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Zulu
Sanglot.
Elle soupire.
Elle soupire.
-Je pense pas que je pourrai m'allonger aujourd'hui.
Générique.
Je suis désolée...
Je m'en veux de me laisser aller comme ça.
J'arrive pas à me retenir.
Et maintenant, je suis pas sûre de pouvoir m'arrêter.
Elle soupire.
-Faites-vous confiance, vous pouvez y aller, vous avez de la marge.
Tout ce que vous ressentez a sa place ici.
Je vous l'ai dit déjà souvent.
Il y a toujours un moment où on passe un cap,
où on s'autorise.
Sanglot.
-Je pensais que ça me ferait du bien de pleurer.
-Et?
-Ça me soulage pas du tout, au contraire, ça m'épuise.
Dire que j'ai passé deux heures en bas de chez vous
à attendre ce moment, deux heures à me geler.
J'ai jamais eu aussi froid de ma vie.
C'est idiot...
Je regardais défiler les minutes sur mon portable,
je pensais à ces gens en panique qui couraient dans les rues,
qui cherchaient un endroit pour se réfugier.
Les portes étaient fermées avec ces putains de digicodes.
Elle soupire.
-Vous étiez dehors, le soir des attentats?
-Vendredi, j'étais sous la couette.
Avec Cédric.
Chacun sur son écran.
Il regardait le foot et moi, la saison 3 de "House of Cards".
C'était encore une soirée...
C'était une soirée pleine d'échanges.
Vive, surprenante... Et on arrivait
au pic de la soirée,
j'allais m'endormir,
et j'ai entendu un "oh, putain!”
Alors je me suis redressée.
Et il était tout pâle.
II avait mis les infos
et j'ai su pour le Bataclan.
Et le téléphone
a commencé à sonner...
Le temps que je m'habille, j'avais dû recevoir
une vingtaine d'appels et de textos inquiets.
Et moi, j'ai filé à l'hôpital.
Je savais qu'on aurait besoin de moi.
-Et ensuite?
-Vous avez déjà été aux urgences?
D'habitude, c'est le bordel.
Tout le monde veut être pris en charge en même temps.
Mais là, c'était...
C'était très...
C'était profondément silencieux.
Il y avait des blessés, des brancards, du sang partout,
des infirmiers que je connaissais pas...
Mais tout le monde semblait savoir quoi faire.
Personne ne se plaignait.
Même les blessés ne disaient rien.
C'était très bizarre.
C'était comme un ballet, à l'opéra.
Je suis partie au bloc
pour opérer pour les 48 heures suivantes. Sans dormir.
À un moment, on est comme en transe.
On a du mal à s'arrêter.
C'était comme une très longue nuit.
À lutter contre la mort.
Bref, voilà. J'ai fait mon job.
-Votre job?
C'est ainsi que vous définiriez ce que vous avez fait?
-Ben j'ai fait quoi?
Mon "héroïque devoir"?
-Plus tôt, vous avez
fait le lien avec des gens enfermés dehors
la nuit du 13 novembre,
comme vous, ce matin, devant ma porte.
-Vous êtes lourd,
avec vos interprétations.
Ce qui s'est passé cette nuit n'a pas de rapport.
Ça va pas le faire.
Ça sert à rien.
En venant, je le savais.
Je me suis dit : “Faut pas que je vienne."
Je suis pas en état, là.
Je préférerais... qu'on continue en face-à-face.
J'ai froid, j'arrive pas à me réchauffer.
-Si vous me disiez ce qui s'est passé la nuit dernière?
-La nuit dernière n'a rien à voir avec les attentats.
J'ai bousillé ma vie.
J'ai quitté Cédric.
Parce qu'hier soir,
après mes 48 heures de bloc, je.
Je suis rentrée, épuisée, comme vous devez vous en douter,
mais impossible de m'endormir.
Et là, il y a eu une dispute horrible.
Hurlements, bagarre. C'était le grand cirque.
Je me suis cassée de chez lui
et je me suis retrouvée dehors à 2 h du matin,
je savais pas où aller...
Je suis retournée à Saint-Antoine.
Je me sens pas bien.
J'ai envie de vomir...
Envie de vomir sur votre tapis usé...
-C'est pas grave, ça. Continuez.
-Comment ça, "pas grave"?
-Je voulais le changer,
ça me fera une bonne raison. Je vous écoute.
