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Musique gaie
Musique douce
-Ça va mieux ? -Oui, vous êtes gentille.
Je m'en souviendrai, de la noce à Dédé.
J'ai dû boire un peu trop après le repas.
-Après, pendant et avant.
-C'est juste.
Heureusement qu'on joue pas demain. Je serais frais !
Pour ce que j'ai à faire…
Entrer et sortir dans une pièce dont je sais tous les rôles.
Alors qu'un seul me comblerait. -Lorenzo de Médicis.
Mais vous l'aurez un jour.
-Oui… Quand Alexandre prendra sa retraite.
Mais vous verrez.
Il lla prendra pas.
[l mourra en scène !
L'an dernier à Marseille, j'y ai cru. Quand le public l'attendait.
Sans les agents, il y serait resté !
-Allons ! Malgré ses défauts, Alexandre aime le théâtre.
-C'est pour ça qu'il l'assassine tous les soirs.
Le classique mobile passionnel :
"Je l'ai tué parce que je l'aimais trop."
-Mes chers amis, c'est en qualité de doyen et de camarade
que je prends le premier la parole.
Et c'est pourquoi
je lève cette coupe à l'amour sans qui les choses ne seraient
que ce qu'elles sont. D'ailleurs, mes chers enfants…
-Simon, ça va mieux ? -Ça a jamais été mal.
-Puis-je poursuivre ? -Je t'en prie.
-Je serai d'ailleurs très bref…
-Pardon.
-En ajoutant, un peu tard peut-être, ceci :
multipliez-vous afin que se perpétue
la grande famille du théâtre !
Notre seule famille !
La plus belle de toutes !
-Bravo, mon cher Alexandre.
-J'aimerais bien rentrer. -Attendez le speech du patron.
Il en ferait une maladie.
Vous voyez ? -Mes chers enfants.
Notre camaraderie, née aux sources du succès,
cimentée par les ovations,
se perpétue
dans ce que nous avons su préserver des griseries de la gloire :
le cœur.
Qui penserait, à nous voir si familièrement
réunis autour de cette table,
nous autres, enfin, les mêmes,
que nous venons de faire triompher les joyaux de notre répertoire
de Biarritz à Ostende, de Nice à Deauville…
-(De Carpentras à Villers-sur-Mer.)
-Nous avons triomphé
partout, comme d'habitude.
Et notre glorieux rideau tombe aujourd'hui
sur la plus charmante des pages d'amour.
C'est pourquoi, si souvent applaudis,
qu'il nous soit permis d'applaudir à notre tour.
-Patron, nous filons. -Coquin. Pas de bêtise.
-Vous savez, le plus gros est fait.
Au revoir. -Au revoir, maman.
-Papa Bianchi va vous offrir un sacré voyage de noces.
Nous allons faire la Bretagne du 12 au 22.
-La Bretagne, c'est loué d'avance.
J'ai fait crouler le Palladium de Brest dans Ruy Blas, avec Ducaille.
-La salle Richelieu est au Canada. Marigny est à Londres.
On me supplie. On n'attend que nous.
Nous pourrions faire Plougasnou le 12, puis Plougastel.
-En novembre, ça doit être gamin.
-L'ambiance, c'est nous
qui l'amenons.
Nous imposerons Lorenzaccio jusque dans les chaumières bretonnes.
C'est ça, la mission
du défricheur.
-Défrichons dans le Midi !
-Tu oublies Les Trois Mousquetaires, l'an dernier.
-Je m'en souviens. -Eux aussi.
-C'est-à-dire ? -Rien.
Patron, je vais rentrer me coucher.
Bonsoir.
Bonsoir.
-Bonsoir. -M'sieur, dame.
Bonsoir. Et merci. -Bonsoir.
-Cher maître. -Bonsoir, petit.
-Bonsoir.
-Ce soir-là à Brest, j'ai failli faire faire une annonce.
Eh oui ! J'étais aphone.
C'est Ducaille qui m'a indiqué une médication
dont se servait Coquelin aîné.
Trois coups dans chaque narine, et instantanément…
Musique douce
-Au revoir. À demain.
Musique intrigante
-Vous avez vu qui a tiré ?
-Vous êtes le seul témoin.
Vous viendrez signer votre déposition.
-S'il vous plaît, commissaire. -Permettez ?
-Lucien Moriso, de France Soir.
Vous savez que Pozzo était une vedette du Milieu.
-Luigi Pozzo ? -Celui qui a été descendu.
Un concurrent racketteur a dû le rectifier. C'est classique.
-Poussez pas, allons.
-Pardon. Pardon…
-Vous reconnaîtriez l'assassin ? -Je crois…
-Attends.
Il est pas sûr.
-Vous voulez prendre des photos ? -On croyait.
Vous étiez à 2 m de l'assassin.
Le barman dit que vous l'avez vu. Oui ou non ?
Oui ou non ?
-Sûrement, oui.
-Dégagez, on va faire une photo. Viens, petit.
Prends un beau portrait. Quel est votre nom ?
-Simon Belin. -B-E-L-I-N ?
-Oui. -Bien. Dégagez, madame.
Vas-y, prends.
Voilà. Encore une.
-"Devant la discrétion de Mario, l'employé du bar,
"et de sa clientèle, la police devra se contenter
"d'un témoignage, celui de M. Simon Belin,
"jeune comédien de talent.
"Le sang-froid de l'acteur au cours de la fusillade de Clichy
"laisse supposer qu'aucun chantage ne l'intimidera."
ON... J'aurais eu une de ces frousses.
-Allons donc…
-Et si on arrête l'assassin, vous témoignerez ?
-Naturellement.
-Même si… Enfin… Si c'est dangereux ?
-Dangereux ?
-Si vous aviez dû avoir peur, vous auriez eu peur hier soir.
-Évidemment.
-Je vous paye Le Mans, Chartres et Nogent-le-Rotrou.
-Ça sera fait demain matin, patron.
-Mon petit Simon, tu es là !
Fidèle au poste ! Et on ne me l'avait pas dit.
Laisse-moi t'embrasser. C'est le cœur qui parle.
-Monsieur… -Pas de "monsieur" entre nous.
Appelle-moi "Charlie”. Ta fidélité t'y autorise.
J'ai eu peur que Darkine t'ait fait des offres.
C'était la fin de ta carrière.
Darkine est un négrier, un affreux maquereau.
Viens, mon fils.
J'ai une surprise pour toi.
Qu'est-ce que tu dis de ça ? Hein ?
