All language subtitles for 1992 - La Sentinelle

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Original subtitles

Ça se passe en 1943, au printemps,

les préparatifs de Yalta.

Churchill arrive donc, un soir, à Moscou,

en cachette de Roosevelt, dans un petit avion.

On les installe dans un pavillon, à Moscou, avec Eden.

Le lendemain, il se retrouve dans un bureau,

avec juste Staline, Molotov, Eden.

À quatre. Et ils discutent.

Et Churchill dit :

"Ne nous disputons pas pour des choses

"qui n'en valent pas la peine."

Je cite : "Des choses qui n'en valent pas la peine."

Donc,

Churchill prend une demi-feuille de papier.

Je n'invente rien, c'est écrit.

Et il griffonne ses propositions.

"Roumanie : 90 % pour vous, 10 % pour nous.

"Grèce : 90 % pour nous, 10 % pour vous.

"Bulgarie : 75 % pour vous, 25 % pour nous.

"Yougoslavie : 50-50.

"Et puis la Hongrie, la Pologne."

Dans le silence, il tend le papier. Staline regarde le papier, comprend.

Merci.

...et sort un crayon de sa vareuse.

Un crayon de charpentier.

Et il fait un trait bleu sur le papier.

Comme un maître d'oeuvre, pour approbation.

Churchill lui dit : "Il faut détruire ce papier.

"Plus tard on dira : 'Ils ont disposé du sort de millions d'hommes.'"

Alors là, on traduit. Staline éclate de rire.

Il prend le papier, il le plie

et il le met dans la poche de Churchill.

Et voilà comment on fabrique un monde.

- Tout ça, c'est fini, aujourd'hui. - Eh oui !

La résistance, les camps...

Parfois, on se demande si on n'a pas rêvé ce monde.

Non ?

- Vous n'avez pas froid ? - Mais non !

Ne sois pas inquiet comme ça, tout le temps.

- Tu es content ? - Euh... oui. Je crois.

C'est bien.

Dis à ta soeur qu'elle m'appelle, quand elle a le temps.

Vous pouvez appeler en PCV.

Maman, il faut qu'on y aille, là.

Tu as bien 5 minutes.

Et Jean-Jacques va m'attendre.

Je ne dois pas rater ce train.

On s'en va. Amen.

Je suis resté 3 jours.

Bonn, Aachen...

Putain ! Eh ben, au bout de 3 jours,

fini ou non, je te jure, je bouclais ma sacoche,

et merde !

Il fait un froid, en plus, à Aix. Non ?

- Toi, tu es resté... - Ben, 25 ans.

Tu es né là, toi. Mais qu'est-ce que tu as fabriqué ?

Je ne sais pas. J'ai travaillé.

Quand j'étais môme, mon père était en poste à Londres.

Ça, c'était bien. Très bien.

Après, on est venus moisir ici 5 ans, avant le retour à Paris.

5 ans ! Tu te rends compte ? Tu veux dormir ? Je t'emmerde ?

- Non. - Dis, si tu me trouves emmerdant.

- Ne te gêne pas. - Non. Pas du tout, non.

De toute façon, je ne pourrais pas dormir. Trop tôt.

J'ai toujours peur de ne pas dormir.

- Tu prends des médicaments ? - Non. J'aime pas les médecins.

Je ne dis pas ça pour toi. Un médecin me dira :

"Faites du sport." Mais si je ne dors pas,

c'est pas à cause du sport, c'est parce que je suis emmerdant.

Ça me réveille. Avec moi, les gens s'ennuient.

C'est un problème, au travail, non ? Dans la diplomatie, surtout.

Mais qui ça, "les gens" ?

Les gens ! T'emmerdes pas les gens, toi ?

Enfin, à Aachen, c'est vide.

Tu ne risques pas de faire chier grand monde.

À Paris, c'est différent.

Mais tu vois, je t'emmerde.

Allez, laisse ! T'as raison.

Tu es trop jeune pour compatir, et tu as bien raison.

Bonsoir, messieurs.

Douanes françaises. Vos papiers, s'il vous plaît.

Bonsoir, messieurs. Je peux voir vos papiers ?

Merci.

Attendez 5 minutes.

Il y a un problème ?

Vous n'avez pas fait valider votre passeport.

Je suis désolé, mais vos papiers ne sont pas en règle.

Vous n'avez pas de visa.

Je n'ai pas besoin de visa, je crois.

Une carte d'identité ?

Il est français, il va en France. Où est le problème ?

Il est résident à l'étranger.

Justement, il rentre ! Il n'a pas besoin de visa.

Vous allez nous suivre. Hop !

C'est dingue ! Je suis rédacteur aux Affaires étrangères.

J'ai ma carte diplomatique.

Secrétariat des Affaires stratégiques. Ça va ?

Son père est attaché militaire au consulat d'Aachen...

Laisse. Je pense que c'est parce que...

- Mathias, ne bouge pas. - Ça va, je ne bouge pas.

Tu vas me suivre au wagon de contrôle. C'est pas grave.

- Toi, ouvre sa valise. - Tu veux que je vienne ?

- La noire ? - Non. Ça va. Je vais avec eux.

Vous saignez du nez. On va vous nettoyer ça.

Barillet ?

C'est quoi, cette connerie ? Il est blessé ?

Tu m'excuses, hein ? Je fais un petit peu de ménage.

Mathias Barillet.

J'ai regardé un peu dans tes affaires.

- Ça ne t'embête pas ? - Non.

Et pourquoi tu es là,

et que c'est moi qui ai tes malles ? Hein ?

Je ne sais pas.

Comment ça, tu ne sais pas ?

Tu dois bien avoir une petite idée, non ?

Vous cherchiez...

Vous pensiez qu'il y avait quelque chose.

De la drogue. Hein ? C'est ça.

Ou alors des secrets. Des documents secrets, des secrets militaires.

Non. Mais tu te vois, toi, faisant le porteur de valises ?

Assieds-toi.

Mais pour qui tu te prends ? Pour l'élu en mission ?

Eh non !

Il n'y a rien dans les malles. Elles sont vides ! Un désert !

C'était même pas la peine de vérifier.

Mathias Barillet.

Tu es étudiant en médecine légale, c'est ça ?

Oui.

Alors tu t'occupes des morts ?

C'est bien. Il faut s'en occuper.

J'aimerais bien savoir pourquoi tu n'es pas diplomate ?

Hein ? Comme ton père ou comme ton copain,

le clown qui voyage avec toi.

Ça ne t'intéressait pas, la diplomatie ?

Tu n'avais pas envie ?

Je m'intéresse à toi. Je veux savoir.

Qu'est-ce que vous me voulez ?

Je te dis, je veux savoir qui tu es.

Tu as des amis ?

Eh non ! Non. Tu n'as pas d'ami.

Tu es seul, tu ne sers à rien.

Tu es zéro.

Pas d'ami, pas d'ennemi.

C'est normal. Tu ne peux pas avoir des amis,

si tu ne fais rien pour eux, tu comprends ?

Tu veux m'aider ?

Oh ! Ça y est, tu vas te plaindre.

Je n'ai rien à voir avec tout ça. Vous vous trompez de personne.

Mais regarde-moi. Regarde-moi !

Pour moi, tu es coupable. Que ce soit maintenant ou demain.

Tu y viendras, parce que tu es une salope !

Toi, tu es tout propre, avec juste un petit caillou de merde au milieu !

Plus tu vas grandir, plus la salope en toi

va grandir dans ton corps d'enfant,

elle va se remplir comme un gant !

Elle va te bouffer la vie.

Mais moi aussi, je vais te bouffer la vie !

Tu es tout fier d'être innocent, là !

Mais s'il y avait un poil de cul, dans tes malles,

il y a longtemps que je t'aurais mis dans ce cachot !

Ah, j'espère que tu n'as pas d'amis ! J'espère pour toi.

Regarde ! Ta vie de merde...

Regarde !

Chaussettes et slibards !

Putain, c'est à pleurer !

Allez !

Ramasse ça.

Tu as honte, hein ?

Tu n'aimes pas qu'on fouille dans tes affaires.

Tu trouves ça injuste.

Mais le monde est injuste. On ne t'a pas appris ça à l'école ?

Pourquoi vous m'avez fait venir ?

Vous saviez que je n'avais rien dans mes malles.

Pour te voir.

C'est agréable, de parler un peu, non ?

Et puis, tu vois : je suis comme toi, j'ai pas d'amis.

Alors j'ouvre ton cul, et je me sers. Tu es un objet, pour moi.

Allez, maintenant, ramasse ça !

Et va-t'en !

Tu me passes une cigarette, s'il te plaît ?

Ils voulaient quoi, ces connards ? Ils voulaient quoi ?

Rien. Vérifier mon identité... Pas de drogue... Je ne sais pas.

Ils t'ont fait chier ? Tu veux qu'on aille voir ? Ça va ?

Non. Ça va. C'est fini. Ça va.

Tout est OK.

Je suis mort. T'es pas trop vanné, toi ?

Non, non. Ça va.

C'est grand, hein ?

C'est Paris !

Excusez-moi. On est tout ça, en médecine légale ?

Non. Ça, c'est le tronc commun de médecine spécialisée.

Tu étais en Santé publique, toi ?

Ta filière.

- Ah oui ! Je crois, oui. - Ouais.

C'est la travée qui est là-bas.

En principe, là, je dois avoir l'équivalent de l'internat.

Avec un papier de la préfecture allemande. On est à la fac, ici.

Je suis inscrit à l'université.

- Oui. Mais c'est en allemand. - Évidemment, c'est en allemand !

Oui.

C'est pas grave. Je vais demander à l'Institut.

Bonjour.

- Vous êtes interne, c'est ça ? - Oui.

Venez.

- Vous êtes en toxicologie ? - Oui.

