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LES RACINES DU CIEL
Qu'est-ce qu'il se passe ici ?
Vous allez le savoir!
Je veux voir Habib.
Il n'est pas ici.
- Il rentre quand? - Je ne sais pas.
Qu'est-ce qu'il fabrique?
Je ne sais pas.
Je travaille ici, c'est tout.
Excusez-moi.
A vivre parmi les �l�phants, je ne sais plus parler aux gens.
- Les �l�phants? - Oui.
Vous �tes chasseur?
Non! Je vis avec eux. Je les aime.
J'aime les regarder et les �couter.
En fait, je donnerais n'importe quoi pour devenir un �l�phant.
Donnez-moi une bi�re....
s'il vous pla�t.
Venez! J'ai un cadeau pour votre patron.
Ne vous inqui�tez pas, je l'ai d�rouill�. La prochaine fois, je le tue.
Il travaille pour Habib?
- Oui. Il s'appelle de Vries. - C'est un assassin.
Je l'ai eu alors qu'il allait tuer son 4e �l�phant.
Dites � Habib que si je reprends cette ordure pr�s d'un troupeau,
j'en ferai une telle bouillie
que les �l�phants ne feraient pas mieux.
Pas si vite!
Vous n'avez pas pay� votre bi�re.
Vous ne l'avez m�me pas bue.
Vous savez qu'on tue des �l�phants par milliers chaque ann�e?
30000, l'ann�e derni�re.
30000! Si on continue, il n'en restera plus.
Quiconque a vu leurs troupeaux sur les derniers espaces libres
sait que le monde ne peut pas se permettre de les perdre.
Mais on continue � tout d�truire!
Tout ce qui est beau et libre.
Il ne restera bient�t que des hommes � d�truire.
Il faut que les gens comprennent.
Nous devons le crier!
Qui, "nous"?
Je suis seul. Mais j'aurai des signatures, pour ma p�tition.
Nous ferons cesser partout le martyre des b�tes.
Au point o� nous en sommes, nous avons besoin de toutes les amiti�s.
Nous avons besoin de tous les animaux d'Afrique, de tous les �l�phants.
De tous les oiseaux...
D'amiti�s...
Quand un Haas capture des animaux pour un zoo,
la moiti� de ses �l�phanteaux en meurent!
C'est par des feux de for�ts que les indig�nes rabattent les b�tes.
Un �l�phant pris au pi�ge agonise de longs jours durant,
empal�s sur des �pieux! Vous le saviez, �a?
Souffrir, je sais ce que c'est.
Vous �tes ici depuis longtemps?
24 ans.
Non! Depuis quand travaillez-vous ici?
- Six mois. - Heureuse, ici?
Heureuse?
Je ne sais pas de quoi vous parlez.
Mais je me plais, ici.
Quand j'ouvre ma fen�tre, le matin,
et que je vois ces millions d'oiseaux qui volent...
Vous d�fendez les oiseaux aussi?
Bien s�r!
Je m'en vais.
O� �a?
Chez le gouverneur. Que la premi�re signature soit la sienne.
Il signera. C'est un homme de c�ur, et intelligent, hein?
Je vous l'ai dit hier, le Gouverneur ne vous recevra pas.
Il a des conf�rences:
Le probl�me de la s�cheresse, la politique...
Et surtout, on attend l'arriv�e de Sedgwick.
J'attendrai. Toute la journ�e si n�cessaire.
Je ne peux pas vous l'interdire.
Mais c'est inutile.
Qui est-ce, ce Sedgwick?
M. Sedgwick est le c�l�bre speaker de la t�l�vision am�ricaine.
Il est essentiel qu'il soit tr�s satisfait de son safari.
Safari?
Il vient chasser le gros gibier?
Ce sera le safari le mieux organis� qu'ait jamais connu l'A.E.F.
Et maintenant, vous m'excuserez.
Envoyez-moi d'urgence vos rapports sur les r�serves d'eau.
Au revoir, messieurs.
Voyons ce qui est organis� pour M. Sedgwick.
Puis-je avoir un instant? C'est important.
D�sol�, Monsieur. Je suis trop occup� aujourd'hui.
Prenez rendez-vous aupr�s de mon Aide de Camp.
J'ai attendu des heures, hier et aujourd'hui...
C'est vrai, il est l� depuis longtemps, mais...
- Entrez. - Merci.
Je vous �coute. Mais soyez bref.
Voici ma p�tition.
Je vous l'avais d�j� envoy�e. Mais vous l'a-t-on montr�e?
Je la connais par c�ur.
Vous me l'avez bien envoy�e dix fois.
Signez-la.
Votre appui serait pr�cieux.
Mon bon ami, il faut d'abord songer aux hommes.
Nous sommes d�j� surcharg�s,
avec la s�cheresse qui s'annonce.
Elle sera �pouvantable.
Si nous ne prenons pas des mesures d'urgence, ce sera une h�catombe.
Je re�ois des rapports affolants!
Je sais.
Mais est-il impossible d'aider aussi d'autres animaux que nous-m�mes?
Je salue votre haute opinion de l'humanit�.
Mais vous devez m'excuser.
Je reviendrai. Je ne me d�courage pas facilement.
Avec vos animaux, vous me levez le c�ur!
Pensez aux gens qui souffrent vraiment!
Les sommeilleux!
Les l�preux! Les sous-aliment�s!
Je sais...
Et le trachome! Et le spiroch�te! Et le reste!
Et vous venez g�mir sur vos �l�phants!
Bon. Vous �tes missionnaire.
Vous vivez parmi la maladie,
la d�cr�pitude humaine, mais...
tout cela
ne vous donne-t-il jamais envie de voir du haut d'une colline
une grandeur forte et libre?
Pour trouver cela, je ne me tourne pas vers les �l�phants.
Je regarde Dieu.
Je ne vous propose pas un pacte avec Satan.
Je ne veux que sauver les �l�phants. Ils n'ont pas p�ch�...
- Qui �a? - Les �l�phants.
Vous avez soif?
Non, merci.
Si vous cherchez autre chose, voyez plus loin que l'�l�phant.
