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Ça y est, je crois que c'est au poil.
T'as pas fini, toi ?
Le conseiller est pourri. Il va partir en brioche.
Je vais t'aider.
Passe-moi ta pince.
Elle ne verra pas le fil ?
Elle est myope comme une chaufferette.
Une fois qu'il aura pété, elle aura filé dans les buissons.
Je veux bien être pendu s'ils trouvent le truc.
Tu n'as pas peur que ça la fasse claquer ?
Les revenants, elle adore ça.
Mais elle en a jamais vu.
Justement,
on peut pas la laisser mourir sans qu'elle ait eu son petit revenant.
Avec toutes ses drogues, pas de temps à perdre.
S'ils pouvaient avoir l'air de sortir de leur cadre,
ça aurait une autre allure. Oui.
Ils étaient gonflés, les deux frangins.
La nuit, sur le toit, à grands coups de rapière,
il faut le faire.
Aujourd'hui, pour un rien, on se fait engueuler.
C'est ça, la république. Gaffe, la voilà !
Un peu plus, on se faisait piquer.
Bonne promenade ? Merci, les enfants.
Un peu chaud.
Où courez-vous ? Il est l'heure de vous changer.
Oui, tante Mathilde. On vient tout de suite.
Ça va, on peut y aller.
Dear sir,
we did not receive your answer about the ten thousand tons of wood.
We shall call you at your office in London next Monday morning.
We hope everything will be clear by that time
and you realize how important it is for both of us.
Sacrée petite garce !
Tu montes toujours aussi mal, mon pauvre Philippe.
On dirait ton oncle.
Seulement, lui, il monte.
Moi, ça fait 4 ans que ça m'est pas arrivé.
C'est long, 4 ans.
Oui, c'est long, 4 ans sans te voir.
Je voudrais vous dire quelque chose.
Dis-le.
Est-ce que... Une cloche sonne.
Nous n'avons pas le temps.
Il faut toujours être à l'heure au dîner ?
Il ne manquerait plus que ça.
Vous n'avez pas entendu la cloche ? "La cloche" ?
Vous devez avoir raison.
Le dîner. C'est dommage.
Vous croyez que Philippe lui aura parlé ?
Puisqu'il vous l'a promis.
Il est venu de Paris exprès pour ça.
Vous croyez que mon père... Vous le connaissez mieux que moi.
Il ne faut pas avoir peur de lui à ce point.
Vous savez, papa...
Christophe, jurez-moi que même si...
Enfin, que ça ne changerait rien pour nous.
Mais rien, Daisy. Absolument rien.
Et vous ? Moi ? Vous le savez bien.
Une minute pour rentrer au château et reboucler les portes.
Une minute pour remonter les escaliers.
Une minute pour reprendre son souffle et avoir l'air de ronfler.
On aura assez.
On allumera à minuit moins 3.
Tiens, ton frère Pierre.
Regarde l'enveloppe.
"Monsieur de Maubrun."
On dirait que "marquis", ça lui arrache la gueule.
Nom d'un chien. Quoi ?
Rien de grave, au contraire. Il arrive demain.
Tous mes enfants, comme ça, à Maubrun,
tout à coup.
On vous a dit que j'allais claquer ? Papa !
Ne fais pas cette tête-là !
Vous ne pouvez pas me faire plus de plaisir.
Neuf à table... Comme au temps de ta mère.
C'est fait pour ça, Maubrun.
À la douche !
♪ Ai une de ces faims, sacristie !
Les filles de Camaret Ont acheté un âne.
Les filles de Camaret Ont acheté un âne.
Un âne républicain...
La foule.
Qui fend l'arche. Belote.
Salaud.
Rebelote. Qu'est-ce que t'as comme bol !
Merci, mon petit.
50. Ça va durer longtemps ?
C'est bien vrai, l'histoire des revenants
qu'a vus grand-mère ? Oui. Pourquoi ?
Le curé nous a dit que c'était de la blague.
"Des histoires de vieilles filles."
Si vous espérez être insolents à travers ce pauvre curé,
vous perdez votre temps. Je lui en toucherai un mot.
Quant à cette histoire,
je m'en souviens parfaitement. J'avais 7 ans.
C'était dans la nuit du 13
au 14 juillet.
À minuit juste.
VOUS les avez VUS vous-même ?
Ma propre mère les a vus. C'est pareil.
Le lendemain, on a retrouvé les tableaux par terre.
Ça prouve bien qu'elle n'avait pas rêvé.
S'étriper à mort avec son frère pour une fille,
il se caillait pas le lait, le grand-père.
Je dirai ça à votre père.
POURQUOI, TANTE MATHILDE ?
Il vous a interdit de parler argot.
Mais c'est pas de l'argot, c'est de l'histoire.
Fichtre ! Un autre smoking ?
Que tu es élégant, le Turc.
Vous savez, on sort beaucoup, à Ankara.
C'est très important, d'être bien habillé.
On étouffe, ici. Vous permettez, tante Mathilde ?
Tu vas la prendre sur la gueule.
La cloche sonne. Celle-là aussi ?
Les jumeaux, Pierre arrive demain.
CHOUETTE !
Qu'est-ce que vous avez fait de beau, aujourd'hui ?
L'abbé n'a pas une mine de chien ?
Depuis la rupture du Concordat,
nos prêtres ont tout juste le droit de mourir de faim.
Qu'est-ce que vous avez foutu de ma pince coupante ?
On n'y a pas touché.
Demain, je la veux en place.
Dis donc, tu as vu cette fenêtre ?
Et alors ?
On pourrait ne pas attendre le déluge.
Quand Maubrun sera devenu une piscine, on sera bien avancés.
Il y en a 24 dans cet état-là. Si le cœur t'en dit...
On pourrait faire venir un menuisier.
Et la facture,
on te la fera suivre à Ankara.
Mes excuses, pour la grossièreté de ma fille.
Il est à peine 20 h. Il est 20 h 05.
Elle est pas près de retourner à Paris.
Non, Paul. Mademoiselle n'est pas là.
Ce manque d'égard pour les domestiques est insupportable.
Ils sont à l'heure, eux.
Une maîtresse de maison ne se permet pas d'être en retard.
Si ce n'était pas moi qui t'avais élevée...
Monsieur le marquis est servi.
Ça va être l'heure. On y va.
T'es sûr que papa dort ? Il dormait déjà au salon.
Il tousse.
Ça y est. Vite, allez !
Qu'est-ce que c'est ? Merde ! Il nous a entendus.
Qu'est-ce qu'on fait ? Ben, on y va.
Qu'est-ce que vous faisiez dehors ?
On avait trop chaud, on est allés faire un tour dans le parc.
Au nord, où il fait frais en premier.
"Au nord" ?
Alors, voilà. Bonsoir, papa.
On est désolés de vous avoir réveillé.
Fracas.
Vous aussi, vous avez entendu ?