Moi aussi. La bio.

L'ana-path.

- Les autopsies, vous avez vu ? - Non. Mais je connais.

- En haut, la toxicologie. - Bien.

J'ai travaillé 12 ans en toxicologie, avant d'exercer ici. C'est la base.

Vous voyez, ça, c'est comme une photo.

À telle heure, tout s'est arrêté. Enfin presque.

C'est un morceau de temps.

Bonjour.

Liquides gastriques, aussi.

Les différents stades du transit intestinal.

Datation. Vous l'avez eue au programme ?

Oui. L'année dernière.

Et en laboratoire aussi, à Aix-la-Chapelle.

- C'est pour moi ? - C'est un suicide, je crois.

C'est une dame qui est arrivée hier. 327.

La cinquantaine.

Ça va ?

- Pas trop dégoûtant, non ? - On s'habitue.

Bonsoir.

La sortie.

Alors, ça vous a plu, la visite ?

Vous êtes preneur ?

Au revoir. Je vous remercie beaucoup.

Allô ?

Oui. Ça va.

Excuse-moi, je saigne un petit peu du nez.

Où tu es ?

Si, si.

Oui.

Oui.

Oui.

Ah oui ! Je finis de m'habiller et j'arrive.

À tout à l'heure.

C'était quelqu'un de chez nous ?

Il était en tenue, en uniforme ?

Euh... non. Il était en civil. Un monsieur d'un certain âge.

C'était pas de chez nous.

Mettez votre adresse, de toutes les façons.

- Regarde. - J'ai pas encore d'adresse.

- Je viens juste d'arriver. - Oui. Et alors ?

Votre service s'occupe du contrôle et du wagon de douanes.

Même s'il n'est pas de chez vous, vous devez être au courant.

Il y a 8 services de sécurité différents dans le train, alors...

Je veux savoir qui était responsable du contrôle !

Si c'est un autre service, on ne retrouvera pas !

Et contre de l'argent, c'est pas possible de...

Je peux pas donner des renseignements qu'on n'a pas

sur un service où je ne travaille pas !

Mon petit Mathias !

Bonjour. Ça va ?

Ça va, ouais.

Bienvenue.

Bienvenue.

Tu me reconnais ?

Ben oui. Je te reconnais. Bien sûr.

Tu es sûr ?

Ouais. Je suis sûr.

Bon.

- Maman va bien ? - Elle va bien. Elle t'embrasse.

Putain, embrassez-vous ! Vous pouvez vous forcer un peu, non ?

Bonjour.

Bonjour.

On dépose un dossier, ce soir.

Pour le festival de Moscou. C'est génial, si on est sélectionnés.

- C'est un concours. C'est pas sûr. - Ça va aller !

C'est lui qui dirigerait.

- Peter... Tu l'as connu ? - Mais non. Il le connaît pas.

On chante. On va faire un récital. Ça t'impressionne ?

On a un duo de Delibes. Moi, mezzo, et Marie, soprano.

Ça t'impressionne pas ?

Si ça marche, putain, je suis chanteuse !

- Moi aussi. Professionnelles ! - Tu te rends compte ?

Vous connaissez les décideurs ?

- Un peu. - Les services culturels

du Quai d'Orsay. C'est Philippe de Varins qui nous appuie.

- Vous avez vos chances, alors. - On touche du bois.

Il est content, mon colonel. Ça va ?

- Oui. - Ça va ?

Attention ! On prépare ses verres...

À vos succès ! À nos artistes !

Ça va ?

Vous arrivez juste quand ça commence à se dégeler.

C'est Varins. Il dépose le dossier pour les filles.

Je le connais. Quand j'étais petit...

- Va lui dire bonjour. - Non. Je ne vais pas l'emmerder.

Non. J'avais 7, 8 ans. Il ne se souviendra pas.

Je gueule : "Je travaille aux Affaires stratégiques."

Je sors ma carte diplomatique. Mathias se lève pour dire un truc...

Tac ! Les deux mitraillettes braquées.

Armes au poing ! Quatre flics ! Hein, Mathias ?

Je me dis : "C'est fini ! On va m'abattre comme un chien."

- Mathias, couleur de cette nappe. - N'exagère pas !

Comme cette nappe !

Que tu es con ! Tu racontes ça mille fois.

C'est la 1re fois ! Pour une fois que je suis un héros, merde !

Il t'irrite, Jean-Jacques, avec son histoire !

Qu'est-ce qui s'est passé ?

Je ne sais pas. Ils m'ont contrôlé.

Et pourquoi pas Jean-Jacques ? Que te voulaient-ils ?

Mais je ne sais pas. Comme papa était diplomate,

ils ont voulu contrôler, c'est tout.

Le père de Jean-Jacques aussi est diplomate.

Ouais. Je sais bien.

Ouais.

Bon. Ça va, maintenant.

C'est terminé. Tu es à Paris. Non ?

On va se voir, tous les deux. Tu veux ?

Si tu veux venir chez moi ou qu'on se voie...

- Hein ? Tu m'en veux ? - Non, non.

Si ! Je ne suis pas rentrée pendant longtemps, alors tu me détestes.

Non. Mais... je ne sais pas. C'est les gens, quoi !

Tous les gens, ici, on les connaît, non ? C'est les gens de Berlin,

tous ceux de Bonn... C'est horrible, quoi !

Non. On a gardé des liens, et tu es resté tout seul en Allemagne.

Il faut que tu t'amuses, maintenant.

Et que tu t'habilles. C'est moi qui vais t'habiller.

Regarde, tu es sale comme un peigne.

Tu es beau. C'est vrai.

Quand je t'ai vu rentrer...

Tu as changé. Ça me fait bizarre. Tu es un homme !

Ça me fait bizarre.

- Tu trouves que j'ai changé ? - Non.

- Allez, William ! À ton tour ! - Ouais !

- Je ne sais pas chanter. - Tant pis ! Danse !

Je ne sais pas non plus.

Je ne sais rien faire. Vous voulez que je me déshabille ?

- Oui ! - Non. Je récite quelque chose ?

Oui...

Bon ! "Voici l'hiver de notre déplaisir

"changé en glorieux été par ce soleil d'York..."

Vous allez voir, il va tout réciter.

"Moi qui suis rudement taillé et n'ai pas la majesté de l'amour

"pour me pavaner devant une nymphe aux allures de putain,

"moi en qui est tronquée toute noble proportion,

"que la nature décevante a frustré de ses attraits, moi qu'elle a..."

"Moi qu'elle a envoyé avant terme...

"Avant terme dans le monde..."

"Avant terme dans le monde des vivants, difforme, inachevé,

"tellement estropié que les chiens aboient quand je claudique.

"Eh bien, moi, dans cette molle et languissante époque de paix,

"je n'ai d'autre plaisir pour passer les heures que d'épier...

"mon ombre au soleil et de décrire ma propre difformité.

"Aussi, puisque je ne puis être l'amant qui charmera ces temps,

"je suis déterminé à être un scélérat

"et le trouble-fête de ces jours frivoles."

Je sais... Shakespeare, Richard III. Merci.

William, voici Mathias, qui s'installe à Paris.

- C'est le frère de Marie Barillet. - Bonsoir.

Jean-Jacques m'a dit que tu avais des adresses pour des appartements.

Tu cherches quelque chose ?

- Non. C'est pour Mathias. - Non. Je n'ai rien.

Je cherche pour moi, en ce moment.

C'est pas grave.

On va passer à ton hôtel.

Au revoir. On prend tes affaires, et puis on va chez moi.

Au revoir.

- Tu as tes malles à l'hôtel ? - Non. C'est une valise.

Mais ça va. Je préfère comme ça.

- S'il te plaît ! - Ah non ! Vraiment.

Bonsoir, monsieur.

Bonsoir. La 610.

- Quel numéro ? - La 610.

- Voilà, monsieur. - Merci.

Je t'emmerde.

Tu fais chier. Je t'emmerde.

Viens me chercher...

au lieu de me tourner autour.

C'est toi qui m'a mis la tête ?

Tu n'avais qu'à me la donner.

Ce n'est pas toi ?

Si. C'est toi.

Bonjour.

Bonjour, monsieur.

Je suis Paul Macaigne.

Je précise que je ne vous verrai pas avant le 2e semestre.

Je suis médecin, pas enseignant.

Pour ceux qui souhaiteraient

changer de spécialisation après cette séance,

vous vous adressez au secrétariat : Mme Nappé.

Ce sera ni la 1re ni la dernière fois.

OK.

On y va.

Tenez, prenez ça. Vous écrirez l'observation.

Autopsie numéro 16 134.

Patient : non identifié.

Renseignements cliniques : sans.

Circonstances de la mort...

Circonstances de la mort ?

Je ne le sais pas.

À déterminer.

"À déterminer." Bien.

Bon.

Aspect extérieur : corpulence moyenne, teint clair,

cheveux noirs, une cannette est enfoncée aux deux tiers dans l'anus.

Donc, lésions à examiner...

Tenez, vous pouvez noter.

Prenez des gants et une américaine. On va le retourner.

Sachet plastique.

- Comme ça ? - Oui. Mais tenez-le bien.

Mais aidez-le, merde ! Ça va, on est 8, 9 !

6 : incisives et canines en parfait état, de teinte jaunâtre.

7...

narines obstruées par des caillots de sang sec.

8 : sur la poitrine, traces de brûlures rondes,

vraisemblablement des cigarettes.

Mêmes traces sur les parties génitales : testicules, pénis.

Tenez, il faut peser le coeur.

450.

- Que cherche-t-on ? Vous ? - Je ne sais pas.

On a vu des lésions externes.

Donc on cherche des lésions internes, des coups.

Est-ce que le corps a été brûlé avant ou après la mort ?

