All language subtitles for Marie.Antoinette.1956_[franc]

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Original subtitles

…

Cloches.

…

Louis !

Louis !

Louis !

Faites chercher le médecin du roi.

Le roi ? Quoi, le roi ? Le roi me demande ?

Non. La comtesse du Barry.

Encore ? Le roi a perdu connaissance.

J'y vais.

Qu'on prévienne la famille royale.

Rires.

Non, non.

Mon père est-il chez la Du Barry ? Non. Il est dans sa chambre.

Soupirs.

Entrons, mes sœurs.

Il vient de reprendre connaissance. J'attends ses ordres.

C'est la 3e syncope en une semaine.

Cette créature en fera la fin. Pauvre papa !

Vite, le fauteuil.

- Asseyez-vous.

Merci. Voici le dauphin.

Toujours en retard.

Voyez comme il est fait. Le roi est-il ranimé ?

- Oui. J'ai tant prié pour lui.

- Tout s'explique.

- J'étais rongé de crainte. Pourtant, vous n'étiez pas pressé.

Ce n'était sans doute qu'une indigestion.

Où est votre femme ? Au bal de l'Opéra, ma tante.

Un soir comme aujourd'hui ? Pouvait-elle deviner ?

Soutenez-la donc ! Mais…

Taisez-vous. "Au bal de l'Opéra…"

Une future reine de France !

Mon frère d'Artois l'accompagne. Joli chaperon.

Votre père n'aurait pas consenti à ce mariage avec une Autrichienne.

La paix !

Pourquoi cet attroupement et ces criailleries ?

- La dauphine est au bal.

Avec ma permission.

Qu'il y en ait au moins une ici qui s'amuse.

Rentrez tous chez vous.

Non. Vous, Louis, demeurez.

Ça fait mal, sire ?

Je vieillis.

Comment vous vous en tirerez, après moi ?

Je n'aurai qu'à vous imiter.

Oh ! Surtout pas, mon enfant.

Vous avez du cœur.

Vous êtes bon. Trop bon, peut-être.

Que voulais-je dire ?

Ah, j'y suis.

Le tapis.

Vous vous doutez bien de ce que je vais vous dire.

Voilà 4 ans que vous êtes marié… Provence n'a pas d'enfants non plus.

Mais Provence n'est pas dauphin.

C'est de vous que j'attends un fils.

Cette stérilité tient peut-être à la dauphine.

Il n'y a qu'un moyen de le savoir. Lequel ?

Les jolies femmes ne manquent pas. Non, sire. J'aime trop la dauphine.

Dans ce cas, vous la rejoignez toutes les nuits ?

Elle ne se plaint pas de votre nonchalance ?

Non. Mais elle va au bal.

Ah, si j'avais votre âge…

Avec une femme, il faut se donner du mal,

découvrir les points faibles,

calculer ses attaques, varier les prises.

Qu'est-ce que je vous raconte là ? Continuez, sire. Conseillez-moi.

Soignez d'abord votre tenue.

Videz vos poches de ces instruments qui rappellent à votre femme

que vous lui préférez la forge

et la mécanique.

Ne vous chargez pas l'estomac avant.

Prenez un verre de tokai.

Et le moment venu, voilà…

Essayez la surprise.

On a de bons résultats. "Surprise" ? Comment ?

Je ne sais pas. Un peu d'imagination.

Un brusque baiser derrière l'oreille, par exemple.

S'il faut tout vous dire…

Et si je ne…

Si vous persistiez dans l'échec ?

Il faudrait voir, cette fois, les chirurgiens.

Sire, qu'avez-vous ? Une intolérable douleur de tête.

Voulez-vous me tendre un miroir ?

Musique.

…

Oh, le morceau friand ! Bas les pattes !

…

Vous n'avez pas vu la dauphine ? Non, monseigneur.

…

Je sais que c'est vous.

Vous avez le même parfum.

Elle parle allemand.

Si vous continuez, vous causerez un scandale.

Vous avez fait assez de sottises. Rentrons.

…

Mon frère vous a confiée à moi.

Vous qui abandonnez votre femme enceinte…

Je peux avoir des enfants, moi. Quelle vulgarité !

Assez ! Vous allez me suivre. Non.

Compris ? Je ne rentrerai pas.

Vous n'irez pas plus loin. Monsieur…

Protégez-moi.

Cet homme me poursuit depuis le commencement du bal.

À votre guise.

Vous avez mal ? Je me suis tordu la cheville.

Prenez mon bras.

Appuyez-vous, n'ayez pas peur.

Très mauvais, de marcher avec une foulure.

On doit aussitôt se faire masser.

Ici ? Mais par qui ? Moi, je sais.

Oui. J'ai appris au régiment.

Premièrement, vous allonger. Où ?

Dans ma loge. Il y a tout ce qu'il faut.

Attention, une marche.

Vous permettez ?

Asseyez-vous.

Étendez la jambe.

Maintenant, laissez-vous aller.

Je vous donne de la peine. Non. Il faut bien s'entraider.

Qui était cet homme ? Mon mari.

Ah oui ?

Si je vous fais mal, vous m'arrêterez.

Tiens… Quoi ?

Le pied n'est pas enflé. Ah ?

Quand c'est une entorse, la cheville devient comme ça.

Pourquoi vous poursuivait-il ?

Qui ça ? Votre mari.

Par jalousie.

Douleur ? C'est très supportable.

Il a l'air d'un gamin. Et là ?

Rien.

On nous a mariés sans me consulter, pour des questions d'intérêts.

Et là ? Vous me croyez ?

Non. Et là ?

Elle crie.

Curieux cas.

Attendons.

Buvez une gorgée. Cela vous remettra.

Hop. Comment faire ?

Enlevez le masque.

Non ? Alors soulevez-le.

Elle tousse. C'est fort.

C'est ce qu'on donne aux soldats quand on leur coupe la jambe.

Oh !

Oh…

Vous avez les yeux des filles de mon pays.

Quel "pays" ?

La Suède.

On frappe. Mon mari ! N'ouvrez pas.

Je vais le recevoir.

Axel ? C'est moi, Creutz.

N'ayez pas peur.

Oh, Axel ! Si j'avais su…

C'est le carnaval, monsieur l'ambassadeur.

Un bon conseil : ne vous liez pas avec n'importe qui.

La reine chantonne.

…

Je vous ai dit de vous coucher si je ne rentrais pas.

L'étiquette, Madame.

Quelle importunité ! Cela gâche mon plaisir.

Que faites-vous ?

J'appelle la dame d'atours et les femmes ordinaires.

Je me déshabillerai moi-même.

La fille d'honneur pour apporter l'en-cas ?

Je n'ai pas faim. Celle pour boire ?

Donnez-moi un verre d'eau de fleur d'orange.

…

Antoinette. Enfin, Monsieur !

Oh, que vous êtes joli ! Vous vous moquez.

Moi ? Au contraire.

Allons, allons, sage.

Mon Antoinette…

Laissez-moi vous déshabiller. Vous allez déchirez ma robe.

On frappe. Entrez.

Je n'ai plus besoin de vous.

Expliquez-moi cette étrange conduite. C'est avant qu'elle était étrange.

Je ne vous ai jamais vu comme ça. Tout va changer.

Vous avez bu ? Non… Oui. Un verre de tokai.

Pour vous donner du courage ? Oui.

Je ne veux plus entendre rire et dire :

"Ce lourdaud a une femme charmante et…"

Savez-vous ce qu'on chante sur l'air de Plaisir d'amour ?

Je n'ose répéter les paroles.

Quand aurons-nous un enfant ?

Patience.

Pardon. Il ne faut pas vous décourager.

M'aimez-vous bien ? Oui. Et vous ne pouvez pas en douter.

Je ne vous ai jamais vue si belle, si épanouie.

Qu'est-ce qui vous fait les yeux si brillants, le teint si vif ?

