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Musique intrigante
...
- Euh...
...
En fait, je ne vis plus chez moi.
...
Parce que, mes parents, ils ont dit que,
vu que j'étais comme ça, bah, je pouvais pas vivre avec eux.
- Elle me dit : "Tu as changé ?"
Je lui ai dit : "Non, j'ai pas changé, maman."
Dans la voiture, elle m'a dit : "Si tu changes pas,
"je pourrai pas t'accepter. C'est pas mon fils, ça."
- Ma soeur a fait mon coming out. Le soir même, mon frère est monté
avec un marteau dans ma chambre pour me défoncer.
Ma soeur est partie montrer les photos et les vidéos
à toute ma famille.
- Bah, j'ai beaucoup appris à détester cette partie de moi,
à avoir beaucoup de haine envers cette partie de moi
qui ne rentrait pas forcément dans les cases.
- Je sentais que j'étais en danger, surtout par les menaces de mort.
J'étais parti voir mon assistante sociale.
Je lui ai expliqué la situation.
C'est à ce moment-là qu'elle a dit que c'était très grave
et que je devais à tout prix m'échapper de ma famille.
Chant cristallin
...
Il soupire.
...
... Pépiements
... ...
...
... Musique intrigante
... ...
... Brouhaha
... ...
... - Ah, c'est dégueulasse.
Il tousse. Je vais le laver. J'arrive.
- Tout le monde vient ! J'ai demandé mille fois !
Merci ! Karim, tu fais quoi là ?
- Je vide la cage. C'est qui, lui ?
- C'est une permanence
obligatoire de groupe. Tu comprends ?
- Oui, oui.
Lassana commence le Nigéria. - Je m'en tape, du Nigéria.
- Lassana,
je t'en supplie, commence.
- Commence, les amis.
Le Nigéria : pas homosexuels. - Excuse-moi.
- Problème !
- Même les trans, du coup ? - Oui, trans aussi.
- Barbara, arrête le piano ! - Le village...
- Excusez-moi. J'ai rendez-vous avec Noëlle.
- J'ai trouvé ! Peugeot 206, 36 000 km,
amortisseurs refaits à neuf hier. Elle soupire.
Déjà vendue... - Krystal, tu viens ?
Il a dit quoi, le médecin ? Les hormones, pas avec l'Oasis.
...
- Coucou !
- Le Nigéria, mon village,
homosexuels, "ilpoul". - Hein ?
- Encore son putain de village ?
- Karim ! - Il fait tous ses exposés dessus.
Pas une fois, il a changé. - Il perfectionne.
- Je sais, mais la perfection, c'est moi.
Elle rit. - Mon village, beaucoup !
Et maintenant, chapitre 2. On pousse un cri.
Brouhaha
...
- C'est quoi, ce bordel, là ?
Tout le monde à table. Pourquoi la table est pas faite ?
Faut que je fume. - Faut que j'y aille.
- Putain, j'avais zappé, lui. Alex, c'est ça ?
C'est toi, les heures de travaux d'intérêt machin ?
Je t'avais dit lundi. Je suis con. T'aurais dû venir mardi.
Allez, viens. Je vais jamais fumer cette clope.
Il arrive dans 10 minutes ! - Krystal, viens mettre la table.
- On fait un dîner de groupe une fois par semaine.
Les gens qui vont mal, il faut les occuper. Voilà.
On fait venir des intervenants avec des opportunités de boulot.
Là, c'est les bureaux, où tu vas bosser.
La déco, c'est que de la récup, des donations, beaucoup.
Par rapport aux murs vides, ça fait sympa.
Viens. Allez. J'ai besoin de tes infos.
- Je me demandais...
J'ai vu que vous aviez beaucoup de gens,
peut-être un peu trop, donc je me disais
que vous pourriez dire que vous avez pas besoin de moi.
- Mais j'ai besoin de toi.
J'ai toujours besoin de gens, ici.
- Noëlle ! Pardon. L'invité vient d'arriver.
(-Putain, je vais jamais la fumer, cette putain de clope.)
- Vous allez revenir ? - Viens.
Viens à table avec nous.
C'est sympa. - Non.
- Bonsoir ! Merci d'être là. C'est une super opportunité
pour les jeunes. Venez. Installez-vous.
Chahut - Chut. Y a Noëlle qui arrive.
... - Installez-vous.
On va démarrer.
- Y a les Arabes, y a les problèmes. - T'es espagnol, peut-être ?
- Tchécoslovaque. Je t'emmerde. - Bah, sors-moi ton arme.
Allez, dégage. Dégage. - Cette année,
nous avons reçu... Taisez-vous.
Sur la ligne d'urgence plus de 16 200 appels
et avons hébergé 34 jeunes en rupture familiale.
Nous venons en aide aux jeunes lesbiennes,
gays, bisexuels, transgenres...
- C'est moi !
- ...et intersexes. (-C'est pas les autistes, ici ?)
- Vous restez dîner. C'est plus efficace
qu'une présentation. Ca vous va ? Bon.
Elsa, Donovan,
Brian, Francis... - Oui ?
- C'est l'appel. Dis "présent".
- Karim. - Présent.
- Tu me ranges ce téléphone. Krystal, Barbara...
Ils vont se présenter pour dire où ils en sont
de leur insertion. Donovan ?
- J'ai 18 ans. Ca fait 4 mois que je suis là.
J'ai un CDI, quand même.
- "Quand même", il a dit. Zarma, il fait médecine.
- Moi, je suis pas sur le trottoir. - Regarde les gens dans les yeux.
- Je parle à l'inspecteur. - Chut, chut. Elsa ?
Elsa !
Elsa !
- Euh... Elsa. Ici depuis deux mois.
- Un peu plus fort, s'il te plaît. - Je suis là depuis deux mois,
en études. - Alors, moi, c'est Francis.
J'ai 20 ans. Je suis ici depuis deux mois
et je...
Du coup, je suis pas vraiment gay.
- Mais si, t'es gay !
- S'il est pas gay, moi, je suis une femme.
- Lassana. - L'accent de blédard !
- Arrête.
- J'ai 14 ans. Il éclate de rire.
- T'as pas 14 ans !
Il a pas 14 ans. - Lassana,
le monsieur est en costume, mais c'est pas un inspecteur,
et on n'a pas besoin d'être mineur pour avoir l'asile.
- Karim lui a dit ça.
- Karim. Dans la vie, je veux un mari riche et vieux.
- On a un invité ! - Peut-être, c'est lui, mon mari.
J'aime l'humour, l'amour.
- Et l'argent. - Barbara ?
- Bonsoir.
Avant ça, j'ai une annonce à faire. J'ai changé de prénom.
Je m'appelle Princesse. Acclamations
Oh, merci ! Vous êtes adorables. - On est fiers de toi.
- Princesse, c'est pas top pour l'accès à l'emploi.
- Princesse, 18 ans, en transition,
en CDD à Buffalo Grill.
Je débute le concours de gendarmerie la semaine prochaine.
- C'est bien, chérie ! Au nom de la loi, je vous arrête !
Brouhaha - Bonjour. Ho !
T'es qui, toi ?
- Oh, il est mignon, miskine ! - C'est qui ?
- Je sais pas. - On m'a envoyé ici.
- Ah... Elo ?
Pardon.
Krystal, enchaîne. Vas-y. Viens avec moi.
- Krystal, 21 ans, en transition
et en CDI à l'EHPAD.
- Il faut faire son EP. - Là, à cette heure-ci ?
- Ils me l'ont envoyé en urgence et j'ai l'invité à table.
- J'espère ne plus devoir me taper 3h de bus tous les jours
quand j'aurai trouvé une 206. - C'est une 206, alors ?
- C'est trop petit pour toi. - Achète un bus.
- Une pelleteuse ! - Elle va revenir ?
Brouhaha - Tu fais l'entretien rapide.
- GILLES, PRESENTATION ! GILLES, PRESENTATION !
- J'ai déjà une heure dans la vue. - S'il te plaît.
- OK.
- Gilles, bénévole. - Bah, viens avec moi.
- C'est pas parce que c'est Gilles qu'on fait le bordel !
- Bonjour. Arnaud.
Bénévole également.
- Très bien. On arrive à notre invité
qui va se présenter.
- Euh... Déjà, merci de me recevoir.
- Je vous en prie.
- Je vous trouve très chic. - Je suis Thibault Legnac.
Je suis cadre chez Cristaline.
On a un site d'embouteillement dans la région
et on a des postes à pourvoir en CDI.
Peut-être que ça peut intéresser certains d'entre vous.
- Bien évidemment.
- Vous... Vous avez des questions ?