Avant. Il faudrait voir en hématologie.

La bouteille ?

Avant le décès. Il y a un épanchement important de sang.

Les hématomes étendus au périnée.

L'avocat va plaider l'homicide involontaire,

les circonstances atténuantes. Donc il faut le coincer.

Combien de personnes l'ont violé ?

Est-ce que c'est un viol ?

Ils diront tous qu'il était consentant.

Il faut analyser le sperme. S'il y a un type de sperme

ou plusieurs. Et à combien ils étaient.

Vous vomissez ?

Ça vous fait vomir, un petit putain ?

C'est la bouteille dans le derrière ?

Vous préféreriez diagnostiquer une thrombose de la carotide ?

Ça fait sale. À sa famille, vous leur direz :

"La mort de votre fils me fait vomir" ?

Ce sont vos patients, hein !

Vous n'êtes pas là pour pleurer, non plus.

C'est un travail.

Déterminer les causes en examinant les effets, quels qu'ils soient.

Je ne veux plus voir personne ni pleurer ni vomir !

C'est malin !

Pardon. Vous savez s'il faut préciser les mentions ?

Non. Tu mets l'année de passage, 1989-1990.

OK ? Classe supérieure et ta fac. Voilà.

Évidemment.

- Je te remercie. - De rien. Je t'en prie.

"Mathias Barillet..."

Comme un barillet.

Ça, c'est neuf !

Tu es en légale, aussi ?

Ah, pas touche !

Ouais. Je fais mon 6e semestre ici.

Simon Asher, légale et ana-path.

- Tu es juif, alors ? - Ça te regarde ?

Je ne sais pas. J'ai demandé ça comme ça. Je n'ai pas réfléchi.

Ouais. Eh bien, abstiens-toi. Je te demande si t'es antisémite ?

Excuse-moi. Si je t'ai offensé. Ce n'était pas mon intention.

"Offensé" ? Mais qui tu es ?

De quoi tu parles ? Tu rêves, là !

Attends... je n'ai rien contre les Juifs !

J'ai dit ça, je ne sais pas...

"Asher", c'est un mot... C'est en allemand...

Ah, c'est mon nom ! OK.

J'avais peur que tu me dises ça à cause de mon gros nez.

Mais moi, je ne suis pas "les Juifs" !

Et mon nom, il t'emmerde !

D'accord ? Moi, je ne t'aime pas. Ça va, comme ça ?

Je suis énervé, car on m'a donné quelque chose que je devrais jeter.

Je n'y arrive pas.

Je me demande. Je ne sais pas ce que je dois en faire.

Ça me préoccupe beaucoup, quoi. Je suis énervé.

Quoi ?

C'est une tête d'un mort.

Quoi ? On t'a donné quoi ?

C'est idiot, mais en fait, on m'a donné une tête.

Attends...

Non. Je sais. C'est dans mes affaires.

Mais pour ça, il a fallu qu'on me la donne.

Ah, ouais ! OK, je vois. C'est des sauvages allemands...

Je te jure, j'ai une tête d'un homme.

Ben, donne-la aux flics.

Je ne comprends pas et ça ne m'intéresse pas.

On me l'a peut-être pas confiée pour ça.

Peut-être pour quelque chose.

Tu es assermenté dans 2 ans ? Le recel de cadavre,

c'est l'article 359 du code pénal. Tu as aussi violation de sépulture,

article 360. Plus encore, entrave à l'action de la justice.

Je sais, ça fait 2 jours que j'y pense.

Je n'arrive pas.

Je n'arrive pas à le jeter.

Si on te chope, tu pourras plus exercer.

Alors tu la fous en l'air ou tu la donnes aux flics. Salut.

Allez !

J'ai vérifié du début à la fin. Il a ouvert ta valise

sous mes insultes et il l'a fermée sous mes insultes.

Il a fouillé 5 minutes, et je ne l'ai pas lâché.

- Il te manque un truc ? - Non... Enfin, si.

Arrête, c'est grave !

J'ai vérifié sous les banquettes. Il a à peine défait tes affaires.

J'ai dû les oublier. C'étaient des papiers.

- C'est pas... - Chiant ?

Non. Des paperasses. Je vais appeler ma vieille mère.

Vous êtes cons, aussi. Excuse-moi. Mais vous seriez passé

par la valise diplomatique, pas de problème.

Je suis là, dans mon bureau, ma petite case,

la fourmilière... On est censés faire l'Histoire...

- Gosse de riche ! Héritier ! - Toi pareil !

- Mon père était employé de mairie. - Et alors ?

On a tellement voulu le pouvoir,

les concours, les stages...

Et on arrive à l'âge où on obtient ce qu'on désire,

et rien que ça.

Elle est vachement belle. Ce salaud est habilité Secret Défense.

La carte magique. Tu es jaloux ?

Non. Pourquoi ?

Et en plus, ce con est jaloux ! Rentrer à la DGSE, ça se mérite.

- On y va ? - OK.

Je ne te promets rien pour l'appart.

On va voir si la bonne femme a autre chose pour toi, sinon...

Je suis dans la merde, moi.

J'habite chez des gens. Le parasite de merde !

Moi, je suis à l'hôtel.

L'horreur !

Et sinon, tu fais quoi, dans la vie, à part ton hôtel ?

Des études de médecine.

Générale ?

Non, non. Pathologie. Médecine légale.

La morgue.

Ben, c'est super ! C'est rare, en plus, non ? C'est intéressant ?

Pourquoi tu te marres ?

Parce que tu es la 1re personne qui me dise ça.

D'habitude, les gens trouvent ça affreux.

Ben, ils sont cons.

La morgue, c'est super ! Hein ?

Alors prises, interrupteurs,

poignées de porte, c'est à la charge du locataire.

Je me suis fait voler déjà une fois, alors pas deux.

Qu'est-ce qu'elle dit ?

Elle ne baisse pas. C'est 9 500.

Moi, je peux mettre 6 ou 7 000, j'ai des tunes, mais merde !

C'est con. C'est vachement bien.

Tu peux mettre combien ?

Je cherchais quelque chose dans les 1 000, 1 500.

Tu as une chambre de bonne, pour ça.

Putain, 9 500 balles ! Quelle salope !

7 500, 2 000. Tu as la cuisine et la salle de bains.

Grande pièce ? Petite pièce ?

Moi, la petite chambre me va très bien.

C'est nul, on ne se connaît même pas. William Mahé.

Sans blague, ça te dit ?

Je te préviens, j'ai un caractère de chien, je suis encombrant...

Et j'aime pas parler avec les mecs. Les filles, oui.

- On n'est pas obligés de se parler. - Bien.

- Sans blague ? - Ouais.

Bon. On lui pique son appart.

Si. Vous êtes responsable.

On est responsable tout le temps, alors...

De tout ce qui nous entoure.

Peut-être vous vous sentez plus responsable de ça ou de ci,

parce que ça vous arrange.

Il y a un peu d'orgueil, non ?

Je n'ai pas de code à vous donner. Je ne sais pas.

Vous êtes croyant ?

Moi, non. Mais lui, peut-être.

Mais lui, il est mort, vous m'avez dit.

Vous m'avez bien dit qu'il était mort ?

Alors il n'y a plus rien à faire.

Mais si je suis le seul à savoir qu'une personne est décédée,

que rien n'est fait, pas d'enterrement,

le corps traîne,

c'est comme s'il y a un reste qui attend,

et que je dois faire une chose

pour qu'il ait sa dignité.

Ici, les croyants ont l'habitude de faire célébrer une messe,

puis un office de bénédiction, lors de la mise en terre.

Ce n'est pas un sacrement. Les goupillons, la terre consacrée,

c'est des bénédictions. Il n'y a pas de magie.

Il faut deux personnes au moins, pour un sacrement.

Le prêtre et un fidèle.

Si vous ne croyez pas, moi, je ne peux rien faire avec un mort.

Bon. Alors on fait une messe, c'est ça ?

Si vous êtes en dehors de l'Église, ça n'a pas de sens.

Il faut l'enterrer ou l'incinérer. Ça fait pas de grande différence.

Bon. Je ferme.

Pas de sacrement pour un cadavre. Ce n'est rien, c'est un objet.

Je peux donner un coup de pied dedans, taper dedans ?

Non. Faites une messe, mais pas ici.

Il est de quelle confession ?

- Je sais pas. Ça change quoi ? - Ça n'a pas d'importance.

Ça dépend de vous. Maintenant, on ne refuse personne.

- Tu es déjà levé ? - Ouais.

Il est 5 h, non ?

Je vais me recoucher.

- Ça va ? - Ouais, ouais.

- Tu as fini, là ? - Ouais.

Tu le ramènes au magasin.

- Tu leur donnes la fiche avec. - OK.

Putain, il fait chier, merde !

Votre père vous fait encore lambiner ?

Vous ne travaillez jamais, vous !

Excusez-moi. Midi, c'est la pause.

- Salut. - Bonjour.

Vous êtes transie. Si vous voulez vous réchauffer, n'hésitez pas.

Faites vos saloperies. Ça ne m'intéresse pas.

Ah ! Ça vous fait peur ?

Non, pas du tout. Ça me laisse de marbre.

Qu'est-ce que tu fous ? J'attends depuis 2 heures !

Garde ma sacoche. Je passe au secrétariat. J'arrive.

Putain, j'ai la haine !

Qu'est-ce qu'il fout, cet imbécile, à nous regarder ?

C'est un provincial, c'est sûr.

- Vous lui avez tapé dans l'oeil. - C'est malin !

Je vais lui demander.

- Vous lui avez fait peur. - Non.

Il pensait que vous étiez de la famille de la victime. Il s'excuse.

Enfin, il nous prie de bien vouloir l'excuser.

C'est un provincial.

Dès que tu as fini, tu la mets en route.

