All language subtitles for Max et les ferrailleurs (Claude Sautet, 1971)

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Original subtitles

-Entrez.

Ah, c'est vous. -Bonsoir, monsieur.

-C'est gentil d'être venu.

-Vous partez quand ? -Demain.

Je suis révoqué à partir du 1er, mais je fais mon rapport et je pars.

-On va lui faire passer des tests ?

-Bien sûr, on va lui faire passer des examens.

Lui faire expliquer les choses.

S'il était fou, ça arrangerait tout le monde.

J'aurais pas dû le laisser faire.

J'aurais pas dû.

Mais Max, c'était...

Max, c'était pas un policier comme les autres.

-Je me retourne,

et je vois la voiture partir. Ils ont renversé un cycliste.

-Un mort, un blessé léger. On le soigne, à côté.

Ils ont tout raflé : 80 millions. On venait de monter les sacs.

Les salauds ! Ils sont forts.

Le 4e depuis le début du mois.

-Allô, monsieur ? Max.

Non, c'est raté.

On les attendait à Champerret, ils ont attaqué au siège.

Il y a un mort.

J'arrive, monsieur.

-Que s'est-il passé ?

-Mon informateur

m'a doublé. -Renardot ?

-Oui, Renardot.

Il m'a informé sur Carmona, mais il est pas de la police.

Il me renseigne, mais c'est un homme de Carmona.

Carmona s'est méfié et il l'a fait parler.

Il est malin, Carmona.

Il a déplacé le coup.

Ils ont attaqué au départ du transfert, au lieu de l'arrivée.

C'est tout.

Je passe pour un con.

Une fois de plus.

-Je sais pas quoi vous dire. -Rien, monsieur.

Vous n'avez rien à me dire.

-Max, si vous m'aviez écouté, on les aurait arrêtés avant.

-Et le caissier serait en vie. Je sais.

On les aurait arrêtés pour port d'armes prohibées ?

18 mois qu'ils n'auraient pas fait. Le délit d'intention n'existe pas.

Ces types-là ne sont vulnérables qu'à l'instant du flagrant délit.

-Je sais, Max.

Ils sont pas contents, là-haut.

-Ils s'inquiètent de mon avenir à la police.

-Vous aurez plus de chance, une autre fois.

-Quand Carmona aura 70 ans. -On réussit pas chaque affaire.

Vous avez raté Carmona, mettez une croix dessus.

-Je m'en fous, de Carmona. Y a pas que lui.

Et les Stefani, les Potrel,

ces ordures qui tuent sous notre nez ?

Ils vont continuer, vu qu'on ne peut rien faire.

Ce sont

des professionnels, qui exercent leur métier d'une façon parfaite.

-On fait notre métier aussi,

comme on peut.

-Mais tant qu'on ne les prend pas en flagrant délit,

on ne sert à rien. Je ne sers à rien.

Si, pour arrêter un casseur ou un type qui a dépecé sa femme.

Mais pour toutes ces ordures, je ne sers à rien.

-Allons déjeuner.

-Pour l'affaire du XVe, j'ai fini mon rapport.

Il s'était caché dans la cave.

C'est pas de chance, Max. Enfin, l'important, c'est d'avoir la santé.

-Ce sont des imbéciles.

-D'un côté, des ordures. De l'autre, des imbéciles.

-Faites pas attention.

-On a trouvé Renardot.

Mort. Trois coups de couteau dans le ventre.

-Renardot ? -Mon informateur.

-Ah oui ? -Un café.

-Où ça ?

-Dans la cour de l'hôtel algérien.

-Point final.

-Max, et le garagiste de Charonne, qui leur a fourgué la voiture ?

-Baraduch. -On remonterait jusqu'à Carmona ?

-J'ai pas dit ça. Mais allez quand même voir Baraduch.

C'est votre travail.

-Bien sûr, il ne faut négliger aucun détail.

C'est notre rôle.

-J'aurais fourgué une voiture à qui ?

-Carmona, tu connais ? -C'est quoi ?

-On a la preuve que la voiture vient d'ici. DS rouge, 755 UE 75.

Ça te dit rien ? -Faut que je voie mes registres.

-A qui tu l'as vendue ? -Un client.

-Lequel ? -Un type.

-Qui l'a revendue à un type, qui l'a revendue à Carmona ?

-Tout est possible. La terre tourne si vite.

-Le nom de ton client.

-Vous achetez et vendez des voitures d'occasion ?

Vous avez des chèques, des reçus. Vous avez un livre de comptes.

Vous allez me dire que vous ne mettez pas tout dessus ?

-Ça m'arrive. -C'est défendu, ça.

Et pas de cartes grises, des voitures volées.

J'en vois dix qui sortent d'ici. Alors, on va vous embarquer.

-Vous ne ferez pas ça !

-Je vais me gêner.

-Si je vous donne un renseignement, vous me laissez ?

-Lequel ?

-Le type qui me l'a vendue est là.

-Où ça ? -Là !

-Baraduch, vous avez fini de faire le con ?

-Le type qui vous a vendu la voiture, il va me mener où ?

A qui ?

