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Acclamations et applaudissements
...
- Bravo, les gars. Super, merci.
...
- Le journaliste est déjà là.
- Personne a une cigarette ?
- Oui, Jacques.
...
- Merci.
Acclamations au loin
Bonjour. - Bonjour.
Alors ?
Maintenant que c'est fini, que ressentez-vous ?
- Euh...
Ben là, je suis fatigué.
Et puis je suis... Je suis un peu embêté.
Parce que...
Vous parlez trop fort, les gars.
Excusez-moi, mais j'entends qu'eux.
Faut pas parler du tout.
On arrête, c'est un plan-séquence.
♪ - Ca m'ennuierait beaucoup.
Cela dit, comme j'ai ma lourde part de conneries comme chacun,
il est possible qu'un jour, je croie que je suis sincère.
♪ - Vous pourriez être lâche.
♪ - Ca, j'ai pas envie.
♪ - Comment se préserver de la lâcheté ?
♪ - Il faut bouger, il faut aller voir.
Je crois qu'il faut découvrir, il faut être scolaire.
Il faut être humble et dire : "Je sais pas. Je vais voir."
Mais il y a deux manières de réagir face à l'inconnu :
décréter que c'est idiot ou aller voir.
Je préfère aller voir.
J'ai un faible pour les hommes qui vont voir.
♪ - Lorsque vous chantez la jeunesse, l'amour,
vous chantez des choses perdues ou des choses qui reviennent ?
♪ - Non, des choses qui me paraissent...
insuffisamment au point actuellement.
Qui me paraissent...
On en manque. Ouais, on en manque.
♪ - De jeunesse ou d'amour ? ♪ - De tendresse.
Je crois. ♪ - C'est le maître-mot.
♪ - Oui, c'est un mot...
Enfin, il faut pas se coucher sur les mots.
Mais on manque de tendresse, oui.
On manque de l'enfance... Enfin, on manque de...
d'éblouissement.
Dans le temps, on montrait les morts.
Quand j'étais petit, on voyait les morts.
Il y avait des gens malades.
On les voyait. On les voit plus.
On voyait les morts. On ne voit plus les morts.
Maintenant, je crois que les gens se croient bien portants.
De se croire bien portant à se croire éternel,
il n'y a qu'un pas.
Par moments, un certain nombre de nos problèmes
sont des problèmes d'immortels, alors qu'on est mortels.
Alors je dis qu'il faut aller voir.
Il faut...
savoir tous les jours qu'on est mortels.
L'idée de la mort n'est pas triste,
c'est une idée d'une salubrité fantastique.
Plein de problèmes sont des problèmes d'immortels.
Ils m'émeuvent donc pas.
♪ Léger rire
- Bonjour. - Bonjour.
Je peux vous renseigner ? - Oui. Vous pouvez...
- Oui ?
- Je venais vous apporter ceci.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Mes selles. - Ah, très bien.
- Excusez la présentation.
C'est du bricolage. - Si vous saviez tout ce qu'on voit.
- Ouais ? Genre...
- Les gens sont des porcs.
En parlant de ça,
mettez l'équivalent d'une cuillère à café là-dedans.
Alors je vais vous donner une étiquette...
- Mon nom... - Pas besoin.
Je vous ai reconnu.
Donc ça, ce sera pour vous.
Et je vais vous demander... une photo.
- Pour l'étiquette ? - Non.
C'est pour moi, je suis fan.
- JACQUES ! JACQUES ! JACQUES !
JACQUES ! JACQUES ! JACQUES !
Acclamations
...
- Ca... Ca justifie 15 ans d'amour !
Cris de joie
- OK, coupez. Super. - OK, c'est coupé, on peut...
- Merci, Alain.
- On passe à la multiplication des figurants.
Vous avez 5 minutes, à mon avis. Donc...
- Mon ami, t'as trouvé ça comment ?
- Que veux-tu que je te dise, c'était...
- Je suis pas convaincu
que c'était bien de commencer par ça.
- Non mais c'était magnifique.
- Tu dis ça pour me flatter. - Non, je te jure.
Je suis content de faire ce film avec toi.
- C'est vraiment une bonne idée ? - De ?
- Je sais pas, de chanter, de...
C'est casse-gueule, tu te rends pas compte.
On va se faire allumer. - Mais non...
- Si. Je te le dis. Sincèrement, t'as vu ma gueule ?
- J'ai regardé au combo, c'était vraiment troublant.
- Troublant ? - Ouais.
Et puis j'étais hyper ému, vraiment.
Non, non, t'inquiète pas. Hein ?
On se voit demain ?
- Il est marrant, c'est pas lui qui est devant la caméra.
T'as trouvé ça comment ?
- C'était super.
- Je vais pas te mentir. Tes analyses sont mauvaises.
- Comme la dernière fois ? - Non, non...
Il n'y aura pas de prochaine fois si on ne fait rien cette fois-ci.
Tu as un cancer du côlon de stade 2.
Ca se soigne. Hm ?
Il faut commencer maintenant.
Il faut opérer au plus vite.
- Opérer pour...
- Retirer la tumeur.
Il souffle.
- C'est pas possible.
Je viens de commencer un tournage, je suis sur un film...
Non, non, non...
Là, j'arrête pas le...
♪ - Si on vous abreuve de questions, Jacques Brel,
c'est que vous les avez provoquées ?
♪ - Non, pas du tout.
Un journal a dit que je m'en allais.
♪ - C'était pas vrai ? ♪ - Si.
Mais je voulais pas l'annoncer. ♪ - Pourquoi partez-vous ?
♪ - Parce que j'ai envie d'être un peu plus libre,
d'un peu voir des choses... Voilà.
♪ - Quel âge avez-vous ? ♪ - 37... 38 ans.
♪ - Votre vie n'était pas installée ?
♪ - Non. Elle n'est ni faite ni installée. J'en suis ravi.
♪ - Je pensais... ♪ - On ne s'installe jamais.
Je ne serai jamais tout à fait adulte.
Il y a longtemps que j'ai cette impression et ça s'aggrave.
J'ai pas envie de m'installer. J'ai envie d'être sur une branche.
♪ - Vous allez vivre d'une façon que vous préférez ?
♪ - Je vais essayer. ♪ - Laquelle ?
♪ - J'aimerais vivre sur un bateau
le plus souvent et longtemps possible.
♪ - Un bateau qui bougerait ? ♪ - Oui.
♪ - Et qui irait où ? ♪ - Où je l'emmènerais.
♪ - Avec qui ? ♪ - Avec moi.
♪ - Des chansons dans la tête ?
♪ - Oui, des chansons. Je vais continuer à en écrire.
♪ - Et votre carrière ?
Le public a besoin de vous voir. Vous avez besoin d'être avec lui.
