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Tu m'aides avec les verres ? Je n'y arrive pas toute seule.

Suisse, début des années 90

- Ok, attends, je range ça. - C'est quoi ?

Rien, je t'aide.

Est-ce que tout le monde a un verre ? Ok !

Santé !

- Hé, tu as vu ce type ? - Tu as dit quoi ?

Ce type, il veut les emmener sur l'île.

Oui, tu m'étonnes.

- Oui, allons-y tous, non ? - Oui.

Ok, alors j'ai ça.

Qu'est-ce que c'est ? De l'ecstasy ? Oh, mon Dieu !

Je n'en suis pas sûre, je l'ai depuis longtemps.

- Bien joué. - Alors, vous en dites quoi ?

On trinque et on va voir le lever du soleil sur l'île ?

- Oui, mais on y va comment ? - Avec son bateau.

Ok, mais laissez-moi parler avec le gars.

- Encore une tournée ? - Cette fête est nulle.

Ok, allons voir le lever du soleil. Prenons ça et allons-y.

Dépêche-toi, on y va !

- Allez. - Ok, je prends mes affaires.

- Ça bouge beaucoup par ici. - Pense à autre chose.

- Combien de temps encore ? - Je ne sais pas. Pas longtemps, selon lui.

- Je ne me sens pas bien. - Tu es sûr qu'on ne va pas se faire attraper ?

Qu'est-ce qu'il y a ?

C'est mieux si tu ne regardes pas.

Ça va ?

- C'est quoi, les pastilles que tu m'as données ? - Je ne sais pas.

Tu vois quelque chose ?

Oui, je pense que c'est un hôtel.

Je crois que tu as raison, Frenchie, mais la saison est terminée.

Oui, je crois qu'il n'y a personne.

Je vous l'avais dit, ce Suisse s'est foutu de nous.

- Connard... - Oui, je pense aussi.

Vous pensez quoi ? On essaie d'entrer ?

Ça pourrait déclencher une alarme et faire débarquer quelqu'un.

On essaie ou pas ?

- Oui. - Tu veux forcer ?

- Oui. - Ok.

- Tu sais faire ? - Oui, il faut la forcer.

Ce n'est pas difficile.

Il suffit de pousser, non ?

Les dames d'abord.

Hé.

Memphis, c'est ça ?

- Memphis ? - Comment va ta tête ?

- Qu'est-ce qui s'est passé ? - On a raté le lever du soleil, c'est sûr.

J'ai trop bu hier soir.

Ce n'est pas l'alcool, ce sont les pastilles. Elles étaient fortes.

- On est arrivés ici, non ? - Oui.

Où est le bateau ?

Mon sac à dos. Ce connard a tout pris.

- Bonjour. Vous faites quoi ? - On ne trouve pas le gars.

Qu'est-ce que c'est ?

Ah, ce parfum, c'est comme à la maison.

Tu as dit quoi ?

Apparemment, Frenchie a un jardin comme celui-ci à Paris.

- Sérieusement ? - Oh, un Anglais qui parle français.

Oui, c'est vrai.

Il y a une autre île.

Peut-être qu'il est là-bas.

Peut-être qu'il a des pastilles pour le mal de tête.

Laisse tomber les pastilles, toi.

Tu n'es pas douée pour "organiser la fête", Frenchie.

Moi, je n'entre pas.

Qu'est-ce que...

Sons de plage d'une île en Suisse...

Vous connaissez le nom de cette île ?

J'en sais autant que toi, Frenchie.

- Vous non plus ? - Aucune idée.

Tu étais où, Memphis ?

Pourquoi elle t'appelle Memphis ?

Laisse tomber, j'ai fait le tour.

Il y a un téléphone à l'intérieur, mais je crois qu'il est débranché.

Je ne suis pas pressée, il y a toujours des vols pour Paris.

Cet endroit est magnifique.

Oui, exactement. Prends ça comme des vacances offertes.

Des vacances offertes ?

