
Je suis sérieux. T'as deux gestions du risque :
le cuir et le casque, c'est une gestion du risque passive.
En scoot, y en a aussi une dynamique.
- Faut pas juste conduire. - [Julia] Paul !
T'analyses le revêtement... Face. T'anticipes la trajectoire
des autres véhicules...
Et ?
Baisse ta culotte, je pilote.
Mais c'est ta fille qui conduit, alors voilà.
Bonsoir, Pierre. Merci.
Au revoir, papa.
[musique douce]
[Julia] Allez.
Grimpe.
[Julia rit]
Bisous, papa.
[le scooter s'éloigne]
[Julia rit]
Non, mais, attention.
- C'est droit. - C'est l'expérience...
- [Paul] Fais attention. - Je la prends bien. C'est bien, là.
Attention, attention.
Regarde, je vais tout doucement.
Et moins doucement.
- [elle accélère] - Je ferme les yeux.
Attention, attention.
[Julia] T'as peur quand je ralentis.
- T'es bourré à l'envers ? - [Paul] Embrasse-moi.
- Regarde-moi. - C'est des baisers d'oiseaux.
- Il faut pas conduire, mais piloter. - [Julia] Paul !
T'analyses le revêtement... Face.
T'anticipes la trajectoire des autres véhicules... Et ?
- C'est toi. - C'est moi.
Bonne soirée, Pierre.
Merci.
Au revoir, papa.
[musique douce]
[le moteur démarre]
[Paul] Allez ! Et bonne soirée.
[musique douce]
[klaxon et freinage]
Connard !
T'accélères un peu ?
- J'arrête pas, là. - Montre-moi comment t'accélères.
- [Julia rit] - Tu vas voir.
[klaxon]
- Ça va ? - Oui.
- [freinage] - [choc violent]
[musique douce]
[respiration haletante]
[gémissements]
[respiration difficile]
[bip]
[médecin] L'opération s'est bien passée, Mme Sorel.
Vous devriez récupérer 70 à 80 % de mobilité dans la main droite.
[bip]
Ma femme est pianiste.
[musique dramatique]
Y avait autre chose ?
[médecin] Vous étiez enceinte.
De 6 semaines.
Je suis désolé.
[musique douce]
Tu es sûre que c'est un retard ?
Moi, ça m'arrive tout le temps.
Tu te stresses pour rien. Tu...
Tu vois, je te l'avais dit.
[Julia rit]
Merde !
- Et ta tournée ? - Quoi, ma tournée ?
Tu vas faire comment ?
Comment ça ? Je suis enceinte !
Je suis pas handicapée, je peux m'asseoir au piano.
Attends, non !
- Ah ! - Ah non ça va, hein !
[elles rient]
Je suis enceinte ! Je suis enceinte.
[elle renifle]
[elle renifle]
[elle détache le velcro]
[elle tressaille]
[elle hurle]
[cri plaintif]
[elle sanglote]
[elle reprend son souffle]
[une porte claque]
- [Paul] Julia ? - [pas sur le parquet]
[Paul se précipite] Julia !
Qu'est-ce que t'as ?
- Oui, j'ai une contraction. - Viens, viens.
Ah ! C'est bon, c'est bon.
Hmm... ça passe.
- Tu veux que j'appelle le SAMU ? - Non.
- Tu dois pas te lever. - [elle soupire]
Alitée, tu sais ce que ça veut dire? T'as pas le droit de t'asseoir.
- Mais la tournée ? - Y en aura d'autres.
Pas comme ça.
J'aurai pas deux fois une opportunité comme ça.
Celle-ci pourrait être la seule pour nous aussi.
Tu sais ce qu'on risque ?
Si tu suis pas les ordres de la gynéco, on va le perdre.
6 mois sans pouvoir toucher un piano.
Tu sais ce que ça veut dire ?
Tu vas rattraper le temps perdu. Fais-toi confiance.
Et toi, tu vas avoir la plus extraordinaire des mamans.
Alors, reste bien accroché.
[musique douce au piano]
[on frappe]
Bonjour, mes amours. T'as vu ?
- Oui. - Il dort, attention.
Alors, cette nuit ? T'as pu dormir ?
J'ai hâte d'être à la maison.
- Regarde. - Regarde, ma chérie.
Je te présente ton petit frère.
Viens.
[musique douce au piano]
[médecin] J'ai les résultats de votre prise de sang.
Je suis désolée.
Mme Sorel, c'est déjà votre quatrième FIV.
Je préfère être honnête avec vous.
[musique douce au piano]
[Paul démarre le véhicule]
[musique douce au piano]
Ça va, mon amour ?
Ça va ? Allez !
C'est parti.
[musique douce au piano]
[brouhaha]
- Ça va ? - Oui.
J'aime bien ta nouvelle coiffure.
J'avais besoin d'un changement.