Cherchez une chose plus grande,
qui est menac�e d'extinction
dans le c�ur des hommes.
Peut-�tre, mais �a ne vous emp�che pas de signer.
Je ne demande pas votre �me.
Braquez vos yeux sur Dieu.
- Vous ne signez pas? - Non, et voici pourquoi:
Vous voulez que je signe
non "pour les animaux", mais "contre les hommes".
Ec�ur� des hommes, vous passez aux animaux.
Je ne marche pas!
Rappelez-vous... Les hommes ont une �me.
Si c'est le cas,
ils devraient la montrer, de temps en temps.
Au revoir, mon P�re.
Vous y repenserez...
C'est un artiste!
Je n'ai jamais vu un si beau coquard!
Tous les tons �mouvants d'un coucher de soleil!
Ce n'est pas une plaisanterie, je te le jure.
Non, bien s�r, mon pauvre petit!
Combien avais-tu tu� d'�l�phants avant qu'il t'attrape?
Trois gros m�les. 220 kilos, au bas mot.
J'ai d�cid� de passer la nuit en ville. Il me faut une chambre.
C'est complet.
J'ai vu Habib. Il dit qu'il est s�r que vous pourrez...
vous occuper de moi.
Je pourrais, mais je n'en ferai rien.
Pourquoi?
Je suis bien mieux que tous les autres.
Peut-�tre, M. Orsini...
mais vos yeux me d�plaisent.
Votre fa�on de parler, aussi.
Tout en vous me d�pla�t.
Minna, ma belle.
Ce Morel vous a laiss� une commission pour moi.
Il a dit que s'il reprend cette ordure � chasser l'�l�phant,
il le tuera.
Ce monsieur d�borde d'�nergie.
Il parlait tr�s s�rieusement.
Au fait,
si vous tenez tant � ce qu'on s'occupe de M. Orsini,
donnez-lui donc votre chambre.
Voil� quelque chose qui te consolera.
C'est le meilleur rem�de pour gu�rir tous les maux.
Et voil� ce cingl� qui vient me faire signer une p�tition
pour interdire la chasse � l'�l�phant!
Il s'est amen� chez moi aussi.
Un dr�le d'oiseau!
Il voulait m'emp�cher de fournir les zoos!
Il veut que je meure de faim, ou quoi?
Il nous a tous entrepris.
Sauf moi!
Mais moi, je vais lancer
mes reporters � ses trousses, je vous en fiche mon billet.
Comptez sur moi pour que sa p�tition idiote
fasse rire aux larmes tout le territoire.
Le voil�, ce document inestimable!
Votre femme doit �tre en t�te de la liste noire.
Elle en totalise combien?
501 �l�phants,
plus les lions, les buffles et le reste. Mais �coutez:
"L'homme de cette plan�te en est arriv� au point
"o� il a besoin de toutes les amiti�s disponibles.
"Dans sa solitude, il a besoin de tous les �l�phants,
"des animaux et des oiseaux."
Attendez, il y a mieux...
"Il est temps de montrer que nous pouvons sauvegarder
"cette gigantesque splendeur naturelle qui survit parmi nous
"et de prouver qu'il reste une place pour cette libert�."
"Libert�"! Il est m�r pour l'asile!
Ecoutez �a!
"Nous, soussign�s, demandons l'abolition
"de la chasse � l'�l�phant sous toutes ses formes,
"surtout la plus ignoble:
"La chasse au troph�e."
Dites-moi, mon bon monsieur...
Combien de signatures avez-vous au bas de votre p�tition?
Pas une.
Vous permettez? J'aimerais signer.
Un instant!
Moi aussi, je voudrais signer.
Un triple ban pour les �l�phants!
J'aimerais un petit...
scotch des familles
pour boire � leur sant�.
Puis-je voir cette p�tition?
Bien s�r.
J'ai �t� tr�s emball� par ce que vous dites.
J'aime �norm�ment ce passage sur le "besoin d'amiti�s".
Tr�s bien!
Au fait, j'ai un ami, moi aussi.
Vous voulez le voir? Venez!
Mon petit ami est l�. Il s'appelle Toto.
Voici mon ami Toto.
Je peux vous pr�senter? Toto, voici monsieur...
Voulez-vous boire avec nous?
Avec plaisir.
Toto est un haricot sauteur du Mexique.
Allez, Toto, montre-nous.
Voil�!
Toto est habit� par un ver qui tente de le d�vorer pour sortir.
Du coup, Toto fr�tille comme un diable dans un b�nitier!
Tenez. Trinquons �...
A Jumbo l'�l�phant et � Toto!
Au tout grand et au tout petit!
Qu'ils prosp�rent �ternellement!
Voil� qui constitue un brillant �quipage:
Cette...
dame, que j'aurais crue plus document�e
sur les hommes que sur le r�gne animal,
et cet aimable militaire britannique
au pass� �blouissant...
Deux signatures qui en imposent beaucoup...
On n'extermine pas une esp�ce pour assurer la production
de boules de billard
et de coupe-papier!
Une femme comme vous, c'est inattendu ici, � Fort Lamy.
Des filles comme moi, il y en a partout.
J'en doute.
Comment avez-vous �chou� ici?
Je travaillais au Kit Kat, � Tunis.
Habib m'a remarqu�e. Il m'a propos� la place.
Nous avons fini par nous entendre.
Il est ignoble,
mais �a n'avait aucune importance.
Et...
Fort Lamy, �a �voquait le lointain
et la chaleur.
La chaleur?
Je n'ai jamais oubli� le froid et Berlin, pendant la guerre...
La neige...
les bombes...
la glace...
L'impression que le soleil ne brillait nulle part...
Berlin?
Les Allemands m'avaient mise dans une maison pour soldats.
Une "maison de poup�es".
Des barbel�s autour,
et des sentinelles...
Une "maison de poup�es".
Je n'y suis rest�e que peu.
Les Russes sont venus et nous ont "lib�r�es".
Puis...
Pourquoi vous dis-je tout �a?
Je crois deviner.
Puis sont venus les Am�ricains...