A Baraduch. Vous allez pas me faire remonter jusqu'à Carmona.

Rien à foutre, de votre type.

-Mon pauvre Baraduch. -C'est pas des voitures volées.

-Que fait-il ici ? -Il vient chercher son fric.

Je lui en devais encore la moitié.

-Vous lui donnez son argent. Et vous, vous faites le comptable.

Puis vous le laisserez partir, je m'en occuperai dehors.

-Et moi ?

-A la brigade. Ils vous croiront, puisqu'elles ne sont pas volées.

-Hé, Abel !

-Vous avez du feu ?

-Max !

Tu te souviens pas ? Abel.

Abel Maresco, 41e RIC. Le Cintra, Lyon !

-Oh, Abel !

-Ça, c'est marrant !

Ça fait combien de temps ? 20 ans ? Non, j'étais plus avec Edith. 17.

-Oui, 17 ans.

-J'étais pas sûr que c'était toi. -J'ai vieilli ?

-Non, t'as changé.

C'est à tes yeux,

que je t'ai reconnu.

Cette bande qu'on faisait !

T'as revu personne ?

-Non. -Moi non plus.

C'est marrant.

Sacré Max, va ! Si je m'attendais à ça !

-On prend un verre ? -Un peu, oui !

Que deviens-tu ?

-Pernod ? -Ouais.

-Deux doubles.

-Tu voulais pas être juge ? -Si.

Je fais autre chose. -Quoi ?

-Dans les affaires.

-Ça marche ? -Pas mal.

Et toi ? -Oh, moi !

Dans les affaires aussi, mais sûrement pas les mêmes.

-C'est-à-dire ?

-Tout en bas.

A 17 ans, j'ai fait tellement de conneries.

J'habite Nanterre.

Alors, je travaille pour les ferrailleurs.

-Non, non.

Quel travail ?

-Ben, un peu spécial.

On est une bande de traîne-lattes, dans la zone.

Tout en bas, quoi.

Alors, on bricole.

On se démerde.

-C'est-à-dire ? -Ben,

on vend de la ferraille, du cuivre, de l'alu, tout.

-Où trouvez-vous ça ? -A droite, à gauche.

Chantiers, entrepôts, n'importe où. On découpe des bagnoles aussi.

-Et ce cuivre, cet alu, ces voitures, vous les achetez ?

-Pas toujours.

-Pas souvent ?

-Pas souvent.

-Marrant, ça. Allez, vide ton verre.

La même chose.

Et ça rapporte beaucoup ? -Non, penses-tu.

Le type pour qui on travaille nous prête son camion et il ramasse.

Mais c'est peinard.

Parfois, je me fais une voiture pour un fourgue. J'en sors, là.

Enfin, c'est pas la réussite sociale.

-Comment t'en es arrivé là ?

-Oh, je sais pas comment te dire.

J'ai jamais eu de chance. Au foot, je marquais,

je me claquais la cheville. Ça a été pareil pour tout.

Rien a marché.

Et y a eu le bouquet :

un jour, j'ai cru avoir tué un mec.

J'avais une affaire de brocante, mon associé jouait tout aux courses.

Alors, je me suis battu avec lui. Je démarre au quart de tour,

j'ai cru que je l'avais tué.

Alors, j'ai signé à la Légion. 10 ans. Tu te rends compte ?

Il était pas mort, ce con-là.

10 ans de Légion, pour rien. C'est pas le plus beau ?!

-10 ans ? -Ouais, tout :

Indochine, Algérie, tout le cirque.

J'ai laissé tomber, pour une femme.

-Tu vas où, maintenant ? -Nanterre.

-Je prends un taxi, je t'avance ? -Hm.

-Je vais à l'Etoile. On y va ? -Allons-y.

-Voler des bagnoles et du cuivre, c'est marrant.

Mais si tu te fais prendre ? -Je sais. La taule, 18 mois.

-Ce qui m'embête, dans ton truc, c'est le côté amateur.

Beaucoup de risques pour si peu. -On fait gaffe.

-A ta place, j'envisagerais les choses autrement.

-Autrement ?

-Je veux dire : en plus grand, tant qu'à faire.

-Voler ce qu'on vole, c'est pas dur. En plus grand, c'est autre chose.

Il faut être organisé, étudier son coup. Ça demande du temps.

Ça devient un travail de professionnel, un métier.

-Comme tout.

Tu fais épicier, marchand de frites, gangster, flic, curé,

c'est toujours un métier.

-Bien que je sois pas fréquentable, on pourrait se revoir.

T'as un stylo ?

C'est un bistrot où je suis toujours. Tiens.

-Merci.

Arrêtez au coin de la rue.

Combien je vous dois ? -14 francs.

Accompagnez monsieur à Nanterre. -T'es malade !

-Laisse tomber. Ciao !

-Salut. Tu m'appelles ? -Oui, oui.

-Où ça, à Nanterre ? -A Charlebourg, avant le pont.

Tournez à droite, à la Défense. -Bien, monsieur.

-C'est quoi, les amateurs ?

Des petits délinquants, des types qui n'ont jamais eu affaire à nous.