- Ça te va bien. - Merci.
Comment ça se passe à Londres ?
C'est pluvieux.
Mais je m'acclimate, je travaille.
T'as rencontré quelqu'un ?
Rien de sérieux.
J'ai pas le temps, la boîte est en expansion.
Sur deux continents, maintenant.
- Bravo. - Hmm.
Et toi ?
Tu travailles toujours dans ton lycée ? - Hmm.
Ça a l'air de t'étonner.
Je comprends pas.
Tu pouvais prétendre à un poste plus prestigieux.
Au moins dans un conservatoire.
Et enseigner le piano à des petits génies
qui me rappelleraient que j'ai raté ma carrière ?
Prends pas cet air dénigrant.
Excuse-moi.
Si ton métier te plaît, moi, je suis heureux.
Tu pouvais renvoyer les papiers du divorce.
Ç'aurait été aussi dur.
[chorale]
[Julia] Avancez !
[tous reprennent]
Allez, levez la tête ! Stop ! Stop !
On est dans la merde !
Vous comprenez pas ce que vous chantez ? Ça avance pas !
Aucune nuance. Et puis serrez les doubles, c'est mou.
Deux jours.
Et vous serez sur scène devant vos familles, tout le lycée.
Vous n'êtes pas du tout prêts.
Chanter, c'est accepter d'être ému,
transporté. Je peux vous apprendre
la musique, mais c'est à vous de décider d'y prendre du plaisir.
Laissez-vous aller, vous surprendrez les gens.
Et tous ceux qui ricanent, vous leur prouverez qu'ils ont tort.
On reprend. Debout.
Vous êtes plus beaux debout.
[introduction au piano]
[chorale]
[le chant s'amenuise]
Ma chérie, va jouer dans ta chambre, je dois me concentrer.
Dans ta chambre, maintenant.
Et réveille pas ton frère, j'ai eu du mal à l'endormir.
Camille.
[coup]
[le bébé se met à pleurer]
C'est bien.
C'est propre.
Y a encore du doigté, de la finesse et de la précision.
Vous avez eu un début brillant.
CNSM, concours Clara Schumann.
Qu'est-ce qu'il vous est arrivé ?
J'ai été alitée durant mes grossesses. J'ai envie...
Rubinstein disait : "Si je ne joue pas un jour, je le sens.
"Deux jours, les critiques le sentent.
"Trois jours, le public le sent."
Vous ne rattraperez jamais les années perdues.
Je me souviens de vous au concours Clara Schumann.
Vous aviez une belle carrière devant vous.
C'est dommage.
Ils ont quel âge, vos enfants ?
Euh... 20 mois et 5 ans.
Bel âge. Profitez-en.
- Bonjour, mademoiselle. - Bonjour.
Allez-y, j'arrive.
- [Julia] Au revoir. - Au revoir.
[on parle dans l'autre pièce]
[quelqu'un approche]
[Émilie] Ah non,
va rejoindre tes invités.
Tu vas pas t'apporter ton gâteau d'anniversaire toi-même.
[les invités rient]
Pardon. On n'attend pas Paul,
je dois libérer la baby-sitter pas trop tard.
Hop !
Allez, go ! On y va.
[conversation indistincte]
[tous] Ah !
[tous] ♪ Joyeux anniversaire ♪
♪ Joyeux anniversaire ♪
[une porte claque]
[Paul] Pardon, pardon, pardon, pardon.
Ma chérie, je les ai croisés, je suis désolé.
Mais je me rattraperai, je te promets.
Bon.
J'ai eu une journée, moi !
- T'as reçu mes fleurs ? - Oui.
Et ton rendez-vous ?
Aïe.
Y avait une fille juste après moi, elle avait quoi ?
- 20 ans. - Hmm.
Je me suis sentie tellement conne.
Je suis désolé.
Je sais à quel point ça comptait pour toi.
Mais bon.
C'est toujours ton anniversaire, hein.
La journée peut encore s'améliorer.
Hmm ?
Tu penses t'en sortir en m'offrant 3 minutes de passion torride ?
J'avais en tête un chiffre un petit peu plus optimiste,
et j'ai des arguments.
- Peut-être. - Peut-être ? Peut-être oui ?
Si j'avais pas passé une journée merdique,
fait les courses, la bouffe, rangé la maison.
Si j'avais pas dû faire manger les enfants, les laver, les coucher.
Si j'avais pas dû
commander moi-même mon gâteau d'anniversaire
et allumer les foutues bougies.
Si mon mec s'était pas pointé à 23h47
justement, aujourd'hui, j'aurais peut-être eu envie de baiser.
Je suis désolé.
À ton avis, pourquoi je fais ça ?
Pour toi, pour les enfants.
- Je dois te remercier ? - Non.
Mais comprends que j'avais pas le choix.
Je devrais me sentir mieux ?