-Ah non, non.
Du vomi, ça pue, c'est dégueulasse.
Si vous croyez que j'ai envie de vomir devant vous,
se répandre devant son psy...
-Devant son psy ou devant moi en particulier?
-Devant vous.
-Devant moi, c'est pas grave.
Je suis là pour ça.
Vous avez attendu deux heures dehors.
Vous débarquez encore sous le choc de ce que vous avez vécu,
vous pleurez pour la 1re fois depuis que vous êtes en analyse.
Vous désirez probablement, je ne dirais pas "vous répandre”,
vous désirez me montrer une autre part de vous-même.
Alors, allez-y.
Vous êtes venue me raconter quelque chose, j'écoute.
-J'ai été prise au piège.
Cédric m'a donné un ultimatum.
II veut qu'on se marie.
C'est à prendre ou à laisser.
Soit on fonde un foyer à l'ancienne, soit on se sépare.
Il me laisse un jour ou deux pour réfléchir,
pour me décider si on va chez lui ou chez moi ou.
dans un nouvel appartement, car il a les idées larges.
Sinon, on se sépare.
II me prend toujours la tête au pire moment.
Là, dans le genre funèbre, il a battu les records.
C'est dégueulasse.
Je sortais de la douche, je m'étais servi un verre,
histoire de décompresser.
Et je le vois arriver sans crier gare avec ses grands yeux humides.
Et il me sort : “Ariane, ça peut plus durer,
"ça fait deux ans qu'on est ensemble, on construit rien,
"j'en peux plus de cette relation,
“décidons-nous, surtout après ce qui s'est passé,
“épouse-moi...
“J'en peux plus de cette relation mi-chèvre mi-chou."
Voilà ce qu'il a dit, "mi-chèvre mi-chou”, ce crétin.
"C'est qui, la chèvre?", j'ai dit.
Ça m'est sorti comme ça, pour détendre l'atmosphère, mais.
Il s'est mis à pleurer.
Je l'avais jamais vu comme ça.
Vous vous rendez compte?
-Après un trauma majeur, les gens sont dans l'effroi.
Is ont besoin de se raccrocher à quelque chose.
La variété des réactions à ces évènements peut être. surprenante.
Mais la vôtre aussi, peut-être.
Qu'est-ce qui vous a mise en colère?
-Vous trouvez pas ça déplacé?
Qu'il cherche à me manipuler comme ça?
Il croyait quoi? Que j'allais le consoler comme un bébé?
J'ai repensé à tous ces blessés, vous les auriez vus.
Comment ils prenaient sur eux!
Ils refusaient les antidouleurs, de peur que.
qu'il en manque pour les autres.
J'ai piqué une de ces crises!
Je sais plus ce que j'ai balancé, mais...
Et je me suis habillée et je me suis cassée.
En claquant la porte.
-Pourquoi dire que vous avez bousillé votre vie?
-C'est pas mon coup de colère, le problème.
Vous me connaissez pas, en fait.
Vous avez une idée de qui je suis, mais...
Mais hier, j'ai fait n'importe quoi.
J'ai complètement dérapé.
Je suis repartie deux heures au bloc.
C'était ma dernière opération.
Je sais pas comment je tenais.
C'était une trapéziste qui était en terrasse.
Le poignet brisé par une balle.
Et j'avais une envie de pleurer...
Mais je me suis retenue.
Il a fallu que je m'allonge.
Et j'ai poussé les portes du bloc, les couloirs étaient vides.
C'était désert, c'était presque redevenu...
une nuit de garde normale.
J'ai vu un infirmier inconnu.
Qui avait dû être envoyé en renfort.
Il était pas mal.
II avait une barbe de trois jours, les cheveux en brosse,
Il avait un air de Daniel Craig.
Et je sentais son regard sur moi.
Et à un moment, il me dit :
“La tristesse vous va bien."
Vous vous rendez compte du culot du gars?
"C'est tout ce que t'as trouvé? 'La tristesse vous va bien'?"
Vous êtes d'accord? La tristesse me va bien?
-Je pense que la tristesse va à personne.
-J'ai eu envie de lui.
Me demandez pas pourquoi.
Enfin, vous savez ce qu'on dit des chirurgiens?
Qu'après une dure opération ou si ça se passe mal,
on a besoin de se vider les... Je vous fais pas un dessin.
