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ROMANIAFILM présente
une production du GROUPE No.1
Scénario
d'aprĂšs le premier volume du roman "LES MOROMETZI" par Marin PREDA
Avec :
producteur délégué
directeur de la production
assistant à la réalisation
maquillage
costumes
décors
musique
chef d'orchestre
au cible
son
montage
directeur de la photographie
réalisateur
Ăa va pas, Ilie ?
Pourquoi tu dors pas ?
J'ai fait un mauvais rĂȘve avec une petite truie blanche
que Paraskiv égorgeait au milieu de la cour.
Ăa veut dire quoi, ça ?
C'est malheureux que le Bon Dieu, i' nous donne tous les cochons dont tu rĂȘves...
Tu parles comme qui est sur le point de claquer.
C'est offenser le Bon Dieu.
Akim...
repousse-la !
Va au diable, Bisisica !
Attends un peu, ça sera ta fĂȘte.
Qu'est-ce que t'as Niculae, mon petit ?
Qu'est-ce qui ne va pas ?
Les loups te dévorent et te mangent la rate !
Va aux cinq cents diables !
Pauvre enfant, cette méchante brebis le tourmente.
On pouvait bien confier les moutons au berger et l'envoyer à l'école, pas vrai ?
Moromete !
Ohé !
MĂšre, j'trouve pas les bigoudis...
J'les ai prĂȘtĂ©s... Ă la femme Ă Toderici. Elle a dit qu'elle te les avait demandĂ©s.
Quand tu la commences, la moisson ?
P' t'ĂȘt' ben dans une semaine ou deux.
Je m'y mets plus tÎt, moi... Le blé que j'ai acheté à Botzoguina est déjà mûr.
Baveux, passe-moi donc une cigarette.
Tu as réfléchi, tu m'vends l'acacia ?
Ben, l'acacia !
M'est avis qu'il va encore pleuvoir cette nuit et s'il pleut,
le paysan aura du blé plus qu'il ne lui en faudra, Baveux.
Pas plus tard qu'hier, j'ai rencontré Albei...
Il disait que dÚs Dimanche il fera la tournée du foncier.
MĂȘme qu'il a ordre de confisquer les affaires Ă ceux qu'ont pas payĂ©.
Va te faire f... avec ton bavardage, t'en auras jamais assez...
Va donc traire les moutons ! Qu'est-ce que je vous donne Ă manger ?
Des écrevisses qu'on va manger. De quoi tu te plains ?
- Moromete, je veux te le payer, quoi ! - Attends-moi, je reviens.
Niculae, oĂč que tu es ? Viens donc... aide-moi Ă la traire.
Bilibili, le loup vous emporte et vous mange, bilibili.
Laisse ces moutons tranquilles !
Bilibili, allez au diable, sales moutons !
T'as pas entendu ce que pĂšre a dit ? Laisse ces moutons tranquilles.
Toi, tu ferais mieux d'étriller ces chevaux...
Ils ont changé de couleur du temps qu'ils n'ont pas vu l'étrille.
Ăa va !
- Akim ! - Quoi encore ?
- Laisse-moi mener paĂźtre, les chevaux. - Occupe-toi de tes moutons ! De ta Bisisica.
Allez, hue !
Vas-y, Akim, fais vite ! VoilĂ -t-il pas midi qui s'amĂšne ?
Quel midi ? OĂč diable tu le vois, ton midi ?
OĂč qu'il est la fromage ? Faut leur en mettre.
- Regarde sous le chaudron Ă lessive. - Pourquoi pas au grenier ?
- Ilinca ! - Allez, hue !
Vas-tu m'apporter ma besace, une bonne fois ?
Ta gueule ! Ăa va ? On dirait que t'as le cĆur au travail, maintenant ?
Toi, c'est une belle baffe qu'il te faut !
Nila !
Va dans le potager et apporte-moi de l'oignon ! Et aussi des orties.
Moi, je dois aller chez le vieux. Il m'a fait appeler.
Les navettes, c'est pour quand ? Il dira que c'est ma faute qu'elle se tourne les doigts.
HĂ© !
Pourquoi tu laisses paĂźtre tes moutons dans mon mais Ă moi ?
OĂč que tu te crois ? Sur les domaines de ton vieux, peut-ĂȘtre ?
Pourquoi qu'il n'est pas encore lĂ , Niculae ?
A table !
A table tout le monde ! Est-ce que je dois vous inviter avec les violoneux ?
Par oĂč tu es entrĂ©, sale brute ? Par oĂč t'est-tu fourrĂ©, brute ?
Laisse le fromage ! Laisse-le donc, t'entends pas ?
Maintenant sers-lui de l'eau, tant qui tu y es !
Maintenant, vous allez bouffer le chien.
Pourquoi bouffer le chien ?
Il est bon Ă manger ou quoi ? C'est lui qui devrait te manger.
Un jour, je m'en irai et je vous planterai lĂ , tous... la mort vous emporte !
Et toi, pourquoi tu ne vas pas Ă table ?
Ton rire aux fayote, ça me dit rien.
- Et vous, d'oĂč venez-vous ? - On s'est baignĂ©es.
Je devrais vous prendre par les cheveux et balayer la cour ! Demain ce sera déjà fait !
Nila !
Akim !
Qu'est-ce que c'est ? Vous n'auriez pas faim, des fois ?
Allez Ă la table ! AprĂšs, vous pourrez toujours dormir jusqu'Ă aprĂšs-demain.
Pauvre fille, va prendre un coussin.
Ces gars, ils sont mĂȘme pas foutus de faire un escabeau.
T'as qu'Ă le faire toi-mĂȘme.
- Encore moi ? - Tais-toi donc !
Tu vois pas qu'il montre ses crocs ?
- Quels crocs ? - Tais-toi, vieux.
Qu'avez-vous à foutre toute la sainte journée ?
Couvert mis, couvert remis. 'Y a qu'Ă travailler des mĂąchoires.
Tu nous fais manger, oui ou non ?
Quelque chose est arrivé au petite... il n'est pas encore là !
Femme, enlÚve ça !
Tu te fais du mouron pour le cadet. T'en fais pas. Il viendra, tu verras.
Toi, tu t'en fous, sinon tu aurais LaissĂ© au moins un mois Ă lâĂ©cole.
Laisse tomber, mĂšre. V'Ia maintenant lâĂ©cole qui te tracasse.
Tais-toi, espĂšce d'idiote !
Masse tes mùchoires, ça pourrait te faire mal depuis le temps que tu papotes.
C'est bien le moment de nous mettre Ă lâĂ©tude.
Tu as réfléchi, pÚre ? Le fils à Catanoiu m'a encore causé.
Il dit que cette semaine il s'en va Ă Bucarest.
Qu'il s'aille se faire voir.
Avec nous 24 brebis à lait, ça ferait bien 240 lei par jour...
Ăa ferait, ça ferait une grosse bĂȘtise dans ta caboche.
Moi, je t'ai prĂ©venu. A lâautomne, faudra payer la banque.
Il a bien raison, Ilie. Laisse-le partir.
'Y a pas que la banque. Ce sont des hommes maintenant... Et ils n'ont rien Ă se mettre.
De quoi qu'ils s'en achĂštent ?
Et qu'allez-vous bouffer, s'il emmĂšne les moutons ?
On a déjà vécu sans moutons.
Il y aura toujours une poule ou une agneau.
Dans une semaine ou deux on fera les blés, on cuira du pain.
Tu parles, mĂšre...
On ira travailler aux champs. Et on verra bien alors si lâon peut vivre sans lait.
Fiche-lui la paix, Ilinca. C'est les poules maintenant...
et les agneaux... La cour en est bondée.
- Paraskiv ! - Quoi ?
AprĂšs le repas, qu'est-ce qu'il y a ?
- Eh bien ? - Une cigarette.
T'entends pas ? Passe-moi une cigarette !
J'en ai pas. OĂč veux-tu que je trouve ?
Le voilĂ , il tremble comme une feuille.
OĂč sont les moutons ? T'as les oreilles bouchĂ©es ?
- A lâenclos. - OĂč ça ?
- A lâenclose communal. - Laisse-le, Akim.
Tu dors debout, comme un propre Ă rien.
Nila ! HĂ©, Nila !
Allez, c'est Ă moi.
- Qu'est-ce que te me veux ? - AmĂšne-toi !
Qu'est-ce que te me veux ?
AmĂšne-toi, que je te dis.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Allez, assieds-toi.
Dis, c'est quoi ton idée ?
Qui ça, qu'il aille à Bucarest ?
Akim.
Tu sais, moi je le laisserais bien.
Mais rends-toi compte,
piocher et moissonner et n'avoir à se mettre sous la dent que des orties et de épinards.
Remarque, on aurait bien besoin d'argent.
En automne, faudra payer le crédit.
Et demain ou aprÚs-demain ça sera le tour au foncier.
Tu entends ? Je te cause !
Est-ce que je sais, moi ? T'as entendu ce qu'a dit mÚre... elle était d'accord...
Eh bien, qu'il parte !
Ăa, c'est pas compliquĂ©.
Mais je te demande, moi : qu'est qu'on va manger ?
Tu sais bien qu'il y a des gens qu'ont pas de moutons.
Ils vivent, ils triment. Que faire ? C'est comme ça.
Ăa va, Nila !
Je t'ai demandé ton avis, pour que vous ne veniez pas ensuite à me faire des histoires.
On verra bien...
J'exige pas, moi, qu'il fasse 2000 lei par mois.
2000 c'est pas de blague !
Ăa vaut 80 boisseaux de blĂ©. Ăa c'est pas possible.
Evidemment, s'il rentre en automne et qu'il me donne 6000 balles...
- Maintenant... est-ce qu'il revendra ? - Pourquoi il reviendrait pas ?
Mettons, pas six, mais au moins quatre...
MĂȘme pas quatre ?
- Maman ! - Ouille, ouille, ouille !
Oh, ça va ! Qu'est-ce qui te prend ?
Le moutons, c'est fini. Adieu la Bisisica...
J'ai faim. T'as Ă manger ?
- T'as pas de lait ? - Si. Je t'en ai gardé.
Mais qu'est-ce qui t'a pris avec la Bisisica ?
De quoi tu parles ?
Qui te lâa dit ?
PĂšre disait Ă Nila qu'il laissait Akim aller Ă Bucarest avec les moutons.
Tu iras lĂ -haut travailler aux champs et gare Ă ta eau !
Ce sera fini de rire.
De quoi vous avez parlé ? Il t'a dit quoi ?
Dis-le, quoi !
Il m'demandait s'il fallait envoyer Akim Ă Bucarest.
Tu as laissé échapper quelque chose ?
Ăa va pas, non ?
Allez, ouste... qu'ils ne nous entendent pas. Allons chez tante Maria, on en parlera.
Fous-moi le paix ! AprÚs les dégùts que tu as faits, il faut encore que je te porte.
C'est de ma faute si on a emmené mes moutons à l'enclos ?
Allez ! Pousse-toi !
Tu as bien raison, Ilie, de le laisser partir avec les moutons.
Tous les gars le font et ça rapporte.
On se serra la ceinture, je veux bien, mais faudrait pas que ce soit pour des nĂšfles.
Sainte Vierge, comme il chante, ce gars ! C'est Birica ?
Oui. C'est la Polina au Baveux qui le fait rĂŽtir Ă petit feu.
C'est plutĂŽt le pĂšre et le frĂšre qui le font rĂŽtir.