Ca ne vous ennuie pas ?
♪ - On a pas besoin du public, mais d'être avec les hommes.
On a besoin de savoir le prix du pain.
♪ - Ce n'est pas un de ces grands départs, drapé...
♪ - Mais non, je ne suis ni drapé ni dé-drapé.
J'ai envie d'une forme de liberté que je n'arrive pas à préciser.
C'est une envie de liberté, une envie de...
de prendre d'autres risques que ceux que j'ai.
♪ - Vous aimez le danger.
♪ - Oui, j'aime.
- Alain, je t'explique le plan.
Jojo et toi sortez tous les deux.
Des gens demandent des autographes, tu t'arrêtes pas trop.
Vous y allez, tu démarres et... - On va où ?
- Dans la voiture. - Oui, mais après ?
- Excuse-moi. Vous faites le tour de la place,
la rue en face et à droite.
Un régisseur va t'arrêter. OK ?
Fais gaffe à la bagnole.
- Je suis pas un bourrin. - Non, mais...
- Je suis pas un bourrin.
- On est prêts. - Super, merci.
Tu sais quoi ? On va faire un truc. Jojo, tu conduis.
D'accord ? C'est plus logique.
OK ? C'est bon ?
Moteur.
- Je rêve, il t'a appelé Jojo ? - Ouais.
- Ca te dérange pas ? - C'est toujours comme ça.
- Dernier truc. T'as pris ta décision, tu t'y tiens.
Tu sais.
Allez, on y va.
- OK. On se tient prêts...
Et trois, deux, un...
Action !
"Dis, quand reviendras-tu ?" (Barbara)
Brouhaha
- On n'a pas le temps.
...
- Coupez !
- Tiens, prends à gauche.
Là, tu prends à droite.
Tiens, mets-toi là.
- Que se passe-t-il ?
- Descends.
Allez, vas-y.
"Last Dance" (Scratch Massive)
...
Sonnerie de téléphone
...
...
...
Klaxon
Crissement de pneu
Klaxon
...
...
- Alain ? Alain ?
Ce serait possible de prendre une photo avec nous ?
- Bonjour. - Bonjour.
Merci beaucoup.
- Tu aurais une cigarette ? - Avec plaisir.
- Merci.
Musique douce
...
- Bonjour.
...
- J'y crois pas.
- Donne-les à maman, sinon. - Classe.
- Tu vas où ? - Ca te regarde ?
- Je suis venu te voir. - Pour ?
- Te voir.
- Sympa, ton style.
- Tu trouves ?
- Tu repars quand ?
T'es pas en tournage ?
- Non.
- C'est quand ton prochain film ? - Il y en aura pas.
J'ai décidé d'arrêter.
Rigole pas, je suis très sérieux. - OK.
Tu comptes faire quoi ?
- Vous faites chambre d'hôtes, non ?
Vrombissement de moteur
...
- Tu pars sans dire bonjour ?
- Elle part sans dire au revoir.
- Qu'est-ce que tu fais là ? - Ben...
- Entre.
Et Suzanne ?
- Oh, Suzanne, écoute...
On s'est séparés. Enfin, surtout elle, en fait.
Donc voilà, quoi.
C'est toujours aussi beau, ici.
- On s'y sent toujours aussi bien.
- Tu m'étonnes. Les chambres d'hôtes, ça marche ?
- Oui.
On est complets d'avril-mai à fin septembre.
- Tu t'en occupes seule ? - Non. Avec Lou, l'été.
- Lou s'en occupe aussi ?
Elle a pas des envies d'ailleurs ?
- Je sais pas. Je la retiens pas.
Elle aide Jean avec ses huîtres.
- Jean ?
Ses huîtres ?
- Ca lui arrive d'aller à Paris aussi.
- Pour quoi faire ?
- Faudrait savoir.
- Et le jeunot, tout à l'heure, c'était qui ?
- Arrête, ta fille va bien. Elle est très amoureuse.
- Pardon ?
- Oui, ça fait deux ans.
- Deux ans ? Mais elle a pas 20 ans.
- Elle en a 22.
Et même si elle en avait 20,
elle est heureuse, alors tu n'as rien à dire.
- Ben quoi ?
J'ai le droit de m'inquiéter. - Non.
- Je l'ai surprise
en train de faire du scooter sans casque.
Elle peut pas faire du vélo ?
- Tu prends jamais de ses nouvelles.
- Elle me répond pas.
- Tu l'appelles ?
- Et toi, les amours ?
- Oh, j'y crois pas.
- Je m'intéresse.
- Chérie, t'es là ?
- C'est fou comme tu m'agaces vite.
- C'est pas vrai.
J'y crois pas. Enchanté. - Bonjour.
- Jean. - Alain.
- Très heureux de vous rencontrer. - Merci.
- Si vous saviez comme je vous admire.
Vous restez avec nous pour dîner ? - Ah...
- Oui.
- Je vais chercher une bourriche et une bouteille
pour l'occasion.
- Il a l'air sympa. - Hm.
- Au début, elle m'aidait pour le tri à la cabane.
Et puis elle est très vite venue avec moi dans les parcs.
Elle est très sérieuse, Lou. Très appliquée.
C'est vrai. Ca vous plaît ?
- De ? - Les huîtres.
- Délicieuses. Vous faites ça depuis longtemps ?
- J'ai repris l'exploitation de mon père
à l'âge de Lou. A peu près.
C'est bien, parce que les jeunes comme Lou ont plein d'idées.
Ils pensent autrement.
Ils font évoluer les choses.
Ca nous force à réfléchir.
J'ai jamais eu d'enfant.
Avec Valérie, on s'est rencontrés tard.
Alors je me dis que... si ça lui plaît,
si elle a toujours envie, bien sûr, peut-être qu'un jour
elle pourrait reprendre l'exploitation.
C'est un beau métier.
- Coucou. Vous avez dîné ? - Salut.
- J'ai pas faim.
- Alors, la soirée ?
- C'était bien.
- Des huîtres ?
- Avec plaisir. C'est possible, une petite tartine ?
- Allez. Tiens.
- Merci.
- Bonne nuit. - Vous aussi.
Chant des oiseaux
...
- Bien dormi ? - Hm-hm.
...
Il a dormi ici ?
- Techniquement, il est chez lui et...
- Et ?
- Et il a payé sa chambre.
T'as pas de vêtements ? - Ben non, là...
- Tu veux des affaires ?
- Ouais, je veux bien.
Merci.
Je peux me faire un café ? - Oui.
- J'ai quelque chose à l'achat.
Une très belle maison, plus grande.
- Non, c'est pas la peine.
- Ca coûte rien d'aller la voir.
- Je compte pas m'éterniser.
