All language subtitles for L Ancienne (2024)

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Original subtitles

[musique douce]

[la musique devient plus entraînante]

[la musique redevient douce]

[musique rythmée à la TV]

[tintements de vaisselle]

[présentatrice] Bonsoir à tous.

Nous sommes ensemble pour le tirage de l'Hypermillion.

- [musique dramatique Ă  la TV] - [il souffle]

Mon amour, si on gagne, tu sais ce qu'on fait ?

On part d'ici.

VoilĂ . Mais pour aller oĂą ?

En Italie.

Mais oĂą en Italie ?

- Ben, en Sicile. - [en italien] Ecco!

[en italien approximatif] La Sicilia! Palermo! Syracusi!

O sole mio!

- Ça fait 15 ans que tu dis ça. - [en français] Pardon ?

Rien, rien.

Tu m'apportes le tiramisu, s'il te plaît ?

Viens le chercher.

Mais non, chérie, ça va commencer. Ça commence !

Le premier numéro de ce soir.

- Le 26. - Le 26.

[rire satisfait] Ça commence bien.

Deuxième numéro.

- C'est le 6. - Le 6, oui, ça...

Ça fait deux.

Troisième numéro.

- Le 25. - Le 25.

C'est-à-dire trois numéros. C'est trois numéros.

Nadège.

Trois numéros. Il se passe un truc.

- Le 5. - Le 5 ?

[il marmonne]

Cinq... Nadège !

C'est quatre numéros, là.

- Tu plaisantes ? - Juré, non. Viens voir. Incroyable.

- Et enfin, le cinquième numéro. - Allez ! Allez ! Allez !

- C'est le 23. - [cri estomaqué]

[en chuchotant] Le 23...

- Chérie. - Quoi ?

On a cinq numéros.

- Quoi ? - Cinq numéros. Donne.

- Cinq numéros ? - Oui, les cinq. Cinq.

Je t'en supplie, mon Dieu.

J'ai jamais rien demandé. Le complémentaire.

Une fois.

- [il chuchote une prière] - Et le numéro complémentaire...

- C'est le 15. - Ouah !

[rire fou] Le 15 !

Le 15, je te dis, on a gagné !

Oui, oui, oui ! Mon Dieu, merci !

Mon Dieu !

Merci, mon Dieu !

[il rit]

Mais tu fais quoi ?

♪ J'aimerais tant voir Syracuse ! ♪

On a pas gagné ?

Mais non, on a pas gagné.

Bien sûr que non. Mais j'ai mon dessert.

Pauvre type !

Oh, chérie !

- C'est rien, c'est un jeu. - C'est bon.

Bon. Tu sais, on gagne pas Ă  tous les coups.

Bon, nous, on gagne jamais, mais voilĂ , euh...

Hein ?

[un homme imite l'ébrouement du cheval]

[homme] Fuyez, manants.

Vous n'êtes pas dignes de cette terre, foulée jadis par un célèbre croisé.

Fuyez, vous dis-je ! [rire mauvais]

HĂ©, t'en penses quoi ?

- Ça amènera personne au château. - Ah bon ?

Il fait flipper, ton gars.

Tu as pas tort. J'ai une idée.

Papi.

- Papi ! - Quoi ?

Tu y vas pas ?

Oh, merde !

La vache. On se voit lĂ -bas.

- OK. - La vache !

[musique douce]

Salut ! Ça va ?

Salut, Jean-Jean !

[crissement de frein]

[soupir]

Ma petite Lucette. Ça va ?

J'ai peu de temps, je remplace Maud au café.

Bah, elle va sur le continent.

Enfin, bon, je suis pressé.

Mais demain, promis, je resterai plus longtemps.

Je t'aime.

Salut !

[il souffle]

[rire]

Allez, Isidore, on croise les doigts.

- Si tu gagnes, pense Ă  moi. - Va te faire foutre !

Bonne journée à toi aussi.

Et embrasse Laure-Anne.

[homme] Ah, voilĂ  le Jean-Jean.

[rire] Salut, tout le monde.

Ça va, papa ? Je vais rater le bateau.

J'ai dit à ta mère au cimetière que je pouvais pas rester.

- Pour une fois, tu... - Non, jamais.

- C'est quoi, cette dent ? - Mon personnage, au château.

- C'est bien, non ? - D'accord.

- OK. - Psst. Il est lĂ , le Parisien ?

Papa...

Il pompe tout le wifi pour un petit kawa.

Il est très sympa.

[en chuchotant] Et c'est William.

OK ? Allez, j'y vais. Bisous !

- [porte] - [en chuchotant] William...

[clochette]

[téléphone]

[soupir] Oui, allô ? J'écoute.

Ah, pas de chance. Elle vient juste de sortir.

La vedette part dans dix minutes. Il y en a qu'une par semaine.

Avant, on en avait une par jour.

Mais ils les ont supprimées. Pas assez rentable, qu'ils disent.

Pardon, je me suis pas présenté. Son papa.

Elle a repris l'affaire. Après 40 ans de bar,

je suis bénévole au château. Je...

Oui, pardon. Excusez-moi.

Je suis un peu bavard. Mais bon, buraliste un jour, buraliste...

Oui, pardon. Non, je vous écoute.

[musique émouvante]

Comment ? Attendez.

C'est pas vrai !

- Dites-lui de rappeler. - Vous êtes sûre ?

Non, non. Non, mais je transmets.

Vous pouvez me faire confiance. Après 40 ans, je sais garder un sec...

[tonalité]

[en chuchotant] Coupé.

Bah, alors, ça va, Jean-Jean ?

Ouais, ça va, ça va.

[musique entraînante]

♪ Ah, Monica ♪

[Jean-Jean] Henri !

- [il chante] - Henri !

- Henri ! - Oh, putain !

Tu m'as fait peur ! Il y a quoi ?

- Une chose incroyable. - Tu es malade !

Par oĂą commencer ?

Par la fin, on gagne du temps.

Je pouvais pas pêcher, je remplace Maud au café.

C'est la fin, ça ?

- Presque. - Alors, c'est quoi ?

J'arrive au café. Tout est normal, les habitués, le con de Parisien.

- Oui. - Le téléphone sonne.

Oui. Ouh, là, attends ! Attends, ça file, là.

Viens, aide-moi. Aide-moi.

Je remplace Maud, elle allait Ă  Brest.

- Oui. - Et alors, le Parisien !

Oh putain, il te prend qu'un café.

- De 1,30 euro. - L'histoire ? C'est quoi, la fin ?

- Oui, la fin. - VoilĂ .

Quelqu'un de l'île a gagné à la loterie.

- Quoi ? - [il crie]

- Ta canne Ă  pĂŞche. - Putain, merde !

- Je me suis niqué la main. - Oh, putain !

Oh, la vache !

Tu t'es pas loupé. Regarde-moi ça.

Le mouchoir, tu me le rendras. Lucette l'a brodé.

Tu as dit quoi ?

Le mouchoir, Lucette l'a brodé.

Mais non, avant, Jean-Jean.

- Avant ? - Oui, avant.

- Merde, ta canne Ă  pĂŞche ? - Non, Jean-Jean.

Ah, non ! Oui ! Quelqu'un de l'île...

- Oui ? - ... a gagné à la loterie.

Huit millions d'euros !

- Comment tu sais ? - Je remplace Maud.

- Oui. Et ? - J'ai failli la retarder.

Ah bon ?

- Plus de vedettes. - Pitié.

- Tu sais ? - ArrĂŞte.

- Il y en aura... - ArrĂŞte !

Oui, excuse-moi. Le téléphone sonne.

- Je décroche. - Oui.

LĂ , il y a une dame qui s'appelle Mlle... Oh, putain.

- Mlle... - Je vais mourir.

- Camoin ! De la loterie. - Camoin.

Elle me dit que quelqu'un de l'île a gagné le gros lot.

Il faut les prévenir s'il se manifeste, qu'elle a dit.

- Oui. - Et il faut rien ébruiter.

- C'est dingue. - C'est dingue...

Je joue depuis des années !

Des années, et ça tombe juste à côté.

- Tu le crois, ça ? - Bah...

Je suis pas verni.

C'est pas vrai, ça !

Merde !

- C'est quand même... - Tu es sûr ?

- Bah, oui ! Je l'ai eue au téléphone. - Ah, putain !

- [soupir de douleur] - Ah, putain.

Quelqu'un de l'île !

OK.

[musique intrigante]

LĂ , on a un tuyau en or.

Tu m'entends bien ? En or, Jean-Jean.

Tu veux faire quoi ?

Tu dis rien Ă  ta fille. Ni Ă  personne.

- C'est la patronne. - Non, attends.

- Il faut savoir qui a gagné. - Ah, ça...

Ça, c'est impératif.

Deux,

on se rapproche de lui.

Trois, au bout d'un moment, on lui demande des petites faveurs.

[il marmonne] À l'ancienne, quoi.

D'accord ?

Genre ?

HĂ© ! On lui demande une table de ping-pong.

Pour le café, c'est impeccable.

Une table de ping-pong.

Tu es sérieux, là ?

- Il peut se la payer. - Une table de ping-pong.

Tu es... franchement !

Tu peux pas rĂŞver un peu plus grand, dis ?

Un truc que tu veux te payer et que tu peux pas ?

- Bah, à peu près tout. - Bon...

Bah, si ! Si j'avais des sous,

je ferais une belle tombe pour Lucette.

Ah, ouais.