Hein ? Il y en a pour 10 minutes. N'oublie pas d'enlever le carrousel.

D'accord.

Je vais dire à Nicole de balancer le standard ici.

- Bon. On y va ? - D'accord.

- Mathias, tu viens manger ? - Non.

Tu peux le laisser là, ça va. Attends.

- Tu veux un drink ? - Attends, attends...

C'est comme les Indiens, là... Jivaros.

Ouais. Mais lui, c'est un Blanc.

Elle est vieille ?

Il faudrait faire des analyses. Mais je ne pense pas. 6 mois, 1 an.

1 an et demi, maximum.

Ah ouais ! C'est vachement frais. Et qui c'est ?

Tu connais quand même celui qui te l'a donnée.

Je ne sais pas vraiment. Mais ça ne change rien.

Ah bon ?

Il faut bien que quelqu'un s'en occupe.

T'es con ? Il serait mort il y a 30 minutes, je ne dis pas, mais là...

N'y touche pas ! Pardon.

Excuse-moi. N'y touche pas, c'est tout.

Mais qu'est-ce que tu vas en faire ?

Je ne sais pas. Là, je le regarde un peu.

L'enterrer.

Ben, écoute, le jour où tu veux me dire où tu l'as trouvé,

je serai avec toi. OK ?

Mathias...

Je ne suis pas allemand, hein !

- Je m'excuse pour l'autre fois. - Non, pas du tout. C'est moi.

Si. J'étais énervée.

- Je m'appelle Mathias Barillet. - Je sais. J'ai demandé à mon père.

Claude.

- Asseyez-vous. - Non. J'attends mon père.

Il n'est pas passé. Peut-être il est en haut.

Tu fais des études de maths ?

- Tu as des schémas. - Non.

- C'est de l'histoire de l'art. - Tu fais ça ?

- Oui. - C'est formidable.

Je me suis inscrite, mais je n'y vais plus.

Tu as tort.

Je peux regarder ? Qu'est-ce que c'est ?

Des schémas. C'est la vision et le regard.

- Deux personnes qui se regardent. - Ça a l'air assez calé, non ?

Tu veux que je t'explique ?

Ne te moque pas. C'est assez ridicule comme ça.

Pour une fois que ça sert à quelque chose.

Tu regardes mon oeil gauche.

Comme ça ?

- Non. Que le gauche. - Ouais.

Ne bouge pas. Moi, je regarde ton oeil gauche.

Là, on ne se voit pas vraiment. Ça glisse. Tu remarques ?

Bon. Attention. Toi, tu continues à regarder mon oeil gauche.

Tu regardes mon oeil gauche. Moi, je vais regarder ton oeil droit.

Voilà. Tu vois ?

- Ouais. Je te vois. - Tu vois mon regard.

Car nos regards se croisent. Sinon ils glissent.

Enfin, là, ils se coupent ici, exactement.

C'est là qui fait qu'on se regarde.

Excuse-moi. Je suis conne.

Non. C'est moi...

- Je suis conne, je t'allume. - Non. C'est moi. Je regrette.

Tu veux que je vienne avec toi ? Ça me ferait plaisir.

Non. Non, tu ne peux pas venir avec moi.

Ça ne te fait peut-être pas plaisir, t'as pas envie,

mais je sais que moi... - Comment tu parles ?

Je ne peux pas. Je ne suis pas libre.

- Salut. - Salut.

- Tu restes ? - Ça vous embête ?

Non. Tu t'emmerdes pas ?

Non. Pas du tout. Le métro, c'est jusque quand ?

Ça va. T'as le temps.

Tu chantes bien. C'est impressionnant.

Non. Pas encore. Il faut que tu apprennes le métro.

- T'as une carte Orange ? - Non.

Ça, c'est un plan de métro. Ici, c'est ta station.

D'accord.

Voilà.

T'as une carte Bleue ?

Non. Je dois aller m'inscrire à une banque française.

Tu n'as pas beaucoup d'argent.

C'est bizarre, hein, avec eux.

Non. C'est pas grave. "Plaie d'argent n'est pas mortelle."

- T'as l'air soucieux. - Non. Comme tout le monde, quoi.

Qu'est-ce qu'il y a ?

Je ne sais pas. Parce que j'arrive. C'est nouveau, quand même.

- Oh oui ! "C'est nouveau." - Ben oui !

C'est l'Institut, aussi.

Quand tu es en salle de dissection, tu as vraiment l'impression que...

Je suis au coeur, là où il n'y a plus de différences.

C'est très calme. Tu sais ce qu'il y a à faire.

Il n'y a que ça.

C'est pour ça, quand je sors, je suis un peu déphasé.

Dans le métro, ici, il y a plein de clochards.

C'est vraiment pauvre, la France.

Les gens ne s'en sortent pas du tout.

- Qu'y a-t-il ? - Rien.

Tu es de ceux qui pensent qu'on n'est pas là pour rire.

Ah ! Certains pensent...

Pour rire, justement. Plein de gens.

C'est pas grave. Il y a 2 groupes de gens.

Ouais...

Et tu fais partie de l'un ou de l'autre.

Eh ben, c'est idiot !

Je sais, c'est étonnant.

J'étais pareille, en arrivant. Mais je change.

- C'est bien, ça ! - Oui. C'est bien.

Bravo.

C'est bien que tu habites avec William. Il va te sortir.

- Ça va bien, avec lui ? - Très bien.

C'était quand ?

Ça ? En 1974.

- Tu sais ce que c'est ? - Non.

C'est un échange de prisonniers avec la RDA,

à un poste frontière.

Il y a 5 ans, il y avait des gardes.

Ils ont tué un type. J'étais en poste, là-bas.

Je ne comprends pas. Il y a des Français retenus en URSS ?

- Il y avait. C'est fini. - Maintenant, il n'y a plus.

Oui. C'est fini.

Des soldats, des types du STO.

Il y avait au moins 100, que dis-je, 200 Français, au goulag.

On n'a jamais pu les faire sortir. Khrouchtchev, Brejnev...

10 ans, 20 ans... Des vrais contentieux, quoi.

Avec Giscard, on a renégocié des prisonniers encore vivants,

mais ils n'ont jamais voulu rendre les morts, bien sûr.

Ah, regarde !

Alors, ça te dit quelque chose ?

C'est le type du train.

Vous êtes sûr ?

Là, on ne voit pas bien, mais...

C'est lui,

notre cauchemar.

L'homme que vous voyez là s'appelle Louis Bleicher.

Il a travaillé avec nous pendant des années.

Des tas de raisons personnelles.

D'ailleurs, il travaillait de façon très personnelle.

C'est eux que les Russes choisissent.

Si tu as une raison de te battre, ça peut devenir une raison

de te battre pour eux. C'est une faiblesse, comme une crampe.

Après la guerre,

il s'occupait des Français détenus en URSS.

Il avait un frère, là-bas, dans les camps.

Et son frère, là, il va sortir ?

Il est mort, bien sûr. Il y a belle lurette.

Bleicher voulait son cadavre.

On essayait de sortir les vivants.

Bleicher voulait les morts, en plus.

Il a passé la frontière, à pied, tout seul, en 1973.

Et naturellement, les Vopos l'ont arrêté.

Il a fait 1 an de prison, là-bas, et puis nous l'avons racheté.

Ce que vous voyez là, c'est sa libération.

À son retour, Bleicher a de nouveau travaillé ici.

Pas dans les mêmes services.

Dans les secteurs spéciaux de la technologie.

Les secteurs scientifiques, DGA, Cocom France.

Ils nous surveillent.

Ça fait 3 mois qu'il ne s'est pas présenté à son bureau.

Depuis, on ne sait plus ce qu'il fait, ce qu'il est.

- Plus de nouvelles. - Je ne sais pas très bien

ce que ce type veut.

Vraiment pas très bien.

Ça m'embête, monsieur Barillet. Alors je vous demande :

l'autre soir, Bleicher vous a-t-il dit

quelque chose, quoi que ce soit de spécial ?

Rien. Il me contrôlait.

Mais comment ? Il vous a bien parlé ?

Rien de spécial. Il disait que j'étais un salaud.

Mais tu es un salaud.

Mais pourquoi il s'en est pris à moi ? Qu'ai-je fait ?

Ça, c'est à toi de nous le dire.

Il ne t'a rien remis ?

Pourquoi ? Il fallait qu'il me remette quelque chose ?

Tu as retrouvé tes papiers ?

Ceux que tu avais perdus ?

Oui. J'ai retrouvé. Dans mes malles.

Monsieur Barillet, au cas où...

Bleicher vous ferait signe à nouveau,

au cas où un souvenir

vous reviendrait, faites-moi signe.

C'est réglé, tu vas voir.

Je suis désolé, pour tout à l'heure. Ce raseur...

On était inquiets pour vous.

C'est Jean-Jacques. Moi, ça va.

Vous avez changé. Enfin, vous avez grandi.

L'air grave, comme ça.

J'aime bien rencontrer des gens timides,

parce que je me reconnais.

On se ressemble un peu, non ?

Les cheveux.

- Pas la barbe, bien sûr. - On va le coincer, ton Bleicher.

Vous savez que j'ai connu son père ?

Un grand type sérieux.

- Il est mort il y a 11 ans ? - 13 ans.

C'est bien que vous soyez rentré.

Il faut s'arracher à l'enfance. En politique aussi.

- Eh bien, soyez le bienvenu. - À plus tard.

À tout à l'heure.

- Au revoir, Mathias. - Au revoir, monsieur.

Tu connais tout le monde. Tu es du sérail.

Je ne les connais presque pas, moi. Je suis médecin.

Tu parles ! Ton père était de la maison. On se souvient de lui.

Tu connais Jean-Jacques, Varins...

Tu es une star.

Non ?