- Vous restez combien de temps ?
- Ici, ça ira très bien.
- Laissez-moi vérifier avec les propriétaires.
Musique douce au piano
...
Cris des mouettes
...
C'est à vous. Oubliez la caution, ils sont ravis.
- Suzanne, c'est encore moi. J'espère que tu vas bien.
J'ai fait une pause sur le film
parce que... ils ont eu des soucis avec les décors.
Donc j'en ai profité pour venir voir Lou.
Voilà, c'est incroyable...
Elle a grandi. Elle a 22 ans, on dirait une vraie femme.
Et la maison était complète, donc...
j'en ai loué une autre en bord de mer.
Je vais en profiter pour rester un peu.
J'espère que tu pourras venir, c'est...
C'est vraiment magnifique.
Ah oui et tu sais, j'ai eu le résultat de mes analyses.
Enfin, ben voilà, c'est...
Ca suit son cours.
Voilà, je t'embrasse très fort. A bientôt.
Musique douce
...
Salut, toi.
On est chez toi, ici.
T'as une belle maison.
...
- Merci.
...
- Merci.
...
Musique reggae
...
♪ Musique reggae au loin
...
Le volume est fort.
...
- Il y a quelqu'un ?
Papa ?
Miaulement
Salut, toi.
Il ronronne.
Comment tu t'appelles ?
Les freins du vélo crissent.
Alain ouvre la porte.
La porte se ferme.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Quelle bonne surprise.
- Je passais voir.
- C'est gentil de venir voir son papa.
Il ouvre le frigo. - C'est quoi ?
- Du homard. - Sur le plan de travail.
- Des médocs.
- Sans blague.
- Tiens, tu veux
dîner avec moi ? - T'as fait quoi ?
- C'est rien. Hier soir, quand je suis rentré...
la porte du frigo était mal réglée et...
- T'es malade ?
Ca m'étonne que tu te soignes.
- Tu me connais pas si bien.
- La faute à qui ?
Alors comme ça t'arrêtes de travailler ?
Tu vas rester combien de temps ?
Un jour, une semaine, un mois ?
Tu sais pas ?
Tu comptes faire quoi de tes journées ?
- Je pensais me remettre à dessiner...
Tu me crois pas ? - T'es jamais resté plus de 3 jours.
- Là, j'ai décidé d'essayer. - Pourquoi ?
- Mais pourquoi, pour...
Pour être ici, près de toi.
- Pourquoi essayer maintenant ?
La vérité.
- Mais quelle vérité ?
- Ton médecin est cancérologue, c'est noté sur l'ordonnance.
- C'est rien, c'est Bernard, c'est mon copain.
- Il fait tes ordonnances ?
- C'est des antidouleurs.
- Arrête, papa. S'il te plaît, arrête.
T'as pas envie d'être honnête pour une fois ?
Je sais que tu vas repartir. T'es malade ou pas ?
C'est tout le temps comme ça. C'est quand toi, t'as envie.
Tu débarques et on doit t'accueillir comme si de rien n'était.
Bernard Pons est un spécialiste.
Alors dis-moi, c'est quoi le plan ? Hein ?
Tu reviens quand c'est fini ?
- Non, pas du tout...
Qu'est-ce que tu racontes ?
C'est pas fini...
Je me soigne.
- D'un cancer ? Ici, avec des clopes et des médicaments ?
Ah oui, t'as raison. T'as raison.
Tu sais quoi ? T'as toujours raison.
Loue des baraques, bouffe du homard, fais semblant,
mais oublie-moi.
- Où tu vas, Lou ? Reste !
- Je suis pas venue.
La porte claque.
- Si, quand même.
Musique douce
...
Miaulement
Pourquoi tu me regardes comme ça ?
...
Cri J'ai pas peur, c'est pas...
...
- Je te dérange ?
- Je venais te voir.
- Je repars faire un plein.
- Je peux venir ?
- Oui. Enlève l'amarre.
...
Lou ?
...
Lou ?
...
Lou ?
...
T'es complètement malade !
T'aurais pu te tuer avec l'hélice !
- Viens, elle est trop bonne !
- Ca me fait pas marrer.
Je suis à la bourre, remonte. - Je rentre, j'ai envie de nager.
Vrombissement de moteur
- Salut.
J'espère que t'es pas venu pour me parler de ça.
- Il t'est arrivé quoi ?
Comment tu t'es fait ça ?
- C'était une connerie d'accepter, j'aurais pas dû.
- Accepter quoi ? - Le film.
- C'était ton idée.
- Ca n'a rien à voir avec toi. C'est moi...
Il y a pas l'envie, j'ai pas envie.
- Bonjour, je vous sers quoi ?
- Un Perrier citron. - Et pour vous ?
La même chose ?
- Qui t'a dit que j'étais ici ?
- J'ai réfléchi à ce que t'as dit.
- Les assurances vont te rembourser. Tu prendras quelqu'un d'autre.
- Quelles assurances ? T'es parti.
- Dis que je suis mort.
Ca fera un beau coup de pub.
- C'est quoi le problème ?
C'est Brel ? La maladie ? Les chansons ?
Qu'est-ce qui te fait peur ?
- Mais tout...
Tu comprends pas.
Il va falloir que tu percutes.
On perd notre temps.
- On est pas obligés de chanter.
On peut commencer le film par l'interview.
- Oublie-moi.
- J'ai fait comme tu m'as dit.
C'est tellement mieux, tellement plus beau.
C'est impossible de chanter les chansons.
Si on commence le film dès que ça s'arrête...
- Tu connais ma fille ?
- Vous êtes ?
- Antoine. - Un ami.
- Comédien ? - Réalisateur.
Enfin, j'étais. - Ca va,
t'en feras d'autres.
- Je veux le faire. Je suis dessus depuis 4 ans.
- Pas les violons, s'il te plaît.
- Y a pas de violons. - C'est sur quoi ?
- Sur Brel.
- Le chanteur ? - Oui.
- Et c'est toi qui...
Tu sais pas chanter.
- C'est ce que je lui répète.
- C'est sur la dernière partie de sa vie.
- Il avait quel âge ?
- 40 ans quand il arrête de chanter.
Pas tout à fait 50 quand il meurt d'un cancer.
Tiens, regarde.
Regarde.
Le film s'ouvre sur l'interview donnée après son dernier concert.
Tu veux pas faire la journaliste ?
- C'est fini, que ressentez-vous ?
- Ben...
Je suis fatigué.
Je suis... Je suis embêté parce que...
j'étais à moitié aphone pour mon dernier tour de chant.
J'aurais voulu être en forme. Je l'étais pas du tout.
Voilà ce que je ressens.
- Pas de nostalgie ?