Oui, tu sais ?

On devrait rester jusqu'à ce qu'on nous vire.

- De toute façon, je n'ai rien de prévu. - Ah, pourquoi pas ?

Vous pouvez vous taire pendant que j'enregistre cette plage ?

On pourrait brûler quelque chose et l'utiliser pour envoyer un SOS.

Tu peux t'en occuper.

Pas de problème.

- Tu as un briquet ? - Oui.

- Ok. Bien. - Dans la poche.

- Il a peut-être pris l'eau. - Et si on utilisait la cheminée ?

- Pourquoi tu veux utiliser la cheminée ? - Eh bien, pour...

- Pour faire des signaux de fumée ? - Oui.

Tu vois cette lumière, là ? Elle n'est plus là.

- Quelle lumière ? - Là-bas.

- J'ai vu. C'est quoi ? - On dirait un phare, mais dans les montagnes.

- Ouah. - Je n'ai pas vu où il est tombé.

Tu n'as même pas réussi à atteindre l'arbre.

- Essaie encore. - Ok.

- Restons ici ce soir. - Sur le toit ?

- C'est le bon, cette fois. - Pas mal.

Allons voir les chambres.

- Ok. - Je prends la suite.

Tu sais, j'espérais quelque chose de mieux.

Je ne sais pas à quoi tu es habituée, Frenchie.

Mais ça, c'est le Ritz pour moi.

- Tu es sûre qu'on peut faire ce qu'on veut ? - Tu as une meilleure idée ?

On pourrait dormir sur les canapés en bas.

Je n'ai jamais dormi de façon inconfortable deux nuits d'affilée.

- Fais comme tu veux. - Bonne nuit.

J'ai compris qui sont les fêtards du groupe.

Bonne nuit, Memphis.

Bonne nuit... la plouc.

On va se faire attraper, c'est sûr.

Oui...

On va se faire arrêter ici.

Bonne nuit...

- Qu'est-ce qui s'est passé ? - Il va bien.

Qu'est-ce qui se passe ?

- Qu'est-ce qu'il a fait, putain ? - Qu'est-ce qu'il a fait ?

Il a planté une fourchette dans le panneau électrique, l'idiot.

Pourquoi il a fait ça ?

Ce n'était pas un accident, pas vrai ?

- Très rassurant. - On a besoin d'une trousse de premiers soins.

- Pardon. - Pourquoi tu es si calme ?

Il l'a déjà fait ?

Sérieux, vous êtes complètement à la masse, vous deux.

J'ai trouvé.

Laisse tomber la main. Tu as contrôlé qu'il n'avale pas sa langue ?

- Il va bien... - Qu'est-ce que j'en sais ?

J'ai faim.

Quelqu'un d'autre a faim ?

Je vais voir en cuisine.

Tu as dit que tu voyages sac au dos depuis un an.

Oui, dix mois, presque dix mois.

Toute seule ?

Quand tu voyages seul, tu rencontres des gens

et tu fais un bout de chemin avec.

Et vous deux ?

Ça fait un peu plus d'un an, c'est la dernière étape.

- On rentre à Memphis. - C'est nul.

Pas Memphis. Enfin, je ne sais pas,

mais je voulais dire de rentrer à la maison.

Oui, nous ne sommes pas ravis.

Et toi, Ben ?

J'ai vadrouillé pendant un an et demi,

mais je n'ai pas beaucoup voyagé.

Je suis allé en Australie et j'y ai travaillé.

Je fais quelques arrêts avant de rentrer à la maison.

- Comment es-tu arrivé en Suisse ? - En avion, non ?

Je ne voulais pas rentrer directement à Londres.

Je pensais que ce serait plus amusant de rentrer par voie terrestre.

Qu'est-ce qui t'attend à Londres à ton retour ?

Je ne sais pas, je n'ai plus d'argent, donc un travail quelconque.

Et toi ? Tu as fini de voyager ?