On appelle ça "le coup de queue après le coup de scalpel”.
-Freud appelle ça plus prosaïquement “la pulsion de vie”.
-Bref, ça m'a traversé l'esprit.
Mais... deux secondes, vraiment, pas plus.
Mais ça a suffi
pour qu'il s'en rende compte.
Et on est montés dans un bureau de consultation, au premier étage.
Et puis merde,
il fallait bien que ça m'arrive une fois
avant que je m'encroûte avec Cédric.
-Vous voulez dire
que vous vouliez le faire pour vous, pas pour vous venger
de l'uitimatum de Cédric?
-Bref, on a commencé à se chauffer et il m'a plaquée
contre le bureau,
il était très chaud et... Il a baissé son froc.
Ça vous choque, hein?
-Non.
-Mais ça vous excite?
-Continuez.
-Et je me suis retrouvée devant.
devant cette énorme.
Parce que c'était énorme.
J'avais l'impression d'avoir 15 ans.
Je l'ai attrapée, elle était...
Elle était chaude, élastique.
C'est comme si c'était nouveau, pour moi.
II m'a retournée contre le bureau,
il a soulevé ma blouse qui puait encore le bloc,
I a descendu mon pantalon et ma culotte sur mes chevilles.
et il a sorti un préservatif de sa poche.
Et j'ai su qu'il en était pas à son coup d'essai.
Il était prévoyant.
Et...
j'aisu que ça allait pas être possible.
Je le sentais plus du tout.
Et l'autre se frottait, prêt à la besogne...
Mais je... Je pouvais pas.
Je pouvais pas faire ça à Cédric.
Alors j'ai.
J'ai fermé les jambes.
Point.
-Sacrée expérience!
Elle rit.
-Oui, mais attendez, parce que. c'est pas fini.
Le type, il le voyait pas du tout sous cet angle.
Et...
il lâche pas l'affaire :
“Allez, t'as vu dans quel état tu m'as mis?"
Toujours avec son truc au garde-à-vous...
Et il me dit :
"Tu me fais une branlette?"
Là, j'ai halluciné.
Mais en même temps, j'étais mal.
Et j'ai pensé à vous.
-À moi?
Dans quel sens?
-Je me suis vue face à vous.
Je me suis vue venir ici
et m'asseoir sur le divan et vous raconter les choses.
-Et alors?
-J'étais sûre que vous seriez dégoûté.
J'étais convaincue que vous le supporteriez pas.
-Mais si c'était ça, votre but, me dégouter?
La raison de votre précipitation, quitte à attendre dans le froid?
Ce qui vous a poussée
à vous arracher des pattes de ce type
pour bondir jusqu'à mon cabinet?
Tout ça dans le dessein, dans la hâte de me. "dégoûter"?
-Je me suis pas arrachée à ses pattes.
ll a eu droit à sa récompense.
Me demandez pas pourquoi j'ai fait ça...
-Vous ne le savez pas ou ne voulez pas
me le dire?
-Je me suis pas lavé les mains...
J'ai envie de vomir, je reviens.
Elle vomit.
Elle soupire.
Elle tire la chasse.
-CÇa va mieux?
-Mmh. Ça va. Merci.
Vous pourrez changer votre tapis de bain.
Je suis désolée.
-J'aimerais faire un retour en arrière.
Malgré votre mésaventure, ne perdons pas de vue la question de Cédric.
-Je crois pas qu'il mérite autant d'attention.
Il a pas le droit
de me mettre dans cette position. -Laqguelle?
-La position de devoir choisir.
De devoir porter la responsabilité de tout ce qui nous arrive.
C'est facile de mettre sa réaction sur le compte des attentats.
-Ce n'est pas ça.
Les attentats, l'inquiétude de vous savoir à l'hôpital,
sans nouvelles pendant 48 heures, ont pu jouer sur ses inhibitions.
Ça les a fait sauter. Ce qu'il voulait
vous dire depuis longtemps, est sorti sans filtre,
maladroitement, comme un ultimatum, et au pire moment.
-Non, je vais vous dire ce qu'il voulait.
Comme tous ces mecs, vous épouser, vous faire des gamins,
et vous ramener à la maison.
C'est ça qu'il voulait. Je peux plus supporter ça.
-Attendez. Je pensais que c'était venu
“sans crier gare”, vous étiez en train de boire un verre.