Bleicher ne pouvait pas trouver un meilleur messager.

- Comment ? - Je dis : tu connais tout le monde,

tu fais un bon messager.

- C'est ça ? - Non. C'est pas ça. La 7 !

- En vue. - Non, Mathias !

En vue, pas en main.

- Tu as quelqu'un "en vue" ? - Comment ?

Comme ça, de très loin. Je n'ai aucune chance.

Incroyable ! Quel cachottier !

Je connais quelqu'un, c'est tout. C'est pas...

"En vue" !

Vous avez tous l'air de penser que Bleicher, c'est un espion,

parce qu'il va chercher son frère.

Qu'il est fou.

Moi, je trouve ça plutôt bien.

- Tu ne trouves pas ça bien, toi ? - Ce type est un espion.

Il n'est pas "bien" ou pas "bien". Il est avec nos ennemis.

S'il fait quelque chose pour nous, c'est contre nous.

Et la question, pour toi, c'est : "Avec qui tu es ?"

Il ne t'a pas tué, c'est bien.

C'est moins bien, car ça fait de toi son allié.

Sauf si tu veux être un agent double. Compris ?

Non.

Vous avez des invités. Occupez-vous d'eux, merde !

J'ai pas fait l'Orient, j'ai fait l'ENA. Alors fous-moi la paix !

Mathias, je ne veux pas être humiliant,

mais je sais ce qu'est un espion. C'est mon travail, de le savoir.

Il vend à tout le monde. On ne sait plus pour qui il est.

Avant, il était payé par Moscou et les Américains. Il est si peu cher

que tout le monde l'achète.

Il nous file des visas, des noms, des adresses :

les dissidents, les militaires.

C'est une ordure, un ami de Tamara.

J'ai laissé votre ami. Je ne sais pas quoi dire.

- Surtout, ne dis rien. - Tu ne dis rien.

Tu ne me laisses pas tomber, toi, hein ?

Viens. On les laisse.

Ne sois pas trop salaud, toi, hein ?

À la fin de la guerre,

au fond de la taïga, très loin, les ZEK étaient en camp.

Il faisait très, très froid.

Moins 40, moins 50 degrés.

Et par désespoir,

ils se coupaient la main

avec une hache, pour ne plus travailler.

Et ensuite, ils mettaient

les mains et les doigts entre les bois,

les chargements de bois de construction, avec des fils de fer,

pour l'exportation.

Le chargement arrive en Angleterre.

Premier chargement... Ils trouvent des mains coupées.

Troisième... Des mains coupées, encore.

De la chair humaine.

Les Anglais qui disent :

"Mais qu'est-ce que c'est ? Mais qu'est-ce que c'est ?"

À la santé de la Sainte Russie ! Avant le départ,

on te présentera ceux qui t'aideront à prolonger ton séjour et à rentrer.

Sinon, c'est pas grave. Ils te contacteront à Moscou.

Il faudra que tu écrives à Mathias.

Une carte postale du mausolée, ça lui fera plaisir.

Ça ne va pas ?

Si. Arrête.

Je suis soûle. J'ai trop bu.

Ils sont fatigants.

Que veux-tu, ma petite, ce sont des civils.

Des salauds de civils !

C'est quoi, cette histoire ?

Il y a encore des gens, là-bas, qui veulent sortir. Varins les aide.

La tournée, ça facilite les choses.

30 personnes rentrent, 30 personnes sortent. Les mêmes, sauf une : moi.

Je rentre un petit peu plus tard, discrètement.

C'est un plan de l'ambassade hollandaise.

Il n'y a aucun risque. Ils l'ont déjà fait.

J'en ai assez. Je ne chante pas bien.

On dit que j'ai un registre étroit.

Pas assez de voix.

Tu fumes.

Ouais.

J'ai eu maman au téléphone.

Ah ! "Maman."

Ach so ! Maman.

Elle va bien, "maman" ? Qu'est-ce qu'elle raconte ?

Elle s'inquiétait de tes rapports avec William, figure-toi.

Elle voulait savoir si tu étais homosexuel.

Je l'ai rassurée. Je lui ai dit : "Non, maman. On est normaux.

"Mathias n'est pas homosexuel. Et moi, j'ai un registre étroit.

"Enfin, vous voyez, tout va bien."

Tu te souviens quand t'as dit à papa que tu voulais rentrer en France ?

D'abord, il t'a regardée très sérieusement.

Et il a dit qu'il comprenait.

Que lui aussi, la France lui manquait,

mais qu'on était obligés de rester à Aachen,

parce que, pour le moment, il était comme une sentinelle à la frontière.

C'était le plus utile à faire pour la France.

Il était assommant, avec ses histoires !

Il était dur.

Non. Il était comme tout le monde, à l'époque.

Oh ! Je l'avais oublié, lui.

Qu'est-ce qu'on s'est fait chier, là-bas !

- Ça se passe bien ? - Bon courage.

Tu réussiras, dans la vie. Bon appétit.

Bon appétit.

- On se rejoint au café ? - Oui. J'en ai pour une minute.

- Qu'est-ce que tu fais ? - J'avais envie de te voir.

Comme je passais par ici, je suis juste passé, comme ça.

Mais tu ne peux pas passer "comme ça".

Tu m'avais dit "histoire de l'art", et je ne pouvais pas te prévenir.

Je suis avec des gens. Je ne peux pas te parler.

Tu ne peux pas débarquer sans prévenir.

Je suis désolée, pour le café. Voilà.

Mathias, je ne suis pas libre. Je suis avec un garçon, là.

De toute façon, c'est pas possible. On n'est pas pareils.

- On ne peut pas savoir. - Si. C'est pas possible.

C'est pas vrai. Je ne suis pas d'accord. Moi, par exemple,

je m'intéresse à la peinture. Je peux te citer des noms...

- Ça va ? On y va ? - Oui, on y va.

- Michel-Ange... - Pars devant. J'arrive.

- Viens. - Non. Laisse-moi. Vas-y !

- Tu m'attends au café ? - Monet, Renoir, Monory...

Tu vois, on est pareils.

Tu es avec le grand, là ?

Moi, je me méfierais d'un type comme ça.

- De quel droit tu me dis ça ? - Je sais. Je blaguais.

Je ne serai jamais avec toi, de toute façon !

- Mais méfie-toi des grands. - Oui, d'accord !

Arrête !

Ça va. Il est parti devant, là.

On va prendre un café, non ?

- Qu'est-ce que tu veux ? - Je ne sais pas.

Qu'est-ce que tu veux ?

Tu tournes autour, là. Tu veux quelque chose, non ?

Si tu demandes comme ça, vraiment, je sais pas.

J'ai envie de te voir.

Ben, je ne sais pas...

Je crois que j'ai envie de sortir avec toi. On dit comme ça, non ?

Je ne peux pas vouloir qu'on s'entende bien,

mais je viens pour voir, au cas où on s'entendrait bien.

- Tu détestes les femmes. - Non !

Si ! Tu es morbide, et ça se voit. Tu es morbide.

- Non. Comme tout le monde. - T'es lourd !

- Non. Je ne suis pas lourd. - Si. T'es lourd.

Tu n'es pas d'accord ? Non ? Mais t'es assez lourd, quand même.

- Non. - Tu vois, on s'entend pas.

Déjà, on n'est pas d'accord. C'est pas possible.

C'est pas la peine d'insister.

Je ne suis pas d'accord...

Ça va. Même si je ne suis pas d'accord,

je m'entends plutôt bien avec toi.

Ne passe pas me voir.

Il ne faut plus. Ne m'appelle pas, non plus.

- Si je ne t'appelle pas... - Arrête !

Arrête, tu veux bien ?

- Je peux t'écrire. - Tu ne vas pas m'écrire !

Les lettres, c'est...

Non. Putain, ne sois pas lourd ! Tu ne vas pas m'écrire ?

De toute façon, je ne sais pas où t'écrire.

C'est bien.

Mais enfin, si je ne t'écris pas, que je ne te téléphone pas,

que je ne peux pas te voir, à cause de l'autre type,

on ne va pas se voir beaucoup. - Pousse-toi.

Ça, je te l'avais dit : on ne peut pas être ensemble. C'est idiot.

T'es chiant, putain !

Peut-être, si tu veux, je peux t'emmener au théâtre.

Ma soeur joue dans un opéra.

Elle chante, dans un récital, des airs d'opéra...

Je ne vais pas voir ta soeur.

C'est vrai, je pensais... Ça fait con, c'est ça ?

Mathias !

Mathias ?

- Tu manges ici ? - Ouais. Je vais rester, je crois.

- Quoi ? Comme un rat ? - Oui, William. "Comme un rat" !

- Je sors. Tu veux manger dehors ? - Non. J'ai du travail.

- Quoi, comme travail ? - Du travail.

Tu es sérieux ? Moi, en 5 ans, j'ai dû manger 3 fois chez moi.

Bon. Ben, j'y vais.

Salut.

- Mathias ! - Oui ?

Montre-moi un truc. Dis-moi un truc ! C'est quoi ?

- Tu veux te convertir ? - C'est pour mon boulot, ça !

Eh ben, montre-moi ton travail !

Non. Pas ça. C'est pas intéressant !

- Si ! C'est vachement intéressant. - Ça ne t'intéresse pas !

C'est pas intéressant. C'est le monde.

C'est quoi, la merde qu'on t'a mis dans la tête ?

Bon. J'y vais.

Et merde !

- Jean-Jacques est au courant ? - Bien sûr que non !

Donc tu es encore avec lui.

Ah, Seigneur, j'ai péché, j'ai beaucoup péché !

Je sais. Mais tu vas voir, quand tu seras grand,

des fois, les garçons passent la nuit avec des filles, et...

Ça va, ça va !

Ne fais pas de gaffe, toi !