Ils veulent la donner à ce contrefait de Cotelici. Que ses terres les étouffent !
Il n'en trouve pas une autre ? Le village est plein de filles.
Qu'est-ce qui te prend Ă siffler Ă ma porte ? Tu te crois Ă la bergerie de ton pĂšre ?
C'est interdit de siffler ? C'est sûrement pas pour vous appeler que je siffle !
Regarde-moi ce fumier ! Qu'est-ce que tu as Ă fiche chez ma fille ?
Allez, dis-le !
On a 24 de brebis à lait, ça fait 240 lei par jour. C'est ça qu'il disait, la frÚre.
Et elles, qu'est-ce qu'elles disaient ? Ces espĂšces d'idiotes ?
Ces peaux de vache ? Et la marĂątre ? Qu'est-ce qu'elle disait, la marĂątre ?
Qu'est-ce que tu veux qu'elle dise ? Qu'ils s'en aillent, Ilie c'est pas pour lâargent ;
c'est qu'ils sont pauvres et qu'ils n'ont rien Ă se mettre...
Je t'ai pas dit, des fois ? A quoi bon tu m'questionnes ?
Et aprĂšs il lui a dit quelque chose. Je n'sais pas quoi. Il t'a dit quoi, Nila ?
Je t'ai déjà dit.
Vrai ? Il t'a pris Ă part ?
Ouais.
Et il t'a dit quoi ? Le diable t'emporte ! Qui sait c'qu'il t'a dit et t'as rien compris.
Je vous ai pas dit qu'il le laissait partir avec les moutons ?
Pourvu qu'il s'amĂšne avec 4000 lei en automne.
Eh bien, tante ?
4000 lei.
Et vous, c'est pour quand le départ ? Toi, Nila et toi, Paraskiv, c'est pour quand ?
DĂšs qu'Akim sera Ă Bucarest il nous fera signe, on emmĂšne les chevaux et on se tire.
Faut vous enfuir avant la moisson pour qu'il n'y ait personne... à moissonner leur blé !
Et emportez les chevaux, ils sont bien Ă vous, c'est votre bien.
Si ta pauvre mÚre n'était pas morte, vous seriez maßtre chez vous
au lieu d'ĂȘtre serrĂ©s comme ça, Ă cause de ces salopes.
Nila !
Nila ! Réveille-toi, allez, 'y a du boulot ! Debout !
Debout, tu es sourd ? Allez, lĂšve-toi, viens.
Qu'est-ce qui tu prends ? Pourquoi tu me réveilles ?
Viens, on a Ă faire.
Croque-mitaine s'est amené, tu le savais ?
Allez, lĂšve-toi, t'es sourd ? Enfin, grouille-toi !
Attends un peu ! T'entends pas c'qu'il dit rapport Ă Croque-mitaine ?
Va chercher lâautre hache et amĂšne-toi.
Pourquoi tu es mort, Ion ?
Tu m'entends, lĂ oĂč tu es ?
Prie Dieu qu'il m'appelle moi-aussi.
Toute seule, tu m'as laissée sur terre.
Toute seulette, tu m'as laissée...
Et j'en peux plus, Ion.
Mourir c'est pas difficile, Ion...
Mais moi je me tourmente ici-bas...
Et les gosses... qui sont malades.
LĂ oĂč tu es, tu m'entends ?
Dis, j'en peux plus, Ion...
Oh, la pauvrette ! Comme elle a raison !
J'en peux plus, Ion... J'en peux plus.
Nila ! Jusqu'au lever du soleil, faudra lâabattre.
T'acacia ?!
L'abattre, pourquoi ?
Pour faire exprÚs, Nila ! Pour épater les imbéciles.
Allez, au travail ! Et ne louche plus comme ça. Vas-y !
Hue ! Dia !
Dis donc, les chevaux, c'est lĂ que tu les laisses ?
Tu m'as pas dit de les amener ?
T'as raison ! Laisse-les lĂ , pour que lâacacia leur tombe dessus.
ArĂȘte ! Ho ! Ho !
Hue !
Ho ! Ho ! Allez, grimpe ! Grimpe lĂ -haut et attache la corde.
Allez, descende de lĂ . Aux chevaux maintenant ! Vas-y !
Hue ! Allez ! Hue ! Allez ! Zou ! Hue ! T'es sourd ?
Pourquoi tu restes plantĂ© lĂ , la tĂȘte entre les oreilles ?
Ilie, pourquoi t'as abattu lâacacia, Ilie ?
Dis dons, on en est lĂ ?
- Non, mais, pourquoi t'as coupĂ© lâacacia ? - Demande Ă Nila, il le sait, lui.
Pourquoi, Nila ?
Pour épater les imbéciles !
Tu ris comme un couillon !
Victor ! Viens boire un coup avec Moromete !
Je t'ai déjà dit, pÚre, pas de tzouika le matin.
Et pourquoi, Victor, tu dis que tu n'bois pas de tzouika ? C'est lâestomac qui va pas ?
Non, pÚre Ilie, mais je n'agrée jamais la tzouika le matin.
Nous, si !
Comment que ça se fait Victor qu'on n'aime pas boire ?
Ăa se passe selon les facultĂ©s de chacun, pĂšre Ilie.
'Y en a qui aiment avoir lâesprit confus.
Moi, jâaime lâavoir clair.
Ăa oui, c'est un point de vue. 'Y a pas Ă dire !
Tudor, dis donc Ă ta fille d'en apporter encore.
Ou bien toi non plus tu veux pas avoir l'esprit trouble ?
Ha, ha, pĂšre Ilie, ce que vous ĂȘtes bizarre !
- Polina ! - De quoi ?
Apporte de la tzouika !
VoilĂ , voilĂ ...
Comment va Tita, pĂšre Ilie ?
Dis donc, donne-moi lâargent, jâai Ă faire. J'ai plus envie de cette tzouika.
Moromete, pourquoi est-ce que tu ne vends pas le lopin derriĂšre la maison ?
Quel lopin ? Cela ?
Vouai. De toute façon tu ne fais rien avec. J'te lâachĂšte. Je t'offre une bonne somme.
Tu n'sais donc pas qu'il n'est pas Ă moi ? Il est Ă ma sĆur.
Il est Ă toi !
'Y a combien d'annĂ©es que Maria, ta sĆur, a quittĂ© la maison ?
Ăa fait plus de 15 ans.
Qu'est-ce que je disais ?
La loi dit qu'au bout de 15 ans une propriété indivise appartient à qui y réside.
Pas du tout ! C'est pas vrai ! Donne-moi lâargent et je m'en vais.
Pour le salut, présentez arme !
Portez arme !
HĂ©, rends-moi donc lâarme, hĂ© !
Dis donc, rends-moi lâarme !
Rends-moi donc lâarme, faut que je m'en aille ! Tu me la rends, oui ou merde ?
Dis, Nila, pourquoi tu lui en veux ?
Il est bien malin pour ses 24 ans.
Paraskiv, prends ces 100 lei et va Ă lâenclos dĂ©livrer nos moutons...
Allez ! Passe-la-moi !
Bildea ! Bildea ! T'entends pas ? Allez, zou ! Bisisica t'attend.
A moins qu'elle ne soit morte de faim.
Des sans-pitiĂ©, voilĂ ce que vous ĂȘtes.
Et si tu allais pour une fois mener toi-mĂȘme les moutons ?
Tu te tais, bien sûr.
Passe-moi ces faucilles que je les porte chez le forgeron.
Tita, donne-moi lâautre gilet.
- HĂ©, Nila ! - Qu'est-ce qu'il y a ?
- OĂč tous cours comme ça ? - Au service prĂ©militaire.
Au lieu de t'occuper de tes affaires, à la maison, tu cours au prémilitaire ?
C'est la bĂȘtise qui vous pousse.
Tu as tort, Moromete.
Pourquoi tu dis que jâai tort ?
Parce que.
T'as pas entendu dire que ceux qui font leur prémilitaire on en fait des officiers ?
Vrai de vrai ?
Possible.
Mais je n'vois pas mon pauvre Nila officier, mĂȘme s 'il n'en restait plus un.
C'est lĂ que t'as tort, Moromete.
Viens, occupe-toi de la petite.
P't ĂȘt' ben que je me trompe...
Le fils du Baveux aussi m'a dit tantĂŽt que c'est, comme qui dirait,
selon les facultés de chacun.
Alors là , c'est évident.
Les facultés ? C'est quoi les facultés ?
On a bu un petit verre de tzouika chez aux ce matin.
Mais Victor n'en pas voulu.
Il a dit qu'il "n'agréait" pas.
Pourquoi que tu n'agrées pas ? C'est selon les facultés de chacun, qu'il a dit.
Bonjour ! C'est quoi les facultés ?
Je n'sais pas, moi ! Les facultĂ©s ! Mais voilĂ , ça lâempĂȘche de boire, ces facultĂ©s-lĂ .
HĂ© ! Que faites-vous lĂ ?
HĂ©, vous ! Vous ĂȘtes sourds ou quoi ? A qui je parle, moi ?
C'est comme ça qu'on respecte les grands ? Bandes de sales morveux !
M'sieur Akim, pas d'insultes ou jâappelle pĂšre.
Qui que tu appelles, petit malheureux ?
- M'sieur Akim... - C'est ta mĂšre que tu vas appeler.
Pour qu'elle aille se faire f..., fils de pute.
Vaut mieux me dire qui a battu mon frérot. Sinon, je vais vous écorcher tous.
Dis, donc ! Qui c'est qui t'a tabassé la veille au soir ?
J'sais pas. C'est qu'ils avaient des masques.
Bon... C'est comme ça alors ? Vous voulez rien dire ? Je vais vous apprendre moi.
Veux-tu parler ?
J'sais pas, M'sieur Akim. JâĂ©tais pas lĂ .
Qui était, là , alors ? Toi tu y étais ? Et toi ? Allez, parle !
- Dites-le ! - Pourquoi qu'il me rosse pour rien ?
Oh ! Pour sĂ»r que tu le sais. Dis-le et vite, sans quoi je t'Ă©ventre, tâentends ?
Je te rongerai les os si tu ne parles pas ! Qui c'était ?
Les gars Ă Cainaru et le gars Ă Burtica.
C'est qui ? Amenez-vous !
- V'lĂ , M'sieur Akim, il m'a cassĂ© la tĂȘte. - C'est toi, donc.
- Oui. - Approche...
Qu'est-ce que tu dis qu'il t'a fait ? RépÚte un peu, il t'a fait quoi ?
- M'sieur Akim, il m'a tapé dessus lui-aussi. - Ta gueule, hou, andouille !
Dis, tu lâvois, mon frĂ©rot ? Tu le vois mon frĂ©rot ?
Vas-y et flanque-le par terre.
Allez ! Vas-y et flanque-le par terre...
Tu lâvois ? Tu lâconnais, non ? Jette-toi sur lui !
Flanque-le par terre ! Vas-y et flanque-le par terre !
Vas-y donc et flanque-le par terre !
Ben, maintenant tu veux plus. Ah ! Ah ! Bougre de petit péteux !
Vous vous ĂȘtes pris Ă deux pour lâassommer. Enfants de salauds !
Bats-toi avec lui maintenant. Allez, zou ! Tu m'entends, oui ou non ?
Flanque-le par terre. Flanque-le par terre ! Tu vois bien que je ne prends pas son parti.