Oui, je pense. J'ai voyagé assez longtemps.

Paris me manque.

Tu ne corresponds pas au stéréotype de la voyageuse.

Pourquoi ?

Quand on t'a rencontrée à la fête hier,

tu n'avais pas l'air d'une voyageuse sac au dos.

- J'ai un sac à dos pourtant. - Mais tu ne séjournes pas à l'auberge, non ?

Non, je ne séjourne pas à l'auberge.

Tu fais la princesse dans un hôtel quatre étoiles ?

Je ne pense pas que ce soit le logement qui définisse le voyageur.

- Ah, non ? - Non, non.

Merci.

On se marre.

- Il est tout abîmé. - Arrête de te plaindre.

Il était dans ma poche, il a pris l'eau.

- Et je me suis assise dessus. Laisse-m'en un peu. - Ok.

Ça va, Memphis ?

- Comment tu vas ? - Très bien, Ben.

- Vraiment ? - Il n'est jamais lui-même le lendemain.

C'est comme ça que tu recharges tes batteries ?

Ça fait combien de temps qu'il essaie ? Il n'en est pas capable.

Ce ne serait pas si difficile s'il le voulait.

Eh bien, donnons-lui un coup de main.

Il n'y a pas grand-chose d'autre à faire ici.

Jour 2 : sons à l'extrémité de l'île principale.

Une étrange île tropicale, entourée des Alpes suisses.

Tout aussi bizarre que mes compagnons de voyage.

Des cinglés en fuite plus que des naufragés.

Ben ! Cours !

Putain... Putain...

Il l'a fait.

Qu'est-ce qui se passe ?

Mais qu'est-ce que...

- C'est qui, le cadavre alors ? - Je ne sais pas.

L'un d'entre vous lui a parlé ?

- Ben. - Oui, un peu, pourquoi ?

- Comment ? - C'est quoi cette question ?

Dans quelle langue ?

La seule langue que je connais, la mienne.

Mais il était d'ici, lui, non ?

Je pense qu'il était italien ou tessinois.

Probablement, je ne sais pas. La musique était forte.

Au milieu de tout ce bruit, c'est dur d'entendre d'où chacun vient.

Personne ne peut le dire.

On ne connaît même pas son nom.

Putain...

- Il a peut-être des papiers sur lui. - Pas besoin.

Regardez.

- C'est lui, non ? - Oui.

Il est plus jeune, mais c'est lui.

Je l'ai trouvée dans le bureau.

- Je peux voir ? - Bien sûr.

"Pour la fête des Pères. On t'aime."

C'était le fils du propriétaire de l'hôtel.

On peut y arriver.

On ne peut pas.

- Ok... Je peux y arriver, moi. - Oui...

Tu cherches un autre moyen de te tuer. Mais au moins...

Mieux vaut se noyer que de s'immoler comme un bonze.

J'ai fait des recherches.

Un choc électrique provoque des arythmies cardiaques.

Le cœur ne se contracte pas au même rythme que les chambres,

mettant ainsi fin à l'écoulement du sang.

Mais oui, ça peut causer des brûlures.

C'est quoi ce bordel, mec ? C'est un peu extrême.

Quoi qu'il en soit, il doit y avoir au moins quatre ou cinq milles marins.

Je suis bon nageur.

Peut-être, mais c'est trop loin.

Tu sais quoi ? Vas-y, ouais.

Quand ton corps arrivera sur la plage, on viendra nous chercher.

Je peux y arriver.

Allez, écoute-moi.

On n'est pas sur une île des Caraïbes, mais sur un lac suisse.

L'eau va congeler tes boules de suicidaire

avant même que tu ne commences à nager.

- Parfois, je déprime. - Sans blague ! Tu es cinglé.

On lui fait prendre ça. Tout le monde pensera que c'était un suicide.

- Tu plaisantes ? - Non, je ne plaisante pas. Tu as d'autres idées ?

- Pas aussi stupides, non. - C'est ridicule. Quoi ?