- Vous avez des questions ?
- Noëlle, j'ai très faim. - Ecoute l'inspecteur, toi.
- Bon, je vais y aller. - Non, non, non.
Ils sont hauts en couleur, mais très motivés pour bosser.
Princesse a d'autres vêtements,
plus normaux, pour le boulot.
C'est juste que les trans, pendant leur transition,
mettent des choses extravagantes pour s'affirmer.
Je dis : "Tu veux t'affirmer
"comme femme ? T'habille pas en pute.
"Tu veux t'affirmer comme pute ?"
- Bon, alors...
Ici, nous, on héberge pour six mois maximum.
Avant, on reçoit les jeunes en entretien.
L'idée, c'est que tu montres que tu es super motivé
et que tu veux t'en sortir. Après, on regarde les dossiers.
En fonction des places disponibles, on te dira oui ou non.
En ce moment, y a aucune place, donc tu dois trouver une solution
de ton côté. Tu me donnes ton nom ?
- Euh... Melvin.
- Pardon. T'as quel âge, en fait ? - 16 ans.
- OK.
J'arrive.
On a prévenu la gendarmerie
et ils préviennent le bureau du procureur.
Faut pas que tu t'inquiètes. C'est la procédure normale.
On n'a pas le droit d'héberger un mineur sans les prévenir.
Il est trop tard pour que tu ailles ailleurs.
Tu vas passer la nuit ici. Je te mets une couette. Hop !
Demain matin, y a les services sociaux
qui vont venir te chercher pour la suite.
Soupirs
- C'est sympa de nous mettre dans le bain dès le premier soir.
T'es bénévole, toi aussi ? - Pas du tout.
- Et sans indiscrétion,
toi aussi, t'es LGBTQI ?
- Ouais, t'as raison, ouais. Un téléphone sonne.
- Bah, en tout cas, c'est une belle opportunité
de pouvoir aider. - Ah, bah c'est formidable.
- C'est marrant, parce que, avant ça,
je bossais avec les enfants atteints de surdité.
Ensuite, je suis passée aux anorexiques.
- OK. Tu sais, je vais pas rester.
Personne va décrocher le téléphone ?
- Là.
...
- Oui, allô ? *-Bonsoir. J'ai eu un mail au sujet
de l'hébergement d'un mineur, Melvin Chansard.
Il y a de place nulle part sur la région.
J'ai 20 dossiers sous les mains, une fratrie qu'on a dû séparer,
donc si vous avez l'agrément d'hébergement
pour le garder un peu plus, ça m'arrange.
- Pas de problème. *-Vous avez bien l'agrément
pour les mineurs ? - Bien sûr.
*-Je vous envoie l'attestation. Bonne soirée !
- Merci. Bonne soirée.
- C'était qui ? - Je sais pas trop.
- Alex ! Alex !
Alors, ça y est ? T'es de retour ?
- Non, je dépose des affaires. Tu fais quoi ?
- Et toi, tu fais quoi ? Ils t'ont mis quoi ?
- 60 jours. - Je t'avais dit depuis le début
de pas déconner avec tes trucs, usurpation d'identité
ou je sais pas quoi. Là, j'ai un truc.
Télévision polonaise, mais polonaise bien.
J'ai des téléphones prépayés.
Si tu veux, on se fait ça ensemble. On les vend, si t'es chaud.
On ouvre la porte.
*-Alors que la France se prépare à faire face à la tempête Luca,
dans ce quartier d'Auxerre entièrement bouclé par les pompiers,
cet homme nous emmène faire le tour de sa résidence.
*-Voilà les dégâts.
*Musique classique *-Merci de patienter.
Nous traitons votre demande.
- Je suis désolée, Melvin. Ils devraient être là.
- Elodie, tu peux m'aider ?
- Remplis tout ce que tu sais. Le reste, je le ferai.
- Le lien de parenté
avec l'entreprise ? - Je regarde après.
Remplis ce que tu sais. - Je comprends pas.
- C'est très facile. - J'ai cliqué.
- Tu te concentres 5 minutes ! - Oui !
- Je suis en train d'attendre qu'on me réponde !
*-Allô ? - Allô ? Oui, bonjour.
On m'a transférée vers vous par rapport à la garde d'un mineur
qu'on a eu cette nuit. Ils devaient le récupérer
aujourd'hui, mais y a personne.
Ouais. - Elo ? Elo ?
- Melvin... - Elo ? Elo ? Elo ?
- Chansard.
Oui, je patiente. Tu cliques sur "admission au lycée".
- Comme ça ?
(C'est quoi, ça ?)
- C'est une pub. - Mais c'est ça que je veux faire.
C'est l'agriculture. Je te jure que c'est ça.
Sur la tête de ma mère, c'est le dernier truc.
- Tu te moques de moi. - Je le ressens dans mon coeur.
- Tu te moques de moi ? C'est impossible !
C'est impossible ! - Mais pourquoi ?
- Putain, c'est pas possible ! Regarde. Regarde.
Ta tête a dépassé deux mois ici.
Au bout de six mois, tu es dehors, donc tu dois avoir avancé
sur ton projet pro. On peut pas repartir à zéro.
- C'est la ferme. C'est la dernière fois.
- Tu veux faire le lycée agricole ? Tu vas pas me dire
autre chose après. Le lycée agricole dans le but de ?
- Dans le but de... - Ton projet professionnel, c'est ?
- Euh... - Arrête.
*-Allô ? - Oui ?
Un mail ? Ben non.
On n'a pas l'agrément, nous.
- On t'a trouvé un logement jeune travailleur.
Dans "jeune travailleur", y a "travailleur".
Le 23, tu ne seras plus avec nous et il faudra payer le loyer,
alors ne m'abandonne pas. Tu ne quittes pas ce taf.
Un téléphone sonne. Allez. Ca suffit, les câlins.
Ecoute-moi. Tu as peur de partir de chez nous,
mais tu n'as pas le choix.
Tu vas partir, mais ça va bien se passer.
Elodie, je te rappelle.
Bonjour, monsieur. - Bonjour, madame.
Brian, on a discuté avec... - Noëlle.
- Noëlle. J'ai bien conscience
de la difficulté de ta situation.
Je vais te redonner une chance. Tu fais bien ton job.
J'ai rien à dire. Mais j'ai besoin de savoir.
- Il a envie de revenir.
- Noëlle, s'il vous plaît. Brian ?
- En fait...
Je sais pas ce qui m'a pris. J'adore ce travail.
- Ah... Voilà.
- Tout va bien aller. Merci.
Ca va aller, ouais. - Bon, merci. Allez.
- Je compte sur toi ? - Oui, c'est moi.
Putain, je me couvre trop et il pleut pas.
Du coup, avec le plastique, ça fait chaud.
Hein ? Bah... Le petit ?
Ils sont pas encore venus le chercher ?
Il a fait quoi ?
Pourquoi tu décroches le téléphone ?
Je comprends pas, là ! J'ai pas
l'agrément pour les mineurs.
Melvin, il a 16 ans.
Y a des foyers pour eux. Ils peuvent me fermer l'asso.
- Je fous la merde ? Alors, virez-moi.
- Tu me prends pour une bille ? Tu fous la merde, tu restes.
- Je peux faire la distribution, si tu veux.
- Alex va le faire. - Non, elle veut le faire.
- Je peux pas la payer en heures sup.
- Brian, on ferme. Arrêtez de nourrir le hamster.
Il va exploser, là.
Brian, Brian... - Brian, pas les câlins !
Musique douce
- Distribution de vêtements dans 5 minutes !
...
- C'est quoi, son problème, à lui ? - A Brian ?
Il s'est fait enfermer
dans un cagibi toute son adolescence,
alors il tombe amoureux
de tout ce qui lui donne un peu d'affection.
- Et tu vas les sauver ?
- Je sauve personne, moi. Je les réinsère pendant six mois.
Eux veulent oublier ce moment et ça me libère de la place.
S'il y en a un qui s'en sort, même un sur cent, j'ai gagné.
Allez !
Je file. J'ai ma vie, moi aussi.
Voilà. Ils ont l'habitude. Tu leur donnes.
... Elle ferme la porte à clé.
... Elle souffle.
...
- Ca va ?
C'est marrant, ici. Tu veux pas de fringues ?
Ils sont en train de tout prendre, donc c'est maintenant ou jamais.
Il rit doucement.
Ca va aller,
hein, mon gars. Tranquille.
T'aimes pas trop parler.
Non. Toi non plus, t'aimes pas trop parler.
C'est qui qui fait à manger, ici ?
- Chacun pour soi. Musique légère
...