- L'air de la nuit.

- Je veux rester. Il est si tard.

Je n'ai pas sommeil. Vous ne pourrez pas vous lever.

Vous manquerez la chasse.

À tir, je crois. Non. À courre, au cerf.

Vous voyez ? Soyez raisonnable. Demain.

Non, cette nuit. Je suis fatiguée. Demain.

Non, cette nuit. Je vous caresserai.

Je vous cajolerai. Je vous étonnerai.

…

Comment va le roi ? Il a reçu les sacrements.

Alors dépêchons-nous. Et la variole, M. l'ambassadeur ?

L'inoculation est obligatoire, en Suède.

C'est encore plus beau que sur les gravures.

Vivre en France…

On y fait ce qu'on veut, et les femmes ont un je ne sais quoi.

Je sens que je vais m'y plaire.

Grondement.

…

Il me semble que l'univers va tomber sur nous.

Mon Dieu, protégez-nous.

Le roi est mort ! Vive le roi !

LE ROI EST MORT ! VIVE LE ROI !

…

Brouhaha.

Nous irons la semaine prochaine faire la révérence de deuil.

Je serai loin.

Où ? À Berlin.

Vous n'en aviez que pour Paris.

Paris… On ne peut pas toujours s'amuser.

Qu'avez-vous, Axel ?

Berlin est la seule ville possible, pour un soldat.

187 robes pour la seule année 1778.

"187" ?

Ça en fait une tous les deux jours.

Davantage, sire.

Plus les bijoux assortis aux toilettes.

Pour les payer, la reine a dû se charger de dettes.

Je n'aime pas cela.

Plus les immenses sommes déjà dépensées

pour l'aménagement du Petit Trianon.

N'exagérez-vous pas, Necker ?

Si Votre Majesté veut bien ouvrir ce dossier…

Je vous crois, je vous crois.

Sans compter les rapines de la coterie Polignac,

ni les pertes énormes de la reine au jeu.

Hier encore, 340 000 livres au pharaon.

Oh !

La reine a demandé au trésorier

de lui avancer l'argent de son prochain mois.

Voilà qui est fort. Le peuple, à la fin, murmure.

"Le peuple" ? Moi qui veux son bien.

Alors je vous le dis, sire,

avec la rude franchise d'un citoyen de Genève,

vous risquez de tomber de haut.

La révolution sera cruelle si… Halte là !

Je veux mettre de l'ordre et de l'économie dans tout.

Qu'on y trouve à redire.

Je ferai voir si j'ai du caractère.

Qui se permet ?

Oh, vous !

Je vous dérange ? Au contraire, vous tombez bien.

J'ai à me plaindre.

Moi aussi.

Vous ? Oui, mais continuez.

Je vous écoute. De qui ?

D'un de vos sujets qui me donne des coups dans le ventre.

Non ?

Un enfant !

Un enfant.

Si j'avais eu moins peur des chirurgiens…

Il aurait 7 ans.

C'est le jour que choisit Necker pour les remontrances.

Aucun tact.

Je voudrais vous donner…

Non, rien. Comment ?

Quelque chose qui ne vous coûte pas. Quoi ?

L'éloignement de ce Necker.

Qui rêve d'égalité ? J'y pensais.

Quel bonheur ! Votre mère va être heureuse.

Oh, elle est tellement tourmentée.

La Bavière.

Il faudrait faire peur à Frédéric. Ne demandez pas l'impossible.

Oublions ça.

Qu'on ne m'accuse pas de trahir les intérêts de la France.

On ne peut pas être complices du partage de la Bavière.

Bon. Eh bien, voilà tout.

Je vais m'apprêter pour la présentation.

Quelle corvée !

Pardon. De quoi ?

D'avoir été si brusque avec vous.

La politique d'abord.

Et si je dis au roi de Prusse

qu'à la moindre alerte, j'envoie mes troupes à l'Autriche ?

Maman vous bénirait.

À tout à l'heure.

Ne vous serrez pas trop.

Le roi !

Comte de Castries.

Comte de La Tour-Landry.

Je ne la croyais pas si majestueuse.

Vous l'avez déjà vue ? Non, jamais.

Si, avec moi, le jour de la mort du roi Louis XV.

Oui, de loin. Vous allez la voir de près.

Plus belle qu'il y a 4 ans.

Marquis de Migennes.

Descendant du colonel.

Vous êtes le fils du fameux colonel. Son petit-fils, Madame.

Bien sûr, le héros de Fontenoy,

1745. C'est là que mon grand-père…

Eut une jambe emportée. Les deux, Madame.

J'espère. J'en parlerai au roi.

Monsieur Creutz…

La reine me permet-elle de présenter le comte Axel de Fersen ?

Une vieille connaissance.

En effet, Madame.

Son père a servi pendant 13 ans dans l'armée de Louis XV.

Ah ! Et vous, vous êtes militaire aussi ?

Oui, Madame. Lieutenant aux dragons de Suède.

Vous venez prendre du service en France ?

Je viens m'y marier.

Ah oui ?

Qui va devenir

Mme de Fersen ? Rien n'est encore décidé, Madame.

Mlle Necker attend des prétendants. Mlle Necker ?

Elle a de beaux yeux.

N'est-ce pas ? Oui, Madame.

Et de grandes clartés en économie politique.

Un cerveau viril. Mes compliments.

Pourquoi s'attarde-t-elle sur lui ? Beau garçon.

Qui est-ce ? Un étranger, naturellement.

Le pourpoint ? Bleu.

La tunique ? Blanche.

Et le shako ?

Noir, surmonté d'une aigrette bleue et jaune.

Oh ! J'aimerais voir cela.

Venez un de ces jours à Trianon.

En uniforme.

C'est un quoi ?

Rires.

Le Suédois de la reine.

Comtesse de Polignac.

Venez.

Cette fois-ci, j'en tiens un.

Si vous vous déguisez, ce n'est plus du jeu.

Le bras musclé,

le menton volontaire.

Un soldat ?

Monsieur de Fersen.

Rires.

Prenez ma place.

Je me sens un peu lasse.

Il faut vous ménager, ma reine.

Votre bras, monsieur.

La reine s'affiche.

Pourquoi avez-vous été si long ? Je suis venu dimanche.

Dimanche, je n'étais pas à Trianon.

Vous m'en voyez désolée.

Il m'a fallu annoncer cette future naissance à la Cour.

Vous savez.

Paris a dansé en signe de réjouissance.

J'entendais crier : "Vive la reine !" sous mes fenêtres.

Oui, ils m'aiment bien.

"Appuyez-vous, Madame. N'ayez pas peur."

La vie est drôle.

J'aimerais bien m'asseoir.

Tournez-vous.

Cet uniforme est très joli. Il vous va fort bien.

N'est-il pas affreusement chaud ? Si.

Mais surtout bien voyant.

On nous regarde, Madame. Je dirais qu'on nous guette.

Cela m'amuse.

S'ils apprenaient qu'il y a un secret entre nous…

Je demande à la reine la permission de rester debout.

Ici, je suis une femme comme les autres,

qui a le droit de jouir des douceurs de la vie.

Qu'en dit le roi ? Oh, le pauvre homme…

Nous n'avons rien en commun.

Mais jamais il ne combat mes amusements.

Qu'êtes-vous devenu depuis 4 ans ? J'ai voyagé.

Vous allez vous fixer à Genève ? "À Genève" ?

Oui. Aussitôt marié. Il n'est plus question de mariage.

Avec Mlle Necker ? Ni avec une autre.

Vraiment ? Mais pourquoi ?

Est-ce que…

Oh, je m'en veux d'avoir parlé d'elle sans charité.

Non, Madame. J'ai réfléchi.

Un soldat ne doit pas se lier. S'il fait la guerre.

Je n'attends que l'occasion, Madame.

Si vous rêvez de gloire militaire, pourquoi ne pas servir la France ?