Tu nous as bien plombés, là.

[rires]

[tonnerre]

[Nadège] Tu crois vraiment que le gagnant te filerait du fric ?

- Il y a que des rats, ici. - Fais-moi confiance.

Amore mio.

Je sais pas pourquoi, cette fois-ci,

je sens qu'il y a un truc. C'est comme un signe !

- Ah. - Qui me dit : "Vas-y, Henri !

"Vas-y !"

Tu parles d'un signe.

Ah. [rire]

[il chante "Sarà perché ti amo"]

ArrĂŞte. Mais arrĂŞte !

Je peux pas résister.

ArrĂŞte !

On a même pas fait la prière, écoute.

- Oh, Nadège ! - On fait la prière.

[soupir]

Ă” Seigneur.

J'ouvre mes pensées, mon esprit et mon cœur

Ă  tes songes.

Donne-moi des rêves, donne-moi l'espérance.

Oui.

Donne-moi surtout le nom du gagnant.

[musique mystérieuse]

[voix Ă  la TV]

AllĂ´ ?

[bip]

Merde.

[chant religieux]

Tu as vu ce déluge, hier ?

Mmh ? On n'a plus de téléphone, d'internet, rien !

Ouais.

Il y a Maud qui a ouvert tard, ce matin.

Bon, je dois le dire Ă  personne, mais Ă  toi, je peux.

Quelqu'un de l'île a gagné le gros lot.

Tu te rends compte ? Mais... personne doit ĂŞtre au courant.

Pardon.

[rire gêné]

Je compte sur toi.

- Tu es un champion, toi. - HĂ© ! Tu crois quoi ?

Le phare ! Tu l'as remis.

- Touche pas, touche pas ! - Mmh.

Henri ?

Quoi ?

J'ai tout dit Ă  Lucette.

C'est pas vrai !

- Ouais, je peux pas lui mentir. - [soupir]

Elle aurait deviné.

T'es chiant. On a dit Ă  personne, tu l'as dit Ă  tout le monde.

- Pas tout le monde. À ma Lucette. - Ben, arf...

Elle le répétera pas.

On sait jamais, figure-toi.

- VoilĂ . - Oh.

Je savais que tu lui dirais. J'en étais, mais sûr !

Donc, je l'ai dit à Nadège.

Ça a rien à voir.

Bah, quoi ?

- C'est pas pareil. - D'ailleurs, j'ai eu raison.

Elle a eu la bonne idée.

- Ah bon ? - Ouais.

Ah ?

Tu veux pas savoir ?

De quoi ?

Bah, l'idée.

Bah, si.

Pourquoi tu demandes pas ?

Bah, c'est quoi, l'idée ?

Je peux pas te le dire.

Tu te fous de moi ?

Un peu, oui.

- Écoute-moi. - [musique intrigante]

On va réunir ceux qui ont joué cette semaine.

On fait un grand dîner, on les fait picoler.

Les langues vont se délier, on trouvera le gagnant.

- C'est pas con. - Ah.

Ouais, mais attends.

Comment on sait ceux qu'ont joué ?

Vous faites quoi, ici ?

J'écris un livre. Enfin...

J'essaie d'écrire un...

- Salut, Maud ! - [ensemble] Merci.

... un livre.

- Vous êtes écrivain ? - Oui.

- C'est mon premier roman. - Ah.

Ouais.

Enfin, ça le sera, si j'y arrive.

C'est bien. Vous partez vainqueur. [rire]

Et c'est un livre sur quoi ?

Une histoire d'amour passionnelle sur une petite île bretonne.

Ici ?

Oui.

Il faut de l'imagination. Il se passe rien, ici.

Ou c'est le plan drague le plus pourri qu'on m'ait fait.

- [rires] - Ah, non ! Non, non.

- [balbutiements] - Vous inquiétez pas, je rigole.

J'ai l'habitude des lourdauds.

[rires gênés]

Mais oui, c'est le plus bel endroit sur Terre.

J'ai essayé le continent. Le seul truc réussi, c'est mon fils.

- Ah, vous avez un fils ? - Mmh.

- Erwan est lĂ  ? - Dans sa chambre. Pourquoi ?

- Bonjour. - Pour lui demander quelque chose.

Erwan ?

Je peux te parler ?

[il râle]

Erwan !

Erwan !

Putain, je me suis fait kill !

J'ai un truc Ă  te demander.

Je te laisse. Mon grand-père saoule.

Comment tu as internet ?

- Les lignes ont pété. - Ma parabole.

- La connexion est merdique, ici. - Écoute.

Tu te souviens des gens qui ont joué au loto ?

Non, je suis pas au comptoir. Pour savoir, regarde les images des caméras.

- Alors, montre ! - [rire amusé]

OK.

Oh !

Oh, la vache !

[musique légère]

- Salut, Henri. - Tu tombes bien.

- Pour toi. - Merci.

- Je compte sur toi. - Oui.

Bon !

[aboiements]

Oh ! Non, Chouchen !

Non, non, non, Chouchen ! Non, lâche-moi !

- Merci. - On compte sur vous.

- Bah, écoute. - Tiens.

- Bon... - Merci !

- Ah. - C'est quoi donc ?

Allez, on compte sur vous.

[tous] ♪ Dites à mon père, à mon cousin ♪

♪ À mes amis que je vais bien ♪

♪ Je suis leur humble serviteur ♪

♪ Pelot qui vous embrasse de cœur ♪

[tous] ♪ Je suis leur humble serviteur ♪

♪ Pelot qui vous embrasse de cœur ♪

- [ensemble] Ouais ! - [applaudissements]

[brouhaha joyeux]

Alors, M. le curé, ce chauffage dans l'église, c'est pour quand ?

[rire gêné] Ah, là !

Il va falloir un miracle. Ou que je gagne Ă  la loterie.

Ah. Toujours pas ?

Rien.

- Le Seigneur aime pas les jeux de hasard. - Ah.

Je me disais. Pour ton toit, vu qu'Isidore peut plus monter, je peux aider.

Ah. Il peut plus rien monter du tout, tu sais.

[rire gêné] Oui, non, je rigole pas.

Je peux t'aider.

C'est pas un coup de main dont j'ai besoin.

[rire gêné]

- [Henri] Dis donc, Gwendal. - Oui ?

Je regardais ton bateau. Tu as plus de moteur ?

- Bah... - Il faudrait en acheter un neuf.

Tu seras tranquille.

Bah, merci du conseil. Mais l'argent tombe pas du ciel.

[rire gras] Tu l'as dit, ça !

Bah, ouais !

- Ah, ouais, alors ! - Ah, ouais.

Changer le chaume, c'est du boulot.

Je vais les trouver oĂą, les 30 000 ?

Je sais pas.

T'as pas gagné à la loterie ?

[rire]

Si je gagne Ă  la loterie,

je te kidnappe et je t'emmène aux Bahamas.

Je laisse le vieux con claquer dans sa maison humide.

Ressers-moi Ă  boire, au lieu de me vendre du rĂŞve.

- Non. - [brouhaha joyeux]

- Rentrez bien. - Bonne soirée !

- Allez, ho ! - Merci !

Vous connaissez le chemin ! [rire]

Ouais. On a rien obtenu, pas grave.

- Jean-Jean ! - Quoi ?

Emmène-moi dans un fossé.

- Rien Ă  faire, tout est cuit. - Non, non.

- Pas le moment. - Soldat !

- Non, non ! - Fends-moi l'armure !

On est déjà bien bourrés. Et c'est... voilà.

- Allez ! - [soupir]

- Chevalier ! - Incroyable, ce résultat des courses.

Ils ont bu ta cave, ils ont bouffé mon stock de patates.

Et le pain, tiens !

- J'ai plus une poule. - Et on est pas plus avancés.

Je vous le dis, c'est une catastrophe.

- Attention. - Ah, ouais !

[Laure-Anne] Belle au bois dormant.

- Il reste une cuisse. - [Jean-Jean] Ça m'a coupé l'appétit.

- Moi aussi. - [Laure-Anne frappe]

Mais quand je pense, bon sang de bois, qu'on était à ça,

à ça de tout ce pognon !

- Henri ! - Quoi ?

On avait douze assiettes et douze cuisses de poulet.

Je sais. Il y avait six poules. Il reste que le coq.

Seul, sans sa poulette.

Comme moi.

- On s'en fout. - Quoi ?

S'il reste une cuisse, c'est qu'il manquait quelqu'un.

- Il manquait quelqu'un ? - Bah, oui.

Comment ça ?

Il manquait quelqu'un.

- Jean-Jean. - Oui ?

Fais voir la liste.

- Oui. - Il manquait quelqu'un.

[Laure-Anne] Fais sauter la ceinture de chasteté !

[soupir]

[Laure-Anne frappe]

Le curé, Kikanou, Katel, Gwendal, ils étaient là.

Oh.

[en chuchotant] Bodvaël.

[musique intrigante]

Bodvaël est pas venu.

- Bodvaël ? - [Henri] Il est pas venu.

Non, il était pas là.

Non, il est pas venu.

Bodvaël, il est pas venu.

Bodvaël...

C'est la cuisse à Bodvaël.

Henri, on y va.

[la musique continue]

[Henri] Mais si, il est lĂ , tu vois !

Il regarde la télé.

Bodvaël ? Bodvaël !

- Ça sert à rien, il est sourd. - [il frappe]

Bodvaël !

Mmh. Bah, il est froid, le poulet.

C'est bon, le poulet froid.