Je te bombarde tête d'affiche. Je vais faire coller ça
partout.
Jeanne et Dédé y passeront la nuit.
Et demain, à Melun, ça sera bourré.
"Le témoin du massacre de Clichy
dans le rôle de Lorenzo !" Parfaitement !
À partir de demain, tu joues Lorenzo.
-Monsieur… -"Charlie",
je t'ai dit !
AN, veinard !
À ton âge, je ne sortais pas des coulisses.
Je faisais le chant du coq dans La Passion.
Si Charlie Bianchi avait été directeur, j'aurais fini salle Richelieu.
Enfin… Toi, tu m'as. Profites-en.
Va essayer ton costume, Alexandre est plus grand que toi.
Allez, file ! Enfant gâté !
-"Ce n'est pas une question de prix", leur ai-je répondu.
Alexandre Bérimont à la télé, jamais. Lui feriez-vous un pont d'or !
Seulement, je suis un peu gêné.
Tu ne pourrais pas me faire une petite avance ?
-Je peux vous payer Fontainebleau et Melun.
-Tu pourrais pas aller jusqu'à Montargis ?
-Mais que faites-vous donc de votre argent ?
-Je le méprise !
Vois-tu, petite, le théâtre, c'est une vocation. Une église !
Même quand cette église a pour sacristain un jean-foutre…
-Alexandre, vous tombez bien.
J'ai à vous parler.
-À vos ordres, monsieur.
Mon cher enfant, je te félicite !
À ton âge, les coupures de presse, ça fait toujours plaisir.
Oui, j'ai connu ça. À la rubrique théâtrale, il est vrai.
Mais enfin, peu importe.
La petite Suzie Roupp s'est fait un nom en absorbant du véronal.
Tu vois ?
Ça l'a menée au cinématographe.
-On dit que les cons sont pas méchants !
-C'est un malheureux. Je ne pense pas qu'il soit bête.
[l est mauvais, très mauvais.
Encore plus que ça, mais je crois qu'il le sait.
Nous savons toujours oÙù nous en sommes.
Moi, je suis entrée ici comme habilleuse. Bianchi a voulu
faire de moi une comédienne.
Ainsi, chaque soir,
je me déguise en Susanne, en Roxane, en Mme Bonacieux.
Tout au plus, les costumes sont à ma taille.
Je ne sais pas jouer, mais je sais coudre.
Tandis que vous, même dans la défroque d'Alexandre,
vous serez un merveilleux Lorenzo.
-Comment vous savez ça ?
-Oh Je connais Bianchi.
Je crois que, pour une fois, le hasard fait bien les choses.
-J'ai bien failli faire un éclat. J'allais filer chez Darkine.
E E
J'avais décidé que, dorénavant, je jouerais le cardinal.
C'était à prendre ou à laisser.
Vois-tu, quel que soit le goût du public
pour ce qui a fait notre réputation, il faut se renouveler.
Sans quoi, c'est la sclérose.
J'ai été Lorenzo plus de 300 fois.
La moisson est faite ! À d'autres de glaner.
Fanfare
-Te voilà, toi, face livide.
Si les républicains étaient des hommes
quelle révolution demain dans la ville.
Mais Pierre est un ambitieux, seuls les Ruccellai valent
quelque chose.
Cela serait plaisant qu'il lui vint à l'idée de me dire :
"Ta chambre est-elle retirée ? Entendra-t-on quelque chose ?"
Oui, cela serait plaisant qu'il lui vint cette idée.
J'ai des envies de danser incroyables.
Je sauterais comme un moineau sur ces gros plâtras, ces poutres !
Mignon ! Mettez vos gants neufs, un plus bel habit que cela.
Faites-vous beau, la mariée est belle.
Mais, je vous le susurre, prenez garde…
à son petit couteau.
-Simon, c'était formidable !
-Bravo, Simon ! -Oh, c'est bien.
-Mon petit ! I! faut que je t'embrasse !
Je l'ai monté plus de 300 fois, c'est la Tre fois que je l'entends.
-Merci.
-Je suis pas tout à fait rodé…
-T'as été épatant ! -Génial ! Génial !
L nous met tous dans sa poche.
-Vous aussi, vous avez été très bien.
-Pardon. Vous êtes Simon Belin ?
-Certainement pas.
-Qui cherchez-vous ? -Simon Belin.
-Merci.
-C'est vous, M. Simon Belin ?
-Oui, pourquoi ?
-Une convocation du juge d'instruction, de Paris.
-Merci.
"Objet de la présente convocation : "Témoignage.
"Présence indispensable.”
Je peux pas lâcher la tournée juste au moment.….
Je vais dire que je suis malade. -On vous reconvoquera.
C'est pour quand ? -C'est pour demain.
-Simple répétition. Tu verras ça aux assises.
On va mener ce salopard aux assises aussi sec !
Je compte sur toi.
-Mais si c'est une erreur ? Si c'est pas le même type ?
-Pourquoi une erreur ? Du moment qu'on te convoque.
Ces gens-là sont sérieux.
-Monsieur Belin !
-C'est moi.
-Votre convocation ? -Je l'ai là.
-M. le juge Danguillaume vous attend. Entrez.
Musique intrigante
-Inutile de vous rappeler l'importance de votre témoignage.
Elle est capitale. De fortes présomptions pèsent
sur l'homme avec lequel nous vous confronterons :
un certain Lino Ferrari,
repris de justice et mauvais garçon notoire.
Huit inculpations, huit non-lieu. Rassurez-vous,
M. Belin, vous ne courez aucun danger.
Ne vous laissez pas intimider
et répondez, comme vous êtes décidé à le faire,
en votre âme et conscience.
Faites entrer.
-Bien, monsieur.
-M. Belin,
reconnaissez-vous l'assassin de la rue de Clichy ?
Musique intrigante
Vous avez affirmé dans votre déposition
pouvoir reconnaître sans hésiter l'agresseur de Luigi Pozzo.
Est-ce lui ?
Alors ?
Est-ce lui ?
-Attendu qu'aucune circonstance atténuante
n'a pu être retenue en sa faveur,
l'inculpé est condamné à 20 ans d'emprisonnement.
Quelque chose à dire ?
-Oui.
On se retrouvera,
tous les deux. T'as ma parole.
-20 ans grâce à nous. C'est formidable.
J'ai une table chez Krafft. On bouffe au champagne !
-Bravo pour votre témoignage.
Vas-y. Prends-en une là.
Voilà, parfait. Là, maintenant.
Attends. C'est la gloire ! Les admiratrices…
Vous étiez au témoignage ? -Oui.