On ne les connaît pas.

Vous n'en connaissez pas.

-Si, monsieur, j'en connais un.

-Un amateur, qui veut faire un coup important ?

-Oui.

-C'est nouveau.

-Oui, c'est nouveau.

-Quel coup ? -Je ne sais pas.

Lui non plus, d'ailleurs.

Mais je sais qu'il veut.

Il me l'a dit.

-Depuis quand le connaissez-vous ? -Longtemps. Je l'ai vu hier.

-Que fait-il ?

-C'est un ferrailleur. Il vole des voitures, de la ferraille,

avec une bande.

-Max, avant d'aller plus loin, il faut d'abord se renseigner.

Où habite-t-il ?

-A Nanterre.

-Nanterre.

Y a Rosinsky, à Nanterre. Vous ne le connaissez pas.

On était ensemble, à la 3e brigade.

Rosinsky.

Je l'ai perdu de vue, depuis au moins 10 ans.

Il est sûrement commissaire, maintenant.

Il doit connaître tous les coins, là-bas.

On pourrait le voir.

Il doit avoir près de 50 ans.

-Bonjour, monsieur le commissaire. -Mme Saïdani.

-Une bière ? -Oui, merci.

-Voilà.

Voilà, monsieur le commissaire.

-Belote.

-A toi de jouer, Dromadaire. -Ah oui.

-T'as pas d'atout ? -Si.

-Pourquoi tu fournis pas ? -Merde.

-Rosinsky t'impressionne. -J'en ai rien à foutre.

Tiens, j'ai même encore le 9. -La vache !

-Quelle rondelle il a ! -C'est ça, la science.

-Fallait faire la passe. -Il restait un pique.

-Tu faisais tomber le 9, ils étaient capot.

-Et s'il était à droite ? -C'était risqué.

-Il était à gauche. -T'aurais dû faire la passe.

-Alors, attends. -Où tu marques, là ?

-Là. -C'est notre colonne, ça !

-Je me suis gouré. -Sans faire exprès !

-Quand tu t'es trompé, j'ai rien dit.

-C'était pas pour l'apéro. -Je l'offre.

-Un petit café,

tenu par une ancienne tenancière de maison : la mère Saïdani.

Ils sont pas méchants. Ils s'amusent à des jeux de mômes.

Tant qu'ils foutent rien, ils sont contents.

C'est des petits zonards. -Ils travaillent pas ?

-Non. Dans un sens, ils travaillent quand même.

Voler 3 tonnes de cuivre ou découper des voitures,

c'est du boulot.

-Ils sont pas dangereux ?

-Certains le sont sûrement.

Mais globalement, ils sont tranquilles.

J'ai jamais eu de gros ennuis.

-Tu connais un certain Maresco ?

Abel Maresco. -Je connais Abel, oui.

Un ancien légionnaire. La bande des ferrailleurs.

Vous le recherchez ? -Non.

Mais on a une information :

il est décidé à se lancer dans une affaire sérieuse.

-Abel ?!

-Vous avez des informateurs, dans le café Saïdani ?

-J'en ai un qui traîne avec eux, toute la journée.

Mais il m'a rien dit.

-Mais moi, je sais.

-Ah bon.

-De quoi se compose cette bande ? Combien de types ?

Vous pouvez nous faire un portrait détaillé ?

-Difficile.

-Pourquoi ?

-C'est un curieux mélange de types. Jamais les mêmes.

Imaginez un noyau central,

avec des satellites, qui tournent autour.

-Le noyau central ?

-Le noyau central, c'est ceux de La Plaine,

qui travaillent pour Benassard. -Qu'est-ce que c'est ?

-Napo Benassard.

Il leur loue son camion.

Il gagne 2 fois plus qu'eux, sans se mouiller.

Mais il fait pas vraiment partie de la bande.

-La bande, c'est quoi ? Ils sont combien ?

-6 ou 7.

Il y a d'abord Abel Maresco... -Pas la peine, on le connaît.

Les autres.

-Tony. De son vrai nom, Chantoiseau Antoine.

Le copain de Maresco. Ils sont toujours ensemble.

Ancien boxeur. Trois condamnations, pour rixes et proxénétisme.

Il a abandonné sa femme et ses 3 gosses,

pour vivre aux crochets d'un vieux tromblon.

Une petite crapule, sans envergure.

Serafino Lui, qu'ils appellent P'tit Lu.

C'est un peu plus sérieux.

C'est un costaud, borné, analphabète.

Il avait 7 ans, quand son père a été guillotiné.

Il a été en prison X fois. Il a purgé sa dernière peine

à Clairvaux, avec un tueur de flic.

-Bravo, l'administration pénitentiaire.

-Je le soupçonne d'avoir, un jour, donné un coup de pied dans un cric,

soutenant un camion, alors qu'un type était dessous.

J'en ai jamais eu la preuve.

-En voilà 3. Continuez.

-Jean-Marie Patinet, dit Jean-Jean.

L'âme damnée de Serafino. Son poisson-pilote.

Il pousse toujours l'autre à faire des bêtises. Il est sûrement

l'instigateur du coup de pied dans le cric.