♪ Avais raison !
Le 13 juillet, comme ma mère.
Mais je ne les ai pas vus. Moi, je les ai vus.
Venez ici !
Tenez. Les voilà, vos revenants.
C'était ça, votre histoire du curé,
avant le dîner ?
Venez un peu ici.
Allons, avancez.
Vous permettez, Jean ? Certes, Mathilde.
♪ Ai peur pour votre badine.
Si vous vouliez me laisser ce soin, ils n'y perdraient rien.
Bon.
Mais je vous les recommande.
Demain, 7 h, dans mon bureau. BIEN, PAPA.
BONNE NUIT, TANTE MATHILDE.
Bonsoir, Mathilde.
Il a bien fonctionné, notre truc !
Comment ont-ils bien pu fabriquer leur coup, ces bougres-là ?
Laquelle crois-tu qu'il va prendre ? En tout cas, pas celle-là.
Jean tousse.
Il fume trop. Oh, c'est de son âge.
On a failli attendre.
BONJOUR, PAPA. Bonjour, petits bougres.
Il pleuvra donc pas cette année, nom d'un chien ?
Voyons un peu.
À qui le tour ?
Papa, il ne faut pas. Comment ?
On est trop vieux, maintenant.
Et puis les sévices corporels, c'est une méthode immorale.
Ah, c'est merveilleux, ça. Viens ici, toi.
"Les sévices corporels" ?
Les enfants hurlent.
Bonne chose de faite.
Allez, filez.
Je vous donne jusqu'au déjeuner pour aller présenter vos excuses.
Ça n'a pas été bien terrible. Il vieillit.
Ça l'a fait marrer, notre truc.
Les jumeaux, vous servez la messe ?
Quand tu seras cardinal, on en reparlera.
Bonjour, Philippe.
Alors, cavalier, mal aux fesses ?
Je n'ai pas voulu intervenir, tout à l'heure.
"Intervenir" ? Vous ne devriez pas.
Les sévices corporels...
"Sont une méthode d'éducation immorale et dépassée."
Je sais. Je ne comprends pas.
Ils comprennent très bien, eux.
Va dire ta messe.
Mais c'est M. Arthus ! Je vous remettais pas.
Bonjour, monsieur Gontran. Bonjour, Marie. Comment ça va ?
Le patron est chez lui ? Je crois.
Il doit être en train de manger un morceau.
On va aller lui faire une petite visite.
Non, mademoiselle. Il n'aime pas ça.
Je mettrai des pommes rissolées
et de la salade.
Félicie, il va falloir vous surpasser.
Pierre arrive cet après-midi.
Soyez tranquille.
Elle m'a refusé trois plats,
parce que M. Pierre n'aimait pas ça.
C'est pas à Oxford qu'il a dû s'engraisser.
Nous avons quoi, pour ce soir ?
Des œufs brouillés aux petits croûtons,
le rôti, des petites pommes rissolées...
de la salade, du fromage...
On en fauche une ?
Que dirais-tu de celle-là, avec les rillettes ?
Le paternel nous doit bien ça, après la raclée de ce matin.
Pour les vins, Paul s'en est occupé.
Eh ben, tant pis pour ma cave !
Monsieur le marquis. Bonjour, facteur.
Mademoiselle. Merci.
Comment vont vos artichauts ?
Ils ont soif, forcément. À votre santé !
À bientôt, monsieur le marquis.
C'est trop beau.
"Le prince de Conti prie le marquis de Maubrun et ses enfants"
"de lui faire l'honneur de participer"
"à une battue de canards sur ses terres,"
"le dimanche 17 juillet 1955."
"Conti."
"Le rendez-vous est fixé à 7 h du matin."
Gravé et en couleur.
Comme dans les films américains. Regarde.
Décidément,
le "prince du rang" ne se refuse rien. Il en a les moyens.
Je devrais pas y aller, mais j'y vais quand même.
Il y a trop de canards.
Et j'emmène tout le monde, sapristi ! Même les jumeaux !
Toi, tu resteras avec ta tante. Elle sera déjà partie.
Ben, tu resteras seule. Papa !
Je crois que j'irai quand même à Conti.
Je suis sûr que non, Daisy.
Les jumeaux chantonnent.
Qu'est-ce que vous fabriquez ? On va faire nos devoirs de vacances.
Regardez où elles vont pondre.
Monsieur le marquis. Bonjour, Marie.
Je suis en avance pour les redevances de la Saint-Victor.
Mes journaliers vont tout me manger.
Ça tombe bien, j'ai tous mes enfants. Le beurre salé ne fera pas long feu.
♪ Ai rencontré M. Arthus, avec M. Gontran.
Ils allaient voir le patron.
Vous en avez, un beau gars, là.
Ils allaient voir le patron ? Bien.
À bientôt, Marie. Portez ça à la cuisine.
Et merci.
Ne vous dérangez pas, on connaît le chemin.
Quand je dis 15 millions, je suis optimiste.
C'est le double qu'il faudrait, pour restaurer tout ça.
Mais je ne peux pas vous offrir davantage.
On établira un ordre d'urgence.
C'est lui. Je t'avais dit qu'il fallait pas.
On a aucune raison de se cacher. C'est pour lui que je fais ça.
Je tombe à pic, dis donc, Arthus.
Je sais qu'avec mon régisseur, tu es en d'excellentes mains,
mais si je pouvais vous être utile...
Attention où tu poses les pieds.
Ici, on n'est pas à L'Automobile Club.
Nous n'avons rien décidé sans vous.
Je ne crois rien du tout. Je suis ravi de te voir là.
Un peu étonné, mais ravi.
Je suis sûr que tu as un tas d'idées.
Nous autres... Hein, Gontran ?
Leur normande a vêlé.
Ah ? Tu peux ramener mon taxi.
Je me ferai reconduire par le Turc.
Je serais content qu'il me mette dans la confidence.
Si toutefois... Vous avez l'air fâché.
Moi ? Il y a longtemps que j'ai pas été aussi bien.
Dis, Arthus, tu ne me laisserais pas le volant jusqu'à Maubrun ?
♪ Ai tout de même fini la guerre dans l'aviation.
Je crois que ça ira comme ça.
Qu'est-ce que t'en dis, pour l'écriture ?
Attends.
"Aura la faiblesse..." Tu charries un peu.
Allez, on file à la poste.
Minute.
Daisy en pince pour le fiston.
Elle avait qu'à pas avoir un père pareil.
Il faut que je te gronde, mon vieux. Tu aurais dû m'en parler d'abord.
Gontran, tu comprends, mène une vie dure, comme moi.
Mais il est plus jeune.
C'est ce que je voudrais vous éviter.
La solution... Viens avec moi.
Il faut que j'aille voir si Gustave s'est décidé.
Tu as gagné beaucoup d'argent, et alors ?
Mon père en avait plus. Il n'en parlait pas pour autant.