Ça manque de mayonnaise, de petites carottes.

- Bon, Jean-Jean, tu nous fais Top Chef ? - Je rigole.

Bon !

La porte est fermée. [il râle]

C'est le seul Ă  la fermer. Il y en a une autre.

- Tu es sûr ? - Oui.

Elle est fermée, dis.

Oh, merde !

Attends. Attends, attends. [effort]

Attends voir. [il frappe]

Oh, putain, merde !

Fais gaffe.

VoilĂ  le travail.

Oh, bravo. Fortiche.

Fortiche...

Ça fait plus mal que dans les films.

Enfin.

- [soupir] - [tintements de verre]

Oh, ouah !

Oh, ouah.

- [musique mystérieuse] - [ils grognent]

Ben, dis donc !

C'est quoi, ce bordel ?

Allez, viens.

[Jean-Jean] Bodvaël ?

[Henri] Bodvaël ?

[soupir] Ho, ho !

Oh, putain, c'est pas vrai !

[Jean-Jean] Regarde-moi ce crevard. Il a mis son nom partout.

Attends, regarde par terre. Regarde !

- Quoi ? - Il y a du sang.

[Henri] D'où ça vient, ça ?

- Regarde, lĂ  aussi. - Quoi ?

Oh merde ! C'est moi ! Putain !

La vache, tu t'es pas loupé.

- Viens lĂ . - Oh, putain !

Viens lĂ  !

- AĂŻe ! - Attends, lĂ . Tu vois ?

- Attends. - [gémissement]

- Il a marqué son nom. - Putain.

Il a peur qu'on lui vole.

J'ai pas l'air d'un con, moi.

Regarde ça. [rires]

Adrian !

Quoi, Adrian ?

On dirait Rocky. "Hé, j'ai loupé mon match."

ArrĂŞte, Jean-Jean.

- Allez, viens ! - [Jean-Jean] Avance, avance un peu.

- Bodvaël ? - Bodvaël ?

[voix Ă  la TV]

- Ho, ho ! - Bodvaël ?

- [tonnerre] - Bodvaël ?

On t'a apporté une cuisse de poulet. Il y a qu'à la réchauffer.

Bah, je l'ai mangée.

Mais on s'en fout.

Oh, la vache ! Il va pas bien, le mec.

Attends, attends. Tiens-moi ça.

Bodvaël ! Hé !

Oh.

Il est mort, ce con.

- Mort. - C'est pour ça qu'il est pas venu.

[Henri] C'est horrible, ça.

Oh, putain.

[Jean-Jean] Nom de Dieu. Il est mort tout seul, le pauvre.

- Le pauvre, le pauvre... - Quoi ?

Tu sais ce que c'est ?

- Oh, non ! - VoilĂ , si.

- Oh ! - Les putains de numéros gagnants.

Eh oui. Il a joué, il a gagné, et il est mort, ce con !

Oh, non.

- [Henri] Pas de famille ? - [Jean-Jean] Non.

[Henri] Bon, qui va toucher le pognon ?

Bah, la loterie.

Jean-Jean, je t'en supplie. Réfléchis bien.

- Qui va avoir ce pognon ? - Oh !

- Non ! - Eh si.

- Non ! - Eh oui.

- Nous ! - Mais oui, mais oui.

[rires]

J'en reviens pas !

Il était comme ça. [râle]

Avec son ticket dans la main. Tu te rends compte ?

Il avait survécu aux naufrages, aux tempêtes, à un ouragan.

HĂ©, tu le remercieras, si tu le croises.

Il va faire des heureux.

Mmh.

- [Nadège] Repose en paix, Bodvaël. - [Henri] Oh !

[en chuchotant] Prononce pas son nom !

Mais si, je le dis.

Je m'en fiche. On va prévenir la police.

Mais la police, enfin, Nadège !

Il est mort naturellement, il y a pas de raison.

On va pas le laisser comme ça.

Il fait si froid chez ce radin qu'il est pas près de pourrir.

C'est comme ça que tu parles d'un mort ?

Non, mais pardon... [balbutiements]

Pardon.

C'est pas ça, c'est que...

tu vois...

Tu te rends pas compte de ce qui se passe.

Ça va changer notre vie.

Après tout ce qu'on a bossé, on le mérite.

Il faut l'enterrer dignement.

Mais, mais, mais... on va l'enterrer.

Et en grande pompe.

Mais pas tout de suite.

Jésus, Marie, Joseph.

- C'est pas bien, ce que tu fais. - [soupir]

Il avait du cœur, Bodvaël.

Tu te souviens quand il m'a donné des clous pour réparer le toit ?

Oui.

Il m'avait dit : "Tiens,

"prends ces clous pour ton toit."

Ouais.

Il avait dit :

"Qu'est-ce que tu veux que je fasse de ces clous, une fois mort ?

"On va pas m'enterrer avec, hein ?" [rire]

Ah, lĂ , lĂ . "Alors, je te les offre. Pour toi."

Il serait heureux de savoir qu'on fait bon usage de ses clous.

De ses sous.

- J'en suis pas sûre du tout. - [il râle]

C'est une promesse divine, ce qui se passe.

Mais oui.

Ah...

Pourquoi crois-tu que Jean-Jean

a remplacé Maud, l'autre jour ?

Ah. Et pourquoi crois-tu

que la loterie a appelé juste à ce moment-là ?

Pourquoi ? Hein ?

Je vais te le dire, moi.

C'est Bodvaël...

qui nous dit :

"Gardez-le, mon argent.

"Vous en avez plus besoin que moi."

[rire]

- [battements d'ailes] - [scintillement]

[roucoulements]

[petit rire]

C'est Bodvaël.

- [Nadège] Bon, santé. - [Jean-Jean] Allez.

Mmh. Mmh.

- Bon, il est oĂą, ce ticket gagnant ? - Ah...

Oh, popopo.

Il est lĂ .

Le ticket gagnant, il est lĂ .

[Nadège] Arrête, tu me dégueulasses tout.

- Chaque chose à sa place. Tiens. - [dégoût]

La voilĂ , la bĂŞte.

- Hop lĂ  ! - Ah.

Hop lĂ , les oiseaux.

- [Nadège] Merci, Bodvaël. - [Henri] Hé !

[Jean-Jean] Oh, non.

Il l'a fait, ce con.

Il a fait quoi Ă  qui ?

Tu te souviens, chez lui ?

- On rentre, tu te blesses. - Oui.

Tu te souviens ? Dans le couloir ?

Le paquet de riz long grain ?

- Abrège. - Ce qui était écrit dessus.

- Ouais. - Regarde derrière.

- Oh, putain. - Oh.

- Il a écrit son nom, le con. - Oh, le crevard.

Bah, c'est foutu. Ouais.

- On fait quoi ? - [Nadège] Je sais pas.

Non !

J'ai une idée.

On dit qu'on voulait écrire un nom et qu'on avait que ça.

- Basta, c'est bon. - Basta ?

À qui tu vas dire ça ?

Moi, on me dit, je le crois.

Eh bah, pas moi.

[profonde inspiration]

[il râle]

Mais comment ?

Comment on a fait pour pas le voir ? On est cons !

C'est un signe.

- V'lĂ  autre chose. - Vaut mieux pas qu'on ait cet argent.

C'est ça.

Si, c'est pas pour nous. On a pas l'habitude.

- Des conneries. - Venez voir.

[il râle] Des conneries, ça...

- Il nous faut des faux papiers. - Pourquoi ?

- Personne ne sait qu'il est mort ? - Bah, non !

- OK. - Mmh.

On va se le faire.

Ă€ l'ancienne.

- [ressac] - [musique légère]

[gémissement] J'y arrive pas.

Fait chier, avec ses genoux, le marin, lĂ  !

[souffle]

[sifflement admiratif]

[en chuchotant] Allez !

VoilĂ .

Ouais. Quand on congèle, faut toujours mettre la date.

[rire]

[la musique continue]

Repose en paix, mon bon Bodvaël.

Merci, mon vieux.

Amen.

[soupir]

Bon !

Il faut tout nettoyer, il y a mon sang.

Et il faut trouver ses papiers d'identité.

Pour quoi faire ?

Il faut des vrais pour faire des faux.

Hein ?

- Avec les vrais papiers... - Mmh.

Les faux paraîtront vrais.

Des vrais faux papiers.

Tu comprends, Jean-Jean ?

Non.

J'aimerais tellement naviguer dans mes rĂŞves d'azur.

Jeter l'encre sur la feuille blanche

et voguer au gré des vagues vagabondes.

[rire]

- Carrément, quoi ! - C'est...

C'est la première phrase de mon roman. Ça vous plaît ?

Euh, mais je suis pas sûre du jeu de mots "ancre" et "encre".

Ah, OK. Ben, je vais encore travailler.

Et l'allitération "voguer", "vagues", "vagabondes" ?

Euh... [soupir]

Non ?

- [musique intrigante] - Papa ?

Qu'est-ce qu'ils font lĂ  ?

[portière]

[Henri] Ça va trop loin. On va finir en taule.

Tu as gagné quoi à être honnête toute ta vie ?

Tu as travaillé comme un forcené, toujours dans les clous.

Regarde oĂą on en est.

Je sais.

Je sais bien, mais lĂ ... [soupir]

C'est pour toi, tout ça. Pour nous.

Toute notre vie, on a joué de malchance.

Tu as perdu ton bateau, ton boulot.

On en a chié, tous les deux.