- Ah, mon préféré !
...
Alors, M. Borenne ? Votre fils ne vient plus trop.
Il est passé où ? Elle rit.
Quoi ? - Tu crois que je te vois pas ?
Tu t'occupes plus de lui que des autres,
parce qu'il est proche de la fin. - Non, mais...
- T'as envie de piquer son oseille. - N'importe quoi !
T'as pété les plombs ! Y en a qui sont complètement tordus.
- Tordus ? - Toi, t'es la reine des... Pff !
Tu rentres avec moi ? On peut se faire déposer.
- J'ai pas terminé. Je prendrai le bus. T'inquiète.
- Du coup, il est passé où, votre fiston ?
Hein ? - Sais pas...
- Vous savez pas ?
Bon...
- Bonsoir, messieurs dames ! (-Arrête.)
Rires
- Pardon.
- C'est des exercices que je fais. C'est mon imam.
Ma mère, quand elle a appris que j'étais homo,
elle m'a dit qu'elle pleurerait toutes les larmes de son corps
jusqu'à la tombe. Elle m'a présenté à un imam
qui m'a donné des exercices à faire pour retrouver ma masculinité.
Ca va beaucoup mieux. Je ne suis plus totalement homo.
Je suis devenu bisexuel. Là, ma mère réaccepte
de me parler au téléphone. Ca va mieux avec elle.
Je pense que, en continuant à travailler,
je vais perdre toute la part homo. C'est bien, non ?
- Ouais.
- Et... Voilà.
Du coup, l'imam m'a donné plein d'exercices.
Par exemple, il m'a donné ce... Cet élastique.
Dès que j'ai une pensée homo dans la journée ou le soir
- je le quitte jamais - je dois le claquer comme ça.
A chaque fois, ça me remet dans le droit chemin.
Ca me fait penser que, ce que je pense,
c'est pas bon pour moi.
Sinon, il y a aussi... Chaque soir, il m'a dit
que je devais me mettre face au miroir
et dire : "Je suis un homme.
"Je suis un homme. Je suis un homme."
Tu veux essayer ?
- Ouais.
- Le mieux, c'est que tu enlèves ton T-shirt.
L'élastique claque.
...
Du coup, tu...
Tu te regardes et tu dis :
"Je suis un homme."
...
- Je suis un homme.
- Je suis un homme.
- Je suis un homme. - Je suis un homme.
- Je suis un homme. - Je suis un homme.
- Je suis un homme.
- T'as vu ? C'est bien. C'est pas dur.
On continue.
- JE SUIS UN HOMME. JE SUIS UN HOMME.
JE SUIS UN HOMME.
JE SUIS UN HOMME.
JE SUIS UN HOMME.
JE SUIS UN HOMME.
- Je suis un homme. ...
Je suis un homme. ...
Je suis un homme.
(-Je suis un homme.)
Même si tu as, à un moment, du désir pour moi,
ça aide l'exercice. Faut continuer.
Continue. Je suis un homme.
- Je suis un homme. - Je suis un homme.
- Je suis un homme. - Je suis un homme.
- JE SUIS UN HOMME.
- Je suis un homme.
Je suis un homme. Je suis un homme.
Je suis un homme. Je suis un homme.
Je suis un homme. Je suis un homme.
Je suis un homme. Je suis un homme.
Je suis un homme !
Sanglots Je suis un homme.
... Je suis un homme.
- C'est bon.
- Je suis un homme.
- Je suis un homme ! - Je suis un homme !
Je suis un homme ! Je suis un homme !
- Je suis un homme ! - Je suis un homme !
Je suis un homme ! Je suis un homme !
Je suis un homme ! Je suis un homme !
Je suis un homme.
Musique dramatique Melvin sanglote.
... ...
- Alors, on a tous les éléments. On va délibérer ensemble
et je reviendrai vers Elsa. Par contre,
sachez qu'on a beaucoup de demandes de dotation...
- Bien sûr, mais c'est pour ça qu'on sollicite la mission locale.
On l'accompagne pour sa réinsertion. On fonctionne à l'urgence.
On ne peut l'accueillir que six mois.
Elle veut faire des études. - Elle a besoin d'une bourse
pour aller au bout de ses études. - Exactement.
- Elsa, si tu n'as plus rien à ajouter,
je pense qu'on a terminé.
(-Dis quelque chose.)
T'as rien à dire ? Hein ?
- Je peux le mettre sur le...
- Alors, ma chérie, je t'ai jamais rien demandé
sur ta vie d'avant, et je sais que c'est chiant
de devoir faire pitié, mais il faut leur parler.
T'as pris des coups.
T'as pris des coups ? (Si t'as pris des coups
(ou subi quelque chose, il faut leur dire.
(C'est important. Là, j'ai un mauvais feeling.
(Faut le dire.
(C'est important. Allez.)
C'est maintenant. Il faut le dire.
Dis-leur. Ca peut t'aider. Tu comprends ?
Air doux à la guitare
...
- T'écoutes quoi comme genre de musique ?
...
Je... Je m'appelle Elsa, au fait.
Moi, j'écoute un peu de tout :
du punk californien, du ska,
du reggae, de la...
- Je suis prof au collège aussi, de chant et de théâtre.
J'ai un bon contact avec les jeunes. Du coup, je suis un peu le psy, ici.
J'aurais l'âge d'être ton père.
J'ai pas d'enfants, mais je sais m'en occuper.
- Ca t'inspire quoi, sa pâte à modeler ?
- Je gère. T'inquiète. C'est normal de ressentir
de l'homophobie vis-à-vis de toi-même, au début.
C'est normal ! Tous les jeunes. Même moi.
Moi aussi, je me suis détesté, mais il faut pas.
Faut être fier de qui tu es. - C'est toi,
le pédé ! C'est toi ! C'est pas moi !
- Ho ! Ho ! Ho ! - Sale pédé ! C'est toi !
- Ho ! Ho ! - Sale pédé !
- Allez, ça suffit ! Hein ?
Tant que tu es ici, tu vas te tenir à carreau !
OK ? Regarde-moi.
Regarde-moi. Si tu déconnes
et qu'il t'arrive des trucs, je vais en taule,
car t'es pas censé être là ! Tu comprends ? T'es dans la merde.
Ta vie a changé. Il va falloir vite l'intégrer.
Tu vas bientôt être placé
dans un endroit où il y aura beaucoup moins de pâte à modeler.
Musique douce
... Melvin sanglote.
...
- Au moins, y a de quoi faire de pâtes.
...
- Ah, évidemment. Typique.
C'est toujours la même chose. Lassana dans toute sa splendeur.
Il se sert avant tout le monde. Moi, je finis de bosser à 20h.
Lui, soi-disant il travaille pas, car il a pas ses papiers.
Comme c'est pratique !
Il est là-bas depuis 17h à prendre notre bouffe.
Il s'empiffre. Moi, je me retrouve avec des pommes.
Les blacks aiment pas les pommes.
Moi, j'ai pas besoin d'aide. Pourquoi ? Je suis un gars à part.
Je prends pas les dons. Tout ce qui est vêtements,
tout ça... Je suis pas un SDF.
Si j'ai besoin d'un truc, je travaille et je l'achète.
Ils connaissent pas le goût de l'effort, eux.
Dis-toi un truc : je suis que de passage, ici.
Je suis pas comme eux. Je vais pas
m'éterniser comme ça.
Y a quelqu'un qui va me rapporter beaucoup d'argent, ici.
Incessamment sous peu. Pourquoi tu rigoles ?
- Tu veux plumer un vieux de l'EHPAD.
- N'importe quoi ! Tu vois comment ils sont
avec moi ?
- Ca va. Je vais bien.
- Comme tout le monde, ici.
Voix éraillée - "Comme tout le monde."
Ils rient.
- Alex, pourquoi t'es venu t'occuper des gens comme nous ?
Voix éraillée - "Pourquoi ?"
- T'en as quoi à foutre, des pédés ?
- Il est homo. - Ah non.
- Ah, bah dommage. - Pourquoi un hétéro s'occuperait
de nous ? - On n'est pas obligés
de rester entre homos. Ce serait triste.
- Si, c'est comme ça.
Tu t'occupes des tiens.
- A la SPA, c'est pas les chiens qui s'occupent des chiens.
- Et puis, Elodie, elle est pas lesbienne.
Noëlle aussi, elle est pas lesbienne.
- Mais Gilles, si. - Il est lesbienne ?
- Homo. - C'est le président des gays.
- Il est gay comme un foc.
- Moi, ma soeur m'a viré de chez moi,
parce que j'étais gay. - Ah, il recommence.