Vous y trouveriez des appuis.

Musique.

…

Rien ne vaut cette existence en pleine nature. Non ?

Si, Madame.

…

Buvez une gorgée.

Cela vous remettra.

Le bébé pleure.

Ramenez Madame dans ses appartements.

Oh non. Laissez-la-moi encore un peu.

N'oubliez pas que vous tenez conseil à 10 h.

Regardez la pendule.

Oh ! J'ai juste le temps.

Ravissant ! Comment appelez-vous cette création ?

"La Suédoise". Le roi Gustave serait content.

Pour tromper la tristesse

Du devoir conjugal

La reine avait deux maîtresses

Polignac et Lamballe

Ce n'était là qu'un remède

Abandonné le jour

Qu'un dragon de Suède

Lui révéla l'amour

L'air n'est pas mal.

Ce sont les paroles qui comptent. Un petit moment.

Non ! C'est anodin.

Qu'on nomme Fersen.

Ce n'est pas avec ça qu'on va discréditer le roi.

Nous avons déjà jeté le doute sur la paternité du roi.

Nous avons lancé cette idée

que vous fussiez nommé lieutenant-général

ou même régent, en attendant mieux.

Il s'agit d'écœurer le peuple pour qu'il les chasse.

Alors de la boue. Encore de la boue !

On paie des spécialistes assez cher.

Bien, monseigneur.

Toute réflexion faite, c'est un peu littéraire.

Faites donc plus grossier.

J'ai ce que vous demandez. Alors voyons.

Louis, si tu veux voir Cocu, catin, coquin

Regarde ton miroir Antoinette et Fersen

Air d'opéra.

…

Je vous croyais à Reims.

Je vous ai menti. "Menti" ?

J'aurais dû partir sans vous revoir. Rejoignez-moi sur la terrasse.

Êtes-vous sûre qu'il a signé son engagement ?

Il n'est pas encore parti.

Connaissez-vous la dernière ? Non.

Quoi de nouveau à Trianon ? Axel y dort avec Toinon

Un soudard avec une grue

Voilà comment se perpétue La race pure des Bourbons

Ça ne pouvait plus durer.

Ces chansons abominables, ces calomnies…

Il fallait couper court. Je tiendrai tête.

Je vous ai déjà trop compromise.

Qu'avons-nous fait de mal ? Rien encore.

Mais demain, qui sait ? Fuir est le seul moyen.

Trop tard. Nous serons trop malheureux si nous nous séparons.

Ne m'ôtez pas mon courage.

Où iriez-vous ? En Amérique, avec les volontaires.

Passer la mer, ne plus vous voir…

Je ne pourrai plus vivre. J'ai signé.

Vous ne m'aimez pas.

"Je ne vous aime pas" ?

Dites un mot, et je reste.

Alors pars. Pars vite !

Dieu ! Mon amour !

- Ma reine, venez.

Vous chantiez si divinement cet air de Piccinni.

Reprenez-le, je vous en supplie.

Pas ce soir. Si. Venez.

Il ne faut pas leur offrir le plaisir de vous croire malheureuse.

Ma reine, souriez-moi.

La reine chante un air d'opéra.

…

…

Tenez-vous tranquille.

C'est la chaleur qui l'incommode.

- Le regard un peu plus haut, sire.

Fini pour aujourd'hui. Emmenez les enfants.

Laissez tout en place.

À demain. Il fait réellement très chaud.

Depuis quand cette lettre était-elle entre vos mains ?

Depuis hier.

Comme elle attrape la ressemblance.

Pensiez-vous me la remettre ?

Oui, certes. Plus tard.

Vous auriez pu croire que j'avais cherché à me procurer cette lettre,

alors qu'on l'avait glissée sur mon bureau.

Où s'arrêtera l'audace de ces gens ? N'est-ce pas ?

Tantôt, c'est sous ma serviette que je trouve un libelle,

tantôt une chanson sur la courtepointe de mon lit.

Et une lettre, à vous adressée, c'est la première fois.

Vous a-t-il écrit souvent d'Amérique ?

Vous vous taisez, Madame ?

Lui répondiez-vous ?

Vous voulez tout savoir ? Lisez cette lettre.

Quels qu'en soient les termes, je n'ai rien à me reprocher.

Que me faites-vous envisager ?

Si mes sentiments peuvent vous déplaire,

mes actions n'ont jamais eu de quoi vous offenser.

J'ai pour vous plus d'estime qu'on n'en a jamais eu pour un mari.

Lisez.

N'est-il pas étrange que votre fidélité me rende si malheureux ?

Aimez-moi encore, si vous le pouvez.

"Si je le peux" ?

Mon Dieu.

Vous m'avez donné de la passion le 1er jour où je vous ai vue.

Mes misères n'ont pu l'éteindre.

Je connais mes torts, allez.

Est-ce votre faute si je ne vous ai jamais inspiré d'amour ?

Je vois qu'un autre…

M. de Fersen va revenir. Je ne le reverrai plus.

Qu'est-ce que cela changerait ?

En jaserait-on moins ?

Du moment que j'ai confiance en vous.

Non…

M. de Fersen a bien servi la France.

Rochambeau m'écrit son éloge,

Franklin l'a décoré de l'ordre de Cincinnatus…

Nous devons une récompense à M. de Fersen.

Laquelle ?

Le Cordon bleu ? Les entrées de la Chambre ?

Je ne sais pas !

Vous n'auriez pas une idée ?

Le commandement d'un régiment français, peut-être.

Ah oui…

Vous l'a-t-il demandé ? Non. J'imagine.

Il n'y a pas de régiment à vendre à Versailles.

Pourquoi Versailles ? Vous y tenez ?

Moi ?

Je ferai ce que vous voudrez.

Décidez.

Vous avez servi dans nos armées avec une approbation générale,

et vous vous êtes rendu digne de notre bienveillance,

que nous avons voulu vous manifester.

La reine va vous dire.

Le roi nomme M. le comte de Fersen

maître de camp, propriétaire du régiment royal suédois.

Je remercie Votre Majesté de cet honneur.

Ce n'est pas moi qu'il faut remercier. C'est la reine.

Si votre Majesté souffrait que mon régiment prit le nom de…

"dragons de la reine".

La reine

n'en a pas fini.

M. le comte de Fersen rejoindra sans délai son régiment,

qui tient garnison à Valenciennes.

Vous servir me fera trouver agréable cet éloignement.

Valenciennes n'est pas si loin. Vous pourrez revenir parfois.

J'attendrai que Votre Majesté m'en donne l'ordre.

- Coup de théâtre

dans l'affaire du collier ! Ne vous battez pas.

La reine complice d'une voleuse !

De la fange sur le sceptre et la crosse !

Demandez les dernières nouvelles de Paris !

Demandez les dernières nouvelles. Le scandale de l'affaire du collier !

Révélations de la dernière heure.

Le compte rendu officiel et complet du procès avec la reine.

Dernières nouvelles.

Le cardinal était son amant. Tu me dois 20 sous.

Demandez les lettres d'amour de la reine au cardinal.

Les lettres d'amour !

La salope se fait offrir un collier de 500 000 livres,

et on crève de faim !

Pas vous, madame, en tout cas.

Pas de disputes, entre Français. Tout le monde peut se tromper.

Mais quand c'est écrit, il faudrait être de mauvaise foi.

Écoutez donc ça, monsieur.

"Mon chéri,

"j'ai le collier.

"Pour cacher notre jeu,

"j'ai fait semblant de te haïr, mais je t'adore.

"Marie-Antoinette."

- Il y en a 42. Demandez les lettres d'amour !

Triste époque, mon colonel.

Allons-nous plus longtemps tolérer cela ?

Cette lettre est un faux. Ah bon ?

Vous connaissez pourtant la reine.

Il y a assez longtemps que j'ai quitté Versailles.

Demandez les lettres d'amour. Ici.

