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Deux ans plus tôt Aéroport international de Vancouver
Le groupe d’intervention a maîtrisé les lieux !
Le corps du chef des terroristes a été identifié.
Désamorçage des explosifs en cours.
Trois terroristes fugitifs se cachent
dans l’appareil avec une Japonaise en otage.
Bande d’amateurs.
Épargnez-moi…
Les criminels exigent du carburant et un pilote.
Où en est Kazami ?
Boomerang, quelle est la situation ?
Ce surnom me rappelle des souvenirs,
sous-lieutenant.
Douze degrés à gauche des lumières de la tour de contrôle.
La cible est là.
L’échange pour l’otage va commencer.
Tu ouvres les hostilités.
Neutralise le preneur d’otage d’une balle.
Au même moment, le groupe de Danny interviendra.
Je suis à 2 000 mètres de distance.
Et avec ce brouillard,
pour le moment, c’est impossible.
Le négociateur ne pourra plus les retenir longtemps.
Fais-le.
Impossible, je ne peux pas.
Je veux rentrer.
T’es bien pessimiste.
Je te passe quelqu’un.
Hé, Kazami !
Rien n’est impossible pour un militaire !
Rien n’est infaisable !
Je t’ai spécialement fait venir du Japon,
ne me traîne pas dans la boue.
Je préférerais te traîner dans autre chose, chérie.
Enfoiré…
Tu as aussi pris la langue de vipère de ton maître.
Je plaisante, capitaine Garet.
Toujours aussi impassible.
Compris ?
Priorité à l’otage !
Oui, chef.
Hé, tu m’entends, Boomerang ?
Ah, Robby.
J’ai placé le mouchard.
Je t’envoie les données.
Tu vois le chien des buissons ?
Le chien des buissons ?
Tu parles de l’icône ?
Oui, clique sur ce perso de petite sœur qui y ressemble.
Débarrasse-toi vite de cette maladie.
Let’s go !
Quand Shimoheihei s’activera…
Tu vois ce que je veux dire ?
Bah, j’ai plus qu’à essayer.
Autorisation à faire feu.
Je répète,
autorisation à faire feu.
Bam !
Merde !
J’ai pas touché l’otage, j’espère.
Cible touchée !
Alpha, Bravo, Charlie !
Intervention !
C’est parti !
Ta CheyTac est excellente, Milly.
Beau travail, Boomerang.
Comment te sens-tu ?
Mal.
Apporte-moi un sac pour vomir et viens m’aider.
J’ai la nausée.
On dirait que tout va bien.
Je te laisse rentrer.
Et l’otage ?
Les criminels s’enfuient avec elle sous le bras ?
Que fout la police de l’aéroport ?
Ils ont filé par la mer ?
Sur le champ de bataille,
on dit qu’une balle revient un jour à son tireur.
Mais par chance,
je suis toujours en vie.
Je vous remercie de m’avoir sauvée.
Mais n’y avait-il pas d’autres moyens de procéder ?
Je me sens dans l’obligation de protester !
Dis, Shorty,
contre quoi fulmine cette demoiselle en japonais ?
Elle semble fâchée par son mauvais traitement.
J’ai été aspergée de sang !
On m’a jetée à la mer !
Je demandais de l’aide, mais on se moquait de moi !
Trop, c’est trop !
Hé, Danny,
regarde ça.
Cette femme est de l’ère Showa.
Showa ?
Un nom d’ère japonaise.
En bref…
Quoi ?
Cette fillette est plus vieille que moi ?
On dirait bien.
Les Japonais font vraiment jeunes.
La nièce d’Eddy vient d’entrer en primaire
et elle fait plus vieille.
Je pense que c’est un cas à part.
Dis donc !
Je ne suis pas une collégienne !
Je suis plus âgée !
Une grande fille !
En plus,
je suis professeur !
La directrice !
Un remerciement ?
Je suis une adulte.
Vous m’avez bel et bien sauvé la vie,
je dois donc vous remercier convenablement.
De plus, j’ai une certaine influence.
Ce ne serait pas qu’un bon d’achat, on dirait.
Je ne désire rien…
Ça peut être n’importe quoi.
Dites toujours.
Un remerciement…
Un remerciement ?
Ah oui…
L’école…
J’aurais voulu essayer
d’aller dans une école normale
comme un élève normal.
Investigation et rapport sur Yûji Kazami.