- J'ai été séquestré dans une baignoire.
C'est pas marrant.
Elle pensait que les gays existaient que depuis 10 ans,
que j'étais une anomalie. Après, elle est conne de base.
- Gay ou pas, t'es une anomalie.
- Vas-y, toi. - Quoi ?
- Mange tes pâtes. - Mange tes Babybel.
- Y a des Babybel ? - Ouais. T'en veux ?
- Ouais. - Allez, attrape, Jolly Jumper !
Musique douce
...
- Bonsoir.
Il s'est passé quelque chose de spécial,
ce soir ? - On a mangé des pâtes.
...
- C'était bien, ce soir.
- Bonne nuit !
- C'est rare
de faire des repas comme ça, tous ensemble.
Avant, je venais d'une famille nombreuse, moi.
- Quand il angoisse, il dort dans le placard.
Ca le calme. - C'est Brian. Faut pas chercher.
Il est maboule. - Les pâtes sont bonnes.
- Melvin... Non. Le spectacle de fin d'année, Gilles.
- Oui ? Ah oui.
J'avais pensé que ce serait bien d'aborder quelque chose
qui les conforte dans leur sexualité.
Par exemple, une histoire d'amour.
- "Roméo et Juliette" ?
- Bah... Non.
- Alors...
J'ai trois entretiens avec des jeunes.
Ca en fera 12 sur liste d'attente.
Ca commence à être difficile de choisir.
- C'est quoi, tout ça ? - C'est ce que tu vas déballer.
Un vieil homo de la région vient de mourir.
Il a tout légué, apparemment. Je dis pas non.
Tiens, déballe tout ça. Ho ! Tu me prends
ces cartons, là.
Mets-les avec l'autre. J'ai oublié son prénom.
- Est-ce qu'on a bien fait de forcer avec Brian ?
S'il aime pas travailler chez Leclerc,
peut-être qu'il peut essayer
Buffalo Grill.
- On a bien fait. - OK.
Francis, j'arrive plus à suivre du tout.
Il change de projet professionnel trois fois par jour.
Je sais pas s'il faut
continuer à l'encourager ou lui dire stop.
- Tu dis stop. Eh merde...
- Karim. On a une piste pour un travail
d'homme de ménage dans un collège. C'est bien.
Melvin, dans trois semaines,
il voit la juge pour son placement. Ca nous fera une chambre de libre.
Pour Elsa, on a eu la réponse : y a pas de bourse.
Ca va être difficile de continuer ses études.
On doit lui trouver un travail.
Buffalo Grill, ça peut être bien.
(-Encore ?) - Ca peut lui plaire.
Ah, et très important : les radiateurs.
On fait quoi ? On crève de froid toute la journée.
Moi, je pense qu'il y a un problème d'isolation,
mais avec ce genre de truc, ça peut être pas mal.
Moi, j'ai ça chez moi. - Ca tire pas trop
en conso ? - Non. Y a les bains d'huile.
Ca, ça fait grille-pain. - C'est joli. Ils sont pas mal.
- Vous allez parler radiateurs, là ? C'est ça ? Hein ?
Donc, Melvin, en fait, vous le virez.
Elsa, chez Buffalo Grill. C'est des numéros pour vous ?
- Non, c'est la loi, en fait.
- Ah bon ? - Ouais.
Placer un mineur, c'est la loi.
Ici, on respecte la loi. Tu as un petit problème avec ça.
- J'ai pas de problème avec la loi, mais avec toi.
J'aime pas vos méthodes, là.
- T'as qu'à monter ton asso. - Oui, t'as qu'à monter ton asso.
Dans trois semaines, Melvin et Elsa ne seront plus ici.
Les autres auront aussi besoin
de nous. Moi, je serai encore là
et j'aurai toujours froid aux pieds,
donc, excuse-moi, je veux des radiateurs.
- On n'est pas large. On a 25 euros, cette semaine.
Alex, viens.
Tiens. Tends les bras.
- Des invendus.
- Tout périme aujourd'hui. La date de péremption,
c'est aujourd'hui, donc, le mercredi, c'est surimi,
le fameux jambon de la mer.
Il y a des yaourts aussi, beaucoup de yaourts.
Tout ce que les gens veulent pas, on prend.
Je les lâche pas.
Même Elsa, je vais pas la lâcher.
Je veux qu'elle les réussisse, ses études.
Même après six mois, je la garde. Seulement, je lui dis pas.
Les gens qui vont mal, il faut les occuper.
T'as des enfants ?
Non ? Alors, va en faire.
Ici, c'est pas tes enfants.
T'attache pas, car ils partent. Ce jour-là, ils ne veulent plus
entendre parler de toi, de rien. - Je m'attache à rien.
- Bon, alors, vous avez trouvé votre bonheur ?
- C'est quoi, le mieux ? - Bah, le bleu.
Myrtille. C'est naturel. - C'est meilleur.
Dedans, y a des bouts, en plus. - Bien sûr.
Une porte claque.
...
Chant cristallin
...
- Roméo et...
Julien !
...
Bah oui.
- Toujours des trucs de pédé.
- Alex, t'en dis quoi ? (-C'est bon.)
- C'est Alex et moi qui sommes en charge. OK ?
Alors, l'idée, c'est que les gens qui vont venir vous voir
ne vous connaissent pas et qu'ils vont payer leur place.
D'accord ? Le but, c'est d'augmenter
la visibilité de l'association, de lutter contre l'homophobie,
de sensibiliser, mais, surtout,
c'est votre spectacle, votre spectacle de fin d'année.
Il y en a qui ont déjà fait une prestation ?
- Oui, mais pas le même genre.
- Roh, Karim... - Gilles, Gilles,
on peut faire un sketch ou une choré d'Aya Nakamura ?
J'ai une grande faculté
à retenir les chorés. - Je peux chanter.
Karim éclate de rire. Brouhaha
- S'il vous plaît... S'il vous plaît...
Chut. Ho, s'il vous plaît !
S'il vous plaît ! A un moment, deux secondes !
Si la proposition "Roméo et Julien"
ne vous convient pas, on fait votre idée.
- Les sketchs. - D'accord.
- Ou la choré. - Très bien. Qui d'autre ?
Melvin ?
- Laisse le petit. Il a pas envie de venir.
- Laisse-moi faire. Ca va être super.
Melvin, fais-moi confiance.
Allez, vas-y. Viens, mon gars.
Vous allez voir. On va faire un truc super sympa.
Ca s'appelle le théâtre.
Alors, on imagine que, ici, c'est la scène.
Vous, vous êtes le public.
Karim, tu reviens avec nous, s'il te plaît ?
Dès que Melvin entre en scène,
on applaudit tous comme des dingues pendant 30 secondes.
Melvin, t'as rien à faire. Tu te fais applaudir.
Attention... Et Melvin entre en scène !
Acclamations
...
... Musique lumineuse
... ...
- Alex, tu sais, il y a ma date d'audience
qui est le 13. - Ouais. Et alors ?
- Ben, ça veut dire que je vais partir, non ?
- Tu vas partir où ? - Je sais pas.
Une nouvelle famille ou un foyer.
Je sais pas. - Non. Tu es bien, ici.
- Noëlle a dit que j'allais devoir partir.
- Elle dit ça pour te faire croire. C'est sa technique.
Mais non. Si tu es bien ici, elle va te placer ici.
...
- Pour le spectacle, j'aimerais bien faire
"Tous les cris les SOS" de Balavoine.
- Ah ouais ? - C'est mélancolique.
...
C'est qui ? C'est un mec que tu kiffes ?
- Non.
...
- J'adore ses cheveux. Ca t'irait super bien.
...
Tu la trouves comment, toi, Elodie ?
Moi... Je sais pas si tu as un avis, vu que tu préfères les garçons.
Moi, je la trouve mignonne. J'aime bien ses hanches.
C'est sexy, les hanches. J'aime les sourcils aussi.
Fais voir tes sourcils ?
... Ils rient.
C'est trop bien !
... Tu aimes bien ?
C'est quoi, ton genre de mec ?
- Euh... Je sais pas.
...
Alex m'a dit que j'allais peut-être pouvoir rester ici.
Il rit. Ouais. Je vais rester, je pense.
...
En vrai,
je crois que j'aime bien les mecs avec des épaules larges.
...
En fait, j'aime bien les mecs, quoi.
... Ils rient.
Ouais.
J'aime bien les mecs. ...
...
Accords de guitare
...
- Ouais. Un peu, hein ?
*-Moi aussi. - Cool.
*-Ouais, ben je crois que je suis devant.
- Ah, d'accord. Je viens te chercher.
Hello ! - Salut.