Ce sont les dernières. Profitez-en.

- Gardez.

- Merci. Vous en aurez pour votre argent.

Mon colonel, demain, à l'aube, manœuvre.

Permettez que je me retire. Moi aussi.

- Moi aussi, mon colonel.

…

Où est la maison de la reine ? C'est la grande.

Merci.

Savez-vous si la reine…

Oh, vous m'avez fait peur.

Je ne voulais pas vous surprendre, Madame.

Je ne me plais désormais qu'en fermière.

Mon nouveau domaine.

Voulez-vous marcher ?

Je suis assez pressé, Madame. J'ai à vous parler.

Ailleurs, s'il vous plaît.

Venez.

Vous arrivez ? De Valenciennes.

Directement ? Et sans délai.

…

Je ne vous importunerai pas longtemps.

Asseyez-vous.

Je vous exprime ma gratitude.

Je quitte le régiment que vous m'avez fait obtenir.

Vous quittez Valenciennes ? Et la France, Madame.

Pourquoi ?

Mon père se fait vieux, ma sœur se marie…

Cette charmante Sophie ?

Oui, Madame.

N'y a-t-il pas autre chose ? Si.

Ah.

On parle en Suède d'une guerre avec la Russie.

Vous ne me pardonnez pas de vous avoir éloigné.

Cela est si loin, maintenant.

Ce fut un réel sacrifice.

Sa noblesse ne m'a pas échappé. Si. Vous m'en voulez.

Durant ces mois de détresse, je n'écrivais à personne.

Sauf au cardinal.

Oh…

Vous aussi ?

Non, Madame. Ce serait trop commode.

Avais-je mérité d'être ainsi traité ?

Dans chacune de vos lettres, et j'en avais chaque semaine,

vous me disiez de revenir.

Je rentre, et vous m'expédiez à Valenciennes ?

J'en comprends aujourd'hui la raison.

Vous vous taisez, maintenant ?

Je suis bien guéri de vous.

Vous m'aimez encore.

Non.

Si. Vous êtes jaloux.

D'un cardinal escroc ?

Que j'ai fait mettre à la Bastille.

Je ne lui avais pas parlé depuis 8 ans.

À qui vous écriviez ?

Ces lettres sont des faux.

C'est si grossier que je m'étonne que vous…

Qui vous a offert ce collier à l'insu du roi ?

Mais personne.

Si je l'avais voulu, croyez-vous que j'aurais eu recours

à un cardinal pourri, une voleuse et un charlatan ?

Je suis la reine de France, Axel.

Pardon.

J'ai pu être légère, mais dans cette affaire,

je n'ai rien fait, rien dit, rien vu, rien signé.

Je vous crois de tout mon cœur, ma reine.

Il faut le faire savoir. Le peuple vous insulte.

Il ne me croirait plus. J'étais heureuse quand il m'aimait.

Il vous reviendra.

Toute seule, voyez-vous… Je ne vous quitterai plus.

Il me semble que je reprends courage.

Protégez-moi.

Conseillez-moi.

Ordonnez-moi.

Que faire ?

Agir en roi, Madame.

- Il faut que sur le trône Un roi soit élevé

Qui se souvienne un jour Qu'au rang de ses ancêtres

Dieu l'a fait remonter Par la main de ses prêtres

L'a tiré par leurs mains De l'oubli du tombeau

Et de David éteint Rallumé le flambeau

Grand Dieu Si Tu prévois qu'indigne de sa race

Il doive de David Abandonner la trace

Qu'il soit comme le fruit En naissant, arraché

Ou qu'un souffle ennemi Dans sa fleur a séché

Mais si ce même enfant À tes ordres dociles

Doit être à tes desseins Un instrument utile

Fais qu'au juste héritier Le sceptre soit remis

Livre en mes faibles mains Ses puissants ennemis

Confonds dans ses conseils Une reine cruelle

Daigne ! Daigne, mon Dieu

Sur Mathan et sur elle

Répandre cet esprit D'imprudence et d'erreur

De la chute des rois Funeste avant-coureur

Acclamations.

…

Partons.

…

À bas Mme Déficit !

Oser m'appeler "Mme Déficit"…

Je ne porte plus que des petites robes.

M. de Fersen est là depuis longtemps ?

Vous n'êtes jamais à la question.

Choisissez un ministre qui impose la volonté royale.

Je rappelle Necker ?

Ce roturier qui voudrait me voir régler mon ménage sur la rue

et porter les clés de la cave dans ma poche.

Alors qui ?

Monseigneur de Brienne. Un archevêque athée ?

C'est un homme sûr qui fera taire les factieux.

Soutenez-le fermement.

4 ministres des Finances en 6 ans, c'est une risée.

Le Parlement ne m'obéit pas. Exilez-le.

On m'accuserait de ne pas avoir de suite dans les idées.

Il faudrait convoquer les états généraux.

Et ça, jamais.

…

Veuillez réveiller le roi.

J'arrive de Paris.

Ils ont pris la Bastille.

"La Bastille" ? Oui.

Le gouverneur est assassiné.

On porte sa tête sur une pique.

C'est donc une révolte. Non, sire. C'est une révolution.

"Révolution" ?

Tambours.

…

Nous aurons sa tête !

J'en aurai une cuisse, de la reine. Et moi, ses tripes.

Coupons-lui le cou.

Faisons des cocardes avec ses boyaux.

À mort, l'Autrichienne.

Baissez vos cottes ! Rentrez les pipes ! On arrive.

Cache ton dessus de malle !

Tu aurais pu crever.

Dans le tas, ça se verra pas.

…

Les furies approchent. Elles crient des menaces.

Il y a beaucoup de brigands. Leur bande sera bientôt là.

Pendant ce temps, le roi chasse.

Il ne faut pas si longtemps de Châtillon.

Pourvu qu'il soit sauf. On ne l'aura pas trouvé sur-le-champ.

Ah, tout de même… Que faisiez-vous ?

- Je courais le cerf.

Je suis rentré sans même attendre la curée.

Une armée de poissardes marche sur Versailles.

Avec 2 escadrons, nous refoulons les émeutiers.

Je serai fier d'être à vos côtés, sire.

Un peu de sang-froid, monsieur.

Ce n'est que de la peur.

Que le roi monte à cheval. Non. Que le roi demeure.

Messieurs, mettez-vous d'accord. Dois-je partir ou rester ?

Je suis prêt aux deux.

Tambours.

…

Le pauvre homme.

Je vous en supplie, partez avec vos enfants.

Restez-vous pour lui ?

Non. Pour le roi.

Sire, quels ordres pour repousser l'agression de ces enragées ?

Des ordres contre des femmes ? Vous vous moquez ?

Je défends que l'on distribue des cartouches.

Vos gardes se laisseront massacrer ? N'irritons pas le peuple.

Sans user de leurs armes ? Pas de provocation.

C'est dangereux. Qui commande ici ?

Votre avis ? Toujours le même, sire.

J'ai peur qu'il soit trop tard.

Mauvaise nouvelle, sire :

La Fayette marche sur Versailles

avec 20 000 gardes nationaux.

Il ne manquait plus que lui.

Cris.

…

Voici le général La Fayette.

Vive La Fayette !

Acclamations.

…

Vient-il sauver son roi… Ou le perdre ?

J'ai confiance.

Et vous, qui l'avez connu en Amérique ?

La Fayette a changé.

Le héros de guerre n'est plus qu'un général politique,

un flatteur.

Il ne parle que de République.

Il nous aime bien.

Il a tout fait pour ébranler le trône.

Sire, je vous apporte ma tête pour sauver la vôtre.

Vous ne pouvez savoir le plaisir que vous me faites.

Notre sauveur.

Les soldats ont juré de m'obéir.

Qu'ils prennent la place de vos gardes.

Dormez tranquilles.

Arrangez ça avec ces messieurs, et allons nous coucher.

…

Coup de feu et cris.