- J'aurai certainement un jour de la nostalgie. Bien sûr.
Mais si j'en avais aujourd'hui, c'est que je me serais trompé.
- Les bravos entendus ce soir ne vont pas vous manquer ?
- Dans un an, je pourrai répondre à cette question.
Pas maintenant.
Je ne dirais que des âneries.
- Il y a une tristesse dans vos propos.
- Pas du tout.
Ce qui est vrai, c'est que je...
je déteste la joie qui fait "youpi" en se tapant sur la cuisse.
Vous voyez ? Quand vous êtes aphone et que...
vous dites un mot même gai avec une voix cassée,
il est triste.
Je sais pas si vous avez remarqué.
Si vous dites "soleil" avec une voix cassée,
ce soleil
sera noyé dans les nuages.
- C'est... Non, mais c'est super.
- Ouais, c'est bien.
- Salut, ça va ? - Bien et toi ?
- Ca va.
A tout'. - Ouais.
Alors, qui gagne ?
Il est sympa, votre copain. La maison est pas assez grande ?
- C'est un solitaire, je m'impose pas.
- Mon père, un solitaire ?
- Il choisit ses moments et je suis venu sans prévenir.
- Comment vous avez su ?
- Il me parlait souvent de toi et de ton île.
T'as l'air surprise. - Il donne peu de nouvelles.
- Je vous pensais proches. - Mon père a dit ça ?
- J'aime beaucoup ton père.
- Même après ce qu'il vous a fait ?
- Je peux pas l'aimer pour sa liberté
et la lui reprocher.
Il t'a jamais emmenée sur ses tournages ?
- Si, quand j'étais petite.
Il en profitait pour me faire garder
et il amusait la galerie ou draguait les actrices.
- T'aimais pas ? - Qu'il drague les actrices ?
Pas trop. - Non, mais...
Le cinéma, l'ambiance du tournage...
- Vous dépensez tellement d'argent et d'énergie
pour que ça paraisse vrai.
Je suis désolée, je trouve ça un peu con.
Quand on n'y a pas sa place, on se sent vite de trop.
- Pour ton père, c'est...
- C'est sa famille, pas la mienne.
- T'aurais voulu en faire partie ?
- J'aurais aimé qu'il ait pas à choisir entre les deux.
- Il est là aujourd'hui. - Ah ouais ? Pour combien de temps ?
Je vous connais.
Vous repartirez pas sans lui.
- Je pourrai pas le forcer.
- Ah, si seulement.
C'est beau, l'amour.
Une porte s'ouvre.
- Qu'est-ce que tu regardes ?
- Je suis occupée. - C'est cool, t'es de bonne humeur.
Depuis que ton père est là...
- Quel rapport ? Je suis occupée, tu viens et tu m'embrasses.
- En même temps, tu regardes des films de...
- T'es débile, en fait.
Il pouffe.
Musique douce au piano
...
- Ils travaillent tous les jours.
T'imagines ?
Là, c'est rien. Mais imagine en décembre.
Ca doit pas être jojo.
Je me refais un café. T'en veux ? - Parlons 5 minutes.
- Attends, je te fais un café.
J'ai une cafetière italienne, mon ami.
Elle est pas piquée des hannetons.
C'est un percolateur avec du café en grains.
Je sais même faire des cappuccinos.
Fallait que je regarde le mode d'emploi, au début.
Maintenant,
c'est des petits, des longs, tout ce que tu veux.
...
- Jacques, c'est toi ?
- Ouais, c'est moi.
Je suis venu embrasser ma femme et mes enfants.
Les filles sont là ?
- Chantal est de sortie, Isabelle va pas tarder.
- Et France ? - Dans sa chambre.
- T'as du champagne ?
- Dans la réserve, sans doute.
- Le voilà.
- C'est quoi ?
- C'est l'Askoy.
- L'Askoy ? - C'est mon bateau.
Je vais enfin
faire mon tour du monde.
3 ans et je reviens. - Tu pars seul ?
- Je compte proposer à France, elle adore naviguer.
- De là à... - Chantal me parle plus.
Isabelle est trop jeune.
- Tu crois qu'à son âge, France veut faire ça ?
- Partir à l'aventure avec son père,
quoi de mieux ?
France !
♪ "Mon vieux" (Daniel Guichard)
...
Ca vaut la peine d'écrire des chansons.
Tiens, regarde.
Il te plaît ?
Je l'ai acheté à M. Hugo Von Kuyck. Tu connais ?
- Tu vas partir ? - Attends, pas tout de suite.
Je dois le prendre en main, refaire les voiles...
passer mon diplôme de skipper.
- Tu sais faire du bateau.
- Oui, mais là, c'est pas la même chose.
Comme tu le vois, le bateau... Il fait 40 tonnes, le navire.
- Il est beau.
- Il a de l'allure.
C'est un ketch en bois.
Le plus grand jamais construit en Belgique. T'imagines ?
Je peux te poser une question ?
T'accepterais d'être ma mousse ?
- Ta mousse ?
- M'accompagner autour du monde.
On frappe.
- Pardon, j'étais passée faire le ménage.
Je reviendrai plus tard.
- Non, mais tu peux rester.
- Tu pars ?
Et mon père ?
- Il arrête.
- C'est pas la fin du monde.
Il y en a d'autres, des acteurs, non ?
- Combien je te dois ? Je peux faire un chèque ?
- Carte ou espèces.
- Euh... Carte, alors.
- Ca n'a rien de personnel.
- Quoi ? - Sa décision.
Faut pas le prendre personnellement. Reçu ?
- Je veux bien.
- T'es vexé, mais c'est pas contre toi.
- Qu'est-ce que t'en sais ?
- Je crois qu'il t'aime bien.
Il parle de toi comme un ami.
- Pourquoi il arrête alors ?
Tu soupires ? - Non.
- Si, t'as levé les yeux au ciel, comme ça...
Tu me trouves ridicule ?
- Non, mais bon...
- Je comprends.
Des acteurs, il y en a d'autres. Un papa, t'en as qu'un.
Alors mes histoires...
- Papa ?
Ca va ?
- Ouais.
- T'es brûlant.
- Tu fais quoi ?
- J'appelle. - Qui ça ?
- Bernard, ton copain.
- Non, raccroche.
- Ca sonne. - Raccroche, s'il te plaît.
Je veux pas me soigner.
Tonalité Tu veux plus me voir
et je peux plus travailler...
à quoi ça servirait ?
- Qui a dit ça ?
- Bernard, mon médecin.
- Tu l'écoutes, maintenant ?
- Il me casse les couilles. Il dit que je dois me faire opérer.
C'est du délire d'attendre.
- Pourquoi t'es pas reparti avec ton réal ?
- Son film, je vais être honnête...