Appelons la police.

- Je ne vais pas en prison. - On n'a pas fait exprès.

On lui a donné les pastilles, non ?

Mais nous, on est tous en vie, non ?

Oui, mais le Suisse va devoir mettre de côté la fondue pendant un moment.

- Je ne peux pas aller en prison. - Parce que nous, oui ?

Ce n'est pas ce que je dis. Je dis que c'est une solution facile.

- Qui est justement... - Inutile.

C'est une idée stupide vu qu'il est déjà mort

à cause de ces pastilles.

Donc ils trouveront de toute façon des traces dans son sang.

C'est résolu, donc. Allons tous en prison, main dans la main.

- Contente, princesse ? - Je me débrouille toute seule.

Oui, débrouille-toi.

- Je crois que vous avez exagéré. - Tant mieux.

- C'est une mauvaise idée. - Elle a au moins une idée, elle.

Elle ne m'a jamais plu.

Je me sens coupable.

Tu es sûr ?

Je peux te poser quelques questions ?

- Tu es obligée de les enregistrer ? - Oui.

J'enregistre les lieux et les personnes que je rencontre.

Pourquoi ?

Comme ça, je les réécoute chez moi. C'est bien mieux qu'une photo.

Je comprends.

Fais-moi plaisir, alors.

On a décidé de rester et on pensait qu'il nous avait volés.

Maintenant, on sait qu'il est mort. C'est la faute de personne

ou alors c'est la faute de tout le monde, lui inclus.

Alors, oublions tout ça.

Mon Dieu, je voulais juste t'interroger sur tes voyages.

Ok.

Bref, j'ai une idée. Viens avec moi.

Et maintenant ?

On pourrait simuler un suicide.

- On en a déjà parlé. - On peut simuler. Je sais comment...

Tu le sais sûrement...

On doit juste écrire un message d'adieu et se débarrasser de son corps.

Se débarrasser du corps ? C'est tout ?

Les lacs alpins sont profonds et ce ne sont pas les pierres qui manquent.

Putain ! Tu veux commettre un crime plus grand

pour en couvrir un plus petit ?

Toi aussi, tu as pris les pastilles et tu vas bien.

Tu veux juste laisser ton papa en dehors de ça.

Tu n'as pas dit un mot pour ce garçon.

Ok, ne commençons pas à faire sa Majesté des mouches.

Ben, ils ont raison.

D'accord ?

Tu vas bien ?

Est-ce que ça te dérange...

Non, fais seulement.

- Comment vas-tu ? - Vraiment ?

C'est une question difficile en ce moment.

J'ai trouvé cette machine à écrire,

on pourrait l'utiliser pour le message.

Elle m'a l'air compliquée à réparer.

On ne connaît pas son écriture. Tu ne vas pas écrire, toi, non ?

Écoute, je suis désolée. J'ai dû avoir l'air d'une salope.

Ok, ne t'inquiète pas. Personne n'est au top.

- C'est moi qui vous ai convaincus de le faire. - Non, je ne pense pas.

C'est notre faute ?

Écoute, je ne veux pas en parler, et les autres encore moins.

Un petit conseil : laisse tomber, d'accord ?

C'est trop tard de toute façon, mieux vaut passer à autre chose.

Ok, continue.

Je suis presque prête... Voilà...

Ça marche !

Il faut que tu traduises en français pour nous tous.

Alors...

On commence par "Chers Papa et Maman" ?

- Comment, alors ? - Quelque chose de simple, non ?

Du genre : "Plus de douleur, ne plus se réveiller, personne n'a..."

Ben, on n'a pas besoin d'une citation. C'est une lettre de suicide.

Je sais... Enfin, je ne sais pas, sinon, je ne serais pas ici.

C'est le genre de choses qu'on fait une seule fois. Pas vrai, Memphis ?

- Quoi ? - Notre ambassadeur des voyages en aller simple.