-Formidable. -Il a été merveilleux.
-Je vais lui faire un bon article.
Allez, vas-y.
-Alors, Simon, tu viens ? On sort par le fond.
-Mon petit !
Le voilà.
-En retard, comme toujours ! -Bah, le costume…
-"Le costume…" -CÇa a été ?
Musique douce
-Merci.
Quel ingrat ! Trois colonnes dans l'édition du soir.
-Dont deux sur Lino Ferrari.
J'aurais préféré quatre lignes. Quatre petites lignes.
Seulement sur Lorenzaccio.
-C'est votre voiture ? -Eh oui.
Enfin, un jour sur trois. Au garage le reste du temps.
Je vous raccompagne ? -J'habite loin.
-Ça ira, si ça descend. Ça dépend d'elle.
Où va-t-on ? -Rue de l'Étoile, hôtel Bijou.
Bianchi a des prix.
-Sûrement aussi au Select, rue Caulaincourt.
Mais je me plains pas, j'ai une baignoire.
Avec l'eau chaude, ça serait une salle de bains !
-Vous avez grisé Bianchi. Ça n'a pas l'air réciproque.
-Il ne dirige ni le théâtre Antoine ni L'Atelier.
Tant qu'il promènera sa ménagerie en province…
-Merci pour la ménagerie ! -J'en fais partie, vous savez.
J'en suis même l'élément vedette !
Non, c'est pas possible.
La seule chose possible, c'est qu'on ralentisse.
-À votre 1re interprétation de Lorenzo, j'ai failli pleurer.
-Moi aussi. Jouer du Musset dans des conditions pareilles…
Musique douce
-Merci de m'avoir raccompagnée.
Je suis sûre que vous aurez un rôle à Paris.
La ménagerie vous regrettera. -Je suis pas encore parti.
Ça dépend de mille choses ou de deux fois rien.
-Comment ça, "deux fois rien" ?
-Bah, par exemple…
vous et moi.
Ça vous amuse ?
Ça vous amuse ?
C'est pourtant très sérieux.
Vous ne me comprenez pas ?
-Oh, si.
J'ai même compris tout de suite.
Vous avez demandé à m'accompagner, et je savais où nous allions.
C'est l'avantage de vivre à l'hôtel.
Vous me plaisez, Simon.
Vous me plaisez même.… -Trop.
C'est ça que vous allez me dire.
Vous avez peur de vous attacher,
de faire une bêtise, de gâcher une belle amitié.
Vous avez envie de me dire bonsoir.
Bah, bonsoir, Jeanne !
-Vous avez mauvais caractère.
-Quand une femme parle d'amitié…
Musique douce
Musique gaie
"Lisieux, Rouen, Le Havre…" Qu'est-ce que c'est ?
-Bah, l'itinéraire.
-Bianchi nous balade en Normandie hors saison !
Quand il y a personne ! Oh, j'en ai marre !
-Pestéguy te propose un rôle. Va le voir !
-C'est de la quasi-figuration.
J'aurais 3 mots à dire.
-Tu les diras si bien que dans la prochaine pièce…
-J'en dirai quatre !
-Il faut tenter le coup. Il faut lui présenter quelque chose.
Tiens. Histoires de cœur. La scène de la rencontre.
Je t'ai coché les répliques.
Musique douce
-Bon, allons-y.
-Comment ça commence ?
-"Prenez un peu de gâteau.
"Vous y trouverez peut-être des morceaux…”
-Ah, oui. -Vas-y.
-Prenez donc un morceau de gâteau….
-"Un peu de gâteau".
-"Un peu" ? -Oui. Vas-y.
-Prenez donc un peu de gâteau.
Vous y trouverez peut-être des morceaux de bougies.
C'est un gâteau d'anniversaire. Je viens d'avoir 18 ans ce matin.
-C'était pas la peine de mettre des bougies. Ça crève les yeux.
Les vôtres sont jolis.
Bleus, verts…
Avec dedans comme.… des petites gouttes d'eau.
-Il y a des jours où ils sont bleus. Ce doit être
une question d'éclairage.
-Mais c'est pas ça du tout.
Tu n'as pas l'air d'y croire. Mais tu y crois !
C'est une vraie gourde ! Une amoureuse. Reprends.
Allez.
-Il y a des jours où ils sont bleus.
Ce doit être une question d'éclairage.
-J'aime bien les yeux qui changent.
-Je vous promets d'en changer
tous les jours !
-Ah, ouais…
Les répliques, tu les envoies rudement mal.
Tu dois dire ça en riant. lls s'aiment, mais ils sont gais.
C'est pas incompatible.
-Ce texte est littéraire, impossible à dire.
-Tout est possible à dire !
Shakespeare, Eugène Sue, la Bible…
Et même Le Chasseur français.
Tout ce qui est écrit est fait pour être joué.
Apportes-y du style quand l'auteur en manque.
Et ça arrive souvent.
-Bon. Tu veux que je reprenne ?
-Non, c'est pas la peine.
De toute façon, Pestéguy ne m'écoutera pas.
Mais j'irai quand même le voir.
J'aime encore mieux être…
le dernier à Paris que le premier à Rouen.
À moins que… -Ah, non. Non, surtout pas.
Je suis très heureuse avec toi, mon chéri, mais…
je serais très malheureuse si tu restais
à cause de ça.
Il ne faut pas me faire plaisir, Simon.
Parle à Bianchi.
Et va voir Pestéguy dès demain matin.
Quelque chose t'ennuie ?
-C'est Bianchi. J'aimerais mieux que…
Non, mais ça fait rien !
-Tu préférerais que je lui parle.
*-Continuez à déjeuner tranquillement
*dans votre salle à manger des galeries Barbès
*et écoutez un peu de musique.
-Chocolat, crêpe et croissants.
*Musique jazz
-Tu te rends compte ? Monsieur entre au Daunou.
Comme quoi ? Comme balayeur ?
Il sera encore Lorenzo ce soir à Lisieux,
mais demain, à Rouen, 120000 habitants,
tu reprendras le rôle.
Remarque, j'en ai jamais douté.
-Moi non plus, mon cher directeur.
-Je t'écrirai à Rouen.
Si tout va bien, tu me rejoindras.
-Bien sûr.
-Et si tout va mal…
-Rendez-vous en Normandie.
-Tu vas me manquer, Jeanne.
Beaucoup.
-Allez, mes enfants.
Il est 9h, et on a 200 bornes à se taper.
-On va pas se les taper à jeun.