Non.
C'est pas mon rôle, ça.
Moi je suis là, je paie les factures.
Pour t'aider à te sentir mieux, t'as M. Rose le matin, M. Bleu le soir.
- Excuse-moi. - Ta vie est si terrible que ça ?
Tu devrais un petit peu moins t'apitoyer sur ton sort.
Et arrête ça, c'est pas des bonbons.
Alors, je suis désolé.
Je suis un gros con, je suis crevé, et t'as trop bu, alors on arrête là.
T'as raison, je te laisse la vaisselle.
Bonne...
[Julia s'éloigne]
[Émilie] Taxi !
Tu m'as manqué.
C'était bien, New York ?
Les gens du MET étaient ravis.
Pour la saison prochaine,
ils me proposent les 5 concertos de Beethoven, avec le philharmonique.
T'as pas l'air content.
Si, si, mais...
On s'était dit qu'en 2008, tu ferais moins de dates.
Et qu'on dégagerait du temps pour faire un enfant.
C'est qu'une proposition. D'accord ?
Oui, oui, je sais.
Rien n'est décidé.
Fais pas cette tête.
Oui, oui, oui, oui...
- J'ai l'impression... - Chut.
Je suis en jetlag, j'ai le Mozart demain.
Ton amie Émilie vient, elle m'a demandé une place.
D'accord.
Maintenant, on peut juste profiter du plaisir de se retrouver ?
Alors quand ?
Je vais avoir 55 ans. Je serai mort avant qu'il ait le bac.
Je veux un enfant avant d'être trop vieux.
[Julia] Fallait en faire avec une autre.
[Victor] J'en veux avec toi.
[Julia] Je ne refuserai pas cette offre du MET.
Le MET, Victor !
Je suis même pas sûre de vouloir un enfant.
C'est ça que tu penses ?
Tu fais chier ! Tu remets ça sur le tapis dans les pires moments !
Marini va encore m'appeler la Reine blanche !
- Donc tu veux pas d'enfant ? - Non. Pas maintenant, en tout cas.
Et si t'y tiens, va le faire avec une autre !
Marini a raison avec la Reine blanche. Tu es froide.
Virtuose mais froide. Je sais pourquoi : t'as rien à donner.
Tu ne resteras qu'une bonne pianiste. Tu seras ni Gould ni Horowitz.
[applaudissements]
À 5 ans, elle devrait plus mouiller son lit.
Selon la psy, elle serait jalouse de son frère.
- Ça passera. - C'est des conneries,
pour t'inciter à faire des gosses.
Ou pour pas que tu les vendes
parce que t'en peux plus.
Je vois pas arriver la phase "c'est cool pour moi."
Là, ils sont chiants. Ados, ils seront pires.
Ils partiront, je serai triste.
Après, je serai vieille, et je vais mourir.
Je peux avoir ta vie, un peu ?
Juste une semaine.
Une heure.
Tu me prêtes ta vie une heure ?
Toi, tu voyages tout le temps,
tu vas dans les meilleurs restos, les plus beaux hôtels, tu fais des spas.
- Tu te fais des spas ! - C'est pas toujours glamour.
On n'a plus les mêmes standards de glamour.
Toi, tu fais pipi en fermant la porte.
Non, vraiment, t'as pas idée.
Ce matin, j'ai recueilli du vomi dans mes mains.
Mais j'ai mal calculé, et j'en ai pris dans la gueule.
Elle a dû me filer sa gastro.
Mais rigole, marre-toi avec ton périnée de nullipare.
C'est ça, mon quotidien.
Ça fait 5 ans que je dors pas. Dès que je suis seule, c'est :
"Maman, il est où mon pull ?" "Il a mis des brocolis dans mon slip."
Ils racontent de ces trucs !
C'est les seules surprises de ma vie. Sinon, c'est la routine.
Baise à heure fixe, trois positions dans le même ordre.
Deux minutes, c'est plié.
Pas le temps de fantasmer.
T'en veux un autre ?
Non, j'ai mes beaux-parents ce week-end, je dois être en forme.
J'ai plus 20 ans. Les cuites, je les paie cher.
Louis et Eva se fichent que maman ait la gueule de bois.
Hmm.
Non. Je vais rentrer, je crois.
On se partage un taxi ?
J'en prends un autre. Je suis à l'heure de New York.
Bah oui.
Ça m'a fait super plaisir.
On devrait faire ça plus souvent, d'accord ?
Et au nouvel an ? On fait un dîner à la maison.
Je suis à Milan.
D'accord.
- À bientôt. - Oui.
[musique mélancolique]
- [serveur] Merci. - [Paul] Bonne soirée.
Le même.
[musique mélancolique]
Merci.
[Pierre] On s'était dit qu'en 2008, tu ferais moins de dates.
Et qu'on dégagerait du temps pour faire un enfant.