Des tas de raisons pour ne rien faire,

et une seule raison pour faire une chose :

c'est parce qu'on en a envie.

- Tu es vierge ? - Mais tu es incroyable !

- C'est pas parce que... - Je peux te poser une question !

Mathias ?

- Tu es debout ? - Ouais. Bonjour.

- J'ai fait du café. - Oui.

Il est un peu peuple, hein ?

- Tu peux venir ? - Et alors ?

Je ne sais pas si je réponds à quelqu'un d'aussi dépravé que toi.

- Quand tu le sens ! - Bien sûr, c'est déjà fait.

- Ça va ? Bien dormi ? - Oui.

Ne te gêne pas. Entre.

C'est bien !

Oui. C'est pas mal.

Vous êtes rentrés tard ?

Ouais, assez. Je suis un peu naze. Tu peux me dire l'heure ?

8 h 45.

Putain, je suis à la bourre ! Jean-Jacques va me tuer.

Hier, tu as voulu rentrer dans ma chambre ?

Non.

Ah bon ?

Viens.

Tiens, regarde.

C'est juste que, hier...

Ne me dis pas que tu n'as pas essayé. Mentir, c'est idiot !

- Juste pour des allumettes. - Ouais. Bien sûr. Mais écoute...

On va rester copains. On va se dire un truc simple :

tu as ton côté, j'ai le mien. On ne va pas mélanger.

Ouais, ouais.

C'est mieux pour tout le monde. Hein ?

Comme ça, c'est clair, c'est net... Et merde !

Et on peut rester potes.

Mais ne flippe pas, c'est pas grave.

Mais il valait mieux qu'on en parle.

Comme ça, tu as ton côté, j'ai mon côté. C'est super !

Merde !

Je t'attends ! On ne me laisse pas rentrer.

- C'est la préfecture, ici ! - C'est la guerre !

Ton fantôme, Bleicher, est en France. OK ?

- Je m'en fous ! - Au bureau, ils sont sur les dents.

Moi, je suis calme et je passe te chercher.

Je ne vais plus à vos bureaux. Je suis médecin !

Que fais-tu ici, avec ta grosse voiture ?

Pour moi, c'est humiliant ! Ça fait bizarre, ton truc !

C'est bien, une grosse voiture !

Eh ben, rentre dedans. Il fait froid, là !

Ça fait 2 heures que je t'attends !

Je m'en fiche ! Tu t'en vas. Tu fous le camp !

Tu vas prendre froid !

Attends ! Monseigneur va prendre froid aussi.

- Laisse-moi rentrer dans ton truc. - Non !

Là, ils ont obturé au-dessus du ciment.

Il y a une obturation au-dessus du ciment.

Qu'est-ce que c'est, cette merde ? C'est même pas de l'or turc.

- Vous l'avez trouvé où, ce truc ? - Au labo.

C'est un travail bizarre. On dirait du plomb russe.

C'est-à-dire ?

Un amalgame russe. Un plombage fait par un dentiste russe.

Je ne peux pas vous dire s'il est breton ou marseillais.

Il y a 2 obturations l'une sur l'autre.

Ils n'ont pas viré la 1re. Ils ont fraisé autour,

avec un truc assez large.

La dent est fêlée.

Je ne sais pas ce qu'ils mettent dans leur mélange. C'est superbe !

C'est pas du plomb. Du nickel ?

Du nickel. C'est magnifique !

- Quel âge, déjà ? - 37.

C'est ça. Une 1re obturation à 8, 10 ans...

Les années soixante. Salopée !

Ils en ont refait une autre par-dessus, 20 à 25 ans plus tard.

Tu souffles comme une forge, là !

Tu as vu comment tu marches ?

Mais, Marie, il faut que tu sois fière !

Allez, viens.

Tu ne te rends pas compte. Tu vaux tellement mieux que moi.

Tu dois vivre bien. Je vais m'occuper de toi.

Menteur ! Ne parle pas trop vite.

Tu as vu Jean-Jacques, comment il bave après toi ?

Non, attends ! Parce que là, je dis ça...

c'est comme si je ne t'avais jamais vue et que...

Je ne sais pas. Là, je te vois pour la 1re fois.

Marie Barillet, on va vivre longtemps et bien...

- Qu'est-ce que tu as dit ? - Rien. J'ai rien dit.

- Pourquoi tu me regardes, là ? - Ben, toi aussi, tu me regardes.

Salut. Ça va ?

Ça va.

Tu as vu ? Un copain t'attend au garage.

Ouais, ouais.

C'est le genre un peu pot de colle, tu vois ?

Ah bon ?

Tu as fini, là ?

- Ouais. - Ben, tu as de la chance.

Moi, ça fait 1 heure. Tu me passes les deux ?

- Les deux, là ? - Ouais.

Bon.

Ben... on va y aller.

Moi, j'ai un petit truc à finir, j'en ai pour 5 minutes.

- Ouais. Bon. Ben, salut. - Salut, alors.

Merde ! Merde !

Oui. Je vais au théâtre, voir ta soeur.

- Ce soir ? - Oui.

Je passe à la maison. Je vous rejoins.

La voiture est dehors. On va y aller ensemble.

T'as rien oublié. On y va ?

Je t'ai attendu, cet après-midi, à l'Institut.

Comme t'as pas daigné venir, je suis rentré au bureau.

Attention ! Attends, qu'est-ce que tu fais, là ?

Tu peux aller m'acheter des clopes ?

Là-bas, la sortie. Moi, je peux pas, je suis en double file.

Mais laisse-le, je t'attends.

Il ne va pas s'envoler, tu sais.

Je voudrais un paquet de Marlboro.

10,30 F, s'il vous plaît.

Merci.

Prenez avant le 4... Tu l'as ?

Ensemble, s'il vous plaît. Même chose.

N'appuie pas. C'est en place, mais tu appuies.

Ça fait 2 heures que je suis là, j'ai une tête comme ça !

- Il n'est pas là, William ? - Il arrive.

Pourquoi vous criez ? Pas de raison de crier.

OK. Même chose.

Salut.

Pas mal. On revoit ça tout à l'heure. Marie et Nathalie...

Inspirez quelque chose de bon.

Et expirez sur un "M".

Gardez le son en haut.

Bien.

- Qu'est-ce que tu fais ? - Rien. Je regarde. Ça va !

Tu vois, dans la gorge... Ça fait...

Récréation ! C'est la récré. Une petite pause, quoi ! Philippe !

William vous a cherché toute la journée.

J'ignorais que vous viendriez.

- Bonjour. - Mon colocataire.

Il est beau ! T'as pas peur ?

Non. L'innocence ! Rien dans les mains, rien dans les poches !

Je te demande pardon. Je te demande pardon !

William, vous êtes terrible !

Ben, ça va. Il n'a rien dans les poches.

C'est fini, maintenant.

Fais gaffe quand tu conduis.

- Je vais trop vite ? Tu as peur ? - Oui.

Si tu étais moins con, tu aurais peur.

- Tu as mon sac ? - Oui. Il est là.

Tu veux quelque chose ?

Mes cigarettes. Passe.

Tiens, prends les miennes.

Merci.

C'est con, mais j'ai pas peur, parce que je conduis bien.

Et je suis un garçon assez courageux.

Pas courageux, inconscient.

Il n'y a pas de cendrier, dans ta caisse pourrie ?

Mais je t'en prie, hein !

Tiens, un cendrier !

Merci.

Vas-y, écrase. Écrase.

Ben, quoi ? Vas-y !

Tu me dis que je ne suis pas courageux.

Mais écrase, tu verras.

Je ne vais pas te brûler, mon pauvre ami !

Je m'en fous.

Mais je te dis que je suis assez courageux.

Hein, Mathias ?

Ouais, ouais.

- J'ai pas peur de la douleur. - William !

Arrête, tu fais chier !

- Vas-y, écrase ! - Ça va, je te crois.

- Ah non ! Trop tard ! - Arrête !

J'ai mal, mais j'ai pas peur.

Tu pourrais prendre en considération... Excuse-moi.

...le fait que j'ai très mal.

Tiens, Marie.

Merci. Tiens.

Non. Je...

Ça va ?

Ouais.

- Ça va aller ? - Ouais, ouais.

Quelle conne, Nathalie ! Tu sais où sont les bandes ?

J'ai mis tout le nécessaire sous le lavabo. Un sac vert.

Il y a du Borostyrol dans la cuisine, aussi.

Ah ouais !

Tiens.

Tu as mis ça autour !

C'est un véritable nid à infection, ton truc !

Ne jamais mettre ça sur une plaie !

Ça protège.

En tout cas, tu soignes vachement bien.

Tu parles !

Ça doit être la 2e ou 3e fois

que je soigne un patient vivant.

Un type du bureau a vu Bleicher, cet après-midi.

Il était au buffet, pendant que je venais te chercher au travail.

Il t'a fait signe ?

Ouais.

C'est embêtant.

Et alors ?

Rien. Je l'ai vu comme ça, pas longtemps.

- Tu as la télé, chez toi ? - Non.

Et tu habites où ?

25, rue Réaumur, à Arts-et-Métiers, dans le 4e.

Avec un type.

Ça y est, tu connais des types.

Tu vois, c'est bien, tu vois du monde.

Tu les vois... tu passes des coups de téléphone.

Il m'a demandé si j'avais la télé.

Et ce que j'aurais fait, à la place de Tchang Kaï-chek.

Ils sont contents, les types que tu connais.

Oui. Je ne sais pas. Non.

Moi, je sais. Ils sont contents, très contents.

Tout le monde est content.

Tu sais ce qu'ils disent, à la télé, ces gros tas de merde ?

Ils disent : "C'est la fin de l'après-guerre."