Puis les Fran�ais...
et les Anglais...
Vous n'imaginerez pas combien de fois j'ai �t� "lib�r�e".
"Lib�r�e."
Ce n'�tait rien.
Il y a plus important, dans la vie.
En tout cas,
ce n'est pas quand ils �tent leur uniforme
que les hommes sont vils.
C'est quand ils le remettent.
La seule chose
qui colle vraiment � ma m�moire,
ce sont les boucles en cuivre de leurs ceinturons.
Vous savez maintenant pourquoi j'ai sign�.
Vous �tiez la premi�re.
Ne soyez pas si abattu, M. Morel.
L'homme a besoin de manger, de chasser, de tuer
et parfois de se faire tuer. C'est la nature.
C'est cette nature qu'il faut changer.
Peut-�tre. Mais laissez-moi vous dire ceci:
Vous vous y prenez de travers.
Il a raison.
Il a parfaitement raison. Je m'y suis pris de travers.
Quoi que vous fassiez,
bonne chance!
M. Haas! Vite!
Un �l�phant sauvage d�molit l'enclos!
Qui a pu faire une chose aussi affreuse?
Je m'en doute un peu.
Au secours!
C'est Cy Sedgwick qui vous parle.
Et sa voix vous arrive du tr�fonds profond de l'Afrique!
Ici bat le c�ur sauvage
du plus grand pays des Grands Fauves!
Mes amis! Oyez ceci, si vos oreilles le supportent!
Ceci, c'est la Vie!
F�rocement rude, certes...
La Vie toute crue! Dangereuse, oui!
Mais si vous aimez le danger comme certains,
alors rien, ni le chic fan� de Londres,
ni la gaiet� faisand�e de Paris,
ni la splendeur d�cr�pite de la Gr�ce ou de Rome,
non, rien...
n'atteint le sublime de la solitude dans la jungle primaire!
Ah! Se jauger,
se mesurer
� la toise des Grands Fauves...
Et c'est cela qu'on a ici, mes amis! Les Tr�s Grands!
Oui! Quand je me souviens
du premier �l�phant que j'ai abattu...
J'ai �t� touch�!
Mais je saigne!
Au pied de la lettre, mon sang coule!
On nous attaque!
Laissez tomber.
Je vous r�p�te, l'essentiel
est de faire mousser le commanditaire!
Non, rappelez-moi, vous.
Mais non, je ne bougerai pas!
Un visiteur de marque!
Le gouverneur est venu de Fort Lamy!
Le gouverneur fran�ais.
Mon cher M. Sedgwick!
Votre Excellence.
Ma s�ur, voulez-vous donner un whisky � son Excellence?
Je vous transmets toutes les excuses de mon ministre
pour ce scandaleux incident.
Il y a un individu qui...
Je suis tr�s renseign�: Un nomm� Morel.
Il m'a adress� son manifeste. Sous pli personnel.
Inutile de vous pr�ciser que ce malfaisant sera arr�t�
pour �tre ch�ti� comme il le m�rite.
Laissez-le tranquille.
Vous m'avez compris?
Tranquille!
Laissez-le tranquille!
Vous m'entendez, Excellence!
Il me pla�t, � moi!
Il nous crache � la face! Et il a raison!
Toute ma vie, j'ai attendu qu'on me crache � la figure!
C'est arriv� enfin. Et vous voulez que je vous dise?
Je me sens soudain presque � l'aise dans ma peau d'homme.
Alors gare � vous!
Laissez-le!
Je me vois mal recevant des ordres, Monsieur.
Ecoutez, gouverneur.
Je repars demain pour New York. D�s que j'y serai, non seulement
je remuerai l'immense public de la T.V.
En parlant de l'homme qui ose cracher sur l'humanit�,
mais qu'on touche un cheveu de ce monsieur Morel...
Excellence...
et je tra�nerai les responsables dans la boue.
Dans la boue! Et je les couvrirai d'opprobre!
Le territoire que j'administre prend des allures d'asile d'ali�n�s.
Vous avez peut-�tre d�pass� les bornes...
C'est le gouverneur!
J'ai eu tort d'�tre trop courtois. Rendez-vous compte, mon petit!
Je tiens l� l'aventure la plus commerciale du si�cle!
Ecrivez!
"En ce jour de notre temps, en Afrique
"r�de par les for�ts et les jungles un moderne Robin des Bois.
"Au risque de sa libert� et de sa vie,
"il vomit sur l'humanit�."
Non! L'image risque de choquer son public...
"Au risque de sa vie, il d�fend l'�l�phant, menac�
"par notre soi-disant civilisation.
"J'en appelle � tous les Am�ricains dont l'�me est droite!
"Les esprits r�trogrades traquent ce Fran�ais valeureux
"pendant qu'on massacre les plus nobles cr�atures vivantes."
Et pourquoi cela? Pourquoi?
Parce que l'on veut briser le monopole de fait britannique
de la chasse � l'�l�phant au Kenya et au Tanganyika!
Que tous les braves gens sondent leur �me!
Pour qui �tes-vous?
Pour les oppresseurs ou pour les �l�phants?
Votre ami Cy Sedgwick, qui vous parle de New York,
vous remercie.
Bien envoy�, hein?
Encore un plein car qui arrive...
Vous �tes pour ou contre, M. Haas?
Je m'assieds dessus.
Vous vivez bien � Fort Lamy, monsieur?
Apparemment oui.
Pourriez-vous nous d�peindre ce Morel?
Il venait souvent ici.
C'est bien possible.
Puis-je vous offrir un verre?
Je ne bois jamais.
Un double whisky, s'il vous pla�t.
Toto a un peu soif, aujourd'hui.
Il est toujours aussi ours?
Je veux une chambre avec bain.
Il faudra vous contenter de la terrasse.
Il para�t qu'un chasseur blanc l'a eu
et qu'il est en train de crever dans un village.
Penses-tu!
Vous avez du retard, messieurs!
- Il n'est plus seul! - Qui est avec lui?
Le professeur Ostrach,
qui s'�tait �lev� contre les bombes H,
l'a rejoint, ainsi que Peer Qvist,
le c�l�bre zoologue danois.