ArrĂȘte ! Ăa suffit comme ça ! ArrĂȘte donc, Niculae !
âPour tes beaux yeux, Marioara, j'ai laissĂ© mourir mon cheval.â
- Dis donc, Voicu. - Quoi ?
Ăa rapporte, ces vers Ă soie ? Ou c'est pour le plaisir, histoire de passer le temps ?
Tu parles, Moromete ? Tu peux pas savoir à quel point ça intéresse le gens.
MĂȘme que je pense Ă me dĂ©velopper.
- Salut ! - Salut !
- Salut, Moromete ! - Salut, Mitica !
T'as le bonjour, Moromete.
Bonjour ! Qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi vous ĂȘtes tous lĂ ?
Mais oĂč il est le Banquier ? Je le vois pas.
AmĂšne-toi Banquier, tâas pas assez roupillĂ© ?
Allez Moromete t'appelle. On sait pas ce qu'il te veut.
Salut, Iocan ! Occupe-toi un peu de ces faucilles.
Fous-moi la paix avec tes faucilles. J'ai pas le temps, maintenant.
Charge toi de ça, ces faucilles n'ont plus de dents... Allons ! J'offre une tournée.
HĂ© lĂ , Moromete, gare Ă toi, Coquelet s'amĂšne.
Pourquoi ce gros retard, pĂšre Gheorghe ?
Il est sans doute allĂ© d'abord Ă lâĂ©glise.
EspĂšce d'abrutis ! Qu'est-ce que je vous disais, moi, lâautre jour ?
Hein ? Bien le bonjour !
Bonjour, bonjour, pĂšre Gheorghe.
Pourquoi tu réponds pas ? Qu'est-ce que je te disais moi, avant-hier ?
Faut-il que tu sois bĂȘte ! C'est pour ça que tu rĂ©ponds pas.
Pourquoi que j'suis bĂȘte, moi ?
Pour ça, parce que t'es bĂȘte. Je t'ai pas dit qu'il pleuvrait ? Passe-moi une cigarette !
J'en ai pas.
Cherche plus ! Iorga, ton ministre, il a beau avoir deux cerveaux.
Tu parles ! Ăa, c'est dans ta caboche !
Quand mĂȘme, Banquier ! C'est une heure ça, pour s'amener ?
Ou alors, t'as oublié de te lever.
Tu crois peut-ĂȘtre, Dumitru, que je suis comme toi. J'ai eu Ă faire, moi !
A faire, faire, mon cul !
- Allez, bonjour ! - Bonjour !
Iocan, voulez-vous que je vous dise ? Moromété nous quittera.
Tiens, et pourquoi ?
Il en a marre des libéraux.
Si je te prends à trahir le parti, Moromété, gardes toi de remettre les pieds ici.
C'est vrai ? Pourquoi ? Tu crois que sans moi tu seras pas maire ?
"Les grand congrĂšs agricole"!
Accompagné par sa suite, Majesté Charles II est venu et a prononcé un discours.
Vas-y Moromete, dis-nous de quoi il en retourne.
Nous laisse pas crever dans lâignorance.
Ecoutez donc ce que dit Sa Majesté !
"Messieurs, jâai Ă©tĂ© informĂ© que
votre congrĂšs
est un congrÚs de spécialistes, d'agronomes.
J'aurais aimé que ce soit le congrÚs des bons fermiers.
A mon avis, nos spĂ©cialistes sont encore loin d'ĂȘtre de bons fermiers.
L'agriculture est chez nous la principale activité.
Mais si c'est lâactivitĂ© manuelle principale du Roumain,
ce n'est pas pour autant son activité mentale.
Non, mais regardez-moi, Moromete, il est resté bouche bée !
Mais qu'est-ce qui t'arrive, Moromété ?
Qu'est-ce qui tu as ? Tu ne saurais plus lire des fois ?
Ăa veut dire que ton activitĂ© mentale, Coquelet, s'occupe d'autres conneries.
Faut-il que tu sois bĂȘte !
Passe-moi une cigarette, bougre de lippu, je m'égosille à vous faire la lecture.
Va te faire voir ! C'est pour moi que tu lis ?
Halte ! Repos !
Dis, Moromete, c'est quoi ces facultés ?
PĂšre Dumitru, si jâenvoyais votre femme se faire f...
vous diriez que je suis un salaud, pas vrai ?
Coquelet, dis donc, quelle mouche lâa piquĂ©, cela ? Mon gars, allez, va !
Vous faite le malin maintenant, mais rira bien qui rira le dernier.
C'est selon les facultés de chacun.
Garde Ă vous !
Couché !
Couché !
'Y a d'Ia boue.
- Couché ! - 'Y a d'la boue, tu vois pas ?
Garde Ă vous !
Ennemi Ă lâhorizon ! Saut en avant !
En avant, t'es sourd ! Saut en avant !
Allez, bouge ! Et plus vite que ça, plus vite, allez ! Couché, saut en avant !
Dis donc, ce mec-lĂ , il travaille du chapeau.
Que veux-tu ? Il est des chemises noires.
Qu'il aille se faire f... et le type qui en fait un chef aussi.
Vois-tu, Dumitru,
c'est qu'il n'Ă©tait pas encore inscrit Ă la "Garde de Fer" quand oĂč on en a fait chef.
C'est aprĂšs, qu'il s'est inscrit. C'est le fils Ă Megherel qui lâa embauchĂ©
et il lâa amenĂ© Ă leur siĂšge Ă eux.
- Quel grade il avait, sous les drapeaux ? - Sergent !
Il se donnait des airs au village, quand il s'amenait en perm'! Tu ne te rappelles pas ?
Dommage, jâaurais dĂ» lui envoyer une taloche.
Faut-il que tu sois bĂȘte !
A quoi tu penses, Coquelet ?
Tu crois qu'on les laissera faire ?
Une fois maire, si je t'attrape un seul Ă porter la chemise noire de la Garde de Fer,
je lâattacherai Ă un arbre et lui enfoncerai tous mes clous dans la peau. Vu ?
A condition qu'il ne te descende pas avant.
Tu as oublié ce qu'ils ont fait au premier ministre ?
Si on les avait écrasés à ce moment-là , on serait tranquille de ce cÎté.
Laisse tomber. Dis dons, Moromété, le premier agriculteur de pays, va-t-il aussi au labour ?
Pour sûr, il y va...
quand le printemps arrive, il sort sa charrue dans la cour du palais et...
- LĂ ! LĂ ! - Bon sang ! Tiens ferme !
Dis donc, combien de terre qu'il aurait ?
Ăa doit chercher dans un lot et demi.
Il doit en avoir sûrement plus, il a son fils à nourrir, le petit, le Michel.
Faut-il que tu sois bĂȘte ! Le petit a son lot Ă lui, qui lui vient de sa mĂšre.
Regardez-moi ce couillon !
Voyons voir...
"Vifs débats au Parlement sur la prolongation de l'état de siÚge et censure de la presse".
Le discours de Monsieur Virgil Madgearu.
"Le gouvernement libéral,
ayant maintenu lâĂ©tat de siĂšge pendant trois ans et demandant sa prolongation
au cours de la quatriÚme année, fait une déplorable exception".
Oh !
Qui est celui-lĂ , encore ?
Un qui s'est pas frottĂ© les fesses aux bancs de lâĂ©cole pour rien.
- Il est quoi ? - Un type du parti agrarien.
Moi, cette histoire d'état de siÚge, ça me dépasse.
Parce que t'es bĂȘte.
Laisse tomber, Coquelet ! Tu exagĂšres ! OĂč donc il est cet Ă©tat ? J'vois rien, moi.
Enfin, Dumitru, tu te souviens plus Ă l'armĂ©e quand on sonnait lâalarme ?
L'état de siÚge, c'est pareil. L'armée se montre, la police charge et ça pùte.
On charge qui ?
Comment qui ?
Par exemple quelqu'un qui se soulĂšve cont' lâEtat.
Comme ils lâont fait les type avec leurs grĂšves 'y a quelques annĂ©es.
Nous voulons plus bosser, ils ont dit. Vous voulez pas ? qu'il dit lâEtat. A votre aise !
Sortez, on en embauchera d'autres. Ăa non ! Qu'ils ont rĂ©pondu. Pas question.
Ah, non ? Alors "Feu"!
Niculae Tugurlan est mort, pas vrai ?
Ton propre frĂšre, Stan, pas vrai ?
Il est mort, il est mort, qu'est-ce que ça peut te f...?
Le gouvernement a usĂ© de lâarme de la diversion.
Il a encouragé, en fait, l'extrémisme terroriste.
On a perpĂ©trĂ© des crimes sous le couvert de lâimp... impunitĂ©..
Vite, un verre d'eau.
Attends voir, c'est pas de la blague.
Vous voulez pas écouter c'qui dit ce type ?
Bande de couillons...
Dis, donc ! Pourquoi qu'il nous engueule ?
C'est pas nous ! C'est les parlementaires.
"PersuadĂ© d'ĂȘtre en accord avec l'opinion publique,
j'exige la démission urgente du gouvernement".
Le gouvernement tombe. C'est le tour aux agrariens.
Pas possible. Je proteste contre lâavĂšnement des agrariens !
Faut-il que tu sois bĂȘte ! Sans les agrariens qu'ont votĂ© la Conversion,
tu serais dans de beaux draps.
Tu mens ! C'est les libéraux qu'ont voté la conversion.
Le diable vous emporte, vos agrariens et vos libéraux avec.
Que diable, Tugurlan, pourquoi tu nous engueules ?
Tu crois qu'on s'enrichira plus vite que toi ?
T'as qu'Ă faire de la politique, le diable t'emporte !
Ăa s'appelle politique c'que vous faites ?
C'est quoi alors, Tugurlan ?
C'est votre niaiserie. C'est ça.
Toi, Moromete, tâas Ă©tĂ© conseiller communal. Et tu as fait quelque chose ?
T'as aidé Aristide à s'enrichir...
Mieux vaudrait lui cracher dessus Ă la politique, et vous et moi.
J'ai suivi ce gros bĂȘta : "Allons, Tugurlan, Ă la forge
on parlera politique, qu'il me dit.
Il se pĂąme devant les balivernes Ă Moromete.
Et lorsque Ion Ă Mihai veut placer un mot, ne voilĂ -t-il pas Coquelet que la lui coupe :
"Tais-toi, faut-il que tu sois bĂȘte". Pourquoi ?
Parce qu'il n'a pas son lopin de terre, comme vous ?
Vous vous ĂȘtes prĂ©cipitĂ©s comme des ogres et quand vous vous ĂȘtes vus proprios,
les autres, qu'ont plus rien reçu n'ont plus eu qu'à aller se faire f...
Tu mens comme un salaud !
BĂąton merdeux !
Allez, fous le camp, le diable t'emporte !
Laisse tomber, Dumitru !
Je sais ce qu'il veut dire.
Son discours, il en résulte trois choses :
que seuls ceux qui ont leur lopin peuvent faire de la politique ;
que c'est de notre faute Ă nous si Ion Ă Mihai est sans lot
et que nous ne sommes pas plus malins que Ion.
Ecoute-moi, Tugurlan !
Si je te rentre dedans, tu te retrouveras dans la fossé.
Va au bistrot et casse la gueule Ă qui tu veux, mais reviens pas ici.
Dumitru, passe-moi une cigarette.
Pourquoi diable m'a-t-il donné des clous si moches ?