T'en veux pas ?
[Julia] Non. Pas maintenant, en tout cas.
Et si t'y tiens, va le faire avec une autre.
[Pierre] Tu es froide. Virtuose, mais froide.
T'as rien à donner.
[musique mélancolique]
[vibreur]
Oui, maman.
Papa ? Qu'y a-t-il ?
C'est ta mère. On vient d'avoir les résultats de son IRM.
Elle a une tumeur au poumon.
- [Julia tressaille] - [Pierre] Rappelle-moi tout de suite.
[elle sanglote]
[musique mélancolique]
- Mme Sorel, vous allez bien ? - Mon mari est là ?
Non, il avait un déjeuner, il va pas tarder.
- Vous voulez un café ? - Non, merci.
[sanglot étouffé]
[Paul] Oui ?
- [elle ravale ses larmes] - Paul.
Maman a un cancer.
Je dois te voir, j'ai besoin de toi.
Ma chérie, je suis vraiment désolé.
Dis-moi où te rejoindre, je pars du bureau.
Mais...
Mais je suis à ton bureau.
[musique mélancolique]
[le portable vibre]
Allô, Julia ?
[Julia sanglote]
Parle. Ça va ?
Non, ça va pas.
[sanglot] T'es chez toi ? Je peux venir ?
J'ai eu Julia, c'est la merde. Je dois filer.
Paul est avec toi ?
[elle suffoque]
[musique triste]
Maman, t'es là ?
[une porte claque]
[Camille ouvre son sac]
Maman ?
Le proviseur a fini par céder ?
[Julia] Oui. Je me suis battue
- mais il a eu du mal à refuser. - Merci.
Vu le résultat de mes élèves au bac.
Leur voyage est sanctuarisé pour 3 ans.
L'an prochain, Beirut. Dans 2 ans, Salzbourg.
- Et cette année ? - Venise.
À Venise ?
On y est allés avec ton père, un an avant ta naissance.
Tout le monde devrait y aller. Raconte encore,
ça me fait du bien.
Ils chanteront dans la Basilique Saint-Marc. Je suis trop contente.
- T'as réussi ça ? - [on frappe]
- Ah, docteur. - [médecin] Comme je vous disais,
vous supportez le traitement, mais j'attends le scanner.
Si la tumeur stagne
ou diminue, on continue comme ça.
Sinon, on envisage un nouveau protocole.
Je suis pas certaine d'avoir le choix, mais...
d'accord.
Ma mère vous trouve très attentionné.
- Merci. - C'est normal. À demain.
[Anna] Ma fille vous a enfin invité à prendre un café ?
Ça va pas ?
Il te plaît, non ?
Je veux qu'il me chouchoute.
[médecin] D'accord...
[Julia] Allez, moi, j'y vais.
Au revoir, ma chérie. Tes élèves ont de la chance de t'avoir.
Reposez-vous bien.
Je passe demain matin.
[Anna rit]
[Julia] Je suis désolée.
Vous êtes prof ?
[Julia] De musique au lycée Decour.
- Ma fille est là-bas. - Son nom ?
- Madeleine Loisel. - Ah, j'aime beaucoup Madeleine.
Attendez. C'est vous, Mme Feynman ?
Oui.
Avec la chorale, j'entends parler de vous du matin au soir.
- Ah bon ? - Oui.
J'écoute Va, pensiero de Verdi en boucle depuis 3 mois par votre faute.
Habituez-vous, on va le travailler toute l'année.
Moi qui voulais vous offrir un café.
[Julia] Vous m'en voulez ?
- Oui, un peu, du coup. - Qu'est-ce que je peux faire ?
Vous avez déjà traité une diverticulite ?
- Non. - Alors, je vois pas.
Vous le prenez comment, votre café ?
Je peux pas voir mes enfants ?
Je veux voir mes enfants.
[médecin] C'est trop tôt, Julia.
Votre fille a été choquée par votre geste, il lui faut du temps.
C'était un accident,
combien de fois je dois vous le dire ?
Il raconte n'importe quoi pour avoir la garde.
[médecin] Votre ex-mari veut seulement les protéger.
C'est un salaud.
[sanglot]
Il en a rien à faire des enfants.
Il veut la garde pour pas avoir à payer de pension.
S'il vous plaît.
Le laissez pas me voler mes enfants.
Vous n'êtes pas en état de vous occuper d'eux. Soignez-vous.
Avec le juge, on a décidé que leur père aurait la garde.
De quel droit vous me privez d'eux ? C'est mes enfants !
[médecin] Quand vous irez mieux, vous pourrez les voir.
Sous supervision, dans un premier temps.
Quand ?
Bientôt. Soyez patiente.
Ça va aller mieux.
Courage.
Comment vous avez amadoué ma fille en 2 mois ?
En 15 ans, j'ai jamais réussi.