Auteur du présent document, Yuria Harudera.
Elle a déjà lu son dossier sommaire.
Ce que veut la « fille du sous-sol »,
ce sont des détails sur la psychologie de Yûji Kazami.
Yûji Kazami.
Famille composée de son père,
sa mère, sa grande sœur et lui-même.
Le père, Ryôji.
Officiellement, il était antiquaire,
mais il gagnait surtout sa vie en servant d’intermédiaire
pour des contributions financières à des politiciens.
La mère, Satoko.
Faible d’esprit et dépendante des autres,
elle ne croyait pas en l’amour d’autrui.
C’était une triste femme.
La grande sœur, Kazuki.
Dotée d’un talent inné
pour les sciences et l’art,
on pensait son avenir prometteur.
Elle décéda lors de l’incident du minibus de l’école Takizono.
L’accident possède son propre dossier.
Le deuxième enfant des Kazami,
Yûji, vit le jour deux ans après Kazuki.
Contrairement à Kazuki, l’enfant prodige,
l’enfant normal qu’était Yûji fut négligé par son entourage.
Kazuki Kazami…
Kazuki, la sœur de Yûji,
révéla son talent vers ses quatre ans.
On le remarqua probablement quand elle commença
à copier les tableaux célèbres conservés chez eux.
Elle savait tout faire
et excellait toujours partout.
Elle était particulièrement douée en peinture.
Le tableau qu’elle peignit à dix ans
se serait vendu à plusieurs millions de yens.
Entrez.
Kazami est arrivé.
Fais-le entrer.
J’ai lu les documents.
Pourquoi encore écrire à la main ?
Le papier est plus facile à détruire.
J’ai passé tous les brouillons à la déchiqueteuse.
À ce stade-là, autant les incinérer.
De nos jours, on a des photocopieurs.
À l’époque, on les recopiait manuellement.
Tout le monde n’est pas aussi oisif.
Donc ?
Pourquoi m’avoir appelé ?
Le rapport que je t’ai remis devrait tout mentionner.
Je dois aussi rédiger un rapport.
Je vais te poser plusieurs questions,
réponds-y.
Que veux-tu savoir ?
Voyons voir…
D’abord, parlons de ta sœur.
Ça a un lien quelconque avec ma promotion ?
Il y a quelques zones d’ombre
concernant la mort de ta sœur.
Enfin, c’est le prétexte.
En réalité,
je veux savoir ce qu’elle représentait pour toi.
Tout est dit dans mon dossier.
Par le passé,
il y a eu une période
où j’évitais ma sœur surdouée.
Tu finis toujours par te taire, n’est-ce pas ?
Si tu souffres,
tu peux le dire, tu sais ?
Je souffre…
Près de toi,
je passe pour un imbécile.
Dis, Yûji,
tu veux jouer à la balle ?
Pourquoi tu n’utilises pas la main gauche ?
C’est toi qui m’as dit d’utiliser la droite.
Je parlais des baguettes.
Quand tu lances, peu importe la main.
Essaie de lancer de la gauche.
Tu es meilleur avec celle-ci.
Mais entraîne-toi à mieux lancer de la droite.
Pourquoi ?
Tu serais embêté si tu ne pouvais plus utiliser ta main gauche, non ?
Mais pour les baguettes, ça reste la droite.
D’accord.
On s’est bien amusés.
Oui.
Tu sais, Yûji,
c’est juste qu’il te faut
plus de temps que moi,
mais rien ne t’est impossible.
Vraiment ?
Oui.
L’important, c’est de ne pas abandonner.
La persévérance deviendra
sûrement ton arme, un jour.
Imagine une situation si pénible
que tout le monde a abandonné
pour sombrer dans le désespoir.
Deviens un homme capable de te relever malgré cela.
Vois-tu,
travailler dur, c’est un talent en soi.
D’accord ?
Oui.
C’est un beau dessin.
C’est embarrassant.
Moi, j’aime ce dessin.
Il n’y a pas à avoir honte.
Décroche ce dessin !
M. Kirihara va venir !
Ce gribouillage d’enfant nous ferait honte !
Ne rabaisse pas un dessin que j’aime !
Yûji !
Quoi, Yûji ?
Tu as un reproche à faire ?
Pardon, Yûji…
Un jour,
j’ai rencontré un homme étrange.