Qu'est-ce qui lui prend Ă Tugurlan Ă gĂącher not ârĂ©union ?
Qu'il crÚve, il est cinglé. Nom de Dieu !
Il vaudrait que personne n'en ait son lopin de terre s'il n'en a pas, lui.
Allons-nous-en, salut !
Salut, Ion Ă Mihai !
Allez, rentrons, Matou.
Qu'est-ce que tu fais de cette argile, Din ? Montre voir !
Ăa ressemble Ă MoromĂ©tĂ©.
C'est bien lui.
Mais oui !
Donne-le Ă moi, Din. Je le poserai sur lâĂ©tagĂšre.
J'ai rien !
J'ai rien...
J'ai rien !
Passe-moi une cigarette !
Donc... Le foncier. Lot Ilie Moromété, 3000 lei.
Lot Catrina Moromété, reste à payer 2800 lei.
Ah ! C'est pas grand-chose, pĂšre Ilie.
Tu payes le restant et on remet le reste jusquâaprĂšs la moisson.
J'peux pas faire mieux.
Tita, Ilinca, que celle qui est lĂ , me donne un feu.
Voilà , reçu 3000 lei... reçu de la part de Monsieur Ilie Moromété.
Plus vite, pÚre Ilie, j'suis pressé. J'ai encore 60 encaisses à faire.
J't' ai pas dit que j'ai rien, lâEcorchĂ© ?
Si j'ai rien, c'est rien. OĂč diable prendre des sous ?
Merde, pÚre Ilie, j'ai déjà rempli le reçu.
Tu me feras enrager. lâEtat ne me paie pas pour perdre mon temps.
Allez, pĂšre Ilie, le reçu est dĂ©jĂ prĂȘt.
Je vois bien moi, qu'il est prĂȘt. Mais jâai rien.
Suis-moi. On verra bien.
Saisis le coffre et apporte-le.
Laisse le coffre. Laisse-le !
Saisis-le, qu'est-ce que tu attends ?
Je n'vous donne rien. Sortez ou je vous ferai voir. Sortez !
Le chariot, saisis le chariot et... porte-le Ă la mairie. Allez-y !
Tu penses que tu pourras le tirer ?
EmmĂšne les chevaux, attĂšle-les. Allez ! Allez, fais vite !
Tu peux pas toucher aux chevaux. Ils sont Ă moi, pas Ă pĂšre.
Pousse-le donc ! Te soucies pas de lui !
Mieux vaut laisser les chevaux oĂč ils sont.
Pourquoi tu n'comprends pas ? J'ai rien.
Tiens, voilĂ 1000 lei... Et plus tard on en reparlera.
Tu crois vraiment que nous, on chie de lâargent ?
Dans une semaine ou deux je t'en redonnerai.
Mon fils va à Bucarest et je te payerai... Là ! Là ! Le reçu d'abord.
Au diable, pĂšre Ilie !
'Y a six ans qu'on se chamaille tous les deux.
C'est Ă croire que c'est moi qui encaisse, pas lâEtat.
Pourquoi ne pas une bonne fois pour ne plus se faire du mouron. Vous attendez quoi ?
Dis donc, oĂč prendre lâargent si j'en ai pas ?
Si j'pouvais en fabriquer, je le ferais et puis, tenez, voilĂ , mon bon Monsieur !
Jamais vu un type pareil !
Tout le monde paye, sauf vous. Ăa fait plus de 15 ans que ça dure !
Tu parles, 15 ans ?!
Quoi "tu parles"? Combien ça fait depuis la guerre ?
Depuis que lâEtat t'a donnĂ© de la terre ? 16 ou 17 ans.
Tu parles, 17 ans ?!
17 ans oui, que tu ajournes soit le paie des titres, soit le foncier.
On vote la Conversion et voilà débarrassé de tes dettes.
T'as 7 hectares. Nom de Dieu, t'es pas Ă mĂȘme payer les lopins que lâEtat t'a donnĂ©.
Sept, tu dis ? M'a donné ?!
Ecoute, pÚre Ilie, ça fait 6 ans je suis percepteur
et tu me fais marcher en me jetant soit 500 soit 550, soit 601 lei.
Encore heureux que je te lâdonne, ce leu.
Heureux, heureux ? Et ben, on verra bien cette année...
Je vous apprendrai moi à jouer la comédie. Finie la comédie !
Ăa suffit ! Y' a 15 ans que tu te payes ma tĂȘte !
Allons !
Si dans quinzaine tu n'as pas payé à la mairie, j'amÚne les gendarmes.
HĂ©, Voicu, payez une bonne fois le foncier et cessez d'atermoyer.
C'est devenu une coutume, le diable vous emporte !
- Salut ! - Salut, Oudoubeasca ! Le diable lâemporte !
Vasilé ! Angeline !
Ouvrez-moi ! Vous ĂȘtes sourd, des fois ?
Qu'est-ce que tu as Ă gueuler ?
Je suis en train de cuisiner encore que j't'ouvre la porte, bougre de paresseux !
Tout la sainte journée j'entends que ça : "ouvrez la porte"!
Tu ferais mieux de la boucler !
Je lâai bien roulĂ© !
Tu m'as donnĂ© combien pour lâacacia ?
Douze cents.
Je ne lui en ai donné que 10!
J'ai gagnĂ© 2 Ă lâaffaire. Jâai donnĂ© 100 lei Ă lâenclos communal, et il me reste ça.
Ăa va, Voicu, je t'attends jusqu'aprĂšs les fĂȘtes...
Moromete, dis, tâas rĂ©flĂ©chi Ă la proposition que j't'ai faite ce matin ?
Je paye bien !
Le lopin...
A quoi bon le garder ?
Y'a des années que les chardons poussent dessus.
PlacĂ© comme il est, il ferait lâaffaire Ă personne.
Sauf Ă moi, pour y bĂątir une remise.
Bonjour, pĂšre Ilie !
Bonjour ! Qui est-ce ?
Le fils Bylda.
Il est marié ?
Non !
Non ?!
Ăa t'Ă©tonne ?
Tu ne lâas pas vu ?
Et alors ?
Ce qu'il peut ĂȘtre mal foutu !
Diable d'homme,
il suffit qu'on lui demande quelque chose pour qu'il fasse la sourde oreille !
J'te le revaudrait, va !
HĂ©, Baveux, faut pas m'en vouloir. Tu fais la gueule pour rien.
C'est pas mon terrain, il est Ă ma sĆur.
J'te lâai bien dit, ce matin, mai toi, quand tu comprends quelque chose !
Tu n'es pas que borgne, malheureux, tu es sourd en plus.
Dis, Ilie, tu passes ta journée à te rouler des cigarettes en regardant passes les gens,
et Ă lâĂ©glise alors lĂ , tu n'y vas jamais, Ilie.
Ton Ăąme rĂŽtira en enfer. Si tu avais entendu le pope ce matin :
"Qui ne pense qu'Ă cette vie ici-bas, n'ira pas au royaume de Dieu.
Je lĂšverai les yeux vers les cieux et je chanterai des louanges Ă ta gloire..."
Et donnez-nous le plus de messes et d'aumĂŽnes,
et envoie-nous encore plus de sottes Ă lâĂ©glise.
Au nom du PĂšre, du Fils et du saint Esprit.
Quel bonheur pour Satan de t'entendre parler comme ça. Il trépigne de joie !
Va ailleurs voir si j'y suis !
Ame noircie par les pĂȘchĂ©s et le tabac !
Paraskiv !
Tu voudrais bien avoir maintenant lâargent du Baveux.
Mais il vend son mais 70 lei, tandis que toi, tu le vends Ă 60.
Et quand jâai voulu moi, m'en mĂȘler, tu t'es moquĂ© de moi.
Maintenant, débrouille-toi !
HĂ© lĂ , le muet, viens ici !
Allez-y de toute la danse.
Tita !
Va dire Ă Polina que je lâattends Ă la clairiĂšre.
Je n'y vais pas, non ! Qu'ils aillent au diable !
Tu veux que Victor croie que jây vais pour lui ?
Ilinca ! Viens ici !
Ilinca, vas-y, toi, et dis Ă Polina de s'amener dans la clairiĂšre.
Bonjour, Birica.
Pourquoi tu m'as fait venir ? Qu'est-ce que tu me veux ?
Dis donc, Polina, je siffle et toi, tu m'envoies ton pĂšre pour m'engueuler ?
Tu t'maries, hein ?
Tu t'es joliment moquée de moi, salope !
Tu ne pouvais pas me dire plus tĂŽt, que je te plaisais plus, non ?
- Mais j'te lâai bien dit ! - Quand ça ?
A Pùques ou à la Trinité, t'as oublié ?
Puis quoi, faut que je te dise qui me plaßt et qui me plaßt pas ? J'épouse qui me plaßt.
Allons, Birica ! Faut pas m'en vouloir.
C'est pÚre qui m'a fait peur et c'est pour ça que je ne suis pas sortie.
Je croyais que pÚre était au courant.
"Onze frÚres étaient condamnés à errer le jour
sous la forme de onze cygnes, et ce n'est qu'au coucher du soleil que,
se laissant tomber dans la mer, ils redevenaient hommes.
- Moromété ! Tu es là ? - Oui !
Bonsoir, Catrina.
Les autres ne méritent pas mon bonsoir.
C'est tous des sots !
Donne-moi une des tiennes !
Vous avez entendu la nouvelle ?
Polina, lâaĂźnĂ©e du Baveux, s'est enfuie avec Birica.
Ha ! A la bonne heure ! C'est bien fait pour le borgne !
Ilie, tais-toi donc ! Toi aussi t'a des filles Ă marier.
Dis donc, Moromété, Albei, ça va pas ?
Il a fait la liste de mes affaires, cet enculé !
L'Ecorché ? Qu'il aille se faire f... Et les airs qu'il se donne avec ça !
Est-ce que je sais, moi, Moromete ?
Tu crois que lâEtat ignore qu'en ce moment le paysan ne peut pas payer son foncier ?
Continue, Niculae !
...Sur une Ăźle, au milieu de la mer,
ils redevenaient des hommes. Pour les arracher au sorcier...
Qu'est-ce qu'il dit ?
...leur sĆur devait tisser de ses propres mains,
en silence et en temps voulu, onze tuniques d'orties.
Elle n'eut pas le temps de finir le dernier manche ; le cadet garda une aile de cygne."
Akim ! Vous partez quand il aura fini de pleuvoir ?
Bien sûr, on s'en va.
Allez, fourres-y c'qui faut !
Pas vrai que c'est Ă peine en automne que vous rentrez ?
P't' ĂȘt' ben qu'oui !
Allons, grouille-toi, Akim !
Quand est-ce qu'on arrivera encore Ă Bucarest ?
T'es drĂŽle Catanoiu, tu crois p't'ĂȘt' que Bucarest va changer de place ?
Allez, pĂšre Ilie, allez !
Paraskiv !
Qu'est-ce que tu veux ?
Les chevaux, t'as bien mis quelque chose dans leur auge ?
Des rafles que jâai mis.
Voire.
Akim... Une fois Ă Bucarest, ouvre lâĆil, hein !
ParaĂźt que ma sĆur Guica crie sur les toits que je n'vous laisse pas amasser des sous.
Ăa alors ! C'est moi qui vous laisse pas ?
Allez, Akim ! Manie-toi donc !
Allez, va, qu'est-ce que tu attends ?
Akim, écoute, dans une semaine, 'y a la moisson.