Ça leur a rien rapporté, ils ont fait ça par bêtise.

-Il est pas mal non plus. -Méchant, oui.

Mais pas mauvais.

Comment vous expliquer ? Ça l'amuse.

Si on peut dire, c'est un innocent.

-Les autres ?

-Il y a encore Loranger Guy. C'est le plus jeune, 24 ans.

C'est un étudiant. Enfin, c'était.

Il traînait au café Saïdani, pour semer la bonne parole,

mais devant la stérilité du terrain, il est resté là.

Et le dernier, c'est le fils de la mère Saïdani,

la patronne du café.

Robert. Il habite chez sa mère.

Il passe son temps à emballer des filles dans les bals,

ou à conduire comme un fou des bagnoles achetées par sa mère.

Beau mec et rien dans le cigare. Toujours fourré avec Dromadaire.

-Dromadaire ? -C'est mon informateur.

Cyriaque Arnaïs. Une belle pièce.

Plusieurs femmes travaillent pour lui, à Pigalle.

Mais il traîne toute la journée avec eux.

C'est tout.

-Belle équipe.

-Pas mal.

Voilà 6 types capables de faire un coup.

-Ça dépend de la grosseur du coup. -Un hold-up.

-Je les vois mal se lancer là-dedans.

-Ils n'attaqueront pas la Banque de France. Un petit hold-up.

-Ce sont des petites têtes. -Qui peuvent grandir.

Avec toutes ces agressions impunies à la une des journaux,

ils se diront fatalement un jour : "Pourquoi pas nous ?"

-Evidemment. -Alors, autant

être là, ce jour-là.

Si on n'est jamais là, ça peut durer encore 20 000 ans.

-Bien sûr. -Je ne veux pas les tuer.

Juste réussir un flagrant délit, avec peu de risques.

Ça peut faire réfléchir ceux qui voudraient les imiter.

-Quel serait mon rôle ? -Très simple.

Etablir

des fiches signalétiques,

surveiller leurs faits et gestes,

par l'intermédiaire de votre Dromadaire.

Et nous tenir au courant.

-Voilà, Edmond.

Excuse-moi de t'avoir dérangé.

C'était une occasion de se revoir.

-Et s'ils ne se décident pas ?

Parce que des grands projets, je doute pas qu'ils en fassent,

mais faut peut-être pas trop compter sur eux.

-S'ils ne se décident pas, on n'aura pas à s'en occuper.

-Au revoir, Jean.

Au revoir. -Au revoir.

-C'est vrai, ça. -Quoi, monsieur ?

-S'ils ne se décident pas, ça peut durer...

-Aussi longtemps qu'ils n'auront pas d'objectif.

A nous de les aider à trouver cet objectif.

-Les aider ?

Attention, Max. -Oui, attention.

Je sais, c'est pas facile.

Car il est pas question que je revoie Abel, ni cette bande.

Sauf à l'arrivée.

-Mais alors, comment comptez-vous vous y prendre ?

-Je ne sais pas.

-Je prépare la note.

-Maria.

-Bonjour. -Tu utilises la voiture ?

-Non, tu la veux ? -Oui.

-On te voit peu, en ce moment.

-Je rentre tard.

-Tiens, ton chèque. Je suis allée à Lyon, hier.

-Ah bon ? -Où j'ai pu les mettre ?

Cécile attend un enfant. Sans doute pour Noël.

-Ça leur

en fera 5. -Ils sont contents.

La récolte a été bonne. Le meilleur vin de ton père depuis 20 ans.

Il t'enverra un autre chèque, dès qu'ils auront fait les comptes.

Tu devrais lui écrire. -Oui.

Il y a des filles, avec eux. -Quatre.

Ida, Nicole, Jeannette et Lily.

-Que font-elles ?

-Le trottoir.

Vous voulez des renseignements ?

-Celle qui est avec Abel Maresco. -Lily.

C'est une Allemande.

Julia Anna Ackermann. Née à Hambourg, en 41.

Famille de 8 enfants.

Elle est arrivée, il y a 3 ans. Elle habite avec Abel.

Mais elle travaille surtout à l'Etoile.

Elle a commencé à se prostituer en 59, à Munich.

On la retrouve à Trèves, en 61,

avec un type qui l'oblige à se droguer.

Tentative de suicide, en 65. En sortant de l'hôpital,

elle rencontre Abel, légionnaire en fin de contrat.

Mais Lily peut pas partir. Le protecteur était en taule,

mais ses amis la surveillent. Abel se bat avec l'un d'eux.

Ils s'enfuient d'Allemagne,

et ils arrivent ici. Depuis, Nanterre, c'est le pays de Lily.

A son arrivée, elle était pas brillante.

Mais elle est devenue quelqu'un, du moins, quelque chose.

Cela dit, elle s'est remise à faire le trottoir.

Lui, il laisse faire, mais il ne lui prend pas un sous, évidemment.

Nanterre, c'est peut-être moche, mais après tout ce qu'elle a vu...

Et, au café Saïdani, elle se sent libre.

C'est peut-être des voyous, mais ils la respectent.