-Oui. J'étais en train de boire un verre de vin.
Mais c'était avant, quand je me séchais les cheveux.
Il est arrivé, j'ai bien vu qu'il tirait la tronche.
Je lui ai dit : "Qu'est ce qui va pas?"
Et c'est là qu'il me sort son truc sur...
“un coup chez toi, un coup chez moi, l'engagement'.
Blablabla...
Je lui ai dit : "Oui, t'as raison.
"Il faut qu'on se décide : soit on vit ensemble,
“soit on se sépare.”
-Donc finalement,
c'est vous qui l'avez posé, ce fameux ultimatum.
-Ben non.
Non, pas du tout, puisque c'est lui qui en peut plus.
-Ne plus vouloir du "un coup chez moi, un coup chez toi”,
c'est une idée générale. Vivre ensemble ou se séparer,
c'est du concret C'est ça, l'uitimatum.
-Ben non.
Ben non, non, pas du tout.
C'est pas ça, l'ultimatum, c'est...
Pff.. J'aurais posé l'alternative,
c'est ça?
J'ai pas déclenché le conflit,
il a sauté sur l'occasion
pour m'accuser de pas vouloir m'engager, de.
à me donner qu'un jour ou deux pour pouvoir réfléchir.
Moi, j'ai dit : "OK, pas de problème."
II a pas supporté, Il s'est mis à pleurer.
Ça lui a foutu les jetons. Mais il a qu'à assumer.
-Et vous?
-Quoi, moi?
-CÇa ne vous fait pas peur?
-Mais de quoi? -La possibilité
que vous vous sépariez.
-C'est pas la question.
C'est pas ça, qui est en jeu.
-Qu'est-ce qui est en jeu dans ce que vous avez déclenché?
-Moi, je n'ai rien déclenché du tout, hein!
-Y a ceux qui parlent et ceux qui font.
Cédric tend à mettre les problèmes en avant,
pas forcément à trancher.
Peut-être ne supportez-vous pas l'incertitude dans votre relation?
Cédric n'aurait que remis sous vos yeux
un problème qui vous taraudait.
Cette crise, c'est vous qui l'avez amenée
à son point d'incandescence.
-Pas du tout.
-Je veux vous faire comprendre
que cette crise joue autre chose.
Vous avez vécu ces derniers jours des évènements très durs.
Ils influent sur votre perception de la réalité.
J'ai parlé de “trauma”, vous comprenez ce que je veux dire?
Mademoiselle Coligny,
cette crise a peut-être une cause externe.
Pourquoi a-t-elle éclaté maintenant,
à ce moment de votre existence,
de notre existence, au lendemain des attentats?
-C'est pas les attentats.
ly a.
Il y a quelqu'un d'autre.
-D'autre que la nuit dernière, à l'hôpital?
-Ca, ça n'a aucune importance.
Ça dure depuis bien plus longtemps.
-Pourquoi n'en a-t-on jamais parlé ici?
-Ben il me semble qu'on en a. beaucoup parlé.
Pas frontalement,
mais... ça allait de soi.
Me dites pas que vous avez rien remarqué.
Vous faites semblant?
-Remarqué quoi? Je crains de ne pas vous suivre.
-Dire que je me suis joué cette scène des milliers de fois...
C'était mon activité mentale principale, ces derniers temps.
-Racontez-moi cette scène.
-Vu mon imagination, il y a des variantes.
-Je vous écoute.
-Il y a deux grands scénarios de base.
Dans l'un, vous me prenez dans vos bras : "Je t'aime, Ariane."
Et vous ajoutez : “J'attendais votre aveu.”
Parce que vous me tutoyez et vous m'appelez par mon prénom.
Et puis, on s'embrasse et ensuite,
on fait l'amour...
On fait l'amour
sur le canapé ou. sur le fauteuil.
Ou même sur le...
sur le tapis. -Oui, je vois, je vois.
Et l'autre version? -C'est presque la même.
En gros. Mais... on fait pas l'amour.
C'est la version plus romantique...
Moi, j'ai une préférence pour la une.
J'ignore si vous vous rendez compte...
la position dans laquelle vous me mettez mais...
C'est très gênant.
Surtout de me dire que ça n'aurait eu lieu que dans mon imagination.
Vous faites comme si de rien n'était,
assis sur... sur votre fauteuil, comme le dalaï-lama...