AchĂšte quelques faucilles et envoie-les-nous par I âEffilochĂ©.
Comment veux-tu que je le trouve ?
T'as qu'Ă demander : OĂč qu'il loge I âEffilochĂ©, qui est de not âvillage ?
Assez bavardĂ©... Not âfils s'en va et toi... Akim, mon gars, achĂšte-moi donc un fichu !
T'entends, Akim, c'qu' elle dit, ta mĂšre ?
Envoie-lui quelque chose comme une douzaine de fichus.
Une douzaine de fichus, mal embouché !
Ăa va, demain tu iras Ă lâĂ©cole.
Acte :
"Nous déclarons que M'sieur Ilie Moromété, du village Untel, district Untel,
n'a plus le droit de payer le foncier et lâimpĂŽt".
Merde alors, pĂšre Ilie... Elle est bien bonne celle-lĂ .
Tu rigoles, bon, mais demande-moi un peu...
T'as gros Ă payer ?
N'en parlons plus. L'annĂ©e derniĂšre, tu n'sais mĂȘme pas que c'est moi en personne
qui ai empĂȘchĂ© lâargent de confisquer ta charrette.
C'est que tu es toujours à atermoyer... Ne t'aurait-il pas confisqué quelque chose ?
Pour ça non ! Mais ça va pas tarder !
Qu'est-ce qu'il peut bien de confisquer ? Laisse tomber !
Une fois élu au conseil communal, on se débrouillera.
Qu'en penses-tu ? Prends !
Dis, donc, je lâai laissĂ© partir Ă Bucarest.
Je lâai laissĂ© partir Ă Bucarest, oui.
Pour qu'il m'envoie des sous.
Mais jâai peur que lâEcorchĂ© na s'amĂšne Ă nouveau pour le foncier.
Comprends pas...
Quoi, tu comprends pas que jâai laissĂ© partir Akim Ă Bucarest ?
J'ai laissé partir Akim, mon fils.
Et alors ?
Pour qu'il m'envoie des sous.
Je vois toujours pas le rapport.
En ce moment, jâai pas d'sous pour le foncier.
Et alors ?
Alors, prĂȘte-moi 4000 lei pour le foncier
et quand mon gars m'enverra des sous, je te las rendrai.
Pourquoi tu vas par quatre chemins ?
J'aime faire plaisir Ă mes amis.
Allons au cabaret... j'ai pas lâargent sur moi.
Allez, viens !
Salut, Tugurlan !
Salut !
Elles vont vous dépouiller, Nila, c'est couru.
Tu sais c'qu'on dit au village ?
Que ton pÚre, il veut laisser à sa vielle la maison et la moitié du terrain.
Et ça, parce que t'es une chiffe et que tu comprends rien à rien.
La fortune est Ă ta pauvre mĂšre et le village sera avec vous.
Ton pĂšre, il n'a pas d'amis.
Il dit qu'il a honte.
Il comprend pas que les gens se moquent de nous,
juste parce qu'on leur laisse profiter de notre travail.
Nila, tu n'sais p't'ĂȘt pas c'qu'on dit ? Que c'est nous les Ăąnes bĂątĂ©s.
Les filles vont te tirer par le fond des pantalons, tout comme Nastase-Péte-en-sac.
T'es une homme, toi ? Moi, je m'serais marié dix fois.
Mais, j'ai pas voulu. A cause de toi et d'Akim !
J'espérais faire de vous de vrais hommes.
Ta, ta, ta... faire des hommes. Ăa m'Ă©tonne que tu n'te regardes pas.
C'est pas pareil. J'suis pas bĂȘte comme mes pieds, moi.
Oh, ça va, assez ! Dites-moi plutÎt, C'est pour quand votre départ ?
J'veux vous préparer une croûte.
Paraskiv !
Paraskiv, arrĂȘte !
Qu'est-ce qui t'arrive ? Pourquoi tu t'es arrĂȘte ?
FrĂšre, oĂč qu'on va ?
Comment il va moissonner pĂšre, sans chevaux ?
Bougre d'imbécile !
Ilinca, tu m'entends, donne-moi quelques fleurs, tu veux bien ?
- Donne-moi quelques fleurs ! - Oh, lĂ , lĂ , tais-toi !
Ăa suffit comme ça !
Hier tu courais aprĂšs les moutons, aujourd'hui la couronne te tracasse.
Des fleurs de mon jardin pour les gosses Ă tout le monde !
J' t'en prie, Ilinca, c'est lâinstituteur qui a dit qu'il m'en faut une, de couronne.
Maria, tu pourrais bien laisser ton tricot de cĂŽtĂ© et aller Ă lâĂ©glise de temps Ă autre
pour écouter les saintes Evangiles. Ton ùme ira en enfer.
Qu'est-ce que ça fait que jâaille aux enfer ? C'est quoi, lâenfer ?
Quelqu'un en est-il revenu pour raconter ?
Tiens, c'est vrai ça !
Ăa peut pas ĂȘtre pire qu'ici-bas.
Et lâĂąme, qu'est-ce que c'est ?
Une sorte de vapeur qui se promĂšne.
Vrai, qu'elle se promĂšne !
Les pauvres ! A quoi elles ressemblent, vos Ăąmes.
C'est le Malin qui y rĂšgne.
Vrai qu'il rĂšgne !
Maman ! Maman !
Dis donc Ă Ilinca de me donner quelques fleurs de son jardin.
M'sieu lâinstituteur a dit que je m'amĂšne pas sans couronne.
Vas le cueillir toi-mĂȘme dans le jardinet.
Ăa alors, c'est peut-ĂȘtre vous qui bĂȘchez ce jardin !
Depuis quand t'es aussi chiche, toi ?
C'est beau, hein, d'ĂȘtre gĂ©nĂ©reuse sur le dos des autres.
Ouf ! Mauvaise herbe...
Ilinca ? OĂč peuvent-ils bien ĂȘtre, les gars ?
Ils gardent les chevaux dans le pré.
Pourquoi ils sont pas de retour ?
Va le leur demander !
J'avais priĂ© lâaĂźnĂ© de venir chez moi, rĂ©pares les poutres de grenier.
Qu'est-ce qui se passe, espÚce de cinglés ?
Pourquoi vous avez amené les chevaux dans cet état ?
Vous m'entendez ? Nila, tu es sourd ou quoi ?
Tu comprends pas que les garde-champĂȘtres nous ont couru aprĂšs ?
Les chevaux sont entrés dans le champ d'avoine.
Allez au diable, tous les deux !
Moi, jâvous tricote des bas et vous... des chiffres molles, voilĂ ce que vous ĂȘtes !
Le diable vous emporte et vos sales gueules avec.
Les filles ont raison de vous laisser en guenilles, pauvres cruches. Bougre d'abrutis.
PĂšre !
Qu'est-ce que c'est ?
PrĂȘte-moi ton chapeau pour aller Ă la distribution des prix.
Fiche le camp !
Allons, pĂšre, prĂȘte-lui ton chapeau, qu'il s'en aille une bonne fois.
Il n'arrĂȘte pas de pleurnicher depuis le matin.
Tiens ! Et maintenant va-tâen ! Grosse caboche !
A-t-on jamais vu pareille tirelire ? OĂč tu vas ? Qu'est-ce que tu vas faire Ă lâĂ©cole ?
Moromete ! Tu es lĂ ?
OĂč veux-tu que je sois ?
Mettez la main Ă pĂąte et bichonnez-moi bien ces chevaux.
- Salut ! - Salut, salut !
Tu veux une cigarette ?
Ou plutÎt, allons au cabaret boire un verre. C'est ma tournée.
Tiens ! C'est du nouveau, ça.
Si on comptait mes tournées, tu serais pas fier !
Mais si, comptons-les !
- Laisse tomber ! - Mais non, comptons...
Raconte plutĂŽt, qu'est-ce qu'il te voulait Aristide ?
Des conneries ! Paraßt que nous n'allons pas au réunions... qu'il y aura les élections...
Ecoutez mon avis. Il n'y aura plus d'élections pour Aristide ou pour personne.
Comment ça, Coquelet, plus d'élections ?
Comment ? Diriger sans ĂȘtre Ă©lu ?
Vous savez que jâai fait cette nuit ?
J'ai roulé des cigarettes et j'ai réfléchi. J'ai réfléchi et j'ai roulé des cigarettes.
Vu ? Toute une nuit j'ai fumé et j'ai réfléchi.
Et j'ai encore fumé, jusqu'à exploser ! Et puis, je me suis endormi.
E à quoi t'as réfléchi, Coquelet ?
Je ne le dis pas Ă des imbĂ©ciles qui ne savent mĂȘme pas tenir leur langue.
Allez, vas-y !
J'tais chez Marinesco pour une tzouika. Il y avait 2 types qui discutaient au comptoir.
J'sais pas c'était, ils étaient venus en cabriolet,
mais en tout cas c'était des types intelligents, pas comme vous deux.
Mais c'qu'ils racontaient c'étaient des foutaises.
Ils disaient que les chemises noires s'amĂšneront au pouvoir et que
les agrariens n'y feront pas opposition.
Ils disaient que les partis c'est fini parce qu'ils ne sont pas Ă mĂȘme de gouverner,
qu'ils font rouler le pays Ă lâabĂźme et qu'il faut les empĂȘcher.
Et c'est Boileau et le fils au Baveux qui lâempĂȘcheront ?
Allons, tu déconnes...
J'avais bien raison. Faut-il que vous soyez bĂȘtes !
Les chemise noires, c'est pas d'la blague.
Tu ferais mieux de la boucler... Combien de voix ils ont eues en hiver, ceux-lĂ ?
"Trois petits chats criant famine Se disputaient une tartine
Et pour que justice soit faite. Ils cherchĂšrent un juge honnĂȘte.â
Qu'est-ce qu'on fait lĂ ?
C'est la distribution des prix.
Allons voir !
"Il mordit d'abord un coin Pour égaliser les parts
Il rongea ici et lĂ En insistant sur le lard...
Lorsqu'il fut rassasié Avec des gestes assurés,
Trois... trois petites parts il découpa Qu'il rendit aux trois petits chats".
Malin ce matou, hein, Moromété ?
Garçons : premier prix - Moromété Niculae.
Qui ça ? Qui ?
Le fils à Ilie, le fils à Moromété.
Ote ton chapeau !
Le pauvret ! Il n'en a jamais eu de chapeau.
V'lĂ qu'il ne sait qu'en faire. Il le garde sur la tĂȘte.
Récite ta poésie !
"Les braves semeurs portant leur sac..."
Ăa suffit, Niculae, ça suffit.
"Au long des..."
Allons, Niculae, ça suffit !
Qu'est-ce qu'il y a, ton gosse, pourquoi il lâempĂȘche de rĂ©citer ?
Filles : deuxiĂšme prix - Paliu Maria.
Niculae, qu'est-ce qui t'arrive ?
C'est mon jour de fiĂšvre. Y'a deux jours sans, et un avec.
Allons... J' t'emmĂšne. Tu peux marcher ?
Marchons au soleil.
PĂšre, j'ai la tĂȘte qui tourne et puis j'ai froid.
Allons, allons...
Je glisse.
LĂ , lĂ . Allons, doucement.
Bougre de sale histoire !
Vous tombez malades quand il ne faut pas.
Vous n'obéissez jamais !
LĂšve-toi, Niculae !
Allons, allons, lĂšve-toi !