Alors, eh bien,
combien donneriez-vous pour le tableau de ma fille ?
Merci.
Qui est ce garçon ?
Le petit frère de Kazuki.
Il s’appelle Yûji.
Voyez-vous ça…
Petit,
tu aimes le chocolat ?
Est-ce qu’il peint aussi ?
Grand Dieu, non.
Il n’a pas été béni de ce talent.
J’en suis gêné.
Pourquoi tu ne peins plus ?
Avant, tu peignais bien plus !
C’est parce que
j’étais une enfant.
Kazuki,
en réalité, tu peins mieux qu’avant,
alors pourquoi tu mens ?
J’en ai assez d’être prise pour une enfant capable de tout.
Plus important…
Des mangas ?
Je les ai empruntés à une camarade.
Je les ai finis, je te les prête.
Mais on va me reprocher de m’abrutir.
Écoute, Yûji,
en lisant des mangas,
tu sauras de quoi parler avec un enfant qui aime ça.
C’est très important.
Les amis rencontrés grâce à un hobby commun
sont plus précieux que tu ne le penses.
Les amis,
c’est si important que ça ?
Ça l’est, oui.
Ceux qui ne saisissent pas l’importance des relations en grandissant
découvrent leur solitude dans les moments graves, et désespèrent.
Regarde donc notre père.
Tu veux devenir comme lui ?
Je sais pas.
Bah, ça ira.
Si tu as fini tes devoirs,
va t’amuser avec tes amis dehors.
J’ai pas d’amis.
Alors efforce-toi d’abord de t’en faire.
Ma sœur avait appris
à se contenir pour vivre normalement.
Ses études d’art prévues à Paris
furent annulées, et elle obtint une vie paisible.
Toutefois, les tableaux qu’elle peignait de temps à autre
étaient le seul revenu de la famille.
Personne ne pouvait donc s’opposer à elle.
D’un autre côté,
nos parents ne prenaient pas soin de moi.
Ma sœur et eux mangeaient souvent dehors pour le travail,
et je me retrouvais seul à la maison.
Je suis là.
Yûji ?
Yûji…
Mais…
qu’est-ce que tu manges ?
Du pain.
Tu trempes le pain dans l’eau…
Je devais pas en manger ?
Mais regarde, Yûji !
Il y a largement de quoi manger dans le frigo !
Mais on ne m’a pas dit que je pouvais.
Sans permission, on m’engueulera sûrement.
Mais non !
S’ils t’engueulent pour ça,
je les engueulerai en retour !
Incroyable…
Je n’avais même pas remarqué
que mon frère mangeait ça
pendant que j’étais à l’extérieur…
Pardon, Kazuki…
Tu n’as rien fait de mal.
Pardonne-moi de n’avoir rien remarqué.
Ce jour-là,
la voix de ma sœur réprimandant mes parents
résonna jusqu’à tard dans la nuit.
Cela dit,
rien ne s’améliora pour autant.
Mon père montrait encore plus son dégoût envers moi
et ne cachait plus sa haine.
Quant à ma mère,
fidèle au proverbe « Prudence est mère de sûreté »,
elle m’évitait sans gêne.
Cependant, elle n’oubliait plus
d’acheter mon goûter.
Il est tard, Yûji.
Je jouais avec une amie.
Je vois,
c’est une bonne chose,
mais c’est une fille ?
Ben oui.
Elle vient d’où ? Et son nom ?
Euh, elle s’appelle Sachi.
Je sais pas où elle habite.
La prochaine fois,
ramène-la donc à la maison.
Non !
À chaque fois,
tu taquines mes amis !
C’est méchant.
Je juge seulement s’ils sont
dignes d’être tes amis.
C’est toi qui m’as dit de me faire des amis !
Je ne me rappelle pas avoir parlé d’amies filles.
Pourquoi ce sont toujours des filles ?
Me voir jalouse est si amusant que ça ?
Attends, Kazuki…
Tu sais,
je veux bien comprendre.
Comme tu me ressembles,
tu as le charme d’une fille.
Tu es calme et tu détestes la violence.
Malgré tes airs frêles,
tu es plutôt doué en sport.
Et plus que tout, tu es gentil !
C’est sûr, tu dois plaire !
C’est ce qui ne me plaît pas !
Ça ne me plaît pas du tout, d’ailleurs !
Si tu veux vraiment avoir une amie fille,
tu dois demander ma permission !