Oh, non, non, attends. Tu vas pas partir.
Venir, s'en aller... On est pas dans un moulin.
C'est pas des manières.
Tu peux pas essayer de me comprendre ?
- Mets-toi à la place des autres.
- Je fais que ça, c'est mon boulot. - Non.
Je te parle de respecter les gens, leurs envies.
C'est toujours toi, toi, toi.
Là, j'attendais rien de toi,
mais je me disais que peut-être j'allais te manquer.
En fait, non.
T'es là pour toi. - Peu importe pourquoi je suis là.
Je suis ici et je suis heureux d'être là.
- J'aurais préféré que tu viennes pas.
Musique mélancolique
...
Notification
...
- Ma chérie, la voiture est là.
Les clés sont dans la boîte à gants.
Je pars fatigué,
mais heureux de larguer les amarres.
France est à la barre.
Je vais commencer par me reposer un ou deux jours.
On dort bien à bord d'un voilier.
Je t'écrirai plus longtemps bientôt pour te donner de nos nouvelles.
Prends soin de toi et des filles.
Je te remercie pour tout.
Sois heureuse, vis.
Je t'embrasse. A bientôt.
...
T'as pas froid ?
- T'avais dit qu'on serait que tous les deux.
- Tu te voyais partir pendant trois ans avec ton vieux ?
Tu voulais m'avoir pour toi toute seule ?
Ceci dit, je te comprends.
Allez, soyons sérieux.
Au bout d'une semaine, tu m'aurais plus supporté.
- Et maman ?
Tu lui as dit ?
Il est déjà parti ? - Qui ça ?
- Jean. Il m'a pas attendue.
- Non.
Miaulement
- C'est le chat de papa ? - Oui.
Il a demandé qu'on en prenne soin.
- Il est parti, lui aussi ?
- Il t'a pas dit ?
- Et t'as dit oui ?
Je vais rendre ça à mon père.
T'as oublié ça. - Non, je peux pas...
Désolé. - Tu crois que maman peut ?
- C'est pas ça, mais je peux pas conduire avec le chat.
S'il se coince en dessous des pédales, je fais quoi ?
J'ai envie de te dire oui, mais sincèrement...
- Tu vas où ?
Tu vas te soigner ?
Vrombissement de moteur
...
- Ca va ? - Ouais.
J'arrive.
- Tu fais quoi ?
- Tu me fais une place ?
Je t'accompagne.
- T'es sûre ?
Suite symphonique
...
Allez vas-y, monte.
...
Allez chauffe, Marcel.
...
C'est bon ?
...
- Papa ?
J'ai faim.
On mange quoi ?
- Je sais pas, regarde ce qu'il y a.
...
- Alain ! Alain !
Excusez-moi, je peux avoir une photo ?
Merci. - Avec plaisir.
- Merci.
- Bonjour. - Bonjour.
- Vous pouvez nous prendre ?
Merci.
Merci.
Merci. - C'est moi qui vous remercie.
- Merci. - Avec plaisir.
- J'en ai fait plusieurs. Je sais pas si elles sont bien.
- Vous pouvez... - Non, désolée.
- Merci.
- Excusez-nous, on peut avoir une photo ?
- Oui, bien sûr.
- Tu me laisses conduire ?
- T'as ton permis, au moins ?
Hein ? - Si je l'ai pas, tu fais quoi ?
- Je vais rien dire. - Ben voilà.
- Ceintures. Clic à l'avant, clic à l'arrière.
Exclamation inquiète
Cool, cool, cool ! Elle est fragile.
Alain se racle la gorge.
- C'est toujours comme ça, partout où tu vas ?
- Si tu m'avais pas rejeté, tu serais au courant.
Tu dis que je t'appelle pas, mais moi aussi j'ai un anniversaire.
- Descends.
Descends, je te dis. - C'est ma voiture.
Qu'est-ce que tu fais ?
- S'il vous plaît...
- Excuse-moi, pardon, je suis désolé. C'est ma faute.
Je disais simplement...
que ça va pas que dans un sens, excuse-moi.
Mais attends !
Pourquoi c'est toujours moi qui dois appeler ?
- Parce que t'as pas besoin de moi.
- Ca veut dire quoi ? - Rien.
- Ca veut dire quoi ? Ca va, monsieur.
Ca veut dire quoi ?
- Désolée. - Sûre ?
- C'est fou, cette manie de toujours tout ramener à soi.
Vous êtes tous comme ça,
les acteurs ? Narcissiques ? - Comment ça ?
Tu veux dire que je suis acteur pour qu'on me regarde ?
Lou acquiesce.
Alors là... Alors là, pas du tout.
Justement, je parle pour qu'on m'oublie.
Toi... tu peux pas comprendre ça.
T'es jolie, t'es drôle, t'es intelligente, t'es...
On peut pas ne pas t'aimer.
- Pourquoi tu m'appelles pas ?
- Pour pas m'imposer, pour... Parce que je te respecte.
- Parce que tu me respectes.
- De toute façon, dès que j'ouvre la bouche, je t'exaspère.
- C'est tout ce naturel, c'est insupportable.
T'es toi-même en permanence.
- Tu me reproches d'être moi-même ?
- Tu donnes toujours aux autres. Il me reste quoi ?
Il me restera quoi de toi ?
- Bah ce...
Ce naturel, cette liberté. - Excusez-moi ?
- C'est déjà pas mal.
- Excusez-moi ?
- Pas maintenant. Vous voyez pas que...
- C'est pas à vous, le chat ?
- Oh, merde.
- Arrête, papa.
Tu vas te faire mal.
- Excuse-moi.
- Non, c'est moi.
Musique douce
...
Rires
...
- Une nuit, oui.
S'il faut, on peut prolonger. J'ai le temps.
- D'accord. - Pour le moment, je fais...
- Bonsoir. - Ca va, ma chérie ?
- Bonsoir.
- Qu'est-ce qu'on fait là ?
- Une petite escale.
- Et Bruxelles ? - On est pas pressés, si ?
- On était presque arrivés.
- Tout va bien, on prend du temps pour nous.
Un peu de répit. - J'ai dit à Jean que je rentrais.
- T'inquiète pas. Il se débrouille très bien sans toi.
"Getting older" (Billie Eilish)
...
- Je t'appelle pour te dire que je suis pas encore à Bruxelles.
On va faire un petit stop et voilà.
Je vais manger avec mon père et je sais pas trop quoi lui dire.
Tu me rappelles ?
...
Je vais prendre un peu d'eau plate.
Non, pas de vin. Merci.
T'en prends ?
Un petit verre alors, s'il vous plaît. Merci.
Qu'est-ce que je veux faire de ma vie ?