Elle était pas habituée à ça.

Au milieu d'eux, elle est un peu comme une reine.

-Je vous dois ? -2 000.

-Voilà, merci. -Merci.

-Combien veux-tu ? -Le plus possible.

-C'est combien, le plus possible ? -Y a pas de limite.

Un million, si tu veux. Le minimum, c'est 10.

Merci.

-Non, c'est pas la peine.

-De quoi ?

-De te déshabiller.

-On ne fait pas l'amour ?

-Non.

-Alors, que fait-on ? -Rien.

On passe un moment.

-T'as quelque chose ?

-Non, pourquoi ?

-Je sais pas...

On fait rien ?

-J'aime jouer aux cartes, mais j'ai pas le temps.

-Pourquoi t'es monté ?

-Je t'ai trouvée jolie.

-T'as pas d'amis, pour jouer aux cartes ?

-Si.

Beaucoup trop.

-Hm.

Mais... -Hm ?

-Non, rien.

-Quoi ?

-Tu couches jamais ?

-Jamais avec les filles

que je paie.

T'es jamais montée avec quelqu'un sans rien faire ?

-Rarement.

Si, ça arrive.

Une fois, un journaliste.

-Comment tu t'appelles ?

-Lily.

T'es plein aux as, toi.

30 000 balles, rien que pour t'asseoir.

-Ça t'embête ? -Non.

Et toi, ton nom ?

-Félix.

-Et que fait-il dans la vie, Félix ?

-Devine.

-Je ne sais pas. Journaliste ?

Médecin ?

Avocat ?

Crémier ?

Tu ne veux rien faire, tu es sûr ? -Oui.

-Tu ne changeras pas d'idée ? Tu m'aides ?

Euh... bijoutier ?

-Non.

-Flic ? Il rit.

Je sais pas, moi.

Député ? Banquier ?

-Voilà. -Ah ? T'es banquier ?

-Oui. -T'es riche, alors.

-Suffisamment.

-Bien.

-Vous avez le soleil toute la matinée.

-Mme Cramer ne l'habite que 3 mois par an.

Elle vit chez sa fille, en Suisse. Elle l'a meublé avec goût.

Ça n'est pas cher,

pour ce que c'est. Enfin, tout est cher, vous me direz.

Voilà. Pardon.

La cuisine.

Et vous n'avez jamais de bruit.

La salle de bains. A droite, il y a un médecin.

Vous ne serez pas dérangé, surtout qu'il y a un double placard, ici.

-C'est bien, ici. -N'exagérons rien.

Installe-toi.

Tu veux boire ?

Du vin, du whisky, du champagne ? -Du vin rouge.

C'est joli.

C'est ici que tu habites ?

-Non, je viens de temps en temps, pour être tranquille.

-Avec des filles.

-Non.

-C'est où, ta banque ?

-Rue d'Argonne, à la Villette.

Tu veux ouvrir un compte ? -Peut-être.

J'ai pas le droit ?

-Si.

C'est pas une grande banque, tu sais.

Une petite agence de quartier. -Y a pas d'argent, dedans ?

-Si. Quelquefois trop.

A la Villette, tu penses, avec les chevillards.

-Les quoi ? -Les chevillards.

Les types qui vendent de la viande en gros.

Sers-toi.

L'argent, là.

Vas-y, prends.

Ce que tu veux.

-Je peux ?

-Oui.

Je peux prendre un bain ? -T'es chez toi.

-Hé !

-Tu es bien ? -Oh, oui.

Je voudrais habiter dans une baignoire.

Ah, je savais bien.

-Quoi ?

-On fait pas l'amour, mais y a autre chose : tu es un maniaque.

-Non, photographe.

Remonte-toi.

Non. Là, voilà, comme ça. Lave-toi. Fais comme si je n'étais pas là.

-Je n'aime pas ça.

-Je veux seulement la tête.

Ne souris plus. Non, ne souris plus.

Parle-moi. -C'est pas facile !

Si j'avais pris 100 000, sur la table, tu m'aurais dit quoi ?

-Fallait essayer. Attends.

Assieds-toi sur le bord.

-C'est pas mal.

-Baisse les yeux.

Ouvre.

Beaux yeux. Dans l'eau.

Dis quelque chose.

-C'est agréable, d'être riche. -Si quelqu'un dit le contraire,

tu me le présentes.

-Ah, l'argent ! L'argent ! L'argent !

-L'argent, faut en gagner le plus possible. Tu en gagnes aussi.

-C'est pas pareil.

-Si.

Ce qui l'est pas, c'est de vivre à côté, sans en avoir.

Avec des excuses de minable.

Et arriver à 40 ans, sans un sou.

-Y a la chance aussi.

-La chance, tu la fais toi-même.

Celui qui n'a pas de chance, c'est qu'il n'en veut pas.

C'est un imbécile. Par forcément, d'ailleurs.

Seulement, c'est une bonne excuse, la chance, pour la paresse,

pour ceux qui ont peur du risque.

Tu penses pas ?

-Si.

-Tu vis où ?

-A Nanterre.

-Seule ? -Non.