Est-ce que le Dr Schweitzer, le professeur Oppenheimer
et le fant�me d'Einstein le soutiennent aussi?
Mais bien s�r!
Je vais tout vous expliquer, si vous y tenez.
Ce n'est pas les �l�phants que d�fend Morel:
C'est nous tous.
Nous sommes menac�s d'extinction.
Encore une bombe H,
encore quelques Spoutniks
et on part tous en fum�e, comme les �l�phants!
Qu'en pensez-vous, mademoiselle?
Est-ce un d�fenseur de l'humanit�
ou un cingl�?
Vous n'avez jamais song�
qu'il se peut qu'il aime les �l�phants?
Messieurs, cela va mal.
Colonel, prenez un bataillon, ou plus,
et ratissez-moi tout dans cette r�gion
entre les 16e et 18e parall�les.
Depuis que ce Sedgwick a pris une balle dans le...
Dans l'arri�re-train.
Ce n'est plus une vie, depuis!
Il me fait passer pour un croque-mitaine!
Et maintenant, cette plaie des journalistes...
Ah, vous voil�, Saint Denis! Alors, Commandant?
Rien.
Les gens ne parlent que de �a mais ne disent rien de pr�cis.
Il y a 2000 t�l�grammes pour Morel, la poste restante.
Ils viennent du monde entier.
2000 t�l�grammes?
Et il en vient toujours.
S'il faut en venir aux grands moyens,
on aura bonne mine!
Encore autre chose, messieurs...
Je soup�onne Waitiri de tirer les ficelles.
Et ne sous-estimons pas Waitiri.
Il est assez �tonnant.
Il a peut-�tre une t�te politique.
Dommage qu'on l'ait perdu.
Qui sait, un jour, il redeviendra peut-�tre des n�tres...
Il pourrait �tre utile, s'il �tait moins d�vor� d'ambition.
Un politicard ambitieux, c'est une plaie pour l'Afrique.
Vous connaissez le pays Oul� mieux que personne.
C'est exact.
A ma mort,
un des sorciers me fera rena�tre sous forme d'arbre.
Vous pourriez y retrouver Morel?
Je pense que oui.
De l'ivoire! Je vais moi aussi prendre une balle dans...
Dans l'arri�re-train.
Nous sommes arriv�s, je pense.
Cette crapule de Korotoro! Tu n'es pas en prison?
En prison, on n'est pas bien.
Vous n'�tes plus seul, para�t-il.
On n'est jamais seul quand on d�fend une cause juste.
M. Peer Qvist... quand nous vous avons accueilli
en A.E.F., vous �tiez cens� faire une �tude scientifique.
Mon devoir est de prot�ger toutes les esp�ces,
toutes les viandes Racines du Ciel prises dans la Terre.
J'ai pass� ma vie � les prot�ger.
L'homme d�truit les for�ts, empoisonne les oc�ans
et l'air qu'il respire avec des radiations.
Les oc�ans, les for�ts,
les b�tes et les hommes sont les Racines du Ciel.
Empoisonner les racines, cela fera d�p�rir l'arbre.
Les �toiles s'�teindront et le Ciel sera d�truit.
Vous! Je vous imagine mal
vous int�ressant � la protection des �l�phants.
M. Morel a raison:
Ils sont le symbole de la libert�.
Ils seront l'embl�me de notre drapeau.
Quand notre pouvoir sera assur�, nous les prot�gerons.
On vous utilise pour des fins politiques, vous le savez?
Il m'aide.
C'est vous qui l'aidez.
Nous nous entraidons.
Je n'aime aucune forme de nationalisme.
Mais ma p�tition n'int�ressait personne.
La voici politis�e.
Par peur, on sera oblig� d'en tenir compte.
Ne vous cachez pas, Habib!
Ne soyez pas timide! Venez donc!
Saint Denis! Par exemple!
Le vieil ermite vient se joindre � nous?
Oui, c'est bien moi.
Emball� par la beaut� d'un noble id�al.
Je vole au secours des �l�phants! Ah, mourir pour une belle cause...
Suivez-moi maintenant � Fort Lamy
et vous serez, au plus, condamn� avec sursis.
On vous a envoy� me dire �a?
Vous avez fatigu� votre cheval pour rien.
La Conf�rence pour la protection de la nature se r�unit au Congo.
Quand la loi interdira tous les meurtres d'animaux,
je me rendrai. Pas avant!
On continuera � tuer, quoi que d�cide la Conf�rence.
On a �a dans le sang.
Ils visent le point tendre, entre l'�il et l'oreille,
parce que c'est une b�te grande, libre et belle.
C'est ce qu'on appelle "un coup r�ussi".
Les �l�phants g�nent le progr�s:
Ils barrent les routes...
Leur libert� n'a pas sa place dans un monde moderne.
C'est cela que je refuse!
Vous pers�v�rerez?
Bien s�r, je pers�v�re!
�a prendra le temps qu'il faudra.
Bon. Je transmettrai.
Vous n'avez pas d'autre message?
Si. On n'a plus de munitions.
On manque de tout, m�me de m�dicaments.
Vous esp�rez qu'on vous en enverra?
Dites-le. On ne sait jamais.
Pour moi, c'est un cingl�.
Comme le premier reptile sorti de l'eau
il y a 10000 si�cles pour vivre sur la terre!
Lui aussi �tait cingl�. Mais avec le temps,
ce reptile est devenu humain. Nous pourrions le devenir aussi.
C'est la maison qui offre.
Saint Denis!
Des si�cles qu'on ne vous avait vu!
On pr�tendait que vous vous �tiez �tabli sorcier.
On a une attraction in�dite, je vois...
Vous avez des nouvelles de notre ami devenu c�l�bre?
Absolument. Je suis m�me all� le voir, � titre officiel.
O� �a?
Quelque part, en pays Pata.
Il �tait seul?
Il semble tr�s seul mais il a pas mal de gens avec lui...
Il ne vous a rien dit?
Si. Des tas de choses.
Vous n'avez pas...
Non, je n'ai pas tir� dessus.