-Depuis qu'elle est mère, elle mange pour deux.
*Musique douce
*---
-Dédé….
Tu vérifieras les costumes.
Raccourcis les manches, élargis les fendards.
Alexandre rejouera Lorenzo demain.
-Pauvre vieux. -Il est ravi.
-Non, je parlais de Lorenzo.
-Je sais bien qu'Alexandre est mauvais. Mais il reste.
Même quand on emmerdait tout le monde. C'est ça, la fidélité.
*-Écoutez Europe Flash, présentée par Jacques Deray.
*-Beaucoup de nouvelles.
*La plus importante nous vient de la police.
*Lino Ferrari, condamné à 20 ans de prison pour meurtre,
*s'est évadé cette nuit de la prison de Melun.
*Selon l'enquête préliminaire, le bandit aurait bénéficié
*de complicités extérieures.
*Des barrages ont été établis
*dans les départements de la Seine, de la Seine-et-Oise
*et de la Seine-et-Marne.
*On pense que Ferrari n'échappera pas longtemps aux recherches.
*Le commissaire s'est montré ce matin catégorique.
*Voici le signalement de Lino Ferrari : 1,75 m,
“trapu, cheveux bruns,
*nez busqué et légère déviation de la cloison gauche.
*-Après ce fait divers…
-Bah, quoi ? Pourquoi vous me regardez comme ça ?
Qu'est-ce qu'il y a ?
Il s'est évadé. Il sera repris, c'est tout !
Ils ont la trouille !
-Alors, là, je t'admire.
Je suis un homme, j'ai fait la guerre,
les corps francs, deux fois cité,
mais à ta place, je les aurais à zéro.
-J'avoue que moi-même… -Te vante pas.
-Il ne doit penser qu'à se cacher.
-Fais-en autant.
-Il ira pas loin, la radio l'a dit. Vous l'avez entendu !
Tu l'as entendu toi-même. Le commissaire a été catégorique.
-Les enfants, il est temps de partir.
-Qu'est-ce que je vous dois ? -Je m'en occupe.
Combien ça fait ? La table, là-bas…
-Qu'est-ce qu'on attend ?
Lino Ferrari ?
-Ah, tu manques pas de cran. C'est moi qui te le dis.
Musique gaie
-Et où je me mets, moi ? C'est ma valise qui va conduire ?
-Tu vas toujours à Paris demain ? -Je sais pas, je vais voir.
-Ils l'arrêteront sûrement.
-Seulement, l'arrêteront-ils avant…
ou après ?
-Allez, en route !
-M. Belin. M. Simon Belin !
-Voilà, c'est moi.
-Téléphone, de Paris.
-C'est sûrement Pestéguy.
-M. Bérimont !
-Tu es toujours là ! -Toujours.
Du courrier pour moi ? -Non.
*-M. Simon Belin ? -Qui est à l'appareil ?
-C'est moi.
T'as plus que 3 jours à vivre, Simon.
J'aurais pu venir et puis te descendre.
“Je veux que t'aies le temps d'y penser.
*Allô ? Allô ? Tu m'écoutes, oui ?
-Oui.
-Je veux que t'en baves, comme moi pendant 6 mois.
Tu vas voir, petit fumier, ce que c'est long, 3 jours.
-C'était pas Pestéguy ?
-Non.
-C'était….
-Oui. Il a essayé de me foutre la trouille.
Et il a réussi, le salaud.
-Viens, tu as besoin de te reposer.
On lève dans 2 heures.
-Tu préfères ne pas jouer ? Je préviens Bianchi.
-Autant être en scène que de me ronger dans ma loge.
Je peux pas faire ça à Alfred. Il a écrit cette pièce pour moi.
Sur mesure !
"J'ai voulu être grand, je me suis réveillé de mes rêves."
Ce petit salopard de Lorenzo.
"Petit fumier", comme dirait l'autre.
C'est exactement ce qu'il me faut.
-Jeanne et Simon, vous êtes là.
-Isabelle ! Thérèse !
Tiens, c'est pas à moi.
-Votre esprit se torture.
-J'en conviens, oui.
J'étais une machine à meurtre.
Mais à un meurtre seulement.
-Pourquoi voudriez-vous mourir ?
-Je ne puis que vous répéter mes propres paroles…
Philippe.
J'ai été honnête.
-Qu'est-ce qui se passe ?
-Il y a eu le coup de téléphone. -Hein ?
-Il tiendra jamais.
-Hier, un grand gaillard à jambes nues
m'a suivi au bord de l'eau sans pouvoir se déterminer à m'assommer.
Euh….
Sans… Sans pouvoir se déterminer à m'assommer.
Sans pouvoir se déterminer à m'assommer !
-C'était peut-être
un père de famille qui mourait de faim.
-Oh, Lorenzo ! Ton cœur est très malade.
Tu attribues à la lâcheté du peuple le respect pour les malheureux.
-Attribuez cela à ce que vous voudrez.
Je vais faire un tour au Rialto.
-Alors, quoi ? Tu es malade ?
-Malade de peur.
-Je t'en prie ! -Fallait le dire.
-Va donc en scène ! C'est à toi, crétin !
-Seigneur, vous êtes duc de Florence.
Avant de recevoir de mes mains
la couronne que le pape et César m'ont chargé de vous confier,
ils m'ont ordonné de vous faire jurer quatre choses.
-Lesquelles, cardinal ?
-Faire la justice sans restriction.
Ne jamais rien tenter…
contre l'autorité de Charles Quint.
Venger la mort d'Alexandre.
Bien traiter le signor Jules et la signora Julia,
ses enfants naturels.
-Comment faut-il que je prononce ce serment, cardinal ?
-Sur l'Évangile.
-Je le jure. À Dieu et à vous, cardinal.
À présent, donnez-moi la main.
-Je te remercie pour le coup de la porte !
Tu n'es même pas venu saluer !
J'espère que le directeur va prendre des sanctions.
En 30 ans, j'en ai vu, mais le coup de la porte…
Musique intrigante
-Une fine.
-Vous êtes un acteur du théâtre ? -Ouais.
Pour trois jours encore.
Même chose.
Même chose…
La même chose…
Que m'avait fait cet homme ?
Si j'étais resté tranquille au fond de mes solitudes,
il ne serait pas venu me chercher.
Et moi, je suis venu le chercher à Florence.
Florence !
Florence…
Rentrez chez vous. Quittez Florence.
Je vous réponds de tout, si vous quittez Florence.
-Je me demandais où tu étais.