-Tu as un ami ? -Oui.

-Qu'est-ce qu'il fait ?

-Il vit. -Tu travailles pour lui ?

-Pas du tout, je suis indépendante.

-Que fais-tu de ton argent ? -Je le dépense.

J'adore ça.

Parfois, j'en mets de côté.

A la banque.

-Tu as raison.

On joue ?

-A quoi ?

-Poker, gin... -Au gin.

Je me rhabille. Combien, le point ?

-1 franc.

-La prochaine fois, tu prends un bain et je te photographie !

Champagne !

C'est drôle.

On dirait...

Que vas-tu en faire ? -Les vendre.

Très, très cher.

5 de carreau.

-5 de carreau...

-Qui t'a appris à jouer au gin ? -Des relations, mon pote.

Je descends à 3.

Voilà.

-Très bien -Combien t'as ?

-Le maximum.

-Deux as. 30, 40, 50, 58. Moins 3, 55.

A pique, ça fait 110. -110.

-C'est très bon, ça.

T'es marié ? T'as des enfants ?

-Divorcé, sans enfants.

-Un carreau.

T'as rien, alors ? Sauf ta banque.

-Eh oui.

-Un égoïste.

Félix, l'égoïste.

-Eh oui.

Tu prends ça ?

-Rien que pour t'emmerder.

-Très bonne idée. Grand gin. -Salaud !

Tu m'excuses.

-Aucune importance.

-L'éponge !

Chaque fois que je m'amuse, je fais des bêtises.

Bon, ici, ça va.

Un peu sur la moquette.

-Aucune importance.

-On joue plus ? -Comme tu veux.

-Tu es un type formidable.

Ta femme

ne te regrette pas ? -J'en sais rien.

C'est marrant, ça !

-Quoi ? -Rien.

Un ami, il s'est fait

cambrioler.

-Ça te fait rire, et c'est ton copain ?

-Pas lui, sa banque.

40 millions.

Des types s'amènent. 2 minutes après, la caisse envolée.

-Mais la police ? -Que veux-tu qu'elle fasse ?

Elle peut pas garder toutes les banques.

-T'as jamais peur, toi ?

-Le jour des chevillards.

-C'est souvent ? -Une ou deux fois par mois.

-Ton copain doit faire une drôle de tête.

-Il s'en fout, il est assuré. -Alors, tout le monde s'en fout ?

-Pourquoi tu restes à Nanterre ? -Je suis bien, à Nanterre.

-Tu pourrais trouver mieux.

-Non, je suis bien.

Je suis garée là, plus loin.

Voilà, je suis là.

-Je te vois pas la semaine prochaine.

-Tu ne m'aimes plus ? -Je pars à New York.

-New York ?! -Oui.

Je te fais signe, en revenant.

-Je me demande si tu es normal. -Normal ?

-Tu es bien sûr

que tu es un homme ?

-Ils sont pas là. -T'es sûr ?

-On aurait vu Robert faire le guet.

Ils sont sûrement au nouveau chantier, près de la cimenterie.

Lily est là, je te remplace.

-On a failli se faire piquer, alors on a changé d'endroit.

-Abel, tu viens ?

-Oui, j'arrive.

J'en ai juste pour 5 minutes.

-Quel jeu de con, dis donc !

Plein les bottes.

-Oh, la vache !

-Qu'est-ce que tu as ? -Crevé.

Pour rien. Avec tout ce que je dois à Napo, je vais encore rien toucher

-Tu ne fais rien pour gagner de l'argent.

Et tu refuses le mien.

-Je suis pas tombé jusque-là.

-Alors va le chercher où il y en a.

Pas dans tes chantiers minables.

Il faudra bien qu'un jour, tu t'enlèves ça de la tête.

-Il est dans les banques.

-Ben, attaque une banque.

-T'es marrante, toi.

-Je ne suis pas marrante. Et t'es pas marrant non plus.

-Que se passe-t-il ?

-Tu ne peux pas continuer comme ça.

J'ai peur de ne pas pouvoir continuer non plus.

-Continuer quoi ?

-A passer ma vie avec un homme résigné,

qui mijote, comme un légume.

C'est pas pour l'argent.

C'est pour toi.

-Vous me faites marrer.

Si t'as un mauvais manager,

t'as pas de bons combats.

-Avec ta vieille, t'es sûr de bouffer.

-C'est pas gratis, tout ça, mon pote. Faut fournir.

-Pauvre Tony ! -Il va pas se mettre

à pleurer, non ? -Non. Mais des fois,

je me revois au milieu des gens. J'étais connu.

Pas longtemps, mais y avait plein de filles.

Et me voilà bloqué,

comme un con.

-Ça, on n'est pas des bolides.

-Qu'est-ce que tu veux y faire ?

-Comme Abel,

des fois, je pense à un coup, ramasser un paquet et se barrer.

-Pour aller où ?

-Au Brésil, au Venezuela, n'importe où.

-Un coup, faut savoir le faire.

Un mec costaud peut pas battre un boxeur, s'il connaît pas la boxe.

-C'est vrai.

Enfin, pas toujours.

-Tony, tu te vois, dans un hold-up ?