Il fallait l'arr�ter!
Il avait toute une arm�e.
Et parfois, on ne sait plus qui a raison et qui a tort.
Un fonctionnaire doit savoir!
C'est exact. Je le pense, du moins.
Vous avez rendu compte au gouverneur?
Mais j'irai.
J'irai.
J'ai � vous parler.
Venez! Ma chambre est l�-haut.
Ne craignez rien. Personne ne vous verra.
Asseyez-vous. Vous voulez un verre?
J'ai un cognac pas trop mauvais.
Je l'ai ramen� de Casablanca.
Je suis pr�te � vous payer.
Je vois... Et quel service voudriez-vous me payer?
Ne le livrez pas.
- Qui? - Morel.
Je vous en prie!
Comme vous devez l'aimer...
Ce n'est pas �a.
Je ne pense pas.
Je veux l'aider, c'est tout!
Si vous voulez l'aider, portez-lui des armes et des munitions.
Il m'en a demand�.
Je n'ai jamais rencontr� d'homme plus confiant que lui.
Il savait qu'on m'envoyait pour le ramener.
Et il m'a fort simplement demand� des armes.
Et il n'aurait pas �t� surpris que je lui en donne.
J'ai bien failli le faire.
Quelque chose en lui donne envie de l'aider.
Je rentre de mission
et je tra�ne pour ne pas faire mon rapport...
O� est-il?
Il a un trop grand c�ur.
Il veut prot�ger tout ce qui bouge.
Il ferait mieux de faire attention � lui.
O� est-il?
Je ferai ce que vous voulez.
Et alors? Je ne vous plais pas?
Vous �tes tr�s s�duisante, mais aussi tr�s b�te.
Vous devriez mieux jauger les hommes.
Vous pourriez peut-�tre l'aider.
Il en a besoin.
Grand besoin.
Il est gravement coupable:
Il a trop fait confiance aux hommes.
Vous pourriez le convaincre.
Vous pouvez r�ussir l� o� j'ai �chou�.
Dites-lui de se rendre.
S'il continue, il se fera poignarder dans le dos
par un de ses alli�s ou par la police.
Je suis peut-�tre tr�s b�te aussi,
mais je pense que vous, il vous �coutera.
Venez voir cette carte.
A 450 km d'ici, il y a le village d'Obo.
Vous y verrez un vieux sorcier nomm� D'Wala.
Un tr�s grand sorcier.
Il m'a donn� cette amulette il y a longtemps.
Si vous la lui donnez, il saura que vous �tes une amie s�re.
Et le gouverneur?
Je lui dirai tout.
Mais sans lui donner d'amulette.
Merci pour tout.
Dick! R�veillez-vous!
Ah, c'est vous, ma ch�re Minna...
Encore un grand whisky, je vous prie.
Il me faut votre aide. Je vais rejoindre Morel.
Vous le connaissez. Vous avez sign� sa p�tition.
Ah, oui... Le gars des �l�phants...
Pourquoi croyez-vous le trouver alors que personne ne le trouve?
J'ai parl� � quelqu'un qui sait o� il est.
J'ai une carte... j'ai tout.
Toto, je trouve que c'est une nouvelle qui s'arrose, hein?
J'ai besoin de votre aide.
Si vous le pr�sentez ainsi, comment refuserai-je?
Vous avez tout?
Tout! M�dicaments et munitions.
Avec de l'argent, c'est facile.
- O� allons-nous? - Traversez le fleuve.
C'est �trange:
Ce qu'on r�ve de caresser refuse vos caresses.
Vous savez donc tout. Tout le monde sait.
Il flotte dans l'air des m�disances malignes,
toutes fr�tillantes de la joie de nuire.
Alors, que vous a-t-on dit sur moi?
De quoi parlez-vous?
Vous le savez bien...
Les "Rouans"...Aurait-on omis de donner cette pr�cision?
Les Rouans?
On appelle ainsi les chevaux d'une certaine couleur.
C'est aussi le nom d'un c�l�bre r�giment de cavalerie anglais.
Tr�s c�l�bre.
Je suis tomb� dans les Balkans, � la t�te de 15 vaillants soldats.
J'y suis tomb� en parachute! Pas de cheval!
On vous a �pargn� les glorieux d�tails de l'aventure?
On nous a pris.
Les autres ont tous �t� fusill�s.
Ils avaient refus� de parler, les cr�tins!
Les cr�tins! Pas un mot!
Alors eux sont tous...
Et moi, me voici...
plein de joie de vivre!
Voil�.
Un remontant.
J'ai rep�r� la maison, sur la carte.
Elle est en retrait de la route, au bout d'une all�e.
L'imprimerie est dans le fond du jardin.
J'aimerais vous accompagner.
Vous ne venez pas?
Je dois prononcer un discours � un meeting, � la fronti�re du Soudan.
Vous prendriez le camion?
Ah, non! Pas le camion! Votre meeting peut �tre report�,
mais le bal de demain est une occasion unique.
Il y a deux personnes
qui vous demandent.
Soit. Vous aurez le camion et trois de mes meilleurs hommes.
Je vous laisse aussi Youssef.
Merci, Waitari.
Je n'ai jamais entendu d�lirer � ce point!
Un pauvre camion unique, un meeting de plus et au total...
Rien! Z�ro!
Un gros z�ro tout rond!
Je vous adore, vous les id�alistes, qui d�clenchez toutes les guerres!
Pourvu que son Altesse Humaniste vive assez pour apprendre.
Il finira marchand d'ivoire!
La vie sait les manier, les id�alistes!
Il ne doit pas �tre pris.
Pas vivant, hein?
Il m'a �t� pr�cieux.
Je me dois de le garder avec soin.
S'il �tait amen� devant un tribunal,
on verrait trop qu'il n'est qu'un illumin� inconsistant.
Il serait mieux mort. Il deviendrait une l�gende.
Il vous a valu une publicit�. Bon. C'est �a que vous cherchiez?
�a vous �tonne, au stade o� j'en suis?
Une poign�e de fid�les... ni argent ni armes...
�a prendra le temps qu'il faudra.