Je t’interdis de faire ami-ami avec une fille que je n’ai pas acceptée !
Compris ?
J’ai compris, Kazuki…
Ne fais pas cette tête-là, Yûji.
Un jour,
je trouverai une fille
qui te mérite.
Fais en sorte de ne pas devenir
un bourreau des cœurs.
Je ferai attention.
Et en fait,
t’as pas fait attention du tout !
Au contraire, et étonnamment,
tu as grandi exactement comme elle l’avait prédit.
Hé, ne m’interromps pas à l’improviste.
Eh bien…
Enfin…
Tu vois…
Sinon,
les farces de ta sœur
dont tu parles dans le dossier,
de quoi s’agit-il exactement ?
Je dois même parler de ça ?
Yûji,
allons prendre notre bain.
D’accord.
J’ai parlé de farces,
mais prendre un bain entre frère et sœur n’était pas rare.
D’autres le faisaient aussi dans ma classe.
Je prenais un bain avec ma sœur, et elle me lavait.
C’était tout.
Kazuki ?
Les frères et sœurs proches font tous ça.
Dis,
tu as déjà embrassé ?
Tu m’embrasses tout le temps.
Pas dans ce sens-là.
Tu sais,
comme dans le manga que tu as lu,
un baiser entre adultes amoureux l’un de l’autre.
Tu l’as déjà fait ?
Non…
Alors, fais-le…
avec moi.
Pourquoi ?
Parce que je veux essayer.
Dis, Yûji,
tu sais ce qu’est l’inceste ?
Non, c’est quoi ?
C’est l’amour fraternel.
Ah bon…
Mais c’est quelque chose de normal, non ?
Il n’y a rien d’étrange à s’aimer entre frère et sœur, tu ne trouves pas ?
C’est vrai.
Yûji, tu m’aimes, non ?
Oui.
Tu vois ?
Moi aussi, je t’aime.
Mais les mariages incestueux sont interdits.
Tu ne trouves pas ça vraiment étrange ?
Pourquoi on ne pourrait pas se marier ?
Eh bien,
pour des raisons génétiques, entre autres.
Mais le fait que je sois tant
attirée par toi, petit frère,
relève sûrement aussi de la génétique.
Ça dépasse peut-être même ce stade.
Dans tous les cas, ce sentiment
est légitime.
Je sais pas trop.
D’abord, qu’est-ce qui est anormal ?
C’est anormal d’embrasser son frère ?
De s’enlacer ?
J’en ai aucune idée…
Allez, Yûji,
réponds-moi,
suis-je anormale ?
Tu as toujours raison.
Merci, Yûji.
Kazuki m’a appris toutes sortes de choses.
Finalement, elle entra dans une grande école privée.
Comme pour trahir les espérances parentales,
elle ne s’inscrivit pas au club d’art et osa choisir le club de basket.
Elle cachait ses remarquables talents
et vivait paisiblement.
Elle évaluait ses amies et semblait les manipuler comme des pions.
En fait, ces dernières agissaient probablement
selon ses plans sans le savoir.
J’étais le seul à connaître
la vérité sur elle.
Même mes parents étaient menés par le bout du nez.
J’éprouvais une peur profonde
envers ma sœur.
« Elle ne doit pas être humaine. »
« C’est peut-être même Dieu. »
Mais elle avait beau m’effrayer, je restais dépendant d’elle.
Je pensais
que cette vie continuerait à jamais.
Oui,
jusqu’à ce jour.
Comme vous pouvez le voir…
La chute du minibus au fond d’une vallée
fut annoncée dans les médias
deux semaines après l’incident.
Une seule survivante.
Sur place,
on découvrit des traces de lutte entre plusieurs personnes.
La mort de ma sœur
fut confirmée mi-septembre.
Mon père, qui attendait tant d’elle, sombra dans le désespoir
et se noya dans l’alcool.
Et pour comble,
il se mit à nous battre quotidiennement, ma mère et moi.
Cache-toi là-dedans.
Ne sors pas avant que je te le dise.
Y a plus d’alcool !
Je t’ai déjà dit cent fois de pas oublier !
Ma mère
ne faisait que s’excuser encore et encore.
C’était une personne très faible.
Pardon…
Rien de bon n’arriverait
en restant avec cet homme.
Ma mère et moi décidâmes de fuguer.