En fait, c'est ici que tu bosses ? - Je t'expliquerai.
- C'est spécial, la déco, ici.
Gémissement
Couinement Ils halètent.
... ...
- Sinon, je me demandais...
T'as un appart ? - Hein ?
- Je me demandais si tu avais un chez-toi.
... ...
(Attends.)
Excuse-moi. - T'es sérieux, là ?
- Ouh là là... - T'es qui, toi ?
- Je... Je suis rien. Je repasserai. D'accord ?
- Attends, attends, attends. Ah, tu t'en vas ?
C'était cool. - Connard !
- Je voulais pas déranger.
Je... Je suis désolé. Il souffle.
- Non, t'inquiète. Elle me kiffait pas.
Vas-y, viens. - Je peux rentrer ?
Je ferme la porte ? - Ouais, ouais.
Il soupire.
- J'avais déjà entendu parler de l'association
et j'osais pas trop entrer.
C'est sympa.
- Ca faisait longtemps que tu traînais devant ?
- Non. Six jours.
Lundi, j'ai eu... J'ai eu 18 ans.
C'était mon anniversaire et... Mes parents, ils attendaient...
Ils attendaient pour me mettre à la rue.
Dans ma famille, ça se fait pas trop, les...
Les gens comme moi, les...
- T'as faim ?
- J'aime pas déranger.
Musique douce
...
- Ah, putain...
...
... - 1, 2, 3, 4...
... ...5, 6, 7, 8.
...
- Suis la choré, mon amour.
- Ah !
- Bah quoi ? On est en couple.
- Surtout, ça peut toujours changer, vu que je suis bi et pas gay.
- Alex, viens danser !
- Allez, Alex ! - Allez, Alex !
...
Beau gosse, Carole, venez danser. Je veux personne sur le côté.
- Lassana ? Lassana...
Tu voulais chanter pour le spectacle.
La chanson pour le spectacle. J'ai pensé à quelque chose.
Tu écoutes et tu me dis. D'accord ?
*"Emmenez-moi", Charles Aznavour
*...
*-Vers les docks Où le poids et l'ennui
Me courbent le dos
*...
Ils arrivent Le ventre alourdi de fruits
Les bateaux
- Tu aimes ? You like ?
Musique saisissante - Reste allongé.
Allonge-toi !
...
Pourquoi il est allumé, le contact ? Non ! Mais non...
Le chauffage, c'est pas gratuit. C'est de l'essence, mec.
Allez, viens.
...
Dépêche, dépêche.
...
- Mais toi, tu vas dormir où, du coup ?
- T'inquiète. Tu mets ton réveil, hein ?
S'ils te trouvent là, ils me butent.
Allez, bonne nuit.
...
- Six mois.
Un CDI, un appart... Tout le package !
Tu es content ? - Ouais.
- Bah oui, tu es content.
- Tu m'oublieras pas, hein ?
Tu promets ?
Gilles rit doucement.
- Je crois que je suis tombé amoureux de toi, en fait.
- Dis pas de bêtises. Tu pourrais être mon fils.
Tu pourrais. J'y ai pensé pour la suite.
Je pourrais déposer un dossier.
Peut-être que, avec toi, ça marcherait, ce coup-ci.
- On a une chambre qui se libère, mais il y a énormément d'attente.
On reçoit les jeunes en entretien avant de donner une réponse.
- OK. - OK ?
- Mais j'ai tellement besoin de cette place.
- Je sais, mais on est obligés de faire comme ça.
Je vais te faire passer un entretien.
Tu me donnes ton nom ?
- Mona Bérard. - Tu peux me l'épeler ?
- M-O-N-A
B-E-R-A-R-D.
- Très bien. Raconte-moi un peu. - A la maison,
ils lavent mes vêtements à part.
Ils disent que, sinon, je pourrais les contaminer.
- Et...
Et c'est plus vivable, en fait. Ils ont changé les clés,
un soir. J'ai pas pu rentrer
pendant deux jours. J'ai dû demander à mon frère.
Enfin, que des galères comme ça. Que ça et...
- Je te mets sur la liste d'attente
et, toi, tiens bon.
Si ça tourne mal, il y a une ligne d'urgence
ou il y a la police.
- On peut te faire venir des meubles de l'asso.
Ca peut être sympa.
Sinon, tu mets la déco que tu kiffes.
- C'est bien, le quartier, non ?
C'est tout vert. - C'est vert.
Et voilà, mon grand !
L'indépendance.
- Ah ouais...
C'est clair, dis donc. - Ouais, c'est clair.
- Trois ouvertures. C'est bien.
- C'est spécial, ça. - Ouh là...
- Tu peux le peindre,
donner un coup de peinture, un coup de blanc.
- Un coup de peinture. - Et tu as vu ? Il y a des...
Tu peux ranger tes affaires, remarque.
- Tu le couches. Tu fais un bar ou une table basse.
- Ah, il est bien, le petit bleu.
On est bien, là-dessus.
Très bien.
- Tu vas être bien, ici. - Eh ben, voilà !
Tiens. Carton.
Les clés. C'est important.
- Déjà ? On y va ?
- Allez. - Bon, alors...
- Gilles ? - Ils peuvent plus m'empêcher
de te gâter. Tiens. Tu l'ouvriras après.
- Bon !
- Allez.
(A bientôt, hein ?)
On s'appelle.
- "Emménez-moi" - Oui.
Essaye "emmenez-moi", pas "emménez-moi".
- Au pays - Bisous. A demain.
- Des merveilles - Bisous. A demain.
C'est bien, mon grand.
Bon, eh ben... Bonsoir !
- Gilles ? - Hmm ?
- Brian... - Hmm ?
- Dans son dossier des services sociaux,
y a quatre familles d'accueil. Les quatre l'ont rendu.
Il t'aime pas toi, Brian. Il est détruit.
Y en aura d'autres comme lui.
Alors, les histoires d'adoption, de cadeaux, de câlins...
Je te connais assez pour savoir que tu ferais rien à un jeune,
sinon, tu serais déjà plus là,
mais si tu as besoin d'affection,
c'est pas ici.
Ca s'arrête net ou tu pars.
Choeur éthéré
- Joyeux Noël, M. Borenne !
Comment on peut vous laisser tout seul
le jour de Noël ? Allez, je vous fais tourner.
... Il rit.
... ...
Voilà. A plat. On n'est pas bien, là ?
- Ouais. - Et alors,
votre fiston revient bientôt dans le paysage ?
- Oh, s'il peut pas payer, je paierai pour lui.
Je vendrai la maison, et puis... le vélo.
- C'est pas la peine, le vélo. La maison est où ?
- En province. - Elle est grande ?
- Oui, elle est grande. - Et il y a plusieurs maisons ?
...
- Attends. Hop là !
Je voulais qu'on en prenne un véritable,
mais au moins, comme ça, celui-là, on peut le garder.
On le range et, l'année prochaine, on se le ressort.
Oh ! - Désolé.
Alex a fermé derrière moi, la nuit dernière, et...
- Oui, pour cette nuit.
En hébergement d'urgence, y a pas ?
OK. Merci. Merci.
Je comprends pas. Tu as déjà fait le coup pour Melvin.
Tu as cru qu'on était où ? Au camping ?
- Non, je sais. Je suis désolé.
C'est pour ça que j'allais vous en parler.
Je sais aussi qu'on n'a pas de place.
- Du coup, tu t'es dit : "Allez, on invite tout le monde."
- Brian a quitté l'asso. - Et alors ?
- La solution est toute trouvée. - Mais non !
Y a des dizaines de jeunes sur ma liste d'attente.
Pour qui tu te prends, à jouer les sauveurs ?
Tu crois que tu as plus de mérite ? - Ils sont à la rue,
les jeunes que tu as vus ? - Non.
- Bon, alors, on le prend.
Musique douce - Douce nuit
Sainte nuit
Ca a l'air trop bon, mon amour.
- Ah, c'est toi, Antoine ? C'est celle-là, ta chambre.
Tu vas dormir avec Lassana et Princesse.
Et... Voilà. - Attends. Tu vas trop vite.
- Moi, je suis dans la chambre juste en face, avec Elsa.
Si tu veux venir nous voir, le soir, on est là.
On va tous bouffer ensemble. - C'est six mois. C'est ça ?
- C'est autant que tu veux. - C'est six mois.
...
- Tu es avec tes colocs pour Noël ?
- Non, j'ai déménagé. J'ai mon appartement à moi.
- Bah, c'est super !
...
- Bonnes fêtes.
...
- Karim, il a l'air cher, ton nouveau style.
- On se demande d'où vient l'argent. - Mes économies : livret A, livret B.