Vous êtes cancérologue et vous fumez ?
Ouais.
Ça paraît fou
mais selon une étude américaine, cigarette et cancer sont peu liés.
- Vous m'avez cru, c'est fou. - Ah non.
- Ah si. - Ah non.
- Je l'ai vu dans votre œil. - Pas du tout.
- Vous alliez être tentée. - N'importe quoi.
Cette chorale, ça fait longtemps ?
6 ans.
J'en bave parfois. Heureusement, j'ai des élèves comme votre fille.
C'est pas pour harceler les pères, ça vous plaît vraiment ?
Ah oui, ça me plait.
Vous aussi, ça vous plaît, ce que vous faites ?
Ouais.
Ça m'aide un peu aussi.
Moi aussi, ça m'aide.
Mais votre café est dégueulasse.
Parce que c'est du potage à la tomate.
Grandeur et décadence de l'hôpital public. Je vous offre un vrai verre ?
J'ai cru un moment qu'on était très heureux.
On avait une fille magnifique, on s'engueulait jamais, et un jour...
comme ça, elle est partie.
Je crois qu'elle se sentait piégée, j'ai jamais très bien compris.
Bref, ça a été dur.
J'ai...
J'ai bien morflé.
Avec Madeleine, on a encore des épisodes un peu compliqués
à cause de ça, mais c'est devenu rare.
Et vous ?
4 FIV d'affilée, ça nous a détruits.
J'ai vu tellement de médecins, d'infirmières, de machines...
Le plus douloureux, ça a été de devoir me résigner.
D'ailleurs,
je me suis jamais résignée. Les gosses de la chorale,
c'est ceux que j'aurai jamais.
Enfin, ça remonte loin. Pourquoi je vous raconte ça ?
On va en reprendre un autre.
[Gabriel] S'il vous plaît.
Ça alors. Le guitariste, on était au lycée ensemble.
J'aurais tout fait pour qu'il me remarque.
Vous devriez aller le saluer.
J'ai oublié son prénom.
- Ah bon ? - Oui !
[serveuse] Vous désirez ?
- [Julia] La même chose. - Merci.
[Julia] Je t'aime, maman.
Pardon d'être si loin depuis si longtemps.
[Anna gémit]
[gémissement]
Repose-toi.
Excusez-moi. Le Dr Trauner est encore là ?
Il est parti.
- D'accord. - Essayez Chez Éliette.
- À droite, en sortant de l'hôpital. - Merci.
Excusez-moi,
vous savez si le Dr Trauner est là ?
Non, désolée.
Julia ?
Nathan, Nathan Giraud.
Oui, mais bien sûr.
Comment tu vas ?
Ben écoute, bien.
Je t'offre un verre ?
Pourquoi pas.
Avec plaisir.
- Tu joues toujours de la guitare ? - Mouais, on joue ici les vendredis.
En vrai, je suis sage-femme à côté.
C'est rare pour un mec. Maintenant, on dit pas...
- [Nathan] Maïeuticien. - Oui.
Ouais, c'est barbare.
Non, je porte un pyjama rose et je suis sage-femme.
J'accompagne l'irrésistible désir de naissance.
On est 3 sages-femmes, dans le groupe.
C'est le concept ?
Ça aurait pu. Mais le batteur est cardiologue.
Ah.
Je pensais pas que tu te souviendrais de mon nom.
J'avoue, c'est de la triche.
Je viens de voir ton portrait dans Libé. Mais toi, tu m'avais pas remis,
- mais alors pas du tout. - Tu rigoles ? Attends...
[elle fredonne la chanson de Nathan]
- C'est pas vrai, tu te souviens ? - Tu vois.
Je l'ai pas jouée depuis... Je sais pas.
Je me souviens de ta chanson, tu l'avais écrite...
à votre retour de Berlin, pour Cassandra Druillier.
Grosse vache.
Berlin, c'est loin.
Hmm. J'étais vert que tu sois pas venue avec nous.
Tu m'ignorais.
C'est pas vrai.
Mais t'étais si sérieuse que j'ai pas osé
faire le premier pas.
Ah...
Alors, t'es mariée ?
T'as des enfants ?
Jamais trouvé le temps.
Et toi ?
Jamais trouvé la bonne.
[Nathan chante]
♪ Whatever falls on me Falls right to the ground ♪
♪ No more weight to carry ♪
♪ Feels light as a sound ♪
♪ I will not march again ♪
♪ Where I've taken a rest ♪
♪ We'll never ask where it ends I know there's nothing else ♪
♪ Here above there's ♪
♪ Nothing else ♪
♪ Here above ♪
♪ There's nothing else ♪
♪ Don't listen to the monsters ♪
♪ Anymore ♪
♪ Cause I know them well ♪
♪ They said it all ♪
♪ My lips have grown ♪
♪ I shout my way to the west ♪
♪ Only the mad men moan I know there's nothing else ♪
♪ Here above there's ♪
♪ Nothing else ♪
[la chanson continue]
[Julia rit]
[radio en allemand]
[sonnerie de portable]
[en allemand] Mein Vater.