À partir d’aujourd’hui,
cet endroit est notre maison.
C’est tout ce qu’on a, pardon.
C’est bon.
On ne vivait pas dans le confort,
mais sans mon père,
c’était comme le paradis.
Jusqu’à ce que tu sois un homme,
je ferai de mon mieux.
Tu n’as pas à t’inquiéter.
Afin de subvenir à mes besoins,
ma mère travaillait nuit et jour.
Cette vie avec ma mère dura pendant un an,
et un jour…
Tu pensais pouvoir m’échapper ?
Va acheter de l’alcool, Yûji !
Non…
T’es une poule aux œufs d’or !
Tu vas me pondre un autre génie !
Alors je pourrai encore…
Yûji !
N’approche pas !
Tu as acheté l’alcool ?
Oui.
Laisse-le là et décampe.
Arrête, papa !
La ferme !
Tu veux t’en prendre une ?
Yûji, vas-y !
Maman va bien.
Quoi ?
Te fais pas passer pour une bonne mère !
Arrête !
Lâche maman !
Espèce de sale mioche !
Je vais le tuer.
Bats-toi !
Fuir sans cesse ne changera rien !
Alors, même si la réalité est pénible…
Tu écris et tiens tes baguettes de la main droite,
et tu lances une balle et tiens une batte de la gauche.
Alors,
quelle main utiliseras-tu
pour tuer ?
Maman !
Ça va ?
Fuyons !
Yû…
Tu as raison,
il faut encore fuir.
Mais jusqu’où faut-il fuir ?
Pendant combien de temps encore ?
Maman ?
Pardon.
Tu es rapide,
alors cours.
Pars devant.
Je te rejoindrai.
Voilà toute notre fortune.
Garde-la précieusement,
ne la perds pas.
Allez, dépêche-toi de fuir.
Mais où ?
Eh bien…
D’abord, à la gare.
Yû, tu peux y aller seul ?
Voilà.
Alors vas-y seul.
Allez, va.
Elle l’a poignardé à plusieurs reprises.
Il y avait un testament.
Un double suicide…
Attends !
N’entre pas !
Hé !
Ça va, petit ?
Ressaisis-toi !
J’avais tué mon père
et poussé ma mère au suicide.
Comment en est-on arrivés là ?
Qu’avons-nous fait de mal ?
Pardonne-moi, Yû…
Pardon…
L’homme
qui devint mon tuteur par la suite s’appelait
Rei Kirihara,
un ancien client de mon père et marchand d’art.
Félicitations pour ta sortie de l’hôpital, Yûji.
Tu n’as plus à t’inquiéter de rien.
Ça te va bien, Yûji.
Tu es toujours aussi peu bavard.
Enfin,
c’est aussi pour ça que tu me plais.
Un enfant ne peut survivre tout seul.
J’avais de quoi manger, et un toit pour m’abriter du mauvais temps.
J’avais de bons vêtements,
en omettant qu’ils étaient pour fille.
Il n’y avait aucun problème.
Il ne reviendra pas avant un moment.
N’en parle à personne.
Tu l’as tué ?
Pas mal, Yûji !
Tu es intéressant.
C’est très bien, Yûji.
Tu as eu raison.
C’est l’instinct que tout homme devrait posséder.
Tu ne t’énerves pas ?
Oh ?
Je n’avais pas entendu ta voix depuis longtemps.
Ton cœur brisé s’est peut-être un peu reconstitué en tuant ?
Viens, Yûji, je vais te donner du chocolat.
Ce n’est pas grave, je ne suis pas en colère.
Moi aussi, je haïssais cet homme.
Je devrais même te féliciter.
Bien, Yûji,
apprends encore plus.
Tu pourras sûrement devenir le meilleur des outils.
Le meilleur des outils ?
Ou alors,
tu préfères vivre comme un animal de compagnie ?
Je ne sais pas.
De toute façon, tu vis comme bercé entre la vie et la mort.
Dis-toi que tu t’acquittes d’une dette envers moi et fais de ton mieux.
Je me rappelle que c’était un pays froid.
Dans ce pays, Kirihara était connu
sous le nom de Heath Oslo,
et m’ordonna également de l’appeler ainsi.
Cet endroit était une école d’apprentissage
fondée par Oslo.
Seul son nom en attestait.
En réalité,
ce n’était qu’un camp
de formation de terroristes dirigé par Oslo.