Sortez du lit, Madame.

Sauvez-vous. On vient vous tuer !

Cris.

…

Par là, Madame.

C'est là !

Ouvrez à la reine !

Qui en veut ?

MOI ! MOI !

On voit clair à travers.

Des draps chauds !

Y a du ressort pour les ébats. Voilà le plaisir, mesdames.

Mon général, on a envahi le château. Quel "château" ?

Où est le roi ?

Il est allé chez la reine.

Il va être pris au piège.

N'y allez pas, Madame.

On ouvre une porte.

Mes chéris.

Merci. Ne bougez pas d'ici. Je reviens.

Coup de feu.

Ne restez pas là.

LA REINE AU BALCON ! LA REINE AU BALCON !

Qu'est-ce qu'ils disent ?

"La reine au balcon."

LA REINE AU BALCON ! LA REINE AU BALCON !

Enfin réveillé. Ils sont déchaînés.

Montrez-vous, Madame. C'est la seule façon de les calmer.

J'y vais d'abord.

LA REINE AU BALCON !

La foule réclame la reine.

…

La reine a été trompée.

Elle promet qu'elle ne le sera plus.

Elle promet d'aimer son peuple, d'y être attachée,

comme Jésus-Christ à son Église.

L'horreur le cède au ridicule.

N'y allez pas, Madame. Si.

Ils vous tueront. Ce sont les risques du métier.

LA REINE AU BALCON ! LA REINE AU BALCON !

Venez, Madame. Venez.

La foule réclame la reine.

…

Pas les enfants ! La reine seule !

PAS LES ENFANTS ! PAS LES ENFANTS !

VIVE LA REINE !

Coups de feu. À PARIS ! À PARIS !

À PARIS ! À PARIS !

À PARIS ! À PARIS !

Mes amis, vous voulez que je vous suive à Paris,

j'y consens.

Acclamations.

À condition de ne pas me séparer de ma femme et de mes enfants.

VIVE LE ROI ! VIVE LA REINE !

La foule crie.

…

Voilà le boulanger, la boulangère et le petit mitron.

Du pain, nous en aurons.

Ou alors ils verront.

On les tient prisonniers. Regarde l'Autrichienne.

Elle fait plutôt la fière. Je la croyais plus belle.

Elle a les yeux rouges. Le roi, lui, s'en fout.

J'en voudrais aussi.

Que voudriez-vous ? Du pain.

Patience. J'ai faim.

Nous arrivons.

DU PAIN ! DU PAIN !

DU PAIN ! DU PAIN !

La foule crie.

…

Cocher, conduisez Monsieur au Luxembourg.

Sire, le commandant de la Garde nationale vous souhaite la bienvenue.

Paris m'a chargé de protéger son roi reconquis.

C'est toujours avec plaisir et confiance…

Ta gueule ! À la niche !

C'est ça, les Tuileries ? C'est laid, maman.

Louis XIV s'y trouvait bien. Ne soyons pas plus difficile que lui.

Les meubles n'arriveront que demain.

Votre Majesté comprendra que… C'est très bien.

Il faudra changer le billard. Il y a des choses plus pressées.

Par ici.

- T'as vu la peau de Suède ?

Vous n'êtes pas encore parti ? On me prévient au dernier moment.

Ça fait quatre ans que j'habitais ici, moi.

On avait ses habitudes.

Il est toujours difficile de mettre à la porte des occupants.

Surtout quand ce sont des artistes. Il y en avait partout.

J'ai dressé comme j'ai pu des lits. Pour la reine, le dauphin et Madame.

- Merci.

Pour cette nuit, je resterai près d'eux.

Où est-ce que je couche ? Au-dessus, ainsi que son altesse.

Par ici. Venez, ma sœur.

Je prendrais volontiers un potage. Et vous ?

Non. Mais les enfants…

- J'ai préparé du lait pour eux et un en-cas.

Et demain ? Vous aurez à manger, sire.

Vous êtes notre providence, monsieur de Fersen.

Je ne vous laisserai pas dans cette prison.

Je n'ai que toi.

"L'Ami du peuple."

- Nous voulons être libres,

quitte à massacrer tous les suppôts du despotisme.

Toi, le premier, infâme général.

Moi qui me suis battu pour la liberté,

qui ai laissé à 20 ans ma famille pour secourir les révoltés

du Nouveau Monde. Général !

Tu t'es vendu à la Cour

avant les journées d'octobre. Ma popularité vous gêne.

Je suis votre adversaire.

J'ai l'armée derrière moi. Traître !

Tu t'en es servi pour défendre le trône contre le peuple.

Tu as sauvé la reine sur le balcon de Versailles.

Tu feras la courte échelle au roi quand il sautera le mur.

La nation m'a donné le roi à garder. Je réponds du roi sur ma tête.

Tu l'entends, Danton ?

Oui, Marat. Mais je ne suis pas dupe d'un foutu marquis.

Général de comédie, démangé de dictature.

Ce Jules César nous répond du roi sur sa tête.

Prenons-le au mot.

Hé !

L'entrée. C'est la 3e fois que vous vérifiez.

Service, service. Lisez.

Je sais pas lire.

"Le peuple souverain" !

Parfaitement.

Prenez ceci, ma bonne Campan.

Non, merci, Madame. La reine en aura besoin.

Vous allez me manquer.

Soignez-vous bien jusqu'au jour où vous pourrez nous rejoindre.

Bon voyage, Madame. Vous aussi.

M. le comte… À bientôt, madame Campan.

Une nouvelle dépêche ? Oui.

Les hussards de Choiseul nous attendront à Pont-de-Somme-Vesle.

Où sont les costumes des enfants ? Là.

Par prudence.

Et la berline ? Elle attend à la barrière de Clichy.

Bruit sourd. Chut.

Un valet du roi.

J'ai peur des espions. Les bijoux.

Où ai-je la tête ?

Dans ce mouchoir.

Quand passerons-nous la frontière ? Demain, à minuit.

Il faut d'abord sortir d'ici. J'ai tout prévu.

Vous emportez l'argenterie ? Oui.

Où est la vaisselle ? Vous voulez qu'on la laisse ?

Non. Je la ferai prendre dans une heure.

Axel, le terrible quart d'heure approche.

Après-demain, Bruxelles.

Vous serez enfin libre.

Vous redeviendrez vite reine de France.

Les rois s'uniront

pour écraser la Révolution et relever la glorieuse France.

Je ne tiens plus à ce trône qui me faisait tant rêver, jeune.

Je voudrais être heureuse.

Quand j'avais 15 ans, j'ai fait mon devoir.

J'ai bien gagné de vivre un peu pour moi-même

avec l'homme que j'aime. Craquement.

Voyez.

Je viens de perdre mes lunettes.

Merci.

Je vous demande votre avis sur mon déguisement.

Comment suis-je en domestique ? On pourrait s'y tromper.

Le chapeau est trop grand.

Vous avez boutonné le 2e bouton à la 1re boutonnière.

Dans ma hâte… Prenez garde.

Une négligence comme celle-là pourrait vous faire remarquer.

Aucune importance.

Si. Non.

Pourquoi ?

Je ne partirai pas.

Comment ?

Vous voulez remettre d'un jour ? Impossible.

Votre contre-ordre a touché Bouillé trop tard.

Ses dragons étaient à Varennes. Ils le sont depuis 24 heures.

L'affaire est mal engagée. À qui la faute ?

Tout retard serait fatal.

M. de Fersen nous conduira lui-même au bout du voyage.

Vous voyez ?

Tout est prêt. On va réveiller les enfants.

Couchez-vous comme d'habitude pour écarter tout soupçon.

Non.

Enfin, pourquoi ?

J'ai juré sur la Constitution de ne pas fuir.

Vous êtes livré par force à une farce qui avilit la couronne.

Mon départ serait le signal d'un égorgement épouvantable.

Si je rentrais à Paris, ce serait sur des ruines.