-C'est vous, Florence ?
Vous devriez l'emmener, parce que je vais fermer.
-Viens. Viens, mon chéri, viens.
-La poésie est la plus douce des souffrances.
-1500 francs à payer.
-Je plains les peuples malheureux,
mais je crois qu'ils font les grands artistes.
Les champs de bataille font germer les moissons,
et les terres corrompues engendrent le blé céleste.
-Mais oui. Viens, mon chéri.
-Toi aussi, tu t'en vas. 100 francs.
-Tiens, bois ça.
Tu te rends malade
à cause d'une crapule.
-Une crapule ?
La seule crapule, c'est moi.
Oui, c'est moi.
Quand j'ai rencontré Ferrari chez le juge,
je ne l'avais jamais vu.
Tu entends ? Jamais vu !
Rassure-toi, je suis complètement dessoûlé.
-Tu veux dire…
que c'est pas Ferrari ?
-Non. Ce n'est pas lui qui a tué le type de Clichy.
J'ai dénoncé un innocent.
Un innocent qui valait plus cher que moi.
Je lui ai fait coller 20 ans de prison.
Pour ne pas revenir en arrière, pour entretenir ma petite publicité.
Pour les journaux : "Simon Belin, jeune talent !"
Je lui aurais fait couper la tête pour voir la mienne en 1re page.
Ma gueule de faux témoin. Celle qui t'a plu !
-Oh, Simon. Mais c'est pas vrai, tu…
-Si !
Qu'espères-tu ? Que je continue à mentir ?
J'en ai pas assez donné, du courageux Simon ?
Vous êtes insatiables ! C'est de votre faute !
-À moi ? -De toi et des autres !
De Bianchi ! De Dédé ! De Thérèse !
Même ce con d'Alexandre !
J'ai pas osé faire machine arrière.
Le mythe du héros était en marche.
La mécanique était remontée.
La gloire et l'amour, comme tu disais.
Pour un type sensible comme moi, tu n'imagines pas.
Le type a triché, maintenant, il va mourir.
Voilà.. C'est aussi bête que ça.
-Mon pauvre Simon.
Il faut que tu partes.
-J'y ai pensé.
Je pourrais vous suivre au Havre, puis m'embarquer pour ailleurs.
On pourrait partir tous les deux.
-Mais oui.
Si tu prévenais la police ?
-Faux témoignage, outrage. J'aurais bonne mine.
-Demande qu'on te protège, sans en dire plus.
-Me protéger comme témoin ?
-Pourquoi pas ?
-Tu me demandes de continuer
mes petites saloperies.
-Pourquoi pas ?
Musique douce
-Je comprends très bien, je compatis.
Mais ça regarde la Sûreté nationale.
Je peux juste demander des instructions à Paris.
Sans doute, enverront-ils un inspecteur pour demain matin.
Peut-être est-il déjà à Rouen à mon insu.
-Je peux être assassiné d'une minute à l'autre !
-Ça.…
-Il y a 6 mois, la police m'avait promis aide et protection
parce qu'elle avait besoin…
-Vous n'avez fait que votre devoir.
-Ah, c'est vrai ! Pardon.
Excusez-moi de vous avoir dérangé.
Musique intrigante
-On t'a appelé de Paris. -Pestéguy ?
-Non, Ferrari.
Il est calme, sans colère. Cet homme-là te tuera.
Dès que tu seras au Havre, prends ton billet.
Enfin, nos billets.
-Je n'ai que le prix du mien.
Tu peux pas taper Bianchi de 50000 francs ?
Si je reste… [l me doit bien cette avance,
quand même !
-Non, mais je vais voir.
-Je vais faire un tour. Je te rejoins après.
-Oui.
-Tu veux bien prendre ça ? -Oui. À tout à l'heure.
Musique à suspense
-On demande Mille Jeanne Fortin au téléphone.
-C'est pour toi.
-Excusez-moi. Merci.
*Allô ? -C'est toi ?
*-Oui, Simon. Qu'est-ce qu'il y a ?
-Je suis suivi. *-Par Ferrari ?
-Sûrement un de ses types.
*-1! est armé ? -J'en sais rien. Il en a la gueule.
-Alors, reste où tu es. *-Je vais pas rester au téléphone !
-Sors. Il ne t'abattra pas dans la rue.
-Bien sûr ! Mais s'il tire, ce sera pas sur toi.
"Sors." Tu risques rien, toi ! *-Simon…
-Peut-être que ça t'arrangerait,
que ça vous ferait tous une bonne publicité !
*Bande de salauds !
-Simon ! *"Simon !" "Simon !"
Il peut crever, tout le monde s'en fout !
-Qu'est-ce que je vous sers ? -Rien.
-Le téléphone, c'est 70 francs.
-Voilà. Merci. -Merci.
-Inspecteur Ceccaldi, de la brigade mobile.
-Vous venez de Paris ? -Oui. Asseyons-nous.
Qu'est-ce que vous prenez ? -La même chose que vous.
-Deux Cinzano. -Bien, monsieur.
-Vous avez l'air bien énervé. -Ça vous étonne ?
J'ai Ferrari à mes trousses. -C'est lui qui nous a aux siennes.
-Franchement, jusqu'à présent…
-Patience. La police est une affaire de patience.
-La mort aussi.
-Nous avons su que Ferrari s'était procuré un faux passeport
et un billet d'avion pour Caracas. L'avion part après-demain.
Nous serons à l'aérodrome.
D'ici là, le commissaire pense que Ferrari pourrait tenter de vous joindre.
C'est pour ça
que je suis ici.
-Bah, il m'a joint. Par téléphone.
-D'où venait l'appel ? -De Paris.
-Comment a-t-il su ?
-Probablement par l'agence de spectacle.
Que comptez-vous faire ? -Attendre.
Tenir la planque.
Quoique si l'autre flaire le coup, il ne tentera rien.
-Il va tenter
quelque chose ?
-C'est une chance à courir.
-Vous appelez ça une chance ?
Eh ben ! -Nous chassons le tigre, monsieur.
Pour ça, on attache une chèvre à un piquet et on prend l'affüt.
-Et vous me confiez le rôle de la chèvre. Merci.
-Ne vous faites pas de bile.
C'est de la théorie.
Ferrari ne bougera pas, et nous le cueillerons à l'aérodrome.
En attendant,
on va aller déjeuner.
-Le classique déjeuner de chasse, inspecteur.
-Ceccaldi Lucien.
Appelez-moi "Lucien". Je vous appellerai "Simon".