L’école te plaît ?
J’étais le favori de Heath Oslo.
Oui, ça me plaît.
Nombreux étaient ceux
qui ne m’aimaient pas pour ça.
Parmi tous les exercices,
j’étais doué pour le tir,
tout spécialement à longue portée.
Cela attira également l’antipathie des autres.
Les brimades camouflées en exercices ne cessaient jamais.
Ça va ?
Cette fille était amnésique.
Il me semble qu’elle s’appelait Marine.
Elle me soignait quand on me blessait,
et si on me volait mon repas,
elle venait partager
le sien.
Le monde méritait encore d’y vivre.
Parfois,
il m’arrivait de recevoir l’enseignement d’Oslo lui-même.
Écoute bien, Yûji.
Ne dépends pas de ces armes à feu si inélégantes.
Rien ne vaut les poignards.
Si je ne tue pas, je me ferai tuer,
voilà pourquoi je tue en premier.
Dehors, il n’y a que des ennemis.
Ta propre famille était ton ennemie.
Alors tu comprends le concept, non ?
Je suis ton seul allié.
Les autres sont tous des ennemis.
Reviens-moi en vie.
Parfait, Yûji !
Je suis vraiment heureux d’avoir
rencontré ton salaud de père !
Yûji Kazami,
tu es parfait !
On nous donna un dernier test, appelé « examen de fin d’études ».
Pour réussir, il fallait tuer son adversaire.
Une règle simple.
Et mon adversaire fut…
Marine.
Tu as tué ton père de tes propres mains.
Ça ne devrait pas te poser problème, non ?
« Je suis désolé, Marine »,
m’excusai-je en mon for intérieur.
Qu’est-ce que je fais ?
Je suis
comme mon père…
Alors ?
Tue-la !
Tue-la !
Tue-la !
Tue-la !
C’est mon crime.
J’ai péché en blessant une fille.
Qu’y a-t-il, Yûji ?
Tu as tué ton père, tu es un parricide !
Le nombre importe peu, à présent !
Relève-toi !
Relève-toi et bats-toi !
J’y crois pas…
Franchement, Yûji…
Toi alors…
Pardonne-moi…
Comment en est-on arrivés là ?
Je ne voulais pas entendre ces mots.
Identiques à ceux de ma mère dans son testament,
ils ne dégageaient qu’impuissance,
faiblesse et pessimisme.
Comment te sens-tu ?
Tu peux manger ?
Je ne veux rien.
Si tu ne manges rien,
tu ne guériras pas.
Pourquoi
as-tu été recueilli par cet homme ?
Tu sais,
je vais bientôt quitter cet endroit.
C’est bien.
Oui.
Ne t’en fais pas pour moi.
Une fois partie,
tu ferais mieux
d’oublier que nos chemins se sont croisés.
Je déteste me battre…
Si on pouvait vivre sans blesser autrui,
ce serait l’idéal.
Allez, je reviendrai.
Après s’en être allée,
Marine ne revint plus.
L’examen réussi, elle avait quitté cet endroit.
Bien plus tard,
je compris que cela signifiait
qu’elle reviendrait si elle survivait.
Ah…
Cette fille est morte.
Elle a fait une erreur stupide lors de sa première mission.
On s’attendait à mieux, vu ses résultats.
Marine est morte ?
Si j’avais gagné et réussi l’examen,
Marine serait-elle encore en vie ?
Vu ainsi,
mes sentiments étaient partagés.
Tu n’aurais pas dû…
être gentille avec moi !
Deux mois plus tard,
je fus confronté à un nouvel examen.
Ma tâche consistait en un véritable assassinat.
De but en blanc, c’était une mission sur le terrain.
C’est… ?
Prends-le.
Vous ne faites rien ?
Tu m’as préparé du thé,
c’est suffisant.
Merci.
C’était une mission facile.
L’enquête a été supervisée par mes soins.
Je travaillais à la CIA, à l’époque.
Je sais.
La CIA me surnommait
ET 01,
Enfant terrible nº 1.
C’est Asako qui me l’a dit.
La tâche de nouveau sous-lieutenant que l’on m’avait assignée
fut une investigation sur ET 01.
Eh oui, tu étais vraiment mystérieux.
Le juge international,
Glenn Macpherson, 57 ans.
Poignardé dans sa chambre d’hôtel.