Tu savais, toi ? Ce que tu voulais faire de ta vie, à mon âge ?
Pour le moment, j'aime bien bosser pour Jean, ses huîtres.
J'aide maman aussi.
Jean est content. Maman est contente.
Et toi ?
Toi, tu t'en fous.
Ouais, c'est bon. Pas de ça ce soir.
Tu savais que j'ai fait du théâtre à l'école ?
Ouais. Jusqu'en terminale.
Un spectacle par an et...
j'étais pas trop mauvaise.
Ouais.
J'ai vu ton dernier film.
Pas mal.
Jean m'a traînée jusque là-bas.
J'ai bien aimé.
C'était bien.
Toi, t'étais bien.
Un acteur, quoi.
"Getting older" (Billie Eilish)
...
- Je vous sers quoi ? - La même chose.
- Un petit verre de blanc. - OK.
- Et voilà. - Merci.
- Dans les films.
- Pardon ? - Vous l'avez vu dans les films.
- Ah, c'est ça !
Je me disais bien que...
Je me disais bien que votre visage me disait quelque chose.
Vous tournez dans la région ? - Je suis de passage.
Et vous ? - Moi aussi.
J'accompagne mon père. - C'est bien, ça.
Où est votre père ? - Il se repose
à l'hôtel. Dans une heure, on mange ensemble.
Ca fait longtemps
que vous êtes acteur ? - Oh là...
Trop.
- Je peux ? - Oui, bien sûr. Installez-vous.
- Vous aimez pas ça ?
- Si, si, mais...
- Vous avez commencé comment ? - Par hasard.
Tout bêtement par hasard.
On me répétait sans cesse que j'étais doué.
J'ai fini par le croire.
- Vous en doutiez ?
- Non, je me disais que j'avais pas forcément un physique de cinéma.
Vous voyez ? Je me voyais dessinateur.
Plutôt dans...
- Qu'est-ce qui vous en empêche ?
- Je fais de beaux dessins,
mais je pense être plus doué en tant qu'acteur.
C'est cruel parfois, la vie.
Et vous ?
- Quoi, moi ?
- Vous faites quoi ?
- Je sais pas.
- Pas une petite idée ?
- Si.
Euh... J'aide ma mère avec la maison.
On a une maison d'hôtes. Et je bosse avec...
mon beau-père, qui vous aime beaucoup d'ailleurs.
- Je peux vous tutoyer ?
- Vas-y.
- Tu...
Tu t'es jamais dit que...
tu pourrais...
peut-être prendre ton envol et suivre ta destinée ?
Peut-être aller voir le monde...
- T'as des enfants ?
- Pardon ? - Des enfants ?
- Bien sûr. Une ravissante fille.
Que je vois trop peu.
- Pourquoi ?
- Sa mère et moi nous sommes séparés...
- C'est pas une raison.
Si ? C'est une raison ?
- C'est pas une raison,
mais j'ai su très vite que ça ne marcherait pas.
Que j'étais pas...
un papa comme tous les autres.
- Qui veut un papa comme les autres ?
- J'oublierai jamais le jour de sa naissance.
Il restera à tout jamais gravé dans ma tête.
Je la vois encore... Je la regardais et je ne pouvais m'empêcher
de me dire qu'elle allait changer le monde,
cette petite.
- Et après ? Que s'est-il passé ?
- Vous en avez, des questions.
Vous pensez pas que...
vous devriez retourner voir votre père ?
- Vous inquiétez pas pour mon père.
Il doit être avec la réceptionniste.
- Les premiers mois ont été super.
C'était vraiment un rêve,
j'ai arrêté de travailler pendant presque 2 ans.
Au début, je me suis pas inquiété.
Je me disais que...
le principal, c'était que sa mère s'occupe d'elle
et que moi je m'occupe du reste.
Sa mère était formidable.
Une femme extraordinaire.
- Alors pourquoi vous séparer ?
- Elle voulait vivre sur son île.
- Vous dites que c'est de sa faute ?
- Ah non, pas du tout.
Non, mais sans le vouloir, on s'était éloignés.
- Et ?
- Et sur un film, j'ai rencontré quelqu'un d'autre.
Je ne venais pas moins souvent, mais je me sentais plus à ma place.
J'ai joué la comédie et ma fille me le pardonnait pas.
Alors j'ai décidé
de cacher ma tristesse.
Je la faisais venir sur des tournages et...
ça lui plaisait pas non plus.
Vous savez,
un acteur sur un tournage,
c'est loin de l'image qu'on se fait d'un père.
Un enfant capricieux, tout au plus.
Alors profitez-en.
- De quoi ?
- De votre père.
Allez le retrouver. Dites-lui que vous l'aimez.
Serrez-le dans les bras.
Allez-y.
Moi, tous les jours je me dis que...
je lui ai pas assez dit.
Que je l'aimais.
Cris des mouettes au loin
Musique douce au piano
...
- Papa ?
...
Ca a été ?
- T'as pris quoi ? - Des trucs pour déjeuner.
Attends.
...
- Jojo, c'était...
c'était plus qu'un frère.
C'était un ami et un frère.
...
Le seul qui a toujours été fidèle. Toujours.
C'était le mien.
Il me protégeait, mais pas seulement.
Il m'aimait pour de vrai.
D'un amour tendre.
...
Désintéressé.
...
Fracas
- Papa, qu'est-ce qui va pas ? - Mon coeur...
- Appelle quelqu'un !
Regarde-moi, tout va bien ? Papa, regarde-moi.
Y a quelqu'un qui vient ou pas ?
...
Papa ?
- Je peux vous aider ?
- Mon père dort, mais on est censés partir.
Vous pouvez ouvrir ?
- Vous avez essayé d'appeler ? - Il répond pas.
- Monsieur ?
Monsieur ?
Peut-être qu'il dort. - Hm.
Vous avez un passe ? - Si. Mais s'il est pas tout seul...
Monsieur ?
Monsieur ?
- Bonjour.
Est-ce que le monsieur de la 24 vous a laissé un message ?
- Il est parti ce matin, il avait un train.
- Pour aller où ? - Je sais pas.
Mais il a payé sa chambre et aussi pour la vôtre.
- Et la voiture, il vous a dit quelque chose ?
- Il a laissé les clés.
- Allez.
Chauffe, Marcel.
La voiture peine à démarrer.
Non, non, non...
S'il te plaît.
...
Putain, jusqu'au bout tu vas me faire chier.
Soupir
Y a pas un truc, là ?
C'est quoi, ce bazar ?
...
Gémissements de douleur
Qu'est-ce qui m'arrive ?
J'ai mal. Mon coeur...
Je peux plus respirer...
Bonjour. - Bonjour.
- Je viens voir mon père. - Les visites sont terminées.