Mais toujours roi.

Vous ne pouvez pas sentir ces choses-là.

Vous n'êtes pas français.

Remettez-vous de vos scrupules tardifs, et partons.

On frappe.

Que Votre Majesté me pardonne de me présenter si tard.

Le roi n'est pas ici ? Vous le voyez, général.

Où est-il ? Je l'ignore.

Impossible de le joindre.

Il n'est pas parti, au moins ? "Parti" ?

Quelle idée !

Vous ne voudriez pas m'attirer d'ennuis en me trompant.

Avouez que je suis un geôlier peu sévère.

C'est moi, monsieur,

qui vous ai laissé voir la reine tous les jours.

Pouvez-vous m'assurer

que le roi ne cherche pas à fuir les Tuileries ?

Le roi m'a dit aujourd'hui : "Je ne veux pas partir."

C'est clair.

- Vous m'ôtez une crainte mortelle.

"Mortelle" ? Pour vous, Madame.

Lisez.

Voyez. L'alarme est déjà donnée.

Vous n'iriez pas loin.

Pure invention de Marat.

Vous pouvez dormir tranquille, général.

J'aurais pourtant bien voulu voir le roi.

Mais tout à l'heure, à son coucher.

Bien sûr.

Je vous quitte tout à fait rassuré, Madame.

Marat a percé notre secret. Lisez.

Vous permettez, sire ?

"On veut à toute force entraîner le roi vers les Pays-Bas.

"Parisiens imbéciles, empêchez la fuite de la famille royale.

"Gardez avec soin le roi et le dauphin dans vos murs.

"Renfermez l'Autrichienne et le reste de la famille."

Nous partons.

Sire…

Laissez chapeau et livrée. Vous les retrouverez ici.

Il souffre.

Tant pis. Non ?

Si.

À 22 h 30, réveillez les enfants.

À 23 h, je serai de nouveau là.

Ça ira.

Bonne nuit, sire. Bonne nuit, monsieur de La Fayette.

Bonne nuit.

Je ne veux pas être une fille. C'est pour jouer la comédie.

Aidez-moi à m'habiller.

C'est bientôt, la comédie ?

Vous voyez ? Ça commence.

Ça va.

Alors je vais vous la lire.

"Entrée pour l'intérieur du château des Tuileries numéro 12.

"M. le comte Axel de Fersen…" C'est moi.

"… a la permission de la reine…" J'ai dit ça va.

Service, service.

"… d'entrer aujourd'hui,

"ce 20 juin 1791 dans ses appartements.

"Certifié par nous, commandant la garde de la reine."

Dieu protège la reine.

Vive la nation !

Il faut attendre là.

Sire, il est 23 h.

…

Il est déguisé, monsieur de Fersen.

Il joue aussi la comédie.

Ouf. Nous en sommes sortis. Dieu soit loué.

L'émotion m'a creusé.

Quand nous serons dans la berline.

…

La nuit la plus courte de l'année.

Déjà Bondy. Premier relais.

…

M. de Valory nous précédera de relais en relais.

Et M. de Malden escortera la berline.

Fort bien.

M. de Fersen, je n'oublierai jamais ce que vous avez fait pour nous.

Nous ne sommes pas encore au bout du voyage.

Vous, si. Comment ?

Vous n'irez pas plus loin.

J'avais mis ma fierté à vous mener sains et saufs jusqu'à Bruxelles.

Je m'en voudrais d'abuser de vous.

M. de Fersen vous a-t-il fait sentir

qu'il risquait sa vie pour nous depuis des mois ?

Le dévouement a des limites.

Je n'aurai jamais eu de plus fidèle ami.

En voiture.

Il a voulu nous séparer. C'est la revanche d'un faible.

Mais il aura perdu sa peine. Rien ne peut plus nous séparer.

Ni personne. Pressons.

Je t'aime.

Dans deux jours, à Bruxelles, une autre vie va commencer.

…

Sire, il est 7 h.

Mon général…

Le roi a fui cette nuit. Impossible.

On l'a enlevé. Quelle heure est-il ?

- 8 h 05.

Vous vous appelez Aglaé. Vous, Élise.

Vous êtes la maîtresse. Vous, Mme Rochet, la gouvernante.

Vous, la dame de compagnie.

Et vous ? Moi ? Durand. L'intendant.

Nous jouons une charade.

Et M. de Fersen ?

La Ferté-sous-Jouarre. Deux heures de retard.

…

Oh !

Une compagnie de perdreaux.

Encore un peu de bœuf à la mode ? Merci.

C'est excellent.

Avez-vous vu une berline jaune ?

Avec des roues vertes ? Oui.

Quelle direction ? Par là.

Il y a combien de temps ? 9 ou 10 heures.

Comptez.

Ménagez les chevaux. Ça pèse lourd, cette guimbarde.

Merci.

…

La reine entend le cheval au galop.

Regardez.

L'homme de Sainte-Menehould.

Il prend un autre chemin.

…

Halte ou je tire !

Les passeports.

Du calme. Qu'avons-nous à craindre ?

Nos passeports sont en règle. Personne ne nous a identifiés.

Il faut nier.

L'essentiel est de gagner du temps. Choiseul n'est pas loin.

Le reconnaissez-vous, M. le juge ? Sire…

Eh oui. Je suis le roi. VIVE LA NATION !

Les hussards.

Sire,

un ordre de Votre Majesté, et je fais dégager la rue.

Ce sera chaud ? Très chaud.

Alors non. Je ne verserai jamais le sang de mes sujets.

Ces enragés ne vous en sauront pas gré.

De Bouillé sera ici à 5 h. Nous partirons sans danger.

D'ici là, nous avons le temps d'être repris.

Trois heures seront vite passées. Pas de violence.

Sire… Madame…

Monsieur de Choiseul…

Savez-vous si M. de Fersen a pu se sauver ?

Fanfare.

Ils sont bien gais. Les hussards fraternisent avec eux.

Un fromage du pays ? Oui.

Fameux.

On monte l'escalier.

C'est La Fayette qui vous envoie ?

Qu'est-ce que c'est ? Un décret de l'Assemblée.

Tout haut.

TOUT HAUT !

"Ordre de faire arrêter les individus de la famille royale."

Les insolents. Et c'est vous, monsieur de Romeuf ?

Tout Paris s'égorge en ce moment.

Nos enfants sont menacés. Moi aussi, j'ai des enfants.

Qui donc en a pitié ?

Je refuse que ce chiffon

les salisse. C'est un décret de l'Assemblée.

VIVE L'ASSEMBLÉE !

Il n'y a plus de roi en France.

…

Le sommeil de plomb du général La Fayette !

Demandez le sommeil de plomb du général La Fayette !

Je vous ai dit que si vous vous sépariez du peuple,

je resterais du côté du peuple.

Vos ordres ?

"Des ordres" ?

Vive la nation ! VIVE LA NATION !

…

Hé !

C'est moi, Fersen.

Ne bougez pas, surtout. Comment faire pour passer ?

C'est la relève. Profitez-en pour passer le couloir.

La porte sera ouverte.

Que se passe-t-il ?

Plus besoin de messager.

Votre Majesté va pouvoir remettre sa lettre en main propre.

Que dites-vous ? M. le comte est là.

Ici ? Mais comment ? Quelle folie !

Où ? En sûreté, pour l'instant.

Cachez cette lettre. Oui.

Non, pas là.

Donnez. Oui.

Faites-le entrer vite.

M. le comte attend la relève de la garde pour passer.

Comment suis-je ?

Pas trop laide ?

Garde à vous !

À droite, droite !

Devant, marche !

Si longtemps… Si longtemps sans vous voir.

C'est la consigne :

on ne ferme pas.

C'est la nuit, citoyen. La nuit aussi.

Citoyen…

Il fait si froid. Je m'en fous.

Pardon, Madame. Il y avait un gradé avec moi.