- Chacun ici fait un plat à Noël. - J'ai fait ça.
Des "onion rize", comme à "Top chef".
- Onion rings. - C'est ce que j'ai dit.
- In English. - Je l'ai dit.
- Pas en libanais.
- "Onion rize".
- Hé,
c'est le 1er soir d'Antoine. On lui fait un bon accueil ?
- SALUT, ANTOINE !
- Et ton projet de réinsertion ? - Ton futur métier.
- Ah. Euh... notaire.
- Nanterre ? - Je suis né à Nanterre.
Je te jure. Sur la vie de ma mère.
- C'est ceux qui te foutent dehors
quand tu payes pas tes factures.
- Non. Ca, c'est...
- Ca, c'est huissier. - Ca sent le vécu.
- Du coup, toi, t'étais hyper riche.
- Mmh !
Mais riche, riche ! - Bébé, faut laver les cheveux.
- Hop là !
- OUAH ! - Et voilà.
Quelqu'un siffle. - Eh ben, mon gars !
- C'est quoi, ça ? Ca a l'air bon.
- C'est super bon. C'est du porc.
- C'est du quoi ? - Du porc.
- T'as fait du porc, là ? - Ouais.
- Mais il est con, lui ?
- Tu veux pas faire simple une seule fois dans ta vie ?
- Faites pas les choqués.
Si vous voulez pas manger, vous mangez autre chose.
On est en France. On mange du porc.
- C'est toi, le porc. - C'est super bon.
Il parle en arabe. - Je te déteste.
- Chéri, tu goûtes pas ?
- Je peux pas. Je suis musulman.
Rires Qu'est-ce qu'il y a ?
- Francis, c'est musulman ? - Je m'appelle pas Francis.
C'est un pseudo.
Je m'appelle Nabil. C'est comme Madonna.
Elle s'appelle Louise.
...
- Il veut pas voir ça, wallah.
...
- T'es arabe ? - Oui, mais moderne.
...
Quoi ?
- Le plus gros raciste et le plus gros
des Arabes.
- Bébé, qu'est-ce qu'il y a ? - Pourquoi tu me l'as pas dit ?
...
- Ca doit changer de tes Noëls de d'habitude.
- D'habitude, on va à la messe.
J'irai avec mes parents, le Noël prochain.
- Inch'Allah.
- Je t'aime bien, mais le fait que tu croies en Dieu comme ça,
franchement, ça te rend vraiment con.
Tu sais pourquoi ? C'est pas méchant,
mais Dieu a été créé par des patrons
pour asservir les travailleurs. C'est presque
comme de l'esclavage. - D'accord.
- N'importe quoi. - Tu savais pas, hein ?
- Moi, je crois en Dieu.
Je crois qu'il y a autre chose après ce monde. J'espère.
Sinon, c'est triste. - Je suis d'accord avec toi.
Je pars du principe que mieux vaut croire.
On verra là-haut directement ce qui se passera.
Ca sert à quoi de pas croire ?
- Pourquoi il t'a mise dans une galère, s'il existe ?
- Comment ça ? - T'es pas ce que tu voulais être.
- Moi, je veux être comme ça.
- Tu as un corps que tu voulais pas. Tous les jours, tu souffres,
tu prends des hormones, on t'insulte,
et t'es même pas ce que tu voulais être à la naissance.
Pourquoi tu y crois ? - Je pense qu'il m'a faite femme
comme ça, avec une bite, des hormones,
des opérations. - Des galères.
- Ouais, des galères,
mais, au final, du bonheur. On a des épreuves de vie
et je pense que, Dieu,
s'il m'a faite comme ça,
c'est parce que c'était la vie que je devais mener ici-bas.
Musique douce
- Pourquoi Dieu a fait que Karim soit une pute ?
- Ta gueule, connard ! - C'est vrai.
- La couscoussière dans ta gueule.
- La prostitution est une épreuve. C'est l'épreuve de Karim.
- Est-ce que j'ai été convoqué à cette discussion ?
... Rires
...
- Que tes parents viennent ou pas, ça change rien. T'inquiète.
C'est une première audience.
Tu fais connaissance avec la juge. Elle te demande d'où tu viens,
si tu as des parents, où tu veux aller.
Tu dis chez nous.
C'est simple, hein. D'accord ?
Tu vas rencontrer la juge.
Vous apprenez à faire connaissance, tous les deux.
Ca va bien se passer. Je te le promets.
- Alors, Melvin,
on est là pour faire connaissance.
D'accord ? Et t'expliquer les étapes.
Aujourd'hui, tes parents ne sont pas venus.
Si on doit les déclarer inaptes à exercer l'autorité parentale,
il va falloir qu'on trouve une solution pour t'accueillir.
Vous êtes l'association qui l'a accueilli jusqu'ici ?
- Voilà.
- Et ses parents ? - On n'a pas réussi à prendre contact
avec la famille. - Si j'ai bien compris,
il n'y a pas de famille éloignée, de grand-mère pour t'accueillir,
donc l'urgence, aujourd'hui, c'est la procédure de placement
auprès de l'aide sociale à l'enfance,
avec effet immédiat.
Vous n'avez pas ses affaires ? - Non.
- Je devais rester à l'asso. - Oui, en attendant.
- Non, non. Dans l'ordre des choses, Melvin,
je vais confirmer ton placement
auprès des services sociaux. En parallèle,
je vais demander une enquête sociale,
le temps pour tes parents...
- Ils reviendront pas, ses parents !
Pourquoi le placer, s'il finit à la rue à 18 ans ?
Madame, il est vraiment bien, chez nous !
Il est inséré. Il a des copains. - Ca suffit.
Moi, je suis là pour Melvin.
Je ne connais pas votre asso, qui est certainement très bien,
mais vous ne pouvez pas accueillir Melvin.
Je fais respecter la loi, n'est-ce pas ?
Je vous demande de sortir.
Sortez, s'il vous plaît. Jeune homme, vous sortez.
- Non. - Madame aussi.
Je vais m'entretenir avec lui.
- Mais non... C'est...
- Alors...
Bip Les portes s'ouvrent.
Les portes se ferment.
Bip Les portes s'ouvrent.
Fracas Hurlements
Réactions choquées
- Il a sauté !
...
Silence
...
- Antoine ?
Antoine !
Le but, aujourd'hui, c'est de fixer ton plan
de réinsertion, comme convenu, sur six mois.
- Première question qui me vient.
Alex m'avait parlé de finir mes études,
peu importe la durée.
Mais pour les objectifs,
j'ai déjà un plan, donc ça va aller.
Sur les 20 prochaines années.
Je suis prêt à l'adapter un peu, s'il faut.
- Il va falloir l'adapter beaucoup.
- Désolée, hein.
Ils ont mis une plombe à me servir.
Pourtant, j'ai pris tartare. Ca cuit pas.
- On va continuer demain. Tu veux bien ?
- D'accord. - Merci.
- Je vous annonce, au fait,
que notre chère bénévole, Carole,
a déserté.
Elle préfère s'orienter vers des associations
qui répondent plus immédiatement à son besoin de reconnaissance.
Elle m'a dit : "Donner et recevoir, ça me nourrit."
J'ai dit : "Les éclairs au café te nourrissent aussi, non ?"
Aller filer un repas chaud à un nourrisson du Rwanda,
c'est plus valorisant que
d'apprendre l'histoire-géo à une trans.
Claquement
- C'est de ma faute.
Je lui ai promis des trucs.
Tu m'avais dit de pas m'attacher.
- J'ai dit ça pour te protéger,
pour pas que tu te sentes responsable
si un truc arrive, parce que ça arrive.
Des qui marchent, hein.
Des suicides qui marchent pas, y en a tous les jours.
Tiens. Prends des frites. Fais-toi plaisir.
Bip de messagerie
C'est le patron de Brian.
Il a un truc de frigo. Je comprends rien.
Allez, tiens. Gère ça.
- J'ai... Il sanglote.
J'ai fini, moi.
...
- D'accord, mais gère ça avant et vide la chambre de Melvin,
pour que je file ses affaires à la famille.
Et puis, tu descendras ça en partant.
Les assiettes.
Et puis, Brian, s'il veut revenir encore
chez nous, c'est mort. D'accord ?
Il halète.
...
- Le vigile l'a trouvé.
Il s'était enfermé dans la chambre froide.
30 minutes de plus et c'était fini.
S'il veut se suicider, je peux pas gérer.
- Non, c'est pas un suicide.
C'est un placard. Ca le calme.
Il soupire.
...
- Y avait personne et j'ai eu peur.