J'en suis au stade propagande et consolidation.
Propagande et consolidation!
La France et ses livres ne vous ont rien valu.
Votre t�te est farcie de grands mots,
mais votre instinct a disparu.
Qu'auraient fait vos a�eux, en pareil cas?
Songeraient-ils � la propagande, � la consolidation, � un meeting?
Ils feraient tailler des lances et des fl�ches par leurs tribus!
Vous avez pris l'�l�phant de Morel pour embl�me.
Comprenez enfin
que ce noble animal est plus que cela.
Il va r�soudre toutes vos petites difficult�s.
Pas le moindre nuage!
Les trous d'eau se dess�chent.
C'est le moment id�al pour admirer les beaut�s naturelles de pr�s!
J'ai vu Saint Denis.
Il m'a dit o� vous trouver.
Vous aviez besoin d'aide.
Forsythe m'a guid�e.
O� avez-vous appris cet air?
Dans une maison de poup�es, en Allemagne.
Je suis bien de votre avis.
Qu'est-ce qu'il a?
Il est muet?
Au contraire! Il parle quatorze langues couramment.
Il est docteur en philosophie, mais l'humanit� l'a d��u.
Il a fait le v�u de ne parler aucune langue humaine
tant que nous n'aurons pas tous chang�.
- Qu'est-ce que c'est? - Des babouins.
Ils se disputent sans arr�t.
Un �l�phant?
Oui, c'est un de ces vieux solitaires
qui vivent loin des troupeaux.
C'est bon de savoir qu'il y en a encore.
La s�cheresse vient en avance.
Et c'est grave?
Les animaux iront vers les derniers trous d'eau.
Certains mourront en route.
Vous avez toujours autant aim� les �l�phants?
�a a commenc� dans mon stalag, en Allemagne.
J'avais besoin de me raccrocher
� quelque chose qui me change.
Les �l�phants
�taient le meilleur moyen d'oublier
les barbel�s d'un camp de prisonniers.
Ils symbolisaient la libert� et l'espace.
Je me repr�sentais leur ru�e irr�sistible � travers l'Afrique.
A travers les plaines et les collines...
Je me raccrochais � cette image de la libert�,
qui m'aidait � survivre.
Il faut dormir.
Nous partons � l'aube.
Je r�ve d�j�.
Ne craignez rien.
Je cesserai de boire parmi les �l�phants.
C'est la pr�sence des hommes qui me fait boire.
Pas la v�tre, bien s�r...
Des �l�phants!
Comment b�tir un pays moderne avec des b�tes comme �a?
Que faites-vous ici, alors?
Ordre de Waitari.
- Je m'occupe des pneus? - Pas encore.
Attendez-nous ici.
Quelle joie de vous voir, M. Morel!
Vous me connaissez?
On voit votre photo partout!
Voulez-vous imprimer ceci
en t�te de votre journal de demain?
�a me pla�t. C'est bien.
Une petite goutte? Pour �viter de prendre froid...
Ma maison est � c�t�. J'y ai de la bi�re.
Et ma femme vous ferait des sandwichs.
Oui, et lui, il donnerait l'alerte?
Et s'il a le t�l�phone?
Allez-y, bien s�r.
Communiqu� du comit� mondial de protection de la nature
Une vari�t� tr�s int�ressante
d'Antilopis Africana...
Oui, 501!
Et le dernier m'a donn� du fil � retordre.
Avec 7 balles dans le corps, la brute fon�ait toujours.
J'ai attendu qu'il approche
et je lui en ai mis 3 de plus, ici, derri�re l'oreille.
L�, je l'ai eu.
Je n'avais jamais vu des ivoires pareils.
Bon, �a nous suffira.
Bonne chance.
Je suis trop vieux, je ne peux gu�re vous aider.
Merci pour tout.
Conduisez-le devant la maison. N'arr�tez pas le moteur.
Occupez-vous des pneus. Vite!
Qui est-ce?
C'est Morel.
Que signifie ceci?
Nous venons parler � Mme Orsini.
"Communiqu� du comit� mondial de protection de la nature.
"Des sanctions ont �t� prises contre Mme Orsini,
"championne de chasse.
"Elle a �t� condamn�e � un ch�timent public.
"Le comit� rappelle qu'il est apolitique.
"Les probl�mes d'id�ologie, doctrines, partis, races,
"et nationalit�s lui sont �trangers.
"Il n'en appelle qu'aux sentiments et � la dignit� de tout humain,
"sans discrimination.
"Son but est un accord international
"sur la protection de la nature."
En commen�ant par les �l�phants,
les plus grands des compagnons de l'Homme sur Terre.
La sentence va maintenant �tre ex�cut�e.
Si vous touchez un cheveu de sa t�te...
On ne touchera pas � sa t�te.
Et pour �viter tout malentendu,
je charge notre a�n� � tous d'aller � la douzaine.
L�chez-moi! Comment osez-vous?
Un...
deux...
trois...
C'est insupportable!
...douze.
�a suffira pour ce soir.
Vous me le paierez!
Je n'accepte pas vos explications!
Vous n'avez aucune excuse!
Vous m'assuriez tous ces derni�res semaines
qu'il �tait au loin, dans les montagnes Oul�.
Il appara�t � Sionville
et il nous couvre de ridicule!
Il va d�barquer ici, bient�t!
Et pourquoi me l'annonce-t-on avec deux heures de retard?
Les fils ont �t� coup�s.
Vous �tes des incapables!
C'est une situation sans pr�c�dent.
Africains et Europ�ens se liguent pour prot�ger Morel.
Tous ne demandent qu'� l'aider.
Les tribus l'appellent l'anc�tre des �l�phants.
Je ne cherche pas d'excuses,
mais on lutte contre une l�gende.
Et cette fille disparue? Et cet Anglais?
On a retrouv� l'auto.
Ils ont probablement ravitaill� Morel.
Une chose est s�re:
� Sionville, il n'y avait ni Habib ni Waitari.
Mobilisez toutes vos forces, y compris les m�haristes de Biondi.
Passez la r�gion au peigne fin.