Je comprends. N'avez-vous jamais été de garde ici ?

Si, Madame.

Le jour où j'ai trouvé une grosse provision de bois,

c'était vous ?

Les idées n'empêchent pas les sentiments.

Merci, citoyen… ? Toulan.

Je suis tranquille. Je vous sais là. Jusqu'à demain soir.

Par ici.

Le verrou ? Inutile. Ça pourrait le vexer.

J'ai de la chance.

D'ordinaire, je suis gardée par d'horribles soldats.

Nous serons plus tranquilles.

C'est là que je vous écris.

Comment êtes-vous venu ? Comme d'habitude.

J'avais gardé la clé.

Axel, vous risquez votre vie.

Rien ne compte plus pour moi que vous tirer de cet état.

Aujourd'hui enfin, je vous apporte plus que de l'espoir.

Mon roi m'envoie.

Je suis porteur d'une lettre de lui pour le roi de France.

Vous m'écoutez ?

Non. Il s'agit d'un nouveau plan de fuite.

À quoi bon ?

Nous n'avons pas réussi. Nous recommençons.

Vous semblez découragée.

Les choses ont changé, depuis Varennes.

Faudra-t-il donc sauver la reine malgré elle ?

"La reine…"

Si misérable.

Vous vous faites du mal.

Comme si vous n'étiez pas encore assez malheureuse.

Mais regardez-moi.

Faites voir ?

J'ai bien changé, n'est-ce pas ?

Vous êtes si belle.

Avec mes cheveux blancs ?

Ma reine cherche des compliments ?

Vous savez mon âge. C'est le mien.

Vous êtes un homme, vous.

Vos cheveux blancs donnent de la douceur à votre visage,

du charme.

Tenez… Tout à l'heure, ce garde…

Eh bien ?

Vous avez vu ? Quoi ?

Il est amoureux de vous.

Vous croyez ? C'est certain.

Personne n'a pu vous approcher sans vous aimer.

Oh, si je n'avais pas été la reine…

La 1re fois que je vous ai vue, vous n'étiez pas la reine.

À l'Opéra ?

Vous avez ôté votre masque,

j'ai vu vos yeux, j'en avais pour la vie.

Ce jour-là, j'aurais dû.

Je n'ai pas osé.

Que de temps perdu.

Aujourd'hui, nous voilà seuls.

Seuls comme au hameau de Trianon,

le jour où je suis revenu de Valenciennes.

Vous vous rappelez ?

Il m'a fallu beaucoup de volonté

pour ne pas te prendre dans mes bras.

À moi aussi.

Sire, moi, à votre place, je limerais le panneton.

Pas plutôt la gâche ?

Je suis serrurier depuis 20 ans au faubourg Antoine.

Pourriez-vous venir une minute ?

Continuez. Je serais curieux de voir ça.

Qu'y a-t-il ?

Une visite.

Oh ! Sire…

M. de Fersen vient d'arriver.

Vous n'avez pas peur de vous montrer à Paris ?

Le roi Gustave m'a chargé d'une lettre pour Votre Majesté.

Quel courage.

C'est chiffré. Que contient-elle ?

Les détails d'un plan de fuite.

Oh… Varennes m'a suffi.

Ces fautes ne se reproduiraient plus.

Je me verrais volontiers ailleurs.

Moi aussi, mais… Quoi ?

J'ai manqué le moment. Je l'ai manqué le 14 juillet 1789.

Sire, l'occasion s'offre à vous de nouveau.

J'ai souvent promis de rester. Encore une.

Non. Quel espoir nous reste-t-il ?

La guerre. Non.

Vous ne voulez plus vous sauver.

J'en conviens, mais de la modération.

Sire, à la violence doit répondre la violence.

C'est avec l'épée qu'on a pris vos droits,

et c'est avec elle qu'on va les reconquérir.

"Faites savoir au duc de Brunswick

"qu'il hâte les secours qu'on nous promet."

La reine ajoute :

"Sans une avance rapide et écrasante des armées étrangères,

"c'en est fait de nous."

Allez-vous rester insensible à cet appel de détresse ?

Marcher sur Paris ? Impossible avant le 15 août.

Il sera trop tard.

Tout est prévu pour le 15 août.

Le 15 août à 8 h 05,

je franchis la frontière, et d'un seul coup, nach Paris.

Une promenade.

L'armée des volontaires va grossir.

Ce ne sont pas des soldats. Je défie de faire un soldat,

ce que j'appelle un soldat, en moins de 15 ans.

Je culbuterai les volontaires.

D'ici là, le roi et la reine seront massacrés.

Achtung ! J'ai une idée !

Je ferai tellement peur aux Parisiens

qu'ils en resteront cloués sur place.

"S'il est fait la moindre violence, à Leurs Majestés

"le roi et la reine et la famille royale,

"nous en tirerons une vengeance exemplaire et mémorable

"en livrant Paris a une exécution militaire,

"et les coupables aux supplices qu'ils auront mérités."

Et c'est signé Brunswick.

Les Prussiens sont à nos portes. On va les reconduire.

OUI !

Allons, enfants de la patrie

Le jour de gloire est arrivé

Contre nous de la tyrannie L'étendard sanglant est levé

La patrie est en danger.

Ce tocsin n'est pas un signal d'alarme.

C'est le pas de charge sur les ennemis de la patrie.

Le peuple est perdu s'il leur donne le temps de respirer.

L'étranger nous menace.

Jetons-lui en défi une tête de roi.

Je n'y arrive pas.

Pas de couteaux ?

Ordre du Comité. Pas d'instruments tranchants.

Pourquoi ? La peau du fruit est excellente.

Ce soir, l'orgue de barbarie jouera.

Pas de messes basses.

On n'a pas fait de cerf-volant. Pourquoi ?

Que de questions.

Parce que vous n'aviez pas bien fait votre latin.

Quel est l'ablatif pluriel de "vir" ?

Viris.

Exemple ?

De viris illustribus. Très bien.

On fera une partie de loto ? Volontiers.

Attendez-moi.

Vous ramassez quoi ? Les fourchettes.

Ce n'est pas tranchant.

On peut se détruire, avec une fourchette.

On va se séparer. Ce soir ?

Quand ? Je ne sais pas.

Nous serons prévenus par l'orgue de barbarie.

"Il ne faut pas une grande vertu

"pour vivre en paix avec ceux qui ont de la probité.

"On se plaît naturellement dans une pareille société."

"Nous aimons ceux dont les sentiments s'accordent

"avec les nôtres."

"Mais il est très louable,

"et c'est l'effet d'une grâce particulière

"et d'un grand courage,

"de vivre en paix avec des hommes durs, méchants,

"ennemis de la règle,

"nous contrariant."

J'ai gagné. Chut.

"Celui qui sait le mieux souffrir possédera la plus grande paix."

Orgue de barbarie.

…

"Il sera l'ami de Jésus-Christ et l'héritier du ciel."

Il faut y aller. Encore une partie.

Demain.

Ma revanche. Pas sûr.

Je vais vous embrasser dans votre lit.

Vous me serrez trop fort. Pardon.

Bonne nuit.

Aimez-les comme vos enfants.

Ayez confiance en Dieu.

Louis…

Que vont devenir nos pauvres enfants ?

Je sens que je ne vous reverrai plus.

Dites à mon fils…

Faites jurer à mon fils de ne pas chercher à me venger.

S'il avait le malheur de devenir roi,

jamais de sang, jamais de guerre.

Je vous le jure.

Ma femme…

Bruits de pas.

Les voici. Adieu.

Pardonnez-moi les maux que vous souffrez pour moi.

C'est moi qui vous demande pardon.

Mais il faut que je vous dise, je n'ai pas été toujours…

Soyez sûre que je ne garde rien contre vous,

si vous croyez avoir quelque chose à vous reprocher.