Quand y a du silence, j'ai peur, comme au nouvel appart.
Avant, j'avais l'habitude, mais depuis que je vis
avec tout le monde, je ne veux plus le silence.
Je veux vivre avec vous.
Je veux revenir avec vous.
- Si tu perds ce taf, t'es dans la merde. OK ?
T'as compris ça ?
Là, si tu perds ton boulot,
t'es dans la merde. OK ? Tu vas finir comme un clochard.
Tu réfléchis un peu ?
Tu réfléchis un peu ou pas ?
Arrête d'être débile, de jouer le débile, putain !
Tu perds ton taf, tu te fous dans la merde.
T'as compris ça, bordel de merde ?
T'as pas cinq ans !
Réveille-toi, putain ! Si tu perds ce taf,
tu vas finir comme un clochard, tout seul comme une merde,
donc tu te réveilles ! Tu perds pas ce taf,
putain de ta race ! Est-ce que t'as compris ?
- Pour les chevaux.
Il faut que je garde ce taf pour les chevaux.
Il faut que je garde ce boulot pour aller au bout de mes objectifs.
Dans le plan avec Elodie, on les a écrits, les chevaux.
C'était l'objectif final.
Un jour... Un jour, j'aurai des chevaux.
Ca coûte cher, mais je vais avoir des chevaux.
Peut-être que j'en aurai.
Je vais réussir. Ouais.
La porte claque.
- En fait, soit je trouve une bagnole,
soit je change de job.
J'en ai ma claque de ces trajets en bus !
Aujourd'hui, on m'a craché dessus ! J'en ai marre.
Les gens, c'est des animaux. Je ne me plains jamais,
mais j'en peux plus. Tu comprends ?
J'en peux plus ! - Oui, maman. Je vais rentrer.
- Putain, mais... - C'est bon. Je vais rentrer.
- Mais...
Il fredonne.
...
De toute façon, j'en peux plus.
Je n'en peux plus !
*Télévision en fond
*...
Notes de piano - La la la
- La la la
... - La la la
- La la la
- La la la
- La la la
- Chtibadibadi ! - Chtibadibadi.
- Chtibadibadi ! - Chtibadibadi.
Elle souffle.
- Chtibadibadi ! - Chtibadibadi.
- Vous voulez parler de Melvin ?
Vous avez le droit d'avoir de la peine.
- Mais c'est qui, Melvin, en fait ?
- Pour les deux jeunes qui viennent d'arriver,
là, c'est le spectacle de fin d'année.
Le thème a été choisi par les jeunes de l'association.
Les répétitions sont un temps collectif, obligatoire.
- On avait dit en costume. Personne n'a joué le jeu.
Merci, le collectif. - Donc, le but,
c'est d'essayer un peu de s'extirper de son quotidien
et de s'amuser, quoi.
- Mais s'amuser de quoi ? Pardon,
mais il sert à rien, le spectacle.
Il sert à rien. - Il est éclaté.
- C'est un spectacle de handicapés. - Je comprends pas le thème.
- Vous l'avez choisi avec Gilles.
- Il a choisi tout seul, Gilles ! - Ca saoule.
- C'est pas vrai.
- C'est pas rémunéré. C'est inadmissible.
Le travail dissimulé, ça va aux prud'hommes.
- On doit rester longtemps ? - Stop, les activités à la con.
- Peut-être qu'il y en a qui sont contents.
- Non ! Ici, on a des vies compliquées.
On n'est pas au centre aéré. On a des vies compliquées.
- J'ai un vécu lourd.
- Mais arrête avec ton vécu. - J'ai été
séquestré dans une baignoire ! - Ca veut dire quoi ?
Ta famille se lavait pas, ces clodos ?
- Je me suis fait cracher dessus
dans le bus et tout le monde s'en fout.
- C'est pas un concours ! - Dans ses affaires, y avait ça.
Dans ses affaires, y avait ça.
C'est "L'arche de Noé".
C'est la seule affaire perso
qu'il a ramenée de chez lui.
Je pense que c'était un truc cher à ses yeux.
- Moi, il m'en a jamais parlé.
- Maintenant que tu dis ça, ça me dit un truc.
- Vous avez qu'à faire ça comme spectacle.
- Prems ! Je fais Noé !
- Moi, je veux bien faire un oiseau.
- Je peux faire un loup. - Mais wesh,
vous dites qu'on est des animaux ? Sans moi.
- Oui, en termes de message, c'est limite, limite.
- C'est une fiction. - Bon, salut !
C'était un plaisir. - Vraiment,
c'est le zoo, ici ?
- Je suis venu vous dire au revoir.
Je vous ai pas prévenus avant, parce que
j'avais des choses à faire, mais je vous quitte.
En fait, c'est...
C'est pas pour moi, ici. Du coup...
Du coup, c'est mieux que je parte.
Mais...
Faut pas être triste, hein.
Moi, je suis pas triste. Bien sûr, vous allez me manquer,
mais je suis pas triste, parce que,
en fait, je vais retrouver ma mère.
Du coup...
Du coup, je vais vous laisser et je vous...
Je vous remercie et...
Donovan,
merci
d'avoir été comme ça avec moi.
Et Princesse,
j'ai menti. T'as raison de croire en Dieu.
Dieu, il t'aime aussi
et...
Et voilà.
- Quoi ? Non, mais non !
Mais c'est pas vrai... Noëlle, c'est pas vrai, ça ?
Mais il va revenir dans six mois !
Il va revenir dans six mois. - Bon débarras,
de toute façon.
Ca suffit de chouiner, OK ? Sur lui, sur Melvin, sur tout.
OK, c'est triste, mais la vie continue.
Je vais pas rester un clodo toute ma vie.
- Faire le tapin, ça aide ?
- Ferme-la, toi ! - Noëlle, il continue.
- Va te faire foutre !
Ferme ta gueule ! - Toi, ferme-la.
- Connard de merde ! T'es une merde ! T'as une bouche comme ça !
- Je m'en fous.
- Va te faire foutre, grosse merde !
Si j'ai un couteau, je te plante.
- Ouais, c'est ça. Barre-toi.
- Karim, tu m'attends. C'est quoi, ça ?
C'est vrai, ce qu'il a dit ? Tu te moques de moi ?
Et notre projet ? Faire le ménage...
- Tu dis pas devant les autres. Tu le dis pas.
- C'est 1200 euros, un salaire, une sécurité sociale.
- 1200 euros, je les fais en un soir.
J'ai pas besoin de tout ça, moi. Je m'en fous, de tout ça !
- Ben oui, mais non. Je suis désolée. Non.
La prostitution, c'est pas marrant.
C'est pas cool. C'est pas OK.
Tu dois faire autre chose.
- Ca marche pas, votre truc.
T'entends ça ? Là, tout ça. Ca marche pas, votre truc.
Y a rien qui marche. Y a rien qui marche.
Moi, j'y arrive pas.
Elsa, miskina, elle finit au Buffalo Grill.
Brian, il a fini à Leclerc. Francis, il se barre.
Et Melvin, il est mort.
Il est mort ! Il est mort.
T'as compris ça ou pas ? Il est mort.
Y a plus de Melvin ! C'est fini !
Tu comprends ça ? Ca marche pas.
Moi, j'arrive pas ! Ca marche pas !
Air doux à la guitare
...
... *Télévision en fond
... *...
... Le vent souffle.
... ...
- Je suis désolé pour Francis.
- Je m'en fous de Francis.
Les gens vont et viennent. C'est comme ça.
Tout ce que j'aime, on me le prend, alors...
Je suis habitué. Tu vois ?
Je compte que sur moi-même.
Quand je vais toucher l'argent que j'ai prévu,
je vais le mettre sur un livret A. Personne me le prendra.
- Je suis pas sûr que ce soit intéressant.
Un livret A, ça rapporte plus rien.
Avant, une assurance-vie rapportait 3 % net,
mais ils ne garantissent même plus le capital.
A ta place, je le garderai en compte courant.
L'orage gronde.
...
C'est agréable de parler de trucs normaux.
...
La pluie tombe.
...
Ruissellement
...
- C'est mon dernier jour. - Hmm-hmm.
...
Personne m'écoute jamais.
...
J'avais dit qu'on le nourrissait trop.
...
Je l'ai dit.
...
- Et Noëlle, toujours rien ? - Non. Trois semaines,
pas de nouvelles. Compliqués à suivre, vous deux.
... La machine à café vrombit.
... ...
Faut la changer. Faut faire un devis.
C'est pas possible. C'est de l'eau sale qui coule.
... ...
- C'est quoi, sa galère ?
Elle a un truc, non ?
Noëlle. - Pff...