Pour une fois qu'on peut partir d'ici...

Qui va faire Bodvaël ?

Bah, toi ou Jean-Jean.

- On va pas impliquer quelqu'un d'autre. - Moi, alors.

Parce que Jean-Jean... Bon.

Ben, faut voir.

- Comment ça, faut voir ? - Ben, oui, faut voir.

Ben... c'est tout vu.

[rire gras]

Mille millions de sabords de tonnerre de Brest !

Le bachi-bouzouk d'eau de vaisselle !

[il aboie]

Milou veut nous dire quelque chose, capitaine !

[balbutiement]

Il était pêcheur, Bodvaël.

C'était pas le capitaine Haddock.

Je sais, Nadège, je sais. Je cherche.

- Oui, ben, trouve. Trouve. - Ouais.

- [en chuchotant] Il est pas bon. - Pas bon.

C'est un fameux trois-mâts fait comme un bateau.

Hisse et oh.

Santiano !

Oh, lĂ , lĂ ...

Mais tu es très mauvais. Bodvaël, il était plus british.

Ah, oui.

- [Nadège] Il avait des ancêtres écossais. - Je sais plus.

Jean-Jean, essaie, toi.

- Ah, non, non. - Essaie !

Ben, viens, elle te le demande. Voir si tu es mieux.

- Allez. - Je vais essayer.

- Puisqu'elle me le demande. - Oui, je sais.

[raclement de gorge]

- Merci, hein. - Bah, oui.

[accent anglais] Mais qui frappe Ă  la porte ?

[il imite un grincement]

Oh ! Jean-Jean Kerouac !

[Jean-Jean rit]

Regarde ces bouts de bougies.

Fonds-les pour faire des grandes bougies.

Il y a pas de petites économies pour nous, les Écossais.

- C'est bien ? - Pas mal, pas mal.

- Ça te plaît ? - Non, Nadège...

Ça lui ressemble pas du tout.

[Nadège] Personne le connaît, à la loterie.

- Par contre, l'accent, moyen. - Ah, voilĂ . Oui, l'accent.

- Il est écossais. - [Henri] C'est quoi, cet accent ?

- Bah, écossais. - Ah bon ?

Mmh.

Bon, tu veux bien le faire ?

[il râle] C'est pas vrai !

- Ouais. - [Henri soupire]

Alors, F. [il appuie sur une touche]

A.

U.

- Ah, merde. - [Henri] C'est pas possible !

Le pognon est lĂ  et il tapote Ă  deux doigts.

HĂ©, calmos ! C'est l'ordinateur du gamin.

J'ai pas l'habitude.

VoilĂ . Faux papiers. Il y a deux "p" , donc, le "a".

- Non, un "p". - C'est la mĂŞme touche.

C'est le "p".

- Ouais... - I.

- Je le mets au pluriel ? - Je m'en fous.

Oui, oui. VoilĂ .

[raclement de gorge]

Faux papiers : cinq ans de prison, 75 000 euros d'amende.

C'est la seule solution ?

Jean-Jean, on a un but, hein !

La belle vie, la retraite dorée. Pense à ta famille, là !

Ha, ha !

Voilà, ça y est.

Ça y est.

[musique langoureuse sur l'ordinateur]

Oh.

Oh. Ouh, lĂ .

Oh, merde.

J'avais pas vu ça depuis un bail.

Ah, putain.

Oh !

Ça va ? Tranquille ?

- [balbutiements] - Je vous dérange ?

Bah, et toi, lĂ  ?

Jamais tu frappes et tu rentres après ?

- Bah, oui. - C'est ma chambre.

Vous êtes des dégueus.

- Non. - Alors, non, mais pas du tout.

- Internet, c'est vrai que... - Justement.

- Quoi ? - Il peut peut-ĂŞtre nous aider.

- On le mêle pas à ça. - Jean-Jean.

Pas question !

- Vous cherchez quoi ? - Non !

- Sûrement pas ! - Des faux papiers.

[soupir]

- Des faux papiers ? - Mmh.

Pourquoi ?

J'avais dit non.

Vous faisiez quoi, hier, chez Bodvaël ?

Bah, rien.

- Coucou, Jean-Jean. - Un petit coucou.

Vous avez jamais pu le saquer. Qu'est-ce que tu me racontes ?

Papa ?

- Mmh ? - Mmh ?

[soupir]

En fait,

il lui arrive un truc grave.

Mais quel truc grave ?

Bah...

Tu le répètes à personne.

- Bah, oui. - Promis ?

Oui !

Il a un furoncle Ă  l'anus.

Mmh, OK.

On doit l'aider à mettre la crème antibiotique.

Le pauvre, tu verrais l'état de son...

Non, non. Stop !

- Tu me demandes, je te dis. - Mmh.

C'est bon, merci.

- Bonjour. - [Maud] Oh ! Qu'est-ce qui vous arrive ?

J'ai marché sur une méduse, j'ai le pied tout gonflé.

Il continue Ă  me gonfler.

Papa ! Tu fais une fixette, c'est pas possible.

- Tu es jaloux ou quoi ? - Pas du tout.

Ça fait du bien, parfois, de parler avec d'autres gens.

Il y a pas d'autres que lui ?

Bah, non, tu sais bien.

- [musique triste] - Tu as peur que je reparte ?

Non.

Mmh.

Plus personne me fera partir d'ici, OK ?

Alors, t'inquiète pas.

[rire]

[Jean-Jean rit]

[Jean-Jean] Tu aurais été fière de moi, franchement.

C'est bien simple, j'étais Bodvaël.

Naturellement, c'est venu. J'ai le personnage, quoi.

- Ah. - Salut, mamie.

J'ai arrangé un rendez-vous demain à Brest

pour les faux papiers.

J'ai tout noté là. Plus la photo demandée par Henri.

Vraiment chelou.

- Faites gaffe. C'est pas des rigolos. - [il rit]

- Papi ! - T'inquiète, j'ai ce qu'il faut.

Tu sais quel était mon nom dans la Résistance ?

Castor volant. Car j'étais vif et rusé.

Pendant la guerre, t'étais pas né.

OK, gamin, m'enfin...

Arrête ça. Je suis plus un gamin.

[musique légère]

OK.

VoilĂ . OK.

- On prend celui de Yannick. - Ah, non, Jean-Jean.

- Quoi ? - Celui de Bodvaël.

Non ! Regarde, c'est une poubelle.

Tu veux y aller comment ?

Bah, oui, faut t'y faire.

Tu rentres dans le personnage.

Allez, cap sur Brest.

Capitaine Bodvaël.

Alors, normalement, il y a une clé, un truc, une manette.

Putain, je vois rien.

- [tintement de verre] - C'est un binz, ici.

- Je comprends pas. - Jean-Jean ?

Ouais ?

Tu sais piloter un bateau ?

Ah, non.

Enfin, non. Hé, ho ! Ça dépend à qui tu parles.

[accent anglais] Si tu parles à Bodvaël,

là, je connais le bateau par cœur.

- Non, Jean-Jean, pas d'accent. - Oui.

- Pas d'accent. - Oui. Je suis Bodvaël.

- Je connais le bateau, regarde. - [bip]

- OK. - Hop !

[musique entraînante]

Hop, attention !

[accent anglais] Je suis Bodvaël.

- Je suis marin. - ArrĂŞte avec l'accent.

[Henri chante]

[il vomit]

Ça va, Jean-Jean ?

Euh, ça va, ça va.

- Quel marin ! - J'ai passé ma vie au bistrot.

Et alors ?

Bah, je suis pas marin. Je la blaire pas, la mer. Content ?

Il fallait le dire. VoilĂ .

S'il vous plaît.

S'il vous p...

Merci !

- Ah ! - Ah, non, pas ça.

- Pourquoi ? - Bleue, japonaise...

- Mais non. - J'aime pas ça.

- Jean-Jean ! - S'il vous plaît.

Oh, merci, merci ! Pardon. On va lĂ .

- Où ça ? Là ? - Oui.

Mais vous savez oĂą on est ?

- On est lĂ . - Oui.

- Et vous allez lĂ  ? - Oui.

Vous avez vu le détour ?

- Tu vois ? - Regarde le détour que ça fait !

J'ai pas une heure pour ça. Vous faites chier !

- Mais... - Vous croyez j'ai une heure tranquille ?

- Bah... - Allez vous faire foutre !

Allez, ciao !

- Va te faire enculer, connasse ! - [crissement]

T'as dit quoi ?

Rien. J'ai dit : "Va te faire enculer, toi."

- Oh, hé... - Vous savez quoi, les deux vieux ?

Je vous adore. [elle crie]

- Oh. - [rires]

- Montez, les papitos. - [Henri] C'est gentil.

- Ça me fait plaisir. - Les papitos, j'aime pas.

C'est pas maintenant qu'on fait un arrĂŞt cardiaque.

- [rires] - Hein ?

- On accroche bien sa ceinture. - Ah oui.

[musique rap]

Jean-Jean...

- On se fond dans la masse ? - Oui.

On fait profil bas, parce qu'ici, on est...

[rire crispé]

Chez les bandits, lĂ .

[rire] Te casse pas.

- Je suis équipé. - Putain ! C'est quoi ?

C'était à mon père. Un Luger semi-automatique 45.

Deutsche Qualität. Il en a buté, du nazi.

Deutsche Qualität, mon cul ! Ça peut nous péter à la gueule.

- Si tu te laisses faire, tu es bouffé. - Non, tu te tais.