-Depuis quand jouez-vous ces scènes?
Quand ça a commencé?
-Le premier jour.
lyaunan.
Au début, je pensais que ça passerait,
que c'était une étape,
un transfert, comme vous dites.
Ça n'a fait qu'empirer.
Vous êtes devenu mon obsession.
-Je me demande.
Ces scènes que vous suscitez sont parfaitement normales.
Le transfert n'est jamais loin du sentiment amoureux.
Freud dit que c'est peut-être le seul amour vrai.
On lui laisse la responsabilité de ses paroles.
Serait-il possible que ces images
que vous avez fabriquées à un moment de votre analyse,
que vous les ayez remobilisées
pour leur donner plus d'importance
parce que vous en avez besoin, maintenant?
-Besoin de quoi?
-Vous venez de vivre une expérience terrible qui a mis à mal
vos repères et vous chercheriez une issue à cette crise.
-C'est absurde!
-Cette interprétation peut vous choquer,
ça s'appelle la résistance.
Mais je suis votre analyste.
Je suis pile l'homme que vous ne pouvez pas avoir.
Il y a des règles et vous le savez.
C'est grâce à ces règles que vous pouvez venir
pour remédier à cette crise...
-Mais y a pas de crise.
C'est à cause de vous.
Puisque vous tenez
à savoir ce qui s'est passé pendant cette longue nuit
qui a duré 48 heures,
à un moment, je fumais une cigarette au parking,
entre deux interventions,
et... tous ces corps, pleins de vie,
jeunes, lacérés par les balles, ça n'avait pas de sens...
Une heure avant, ils buvaient un coup et puis...
Et là, j'ai pensé à vous.
J'ai pensé à votre rue...
et les cafés...
et vous y étiez peut-être.
Et si ça se trouve, vous étiez mort.
Sans que j'aie pu.
Sans qu'on ait pu
se dire que...
Et là, j'ai paniqué.
J'ai cherché dans les registres, dans les admissions.
et j'ai prié...
Je vous jure, je me suis mise à prier.
Je me suis promis que si vous étiez encore en vie,
je vous dirais tout.
On peut pas attendre pour dire qu'on aime.
Et là,
entre deux interventions, j'ai pas résisté.
J'ai pris le téléphone du bloc et je vous ai appelé.
Et. sept sonneries.
huit sonneries...
et ça battait dans mes tempes...
J'avais l'impression que mon cerveau allait exploser.
Et puis vous avez fini par répondre
et là, j'ai.
J'étais soulagée.
Mais j'ai paniqué, je savais plus quoi dire, j'ai raccroché.
-C'était vous, le coup de fil du samedi à l'aube?
-Mais quand l'infirmier m'a adressé la parole hier,
c'était à ça que je rêvais.
Au moment où j'allais tout vous dire.
Même quand on était dans le bureau de consultation,
je me suis raconté que c'était vous.
Alors que pas du tout, ce type en caleçon rayé, c'était l'horreur.
Et je sais bien que vous êtes impossible.
C'est ce que je me dis à la fin de chaque séance.
Mais c'est...
C'est mon ventre, mon corps, ils comprennent pas.
Toutes les cellules dont je suis constituée
pensent le contraire.
Vous pouvez m'expliquer pourquoi?
Vous allez me dire que c'est le trauma.
Mais moi, le trauma, c'est vous.
Et ça fait des mois que ça dure.
Alors je sais que ça peut pas arriver,
que j'ai aucune chance.
Vous inquiétez pas, je vais pas faire ma Glenn Close
dans "Les Liaisons fatales”,
à vous appeler jour et nuit, à devenir amie avec votre femme,
à vous cuisiner le lapin pour les gamins, non.
Mais là, je sais juste...
J'ignore comment retourner à ma vie.
Même à l'hôpital.
Et à cet ultimatum dérisoire...
"Cédric, pas Cédric”.
Qu'est-ce qu'on en s'en fout...
Tout ce qui compte, c'est vous.
Elle soupire.
C'est là que vous me dites que la séance est terminée, non?
-Effectivement. On en reparle la semaine prochaine.
Elle rit.
J'appelle un taxi? -Ca va, je prends le métro.
-Vous êtes sûre que vous êtes en état?
Voix d'enfants.
Voix d'enfants et de femme.
Sous-titrage : VECTRACOM
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