Allô ?
[Pierre] Bonjour, Julia.
Bonjour.
Je te dérange, peut-être ?
Non, non. Pas du tout.
Ça me fait bizarre d'entendre ta voix.
Oui.
Ça fait un moment.
25 ans.
Julia, je sais que ta mère et toi, vous êtes restées en contact.
Elle va mourir, Julia.
Elle t'a rien dit ? Hein ?
Non.
Elle a un cancer du poumon depuis quelques mois.
La chimio a bien marché, au début.
Puis le cancer s'est étendu.
Elle voulait pas t'inquiéter, alors elle te l'a caché.
Je comprends pas, je l'ai...
eue au téléphone y a 15 jours, elle m'a rien dit.
Son état s'est dégradé très vite.
Les médecins lui donnent une semaine.
Deux semaines, peut-être.
Elle serait malheureuse de pas te voir une dernière fois...
avant de partir.
Merci de m'avoir appelée.
Au revoir.
Au revoir.
[musique triste]
[Julia sanglote]
[musique triste]
[applaudissements]
[applaudissements à la radio]
[brouhaha]
Mesdames et messieurs,
avant de jouer le Concerto en do majeur,
j'aimerais interpréter un morceau qui a une place particulière dans ma vie.
Le morceau préféré d'une femme merveilleuse, qui ne peut pas être là,
mais qui nous écoute.
["3 Intermezzi Op. 117" de Johannes Brahms]
["3 Intermezzi Op. 117" de Johannes Brahms]
[applaudissements]
[applaudissements à la radio]
[il coupe la radio]
[il soupire]
[respiration haletante]
[musique dramatique]
["3 Intermezzi Op. 117" de Johannes Brahms]
[en allemand] Entschuldig...
Euh, désolée.
Tout va bien.
Continue, s'il te plaît.
- Tu connais cet intermède ? - Maman me l'a appris.
Je peux ?
["3 Intermezzi Op. 117" de Johannes Brahms]
- [Pierre] T'es heureuse à Berlin ? - [Julia] Très.
J'ai un mari et une fille merveilleux. Un métier que j'adore.
Tu fais quoi ?
Des pianos.
Les chats font pas des chiens.
J'ai fait du design pendant 10 ans, mais il manquait quelque chose.
Ça m'a pris longtemps.
J'ai bouclé la boucle. J'ai monté ma boîte.
Les pianos Feynman, c'était déjà pris. Alors, j'ai mis le nom de Markus.
Les pianos Schönberg. C'est pas mal aussi, non ?
T'es sûr que tu veux pas la garder ?
Ta mère aurait aimé que tu la portes.
Tu vas faire quoi ?
Hmm.
L'atelier marchait plus très bien.
Avec la maladie d'Anna, je m'en suis encore moins occupé.
Dans 6 mois, ici, ça sera un espace de coworking.
[Pierre] Hmm.
De toute façon, je veux pas continuer sans elle.
Tu pourrais venir à Berlin.
Je cherche à me développer depuis longtemps.
Je trouve personne pour m'aider.
J'ai créé une table d'harmonie.
Ton expertise, ce serait précieux.
Hmm.
- Hmm ? - Hmm.
[musique grave]
[Julia renifle]
Pourquoi tu resterais pas ?
Maintenant, on est des naufragés tous les deux.
[Julia sanglote]
Tu peux rester aussi longtemps que tu veux.
Tant que t'en auras besoin.
C'est ta maison.
Je vis pratiquement dans l'atelier.
Tu me verras que si t'en as envie.
[musique grave]
Merci.
[Julia soupire]
[musique grave]
Pour tes 3 ans, je t'avais fabriqué un petit piano de poche.
Enfin...
un piano à ta taille.
Comme Schroeder dans Snoopy, tu sais ?
Oui.
Avec des vraies cordes et tout.
Mais au bout de 5 minutes,
t'as fait une grimace comme ça.
T'as fait le tour de l'atelier,
t'as essayé tous les pianos qui étaient là.
Ça a duré des semaines.
Tu essayais tous les pianos qui passaient par l'atelier.
Et un jour, t'as...
T'as joué sur celui-ci.
Et tu m'as regardé, comme pour dire :
"Voilà. C'est celui-là que je veux."
Tu m'as raconté cette histoire 100 fois.
[musique mélancolique]
Je sais pas si j'ai été un très bon père.
Mais je sais une chose.
C'est pas moi qui t'ai poussée vers la musique.
C'est quelque chose que t'as en toi.
Et pour toujours.
Quelque chose que j'ai jamais su expliquer.