L'argent, il faut savoir s'en servir.
Il faut pas jouer avec Maubrun comme on joue en Bourse.
C'est pas la même chose.
Ah, c'est gentil d'être venu, Gustave.
Oh, je sais bien. Depuis le temps que c'était promis.
Que veux-tu que je fasse de tes 15 millions ?
Tu vois une SARL à Maubrun ?
Tu me vois directeur général
de la Société nouvelle des établissements Maubrun ?
C'est gentil de vouloir moderniser, planifier la culture,
mais on n'est pas en Géorgie ici, ni dans L'Ohio.
Tu as peut-être oublié ça.
Ici, les champs sont petits.
Il y a des bornes et des talus partout.
Parce que vous le voulez bien.
Quand les baux de vos fermiers arrivent à expiration,
vous ne les renouvelez pas.
Je paie les indemnités. Le problème est résolu.
Vous avez enfin une situation nette.
Mes fermiers à la porte ? Ils vous gênent.
Ce sont eux qui font fortune sur votre dos.
Et après ? Après, après...
C'est de la folie, voilà tout.
Plaignez-vous de tirer le diable par la queue,
de crouler sous les impôts...
Encore un châssis défectueux. Gontran ne peut pas tout faire.
Je ne me plains pas. Gontran a dit quelque chose...
Il n'est pour rien dans tout ça.
Mes fermiers à la porte ?
Leurs familles servent la nôtre depuis 6 générations.
C'est un bail que personne ne peut résilier.
Vous êtes formidables, les capitalistes.
Comme si vous n'aviez plus de cœur.
Des comptes en banque, des numéros matricules...
Comme des commissaires du peuple. Pareil !
Aussi froids qu'un coffre ou qu'une guillotine.
Vous avez tort. Les choses ont changé. On s'en aperçoit pas, ici.
Elles changeront bien davantage.
Ça va, Gustave ?
Les gens sont méchants, même quand ils ont de l'instruction.
Surtout quand ils ont de l'instruction.
Qu'est-ce qui ne va pas ? Ce serait trop long à dire.
Viens me voir ce soir. On causera.
C'est as rand-chose, de causer I mais on se sent moins seul.
Merci, monsieur le marquis.
Déjà fatigué, l'abbé ?
Hier soir, j'avais souhaité vous parler.
Puisque ça a pu attendre aujourd'hui,
c'est que c'était pas très grave.
Pour être franc, c'est le motif de mon séjour ici.
Un jésuite, ça ne se déplace plus qu'en service commandé.
N'exagérons rien.
Promettez-moi de ne pas vous emporter.
C'est pas pour la SARL, au moins ?
Je te préviens : Cette question est réglée.
Et serais-tu le nonce du pape...
C'est pour Daisy.
Daisy est assez grande pour se débrouiller toute seule.
Le curé du village est un excellent confesseur.
Et elle a moi.
Croyez-vous que cela suffise à une jeune fille ?
Tu veux la marier ? Rien ne presse.
C'est quoi, ce besoin que vous avez de marier les gens ?
Je ne veux pas marier Daisy. Je veux qu'elle soit heureuse.
Tu parles comme le courrier du cœur. Laisse ça aux hebdomadaires.
Daisy aime Christophe de Conti. Elle croit qu'elle l'aime.
Les jeunes filles aiment tout le monde.
Ça lui passera. Vous êtes si sûr de tout.
Je sais que Daisy n'épousera pas le fils d'un imposteur.
D'un monsieur qui a acheté un titre monténégrin
et volé un nom historique.
Il est mon voisin à l'église, et je tire ses canards.
Mais ma fille, non, jamais.
Je ne veux pas être ridicule, nom d'un chien.
Et tu ferais mieux de regarder ce que tu fais.
Je vous demande de bien peser
votre décision. Sois tranquille, c'est fait.
Daisy est majeure.
Dois-je te rappeler que mon autorité sur elle
ne s'arrête pas à sa majorité,
pour la simple raison que je la tiens de Dieu ?
Je suis responsable de vous tous, jusqu'à ma mort.
Même de toi, l'abbé.
Tu le sais bien.
Pour une fois que je vous ai tous, ne me gâchez pas le plaisir.
Revenons aux choses sérieuses.
Éclats de voix.
Merde ! Une visite.
Pierre est là !
Pierrot ?
Où est-il ?
Bonjour, papa.
Il vous a dit ça hier soir ? Il aura peut-être changé d'avis.
Alors, tu te décides ? Ce sera aussi difficile demain.
Je le vois demain.
Je lui en parlerai.
C'est comme ça tous les jours ? Souvent.
Allez, Gustave, je vais arranger ça.
Vous vous laissez empoisonner.
Je ne peux quand même pas les fiche à la porte.
Ils ont besoin de moi. Vous les avez pourris.
Dès qu'un gosse a de la fièvre, on court vous avertir.
Je suis le maire de ma commune, qu'est-ce que tu veux.
C'est du temps perdu.
Vous croyez qu'ils vous aiment. En réalité, ils vous débinent.
Peut-être qu'ils ne m'aiment pas, mais moi, je les aime bien.
La vie est trop courte pour qu'on s'occupe des autres.
Elle serait si longue si on ne s'en occupait pas.
Pour Gustave,
l'instituteur veut s'en débarrasser parce qu'il boit un peu.
Qu'est-ce qu'il deviendrait, s'il n'était plus gardien à l'école ?
Plus de logement, plus de bout de jardin.
Alors ? On joue, oui ?
Merci.
Je coupe, je vous donne un cœur, et je vous fous les cartes au nez.
Petit chelem demandé et fait. 750 et 100 d'honneur.
L'abbé a une veine de cocu.
Je sais jouer, c'est différent.
Le bridge et la chasse, je me défends.
Parce que le révérend père de Maubrun chasse ?
Ce n'est pas interdit par le droit canon !
Eh bien, ne te gêne surtout pas.
Le fusil en bandoulière sur la soutane.
C'est pas un crime.
C'est pas un crime,
ce ne sont que des canards.
Comme on se sent fier d'être homme, n'est-ce pas ?
Vous êtes tous les mêmes.
Voilà notre Jean-Jacques Rousseau lancé.
Tu n'espères tout de même pas nous changer.
Si 7 ans de jésuitière n'entament en rien ce que vous êtes...
Il y a si longtemps qu'on dure. Je pense bien.
Il a la peau solide, l'aristocrate, même sous la soutane.
Je te prierai de te mêler de ce qui te regarde !
Tu vois bien qu'il nous fait marcher.
Bien sûr que je vous fais marcher !
Qu'est-ce qui pourrait vous faire douter de votre bon droit ?
Vous êtes si contents, avec tous vos ancêtres !
Les bons usages...
Qui a pu fourrer ces idées dans sa tête ?
Tu sais, moi, les idées...
Mon pauvre Philippe.
♪ Ai peur qu'on ait oublié de te faire lire Pascal.