Laisse-le dormir.
Porte le déjeuner à la charrette, donc. On sera encore là à midi.
Ben, qu'est-ce que je suis en train de faire, moi ?
Ilinca !
Allons, lĂšve-toi, tu m'entends, lĂšve-toi donc, on va moissonner.
Nila !
Quoi ?
Remplis la cruche.
J'attendais ton avis.
OĂč sont les faucilles, hein ?
Tu ne voudrais pas qu'elles t'appellent, quand mĂȘme.
Nila, un peu de mazout pour graisser les roues.
Les roues ? On les a déjà graissées hier.
Alors, pourquoi elles grincent ?
N'oublie pas qu'en fin de journée, faudra faire la moisson chez tante Maria.
Ăa va !
Tita, n'oublie pas les oignons.
OĂč est lâenclume ?
Tiens, la voilĂ .
Maman...
La sel. On a oublié la sel.
T'aurais pas oubliĂ© ta tĂȘte, une fois pour toutes ?
Allez, on y va !
Niculae !
Si Bisisica était là , t'aurais pu dormir, Niculae.
Hue !
Allez, viens, Niculae...
Nila, va mesurer les parts et arrĂȘte de tourner en rond.
Pourquoi tu le fais pas toi-mĂȘme ?
Tu vois pas que jâai Ă faire, mufle ?
Et, moi, je fais rien, peut-ĂȘtre ?
Va mesurer les parts et tais-toi un peu.
Niculae, tiens-toi tranquille, qu'est-ce que t'as ?
Qu'est-ce que vous attendez pour commencer le travail ?
Il est bientĂŽt midi !
Passe-moi un peu cette faucille pour voir si elle coupe.
Passe-la-moi, t'entends ?
Je veux pas de celle-ci !
Allez-y ! Commencez une bonne fois !
Ne me regarde plus comme ça.
Nila, y'a un moment, la Manda a demandé de tes nouvelles.
Toi, j'vais t'envoyer mon pied quelque part !
Vas-y Niculae, prends donc cette faucille et mets-toi au travail.
Pourquoi, Nila, tu n'aimes plus la Manda ?
MĂȘme qu'elle a prĂ©parĂ©s son trousseau : 20 oreilles qu'elle a.
HĂ©, Nila !
Regarde bien s'il y a une cigogne dans les parages, demande-lui de t'aider.
Qu'elle ramasse les épis aprÚs toi.
T'as beau me regarder de travers.
T'as qu'Ă les ramasser toi-mĂȘme.
PĂšre, viens lier ces gerbes, t'attends le soir pour le faire ?
Qu'est-ce que t'as à crier comme ça ? Tu m'as fait peur.
Dieu, quelle fournaise !
Moi, je me tire.
Hé, Voicu, dis donc, on peut se défendre contre ce soleil ?
Il nous fait fondre.
Qui ça ?
Le soleil.
Tu ne sens pas comme il brûle ?
Allez, viens Ă lâombre. Tiens !
Maudites cigarettes !
C'est bien le moment de bavarder quand les tiges Ă lier les gerbes sĂšchent si vite.
Firica, tu ne vois pas que ce cheval n'a rien Ă manger ?
Arrache un peu d'herbe !
En Roumanie en aura du pain Ă se mettre sous la dent, dis donc, Voicu...
Est-ce que je sais moi, Moromete ?
C'est pas Birica et Polina ?
Est-ce qu'ils se sont raccommodés avec le Baveux, pour faire la moisson chez lui ?
J'en sais rien, moi !
Bonjour, pĂšre Ilie !
Bonjour, fiston !
J'te parie qu'il y aura du grabuge.
Bonjour, PĂšre Tudor !
Tais-toi ! Nous sommes venus pour la moisson, pĂšre Tudor,
faut nous entendre entre braves gens.
Quoi ?
Tu crois qu'on va discuter ?
Firica, va dire Ă Victor de s'amener.
Bouge pas, Firica. Bouge pas.
Vas-y, sale petite peste ! A qui tu obéis toi ?
PĂšre Tudor, tu ne veux pas qu'on cause ?
Mieux vaut faire la paix.
Et vous vous avez rien Ă foutre ?
Vous voulez faire connaissance avec mon gourdin ?
Victor ! Viens, c'est pĂšre qui t'appelle.
Allons, faut mesurer ta part.
Comment ? Birica est lĂ ?
Qu'est-ce qu'il vient f... sur not âchamp ?
Qu'est-ce qu'il nous veut, Birica ?
HĂ©, Birica !
Laisse-le aboyer !
Tu m'entends, oui ou merde ?
Dis donc, c'est le champ de ton pĂšre p't'ĂȘtre ?
Qu'est-ce que tu viens chercher sur not âchamp, le diable t'emporte, voleur !
File, ou je t'envoie Ă six pieds sous terre !
T'as osé lever la main sur Victor, graine de voleur !
ArrĂȘte, arrĂȘte !
T'as pas honte, elle n'as pas assez trimé pour toi ?
C'est pas ta fille ?
ArrĂȘte, Tudor, arrĂȘte ! Qu'est-ce que tu fais ? ArrĂȘtez, ho, brave gens !
Vous ĂȘtes la risĂ©e de village. Quelle honte !
Allons, Tudor, voyons...
Allez, ouste !
Tu m'as frappé, hein, Birica ?
F... le camp !
Ecoute Victor, laisse-le ! Calme-toi !
Je ne veux pas que les gens disent que jâai chasĂ© ma propre fille.
Allons, nous-en !
On verra bien.
Pourquoi tu m'as empĂȘchĂ© de lui donner une bonne raclĂ©e ?
Je lui aurais fat maudire le jour oĂč il est nĂ© !
Hé, Victor, Birica a endommagé légÚrement tes facultés !
C'est lui qui viendra chialer Ă notre porte. Tu verras !
Hé, descends ! Allons, qu'est-ce que t'as à rester comme ça ?
Laisse-le, il a bien travaillé...
Il a eu le premier prix Ă lâĂ©cole et au travail il n'y est pas allĂ© de main morte !
Nen quoi, je lâai eu pour rien, ce prix ?
Niculae, tu tiens la faucille comme si c'était une cigogne.
A table !
Vous m'entendez pas ?
Pourquoi n'avez-vous pas réchauffé ces haricots ?
Tiens, je pensais qu'ils étaient froids.
Qu'est-ce qui est froid ?
Les haricots.
Ouf, toujours tes sales tours.
Tu fiches rien et en Ă©change t'arrĂȘtes pas de parler.
Mais qu'est-ce qui je dis, bon Dieu ?
Comment savoir qu'ça brûle ?
Maman, maman !
Qu'est-ce qu'il y a, Niculae ? Pourquoi tu dors pas ?
T'as parlé a pÚre ?
Mais oui, je lui a parlé. Laisse-moi dormir !
Maman, supplie-le, prie-le !
T'as bien vu que jâai eu le prix sans aller chaque jour Ă lâĂ©cole.
Je travaillerai et j'aurai une bourse.
Dans huit ans, je serais instituteur.
Pourquoi pas pope, pendant que tu y es ?
HĂ©, lĂ , vous vous reposez ou quoi ?
Qu'est-ce que tu veux, Niculae ?
Tu veux aller Ă lâĂ©cole ? Maintenant ? Aujourd'hui ?
Hé, Gheorghe, vous m'avez oublié ? Allez-y !
Hé, Vasile, vas-y moins fort, a poussiÚre nous étouffe.
Anton, fais voir tes yeux !
Va Ă la maison et dis Ă ta mĂšre que l'battage est Ă midi et qu'elle mette une poule au pot.
Vas-y, cours !
Et dis-lui de te donner de lâargent de las cachette pour acheter un quart de tzouika.
Allez ! Ouste !
HĂ©, Tugurlan !
Prends-en une !
Tu ferras dans le douze cents ?
De boisseaux ?
Oui.
Non, mille tout a plus.
Cet hiver chaque paysan aura du pain sur la table.
Combien de hectares tu as Ă ferme ?
Un seul.
Et une moitié de la moisson va chez Madame ?
La paille est Ă moi.
Et tu continues Ă travailler pour elle ?
Faut bien, quoi !
Ma va donc ailleurs !
Ăa alors ! CĂ©der la moitiĂ© de son travail !
Il me restera toujours la paille !
Te veux dire que si tu gardes toute la paille ce n'est plus moitié-moitié ?
Justement.
Alors ça, vraiment, ça change tout.
Que Madame aille se faire f... et son domaine avec.
Dis-moi plutĂŽt si le gouvernement va tomber, oui ou non ?
Qu'y a-t-il ?
Tugurlan, viens avec moi !
Stan ! Stan !
Qu'est-ce que tu veux faire ?
Qu'est-ce qui tu prends ?
Je veux voir si c'est vrai qu'on nous vole la farine.
Tu pourras jamais voir ça.
Bien sûr que je pourrais !
Si c'est pas vrai, je me tiendrai tranquille. Allons-y !
Oudoubeasca Gheorghe, 2 sacs.
Cainaru Vasile, 3 sacs.
Pourquoi vous avez battu Ion Ă Mihai ?
Qui lâa battu ?
C'est ton frĂšre qui lâa battu.
Viens ici, Ion.
Tiens, te revoilĂ .
Tu m'as traité de voleur, hein, sale péteux !
Et pourquoi il t'a traité de voleur ?
Toi, mĂȘle toi de tes affaires.
Pourquoi il vous a traité de voleur ?
Tu veux que je te le dise ?
Qu'est-ce que tu as Ă dire, hein ?
Parce que t'as monté ce tuyau pour chiper la farine des gens, voilà , c'est pour ça.
Dis que c'est pas vrai ! Allez, dis-le !
Tu oses dire ça ? Je t'em...!
Va-t'en, va-t'en, il te tuera !
Tugurlan, tu ferais mieux de rentrer lĂ -dedans. Allez, sauve-toi !
Me sauver ? Pourquoi ?
Nastase est allĂ© chercher de lâaide. Va-tâen !
Comment ?! C'est eux les voleurs et c'est moi qui dois me sauver ?
C'est eux qui m'attaquent et c'est encore moi qui dois me sauver ? Restons tous sur place.
Pesons les sacs. Je leur ferai procĂšs, moi.
Pourquoi m'enfuir ?
Pourquoi ça, m'sieu le brigadier ?
Je vais t'expliquer ça au poste. Allons ! Toi aussi, Ion.
Pourquoi tu me frappes sans savoir de quoi il s'agit ?
Pas possible ! J'sais pas de quoi il s'agit ?
C'est pas toi qui lui ai rentré dedans à M'sieu Take ?
Non, c'est lui qui m'a sauté dessus, à bras raccourcis !
- Vraiment ? - Vraiment.
Et alors, pourquoi tu n'es pas venu me le dire ?
Je suis lĂ pour cueillir des pĂąquerettes, peut-ĂȘtre ?
J'ai demandé pourquoi y'a moins de farine dans nos sacs.
Ah, bon !
...Et pourquoi il a rossé Ion. Alors, il m'a sauté dessus.
Perdez pas votre temps, brigadier ? Allez, au poste !
Moins de farine donc ?
M'sieu le maire est un voleur ?
Pour tout le monde, m'sieu le maire est m'sieu le maire, et pour toi c'est un voleur.
Oui ! Pour moi m'sieu le maire est un voleur !
Le gendarme le trouvé son maßtre !
Qu'est-ce que attendez ? Embarquez-le !