Qui m'a toujours émerveillé et intimidé.
Et que tu peux utiliser pour te reconstruire.
[musique mélancolique]
C'est la musique qui va te ramener vers tes enfants.
[musique mélancolique]
- [sonnerie] - [brouhaha distant]
[proviseur] Mme Feynman, cessez de plaider la cause
de cas désespérés.
La mère est morte, le père, peu présent, malmène le gamin.
- Le conseil de discipline a tranché. - C'est son 3e lycée.
Si vous le virez, il sort du système, il décroche définitivement.
Je suis viré, mon père va me défoncer.
Ça va, je connais. Je peux y aller ?
Non. Oui, on a parlé d'expulsion.
- Je suis mort. - Théo, écoute.
Ils te donnent une chance.
J'ai rien demandé, quelle chance ?
Montre que tu peux t'investir.
Je dois faire quoi ?
Travaux d'intérêt général ? Repeindre la cantine ?
Rejoins la chorale, bosse avec moi deux fois par semaine.
- Mais n'importe quoi ! - Théo...
Ça va arranger quoi ?
C'est ça ou tu es viré. La chorale commence à 15h.
Tu viens, tu viens pas, c'est toi qui décides.
[Julia s'éloigne]
[Julia] Je sais plus quoi faire avec lui.
Il me pourrit la vie.
Il met une mauvaise ambiance, il est agressif avec les autres...
T'en as aidé des plus difficiles.
Je sais mais j'ai peut-être eu tort de le repêcher.
Ça marche pas à tous les coups.
T'inquiète pas, ça va s'arranger.
J'étais tellement sûre qu'il avait quelque chose.
- Julia. - Hmm ?
J'ai envie que tu t'installes ici.
T'as peur que Madeleine te déteste, mais ça n'arrivera pas.
Je te le promets.
Arrête.
Y a autre chose, alors. Quoi ?
On est bien comme ça, tu veux quoi de plus ?
On était d'accord, je vis seule depuis longtemps, j'ai mes habitudes.
- J'ai besoin de mon espace. - J'en ai marre.
Marre d'avoir que des miettes de toi.
Je veux plus de ça, ça m'intéresse pas.
[musique douce au piano]
[il soupire]
["Rêverie" de Claude Debussy]
- [Julia] Tu reconnais cette note ? - [note au piano]
Sol.
[Julia] Celle-là ?
- [note] - Fa dièse.
- Et ça ? - [accord]
Do mi sol.
Et ça ?
[plusieurs notes]
Ré. Mi bémol. Si mi la.
Théo, tu sais ce que t'as ?
Ça s'appelle l'oreille absolue. C'est un don.
Un don formidable.
Demain, la classe va écouter le "Concerto pour piano" de Clara Schumann.
J'aimerais beaucoup que tu viennes.
Je sais pas.
Ça sert à quoi, tout ça ? Pourquoi vous faites ça ?
Pour des raisons personnelles, j'aime pas voir le talent gâché.
Tu peux y aller.
Théo ?
À demain.
[conversation indistincte]
[rires]
Vos places sont à l'accueil. Ils sont où ?
Là-bas, au café.
Très bien. Allez-y, je vous retrouve.
Allez-y.
On vous attend, le concert va commencer. Allez, on y va.
Ça suffit, Madeleine. Tu m'en veux mais je reste ta prof.
Navrée que tu m'aies surprise avec ton père, mais c'est fini. Grandis.
Vous pigez rien.
J'attendais qu'une chose, que vous veniez vous installer chez nous.
- Tu le savais ? - Depuis le début, je suis pas débile !
Et maintenant, il est malheureux à en crever !
Ça te regarde pas.
Vous êtes bêtes, à vous faire des nœuds au cerveau comme des ados !
- Tous les deux ! - C'est compliqué !
Non ! Foutez pas tout en l'air.
Dépêchez-vous d'être heureux.
Faut grandir un petit peu, hein.
Allez, Karim, on y va.
- L'addition pour la 12. - OK.
- Je peux prendre ma pause ? - Ça tombe mal.
- Allez, j'en ai pour 2 minutes. - 2 minutes, pas plus, hein.
[brouhaha]
[femme] Allô ?
Bonjour. Julia Feynman. Vous avez des nouvelles ?
Désolée, votre demande de réexamen du droit de garde a été refusée.
Mais je comprends pas, j'ai un travail, je suis autonome,
j'ai diminué les antidépresseurs. Je vais bien.
Je peux m'en occuper seule.
Qu'ils viennent une nuit par semaine.
J'ai fait ce que j'ai pu auprès du juge,
mais pour lui, les éléments restent insuffisants pour rouvrir le dossier.
Mais il faut que je fasse quoi ? C'est mes enfants.
On ne lâche rien, on réessaiera dans quelques mois. Tenez le coup.