On sait que tu es très intelligent, que tu as lu Pascal, Nietzsche...
Mais c'est pas une raison pour nous emmerder.
Ne nous mettons pas dans cet état parce que Pierre déteste la chasse.
Chacun est libre, tout de même.
Il s'agit de tout autre chose. Bien sûr.
Il s'agit de savoir si Pierre nous ferait couper la tête ou pas.
Pauvre imbécile.
Pierre...
Qui songe même à vous trancher la tête ?
Vous traînez vos noms comme des prolonges d'artillerie.
Tu dépasses les bornes.
♪ En ai assez de cette pieuse imposture !
Tu vas encore parler d'Azincourt ?
Et des deux frères qui se sont battus à mort pour une dame ?
Allez, grattez l'histoire de France.
Rapportez les bons mots, les actions sublimes.
Il y a longtemps qu'on ne renouvelle plus le stock, non ?
Comment oses-tu dire ça ?
Comte de Maubrun, tu parles !
Poringe, voilà notre vrai nom.
Comme les petits copains, comme tout le monde.
Aussi dégueulasses, aussi avares, aussi lâches.
Si c'était pour nous dire ça, tu pouvais rester avec tes amis.
D'ailleurs, la porte est là. Il y a encore un train pour Paris.
Pierre...
Tu es sous mon toit ici, c'est-à-dire chez toi.
Je vous demande d'oublier cette querelle,
à laquelle pour ma part je n'ai rien compris.
Je suis d'une autre génération, que voulez-vous.
Puis vous allez nous laisser. J'ai besoin d'être seul avec lui.
Bonsoir, papa.
Bonsoir, Pierre.
Bonsoir.
Bonsoir.
Bonsoir, ducon.
Ce doit être difficile de vivre dans le monde d'aujourd'hui
avec cette sensibilité qui te vient...
Je ne sais pas... Peut-être de ta mère.
Pas de moi.
Nous autres, nous avons bien de la chance avec nos œillères.
Je vous demande pardon.
Mais non. Ce n'est rien.
Rien du tout.
Allez, on va boire aussi, nous.
Combien il y en a au prince, là-dedans ?
Un. Et je l'ai aidé.
En attendant, sans lui,
on n'aurait plus qu'à travailler en usine.
Je n'aurais pas cru ce matin qu'on aurait une matinée pareille.
Belle façade, mais je m'ennuierais ici, moi.
Son Altesse Sérénissime est servie.
M. Le marquis de Maubrun, le révérend père de Maubrun,
le comte Arthus de Maubrun, le comte Gontran de Maubrun,
le comte Osmond de Maubrun,
le comte Louis-César de Maubrun.
Et voilà.
C'est le cas de dire que le "compte" y est.
♪ Ai une faim de loup !
Ils tirent bien, les petits bandits.
Tout ce que j'ai raté était pour eux.
Ils étaient derrière moi, et pan, pan !
S'ils tiraient aussi bien la version latine...
De ce côté, à part l'abbé, on est pas gâtés dans la famille.
À chacun ses spécialités.
Laissons le latin aux épiciers.
Pâté de canard ou pâté d'alouettes ? Des deux.
À table, la discrétion n'est pas mon fort.
Surtout ne vous excusez pas. Tenez, moi, dans mes affaires,
je me suis toujours méfié des gens qui ne mangent pas.
Ça cache des rancœurs, des esprits tordus.
Oui, tous ceux qui ne savent pas vivre,
et cette espèce est grouillante de nos jours.
Qu'en pense le révérend père ? Le père Philippe pense comme moi.
Il sera un jésuite souriant. On en rencontre.
Votre battue était organisée de main de maître.
Gruaud-larose, 1937.
Vous le direz à mon garde-chasse. Ça lui fera plaisir.
Tout le mérite lui revient.
Moi, je suis un novice et je ne m'en cache pas.
Les petits bandits s'en sont bien aperçus, ce matin.
Dans ma jeunesse, j'avais d'autres chats à fouetter
que les canards et les poules d'eau.
♪ Espère que mon gruaud-larose vous amusera.
Il est plein de feu.
Avec le fumet un peu secret du pâté d'alouettes,
ce grand médoc est une trouvaille. Et le mérite vous en revient.
Cette fois, oui. Je l'ai toujours su.
D'ailleurs, ça ne s'apprend pas.
Je pense à ce que deviendra la France quand les buveurs de whisky
auront fini de nous convertir : Magazine, Cinémascope...
Quand les cuisiniers
auront été remplacés par des machines.
Ne soyez pas si sombre.
Moi, je lis les livres d'histoire, parce que les autres...
Je trouve le temps, entre deux voyages.
C'est passionnant.
L'histoire, c'est plein de retournements et d'imprévus.
L'homme est une plante étonnante : Il résiste, s'adapte, survit.
Et finalement, c'est toujours l'homme qui gagne.
Vous pouvez y aller.
C'est ça, voyez-vous, le plaisir de l'amitié.
Je ne mâche pas mes mots. Quand je suis content, je le dis.
À Paris, il n'y a que des inconnus.
Ils ont beau se tutoyer, il n'y a plus d'amis.
C'est vrai, monsieur. Ne m'appelez plus "monsieur".
Après un gruaud-larose, on ne s'appelle plus "monsieur".
Appelons-nous Maubrun et Conti, comme deux collégiens.
Maubrun, moi aussi ça me fait plaisir, tout ça.
Et même plus que vous ne le pensez.
Beaucoup plus.
Venez à Maubrun un de ces jours. Volontiers.
Mademoiselle de Maubrun !
Bonjour.
Ne vous dérangez pas, je vous en prie.
♪ Ai eu envie de vous rejoindre à déjeuner.
Nous sommes ravis de vous accueillir à Conti.
Que nous allons avoir le regret de devoir quitter.
Il me reste à vous remercier pour cette matinée charmante.
Nous venons de nous mettre à table. Excusez-nous.
Vous partez déjà ? Oui, et toi aussi.
Non. Je crois que je vais rester un peu ici.
Daisy, ne me force pas à rendre publiques
les raisons d'une décision qui me navre.
Voilà. Tu as compris maintenant ?
C'est ça, les vrais aristocrates.
Les descendants des croisés, c'est ça.
Des chiffonniers se conduiraient comme ça...
Mais à eux, il faut dire "bravo", il faut dire "merci",
il faut sourire !
Ils ont tous les droits.
Tout ce qu'ils font est permis, parfait, distingué.
Les petits-fils des croisés, je te dis !
Ils te foutent des coups de pied au cul, tu dois leur dire "encore".
Je t'en ficherai, de la distinction.
Des pique-assiettes, des mauviettes, des bons à rien.
Cramponnés à leur arbre généalogique comme à un parapluie.
C'est tout ce qu'il leur reste.
Il a été odieux.
Qu'il ne remette plus jamais les pieds ici.