Je ne veux pas faire la groupie, mais j'adore ce que tu fais.

- On peut utiliser un de tes textes ? - Je n'en ai jamais écrit.

- Quel étourdi... - Ben.

Ok, ça devrait être des excuses à ses parents

pour la douleur qu'il leur cause.

Qu'écrirait-on à nos parents si on ne devait plus jamais les revoir ?

Non, vraiment, j'aime juste me moquer d'eux.

Regardons les choses en face, je suis une cible facile.

Ceux qui m'énervent le plus, ce sont les Britanniques

qui vont vivre un an en Provence

et qui écrivent ensuite des livres gênants à ce sujet.

- Je suis d'accord avec toi. - Pas vrai ?

Comment vas-tu vivre à Paris, Frenchie ?

Je suis sûre qu'on a déjà des projets pour moi.

Pressions familiales ?

- Oui. - Qu'est-ce qui te fait penser...

- Qu'ils aillent se faire foutre. - En gros, oui. Merci, Meg.

- Je ne voulais pas entrer dans la spirale... - Quand tu veux.

Non, vraiment, merci.

Disons que ma famille n'est pas standard.

- Tu crois que la nôtre l'est ? - Pas une seconde.

- Ne le prends pas mal, mais... - Je suppose que non.

Qu'est-ce qui vous attend à votre retour ?

Pas grand-chose.

- Je ne veux pas rentrer tout de suite. - On n'a plus d'argent.

- On peut en gagner. - Ça me semble difficile.

Les visas, c'est ça ? C'est difficile de travailler sans.

- Allez vers l'est. - On arrive du Cambodge, du Vietnam.

- On a fait des spectacles là-bas. - Meg, tu as vu mon briquet ?

- Des spectacles ? De musique ? - Non, pas exactement.

Vous faites quoi alors ?

- Laisse tomber... Ah, j'ai trouvé. - Et donc ?

- Du stand-up. - Merde...

- Ouah ! - Elle se moque de nous, pas vrai ?

C'est pas vrai !

- Un comédien suicidaire ? - Ben, arrête.

Allons, j'imagine aussi bien cet éclair de Memphis être comédien

que toi, vestale, à l'autel, en train de te marier avec un roturier.

- Très présomptueux. - Quoi ?

D'imaginer qu'elle ne le ferait pas. Tu la connais à peine.

Épouser quelqu'un d'une classe inférieure à la sienne ?

Non... Tu voulais dire quoi par "vestale" ?

J'arrive à peine à l'imaginer devant un groupe de Vietnamiens.

- Mais toi... - Encore présomptueux.

Arrête avec le vin, tu dis ça pour provoquer.

-Tu n'es pas une... - Je n'ai jamais dit que je l'étais.

Tu parles de quoi, alors ?

Je dis que tu crois toujours tout savoir sur les autres.

Ok, je me tais alors. Merde, non, désolé...

J'ai décidé d'apprendre cette leçon de vie aujourd'hui.

Tu veux dire que même si tu as eu une relation avec un homme...

- Tu fais encore des suppositions. - Ok, ou une femme.

Dans ce cas, on se ficherait dans un bourbier que je préférerais éviter.

Bonne idée.

- Je suis déjà dans le pétrin, ne me distrais pas. - Vas-y, mec.

- Il est un peu vert, ce bois. - Donc, tu disais ?

Je ne sais plus.

- Je vais préparer le repas. - Ok.

- Tu m'aides ? - Oui, bien sûr.

Tu n'as pas faim, toi ?

Si...

- Allons-y. - D'accord.

C'est quoi cette histoire de lits ? C'est qui qui les fait tous les jours ?

Bordel !

Memphis, abruti !

Je vais te tuer, crétin !

Ne la touche pas.

- Tu vas où ? - Je m'en vais un moment.

- Ça veut dire quoi "un moment" ? - Promenade touristique.

- Tu vas te promener où ? - Je vais faire le tour de l'île.

Ça ne prendra pas longtemps.