-Vous pouvez même m'appeler "Biquette".
Il appelle ça la chasse au tigre. Un littéraire.
Qu'est-ce que t'as ?
-Rien.
Tes mots au téléphone, tu aurais dû t'abstenir.
-Tu sais, ce qu'on dit dans ces cas-là…
J'avais peur d'y passer.
-Des dernières paroles bien fignolées, comme hier soir.
-Hier soir, j'étais soûl.
-Quand t'es pas soûl, t'as peur. Et vice-versa.
À chaque fois, tu me réserves tes amabilités.
J'ai beau ne pas être très susceptible…
Tu as eu tort de croire que j'étais une sainte.
-Je croyais au miracle. J'étais soûl, rappelle-toi !
-Tu m'as dit aussi que t'en avais marre.
La lassitude doit être une maladie contagieuse.
Je t'ai longtemps admiré, Simon.
À la ville comme à la scène.
Je t'admire encore, mais seulement sur la scène.
Il faut te laisser ce que tu as.
Ton métier.
Tu le fais très bien.
C'est le seul amour dont tu es capable.
C'est la seule occasion où tu donnes de toi quelque chose de bon.
J'allais dire "de noble".
Ah…
C'est commode, le talent.
Mais ça n'excuse ni les lâchetés ni la muflerie.
En scène, tu bats le rappel. Talent, talent, talent…
Et le talent arrive comme un chien à qui on dit "susucre".
Dieu sait si jJ'ai marché.
Tu m'as un peu tout fait, un peu tout dit.
J'ai tout encaissé parce que…
tu avais de temps en temps un mot d'amour,
un regard gentil, un geste tendre.
La tactique du susucre.
Aucun reproche, j Ï us. e n'en demandais pas plus
Être malheureuse avec toi, soit, mais à condition d'y mettre les formes.
-Tu fais les bagages ?
-Oui, nous ne jouerons pas ce soir. Un désaccord au sujet des lumières.
Nous filons sur Le Havre demain matin, très tôt.
-À propos de Bianchi et du Havre…
Euh… -50000 francs.
Pas un sou de plus, pas un sou de moins.
Il m'a joué le drame du pélican en entier.
Tiens. -Merci.
-Si Ferrari part pour Caracas, plus besoin de prendre le bateau.
-Je préfère quand même retenir nos places.
-"Nos places".
-Qu'ai-je dit, encore ?
-Non, rien de mal. Au contraire, tu y remets les formes, c'est gentil.
-Tu m'en veux, hein ?
Je te demande pardon.
Cet imbécile de flic m'a fait peur, mais pas comme tu crois.
Mourir, si j'étais seul, ça me serait égal.
Seulement, j'ai pensé que j'allais peut-être être tué…
sans te revoir. -Oh, Simon…
-J'aurais voulu être dans tes bras.
Il aurait pu tirer, ça m'est égal, si j'avais été dans tes bras.
C'est étrange à dire. -Et à entendre.
Mais continue.
Mon pauvre Simon. -C'est vrai.
Sans toi, je suis un pauvre Simon.
Un pauvre Simon perdu.
J'ai tellement besoin que tu me donnes la main.
Je voudrais que tu me réchauffes.
J'ai tellement besoin de te faire du mal.
Tu veux bien que je t'embrasse ?
Qu'est-ce que t'as ?
-Rien.
Embrasse-moi.
Musique gaie
-Quand je lui ai dit qu'on partait, il est devenu vert.
Il a voulu me retenir de force.
L a eu le culot de me faire une relance.
-Non ! -Un chèque de 100000 balles.
Devine. -Jeté à la figure ?
-Exact. Ça n'a rien d'étonnant, Darkine nous avait précédés.
Avec celui-là, pas la peine de se gêner.
-Darkine… Il y avait longtemps. -Attends.
Paraît que c'est bien,
Les Mystères de Chicago.
-Mon cher Dédé, tous les goûts sont dans la nature.
Le fait que je reconstitue le palais des Médicis
ne vous empêche pas de préférer Al Capone.
Si vous préférez les waters à mes salons, libre à vous.
Vous pouvez travailler chez Darkine.
Question de mentalité.
-Je ne fais que lever et baisser le rideau.
-Très juste.
Après moi, on baisse le rideau. Après Darkine, on tire la chaîne.
-Je vais plutôt voyager avec vous.
-Et Jeanne ?
-On passe la prendre à l'hôtel.
-Salut, pépère. -Oh, ça va !
-Allez, au revoir, bonhomme. Allez, en route.
Musique gaie
Musique intrigante
-Au revoir, monsieur.
-Bonjour, monsieur.
-Bonjour, monsieur. -Bonjour.
-Dis, tout est loué au 4e ? -Oui, tout est loué.
-Il ne nous reste plus d'appartement. Juste deux chambres
sans salle d'eau. -Vous dites ça maintenant ?
Quand on n'a pas d'appartement, on prévient.
-Habituellement, les clients préviennent.
Vous ne deviez arriver que demain soir.
-Je suis actrice, mon ami, pas fonctionnaire.
Belina, ça ne vous dit rien ?
-Si, bien sûr. -C'est moi.
Je suis avec M. Davros. Davros, les mitrailleuses.
-La sidérurgie, mon amie !
-Très honoré. Nous avons bien la suite royale.
-Parfait. Nous restons 48 heures, autant être à son aise.
Montez nos bagages. -On vous accompagne.
-Merci.
-La suite royale.
-Par ici. L'appartement est au 1er étage.
-Monsieur ? -Une chambre, s'il vous plaît.
-Ce sera sans salle d'eau. -Ça m'est égal.
-Jusqu'à quand ? -Demain soir. Montez ma valise.
-Très bien, monsieur. -Merci.
-Un aller simple, cabine 2e classe,
Le Havre-New York.
-Départ à quelle heure ? -Demain, à 8 h.
-L'avion pour Caracas, à midi. On aura déjà épinglé Ferrari.
-C'est surtout si vous l'épinglez pas.
-Elle sait que vous partez sans elle ?
-Qui ?
-Vous trouvez ça élégant ?
-Dans votre métier, vous avez déjà dû voir un homme de mon âge…
étendu sur un trottoir, du plomb dans le ventre ?
-Oui, oui…
-C'était élégant ?
-Tenez, voilà votre bateau.
Au théâtre.
-J'ai repris le théâtre il y a 10 ans. Dans un état !
C'est bien que vous soyez en avance.
J'ai de petits ennuis de lumière. -Allons bon !
Vos casseroles chôment depuis Les Mystères de Chicago ?