Ramenez Morel, mort ou vif!
Non, pas mort... Evitons les martyrs.
Et de plus, je ne suis pas un ogre.
En 10 ans d'Afrique, je n'ai chass� que des mouches.
�a se vend partout!
Et il y a d�j� un march� noir dessus.
On se l'arrache � n'importe quel prix.
Orsini a raison.
Regardez-moi �a!
Il n'y a pas de quoi rire!
Revenez ici � midi.
M. Morel... vous nous avez trahis!
Votre communiqu� ne fait aucune allusion � notre mouvement.
C'est un oubli.
Vous vous �tes servi de nous.
Et vous, de moi!
N'est-ce pas?
Allons vers l'est, jusqu'au lac Kuru.
On y aura de l'eau.
Quand les �l�phants sont l�, ils ne peuvent plus p�cher.
Certains troupeaux
ont fait des centaines de kilom�tres pour venir ici.
Regardez, Minna...
C'est peut-�tre le plus grand rassemblement
qu'on ait vu depuis des mill�naires.
Vous parliez de libert� immense...
Je comprends, maintenant.
Ils sont d'une force sans �gale
et aucun animal ne les craint.
Ils ne font fuir
ni les oiseaux ni les gazelles.
L'homme est leur seul ennemi.
Il les traque, les tue et les mutile.
Il tourne leur gentillesse en haine
et pr�tend qu'ils sont hargneux.
Le plus grand massacre d'�l�phants a eu lieu ici, il y a 30 ans.
Pendant une s�cheresse comme celle-ci.
Des trafiquants d'ivoire en avaient profit�: 500 victimes.
Apr�s le carnage, l'eau du lac �tait rouge de sang.
Le sang d'animaux nourris des tendres pousses vertes
qu'ils trouvent au fa�te des arbres,
et des n�nuphars des cours d'eau.
�a va?
Salut! Oui, �a va!
Je tiens une belle photo.
Le pilote est mort.
Il est dedans.
Tu� sur le coup.
Je m'en suis assur�.
- D'o� venez-vous? - Je suis am�ricain.
�a, je m'en doutais.
J'ai lou� l'avion � Fort Lamy.
C'est bourr� de journalistes.
Ils sont tous sur l'histoire Morel...
le type aux �l�phants.
Je perdais mon temps l�-bas,
alors je suis parti faire autre chose:
Je venais de prendre des photos sensas...
Qui �tes-vous?
Je m'appelle Forsythe.
Mais vous �tiez avec lui...
avec Morel!
Alors o� est-il? Amenez-le-moi!
Calmez-vous, vous �tes bless�.
Dites-moi... Comment est-il? Fou?
Bien s�r. Comme nous tous.
Je vous ai reconnus aussit�t. Ne bougez pas!
Quel coup de veine!
Un peu plus pr�s... je vous en prie...
Regardez-vous!
Parfait.
Un petit sourire... Parfait!
Venez, professeur!
Quelle chance! Il m'en reste 16.
Voil�, parfait. Merci.
Regardez-moi, s'il vous pla�t.
Regardez par l�, s'il vous pla�t.
Tr�s bien. Une derni�re.
Parfait!
�a paiera 2 ans de mon loyer � Paris!
Je m'appelle Abe Fields.
Je suis photographe.
Vous �tiez seul dans l'avion?
- Le pilote est mort. - Je peux vous poser des questions?
Allez-y.
Vous n'avez jamais tu� personne.
- Est-ce par hasard? - Je vise de mon mieux.
Pour ne pas tuer?
On n'apprend rien � un homme en le tuant: Mort, il oublie tout.
Je peux rester un peu parmi vous?
Si vous voulez.
La neige...
Les barbel�s...
Maintenant, �a va.
C'�tait un cauchemar atroce:
La neige,
la glace...
Berlin...
Tout cela est loin, maintenant...
Tr�s loin...
Je ne comprends pas, mais allons voir.
Trois camions arrivent. Pleins de soldats, semble-t-il.
A votre avis, ce sont des soldats?
Des trafiquants d'ivoire.
Restez ici, Minna.
Quel merveilleux spectacle! Quelle vision!
�a vous r�chauffe le c�ur!
Regardez-les.
Ivoire, mitrailleuse. Mitrailleuse, pouvoir.
Pouvoir, gloire.
Tout est � vous, Waitari.
Moins ma modeste commission, bien s�r.
Allah a �t� bon pour nous!
Il a �t� vraiment parfait.
Non, ne pensez pas � Morel � un moment pareil.
Regardez.
M�me le vent est avec nous!
Il faut bien que quelqu'un fasse le sale boulot
pour les id�alistes comme vous!
Fritz! Disperse tes hommes dans la for�t
et attends les �l�phants.
Stash et Berval, voyez les gu�s.
Bonne chasse!
S�parons-nous ici.
Faufilez-vous vers l'autre rive.
Il faut faire fuir les b�tes avant le jour.
D�s que je tirerai, ouvrez le feu.
Qui a tir�?
Ouvrez le feu. Tuez-en le plus possible!
Il y a quelqu'un l�-bas.
Occupe-toi de celui-l�.
Vous l'avez tu�!
�a suffit! Ne me tirez pas comme �a!
Je repr�sente la presse!
Je prends ses appareils.
Ils sont � moi! Ces photos appartiennent � la presse!
Retirez ce fusil, cr�tin!
Je suis journaliste accr�dit�!
Je suis Abe Fields.
Vous me connaissez de nom, je pense.
Je m'appelle Waitari. Vous connaissez peut-�tre aussi?
Tr�s heureux, M. Waitari. Ne bougez pas.
Que faites-vous ici?
Je photographiais de l'avion, hier.
J'ai eu un accident.
Vous n'�tes pas avec Morel?
Voil� ma carte de presse, si vous avez des doutes.
Laisse-lui ses appareils.
Que comptez-vous faire de Morel
et des autres?
Les tuer! Les tuer tous!
L'heure est venue d'exterminer nos ennemis!
De les disperser!
Il faut en lib�rer � jamais notre pays! C'est le moment!