- Oui. - Laisse-moi faire.

- Je te laisse. - Tais-toi.

C'est lĂ .

Tu dégages ou je te botte le cul. Allez !

- Euh. Jean-Jean ? - Quoi ? Faut s'imposer, ici.

Ah, c'est lĂ .

[bips]

- [tonalité] - [homme à l'interphone] Oui ?

Oui, euh, bonjour.

Euh... On vient pour les... les papers.

[tonalité]

Ouais ?

[en hébreu] Shalom, mazel tov lehaïm.

- [déverrouillage] - [en français] Voilà le travail !

[rire satisfait]

- Bonjour. - Bonjour, madame.

- [soupir exaspéré] - Oh, non ! Merde !

- On prend l'escalier. Allez. - [soupir]

L'escalier, bon...

Allez !

[ils halètent]

Ah, c'est lĂ .

- VoilĂ . - Ah.

- C'est notre porte. - [sonnette]

- [ils soufflent] - [déverrouillage]

[ils halètent]

Bon... Bonjour.

Euh, pardon, pardon.

- On a dĂ» se tromper. - Entrez.

[il marmonne]

[porte]

Asseyez-vous lĂ .

[ils soufflent]

C'est pour qui ?

- Bah... - Bah, c'est pour lui.

- Tiens, donne les papiers. - Ah, oui.

[bruissement]

Bon. C'est les papiers...

Ferme ta gueule et assis, fils de pute.

- Quoi ? - Mais attendez.

Vous énervez pas. En fait...

Bah, on est... On est très contents d'être là. Hein ?

D'abord, parce que, bon...

Il y a une super ambiance.

La déco... [rire gêné]

Bravo. C'est... Hein, Jean-Jean ?

Et...

Euh...

Ce qu'on veut savoir, c'est combien ça va nous coûter.

Mmh.

Mille.

[balbutiement] Mille.

[rire]

J'ai comme l'impression que quelqu'un essaie de nous enfler.

Hein, Jackson ?

Jean-Jean...

Toi, le cow-boy, tu veux que je te fume ?

Tout ce qui va fumer, c'est tes couilles

sur le barbecue.

- Gringo ! - [Henri balbutie]

Non, ce qu'il veut dire,

maladroitement, certes,

c'est qu'on s'attendait pas Ă  payer autant. VoilĂ .

Pas au-dessus de 300.

Enfin, 300... Oui.

Goebbels, Papon !

[grognement]

[aboiements]

Peut-ĂŞtre 500, alors.

500. 500 ?

[les chiens grognent]

- On a bien fait de négocier. - Ah, ben, oui.

Ça a coûté 500 euros... de plus.

Si tu le fais pas, tu es une baltringue.

Les croûtons, sortis de la soupe ?

Mauvaise réplique.

- C'est lui qui t'a mal parlé ? - Lui.

- Quoi ? - Ferme ta gueule.

- Oh ! - Vous lui avez mal parlé.

Nous ? Ah, non. Comment tu peux dire ça, toi ?

Tu fais quoi ? [rire gêné]

On vous a pas dit que la balade était payante ?

Quoi ? Payant ? Je comprends pas.

- Je comprends pas. - C'est simple.

Retourne tes poches et donne-moi ce qu'il y a dedans.

- [ensemble] Non. - Toi aussi.

- Non. - Ta petite sacoche.

- Il y a bien du pognon. - On touche pas Ă  la sacoche.

- Ah non ? - Non !

Donne-moi ça !

Ho !

- Ho ! - Ferme ta gueule !

HĂ© ! HĂ© !

- [coup de feu] - [Jean-Jean] HĂ© ! Cassez-vous !

Ou je vous plombe au calibre 12.

- [cris affolés] - [Jean-Jean rit]

Ça te dirait un tour de scooter gratos ?

Hein ?

[musique entraînante]

T'as vu comment ils ont chié dans leur froc ?

Oui ! Ils ont vu Ă  qui ils avaient affaire.

- On leur a fait à l'ancienne. - À l'ancienne !

VoilĂ , mon colonel, mission accomplie.

Ă€ nous, les biftons !

- J'appellerai la loterie. - Oui.

- Ah, non, merde ! - Quoi ?

On n'a pas le téléphone.

Si, la cabine, sur la corniche.

VoilĂ , super.

Eh ouais.

[musique douce]

[soupir satisfait]

- Tu sais, Jean-Jean... - Quoi ?

Ouais...

Faut que je te le dise. Je m'excuse pour...

Si t'avais pas eu ton flingue...

- Ben... - Tu nous as sauvés, quoi.

- HĂ©, ho ! - Quoi ?

Fais-moi confiance, un peu, Henri.

- Tu sais mon nom, à l'armée ? - Non.

- Lucky Luke. - Ouh, lĂ .

- Je tire plus vite que... - [tir]

- Oh, putain ! - Merde !

- T'es fou ! - On est mal.

Putain !

[musique dramatique]

Jean-Jean, tu es un abruti.

- Non. - Bah, si !

[musique entraînante]

[il râle]

Jean-Jean, tu as bien compris ?

Tu es naturel, relax. S'ils demandent des trucs

sur ton identité, tu es OK ?

- Mmh. - OK, voilĂ .

[tintement de pièce]

Je suis OK.

C'est quoi, ça ?

Pour ressembler à Bodvaël.

Tu es au téléphone, là.

Pour le personnage. Ça donne de l'épaisseur. T'y connais rien.

- Bien sûr. - [il souffle]

J'ai le trac, hein.

- Dis-moi "merde". - Hein ?

- Dis-moi "merde". - Pourquoi ?

On dit ça au théâtre.

Ah. Merde !

- Tiens. - [tonalité]

- [voix de femme] AllĂ´, la loterie. - AllĂ´ ?

[accent anglais] Oui ? Carole, de la loterie ?

- Oui, Carole. - [en chuchotant] Pourquoi l'accent ?

C'est Bodvaël Mantroudek.

Bodvaël, c'est mon prénom. [rire]

Et Mantroudek, c'est mon nom. Ça s'écrit comme ça ne se prononce pas.

- Il se trouve que j'ai joué le loto. - D'accord. Et ?

Je suis tombé sur le cul. C'est moi qui ai gagné le gros lot.

- Bodvaël. Parce que c'est moi. - [indistinct]

- Oui ? - Elle dit quoi ?

- On envoie quelqu'un. - D'accord.

Ça me paraît perfect.

Bah, très bien.

- À bientôt. - Au revoir.

- Oh, putain. - Pas l'accent !

- Pourquoi l'accent ? - Je l'ai senti.

- J'ai senti... - T'as senti ?

- J'étais bien. - Elle a dit quoi ?

J'ai hésité...

- Elle a dit quoi ? Je m'en fous. - Tout va bien.

C'est-à-dire ? On récupère l'oseille quand ?

Il y a quelqu'un qui va venir.

- Quoi ? - Bah, oui.

Mais quand ? OĂą ? Pourquoi ?

Ça, elle m'a pas dit.

- Tu le fais exprès, là ? - Quoi ?

On appelle pour ça.

C'est le truc principal Ă  demander.

- Quand... Putain. - Je l'ai pas senti.

C'est pas le personnage.

Le mec british va pas s'abaisser Ă  demander quand.

Tu vas me rendre fou, Jean-Jean. Tu vas me rendre fou.

- J'étais bien, hein ? - Putain, Jean-Jean.

- Oh, pardon. - Une seconde !

- Oh, mais... - [grognement]

- [accent anglais] Je vous en prie. - ArrĂŞte. Allez.

- J'y vais. - Putain.

- Laisse tomber ! - Putain.

Je suis Bodvaël Mantroudek.

[soupir exaspéré]

[cris de mouettes]

Dis-moi !

Avec ton pognon, tu vas pouvoir t'acheter un maillot.

- J'ai fait un rĂŞve bizarre. - Ah bon ?

J'ai rêvé qu'on avait le pognon, que tu partais en Sicile.

Ben...

Je restais seul, sans savoir quoi faire du pognon.

Si tu sais pas, tu me demandes, moi, je sais.

Je te donnerai des idées.

[moteur]

[crissement]

Messieurs, bonjour.

- À vos souhaits. - Merci.

Je suis perdue, sans réseau. Vous pouvez m'aider ?

C'est normal, ça a pété, avec l'orage.

- Ah bon ? - Oui. Vous allez oĂą ?

Je cherche un certain...

M. Bodvaël Mantroudek.

Ah.

Euh... Bodvaël, Bodvaël...

Bien sûr.

[musique cocasse]

Vous en tenez une bonne.

Je suis allergique aux fleurs violettes.

Ah, ça, c'est la bruyère. Il y en a partout, ici.

Ah bon ? Super.

Alors, comme ça, vous allez chez Bodvaël ?

- M. Mantroudek, oui. - C'est dur Ă  trouver.

- Mais je peux vous montrer. - Je dis pas non.

- Oui ? - Je suis pressée. Et l'allergie...

Allez, je vous montre. [effort]

- C'est la voiture à Dédé ? - Oui, il me l'a louée.

[gémissements affolés]

Oh, merde !

[la musique continue]

[éternuement]

Vous savez que la vitesse est limitée à dix kilomètres-heure, sur l'île ?

- À dix kilomètres-heure ? - Ouais.

C'est pas beaucoup. Il y a personne, ça va aller.

Ah, bah...

[musique entraînante]

Oh, putain...