Peut-être pas, mais il y a plein de choses que je n'ai pas vues

et je m'ennuie.

Je t'enverrai une carte postale quand j'arrive.

Tu travailles ton bronzage ?

- Qu'est-ce que tu fais ? - Regarde ça. Joyce est passé par ici.

Apparemment, il a travaillé sur Ulysse ici

avant de l'envoyer à son éditeur.

Qu'est-ce que tu sais sur Ulysse ?

Vous lisez aussi de la littérature sérieuse par chez vous ?

Très drôle. Oui, on lit même de la littérature anglaise.

Joyce était irlandais.

- Tu es sûr ? - Oui.

Mais il ne faut pas lui en vouloir.

Donc tu l'as vraiment lu ? Ou ils te disent seulement de l'avoir lu ?

Je l'ai lu. C'est le livre préféré de ma mère.

- Je n'ai pas compris grand-chose mais... - Moi non plus.

- C'est une prof d'anglais ? - Quoi ?

Ta mère enseigne l'anglais ?

Oui, comment tu le sais ?

- J'ai deviné... Joyce... - Ah, oui.

Ils font quoi comme travail, tes parents ?

Femme au foyer et ivrogne professionnel.

- Ivrogne ? - Ivrogne à plein temps.

Je vois... Mais il fait quoi dans la vie ?

- Il touche les aides sociales. - Quoi ?

Oui, une sorte d'allocation de chômage.

- Tu plaisantes, pas vrai ? - Non, pourquoi ?

C'est juste que... Tu as l'air...

Je pensais que tu venais d'une famille bourgeoise.

Qu'est-ce que tu racontes ?

- Je le pensais vraiment. - Pourquoi ?

Je ne sais pas.

Ce doit être parce que je suis anglais.

Vous, les Américains, dès que vous avez affaire à l'un d'entre nous,

vous pensez qu'on est plus intelligents.

- Je t'embête, Meg. - Ah, donc tu connais mon nom.

Je pensais que pour toi, on était tous des "Memphis", des "Frenchie".

Oui, eux, ce sont Memphis et Frenchie. Mais toi, tu es Meg, non ?

J'en suis honorée.

Tu peux.

"Pas de sexe, on est anglais" ?

Assieds-toi à côté de moi.

Oh mon Dieu, regarde comme cette piscine est sale.

Comment pouvez-vous le supporter, madame ?

Tu sais, quand je suis à l'étranger, je revois mes standards à la baisse.

Assieds-toi, je dois te parler.

Qu'est-ce que tu voulais me dire ?

- J'ai parlé à Psycho hier soir. - Ah, oui ? Lequel ?

La fille Psycho.

Apparemment, le gars aime bien faire ces choses de temps en temps.

Oui, il semblerait.

On est coincés sur une île avec un Robinson Crusoé suicidaire.

Oui, il semblerait.

Je pourrais m'y faire.

Ne te sens pas obligé.

Ce n'est pas le cas, ma chère.

Ben, je peux te poser quelques questions ?

Je peux le récupérer ?

- Je l'utilise pour mon journal intime. - Évidemment, tu as un journal.

Bien sûr. Ben, tu peux me raconter quelque chose sur toi ?

- Quelque chose d'intéressant ? - Ça te plairait.

Pas vraiment, mais tu es là, alors dis-moi quelque chose.

Peut-être plus tard, Frenchie.

Ok.

La jambe de la lune.

- Celle-ci ? - Oui.

Tu aurais pu dire la jambe droite, ça aurait été plus simple.

Tu dois t'ouvrir davantage aux éléments,

sinon cet exercice ne fonctionne pas.

Tends le bras de la lune, s'il te plaît,

et étire-toi vers le soleil.

Mais essaie de t'ouvrir aux éléments ou ça ne marchera pas.

- Compris ? - Je suis ouvert.

Merci. Respire.

Respire.

Respire.

- Tu te sens plus détendu, non ? - Non.