PDG de la banque américaine ABM,
Harold Borman, 56 ans.
Mort instantanée
par fracture de la nuque, dans son salon.
Député français d’extrême-gauche,
Benoit Robert, 48 ans.
Strangulation.
Journaliste indépendant,
Paul Graham, 38 ans.
Mort d’un accident de voiture au retour d’une interview.
Cause du décès, indéterminé.
Finalement, pendant un an,
nous n’avons pas pu découvrir ton identité.
Du moins,
pas jusqu’à la nuit où le CIRS, en phase de test final,
s’introduise dans la demeure de Heath Oslo
et te découvre.
Eh bien,
allons dire bonjour comme pour le cas de l’usine à bébés.
RAS.
Où est Oslo ?
On le cherche.
Ne laissez personne s’enfuir !
Dénichez-les !
L’encerclement devrait être parfait…
Merde…
Ce n’est pas en affrontant ces types que…
Sous-sol découvert dans le bloc E.
Une enfant ?
Bonjour, jeune fille.
Ou plutôt, mon garçon ?
Le Labyrinthe de la Grisaia Le cocon du caprice Ø
Et Oslo ?
Tu avais vu juste, JB.
On a trouvé quelque chose
d’intéressant dans le sous-sol.
Yûji,
c’est regrettable,
mais on se reverra.
Si je n’avais pas rencontré Asako ce jour-là,
je ne serais sûrement pas là.
Oui, et tu ne m’aurais pas rencontrée.
Pour la suite…
tu es plus au courant que moi.
Mes souvenirs restent vagues.
Perte de mémoire par médication,
confusion mentale…
Tu étais alors au plus mal.
Bref…
Après tout ce que j’ai dit,
tu veux continuer ?
Bien sûr.
Tu vas tout révéler jusqu’au jour présent.
Alors laisse-moi prendre une pause.
Arrête, Shark-man !
N’implique pas les humains dans notre combat !
Je m’en fiche !
Je ferai comme bon me semble !
Espèce de tête de mule !
Si tu ne comprends pas, prends-toi du thon !
Attaque coupante !
Quoi ?
Le thon a été coupé ?
Oh non !
Tuna-man est en danger !
Relève-toi !
Relève-toi, Tuna-man !
Shark-man…
Au fait, où est Yûji ?
Je ne l’ai pas vu de la matinée.
Ben alors ?
Tu te sens seule après quelque temps sans l’avoir vu ?
Bien sûr que non !
Je me demandais juste
où il était !
Ne te méprends pas !
Calmez-vous, Mademoiselle Michiru.
Prenez exemple sur Sakaki, qui est habituée à être seule.
Quoi ?
Je ne suis pas habituée à être seule et je ne le suis pas !
Donc ? Où est Yûji ?
Il devait aller à Ichigaya pour le travail.
Il a encore dû faire une bourde.
Il disait qu’il avait un examen pour une promotion.
Ah, c’est donc ça
qu’il traficotait, enfermé dans sa chambre.
Au fait, Komine,
qu’est-ce que tu as dans la main ?
Ah oui.
Moi, Sachi Komine,
malgré mon impuissance,
je pensais rendre service à Kazami, très occupé,
et en faisant le ménage de sa chambre…
Tu as trouvé une culotte souillée ou quoi ?
Non, c’est encore plus incroyable.
« Rapport personnel sur le passé de Yûji Kazami » ?
Oui…
Tu as recollé un dossier passé à la déchiqueteuse…
Je ne sais pas si c’est inouï ou stupide…
On n’est pas censées éviter de regarder sans permission ?
Vraiment ?
Étourdie comme je suis, je l’ai lu en le recollant.
J’ai fini par découvrir son incroyable passé.
En proie à d’insoutenables remords,
j’ai dans l’idée de me faire des complices.
Une pour toutes
et toutes pour une.
Quelle expression magnifique.
Non, on ne peut pas !
Si ça ne vous intéresse pas,
je le repasserai à la déchiqueteuse.
Ah, euh, c’est que…
Hein ?
Vous n’aurez pas mon accord en me fixant.
En y pensant,
on ne connaît pas grand-chose du passé de Yûji.
Moi non plus, je ne suis pas au courant.
Alors, mesdemoiselles,
que fait-on ?
La prochaine fois
La prochaine fois :
Le cocon du caprice 1
Le cocon du caprice 1.
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