Ils ne savent pas si la frontière Oder-Neisse est la bonne,

mais c'est la fin de l'après-guerre.

Une fois, un type a vu une famille.

La fille avec le pantalon, les seins à l'air.

La mère, avec la chemise, le cul à l'air.

Le père n'avait carrément plus rien, il était à poil.

Et ils étaient assis sur le seuil de la hutte,

et ils lavaient des paillettes d'or.

Un monde nouveau est sorti en 1945, 1946.

En armes !

Les avions alliés partaient d'Italie pour aller bombarder Dresde,

et tous les jours, ils passaient au-dessus des rails

qui conduisaient vers Auschwitz. Et jamais, jamais,

une bombe ne s'est échappée, en route.

Une bombe, ça aurait coupé les voies.

Après la guerre, c'était pas le paradis.

C'est des conneries de curés, tout ça : la SDN, l'ONU...

Toute cette merde !

Non. On voulait simplement faire un monde

où tout ça ne pouvait pas se reproduire.

Alors on l'a coupé en deux. D'un côté, les bons, avec moi, ici.

Et de l'autre, mon frère...

là-bas, en prison, chez les méchants.

Entre nous, il y avait comme un cimetière,

avec tous ces morts sans sépultures, les limbes.

Un camp, l'autre camp.

Chacun dans son camp, et personne ne passe.

Monsieur, vous désirez ?

Rien.

Si vous ne prenez rien, c'est pas la peine de rester.

Un café.

- Vous dites ? - Je vais vous prendre un café.

C'était une guerre sans morts.

Pas beaucoup de morts.

C'était une guerre immobile. Face-à-face

Est-Ouest, Abel et Caïn, les fils d'Adam.

Et si Abel bouge, Caïn lui cogne dessus.

Mais ça peut revenir. On n'a plus d'ennemis pour nous arrêter.

Et qui nous arrêtera ? Hein ? Qui ?

C'est nous qui avons donné à l'Est les moyens de tenir.

Aujourd'hui, ils se rendent. Tu parles !

"On n'est plus communistes. Et on a changé d'avis..."

Ils vont s'étriper entre eux.

On a gagné jusqu'à la nausée.

Il me faut le nom du type. C'est un scientifique russe.

Tu as la tête. Il me faut son nom.

Il n'a rien dit de particulier.

Il est fou, ton type. Il t'a parlé de nous ?

Non.

Il t'a parlé de quoi, alors ?

Rien, je te dis.

- Ton père est là ? - Non.

Merde, ça sent le renfermé !

Ça va, non ?

C'est bien, quoi. Enfin, c'est assez grand.

Il vit seul ?

Ouais.

- Putain, c'est la honte ! - Pas du tout. C'est très bien.

Non. C'est pas très bien. C'est la honte !

Tu vas aller regarder dans la bibliothèque,

et j'aurai honte, car il y a que des bouquins pourris,

et toi, tu as vachement lu. Je m'en fous. Je t'emmerde !

Ouais.

Voilà.

La buanderie.

Pas mal.

Arrête un peu.

- Mais arrête ! - Aïe !

Arrête.

Je suis hyperfatiguée.

- On ne couche pas ensemble ! - Non !

- On dort. - Ouais. Où ça ?

Il faut ouvrir le truc, là-bas.

Ça ?

Hop !

Quoi ?

Mais qu'est-ce qu'il y a ?

- Tu n'as pas soif ? - Tu veux quelque chose ?

Un verre d'eau.

À gauche.

S'il te plaît, allez, viens !

Elle est dans ta sacoche ?

La mâchoire. Je prends ce sur quoi je travaille.

Le reste est chez une copine de ma soeur, une chanteuse.

Mais ça ne craint rien, c'est momifié, parfaitement.

Elle est cool, ta copine ! Elle trouve pas ça dégueulasse ?

Elle ne sait pas vraiment ce que c'est. Et de toute façon,

elle n'est jamais là, alors...

Tiens, tu peux sonner, s'il te plaît ?

Attends ! Qu'est-ce qu'il y a ?

- C'est shabbat. Je peux pas sonner. - Et alors ?

Je peux prendre le bus, mais pas sonner. C'est électrique.

Ben, il faut prendre le métro.

- Le métro, on ne peut pas du tout. - Une voiture, alors.

Je peux pas, le samedi. Le bus, c'est comme un transport particulier.

Le métro, c'est pareil.

- Tu ne le fais pas, moi non plus. - L'arrêt est là ! Sonne, merde !

Ouais, je sais bien.

C'est très bien. On est samedi, on va courir un peu.

Ça nous fera le plus grand bien.

Il reste une vertèbre. Le patient mesure 1,85 m,

approximativement.

Il est assez gros. Enfin, avant.

Il devait être assez costaud, aussi.

Je crois qu'il y a une petite scoliose.

Il y a une légère déformation osseuse, mais c'est vraiment infime.

Groupe sanguin : B+. Et Kell et Duffy : positif.

Mais non ! C'est trop précis. C'est avec la peau ?

Non. Elle est sèche. Il n'y a plus rien.

Il y avait des cellules sanguines dans les os.

Que veux-tu faire, avec le groupe ? Identifier ton type ?

Non. Je ne sais pas, c'est juste...

Moi, par exemple, je suis O positif.

Eh ben, lui, il est B positif. Voilà, c'est tout.

Ouais. Salut, B positif !

Cheveux châtain clair et gris.

Ils ont blanchi après. Légère calvitie.

Le patient avait 36, 37 ans, lors du décès.

36, 37 ?

Ouais. Enfin, je pense.

Lieu du décès ?

Une des îles au sud de Sumatra. Kuging, plus précisément.

C'est des chromatographies de la pâte végétale. Il n'y en a que là.

Le décès a eu lieu il y a 8 mois. Donc en mars.

- Vous avez daté avec quoi ? - La peau.

L'action des conservateurs sur la peau.

Et un reste de cerveau, avant.

Il souffrait d'aphtes, qu'on peut lire sur la face interne des joues.

Il y a du plomb, dans les pores. Je ne sais pas, un truc industriel.

Ça ne s'en va pas, le plomb, ça reste.

Voilà, il devait ressembler à peu près à ça.

Maxillaires très marqués, pommettes saillantes :

le type caucasien.

Des petits yeux, aussi.

- Et vous l'avez fait ici ? - Euh... ouais. Ouais.

Il y a un détail. Ça ne sert à rien, mais c'est drôle.

- Il était gaucher. - Tu as ses mains ?

Non. Mais j'ai des microphotographies des dents.

Vous avez retiré les dents ?

Un bout de mâchoire avec une dent plombée.

Et on voit bien à la racine des traces de brossage.

C'est les molaires inférieures gauches. Le sens du brossage,

c'est de la main gauche. Ça signifie :

un, qu'il avait de l'hygiène,

et deux, qu'il était gaucher.

Mais, Mathias, on n'est pas des saints.

Personne n'est un saint.

Un mort, c'est un mort.

Écoutez, j'ai pas le droit d'avoir vu quelque chose : j'ai rien vu.

Mais vous savez, il va falloir la jeter.

On y va ?

Il dit que, si vous voulez enterrer une personne,

il faut bénir les cendres.

Pour les orthodoxes, il faut toujours bénir le corps du défunt.

J'ai ça. C'est à lui. Je ne sais pas si ça suffit.

Il n'y a pas le corps entier, de toute façon.

- Mathias ? - Ouais.

Euh... bon. Nathalie, je range mes affaires en bas.

Dans le placard. Je n'y touche pas. Je ne suis pas curieuse.

- Tu es bavarde. - Mais non. Pas du tout !

Tu ne devrais pas rester si tard.

Par rapport à William, ça m'embête.

Il m'a demandé ce que tu fichais, ici.

Non, mais ça va, j'ai rien dit. Ça va !

Je suis censée te surveiller, mais ça va, je ne te surveille pas.

Il m'emmerde, William, avec son petit pouvoir !

Et Jean-Jacques, tu es toujours avec lui ?

Oh, ça fait tellement longtemps !

William ?

- Ouais. - Ça va ?

Je vais à Bruxelles, ce soir. J'ai un avion dans une heure.

Je suis à la bourre.

"To be or not to be"...

Je suis allé chercher du feu, dans ta chambre. Pour le Butagaz.

- Tu m'en veux, hein ? - Non.

- Si. Là, tu es en colère. - Non.

Moi, je m'en fous, de ma santé !

Mathias ?

Tu fais quoi ? Qu'est-ce qu'il branle ?

Je range ma chambre.

Amène-toi, un peu. Tu rangeras après, tu as le temps.

Oh !

Et tu seras parti longtemps ?

- Non. J'ai un truc, demain matin. - Ah bon !

N'aie pas peur, je rentre.

Je peux fermer ? Tu n'as rien oublié ?

Non, mais écoute, calme-toi. Calme-toi.

Les répétitions se sont bien passées. La première se passera bien.

Oui, d'accord. Mais si je rate, hein ?

Putain, le temps file !

Si on me change de registre, ce sera d'autres rôles.

- Il faut que je chante avant. - Tu vas rien rater.

J'ai le trac ! Ils ne m'ont pas prise pour ma voix.

Mais je sais que je peux le chanter !

Bien sûr. Tu leur rends un service, ça n'a rien à voir avec ton talent.

Je veux dire, c'est distinct, c'est indépendant.

Mais qu'est-ce que tu crois ?

Mais si Varins tousse, j'ai plus de rôle.

Si Varins hésite une seconde, il n'y a plus rien. C'est terminé.

Qu'est-ce que tu fabriques, là ?

On me regarde comme une pestiférée, ici.

Toi et moi, on est tolérés.

On n'est pas amis avec eux, tu comprends ?

- Tu peux pas leur foutre la paix ? - Ouais.

Alors, écoute, je ne vais plus venir ici.