Tu es bloqué, Memphis. Maintenant, essayons l'autre côté.

Vous faites quoi ?

- C'est censé être du yoga ? - Oui, très perspicace, bien joué.

Maintenant, détends-toi, comme ça.

Détends-toi un peu.

Ok, l'autre côté. Tu connais le principe.

- Ne te laisse pas distraire, ok ? - Fais comme si je n'étais pas là.

Ok, la jambe du soleil. Bouge le bras du soleil.

Je croyais que c'était le bras de la lune.

On a changé de côté, Memphis, allez ! C'est le bras de la lune.

Bravo. Le bras du soleil.

- Tu le vois, le soleil ? - Oui.

Bien, détends-toi.

Tourne-toi vers moi, oui.

- Comment tu te sens ? - Je me sens normal.

- Mais un peu plus détendu ? - Non.

Tu as l'air plus détendu.

Ça se voit à ta posture, c'est évident que tu es détendu.

Tu en avais besoin, ça se voit.

Continuez seulement, vous deux. Moi, j'ai une idée plus amusante.

- Ok. - À plus tard.

- Salut ! - Amusez-vous bien !

Ça se voit que tu es détendu. Tu es détendu, oui.

Ta posture est plus... Tu t'es détendu.

Oui, mais je ne crois pas que le yoga soit mon truc.

Tout le monde dit ça, mais ensuite, ça marche.

Tu verras, continue comme ça, mon ami. Accroche-toi.

- Vous êtes sérieux ? - Ne fais pas le rabat-joie, c'est la règle.

- J'aime bien ça. - Quoi ?

- Tout ça. - Attends que ce soit ton tour.

- Ah, oui ? - Vous auriez pu prendre des bières fraîches.

- Ça n'aurait pas été une punition. - Assez parlé. À mon signal.

- Allez. - Prêts.

- À vos marques. - Ok.

- Partez ! - Allez !

- Allez, Memphis ! - Allez !

Tu peux le faire. Vas-y, Frenchie.

- Applique-toi un peu. - Memphis.

Je t'ai déjà vu le faire. Tu peux y arriver.

Il se sert de toi comme d'une serpillière.

- Tu vas y arriver. - Tu y es presque. Oui, allez !

- Tu y es presque. - Allez.

Oh, mon Dieu !

- Non, elle est en train de gagner ! - Memphis !

- C'est acide ! - Non !

- Arrête de te plaindre ! -Elle gagne. Oh, mon Dieu !

- Je l'aime bien, moi aussi. - Pas vrai ? Ça va, Memphis ?

Oui, c'est marrant.

- Putain. - Bois, cul sec.

- Fait chier. - Tu dois le faire.

Tu es toute collante, ne me touche pas ! Ne me touche pas !

Moi non plus.

Tu sais quelle heure il est, Memphis ?

- C'est l'heure de la bière, mec. - Descends-la.

- Je n'ai pas envie. - Tu dois le faire.

Si tu ne la bois pas, Françoise te vire de l'île.

- Tu dois le faire. - Merde.

- Il vaut mieux le faire, hein. - Un, deux...

Trois !

Ok, vous êtes prêts ?

- Je suis toujours prêt. - Bien.

Allez.

- C'est de la triche. - Prouve-le.

- Un petit cadeau de l'île. - Une soupe aux champignons.

Non, allez ! C'est une connerie de hippies des années 60.

C'est une façon de continuer à voyager.

Merci.

Je suis partant.

Tu m'étonnes. C'est ton cerveau, fais-le frire si tu veux.

On te branchera à la prise pour te faire revenir.

Tu ne vas pas mourir. Tous les amis de mon père le font.

- Tous les amis de ton père ? - Oui, Ben. Ce n'est pas dangereux.

Tu as déjà essayé ?

Non, pas encore, mais je les guide dans leurs voyages.

- Tu veux nous guider, nous aussi ? - Bien sûr que je le ferai.