Ah, m'sieur le maire !
Pourquoi t'amĂšnes les gendarmes si tu es honnĂȘte ?
VoilĂ , c'est que tu n'es pas honnĂȘte, m'sieu le maire.
Au secours ! Au secours ! Gendarme !
T'es un voleur et t'as peur que les gens lâapprennent.
Tu viendras chez moi reprendre ton arme, m'sieu le brigadier.
Donne-moi cette arme !
Allons, Ion !
Donne cette arme, je te dis !
Tugurlan, donne cette arme !
Maintenant t'auras lâair fin sans ton arme, m'sieu le chef !
Tugurlan, rends-moi lâarme, espĂšce de cinglĂ© ! Bougre d'enragĂ© !
Salut, Moromete !
Salut ! Qu'est-ce qui se passe ?
Allez, prends !
Voyons, Tugurlan ! C'est encore Ă moi que tu en veux...
Tu vois, Ilie, s'il m'avait Ă©coutĂ©, je lâaurais menĂ© au poste,
je lui aurais donné une bonne correction, et fini !
Mais moi, jây peux rien.
Aristide a téléphoné chez le préfet. Il voulait rendre justice, hein ?
Je m'en vais, ils ont un bon bout de chemin Ă faire. Allons-y !
Salut, MoromĂ©tĂ© ! Ăa passera, crois-moi.
Courage, Tugurlan !
PĂšre !
PĂšre !
Quoi ?
Je vais Ă lâĂ©cole, moi.
Vas-y !
J'irai, vous verrez bien.
Niculae, mon petit !
Viens manger, Niculae.
Au moins ne te moque plus de lui c'est tout ce que tu sais faire !
Ăa te reprend ?
C'est pour ça que t'es parti ?
OĂč ça, pĂšre ?
OĂč ça ? A Bucarest.
J'ai rencontrĂ© lâEffilochĂ© qui m'dit :
"Ton fils Akim se donne des airs Ă Bucarest".
"C'est possible, pourquoi pas ?"
"Parole ! J'étais à la Gran' Foire et j'entre dans un bistrot pour casser la croûte.
Et qu'est-ce que je vois : Akim.
En compagnie d'une bonne femme qui Ă©tait servante chez not âpope.
Et comment qu'il Ă©tait mis ! J' lâai pas reconnu d'abord.
Cravate, souliers, tout le paquet".
VoilĂ .
Et puis aprĂšs ? Il aurait pu les trouver en soldes.
Ilie !
Ilie !
Tu entends ?
J'ai peur qu'il arrive malheur Ă Niculae.
Que veux-tu qu'il lui arrive ?
Tu n'as toujours pas compris qu'il aime aller Ă lâĂ©cole ?
Qu'il y aille, personne ne lâen empĂȘche !
Ilie !
Je n'en peux plus ! Non, vraiment, je deviens folle.
Je ne dors plus avec ces rĂȘves.
Maintenant, câĂ©tait lâagent sanitaire qui emmenait Niculae Ă lâhĂŽpital,
et quand jây suis arrivĂ©e,
j'ai vu une lumiĂšre Ă la morgue et je me suis dit :
"Mon Dieu, mon petit est mort" et je me suis réveillée.
On verra, j'attends des sous. 'Y'a deux mois que le gars est parti.
Ilie, dis-moi une fois pour toutes : c'est oui ou non ?
Sans quoi, je vends œ hectare de mon lot et ce sera lâargent pour lâĂ©cole du petit.
Qu'est-ce que tu as, mon petit ? Qu'est-ce que tu as ?
Mon livre...
Quoi, ton livre ?
Elle m'a de nouveau pris mon livre pour m'empĂȘcher d'aller Ă lâĂ©cole.
Fous-moi la paix ! Tes bouquins, je m'assieds dessus.
Niculae ! HĂ© !
J'te dirai oĂč il est.
Si tu me dis oĂč va chier le chat.
Vous n'avez pas de cĆur. Vous faites exprĂšs de le faire pleurer.
Il aura de nouveau la fiĂšvre.
Je m'en fous. Pour toi, c'est peut-ĂȘtre dĂ©jĂ un "monsieur"?
Facile Ă dire : mais lâĂ©cole, c'est pas donnĂ© !
Ouvrez la porte, allez !
Y'a tant de haine en toi, Paraskiv,
que si ton pĂšre mourait, tu nous chasserais d'ici avant lâenterrement.
Et moi qui vous ai élevés comme mes propres enfants...
Viens, ne reste plus lĂ ! Allons ! Viens donc !
Ecarte-toi du chemin.
Tu es sourd ? Ho ! Ho ! Tu n'entends pas ce que jâai dit ?
Laisse-le, Ilie, il a assez pleuré. Ils lui ont caché son livre.
Qu'avez-vous fait de ce livre, hein ?
On n'en sait rien, nous. Va le demander Ă Ilinca.
J'crois avoir aperçu ce matin un livre dans le fumier...
Alors va le chercher lĂ oĂč tu lâas vu. Va !
C'est avec ta langue que tu vas le nettoyer, animal !
Moromété !
HĂ©, lĂ !
Qu'est-ce que tu me veux ?
Paie le foncier !
J' lâai pas payĂ© ?
Moromete ! La question est : tu paies, oui ou non ?
Tu as récolté mille boisseaux de blé. Impossible de resquiller.
Mais tu ne sais pas oĂč en sont les prix ? Tu m'obliges Ă vendre Ă 27 lei le boisseau ?
Ăa ne me regarde pas, moi !
Si dans deux heures tu n'as pas payé,
je reviens avec les gendarmes pour saisir tes bĂȘtes. C'est clair ?
Au revoir ! Allez, viens !
On va chez Dumitru.
Quoi ?
Vous n'en avez pas assez de m'embĂȘter tous ?
Pourquoi ne paies-tu pas tes impĂŽts, hein ?
Tu voudrais que je te les paye de ma poche, hein ?
M'sieu Lixandru, accorde-moi deux mois.
Je ne peux pas vendre le blé au prix qui court.
Impossible, mĂȘme pas deux jours ! MĂȘme pas deux heures.
Vous venez tous ici comme si jâĂ©tais l'Etat pour vous exempter.
C'est lâEtat qui veut cet argent, pas moi !
Mais j'ai pas les moyens. Alors ?
Alors ? Je prends tes bĂȘtes, voilĂ !
De quel droit ?
L'Etat ne t'oblige pas de me faire crever, en ce moment, quand je n'ai rien Ă te donner.
Attends jusqu'en hiver. L'Etat a plus d'argent que moi pour...
Moromété, j'ai assez différé. Suffit !
Cette année, le Fisc est plus sévÚre que jamais.
VoilĂ , c'est lâordonnance 4020. C'est le moment de payer, jâai dit.
Plus possible d'ajourner.
Rentre chez toi, vends et paie car je ne peux plus t'aider, y'a rien Ă faire.
L'atermoiement, c'est fini.
Eh, bien, eh bien, Moromete, on vient Ă la mairie et on fait semblant de ne pas me voir ?
Viens, on Ă causer.
J'ai prié le percepteur de m'accorder un sursis, mais il ne veut rien entendre.
On a eu deux réunions à la banque.
Je pensais que tu allais venir avec Coquelet et Dumitru, mais vous n'avez rien fait.
A moins que conneries,
et tu marches avec lâopposition.
Quoi ?
Il y a eu des élections et nous, on n'a pas voté ?
Il était nécessaire qu'on vous voie à ces réunions.
Si vous y aviez été, les autres seraient venus aussi.
C'est comme ça que les chemises vertes gagnent du terrain, Moromete,
et sous peu, ça va chauffer.
Enfin...
Comment vas-tu ?
Je me suis laissé dire que t'as vendu du blé.
Pourquoi que tu me regardes comme ça, t'as compris déjà ?
Ăa m'a mis la puce Ă lâoreille.
T'aurais pas dans lâidĂ©e, des fois, de me demander de te rembourser ?
Si, justement. Cet argent il me faut.
Mais je n'en ai pas.
Je ne peux pas vendre le blé maintenant, le prix est trop bas.
Ăa ne me regarde pas.
J'ai vendu un peu pour envoyer le petit Ă lâĂ©cole.
Dumitru, oĂč est-ce que tu vas ?
Je veux parler au percepteur.
N'y va plus ! C'est peine perdue. C'est un couillon.
Retourne chez toi, Ă ta besogne.
On nous a mis le couteau Ă la gorge, Dumitru.
Tu crois que tout un peuple va supporter qu'on lui prenne son blé pour rien ?
Ou bien c'est le prix qui montent, ou bien c'est lâimpĂŽt qui baisse.
Et avec quoi je le paierai, le foncier ?
On verra bien, le printemps venu.
Pourvu qu'on ne me prenne pas ma vache !
Ils ne te la prendront pas.
Ecoute-moi bien, ils ne peuvent pas faire ça, parce que c'est dangereux, crois-moi.
Allons-nous-en !
Je pourrais bien te prĂȘter quelque chose, MoromĂ©tĂ©,
mais c'est mon capital et il faut me le rendre vite.
Dans combien de temps ?
Euh, voyons, dans 8 jours tout au plus.
Dans 8 jours je veux acheter des poules pour les revendre Ă Bucarest. Tu comprends...
Tu lâauras dans 8 jours.
J'ai de lâargent, 'y'an ces moutons que je dois vendre, mais j'attends Akim.
Il sera de retour dans deux ou trois jours.
Je les porte Ă la foire Samedi prochain et Dimanche tu auras lâargent.
Non, Moromete, il me le faut, cet argent...
Mais puisque je te dis Dimanche...
Ecoute, pourquoi tu crois qu'il rentre pas de Bucarest, Akim ?
Tu crois que j'te mens ?
Je vais te répondre, mais ne va pas m'engueuler si c'est pas vrai.
C'est Catanoiu qui m'l'a dit.
Qu'est-ce qu'il t'a dit, Catanoiu ?
Ilie, tes fils ont décidé de s'enfuir.
Akim ne reviendra plus avec tes moutons.
Comment ? Que dis-tu, lâEffilochĂ© ?
P't'-ĂȘtre qu'il a menti, Catanoiu.
'Y'a trois mois qu'il est parti.
Il ne m'a pas envoyé un sou.
Pas un leu, lâEffilochĂ©.
Akim, Akim...
Nila, Nila...
Paraskiv, Paraskiv...
J'pense pas que ce soit vrai. Je ne crois pas que tes fils...
Mes fils...
Mes fils, ils sont malades, lâEffilochĂ©.
S'enfuir ? Et pourquoi ?
J'les ai pas laissĂ©s, moi, faire Ă leur tĂȘte, en toute libertĂ© ?
Et s'ils étaient venus m'dire "écoute, on veut quitter la maison ?"
tu crois que je les aurais empĂȘchĂ©s ?
"Pourquoi courir aussi vite, mes braves ?" je leur aurais dit.
"Vous ne pouvez pas marcher lentement ?"
Pousse-toi ! Va-tâen !
Tita, Ilinca, laissez le travail et venez ici !
Qu'est-ce qui se passe, Ilie ?
Il aura voulu emprunter de lâargent et il n'a rien trouvĂ©.
On en a vu d'autres. On vendra et on paiera. LĂšve-toi, tu m'entends ?
Sortez tous ! Sortez d'ici !
Allez au travail ! Laissez-la tranquille !
Akim, il est parti avec les moutons y'a trois mois, et on n'a pas vu d'argent.