-Le truc de Darkine ? Ça, jamais ! J'ai refusé de le programmer.
Ce Darkine est un métèque, un voyou. Un rabouin, mon cher.
Un vrai rabouin. -Pardon.
Simon Belin, un élève à moi.
Simon, M. le directeur. -Enchanté, monsieur.
-Je lui ai tout appris. La respiration, la diction.
Un produit Bianchi 100 %.
-Je suis embêté par cette histoire de lumière.
-Avec un homme comme vous, aucun problème.
Tout ça, c'est des bricoles. -Bricoles, vous dites ?
-Vous disiez
que Darkine était une fripouille ?
-Programme. Programme. Demandez le programme.
Programme. Demandez le programme.
Merci, monsieur.
Demandez le programme.
-J'espère que ça va être sensationnel.
-Mon cher docteur, Lorenzaccio, un classique.
-Ah, bravo ! C'est ce qu'il nous faut.
-Vous avez emmené la famille !
-C'est un spectacle aussi pour les enfants.
-Au cinéma, c'est crimes et femmes nues.
-Musset, c'est quand même autre chose.
-Par ici, le vestiaire.
Par ici, le vestiaire.
-Je peux pas jouer sans mon bouc. Vous l'avez pas vu ?
Thérèse ?
T'as vu mon bouc ? -Non. Boutonne-moi.
-J'ai pas le temps.
-Allez, grouille-toi. On lève dans 5 minutes.
-Vous lèverez sans moi ? -Pourquoi ?
-Je démissionne.
-On lève dans 5 minutes quand même.
-C'est l'heure. -Mounet-Sully pique sa crise.
-Quel emmerdeur !
Tu fais des caprices ?
-On m'avait promis Lorenzo.
On tient pas ses promesses, je démissionne.
-Tu te payes ma tête ? Tu me dois 200000 francs.
Les avances, mon petit père, ça se rembourse !
Envoie-moi un mandat. -Mon cher directeur…
-Pas de ça ! Tu joues ou pas ? -Je joue.
-En soutane, vite ! On lève ! -Oui, M. le directeur.
-Qu'est-ce que vous foutez ? Ça commence !
-2 minutes.
-Psst !
-On lève dans 2 minutes.
Vous voulez bien me boutonner ? -Avec plaisir.
-Vous êtes détective ? -Eh oui.
-Vous en avez pas l'air. -Merci.
-Il y a pas de quoi. -Oh, si.
-Allez, grouille.
On lève dans 2 minutes.
-Et après,
on lèvre l'ancre.
Si ça se trouve, on reviendra
par le prochain bateau.
L'inspecteur pense que Ferrari se fera pincer demain à Orly.
-C'est possible.
-Je ne peux pas me fier à des possibilités.
Pas de coup de téléphone, c'est déjà ça.
Plus que quelques heures, et après, je n'aurai plus peur.
Ce que ça va sembler bon.
-Simon, ça va être à toi. -J'arrive.
La représentation d'adieu. -Oui.
-Ce départ t'ennuie ?
-Je tâcherai de m'y faire.
-T'aurais préféré
que je parte seul ? -Va, Simon.
-Allume, tu te verras mieux. -Merci.
T'es populaire, dans le coin.
Un admirateur m'a demandé si tu jouais ce soir.
-Qui ça ? -Un ami de 20 ans, qu'il a dit.
-Où l'as-tu rencontré ? -Ici, à l'hôtel.
-Nom de Dieu… -Mais qu'est-ce que t'as ?
-Simon, c'est pour ce soir ?
-C'est pour ce soir, oui.
Dédé ! Dédé !
Dis que je suis malade. Dis-leur
ce que tu veux !
Ferrari est ici. Il est ici !
Au Havre. Au théâtre, peut-être ! Mais où il est, ce con de flic ?
-Que se passe-t-il ? -Il est ici.
-Il va me tuer. Vous entendez ?
Me tuer ! Mais faites quelque chose !
Vous êtes ici pour ça, non ? -Je le sais.
-Gueule pas. On t'entend de la salle !
-Ferrari est ici. -Bah, parfait !
Il vient lui-même se prendre au piège.
C'est le boulot de monsieur. Toi, viens.
-Alors, faites surveiller l'entrée. Je vous en supplie !
-C'est un professionnel, fais-lui confiance.
Mais viens, on te réclame. IIs vont casser les fauteuils.
-Où était-il ? -Belina l'a vu.
-Allez, allez !
-Dépêchez-vous. -Non, non, non.
Il avait été convenu que Belin jouerait jusqu'à Rouen.
Et qu'ensuite, il me restituerait mon rôle !
Je viens d'apprendre que non.
-Tu es parfait en cardinal !
-Oui, évidemment, je le sais.
Mais quand même !
Une promesse, on la tient !
-Baisse ta jupe ! Rideau !
-Tous les républicains entêtés qui complotent contre moi,
c'est par Lorenzo que je le sais.
Regardez-moi ce petit corps maigre, ces yeux plombés,
ce visage morne qui sourit
quelquefois, mais qui n'a pas la force de rire.
C'est là un homme à craindre ? Vous vous moquez de lui.
Eh ! Renzo, viens donc ici.
-Bonjour, messieurs les amis
de mon cousin.
-Sire Maurice t'appelle un homme dangereux.
Le cardinal aussi.
-Pour qui dangereux,
Éminence ?
-Les chiens de cour peuvent être pris de la rage
comme les autres chiens !
-Une insulte de prêtre doit se faire en latin.
-Il s'en fait en toscan, auxquelles on peut répondre.
-Oh, sire Maurice,
je ne vous voyais pas.
Mais vous avez un bon visage, et votre habit
me paraît tout neuf.
-Comme votre esprit.
-Quand vous aurez assez de quelques conquêtes de faubourgs,
envoyez-la donc chez sire Maurice.
-Moi, je prendrais une épée.
-On vous a dit que j'étais un soldat ? Erreur.
-Votre esprit est tranchant comme une lame.
C'est une arme trop vile. Chacun fait usage des siennes.
-Allons, Renzo, je veux te servir de témoin.
Qu'on lui donne une épée.
-Monseigneur, que dites-vous ? -Tu trembles, cousin ?
-Son Altesse se rit de moi.
-Rideau ! Rideau !
Videz la salle, bon Dieu !
-T'as entendu ? -L'inspecteur l'a sûrement eu.
-Qu'est-ce qui t'a pris, Simon ?
-Du calme ! Du calme ! Ne nous affolons pas.