- Il y a des radars un peu partout, lĂ . - Ah bon ?

On rigole pas avec la vitesse, hein.

[elle éternue]

- [elle se mouche] - [musique cocasse]

Vous me faites tourner en rond. On est déjà passés ici.

Hein ? Ah, non, mais alors...

Ici, mais alors, tout se ressemble.

C'est... [soupir]

[elle gémit puis renifle]

Vous avez essayé la tisane d'ortie ?

- Non. - Ah !

Je vais en cueillir pour vous.

Non, j'ai pas le temps. Je dois voir ce monsieur.

OK, Ă  droite.

- À vos souhaits. - Là ?

Oui, Ă  droite.

Guidez-moi, je vois rien.

[musique entraînante]

Regardez, lĂ  !

La vue sur la mer, lĂ .

- Super. - Ah, ouais.

Ça, c'est un point de vue...

M. Mantroudek ?

Bodvaël !

Il doit pas ĂŞtre lĂ , hein.

Ă€ cette heure, il est dans la lande, Ă  cueillir la verveine, le serpolet.

Monsieur ?

C'est la saison, lĂ .

Ah, il fait un élixir de... de...

des druides, mais alors...

Il y a quelqu'un ?

- Si vous voulez, on peut aller... - Ah !

- C'est ouvert, lĂ  ! - Ah oui ?

M. Mantroudek, j'entre !

Monsieur Mantroudek ?

Monsieur Mantroudek ?

[musique mystérieuse]

Bon, j'entre, hein ?

Il y a quelqu'un ?

Monsieur Mantroudek ?

Monsieur Mantroudek ?

[Jean-Jean] Hello! [rire]

Hello, bonjour. [rire gêné]

Euh, vous ĂŞtes bien M. Mantroudek ?

- Oui. Bonjour, mademoiselle. - Ah, non. Madame.

Ça ne se dit plus.

Ah, pardon.

VoilĂ .

Donc, Mme Camoin. [rire gêné]

De la loterie.

Oh, la loterie !

- Oui. - Quelle surprise !

[rires]

Si ça vous dérange pas, je vais peut-être un peu m'habiller.

- Faites. - Je ne serai pas long.

- Je vous en prie. - [rire]

Euh, voilĂ , je vais dans ma chambre.

- Mmh... - [raclement de gorge]

Ah, là, là, quelle surprise ! [rire forcé]

- [fracas] - [en chuchotant] Oh, merde !

VoilĂ , excusez-moi.

- [elle éternue] - J'ai une invitée, c'est un capharnaüm.

Excusez-moi, je suis un peu maniaque.

- Mais lĂ ... - Oui, non...

Un petit coup de balai s'impose.

Voilà. [il râle]

Comme disait ma maman : "Bodvaël, bordel."

Oh, là, là, cette poussière !

[en chuchotant] Tu fous quoi ? Pourquoi tu balaies ?

[en chuchotant] C'est mon personnage.

Et ça m'a sauvé la vie, crois-moi.

Tu nous fais chier. Habille-toi, lĂ  !

- [grincement de porte] - Putain...

[tintements de cintres]

Pas mal, ça.

Tiens, regarde. Je suis Bodvaël...

Jean-Jean, on dirait Mitterrand. ArrĂŞte !

Donne-moi le ticket.

Oui. [cri affolé]

Quoi ?

Putain, je l'ai laissé sur la plage !

- Le ticket, merde ! - Comment je fais ?

Tu temporises. Tu sais le faire.

- Oui, merci ! - [il grommelle]

Monsieur Mantroudek ?

[accent anglais] Je... J'arrive, hein !

[en chuchotant] Arf...

[musique cocasse]

Monsieur, on s'est pas déjà vus quelque part ?

Euh, non, je crois pas, non.

Ah bon.

Un petit café ?

C'est qui ?

Ah, non, alors, pff.

Non, ça, c'est... un ami à moi. Il est décédé.

Venez avec moi, on sera mieux lĂ .

[musique entraînante]

Alors.

Gagner le gros lot, c'est une chance.

Oui.

Mais aussi une malchance.

- Ah bon ? - Oui.

Toujours se méfier des amis.

Hein ? Vous allez avoir plein de nouveaux amis.

- Ah. - "Bonjour, monsieur.

"Bonjour, Bodvaël.

- "Comment ça va ?" - Mmh.

Méfiance.

Méfiance.

Vous avez le ticket ?

Je crois que je vais aller aux toilettes.

- OK. Dépêchez-vous, je suis pressée. - [il gémit]

[musique entraînante]

Il fout quoi, putain ? Il fout quoi ?

[musique cocasse]

Ça va mieux ? J'ai vraiment pas le temps, là.

Oui, ça va. Comme ci, comme ça.

[il imite un pet]

- [musique entraînante] - [Henri] Allez !

- Allez, hop ! - [cris de goélands]

Hop, hop !

- [il imite un pet] - [il gémit]

Ça va passer, c'est l'émotion.

Allez, allez, allez...

Putain, elle avance pas, cette bécane.

- [bourdonnements] - Ça va ?

Ouais, ouais.

- Tenez, buvez ça. - Beaucoup mieux.

VoilĂ  le ticket.

Merci.

Bien. Asseyez-vous, M. Mantroudek.

[gémissements]

- Ça va vous faire du bien. - Mmh.

Je dois vous dire une chose.

On a eu un souci sur votre tirage.

[il déglutit] Ah bon ?

Oui.

- Vous avez pas gagné huit millions. - Quoi ?

[musique mystérieuse]

Bah, non.

Fraude sur le précédent tirage.

Je passe les détails.

Le résultat : 15 ans de prison.

[il halète]

Non, c'est que... Il faut que j'explique.

57 millions.

- Comment ça ? - Vous avez gagné, M. Mantroudek...

57 millions d'euros.

- [râle étouffé] - 57 !

- [rire] - [râle étouffé]

On reste sans voix ? Bah, je comprends.

- Faut le temps de le digérer. - Oui.

- [gargouillis] - Ça revient. Ça revient !

- Ah. Alors, allez-y ! - [pet]

- Je vous attends. - Oh, lĂ , lĂ .

- Fermez la porte. - Ouh, lĂ  !

[dégoût]

- [il gémit] - [pets]

C'est beaucoup d'émotion, je l'ai dit.

[pets]

- Henri ! Henri ! - [Jean-Jean] Oh, lĂ , lĂ  !

Maman m'a grillé. Je lui ai tout dit.

Merde !

- [Jean-Jean gémit] - [Mme Camoin] Ça va ?

[Jean-Jean] Oui, je... Ça va passer.

[pets]

[chasse d'eau]

[soupir]

- Ça va mieux. - Ouais ?

Oui.

Bon.

J'y vais, j'ai ce qu'il faut. Non, votre carte d'identité.

Ah, oui.

- S'il vous plaît. - Alors...

Ah.

- VoilĂ . - Merci.

[rire crispé]

[musique inquiétante]

Ah, oui.

Elle est très, très bien imitée.

Je plaisante.

- [rire] - [soupir de soulagement]

- [rire forcé] - C'est pour vous détendre.

Ça marche à tous les coups.

- Vous auriez vu votre tĂŞte. - Il y a de quoi.

Je vous la rends.

- Merci. - VoilĂ .

Cette fois, j'ai tout ce qu'il me faut.

- Ne vous inquiétez pas. - Oui.

On va se revoir.

Je vais revenir.

- Ah bon ? - Pour l'enquĂŞte.

L'enquĂŞte ?

Mmh. L'enquête de voisinage. C'est la procédure.

Pour voir si vous avez pas volé le ticket ou usurpé une identité.

Oh, ce serait fou ! [rire crispé]

- N'est-ce pas ? - Bah...

On se revoit après mes vacances.

Vacances ? Quelles vacances ?

- Au Cap d'Agde. - Ah !

Mmh. S'il voit ce que je veux dire.

Oh ! [rire]

Bon, profitez de la bonne nouvelle.

Ă€ bientĂ´t.

Eh oui.

Au revoir.

[soupir]

[clochette]

[porte]

Vous savez ce que vous faites ? Comment ça s'appelle ?

Maman, t'es reloue.

- Hein ? - [Nadège] Où est le pognon ?

Oui. OĂą sont les millions ?

En fait,

il y a eu une fraude.

- [Nadège] Quoi ? - J'en étais sûre.

Vous allez aller en prison.

Maud,

j'ai pas fini.

- On n'a pas gagné huit millions. - Comment ça ? De quoi tu parles ?

On a gagné 57 millions.

- [Henri souffle] - Oh !

Hein ?

[balbutiements] D'euros ?

- D'euros. - [Henri crie de joie]

[rire fou]

57 millions ?

Tu as le chèque ?

- Je veux le voir. - Ah, non.

Après l'enquête.

C'est-Ă -dire ? C'est... Quoi ?

Elle part au Cap d'Agde. Il y a une bonne ambiance.

- Pas ça. L'enquête. C'est quoi ? - Une enquête au village, normal.

Pour savoir si je suis Bodvaël.

Tu as vu le personnage ? Les doigts dans le nez.

Elle revient quand ?

Elle m'a pas dit. [rire]

Ah, putain.

C'est un boulet, ce mec.

[Maud] Tout le monde va dire que t'es pas lui,

on ira en prison. VoilĂ .

J'ai pas pensé, j'ai...

[Nadège] Personne ne va aller en prison.

[musique légère]

J'ai la solution.