C'est un coup de colère. Non, Christophe. Non.
C'est un plan.
Mes canards,
mon pâté d'alouettes, mon bordeaux.
Il me fait l'honneur de m'aider à m'en débarrasser.
Mais que sa propre fille veuille entrer dans ma famille,
halte-là !
N'en demandez pas trop, messieurs.
Savez-vous à qui vous avez affaire ?
Aux Maubrun. À d'authentiques Maubrun.
Et vous, qui êtes-vous ?
Conti ?
Conti...
Ah, Conti, 1926.
Conti, 1926 ! Et après ?
Il faut bien commencer. Vous aussi, vous avez commencé.
En vous donnant la peine de venir au monde.
Moi, ce que j'ai, ce que je suis, je l'ai fait moi-même, tout seul !
Voilà la différence.
Pour qui vous vous prenez ?
Vous aurez beau dire, vous n'aurez jamais plus de 7 litres de sang,
comme tout le monde. Elle n'est pas comme ça.
Ce qui me dégoûte,
c'est qu'il puisse penser à un calcul de ma part.
On a beau ne pas être nés de la cuisse de Jupiter,
nous avons notre petit honneur quand même.
Et maintenant ? "Et maintenant" quoi ?
Ben, nous ? Ben, toi et moi...
Non, papa. Daisy et moi.
C'est vrai. Tu l'aimes. Tu ne le savais pas ?
Tu n'es pas comme Maubrun, toi ?
Tu croyais pas que c'était par calcul et par ambition.
Un mariage de raison.
Mais ce pauvre imbécile est tellement irritant,
qu'on en perd de vue les choses les plus simples.
Si tu l'aimes, tant pis pour ce que Maubrun pensera de moi.
À pied et à cheval.
Il faut que tu l'épouses, la petite.
Que veux-tu ! Il n'y a pas à tortiller.
Je fais une autre omelette ? Merci, ça ira.
Allô, le château de Conti ?
Je voudrais parler à M. Christophe de Conti.
Personnellement.
Je m'en doutais.
Je vais t'enfermer dans ta chambre.
Le téléphone sonne.
Vous ne vous rendez pas compte de ce que vous faites.
Mademoiselle ne déjeune pas ?
Je ne sais pas. Je crois qu'elle n'a pas faim.
Le téléphone, c'était pas un message pour moi ?
Je te l'aurais dit.
Les cloches de l'église sonnent.
Tu ne vas pas venir à la messe sans chapeau, tout de même ?
Je vais au cinéma. T'as pas honte ?
Vous avez vu Mademoiselle ?
Pas depuis qu'elle est rentrée avec vous.
Elle n'est pas dans sa chambre ? Non.
Un quart d'heure que je la cherche.
Allez. Allez aux vêpres.
Elle n'est pas dans le potager. Allez voir dans le parc.
Daisy ! Daisy !
Daisy g.
Bonjour.
Bonjour. Mademoiselle de Maubrun ?
Je voudrais une chambre pour deux personnes.
Il m'en reste une. C'est pour...
Pour moi. Une chambre à deux lits ?
Un lit. Très bien.
Alors le 17. Je vais faire monter vos bagages.
C'est inutile.
M. Christophe de Conti va venir me demander.
Veuillez lui dire de me rejoindre dans ma chambre.
Et je n'y suis pour personne d'autre. Très bien.
Et un blason à redorer, un !
Ça ne vous fait pas rire, vous ?
Non. Ça ne ressemble pas aux Maubrun, cette histoire.
Vous cherchez quelqu'un ? Oui.
Mlle de Maubrun m'a donné rendez-vous ici.
M. Christophe de Conti, sans doute.
Oui.
Mlle de Maubrun a retenu la chambre.
Je crois qu'elle vous y attend.
Merci.
Voulez-vous prier Mlle de Maubrun de descendre ?
Dites-lui que je l'attends au bar.
Et puis demandez-moi le 1 à Maubrun.
Où est la cabine ? Par ici, monsieur.
Allô, mademoiselle ? Le 1 à Maubrun. Merci.
Allô, le 1 à Maubrun ?
Je voudrais parler à M. Arthus de Maubrun.
Merci.
Allô ? Ici Christophe de Conti.
Ah non, c'est pas pour ça que je vous téléphone.
Voilà... Je me trouve actuellement à La Sirène.
Je voudrais vous demander, si ça ne vous dérange pas...
Daisy...
Il ne fallait pas faire ça. C'est de la folie.
Vous avez l'air si ému que ça en est presque drôle.
Vous n'avez pas apporté vos bagages ?
Vous n'avez pas compris que nous partons demain pour Paris,
pour nous marier ?
Vous savez que c'est impossible. Rappelez-vous ce que nous avions dit.
"Même s'il refusait..."
Nous le convaincrons, mais pas comme ça.
Rien qu'ici, il y a 10 personnes qui nous connaissent.
Ce que ça peut m'être égal, ça.
Mais c'est peut-être pour vous, Christophe, que c'est gênant.
♪ Avoue que je n'y avais pas songé. Vous êtes tellement romantique.
Vous vous imaginez pouvoir quitter tout ce que vous avez aimé ?
Je quitte ce qui vous déteste. Ne dites pas ça.
Vous avez vu comment il vous traitait ?
Il a peut-être des excuses. Vous n'avez pas à le défendre.
Venez dehors. Au moins on aura la paix.
Vous avez peur qu'on nous voie ensemble ?
Vous n'avez pas l'air de comprendre que c'est pour vous que je refuse.
Si je vous écoutais, vous m'en voudriez.
Vous me dites ça maintenant ?
C'était plus tôt qu'il fallait me prévenir
que vous m'aimiez à condition que le reste aille de soi,
que vous m'épouseriez
si je vous garantissais la bénédiction paternelle.
Il fallait me dire que vous étiez un petit garçon sage
et respectueux des usages.
Pourquoi êtes-vous si dure avec moi ?
Parce que VOUS ne m'aimez pas assez.
Je pensais que vous seriez heureux que je vous donne cette preuve.
Je ne peux pas vous en donner d'autre.
Au lieu de ça, des reproches, des conseils,
comme si nous étions des vieillards.
Daisy, ce n'est pas pour moi que j'ai peur, c'est pour vous.
Pour vous seule.
Vous m'êtes bien trop précieuse, vous le savez.
Ne parlez pas toujours de votre peur, même pour moi.
Dites-moi que nous allons partir, que c'est fini, ce cauchemar.
Nous partirons, je vous le promets.
Christophe... Oui ?
Vous croyez que c'est par défi
que je veux me donner à vous ? Oui, Daisy. Ce n'est pas vrai ?
Ça l'était, tout à l'heure.
Daisy... Daisy, regardez-moi.
Vous l'avez appelé ? Vous n'avez pas à me le reprocher.
♪ Espère que c'est fini pour aujourd'hui, les coups de théâtre.