À force d'être avec vous, je réévalue ma famille.

Calme-toi.

Ce n'est pas dangereux, tu ne vas pas mourir.

Ne le lui dis pas. Tu gâches tout son plaisir.

Vas-y.

C'est décidé, alors. Demain, dès que le jour se lève, on part.

- On ne peut pas partir maintenant. - Si, on peut.

Ça ne doit pas être bien difficile de conduire un petit bateau comme ça.

On doit finir d'écrire.

- Mais arrête. - Il a raison.

Je comprends, mais ils pourraient nous retrouver.

Même s'ils nous retrouvent, on peut nous accuser de rien.

- Ah, oui, tu crois ? - Je pense que oui.

Je n'ai pas l'intention de rester ici pour le découvrir.

Je croyais que tu avais hâte de partir d'ici.

On le doit à sa famille.

On ne doit rien à personne, d'accord ? C'est arrivé, c'est tout.

C'est la faute de personne, c'est juste de la malchance.

C'est une question de décence. Ils méritent de savoir.

- De savoir quoi ? - Quelque chose.

On n'arrive rien à écrire.

On a fixé ce bout de papier pendant des heures.

On s'est débarrassés du corps, on doit aller jusqu'au bout.

Vous deux, vous êtes fous. Je pars demain, ok ?

Faites ce que vous voulez.

Tu ne vas nulle part.

Ne fais pas la garce, allez ! Memphis...

Ton frère, putain... Je te jure que...

Ça ne peut pas être une lettre de suicide.

Ça doit être une lettre d'adieu.

- Quoi ? - Quelque chose qu'on enverrait

à la maison pour dire qu'on est partis pour un long voyage.

- Pourquoi ? - Je ne sais pas, pour leur donner de l'espoir.

De l'espoir ? C'est cruel, Memphis.

C'est cruel, vraiment, Ben ?

Tu enregistres quoi ?

Ce silence.

Comment te souviendras-tu de nous si tu ne nous entends pas ?

Eh bien, tu es en train de faire en sorte que ça n'arrive pas.

Je me sens mal de dire ça, mais je n'ai pas envie de rentrer chez moi.

Ouais, c'est vraiment la fin du voyage cette fois.

Tout devient sacrément facile, même se débarrasser de la douleur.

Quoi ?

Rien, je l'ai entendu dans un film, il y a quelques jours.

Qui sait ? On a peut-être fait le bon choix.

Ok, silence maintenant. Je veux m'en souvenir comme ça.

Je l'envie presque, ce pauvre gars.

- Comment ça, Ben ? - Il peut continuer à voyager.

- C'est vrai. - Réfléchis-y bien.

Comment avez-vous pu penser que je me serais noyé ?

Désolé, je ne voulais pas vous rabaisser à un si bas niveau.

En y réfléchissant bien, il a réussi.

- C'est un moyen rapide. - Quoi ?

Le corps reste sous l'eau

jusqu'à ce que les bactéries entrent dans l'intestin et le thorax,

produisent du sulfure d'hydrogène, du gaz,

du méthane, du dioxyde de carbone, qui le font flotter, comme un ballon.

Pour l'amour de Dieu, tu en fais une question d'esthétique ?

- On t'a fait quoi quand tu étais petit ? - Pas mon style, c'est tout.

En tout cas, grâce à ton exceptionnelle expertise médico-légale,

on peut supposer que le pauvre gars

n'a jamais eu l'intention de nous entuber.

Il était probablement trop défoncé

et, accidentellement et avec peu de style, il s'est noyé.

- Et s'il n'y avait rien d'autre ? - Qu'est-ce que tu veux dire ?

Et si c'était la meilleure expérience de notre vie ?

Merci, Memphis.

- Je pensais changer mon nom de scène. - Quoi ?

Je pensais changer mon nom de scène.

"L'éclair de Memphis" ?

"L'éclair de Memphis".

Allez, tu n'es pas si drôle. Tu le sais, pas vrai ?

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