[cloche]

[brouhaha]

- [Jean-Jean] Approchez, venez ! - [Henri] Oui, voilĂ .

- [Jean-Jean] Venez ! - [Henri] Venez, venez !

Allez.

Voilà, on a quelque chose de très important à vous dire.

Bodvaël est mort.

[tous] Oh !

C'est normal, il était plus coté à l'Argus.

- [tous] Oh ! - [homme] C'était pour nous dire ça ?

- Oui. - Ah, non. Non.

- Ah, non. - Non, non.

Quand on est arrivés, il était sur son fauteuil, devant la télé.

- Et, Ă  la main... - Ouais.

Il avait un ticket.

- Un ticket de loterie. - [tous] Oh !

Un billet gagnant.

[cris surpris]

Combien ?

57 millions d'euros !

[rires joyeux]

Alors bon, comme il avait pas d'héritier,

on a pensé, nous, qu'on allait se partager tout ça entre nous.

[approbation générale]

Mais attention !

Ils enverront quelqu'un pour faire une enquĂŞte.

- Il est mort. - Bah, merci.

Merci, oui.

On a une solution.

- [homme] Ah. - La solution, c'est...

- C'est Jean-Jean. Il va le remplacer. - [protestations]

On touchera pas le pognon.

Respecte-moi !

Tu m'as pas vu le jouer, tu seras surpris.

- Je suis sûre que tu es bon. - Ah, non.

- Quoi ? - Il est pas bon.

Il est très, très bon.

- Ah, ouais. - [rires]

Qu'est-ce qui nous dit que vous allez pas filer avec l'argent ?

Oh, mon petit Isidore.

Tu changeras jamais. On l'a prévu. On a des contrats.

Pour faire des parts égales.

Ces contrats, vous viendrez les signer demain chez moi.

C'est bien d'accord ? Attention, je vous le dis.

Pas d'unanimité, pas d'argent.

- Pas d'argent. - Tintin, OK ?

- [tous] Oui ! - Tous dans le coup.

- Alors ? - [tous] Ouais !

[acclamations]

[ils scandent le nom de Bodvaël]

[acclamations]

[Henri] J'arrive pas Ă  imaginer

tout ce qu'on peut faire avec cet argent.

On sait déjà.

- Bah... - On se barre et on se casse !

Oh, ben...

- Tout de suite, là, comme ça ? - Oui.

- On peut faire un truc avec Jean-Jean ? - Pourquoi ?

- Pourquoi attendre ? - Ouais.

On a attendu toute notre vie.

- On perd pas une minute. - T'as raison.

- Hein ? - T'as raison.

- Tu vois ? - Que tu as raison !

Je le savais.

- [rires] - Attends, attends.

- On fait pas une prière, d'abord ? - [musique douce]

Non.

- Pas ce soir ? - Non, pas ce soir.

- Oh, Nadège, oh, Nadège ! - [rires]

[Nadège] À nous, l'Italie.

[brouhaha]

[musique douce]

1 425 000 euros.

- Mon autographe vaut autant ? - Oui.

- VoilĂ . Avant de partir... - Oui.

À quoi tu vas reconnaître la dame de la loterie ?

Facile !

Elle tousse. [toux]

Non. Elle se mouche.

Et elle éternue. C'est dur à retenir, ça ?

C'est bon, je suis pas con !

Eh bah, je me demande !

Quel lourdaud, lui !

- Ah. Ça va, Laure-Anne ? - Laure-Anne.

- Très bien, et toi ? - Ça va.

- Regarde-moi. - Mmh.

Dis-moi qui je suis.

[rire] Bien entendu.

- Ma petite craquotte. - Laure-Anne...

- Vas-y, signe. - Je rigole.

- Oui, oui. - Qui je suis ?

- Bodvaël Mantroudek. - Voilà.

Bien. OĂą qu'il est, l'Isidore ?

Il va pas venir. Il a pas confiance.

[Henri] Il faut absolument convaincre ton mari.

- OK. Mais j'ai une condition. - Non, pas de condition.

- Une toute petite. - Il y a pas d'exception !

[chuchotement indistinct]

D'accord. [rire]

D'accord.

OK.

C'est quoi, sa condition ?

- Allez, vas-y, signe lĂ . - [Jean-Jean] Henri !

- C'est quoi, sa condition ? - [Henri] Oui, oui.

Allez, c'est bon.

Suivant !

- [musique douce] - [rires]

- [Laure-Anne] N'est-ce pas ? - [Jean-Jean] Mmh.

Qu'est-ce que tu disais ?

Enfin, non. Que disiez-vous, gente dame ?

Je disais, preux chevalier, que ce qui serait

de bon augure, c'est que vous me donniez votre bouche.

- [hululement] - [rire gêné]

Mais nous sommes fort loin, ma mie.

[hululement]

- Oh ! - Et lĂ  ?

J'ai une chose Ă  vous demander, mais je ne sais comment.

Demande, mon chrétien.

Il serait de bon augure que vous persuadiez votre humble époux

de signer notre accord.

C'est comme si c'était fait...

noble sire.

Personne ne peut résister à ces lèvres.

[il gémit]

Je m'en fous de l'île, je m'en fous de vous.

Vous savez que si je vous dénonce, je touche dix pourcents ?

C'est-Ă -dire 5 700 000 euros.

- [rire] - Attends, Isidore, tu vas pas faire ça.

Tout le monde va te détester et puis nous, on va aller en prison.

Tant mieux. Je serai débarrassé des emmerdeurs.

Jamais personne n'a pu me supporter. Comme ça, ça changera pas.

C'est pas vrai. Hein ? Tu sais bien que moi,

j'ai toujours aimé polir ta coque, mon capitaine.

Mmh ?

Bon.

Je signe.

Mais je veux mes 5 700 000

et vous vous partagez le reste.

Isidore.

C'est non.

Oh, attendez, attendez.

- Discutons. - Non.

[Laure-Anne] ArrĂŞte.

Mon Zizidor.

ArrĂŞte !

Je négocie pas avec des voleurs.

Je savais que tu étais une sacrée merde.

Tu as pris du grade. Je te réserve un chien de ma chienne.

Viens, ma chérie. Bouge pas.

[rire] Je m'en fous !

Je vais vous dénoncer !

[Henri] Sans le téléphone, ça m'étonnerait !

[Jean-Jean] Mais comment on va faire ?

Camoin peut revenir n'importe quand et Isidore veut nous balancer.

Oh, dis donc. [il souffle]

- Y a pas de vedette avant une semaine. - Je sais.

Ça laisse du temps pour le faire changer d'avis, enfin.

- Ça durera combien de temps ? - Bah, j'en sais rien, moi.

Têtu comme il est, ça risque d'être long.

Non, je te parle de lui.

Ah ! Je sais pas, moi. C'est pas un micro-ondes, non plus.

Tu vois ?

- Ah, il est... il est encore dur. - [soupir exaspéré]

Excuse-nous, Bodvaël. C'est pour t'enterrer dignement.

Ouais.

[musique douce]

[Jean-Jean] Lucette.

Aujourd'hui, j'ai une super nouvelle.

Je vais pouvoir te faire une tombe en granit, comme tu voulais.

Ce sera magnifique.

Oh, bah...

[Nadège] J'ai un secret. Je peux plus le garder pour moi.

[prêtre] Parlez sans crainte, Nadège.

[Nadège] On touche l'argent, on vend la maison.

On fait les valises et on quitte l'île à jamais.

[prĂŞtre] Hmm.

[Nadège] On a attendu ça toute notre vie.

- Un aller sans retour. - [soupir]

Qu'est-ce qu'il fout ?

[rythme au tambour]

Ils l'ont pris pour un con, le Jean-Jean.

[ils jouent "Amazing Grace"]

[elle éternue]

Ă€ vos souhaits. [petit rire]

[cloche]

[musique celtique]

Nous allons célébrer la mémoire de Bodvaël Mantroudek,

notre ami et notre sauveur.

- Il est où, ton père ? - Je sais pas.

- [en chuchotant] Chut, s'il vous plaît. - Pardon.

Le père Abgral, votre curé, rentre aujourd'hui de Lourdes.

Je n'ai pas de doute quant au fait que le miracle qui a eu lieu ici

soit lié à sa dévotion à notre vierge Marie.

[petit rire]

♪ Paix de la colombe ♪

♪ Esprit de dieu ♪

[propos indistincts]

Je les enverrai tous en prison ! Ils vont voir.

- Pardon. - Je me laisserai pas faire.

- Vous pourriez dire... - Pas que ça à foutre !

[rire] Allez, allez !

C'est pour qui, les millions ? Pour Isidore.

[tous] ♪ Et qui nous libère ♪

♪ Esprit de dieu ♪

[musique intrigante]

[rire triste]

Ça joue les copains par-devant, mais par derrière, c'est des enfoirés !

[elle frappe]

S'il y a pas Jean-Jean, il y a rien. Le pognon, c'est grâce à qui ? À moi.

Je vais laisser la parole Ă  son ami,

Henri.

Si tu veux bien.

[soupir]

Euh...

Si...

Si on pose un regard sur la longue vie de...

[porte]

[porte]

[murmures]

Je disais...

Si on pose un regard sur la longue vie de...

[en chuchotant] Pardon.

- Jean-Jean Kerouac... - [Mme Camoin, en chuchotant] Désolée.

Tout le monde peut dire qu'il était un homme bon.

Et notre ami.

Ă€ tous.

Il va voir qui c'est, le con.