-Tous les soirs,

je suis au page, avec ma vieille.

Voilà ce que je vois. -Pourquoi tu te casses la tête ?

Tu lui files un coup sur le citron, puis tu files avec le magot.

-Elle est pas folle, mémère. Pas de liquide, à la casbah.

Tout au Crédit Lyonnais.

-Venez m'aider !

-A perpète aussi, avec ce con-là.

-Bosse, ça te donnera des couleurs !

-T'as enlevé les photos ?

-Oui.

J'aime les murs qui changent.

-Elle est cassée ? -Non.

-Et New York ?

-Quoi, New York ? -C'est une belle ville ?

-C'est quoi, une belle ville ? -Je sais pas, je te demande.

-Y a des poubelles, des nègres, des flics,

des taxis jaunes.

Très sales.

Des putains aussi. Comme partout.

-Pas besoin d'aller à New York.

-Oh non, pas besoin.

-T'en as pour longtemps ?

-Oui.

Je te donnerais bien à boire, mais mes amis ont tout bu.

-Pourquoi je suis là ?

-Hein ? -Pourquoi je suis là ?

-Seul, je m'ennuie.

-Ça te revient cher.

-La présence d'une jolie femme n'a pas de prix.

-Je m'en fous, après tout.

-J'ai jamais vu un homme comme toi. -Tu n'as jamais fait attention.

-T'étais pareil, avec ta femme ?

-J'ai toujours dû être pareil.

-T'es resté marié longtemps ?

-Pas longtemps.

-Tu la revois ?

Ça t'ennuie que je t'en parle ?

-Aucun intérêt.

-Si tu veux même pas parler, pourquoi je reste ici ?

-Tu n'as rien à demander, puisque je te paie. C'est ton métier.

-Tu es un sale type.

-Quoi ? C'est vrai.

C'est ton métier.

-Pas de regarder un piqué réparer sa pendule ou faire des photos.

Mon métier vaut le tien, surtout comme tu dois le faire.

Je suis une putain, mais pas pour n'importe qui.

Tu n'auras qu'à donner ton argent à d'autres.

-Bonsoir.

-Bonsoir.

-Qu'est-ce que tu as ? -Rien.

T'es pas avec les autres ? -Le camion est cassé.

-Hm, le camion.

-Tu viens te coucher ?

-A quoi tu penses ?

-A rien.

A tout ça.

J'ai repensé à ce que tu m'as dit, l'autre soir.

J'en ai même parlé aux autres.

Seulement, quoi ?

Hm ?

On va pas braquer le 1er mec dans la rue.

-J'ai une idée.

Mon banquier.

Tu sais, mon banquier.

-Des banques, je sais où y en a.

Tu nous vois attaquer une banque ? -C'est une petite agence.

A la Villette. Il y a de l'argent une ou deux fois par mois.

-Beaucoup ?

-Il a dit que oui.

Je sais pas. Quelquefois 20, 30 millions.

Une ou deux fois par mois ? Quand ? Quel jour ? Tu le sais, toi ?

-Rue d'Argonne, dans le 19e ?

Ils sont décidés ? -Ils parlent que de ça.

-Ils veulent faire ça quand ? -J'en sais rien.

-Fais pas le con. -Je vous jure, vous me connaissez.

-Justement, Dromadaire, je te connais bien.

-Je vous dis ce que j'entends.

Ils savent pas quand ils veulent braquer.

Ou plutôt, quand ils peuvent.

-Tu le connais depuis longtemps ?

-Max ?

10, 12 ans Juste après ton départ.

-11 ans.

-Max, faut le connaître.

Il a été juge d'instruction, à Lyon.

Un jour, il a tout plaqué, et il est entré dans la police.

-Il a le goût du sacrifice ? -L'argent lui est égal.

La famille a des vignobles, dans le Mâconnais.

-Juge.

Pourquoi il a laissé tomber ?

-Un jour, il a dû remettre une crapule en liberté.

Il savait le prévenu coupable. -Mais n'avait pas de preuve.

Ça l'a choqué.

-Il l'a pas supporté.

Depuis, il a l'obsession du flagrant délit.

-Ouais.

T'as pas de secrétaire ? -Elle est partie avec un jeune.

-Hé... -Tiens, le voilà.

-Ah. Bonjour.

-Bonjour. -Max.

-Alors ? -Ils veulent attaquer une banque.

-Je vous l'avais dit. -Bravo.

-Où et quand ?

-Une agence, à la Villette. Parfois, il y a de l'argent.

-Quel jour ? -Ils savent pas.

-On n'est pas très avancés.

-On va pas leur dire quel jour il y a un transfert de fonds.

-Evidemment.

-Ils sont décidés sur le principe. La fille va faire parler le type.

-Quelle fille ? Quel type ? -Le banquier est un client.

-Lily. -Ah, je vois.

Bon, c'est bien parti.

-Une bière, Max ? -Non, merci.

-Au revoir, Jean. Je connais le chemin.

-Ne les lâchez pas et tenez-moi au courant.

A bientôt.

-Max, c'est vous, le banquier ?