... ...
Ouais, c'est son fils.
Elle en parle jamais. Me dis pas que t'as pas froid.
Hein ? Hein, mes chauffages ?
... ...
Elle soupire.
Quand je suis arrivée ici, ils habitaient ensemble,
Noëlle et son fils. Et puis, ils ont eu des soucis.
Noëlle comprend pas qu'on se donne pas les moyens.
- Elle l'a mis dehors ? - Hmm.
- Hé !
J'ai une réponse sur la centrale. Ma 206 est disponible.
Elle est parfaite : essence, etc.
Après, elle est hyper loin, mais une occasion comme ça...
Tu m'autorises à y aller ? - Hmm-hmm.
Ruissellement
...
Elle soupire.
Bon, moi, je gère toute seule.
Toi, tu lances une idée, l'arche de Noé,
et puis, moi, je m'en charge, puisque, toi, tu pars.
Musique émouvante
Je suis une fonctionnaire, mais je le suis tous les jours.
...
- Vous avez terminé vos heures. Votre peine est levée.
On a fini de se voir, cher monsieur.
Jusqu'à la prochaine fois. Une idée de ce que vous voulez faire
de votre vie ? - Changer un peu de coin.
- Comme à chaque fois.
Et vous revenez. C'est écrit sur votre dossier.
Quatre incidents avec la justice. Vous payez, vous repartez
et vous revenez dans le coin à chaque fois.
Y a une raison à ça ?
...
Musique lumineuse Pluie battante
... ...
...
- Je pars pas, M. Borenne. Que vous ayez de l'argent ou pas...
...
...je partirai jamais.
...
Je pars pas, moi.
... ...
- Karim, c'est Elodie. Réponds-moi.
Tu peux encore revenir.
...
... Ruissellement
... ...
... Pluie battante
... ...
- Ils ont besoin de toi, ce soir.
...
Pour le spectacle.
On a besoin de toi, quoi.
...
Bah ouais. Pour faire la caisse.
...
Quoi ?
Si, faut faire la caisse.
On pensait aussi caler le salut final avec toi.
- Tu vas me faire ce coup-là, à moi ?
- Mais y a pas de coup.
...
Ils ont besoin de toi, vraiment.
...
- T'as pas de parents, toi. C'est ça ?
- Non. J'étais en foyer.
...
- C'est fini, moi.
Je sais plus faire.
Comme les parents des mômes ici, j'ai jamais su faire.
...
- Même un sur cent ?
...
Non ?
...
- Votre carte d'identité, s'il vous plaît.
Merci.
Clochette - Bonjour.
- Il faut 48 heures
pour la carte grise.
- C'est pas possible. - Je viens voir
vos voitures d'occasion.
- Sur le site de la préfecture, avec la procédure dématérialisée,
vous l'avez en 20 minutes.
- Ici, c'est 48 heures. - Vous avez 5 minutes ?
- Je dois repartir avec.
J'ai mis 2h40 de bus pour venir ici. Je vais pas me taper l'aller-retour.
C'est pas possible. Mais je...
Musique troublante
Elle soupire.
(Putain...)
...
Ah, mais non. C'est ma voiture.
...
Mais c'est...
Musique prenante
Excusez-moi ! - On est mieux au sec.
- Il est con ou quoi ? - Alors...
- Mais qu'est-ce que vous faites ? Vous venez de me la vendre.
- Vous vouliez pas attendre 48 heures.
- Je peux attendre. Je vais pas repartir sans.
- Faudrait savoir, Thomas. - L'embrayage a été changé ?
- Je sais pas à quoi vous jouez. Rendez-moi les clés
de ma voiture. - C'est un diesel ?
- Y a pas de diesel sur ce modèle.
Vous me l'avez vendue !
On a signé. Mais c'est...
...
- Dépêchez-vous ! C'est dans une heure.
...
- Prenez le bateau, là ! Le soleil !
...
Princesse, on comprend rien à ton costume.
Sirène ? Licorne ? - Je sais pas choisir.
- Allez, allez !
- On rentre pas tous dans deux voitures.
C'est sûr ! - Mais si.
- Viens voir les musiciens, voir les comédiens !
- Allez, allez, allez !
- Donovan ! Prépare-toi. On arrive.
- On rentre pas. C'est sûr. - On rentre.
...
Musique douce
...
- Excusez-moi. Il faut absolument que je descende.
...
Musique dramatique
...
Clochette
...
Hé !
Donnez-moi ma 206.
Vous allez appeler la personne
et lui dire que vous lui avez vendu ma voiture.
- Il dégage, le travelo ? - Ouais, mais avec ma voiture.
...
- Monsieur, puisque c'est ce que vous êtes,
je vous l'ai dit : elle n'est plus disponible.
...
- Vous pouvez m'appeler monsieur. Vous pouvez vous moquer de moi !
Mais je veux ma 206 ! - Elle est vendue ! D'accord ?
- C'est ma voiture !
Tu veux voir si je suis costaud, bordel de merde ?
Ouais, je suis costaud !
...
Musique douce
... Grésillement
... ...
...
Il applaudit.
...
Accords doux - Comme un fou va jeter à la mer
Des bouteilles vides Et puis espère
Qu'on pourra lire à travers
SOS écrit avec de l'air
Pour te dire Que je me sens seul
Je dessine à l'encre vide
Un désert
Et je cours
Je me raccroche à la vie
Je me saoule avec le bruit
Des corps qui m'entourent
Comme des lianes nouées de tresses
Sans comprendre la détresse
Des mots que j'envoie
Musique poignante
...
- C'est émouvant.
- Vous me faites chier avec vos émotions.
Ils rient doucement.
...
Musique douce
...
- Pourquoi tu fais ça, alors ?
...
Musique poignante
...
Musique douce
...
Brouhaha
...
- Allez, un peu de calme ! - Rangez-moi ce bordel
et arrêtez avec les chips ! Gilles a fait un osso buco.
- On fait l'appel ? - Il a fait un osso buco !
On y va. - Mathieu ! Dylan !
- Ouais, présent. - Salim !
- Présent. - Mélissa !
Mélissa ! - Mélissa, c'est l'appel !
- Ca va me revenir...
Ah, Elliot ! - Oui.
- Ca a changé cet aprèm. Je t'expliquerai.
- Maé ! - Je suis là.
- Anthony ? - Présent.
- Beverly ? - Là.
- Et tour de table !
- OH NON... - Si.
- C'est vite fait. On le fait rapidement.
Après, on dîne. OK ? Allez.
...
- Y a trop de bruit, là.
...
Ca fait longtemps !
Qu'est-ce que tu fais là ? - Je voulais juste imprimer
un papier pour la CMU, mais je vais partir.
- A 20h ?
Allez, vas-y, vas-y.
Alors ?
Qu'est-ce que tu deviens ? - Je sais pas.
- Tu veux rentrer ? - Non, non, non.
Je veux pas rentrer. J'ai trop peur.
- T'es sûr ? - Oui, vraiment.
Mais ça a changé, dedans ? - Non.
- Je repasserai pour l'imprimante. C'est pas grave.
- Ouais, ouais.
- C'est bon ? Tu travailles ici, toi ?
C'est... C'est officiel ?
- Ouais. - C'est bien.
- J'ai même un salaire.
C'est comment, la nouvelle vie ?
La vie normale.
- C'est bof.
Enfin...
C'est pas pour moi, je crois.
- Faut pouvoir continuer à se payer des chaussures Gucci.
- Ils sont bien, mes chaussons.
Tu te rappelles quand tu as dîné avec nous la première fois ?
On avait fait à manger pour tout le monde.
- Ouais. - J'ai bien aimé ce moment.
J'y repense, des fois, et j'imagine que...
Que je fais à manger pour ma famille à moi,
que j'ai des enfants.
Je leur fais un grand repas. Y a tout le monde.
Mais bon...
- Un jour, peut-être.
- Un jour, peut-être.
Bon, je...
Je repasserai pour la CMU ou bien...
Enfin...
Je repasserai, quoi.
Je repasserai.
Musique d'espoir
...
... Brouhaha
... ...
- Ici, on mange beaucoup de surimi. Si ça te va pas...
- Qu'est-ce qu'on a dit ? - Allez, les gars !
- Qu'est-ce qu'on a dit ? Elliot, on arrête !
- C'est pas l'heure des chips. - Ici, y a du surimi.
Ici, y a beaucoup de surimi. Va falloir t'y faire.
En été, on peut faire une intoxication alimentaire,
donc on le met soit dans le frigo, soit dans l'assiette.
... Brouhaha
...
SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA
...
Musique saisissante
...
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