On prend un verre, et on rentre.
Il n'en est pas question ! Je ne retournerai pas à la maison.
Comme tu voudras, ma petite chèvre. Ça te passera.
Christophe et moi, nous partons. Ça m'étonnerait.
Christophe dîne avec moi. N'est-ce pas, monsieur ?
Si tu veux te joindre à nous. Christophe ?
Soyez raisonnable. Vous n'avez que ce mot à la bouche.
Où allez-vous ? Je suis libre, non ?
Vous ne voyez pas que mon frère vous attend ?
Passez une bonne soirée. Amusez-vous bien.
"Dessouder un flic."
"Le hachoir de M. De Paris était au bout du parcours."
"Dans cette putain de vie, on pouvait seringuer n'importe qui"
"mais jamais un Condé."
"Les assises n'accordaient pas de circonstances atténuantes,"
"et matraquaient au maxi (2)."
"Matraquer au maxi : Condamner au maximum."
"Et la veille que son client devait se faire raccourcir le cigare,"
"le débarbot pouvait aller miter dans le gilet du chef de L'État."
"Buter un flic, c'te bonne paire !"
"Rien que de leur frôler le ceinturon dans le bus,"
"le président de correctionnelle vous collait un biscuit de 30 sacs (3)."
"Biscuit de 30 sacs : Contravention de 30000 francs."
Arthus ?
Arthus ?
Daisy g
Daisy, viens ici !
Daisy, ouvre-moi.
Daisy, ouvre !
Daisy, je te donne 5 secondes pour ouvrir.
Eh bien, allez-y. Comme quand j'avais 12 ans.
Tu as compris ?
Tu as compris, à la fin !
Qu'est-ce que tu veux que je te dise, si tu es incapable de comprendre ?
Pourquoi n'as-tu pas filé avec lui ?
Pourquoi tu reviens ici ?
Pour moi ? Ce n'est pas la peine.
Pour moi, c'est comme si tu étais partie.
Tout est fini !
D'un coup.
Rien n'est fini. Tout continue au contraire.
Tu vas te taire !
Je suis revenue, parce que j'ai rompu avec Christophe.
Je le méprise d'avoir lui aussi été si faible devant vous.
Qu'est-ce qu'ils ont tous à plier devant vous ?
Je suis malheureuse, et vous avez gagné.
Vous devez être content, non ?
Daisy...
Si ta mère était vivante, elle n'agirait pas autrement que moi.
Ne lui demandez pas de vous donner toujours raison contre nous.
Elle aurait tout compris, elle.
Vous dites que vous nous aimez ! Vous n'aimez que vous-même.
Il faut vous honorer, vous flatter, vous obéir, céder...
Ne nous demandez pas en plus de vous aimer.
Il y a une chose que personne n'ose vous dire,
c'est que tout le monde commence à en avoir marre de vous.
Papa...
Papa, ne prenez pas cet air-là, je vous en supplie.
Je pensais pas ce que je disais.
Papa g.
Papa g.
Papa, ouvrez-moi.
Parlez-moi, je vous en supplie.
Je vous demande pardon.
Je ne veux pas que vous me détestiez.
Papa...
Je n'ai plus que vous.
Me Crouelles, vous qui connaissez les lois,
comment je peux éviter qu'on me mette à la porte d'ici ?
Le plus simple serait peut-être de ne plus boire.
Bande de vaches !
Je leur en foutrai, des sermons. Avec mon poing sur la gueule.
*Musique dodécaphonique, musique atonale,
musique sérielle
sont aujourd'hui familières à tous les musiciens valables.
Il n'en a pas toujours été ainsi.
L'œuvre que vous allez entendre marque le tournant
qui a vu la musique revenir enfin dans sa direction propre,
la seule intrinsèquement valable et chargée d'avenir
et qui est elle-même.
Bonjour, Crouelles.
Asseyez-vous, mon vieux.
Je suis ravi de vous voir.
Vous avez apporté votre pipe ? Non. Jamais le matin.
Quel bon vent ?
Eh bien, voilà...
Vous savez qu'une loi, déjà fort ancienne,
prévoit la dévolution des biens des conjoints à leurs descendants,
ne réservant au conjoint encore vivant
que l'usufruit de l'héritage.
Très bien...
La dot de Mme de Maubrun se composait de titres, de valeurs,
qui ont été investis dans les fermes, dans le château,
dans votre train de vie. Rigoureusement exact.
Ce qui fait qu'au regard de la loi,
vous n'êtes pas
propriétaire unique de Maubrun, mais copropriétaire
avec vos enfants. Ma foi oui, depuis 14 ans.
Et alors ?
Voilà... Vos enfants sont très attachés à Maubrun.
♪ En suis heureux.
Ils m'ont chargé de...
Ils vous ont chargé...?
Cris.
Pierre, à toi !
♪ Ai eu peur. J'ai vu ça.
Là ! Doucement !
Là !
Le trait d'abord, mon vieux.
Qu'est-ce qu'ils t'ont fait ? T'attacher cette ferraille au cul
comme une casserole à la queue d'un chat !
Il a du sang, dites donc ! Merci, monsieur.
Je vous rendais visite.
Ce n'est pas pour mon plaisir, oh non.
Mais je n'ai qu'un fils, et il s'agit de son bonheur.
Vous n'avez tous plus que ce mot-là à la bouche !
Je ne comprends même pas ce que ça veut dire.
Pour deux êtres qui s'aiment,
le bonheur, c'est le contraire du malheur d'être séparés.
Il s'agit de mon fils, mais aussi de votre fille.
Elle n'a pas besoin d'ambassadeur pour me parler.
Nous savons toujours où nous trouver.
Après ce qui s'est passé... Il ne s'est rien passé.
Je déteste le scandale, mais je déteste encore plus le chantage.
Comment qualifier votre manœuvre...
Si vous avez encore en réserve quelques injures bien cinglantes,
vous perdez votre temps.
Vos vilains mots, je les sais si peu justifiés
que vous ne me ferez pas perdre mon sang-froid.
D'ailleurs, comment ne resterais-je pas calme ?
Après tout, je suis altesse Sérénissime.
Je ne le sais que trop. Vous ne savez même que cela.
C'est ce qui me vaut des messages comme celui-ci.
Je ne pensais pas avoir à le sortir, mais vous m'y forcez.
♪ Ai d'abord pensé à une fine plaisanterie des jumeaux.
♪ Ai été le premier à en rire.
Mais maintenant, je pense qu'elle émane de vous.
Permettez-moi de vous dire, M. De Maubrun,
qu'avant de sermonner les autres, soyez exigeant avec vous-même.
C'est peut-être ça, l'aristocratie.
L'aristocratie, je vous prie de la laisser tranquille.
Nous n'en parlons pas tant, nous autres.
Quant au reste,
je suis seul juge des faits et gestes de mes enfants.
Ne comptez pas sur moi pour vous faire des excuses.