- Ah bon ?
- Il est 17h30.
- Je peux pas aller très vite...
- Demain entre 13h et 17h.
- OK. - Ca va ?
Bonne soirée.
- Vous pouvez me donner le numéro de sa chambre ?
Comme ça, demain j'irai vite.
Alain Marcand.
- Date de naissance ? - 12 avril 1972.
Un patient du Dr Pons.
- Oui. Il est arrivé ce matin.
Il est en chambre 202.
- Donc il est là.
- Oui, en 202.
(- OK.)
Pardon, les toilettes c'est...
- Au fond du couloir.
- Merci, à demain.
- A demain.
...
- Comment tu peux faire ça ?
Hier soir, tu me dis : "Allez le retrouver,
"dites-lui que vous l'aimez." Et puis... tu disparais.
C'est pas de l'amour, ça, papa.
J'ignore ce qu'est l'amour pour toi, mais ça, c'est pas de l'amour.
- Tu devrais pas voir ça.
Par rapport à mon image... - Arrête avec ton image.
T'as pas le droit.
Je dis quoi au notaire ?
Je lui dis quoi ?
Tu veux te faire enterrer ?
Incinérer ? Je sais pas, moi. Je suis ta seule enfant
et je sais même pas où tu veux reposer.
Quoi ? Je suis pas la seule, c'est ça ?
- Si. Bien sûr que t'es la seule. Mais je vais pas mourir...
- Qu'est-ce que t'en sais ?
Qu'est-ce que j'en sais, moi ?
Il y a une semaine, t'étais pas malade. Et là...
Regarde-toi.
Tu crois que je vais laisser quelqu'un décider à ma place ?
Dis quelque chose, putain ! Dis quelque chose !
Dis-moi un truc.
Juste dis-moi un truc. Tu me dois bien ça.
- Ils m'opèrent demain pour retirer les cellules qui vont pas.
- Les cellules cancéreuses ?
- Oui.
- Ben voilà.
C'est pas compliqué. Dis-le, "les cellules cancéreuses".
Putain.
...
Et après, il se passe quoi ?
...
- Ca va ? T'avais une petite voix.
Entre, c'est là à gauche.
Je termine un truc rapidement.
Tu veux boire quelque chose ?
- Ouais, je veux bien.
- Tu veux de l'eau ? Ca te va ? - Oui.
- J'ai pas grand-chose.
Tiens.
Qu'est-ce que tu fais là ?
Je termine mon truc et j'arrive.
- On recommence du début ? - Non, je redémarre.
- OK.
C'est pas sérieux.
- Quoi ?
- D'être ici, sur ce bateau.
- Je vais très bien, je te remercie.
Quoi ? J'ai le droit de savoir comment je me porte.
Ou ça aussi, ça m'est interdit ?
Hm ? Je ne peux pas fumer, je ne peux pas boire...
Je ne peux manger ni salé ni sucré.
- C'est pour ton bien. - Ah, tu sais
ce qui est bon pour moi ? - Je suis ta fille.
- Quoi ? - Je suis ta fille.
- Alors tu me connais pour autant ?
Sais-tu ce qu'il m'a fallu pour en arriver là ?
Et...
"Neptune" (François Ier)
...
- Euh, pardon. On reprend au-dessus...
...
Notification
...
...
- Pardon.
...
- Un gin to', s'il te plaît.
- Pareil, la même chose.
- Comment ?
- Un gin to', s'il vous plaît. - OK.
...
- T'es toute seule ?
Je suis avec des potes, si tu veux venir.
- Non, merci.
- Tu fais quoi dans la vie ?
- Moi ? - Ouais.
- Je suis comédienne.
- T'es comédienne ? - Ouais.
- C'est classe !
Théâtre, cinéma ?
- Un peu des deux, mais plutôt cinéma.
- Trop bien. T'as tourné dans quoi, si c'est pas indiscret ?
- Là, je passe des castings. Mais ça va venir.
- C'est pas trop dur ? - Ca va, je me débrouille.
- Tu te débrouilles ? - Pas mal.
Pas mal. Tout va bien. - Hm-hm.
C'est pas la folie. Je sauve pas la planète.
- Quoi ? - Je sauve pas le monde.
- Ah ouais, c'est sûr.
Mais après, si ça marche pour toi, tant mieux.
T'es jeune...
- Si ça marche, c'est bien. Mais qu'est-ce que tu construis ?
Je pourrais faire autre chose.
- Genre quoi ?
- Les huîtres. - Des huîtres au lieu du cinéma ?
- Ouais, en Bretagne.
Ou alors je pourrais faire des études ailleurs.
- Tes perspectives sont larges.
- Et toi, tu fais quoi ?
- Je suis graphiste. - C'est cool.
- Ca fera 20 euros.
- 20 euros ? - C'est pour moi.
Ca me fait plaisir.
- Non, non.
Tenez.
- Merci. - Merci.
Santé. - Santé.
...
Et du coup, tes amis sont...
- Ils fument dehors.
Tu fumes ?
- Ouais.
- On va fumer une clope ? - Enfin non, je...
Désolée, je suis fatiguée. Je vais y aller.
- Finis au moins ton verre. - Non, c'est bon. Bonne soirée.
- OK. Bonne soirée.
...
♪ - Personne a une cigarette ?
♪ - Oui, Jacques.
♪ - Merci.
♪ - Un verre d'eau ? ♪ - Avec plaisir.
Allez.
♪ - Alors, maintenant que c'est fini, que ressentez-vous ?
♪ - Ben je suis fatigué.
Et puis je suis un peu embêté, parce que...
pour mon dernier tour de chant, je suis aphone.
J'aurais voulu être en forme
et je le suis pas du tout.
♪ - Vous avez pas un peu de nostalgie ?
♪ - Non.
J'aurai de la nostalgie un jour, mais pas maintenant.
Si j'en avais maintenant, ça voudrait dire que...
que je me serais tout à fait trompé.
♪ - Vous avez pas l'impression que tous ces bravos...
ça va vous manquer ? Une porte s'ouvre.
♪ - Je répondrai dans un an...
- Ca va ? - Ouais.
- T'as dîné ? - Ouais.
♪ - Là, je ne dirais que des idioties.
♪ - Il y a de la tristesse dans ce que vous racontez.
♪ - Ah non, pas du tout. Mais oui...
- T'es jeune pour faire des films.
T'avais pas envie d'autre chose ? - Comme quoi ?
- Des séries ?
Je veux dire...
qu'est-ce qui t'a donné envie ?
- Ca t'est jamais arrivé de ne pas te sentir à la hauteur ?
Que tout était là devant toi,
mais que t'as pas su profiter du moment.
- Si, mais si c'est pas arrivé, c'est que j'étais pas prête.