Louis Capet, je viens te chercher pour te conduire à la Convention

en vertu d'un décret

dont le citoyen Drouet, député, va te donner lecture.

"Louis Capet…" Ce n'est pas mon nom.

"Louis Capet sera séparé de sa famille

"et traduit à la barre de la Convention nationale."

Roulements de tambour.

…

Je meurs innocent de tous les crimes qu'on m'impute.

Je pardonne aux auteurs de ma mort.

Roulez, tambours. Roulements de tambour.

Et je prie Dieu que mon sang ne retombe jamais sur la France.

…

…

- Vive la République ! VIVE LA RÉPUBLIQUE !

Acclamations.

Maman reine !

…

Le canon ?

Louis XVII, mon roi.

Dansons la carmagnole Vive le son

Dansons la carmagnole Vive le son du canon

Allez, petit jacobin, vive quoi ?

Vive la République !

Rires.

- Allez, Ça ira.

- Ah, ça ira, ça ira

Les aristocrates à la lanterne Regarde en l'air.

- Ah, ça ira, ça ira Les aristocrates à la lanterne

Ça ira, ça ira Les aristocrates, on les pendra

Rires.

Rendez-moi mon enfant.

Allons !

Il n'a pas 8 ans. Vous n'avez pas le droit.

C'est qu'elle se sauverait, la garce.

Quand elle le voit…

Ça lui a déjà foutu un coup qu'on ait tué le Capet.

On pourrait le lui rendre de temps en temps.

- Non.

Une heure.

Non !

Il faut le séparer le louveteau de la louve.

Rien ? Rien, mon colonel.

Et le jour qui vient.

Qu'est-ce qui a bien pu se passer ?

50 minutes de retard. Êtes-vous sûr de Toulan ?

Je l'ai vu dévoué à la reine.

Un républicain.

- C'est lui.

Seul ? Seul.

Tout est perdu.

La reine n'a pas voulu me suivre sans le dauphin.

Je lui ai dit qu'on retournerait

chercher les enfants après la ronde de 6 h.

Elle répétait qu'elle ne partirait pas sans son fils.

Vous ne me croyez pas ? Tu es républicain.

Oui, je suis un républicain, et j'en suis fier.

Pour vous, un républicain, ça n'a pas de cœur ?

Si tu nous as trahis,

tu sais ce qui t'attend.

"Vers toi,

"tout me conduit."

Vous reconnaissez ça ?

Comment vous l'avez eue ? La reine me l'a remise pour vous.

Tu l'as peut-être volée ?

Et ça ?

Maintenant, allez-y. Je suis prêt.

Pardonnez-moi.

Bruits de pas.

Hennissements.

…

Halte !

…

Ce ne sont pas des chevaux d'ici. Fouillez partout.

Ils sont là.

Messieurs, pour la reine. Présent !

…

Qui vous a fourni la fameuse voiture

dans laquelle vous êtes partie pour Varennes ?

Un étranger.

De quelle nation ?

Suédoise.

N'est-ce point Fersen ?

Oui.

Huées.

Elle est fière. Il a foutu le camp, l'adoré.

C'est vous qui avez appris à Louis Capet

cet art de la dissimulation

avec laquelle il a trompé trop longtemps le peuple français.

Oui. Le peuple a été trompé.

Il l'a été cruellement,

mais ce n'est ni par mon mari, ni par moi.

Par qui ?

Ceux qui avaient intérêt à le tromper.

Qui ? Vous n'avez jamais cessé de vouloir détruire la liberté.

Debout ! DEBOUT !

Le peuple sera-t-il bientôt las de mes fatigues ?

Chacun son tour. C'est le triomphe de l'égalité.

Vous vouliez régner

et remonter sur le trône sur le cadavre des patriotes.

Nous étions déjà sur le trône.

Huées.

Nous n'avons jamais désiré que le bonheur de la France.

Croyez-vous que les rois soient nécessaires au bonheur du peuple ?

Un individu ne peut pas décider de cette chose.

Vous regrettez que votre fils ait perdu un trône

que le peuple, enfin éclairé sur ses droits, a brisé.

Je ne regretterai rien pour lui quand son pays sera heureux.

C'est faux ! Immorale sous tous les rapports !

Cette Agrippine est si familière avec tous les crimes

qu'oubliant sa qualité de mère,

elle s'est livrée avec Louis Charles Capet, son fils,

et de l'aveu de ce dernier, à des indécences

dont l'idée et le nom seuls font frémir d'horreur.

Ces actes incestueux reprochés à la veuve Capet

n'étaient pas dictés par le plaisir,

mais inspirés par l'espoir politique

d'énerver le physique d'un enfant qu'elle croyait destiné au trône.

- Citoyen président,

l'accusée n'a pas répondu de ces accusations.

Si je n'ai pas répondu,

c'est que la nature se refuse

à une pareille inculpation faite à une mère.

J'en appelle à toutes celles qui sont ici.

Acclamations.

FUMIERS ! ORDURES !

Huées.

- Madame…

Vous n'avez rien pris.

Est-ce que vous ne voudriez pas manger ?

Merci, ma fille. Je n'ai plus besoin de rien.

Un peu de bouillon que j'ai réchauffé.

Eh bien…

donnez-moi votre bouillon.

Quelle heure est-il ?

Votre montre n'est plus à sa place.

On me l'a prise.

Vous n'avez pas l'heure ? 18 h 55.

Merci, monsieur.

Oh, Madame… Non, ma petite. Je ne peux pas.

Donnez-moi ma robe blanche.

On m'a dit de changer de robe.

Je provoquerais le peuple, si j'allais là-bas en noir.

Vous n'oublierez pas de rendre ce livre.

Je ne saurais jamais la fin des voyages de M. Cook.

Elle est propre.

Tant mieux. Il faut me faire belle.

Mettez-la sur le lit.

Tirez le paravent.

Permettez que je me change sans témoin.

J'ai des ordres.

Je dois avoir l'œil sur tous vos mouvements.

J'aurais besoin que vous me recoiffiez.

Pas la peine. On va vous les couper.

Abbé Girard. Qu'est-ce que tu veux ?

Confesser. Bon. Mais alors vite.

Je viens vous offrir les services de mon ministère.

Vous avez prêté serment à la République ?

Oui, Madame. Mais ne vous arrêtez pas à cela.

Vous devez vous confesser.

Pas à celui qui nie l'Église de Rome.

Que dira-t-on lorsqu'on saura que vous avez refusé

le secours de la religion ?

Vous répondrez que Dieu est d'une grande miséricorde.

Alors je n'ai plus rien à faire ici, Madame.

Pas de succès ?

Antoinette, sois attentive. On va te lire la sentence.

Je l'ai déjà entendue.

Il faut qu'elle te soit relue. La loi est la loi.

"Le tribunal, après la déclaration unanime du jury…"

Debout.

"faisant droit sur le réquisitoire de l'accusateur public…"

Un moment.

"… l'accusateur public, d'après les lois citées,

"condamne ladite Marie-Antoinette,

"dite Lorraine d'Autriche, veuve de Louis Capet,

"à la peine de mort."

"Le présent jugement sera exécuté aujourd'hui,

"16 octobre 1793,

"sur la place de la Révolution."

Cris.

…

Insolente jusqu'au bout, la garce !

La voilà, l'infâme ! Elle est foutue, mes amis.

C'est dur, une planche. T'as plus tes coussins !

- Les adieux de la reine à ses mignons et ses mignonnes !

De quoi rire et s'amuser !

Les adieux de la reine !

Je veux bien, mais si vous êtes pris,

vous risquez la mort.

Moi, je n'ai pas envie d'y passer.

- À vos postes !

Alors ni vu ni connu.

Roulements de tambour.

…

Excusez-moi, monsieur. Je ne l'ai pas fait exprès.

Prière en latin.

…

Roulements de tambour.

VIVE LA RÉPUBLIQUE !

Sous-titrage : Éclair Group

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