Bravo ! Un scandale chez moi, dans mon théâtre !
-Un scandale est toujours bon. Mais il faut savoir en profiter.
-Allez, allez. Civière, s'il vous plaît, vite !
-Posez ça là. -Dégagez.
Musique à suspense
-Ne tirez pas.
-Pourquoi vous faites ça ?
-Le principal, c'est que je le fasse.
Admettons que ce soit pour vous sauver.
-Qui ? Moi ?
-Vous…
et lui.
-Ils sont pas là. -Sûrement au commissariat.
-Il va falloir y aller aussi.
-On alerte toutes les gendarmeries.
Je veux des barrages, surtout vers Paris.
On va s'occuper de la gare maritime.
-Entendu.
Où peut-on téléphoner, ici ? -Suivez-moi.
-Je veux voir votre troupe à mon bureau demain matin, à 9 h.
-Bien, M. le commissaire.
-Qu'est-ce que vous attendez pour appeler ? Hein ?
-Je n'ai pas envie de mourir.
-Vous lisez trop
les journaux : le meurtrier de Luigi Pozzo à Clichy ?
Ta petite ordure m'a accusé. Je n'avais tué personne !
Jamais !
-Et l'inspecteur, là ?
-Il a sorti son flingue. Pas eu le choix !
-Surveillez le couloir des loges.
Vous, la salle. -D'accord.
-Et toi, l'entrée des artistes. -Entendu.
-Toi, reste là. S'il se passe quelque chose, vous m'appelez.
-Oui, patron.
-On est bon pour draguer toute la nuit.
Musique angoissante
-Je ne veux pas que vous mouriez. Même de froid.
-Je ne vous imaginais pas gentleman.
-Arrêtez. Je marche pas aux boniments et aux sourires.
On va passer par la fenêtre.
-Où m'emmenez-vous ? -À votre hôtel. Il y est peut-être déjà.
Sinon, on l'attendra. Tous les deux.
-Et si je refusais ? -Vous refuserez pas.
Vous aussi, vous avez une idée dans la tête.
Et c'est peut-être pas tout à fait la même.
Musique intrigante
-Jeanne ! Jeanne !
Jeanne !
-Qu'est-ce qu'il vous prend ?
Marcel ! Raymond !
-Quoi ? -Un gars vient de me bousculer.
C'est un acteur. -Allez au bout du couloir.
-Jeanne ! Jeanne ! Elle est partie !
Elle est partie avec lui ! Vous comprenez ?
-Voyons, monsieur. Tenez-vous tranquille !
-Un mort, ça suffit comme ça !
-Je dois la retrouver ! -C'est le rôle de la police.
-La police n'a rien fait !
-Jusqu'ici, vous êtes encore vivant, vous !
-Vous allez attendre là bien sagement.
On vous tiendra au courant.
Musique jazzy
-Prenez la clé du 12.
Il n'est pas encore rentré.
J'ai pris cette chambre pour être sûr de pas le rater.
-Simon Belin et son amie sont rentrés ?
-Non, leur clé est au tableau. Je peux me renseigner.
-Non, on va monter voir.
-Il n'y a plus qu'à l'attendre.
-Vous serez plus avancé après l'avoir tué ?
-Sûrement pas. Mais je suis sorti de cabane pour ça.
-Pas pour ça ?
-Et l'avion pour Caracas ?
-Bougez pas.
-On va attendre
à la brasserie.
-Les émotions, ça creuse.
-Caracas, c'était pour rassurer mes amis.
C'est très régulier de m'en avoir parlé.
On peut faire une erreur, non ?
-Tuer Simon en sera une plus grave.
-Tout a commencé par une erreur et finira par une erreur.
C'est pas moi qui ai commencé.
C'est votre petit ami.
-Simon a cru à tort vous reconnaître. Après, il était trop tard.
-Jamais. Une tête comme la mienne, ça court pas les rues.
Et je sais qui a tué Pozzo.
-Et vous l'avez pas dénoncé ?
-Vous êtes marrante.
Si j'avais la mentalité de votre petit ami,
je passerais ma vie chez les flics.
Allez éteindre, là-bas.
Il y a longtemps que vous vivez avec ce type-là ?
-Environ 6 mois.
-Et.… vous l'aimez ?
-Je dors dans le même lit.
Il avait personne, moi non plus.
-J'avoue qu'il faut avoir personne pour s'envoyer un guignol pareil.
Mais de là à vouloir le garder… Enfin…
-Je le garderai pas, de toute façon.
-Et le bateau ? Vous le prenez pas avec lui ?
-Disons qu'il le prend sans moi. Si vous lui laissez prendre.
-lls vont pas rester là toute la nuit !
-Ils prennent leur temps. On pourrait prendre le nôtre.
Pourquoi souriez-vous ?
-Parce que vous allez vous faire… pour rien.
-Décidément, vous êtes d'un romantisme.
-Et ce que vous faites, là, c'est du romantisme ?
Vous savez que son bateau part à 8h.
Et vous voulez me faire louper le rendez-vous.
Je le sais depuis le début.
-Si on essayait d'oublier tout ça un moment ?
Les gens simples peuvent être d'un compliqué !
Je vous sauve la vie, vous m'emmenez ici
et vous vous mettez en colère parce que je me déshabille.
Vous compliquez tout.
-Ça, je sais pas. Mais tu perds
ton temps.
-Autant le perdre comme ça.
Sait-on jamais ! -Je suis pas le genre
à rater ses rendez-vous.
Musique intrigante
-Simon. Ouvre, c'est moi.
N'aie pas peur. N'aie plus peur.
J'ai tué Ferrari.
-J'essaierai que les conséquences de votre acte
soient le moins pénibles possible.
-Je vous remercie, M. le commissaire.
Je vous demande pardon. Mais je n'en peux plus.
Voilà 3 jours que Simon appelle au secours,
et personne n'a voulu l'entendre. Personne n'a compris.
-La police a fait ce qu'elle a pu.
-Moi aussi.
Mais vous ne le connaissiez pas. Et moi, je le connaissais si peu.
Je lui ai fait la pire chose qu'une femme puisse faire à un homme.
J'ai eu pitié de lui.
-Oui ?
-Mademoiselle…
-Vous permettez ?
-Jeanne…
On m'a dit qu'il avait été arrêté.
-Il est mort.
J'ai lu ta lettre.
Tu avais donc si peur de me perdre ?
-Non…
C'est même depuis 3 jours la seule chose dont j'ai pas eu peur.
Musique douce
Musique gaie
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