Je vais lui dire ses quatre vérités.

[Henri] Hélas, je me souviens pas le lui avoir dit de son vivant.

Et les éloges funèbres viennent toujours un peu tard.

Oui.

J'espère que...

que tu nous entends de lĂ  oĂą tu es, Jean-Jean.

[claquement]

[murmures]

Je disais...

Si aujourd'hui, j'avais en face de moi Jean-Jean Kerouac,

je lui dirais qu'il était un homme...

formidable.

[musique émouvante]

Nous avons...

vieilli ensemble.

Notre amitié, c'était notre cure de...

de jouvence.

Je le remercie de...

d'avoir été

mon ami.

C'est vrai, il m'arrivait de m'emporter

et de te traiter de tous les noms d'oiseaux,

de... de boulet, mais bon...

Mon Jean-Jean.

Qu'est-ce que je f... [sanglot]

[Henri tousse]

Pardon.

Qu'est-ce que je vais devenir, sans toi ?

Hein ?

[Henri renifle] Je...

Jean-Jean.

[Henri sanglote]

Je t'aime, mon frère.

[soupir] VoilĂ .

[sanglot]

[Mme Camoin éternue]

Hein ?

[femme, en chuchotant] Chut !

[Mme Camoin se mouche]

[soupir]

[Henri] VoilĂ .

Ce que j'avais Ă  vous dire sur...

mon ami Jean-Jean.

Je vous remercie.

["Amazing Grace"]

- Bonjour, mademoiselle. - Ah.

C'est madame.

- Ah, oui. - Pardon.

- [indistinct] - On se parle après. Pardon.

Excusez-moi, madame. Bonjour.

- Vous auriez une minute ? - Oui, il va bien.

Pardon ?

- Qui va bien ? - Bah, je sais pas, moi. Qui ?

- [rire malicieux] - [rire gêné]

D'accord. Non, c'est pas ça.

Est-ce que vous connaissez un certain Bodvaël Mantroudek ?

Ouais. Il va bien. Bien !

Ah.

Vous pouvez me le montrer ? Il est quelque part par lĂ  ?

LĂ  !

[rire gêné]

- Merci. - Mmh.

[elle renifle]

- Bonjour. - Ah, bonjour.

- Je peux vous déranger ? - Avec grand plaisir.

- Bodvaël Mantroudek. - Oui ?

- Vous le connaissez ? - Très bien.

MĂŞme personnellement.

- Il est là ? Vous me le montrez ? - Bien sûr. Là-bas, regardez.

- Ah, Jean-Jean. - Ça va. Tu m'as bien menti.

- Tu t'es servi de moi. - Jean-Jean.

Tu vas partir, je suis au courant.

- Je te jure que non. - ArrĂŞte !

- [Mme Camoin] M. Mantroudek. - ArrĂŞte avec tes mens...

Ça va ?

Bah...

Comme on peut aller dans ces circonstances.

C'était un de vos proches, ce M. Jean-Jean... Kerouac, c'est ça ?

Oh, oui ! Très proche.

- Mmh. - Très, très proche.

Désolée d'arriver dans ces circonstances.

Ah, c'était...

C'était un chic type, lui.

- Il a jamais trahi personne. - Mmh.

Lui.

[raclement de gorge] Mmh.

Je peux vous parler une minute en tĂŞte-Ă -tĂŞte ?

Pardon.

- Vas-y. - S'il vous plaît.

Merci, M. Henri, vous nous laissez seuls ?

Bien.

- Monsieur Mantroudek. - Oui ?

J'ai interrogé certaines personnes du village...

Oui ?

- Qui m'ont confirmé... - Oui.

- Que vous étiez bien Bodvaël Mantroudek. - [rires]

Eh ben, oui. Avec la...

Bodvaël, c'est moi.

- Le grand moment est venu. - Oui ?

De vous donner votre chèque.

- Oh ! - Et de...

[rire]

Vous en tenez une bonne. [il répète avec l'accent]

Ça me fait plus rire.

Je rigole, pardon. J'avais une cliente au bar...

qui disait qu'elle avait un rhume de paille.

Pas des foins. [rire]

Ah, oui.

- On en voit des belles, au comptoir. - [rires]

Quel comptoir, M. Mantroudek ?

Vous n'étiez pas pêcheur ?

[balbutiements]

Bien sûr, je suis pêcheur.

Mais vous savez, je suis fatigué, le soir.

Je prenais un verre chez mon ami Jean-Jean.

- Ah, ouais. - [sanglot]

C'était ma deuxième maison.

Bon.

Ah, Jean-Jean...

- Je comprends. - Jean-Jean.

Et voilĂ .

Je vous laisse signer...

juste lĂ .

Oui.

Alors, Jean-J...

Bod... Bodvaël, oui.

VoilĂ .

[soupir] Et le chèque ? Oh !

- Le chèque. - Là.

Eh oui, il est lĂ . [rire]

[soupir] Il est temps que je m'en aille.

- [il souffle] - Hop, ça, c'est le mien.

[il renifle] Félicitations.

Oui, merci.

- Profitez bien. - Je vous en prie.

Au revoir.

- [rire] - [elle éternue]

- Oh, put... ArrĂŞte ! - Oh !

[petits cris]

Ouh, ouh !

- [musique celtique] - [brouhaha de fĂŞte]

[Nadège] S'il vous plaît ! S'il vous plaît !

[tintements de verre]

On vous annonce quelque chose.

Attends, c'est pas à une minute près.

Henri et moi, on profite de notre argent pour...

Ben, pour... profiter d'abord de nos amis.

Puis pour avoir une belle vie, une vie rêvée, quoi, et puis...

vous dire qu'on vous aime, voilĂ .

[acclamations]

Pourquoi tu m'as pas laissée leur dire ?

[balbutiements] Bah, on est pas à une minute près.

- L'oseille, on l'a pas encore. - Je sais.

Ouais.

Jean-Jean !

Faut que tu m'écoutes.

Oh, arrête avec tes phrases, ça va.

Tu t'es servi de moi, maintenant, tu me lâches comme une merde.

Je te lâche pas, voyons.

Isidore est allé à la cabine. Il nous dénonce ?

On s'en fout, il va rien faire du tout.

- Oh. - Jean-Jean a bien dézingué la cabine.

- On risque rien. - OK.

- La cabine ? - Oui.

Quelle cabine ?

C'est toi qui devais le faire.

- Ah, non. - Ah, si.

Non, Jean-Jean, me dis pas ça.

[balbutiements] Me dis pas ça.

- Non, non... - Jean-Jean !

[moteur]

[musique intrigante]

Les salauds, les salauds, les salauds.

Ça leur passera sous le nez, ces millions.

[musique entraînante]

Ils passeront Ă  la casserole. Je vais les mouliner.

[bips]

- [Henri] Allez, avance, putain ! - [Jean-Jean] Elle est au max.

Ça va, ça fait "twit, twit".

Ça fait "twit, twit" tout le temps.

- Tu vas jamais si doucement. - En général, je suis seul.

Bon, ça va.

- [bip continu] - [il râle]

[musique cocasse]

Oh, j'en peux plus.

Ah, non, j'en peux plus.

[efforts]

Allez, plus vite, plus vite !

- Je vais le plus vite possible. - Ouais, mais bon.

- [fracas] - [gémissements]

Putain.

[musique entraînante]

[souffle court]

- [il marmonne] - [musique douce]

Allez...

Aïe. [gémissement]

Putain, ma moto !

Mais tu vas trop vite, je te l'ai dit !

Bon, allez, viens, viens !

- Sept... - [tonalité]

[il grommelle]

[gémissements]

[tonalité]

- AllĂ´ ? - Vous ĂŞtes Ă  la loterie...

AllĂ´ ?

Putain !

Isidore, le salaud !

Oh, putain !

[musique dramatique]

C'est quoi, ça ?

- [elle éternue] - [cri affolé]

[cri affolé]

[cri]

[crissement]

[cri affolé]

Oh !

Au secours ! Au secours !

- [craquements] - [cri affolé]

[musique légère]

- [craquements] - [cri affolé]

- [gémissement affolé] - Carole, de la loterie.

Au secours ! Au secours !

- Au secours ! - AllĂ´ ?

Attendez ! Oui, ne bougez pas !

- Bougez pas. - [cri affolé]

- [il gémit] - [cri affolé]

[gémissement horrifié]

[cri affolé]

[fracas]

Oh, putain !

Oh, merde.

[musique : "Sarà perché ti amo" de Ricchi e Poveri]

[brouhaha]

- [Jean-Jean] Et voilĂ  ! - [Henri] Allez !

[en breton] Yec'hed mat, Bodvaël !

[acclamations]

Hop, hé !

La capricciosa. Bella, bellissima.

[Jean-Jean] Bellissima.

[en français] Attends, attends, attends.

Attente, attenti, attento.

I brutti!

La vita è bella!

[la musique continue]

La vita è bella in Bretagna!

[rire]

Ciao.

Mmh !

Ciao, bella! [rire gras]

Mmh, una pizza per la famiglia!

Cui!

- [Maud] Merci, papa. - Merci, papi.

Merci, mon Jean-Jean.

[la musique continue]

[il parle en italien approximatif]

Recommence pas avec l'accent.

Perché? Sono il signor...

- Je t'en supplie, arrĂŞte ! - Pas Jean-Jean, Gianni-Gianni.

- ArrĂŞte ! - Forza Bretagna!

[la musique continue]

[musique douce]

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