Excusez-moi, j'ai un autre appel. Je vous recontacte.
[elle sanglote]
[sonnerie]
[sonnerie]
Camille. Laissez un message.
Camille, c'est maman.
Je sais que tu veux pas me parler pour le moment...
Je suis désolée, ma chérie.
Je m'en veux.
Vous me manquez tellement, avec ton frère.
Vous êtes la plus belle chose qui me soit arrivée.
Je voulais simplement te dire que je t'aime
et si t'as besoin, je suis là.
Je t'embrasse fort.
Ça fait 10 minutes, pas 2. Je les retiens sur ta paie.
J'ai installé la 14.
Ben, vas-y.
[Julia] Bonsoir.
Bonsoir.
[Émilie] Julia ?
Comment ça va ?
Je suis contente de voir que tu vas mieux.
Excuse-moi, c'est un peu le rush.
Vous voulez dîner ?
Non, juste boire un verre.
Ben...
2 Chablis.
Tu veux vraiment pas manger ? Ce soir à la carte,
- on a une salade de pute ! - [Émilie crie]
[brouhaha]
[respiration saccadée]
[elle hurle]
[gémissement de douleur]
[chef de salle] C'est pas vrai ! Appelle le SAMU !
[les musiciens accordent leurs instruments]
[présentatrice] Voici le "Concerto en la mineur" de Clara Schumann,
en direct de l'Opéra-Comique.
Et je vous retrouve demain à 17 h, nous serons à Berlin
pour le concert de Julia Feynman
pour la commémoration des 30 ans de la chute du mur.
[applaudissements]
["Concerto pour piano en la mineur, op. 7" de Clara Schumann]
[vibreur portable]
Vous rappellerez après.
C'est mon fils, je dois répondre. Oui, mon chéri ?
[Raphaël] Camille va mal.
Elle est pâle, elle a super mal au ventre et elle transpire.
Papa est injoignable, je sais pas quoi faire.
[Julia] Elle a mal où exactement ?
D'abord, le nombril, et là, tout le ventre.
Ma fille a mal au ventre, de la fièvre, des nausées.
- On va la chercher ? - Non, je vous emmène aux urgences.
Je peux attendre. Elle est juste à côté, rue des Archives.
Je peux pas.
- Je descends, alors. - Vous saignez trop.
Ma fille souffre, je vais la chercher.
[musique emphatique]
Ma chérie, je suis là.
Tout va bien.
Ça va aller.
[musique emphatique]
On aura quand même mis 30 ans à aller ensemble à Berlin.
Ça valait la peine de t'attendre.
[musique emphatique]
[Julia] On arrive.
Ça va aller.
[musique emphatique]
Ça va aller.
[musique douce]
J'ai cru que j'aurais jamais ma famille.
Pendant 10 ans, j'ai dû vivre avec ce regret.
J'ai cru que c'était de ma faute.
J'ai haï mon corps.
J'ai pensé que j'étais une épave.
10 ans c'est long, on s'habitue.
Alors je me suis construit une carapace, où je me cachais pour plus souffrir.
Mais c'est pas une excuse. Je t'aime, Gabriel.
[musique mélodramatique]
[musique douce]
Tu veux ?
Je sais pas.
Viens.
[musique douce]
[Madeleine] Regarde.
[Julia] Qu'est-ce qui forge une destinée ?
Nos actions ? Nos choix ?
Les rencontres que nous faisons dans notre vie ?
Il a suffi d'un petit rien
tellement de fois.
Et aujourd'hui, je suis si heureuse de faire ta connaissance.
Bienvenue, Claire.
[musique douce]
[femme] Grand-mère ?
[on approche]
- Grand-mère. - Oui, Claire.
On est en avance, mais on peut s'installer dans la salle.
On y va ?
[Julia] Tu pouvais pas me faire un plus beau cadeau.
J'ai voulu des places, mais ils jouent à guichets fermés.
Tu l'ignores peut-être, mais le chef d'orchestre,
Théo Vatine, a été mon élève en même temps que ta mère.
C'est un garçon qui m'a beaucoup marquée.
Je pense pas qu'il me reconnaîtrait.
Tu as dû marquer beaucoup plus d'élèves que tu le crois.
Je voudrais célébrer une femme extraordinaire.
Aucun de nous ne serait le même sans vous avoir rencontrée.
Julia, par votre passion,
par votre dévouement, par votre engagement,
vous avez inspiré tous ceux qui ont eu la chance de croiser votre route.
Vous m'avez montré que, peu importe d'où l'on vient,
peu importe les épreuves qu'on traverse,
une vie n'est pas écrite à l'avance.
Et je vous en remercie.
[introduction musicale]
[les voix de la chorale s'élèvent]
["Va, pensiero" de Giuseppe Verdi]
[mélodie au piano]
Sous-titrage : EVA France ST'501
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