"J'aurai la faiblesse..." Ils avaient raison, les bougres.
Moi aussi, j'ai raison.
Nous disions que mes enfants étaient très attachés à Maubrun.
C'est cela, monsieur.
Et qu'ils vous avaient chargé...
C'est-à-dire, je ne voudrais pas...
Vos ne voudriez pas avoir à me le dire ?
Ils vous ont chargé de me demander des comptes.
"Qu'avez-vous fait de notre fric ?"
C'est ça ! C'est exactement ça ! Des comptes, je vais leur en donner !
Ils seraient désolés... "Désolés" ?
Ils ont la loi pour eux. Et la loi est la même pour tous.
Liberté, égalité, fraternité !
Crouelles,
vous avez senti mieux que moi ce que cette démarche avait d'odieux.
Et vous l'avez faite parce que c'est votre métier.
Et avec un tact, qui d'ailleurs vous est habituel,
mais dont je vous remercie.
À bientôt, mon vieux.
Je serai toujours très heureux de vous revoir ici.
Les jumeaux !
Que vos frères et sœur m'attendent au salon.
Et vous aussi.
Pas de bobo ? Non, monsieur le marquis.
♪ Avais voulu essayer de l'atteler.
Je ne referai pas une bêtise pareille.
Tout le monde fait des bêtises, Paul. Ce n'est pas bien grave.
Vous êtes content de votre fils ? Oui, monsieur.
Il vient d'être reçu au peloton des sous-officiers pour Saumur.
C'est bien, ça, Paul. Vous avez de la chance.
Alors ça y est, ça va barder ?
Pierre, ça n'amuse personne de faire de la peine à papa.
Mais c'est dans son propre intérêt.
Faire de la peine aux gens dans leur propre intérêt,
c'est un peu votre spécialité. Le voilà.
À vos rangs, fixes !
Vous êtes tous là ?
Je ne vous vois même pas.
♪ Aime autant ça, d'ailleurs.
Mon premier mouvement, ça a été de ficher le camp.
Où ? Je ne sais pas.
Mais de ne plus vous voir, de ne plus vous adresser la parole.
Nous ne nous comprenons plus. Nous n'avons plus rien à nous dire.
On peut tout de même parler.
Non, monsieur !
Pas quand vos propres enfants vous envoient le notaire.
Vous n'avez pas d'enfant, vous ne pouvez pas comprendre.
C'est comme si vous m'étiez tous devenus des étrangers.
Des étrangers. Vous n'avez pas compris.
Vous voyez bien, nous ne parlons plus le même langage.
Je me suis dit : "Tu es trop vieux pour comprendre."
"Nos règles de vie, c'est très joli, mais ça n'a plus cours."
"De nos jours, c'est comme ça."
"À 15 ans,"
"on parle l'argot."
"À 20 ans, on blasphème,"
"on n'a peur de rien."
"À 30, on rêve de vivre dans le luxe."
Ne proteste pas, Gontran.
Vous ruez dans les brancards. Vous n'en pouvez plus de moi.
Daisy, d'ailleurs, ne me l'a pas caché.
Ce n'est pas l'envie qui me manque de vous laisser tranquilles.
Je suis fatigué aussi, comme vous.
Seulement voilà, je vais vous sembler bien ridicule,
excusez-moi, je ne peux pas.
♪ Ai autant de devoirs, et même plus, envers ceux d'avant,
qui ont laissé leurs guenilles aux quatre coins de L'Europe,
qu'envers vous.
Alors je reste pour eux. Et pour moi, sapristi !
Vous essayez d'allier mon nom à celui de Conti, dont s'affuble M. Durant.
Daisy, reste ici !
Dis-toi bien que ce n'est pas lui que je méprise.
Lui, au moins, il se bat.
Ces noms que vous ne méritez plus, il faudra que d'autres les méritent.
Vous avez parlé, tous, par la voix de votre notaire.
C'est mon tour !
Papa, je tiens à garder mon sang-froid,
mais je suis obligé de vous dire que vous allez trop loin.
Nous sommes vos enfants, et des Maubrun.
"Des Maubrun" ?
Regardez-vous.
Qu'est-ce que vous croyez ?
Qu'il suffit de baiser la main des dames,
de se changer pour dîner
et de se laver les doigts après le poisson ?
Ça se paie, ce que nous sommes. Et ça se paie chèrement.
Nous avons payé chèrement jusqu'à présent.
Quand on veut plus payer,
quand on commence à jouer sur les deux tableaux,
un peu aristocrate, un peu arriviste, un peu marchand de tapis,
très vite, on n'est plus qu'arriviste ou marchand de tapis.
C'est pour moi ?
Pour tout le monde !
Peut-être bien, après tout, qu'il n'y a plus d'aristocrates.
Peut-être que l'argent nous a tous pourris à notre tour.
Et si nous n'en avons pas, c'est encore pire.
Il nous brûle le cœur.
Peut-être que tous ceux qui portent un nom
sont comme vous des façades, des trompe-l'œil.
Peut-être bien que les aristocrates sont ailleurs.
Dans le peuple.
Inconnus, humbles, mais ardents, fiers, généreux,
prêts à tout donner, tout, contre rien !
Il y en a encore comme ça, je le sais.
Vous, c'est fini.
Des survivants, des ombres.
La guillotine, c'était une solution propre.
Encore un mot :
Puisque bonheur et opulence sont devenus votre devise,
je vous souhaite de vivre heureux, riches et gavés.
Mais laissez-moi vivre comme je l'entends.
Nous n'avons plus rien à nous dire.
Et tout ça parce que je lui ai proposé de l'argent.
L'idéal, pour lui, c'est de crever stoïquement sous des ruines.
Ma façon d'être aristocrate vaut bien la sienne.
Les vacances de Jean, merci ! Je ne suis pas venu pour ça.
Je fous le camp, tiens. Et je vous invite tous.
Gontran, tu viens ? J'ai du boulot, ici.
Justement, tu as besoin de vacances.
L'abbé, tu peux venir ? Je n'ai pas envie de vacances.
♪ Ai envie de prier. Oui, pour nous. Pour nous tous.
Pour papa, surtout, mais d'un peu plus loin.
Tu me mettras au train de Paris.
Daisy ? Non. Je reste à Maubrun.
Dans ma chambre, mais à Maubrun.
Comme tu voudras.
Tant pis. Et toi ?
Tous ces gens à poil ?
Non. Moi, je reste ici.
Je ne suis pas vexé, moi.
♪ Ai trouvé ça piquant, ce que papa a dit.
Il t'a traité de lâche !
Je trouve ça vrai.
Je n'aime que les lâches, moi.
Les hommes qui ne sont pas saisis de peur devant ce monde absurde
sont des imbéciles.
On n'avait rien fait. On n'était pas dans le coup.
Si on se laisse traiter comme ça, c'est qu'on est des lâches.