Excusez-moi, mais...
si vous les ex�cutez de votre propre chef,
le gouvernement aura le pr�texte qu'il cherche
pour vous traquer et vous pendre � un arbre.
A mon avis,
on ne vous fera pas l'honneur d'un peloton d'ex�cution.
Si vous mourrez, votre mouvement mourra aussi.
Le mouvement est notre bien � tous!
Peut-�tre. Mais les gens ne connaissent que lui.
L'arm�e va nous traquer.
Nous devons continuer! Il faut tuer...
et tuer encore!
C'est Morel que l'arm�e traque. Pas vous!
Il tire sur les gens, lui!
Quant � vous,
vous vous �tes d�fendus contre une bande de cingl�s!
Quel mal y a-t-il � abattre quelques �l�phants?
Il faut agir! Assez de th�ories!
Versons du sang, pas de l'encre!
Redites-moi �a...
Tr�s bien! Parfait! Merci!
Nous voil� rassembl�s � nouveau.
La vie sait manier les id�alistes!
A propos: Vous �tes libres comme l'air.
Waitari est si g�n�reux...
Vous devriez passer me voir, un jour.
On bavarderait.
On pourrait m�me s'entendre, pour des affaires...
Ceci peut vous int�resser.
Un article passionnant.
"La conf�rence du Congo
"a �t� ajourn�e sans que rien ne soit d�cid�."
Mais quel discours!
Une �l�vation de pens�e qui arrache les larmes!
Mais vos pauvres �l�phants...
Ah, les pauvres b�tes...
Et le prix de l'ivoire grimpe de jour en jour.
Ce n'est rien.
Le visage humain est fait pour �a.
Mes affaires m'appellent.
Il a raison.
Tous les Habib ont raison.
Ils ont raison depuis toujours.
Ils savent o� ils vont. Ils voient le monde tel qu'il est.
Le vrai mal vient des gens de mon esp�ce.
Voyez o� je vous ai entra�n�s.
Mes belles id�es nous ont bien arrang�s...
J'emm�ne Minna � Biondi.
Il y a un h�pital, l�-bas.
Il y a aussi un poste, auquel je me rendrai.
Je vous comprends.
Votre amertume se justifie fort bien.
Mais je prie dieu qu'elle ne d�truise pas votre foi.
J'ai v�cu longtemps et je sais comment le monde avance:
Lentement, tr�s lentement, vers la compr�hension...
Il marque des arr�ts... Il t�tonne.
Et ceux qui vous suivent et vous aiment?
Que deviendrions-nous?
Tous ces milliers de gens qui voudraient faire comme vous...
Mais ils n'osent pas.
Ils sont las, �cras�s de lassitude.
Mais ils vous comprennent:
M�me les plus stupides, comme moi.
Ils pensent � vous... Ils pensent aux �l�phants.
Et soudain leur visage s'�claire d'un sourire.
Vous devez continuer!
Nous continuons!
Nous allons � Biondi
et nous n'aurons plus besoin de �a.
Laisse �a, Youssef! Que le vent l'emporte!
Vous restez?
Pour un reportage formidable.
Une exclusivit� comme il y en a peu.
Voil� du raisonnable. Il cherche une exclusivit� et il l'aura.
Vous aurez les plus belles photos, les derni�res.
C'est un petit coup de froid,
ce sera vite pass�.
Une piq�re de morphine?
Non! J'ai vu pire, � Anzio,
� Salerne, en Normandie. �a, ce n'est rien.
J'ai d�barqu� � Tarawa, Iwo Jima,
� Okinawa... Ce ne sera rien.
Vous avez fait tout �a pour des photos?
Les �l�phants, pour vous, �a n'existe m�me pas?
Rien � faire!
Et si on tombe sur des soldats qui l'abattent aussi sec?
L'ordre est de le ramener mort ou vif.
Ils devront m'abattre d'abord.
Ce serait amusant de mourir en combattant, � mon �ge.
A mourir de rire.
Quel �ge avez-vous, au fait?
Je suis tr�s vieux. J'aimerais bien mourir en Afrique.
Pourquoi?
C'est ici que l'Homme apparut.
On meurt mieux chez soi.
Biondi est � 3 jours de marche,
� travers le d�sert et les �pines, sans jamais d'ombre.
Nous irons vers le Nord jusqu'au prochain lit de fleuve � sec.
On suivra son cours jusqu'� la grand-route.
Biondi se voit de loin.
Viens, Youssef, on va chercher de l'eau.
Pourquoi nous dit-il �a, comme s'il n'y allait pas avec nous?
Je ne sais pas.
Est-ce que �a veut dire qu'il ne veut plus se rendre � la police?
Je ne sais pas.
Qu'attends-tu?
Tu savais?
Tu ne devais pas me laisser prendre vivant, hein?
C'�tait l'ordre de Waitari. Mais je n'ai pas pu.
Une civi�re...
Non, �a ira. Je vous le promets!
Je vous le promets.
Des hy�nes...
Notre sang les attire?
Tout ceci vous semblera bient�t un cauchemar.
C'est la r�alit� vers laquelle je rentre qui sera le cauchemar.
Quittez-nous!
Je vous en supplie!
Quittez cette route.
Je vous en prie.
Les atomistes pr�disent la fin de l'humanit�
O� va l'humanit�, d�sormais?
Oui, ici Cerisot. Parlez plus lentement.
R�p�tez, voulez-vous?
Quoi? Il vient ici? Vous �tes s�r?
Je leur montrerai!
Rassemblez vos hommes.
Ecoutez, tous! On l'a rep�r� sur la route de Biondi!
Il est cuit! Il fonce dans le pi�ge!
Partez!
Je connais les soldats! Ils vous tueront!
Pr�sentez armes!
Laissez-les passer.
Au revoir.
FIN
Sous-titrage: Vdm
Nous souhaitons remercier, pour leur aide pr�cieuse,
l'ambassadeur fran�ais en Afrique-Equatoriale fran�aise,
le Cameroun, le Tchad et l'Oubangui,
le Minist�re des for�ts et de la faune, le Congo belge
et la direction des r�serves naturelles du Congo belge.
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