- Dans la vie, je suis assez lent. Il me faut toujours un temps.
Souvent, je regrette de pas avoir dit les choses au bon moment.
Ca aurait pu changer pas mal de choses.
- Avec des "si"...
- Dans mes films, je peux changer ça.
Je fais en sorte que les choses arrivent.
- Oui, mais c'est pour de faux.
- Oui, peut-être mais...
si les acteurs y croient, on a envie d'y croire avec eux.
- Il est malade.
- Qui ça ? - Mon père.
C'est pour ça qu'il est parti.
C'est pour ça qu'il est revenu.
Pour se soigner.
- C'est grave ?
- Il se fait opérer demain.
Tu dois l'attendre. Il a besoin de toi.
- De moi ? Elle acquiesce.
- Il se battra pas s'il a pas de projet.
S'il te plaît.
Musique douce
...
Cris des mouettes au loin
...
Ca va ?
C'est pas sérieux.
- Quoi ?
- D'être ici, sur ce bateau.
- Je vais bien, merci.
Ben quoi, j'ai le droit
de savoir comment je me porte. Ou c'est interdit ?
...
Je peux pas manger salé, sucré...
Je peux pas boire ni fumer.
- C'est pour ton bien.
- Tu sais ce qui est bien pour moi ?
- Je suis ta fille.
- Pardon ? - Je suis ta fille.
- Et tu me connais pour autant ?
Tu n'as pas idée de la force qu'il m'a fallu pour en arriver là.
Du courage pour tout quitter.
Alors sois gentille, fiche-moi la paix.
Vous manquiez de rien, j'ai toujours été là.
- Mais tu nous as abandonnés.
Comme t'as abandonné maman.
- Je lui écris chaque semaine.
- Pour lui parler de tes maîtresses ?
T'as passé ta vie sur les routes.
On n'a jamais passé de temps ensemble.
- J'ai passé 15 ans sur les routes.
- J'en ai 22.
- Réjouis-toi au lieu de m'emmerder.
- Je m'inquiète.
- Je veux pas qu'on s'inquiète.
- J'ai peur. - Je veux pas qu'on ait peur.
Faut que tu t'en ailles.
Je ne supporte plus de te voir ici. C'est trop dur.
Alors soit tu rigoles comme avant, soit tu débarques.
J'ai encore le droit d'être libre.
- Parce que tu crois que t'es libre ?
Sur ton bateau avec ta fille et ta maîtresse,
à écrire à toutes les autres.
T'appelles ça la liberté ?
Quoi ? - Non, c'était bien, non ?
Honnêtement. Non ? - Hm.
Sonnerie de téléphone
- Regarde qui appelle.
...
...
- Tu réponds pas ? - Non.
- Pourquoi ?
- Je vais pas le faire, ce film.
Je suis malade.
- Le médecin dit que l'opération s'est bien passée.
- J'ai pas du tout envie de m'infliger un tournage.
Avec tout ce que ça me coûte.
Tu vois, Brel...
il a su partir au bon moment.
- Ca va te manquer ?
- De ?
- Jouer, le public...
- Oh, non. Ben non... Il souffle.
Non...
On n'a pas besoin du public, on a besoin des gens.
On a besoin de connaître le prix du pain tous les jours.
Le public, on n'en a pas besoin.
Et de toute façon, je vais te dire...
J'ai aucune envie de jouer un type malade.
Et je vais perdre mes cheveux. - Pourquoi on répète ?
- Partager un moment, faire un truc ensemble.
- Je veux passer du temps avec toi, pas Brel.
- Brel, c'est moi. Enfin, je joue...
Je sais faire que ça.
Y a rien d'autre à attendre de moi. - Hm.
Pas grand-chose, finalement.
- Pas grand-chose.
Mais c'est déjà mieux que rien.
- Brel essaie de démarrer manuellement
le tout petit moteur de l'annexe de l'Askoy.
Il tire sur la poignée du démarreur,
le moteur ne s'enclenche pas.
Il s'y reprend à plusieurs reprises
mais ne réussit à rien sinon qu'à noyer le moteur
sous les yeux de sa fille qui est assise face à lui.
En sueur, il se rend à l'évidence
et sort les rames pour rejoindre le ponton.
Tu vas me ramener à la rame ?
Le silence est pesant.
Ils évitent de se regarder.
Il rame, elle regarde vers l'horizon.
Il n'y a entre eux que le sac de voyage.
- Tu vas où, là ?
Oh ! Tu vas où ?
- Quand ils arrivent sur le ponton,
elle lance son sac sur la passerelle.
Son père lui tend la main...
Son père lui tend la main. - Oui.
- Pour l'aider à grimper sur le teck.
Elle monte sur le ponton.
Ils se regardent une dernière fois.
Un dernier regard. Elle est bien plus haute que lui.
Bon, salut.
Tu pourrais dire au revoir.
- C'était pas dans le texte. - Allez, papa, reviens.
Reviens, on va pas se quitter comme ça.
- Tu veux qu'on improvise, c'est ça ?
Bon, ben salut.
- C'est ça, ton impro ?
- T'as ce qu'il faut ?
De l'argent, ton passeport. - Ca ira, t'inquiète.
- Attends. Je t'accompagne.
Donne-moi ton sac. - Non, ça va.
- Allez.
Tu sais,
j'ai très mal connu mon père.
On parlait pas.
A l'époque, c'était comme ça. C'était différent.
On en attendait moins des parents. On était moins exigeants.
- Vous aviez peut-être plus confiance en l'avenir.
- Peut-être.
Vous êtes plus sérieux.
Moins insouciants.
J'aurais adoré que mon père me propose
de partir avec lui sur son bateau.
Lou soupire.
"The Gypsy Faerie Queen" (Marianne Faithfull)
Quoi ? Tu me dis "on improvise", on improvise.
...
T'aurais préféré que je te chante "Ne me quitte pas" ?
...
C'était un génie, ce Brel.
...
- Papa ?
...
Je t'aime.
...
- Il est à quelle heure, ton train ? - Papa, c'est bon.
- Maman sait que tu reviens ? - Je rentre pas tout de suite.
- Tu vas où ? - A Paris.
- Tu vas à Paris ? Combien de jours ?
- Je sais pas, je verrai.
- Tu vas à Paris ? C'est ta vie, tu fais ce que tu veux. Il est là.
J'ai des adresses à Paris, je connais des gens.
- T'inquiète papa, c'est bon.
- T'es sûre ? - Sûre.
...
Bisous.
Tu me tiens au courant. - Je te tiens au courant.
Mais si tu restes un peu, je viendrai te voir, moi.
Je suis pas fini.
...
Musique douce
...
Sous-titrage : CINELI DIGITAL
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