Avec William, c'est très tendu...

Tu vois ? Mais tu vois comment tu es ? C'est dément !

Les gens disent des trucs sur toi. Qu'est-ce que tu leur fais ?

Tu fiches ma vie en l'air, alors tu peux me répondre.

Qu'est-ce que tu fabriques ?

Je...

Je m'occupe de quelqu'un...

qui est mort.

Je m'occupe de sa mémoire. Je ne sais pas.

Mais et moi ? Je suis vivante, moi !

Tu ne peux pas penser à moi ?

Je ne sais rien et je ne veux rien savoir.

Mais de quel droit tu te mets dans leurs pattes ?

Ils font sortir des gens qualifiés, d'URSS. Tu fais le malin.

Et tu m'empêches de chanter.

- Je ne te veux aucun mal. - Je sais.

Tu ne veux de mal à personne. Tu te contentes d'en faire.

Tu me fais du mal !

Mais pourquoi tu es toujours là, à gêner tout le monde ?

C'est ma vie !

Alors que fais-tu encore là ?

Je ne peux pas, j'ai le trac !

Mathias, j'ai mal au ventre.

C'est rien, ça. Je vais y aller, là.

Je crois qu'il faut que tu y ailles.

Mathias, je ne peux rien faire pour toi.

Je ne veux rien faire pour toi.

Je ne veux plus te voir.

Nathalie ?

Je suis venu chercher un truc. Ne bouge pas, dors.

Mais ne fais pas trop de bêtises, toi, hein !

Ne t'inquiète pas.

Bon.

Salut.

- Nom et prénom ? - Mahé, William. M, a, h...

Non. Le nom de votre recherche.

Ah, je n'ai pas le nom.

Ça va nous prendre la matinée.

- Alors pas de nom ? - Non.

Nationalité soviétique.

Oui. C'est ça.

- Vous avez la date de naissance ? - 1941, 1942.

Ça va faire quelques dizaines de milliers de fiches !

- La profession ? - Scientifique, je pense.

J'espère pour vous.

J'ai le groupe sanguin, aussi...

Non. Ça ne nous sert à rien.

La couleur des cheveux, la corpulence ?

Pour la DGSE ou la DST, il y a des passes. Pas pour le Quai.

- Pas de sortie de dossier possible. - Je peux relire la fiche ?

Ouais. Je vous en prie.

Bon. On vous l'enverra.

Réponds-moi. Tu es comme une momie, là ! Ho !

- Réponds-moi. - Bonjour.

Il ne parle plus.

Je ne parle pas, car je pense.

Moi, j'arrive pas à penser, alors parle !

Et c'est pas ce brave Mathias qui va m'aider.

Ça va, laisse-le !

C'est rien, ça. Qu'est-ce que je fais ?

Reste avec Nathalie. Elle t'aime bien, elle s'en ira pas.

Romps avec elle, alors !

Je gagne quoi, si je la lourde ? Elle est formidable, je suis un con.

Tant que moi, je serai là, ce sera une pute.

Même ce brave colonel Barillet a les clés de chez elle.

Les clés, je te les rends. Tiens, prends-les.

Non. Ça va, je blague !

- Salut. - Salut. Tu vas bien ?

Je l'épouse !

Blitzkrieg ! Je l'ai tué, je suis le meilleur ! Ça fait du bien !

Bruxelles, c'est laid ! Un rendez-vous à 8 h,

pour rien. - Tu sors de l'avion, lave-toi.

Non ! Je travaille de la tête, je me lave la tête.

C'est ça, tu vas puer le bouc !

Toi, tu te parfumes la bite, le matin ?

Que tu es chiant ! J'en ai assez, de ton assurance de parvenu,

de tes plaisanteries de roturier. - Mais quoi ?

Je ne parle pas assez bien pour toi ? Tu me voudrais plus amusant ?

Mais rien ! Tu me fatigues.

Ton baratin perpétuel, tes blagues, Bruxelles,

tes machins... Si tu dis ça pour moi, ne te sens pas obligé.

Quoi, Bruxelles ? Moi, je bosse. Tu me fais chier !

T'as pas besoin de Bruxelles pour justifier ton emploi du temps.

Qu'est-ce que tu me veux ? Je travaille.

Toi, tu parles avec tes amis, alors, hein...

Je ne veux rien. T'as pas besoin de ça pour baiser Nathalie.

Non.

Je suis parti hier.

J'arrive de l'aéroport.

Et tu étais ce matin à 8 h à la DGSE.

C'est à toi ?

Ouais. C'est la fiche de Kolchaguine.

Je dois donner son nom à Bleicher. Pardon.

Aïe !

Je vous fais peur à ce point ?

Qu'est-ce que j'ai ?

William, dites-moi, qu'est-ce que j'ai ?

Mathias, je sors des ingénieurs militaires d'URSS.

Ça vaut très cher. Je gagne beaucoup d'argent.

Ce sont des gens qui ont envie de sortir,

qui n'ont pas le droit,

et qui ont une technologie très rare, très recherchée.

Vous vendez des esclaves.

Philippe a monté son réseau seul. Il aide des gens seul.

Il parle, il téléphone, il sourit... Il fait des choses seul.

J'avais envoyé un chimiste, Kolchaguine, des gaz militaires.

Il travaillait à Sumatra, il a essayé de s'enfuir dans la jungle...

- Vous l'avez puni, seul. - Pas du tout.

Bleicher m'emmerde ! C'est un porc, un type épais, stupide.

Vous allez lui donner le nom de ce crétin russe ?

Où il est, votre ami ? Que vous dit-il ?

Que vous propose-t-il ?

Il vous siffle comme un chien, et vous accourez !

Où tu as mis la tête ? Elle est chez Nathalie ?

Mathias, je vais devoir...

Je ne sais pas. Qu'est-ce qu'on fait ?

Je vais effacer les traces de ce con de Kolchaguine,

qui a failli foutre mon réseau en l'air.

Je vais l'effacer, ce type.

Qu'est-ce que vous foutez ?

Il manque la mâchoire.

- Elle est où ? - C'est dans ma chambre.

Dans la mappemonde.

Tu te magnes ?

Mathias, merde !

Allez, pose ce fusil, et viens !

Non.

On va rendre cette saloperie, et ce sera fini.

- Fous le camp ! - Mais arrête.

Tu sais pas t'en servir. Tu as un cran de sécurité, là !

Putain, qu'est-ce que tu veux ?

OK. Je vais prendre le truc.

Toi, tu vas rester, tu vas téléphoner. Ça va ?

Fous le camp ! Touche pas à ça !

Écoute... Je vais rentrer...

je vais la prendre, et partir. Toi, tu restes, si tu veux.

William, putain, je te jure !

- Tu passes cette porte, je te tue ! - Arrête ! Sans déconner !

- Tu la passes, je te tue ! - Les voisins vont nous virer.

Arrête !

- Arrête. - Arrête !

Ça va ! Calme-toi.

- Arrête ! Arrête ! - Ça va aller. Ça va aller...

Qu'est-ce que tu t'es fait, là ?

C'est la générale. Regarde-les, les Soviétiques.

Ils sont là... avec leurs costumes pas chers.

Moi, je ne peux pas manger avec eux !

Quand je les vois, je perds la raison.

Non ! Je veux rentrer. Je veux voir Philippe de Varins.

Désolé, monsieur, c'est une soirée privée.

- Sans carton, vous n'entrez pas. - Je l'ai oublié !

- Il y a ma soeur qui chante. - On s'en fout !

- Je lui donne. Il y a sa soeur. - Rentrez !

J'ai un carton, si tu veux.

Hé !

Regarde-moi, camarade ! Viens !

Kolchaguine, c'est un citoyen de ton pays, un disparu.

Vous voulez que je vous le donne ?

Regarde. C'est un bout de mort.

Tu veux savoir où ils partent, tes traîtres ! Varins les vend !

- Mais arrête ! - Quoi ? C'est vrai !

Allez !

C'est la détente, camarade ! Je te rends tes traîtres !

- Arrêtez ! - Mais lâchez-le !

Lâche-nous ! Dégage, toi !

Ben, bravo ! Vous êtes contents ? Connards !

Je vais fermer. Pas de courant d'air !

Connard ! Tu veux que j'appelle les flics, hein ?

- Ça va, lâchez-le ! - Kolchaguine !

C'est un ingénieur, un militaire.

Alors viens chercher tes soldats.

Allez. Ça suffit ! Hop ! Allez.

Souvent, je pense à la Russie.

Je pense aussi : le monde a 40 ans. J'y pense tout le temps.

C'est idiot, mais je pense tout le temps que le monde est nouveau.

Qu'il est tellement nouveau et tellement vieux, en même temps...

Maintenant, on dit qu'il faut libérer la Russie,

qu'il n'y a rien à défendre, que mon père s'est trompé.

Tout le monde fait comme si ça allait bien se passer.

Je ne sais pas. Nos pères ont construit un monde,

et c'est comme si on ne lui laissait pas sa chance.

C'est comme si tout le monde avait oublié.

Nos pères voulaient faire un monde qui ressemble à un mausolée,

et aujourd'hui, on n'a plus de respect pour les morts.

Bonjour.

La guerre a fait autant de morts qu'il y a de vivants en France.

On vit sur un milliard de morts.

- C'est pour dormir. - Ouais.

Et c'est comme si on leur crachait dessus.

On voudrait tout oublier.

Je pense tout le temps à des charniers.

J'ai des images de charniers dans la tête. Celui-ci ou celui-là...

C'est bizarre.

Ça aurait tellement pu se passer autrement.

Alors vous êtes médecin ?

Ouais.

Mon père était diplomate. Moi, je suis médecin.

Pathologiste.

Adaptation : Jean-Pierre Frésil pour TÉLÉTOTA

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