C'est qu'il a raison. Que veux-tu qu'on fasse ?
♪ En sais rien. Mais on peut pas rester comme ça.
Être des Maubrun, ça se paie, il a dit. On paiera.
S'il y avait un bombardement maintenant,
on resterait dessous exprès une demi-heure,
rien que pour l'emmerder.
Il verra si on est des Maubrun ou des lavettes.
Louis-César, ça peut se faire. Quoi ?
Viens.
T'as compris ?
Chacun une. Oui.
On y va. Tant pis pour lui.
Sers-toi. Neuf.
On fait 100 m chacun,
on compte jusqu'à 60 et on commence à tirer.
D'accord.
Allez. Garde-toi, je me garde.
Tout ce qui est à moi, je te le laisse.
Même mon couteau à cran d'arrêt. Mais je dois 30 F au marchand.
T'en fais pas. Méfie-toi, t'as celle qui porte un peu à gauche.
Allez. On y va ? On y va.
Louis-César ? Qu'est-ce qu'il y a ?
Écoute, il faut que tu me jures quelque chose.
Que tu vas vraiment me tirer dessus et essayer de m'avoir.
Si on risque pas notre peau, ça veut rien dire, notre truc.
T'as raison, mon petit père. On va jurer.
Il ne faut pas faire semblant, ce n'est pas propre.
Je jure d'essayer de te descendre à chacun des 9 coups.
Je jure d'essayer de te descendre à chacun des 9 coups. Voilà.
Allez, en avant ! En avant !
...32, 33, 34, 35, 36, 37, 38, 39, 40...
...47, 48, 49, 50, 51, 52, 53, 54,
55, 56, 57, 58, 59, 60,
61, 62, 63, 64, 65, 66...
...93, 94, 95, 96, 97, 98, 99, 100 !
1, 2, 3...
4, 5, 6, 7, 8, 9...
Mon Dieu, j'ai l'extrême regret de Vous avoir offensé.
Vous êtes infiniment bon...
...Vous êtes infiniment bon et le péché Vous déplaît.
Je prends la ferme résolution de ne plus Vous offenser.
TU y es J'Y suis !
Alors, comment ça va ? Tu tiens le coup ?
Ça va. Et toi ? Ça peut aller.
T'as failli m'avoir, mon pote. Fais gaffe à toi.
Osmond ! Osmond ! (Ça va. Je n'ai pas trop peur.)
Osmond ! Osmond, réponds !
Osmond ! Je t'ai tué ?
Pas encore, petit père. Tu tires trop mal.
Combien il te reste de coups ? Sept.
C'est long ! On a juré !
T'as raison.
Coups de feu.
Arrêtez, les jumeaux ! Arrêtez, nom de Dieu !
Arrêtez ! Arrêtez !
Qu'est-ce que vous foutez ?
Qu'est-ce que vous étiez en train de foutre ?
On jouait. Vraiment ? Et à quoi ?
À savoir si on était encore des Maubrun.
Je croyais vous avoir interdit de vous servir de ces carabines.
Allez les remettre en place.
Bien, papa.
Il nous a bien eus. Il en a pris un drôle de coup, va.
Éclats de voix.
♪ Espère que nous ne vous dérangeons pas.
Du tout, monsieur.
Mon père sera désolé d'avoir manqué cette visite.
Les jumeaux sont de bons guides ?
Parfaits. Ils sont très intéressants.
Second portrait du capitaine des gardes.
Il lui fut offert par Richelieu pour avoir tué 14 mousquetaires.
Il avait été fait chevalier lors d'une bataille par Du Guesclin.
Jean-César de Maubrun.
Il ressemble à Robespierre.
Vous savez ce qu'il lui a fait, Robespierre ?
Il lui a coupé le cou.
C'est sûrement un malentendu.
M. Pierre, venez vite. Gustave est devenu fou.
Il a pris son fusil
et s'est enfermé avec les gosses.
Avec M. Le marquis, il oserait pas.
Il l'aurait calmé. Mais puisqu'il n'est pas là...
Il faut que ce soit quelqu'un du château.
♪ Y vais.
M. Le curé n'est pas là. Il ne revient que ce soir.
Bon. Alors c'est moi qui vais le calmer.
Suzanne, ton père veut faire l'imbécile.
Ça va être à toi d'y passer la première.
Bande de fumiers !
Vous le méprisez plus, l'ivrogne, le bon à rien !
Vous avez peur, hein ?
Vous avez peur !
Mettez-vous à genoux devant moi !
Ou je descends deux gosses tout de suite.
T'as entendu, Octave ? Je commence par la tienne.
Octave, tu voudrais bien pouvoir t'en tirer avec du fric ?
Seulement, je m'en fous, de ton fric !
Ce que je veux, c'est me venger.
Un véhicule approche.
Vous allez lui parler, monsieur Pierre ?
Oui.
Alors prenez une arme. Sûrement pas.
Attention, vous !
N'avancez pas ou je vais tirer !
Mais non.
Qui êtes-vous ?
Maubrun. Pierre de Maubrun !
C'est pas vrai !
Si.
Il y a 3 ans que vous ne m'avez pas vu, mais vous me connaissez.
Vous savez bien que je ne vous veux pas de mal.
Vous êtes armé !
Dans votre poche !
Mais non.
Arrêtez-vous, mon vieux !
Je veux pas tirer !
Mais vous n'allez pas me tirer dedans.
Je veux rester seul avec lui.
Dans une telle circonstance, rien de ce que nous avons pu nous dire...
Merci, monsieur.
♪ Ai un fils et je comprends ce que cela peut être.
Non, monsieur, c'est impossible. Personne ne peut.
Arthus.
Voilà...
Je vais vous laisser repartir seuls. Je ne rentrerai pas à Maubrun.
Quoi ? Vous n'allez pas...
Non, rassure-toi. Je ne veux ni me suicider,
ni entrer dans les ordres.
Rester ici, simplement dans ce couvent,
où je suis tout de même un peu chez moi,
à casser du bois,
à astiquer des cuivres,
à ne voir personne.
Mais ce n'est pas possible, enfin. Je sais bien que...
Dieu m'a frappé fort, Arthus.
Les jumeaux qui ont failli s'entretuer,
et puis Pierre.
Mais ce qui est nécessaire à votre bonheur,
je ne veux pas le voir.
Je ne peux pas. Tu comprends ?
Mais je veux être le seul désormais à souffrir de mes exigences.
Alors maintenant, c'est à toi, la barre.
Pense un peu aux fermiers, tout de même.
Et puis à Félicie et à Paul,
même s'ils ne peuvent plus te rendre service.
Enfin...
tu verras.
Allez, Arthus.
Va leur dire tout ça
et interdis-leur d'essayer de me revoir.
C'est le dernier ordre que je vous donne.
Allez, mon vieux, allez.
Papa !
Papa !
Papa !
Sous-titrage : Eclair Group
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