Et c'est toujours aprĂšs nous qu'il crie ?
Tita ! Ilinca, vite !
Et ça aussi, vite ! Tout c'que tu peux porter. DĂ©pĂȘche-toi ! Faut pas qu'ils nous voient.
On sort par derriĂšre. Allons.
Moromété ! Paie le foncier !
Paie, Moromété !
Ecoute, lâargent, on vendra et on paiera. Tu pourrais bien ajourner un peu.
Assez ajourné. Vous avez votre terre, vous avez votre récolte, vendez et payez.
Trois mille plus deux mille... ça fait 5.614 lei.
On les a pas. Faut bien remettre ça.
Pas question.
Je prends vos affaires.
Ouvre le coffre !
Ecoute, lâargent, tu vas pas nous Ă©corcher !
Passe à cÎté ! Prends ce sac de laine et le chaudron.
Non ! Pas le chaudron !
Prends-le ! Laisse-le !
Non, ne me le prends pas, faudrait m'tuer pour me le prendre.
LĂąche-le !
Tout mais pas le chaudron. Je ne vais pas le lĂącher, c'est mon chaudron Ă moi !
Ilie, c'est lâargent pour lâĂ©cole du petit.
Niculae, maman ne t'abandonne pas.
Je vendrai un lopin et tu iras Ă lâĂ©cole.
Qui est là , qui cogne comme ça ?
Va ouvrir, Ilie, ça doit ĂȘtre Paraskiv.
Et alors ? Je ne suis pas son domestique.
HĂ©, lĂ ! Qui c'est ?
Ouvrez donc ! Si je me mets Ă cogner, la porte vous tombera dessus et la maison avec.
Pas vrai ! Allons voir ! Ce serait la premiÚre fois que quelque chose te réussirait.
Oh, pĂšre, tais-toi !
Cesse de cogner comme ça !
Pourquoi tu n'as pas allumé la lampe, Tita ? Tu le laisses dans le noir ?
Qu'il se allume tout seul ! Qui le force Ă rentrer Ă lâaube ?
J'te revaudrai ça...
Passe-moi plutÎt un caleçon et une chemise propres...
Tu ne pouvais pas te déchausser ? T'as mouillé partout.
Oh, lâicĂŽne, vous ĂȘtes fous ?
Qu'est-ce qu'il y a, Paraskiv ?
La grosse vache chez qui tu as Ă©tĂ© t'a peut-ĂȘtre cochonnĂ© la gueule, hein ?
Pauvre garçon ! Maintenant que t'es un vrai gars...
DrĂŽle de gars, plus sale que ses chaussettes !
Tita, arrĂȘte sinon je vais t'apprendre, moi !
Ăa va, ça va...
Tu perds rien pour attendre !
Ăa, c'est parler.
OĂč que tu as Ă©tĂ© ?
Pousse-toi !
Dis, oĂč qu'tu as Ă©tĂ© ?
Fous-moi la paix...
Paraskiv ! Nila ! Allez, debout !
Pourquoi tu nous réveilles ? Il pleut, ça se voit, non ?
Allons, Nila ! LĂšve-toi !
Bouge pas, animal !
Qu'est-ce que t'as dit ?
Pourquoi tu nous réveilles si tÎt ?
Tout la vie on a trimĂ© pour toi et tu nous laisses mĂȘme pas dormir ?
J'pensais qu'on avait Ă faire, Paraskiv.
Mais si tu veux dormir, dors.
Laissez-le dormir. Il est peut-ĂȘtre fatiguĂ©, le pauvre.
Il a tiré sur la charrue toute la nuit.
Claque la porte, casse-la. C'est tout ce que tu sais faire.
Je la claque et le la casse. C'est peut-ĂȘtre toi, qui lâa faite ?
Ilinca ! Vas-y ma fille et appelle ton pĂšre, dis-lui de venir ici.
Ha ! Tu crois que jâai peur de lui ? C'est du bon vieux temps ça.
PĂšre, pĂšre, oĂč tu es ? Viens vite !
Et toi Nila, tu montres les crocs ?
Tu aimes bien ĂȘtre le maĂźtre ici, hein ?
Eh bien, nous autres on va s'en aller.
On va vous laisser ici avec vot'pĂšre, pour crever ensemble.
Oui ?! Et oĂč allez-vous vivre ? Dans les grottes ?
Le bon Dieu aura bien soin de nous.
Vous allez le payer cher, malheureux.
Vous m'avez empoisonné la vie, espÚce de chiens enragés !
Laisse, maman, ne le prends pas au sérieux.
Apporte-moi une paire de chaussettes propres du coffre.
Attends tes chaussettes et bois de lâeau.
N'y touche pas !
ArrĂȘtez !
N'y touche pas ! Laisse-moi !
Ilie ! Arrive donc ! Ils s'entretuent !
Tu n'as pas le droit ! Touche pas, touche pas !
Tu n'entends pas, Ilie ? Tu t'es caché, diable d'homme !
Paraskiv, Paraskiv, laisse-la, tu vas la tuer.
Ilie ! Ilie ! Viens donc, que la mort t'emporte !
Ilie, Ilie, dĂ©pĂȘche-toi ! Viens ! Ilie !
Qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce qui vous prend ?
Tu vois oĂč on en arrivĂ© ?
Il y a des années que j'te dis qu'il faut mettre
une moitié de la propriété à notre nom
et bĂątir une chaumiĂšre Ă nous et leur laisser la maison.
Je les ai élevés comme mes propres enfants et voilà comme ils veulent nous tuer !
Qu'est-ce qui te prend ?
Tu ne sais pas ? Si au moins tu nous avais dit...
Qu'est-ce que t'as, Catrina, allons, dis !
Tu m'entends ?
Dis, mais dis-le alors !
Tu ne cries plus ?
Maman !
Mais c'est des caleçons de femme. Cache-les sous tes pantalons, on se foutra de toi !
Paraskiv et Nila, venez Ă la grange,
la pluie a rongé le toit et j'ai peur qu'il tombe.
Tant pis !
Nila, viens, les poutres vont céder.
Preste ici !
Au diable les poutres !
Evidemment, toi, tu t'en fous ! Mais la grange va tomber.
Et aprĂšs comment on s'arrangerait ? Tu en as une de rechange ?
Fiche-nous la paix. On bouge pas, vu ?
Ăa vu regarde.
Vous ne pourrez pas vous plaindre, je vous ai parlé bien gentiment, au moins !
Hé, Nila, hé !
Vous ĂȘtes prĂȘts ?
T'as pas compris qu'on n'y va pas ?
Si au moins il nous avait prévenues,
on aurait pris nos hardes et on serait parties !
Se moquer de nous comme ça !
Tais-toi, ma fille. C'est ton dépit qui parle.
Allons, Nila, la pluie a cessé.
Qu'est-ce que c'est que ce va et vient ?
Tu ne comprends pas qu'on ne bougera pas ? Vas-y tout seul !
Qu'est-ce que tu veux que je te dise, Paraskiv, je pensais simplement...
Tu pensais quoi ? Te fatigue pas !
Nila, toi au moins, tu es plus sage.
Aaah ! Il est plus sage, Nila !
Se sagesse vous en avez profitĂ©, au moins. Vous lâavez bĂątĂ© et fait trimer au fouet.
Et toi, qu'est-ce que tu attends, bĂȘte ?
Va chercher dans ce coffre quelque chose Ă te mettre.
T'es un va-nu-pieds, t'as des trous dans le fond de ta culotte et lĂ ,
c'est plein de soieries.
Aie !
Non, pĂšre ! Cogne plus !
Ne le frappe plus !
Allons, calmez-vous ! T'as pas honte ? Ilie, arrĂȘte ! Ilie, arrĂȘte !
Tu recommenceras ?
Tu recommenceras ?
Non, plus jamais !
Paraskiv, misérable !
Paraskiv, misérable !
Et toi aussi, Nila !
Tant que je suis en vie vous allez m'obéir, sinon, allez-vous-en !
Y'a des années qu'je me démÚne comme un diable dans un bénitier pour garder
vos terres intactes, espĂšce d'aveugles et de sauvages !
Et maintenant vous levez la main sur moi et sur les autres,
et vous prétendez qu'on a volé votre travail.
Vos terres intactes, voilĂ votre travail. Paraskiv, espĂšce de tordu !
Ton avidité... non, mais c'est de la maladie.
Ou n'a pas tous trimé et mangé à parts égales ? On est tous nu-pieds et sans hardes.
Aucun n'a eu plus que lâautre. J'peux pas vous donner plus que je possĂšde !
Qu'est-ce que vous me voulez, misérables ?
Que je me mette Ă voler sur le grands chemins ?
Salut, Moromete !
Salut !
Ăa fait un bon bout de temps que je t'ai pas vu. Comment ça va ?
Ăa va !
Et les gosses, ça va ?
Ăa va.
On dit que tu veux envoyer ton cadet, Niculae, Ă lâĂ©cole.
J'en ai un du mĂȘme Ăąge qui aime bien lâĂ©cole, lui aussi.
C'est cher, lâĂ©cole ?
Ohé ! Trafulica ! Viens !
Allez, viens !
L'maßtre d'école, Teodoresco, dit qu'avec une bourse on peut se débrouiller.
Qu'est-ce que tu penses ?
J'sais pas.
C'est pas Moromete ?
Que si.
OĂč qu'il va ?
HĂ©, Moromete, arrive ici, oĂč tu vas ?
C'est pas possible de passer comme ça, son chemin. Tu te fous du pauvre monde ?
Allez, viens discuter le coup, voir ce qui s'passe dans le monde.
Dites, des fois que vous n'auriez rien d'autre Ă fiche que palabrer ?
Saute-lui dessus...
Embarquez-le !
Plus vite, qu'on nous ne voie pas !
Allez, plus vite que ça !
Ilie... Dumitru...
Dumitru ! C'est pas vrai, mon vieux !
Bougre de fumier, qu'il aille se faire f... avec ses facultés, Moromete.
Ah, que ne lui ai-je cassĂ© la gueule, lâautre jour Ă la forge ?
Dis, Coquelet... Est-ce possible ! Cet avorton de Victor battre Dumitru !?
Moi, j'vous avais bien prévenu que les légionnaires, c'est pas de la blague.
Mais personne ne m'a cru.
Dumitru, que leur Ăąme...
sĂšche dans leur poitrine !
Tu nous abandonnes Dumitru, tu nous abandonnes ?
Préparez le petit. On part.
Avec quoi vous partez, Ilie ?
Comment, avec quoi on part ? En charrette !
Ilie...
Qu'est-ce qu'il y a ?
Mais qu'avez-vous ? Qu'est-ce qui se passe ?
Paraskiv et Nila...
Qu'est-ce qui leur arrive ?
Ils se sont enfuis.
Et ils ont emmené les chevaux aussi.
Ăa va. PrĂ©parez le petit !
HĂ©, Baveux !
Tu disais qu'tu voulais acheter de la terre.
A une condition, Moromete.
J't'en achĂšte si tu me donnes aussi le lopin derriĂšre ta maison.
Apporte lâargent et plus vite que ça, je suis pressĂ©.
Je veux acheter une paire de chevaux avant ce soir.
Je pars Ă la ville !
Allons ! Ecarte-toi, allez va !
Prends soin de toi, Niculae !
Niculae !
OĂč donc allons-nous, Niculae, oĂč allons-nous ?
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