-C'est moi.

-Comment est cette banque ? -Idéale.

Des petites rues, faciles à boucler.

-Merci.

-Je voudrais des travellers. -Au bureau de change.

-C'est un petit truc. Une agence avec un comptoir.

Et une caisse vitrée.

Un peu comme celle de la rue Maurice Thorez, près de la gare.

-Y a du fric ? -Y a le fric des mecs

qui vendent la viande en gros.

-Ils sont combien ? -Je sais pas. 3, 4.

Bon, je fais le plan des rues.

Là, on a un carrefour. La rue est là.

Et le machin, ici.

On rentre par une espèce de sas.

T'as les comptoirs et la caisse est là.

-Y a pas de rue, là. -Ta gueule, c'est l'intérieur.

-Ben, oui.

Ça me paraît pas dur.

Y en a un dans la bagnole, les autres rentrent.

Faudra en laisser un devant la porte, pour surveiller.

Mettons qu'on est dedans... -Qu'est-ce qu'on dit ?

-On dit : "C'est un hold-up." Ils comprendront, t'inquiète pas.

-Ils verront les seringues.

-Ta gueule,

tu viens pas. -J'ai mes raisons.

-Tu fouettes. -Répète !

-Bouclez-la !

Si vous commencez, je laisse tomber.

-T'énerve pas.

-Pour les billets, faudra un grand sac, comme les marins.

-Et les seringues ?

On en aura ? -Bien obligé.

Même pour la frime, il en faut. -On demandera à Brahim.

-Et si le fric est dans un coffre ?

-Faudra que le mec ouvre. -Et s'il veut pas ?

-Un coup de crosse

sur le cigare, il aura vite compris.

-Et si ça tourne mal, qu'est-ce qu'on fait ?

-Comment ça ?

-Si le caissier appuie sur une sonnette.

-Dans le journal, les mecs tirent. -Faudra tirer, s'ils bougent ?

-Vaudrait mieux pas. -Les mecs de La Garenne

ont évité le placard, en tirant.

-C'est des cons. Les grands font en sorte de pas tirer dans le tas.

-Il faut juste leur faire peur. -Evidemment.

Ce serait pour quand, alors ?

-Ça, pour l'instant, on sait pas.

-Félix ?

Je suis là.

Je sais que tu voulais plus me voir, je suis venue quand même.

J'ai vu les clés, je suis entrée.

-Tu as bien fait.

-Je n'essaierai plus de comprendre.

-Y a rien à comprendre.

-Je te plais, tout à coup ?

T'es décidé ?

-Tu me plais, depuis le début.

Que vas-tu faire, après ? Tu vas pas faire ce métier, toute ta vie ?

-Après ?

Je sais pas. Ça dépend.

Je verrai.

J'ai de l'argent de côté.

Pas autant que toi, mais j'en ai.

Si tu veux, tu me donnes plus d'argent.

Je voudrais te voir pour rien.

-Je pense pas que t'aies raison.

Tu crois me connaître ?

Tu me connais pas du tout.

Tu ne me connais pas.

-C'est vrai.

Pourtant, si tu voulais, ce serait simple.

-Celui-là marche pas. Ça commence bien.

-Y a combien de chargeurs ? -Faut les graisser, d'abord.

Chiffon.

-Si le banquier l'ouvre pas, on va pas garder nos seringues 83 piges.

-On les refourgue à Brahim.

-Pourquoi pas attaquer autre chose ?

-T'es dingue ? -Quoi ?

-Je sais pas, le Prisunic.

-C'est vrai,

le Prisunic, on le connaît.

Y a du fric, en fin de journée. -Où c'est que tu vas, toi ?

2 briques, à tout casser. Divise en 6.

-Y a pas que le Prisunic, y a un tas de trucs.

Faut chercher.

Les mecs, j'ai une idée : si on braquait la mère à Robert ?

Matez la gueule

qu'il fait !

-Tu la connais pas ma mère, elle a pas peur d'une pomme comme toi.

Monte sur un ring, avec elle,

tu verras la tronche qu'elle va te foutre.

-Non, mais sans blague : la nouvelle station-service.

-Avec la location de voitures, le restaurant, le bowling,

y en a un paquet.

-T'es pas fou ?! Donne-moi ça !

-Où t'as tiré ?!

-Dans le camion, y a personne.

-Pauvre connard, tu te rends pas compte ?

-Qui l'a laissé sortir avec ça ?

-Les bastos, maintenant, c'est Tony qui les garde.

Si la mère Pillet a entendu,

ça sera la 1re à nous balancer, la vieille. C'est malin !

-Maintenant, ils forment une vraie bande.

Mon informateur n'y est plus, il ne participe pas.

-Il est grillé ? -Non, ils s'en méfient pas.

-Alors ?

-Ils peuvent décider quelque chose, sans lui en parler.

-Vous m'avez dit que vous étiez sûr de lui.

-Je le suis toujours.

Mais moins des ferrailleurs.

Depuis qu'ils ont cette idée, ils ont changé.

Ils sont armés, maintenant. C'est plus pareil.

-Vous pensiez qu'ils auraient des lance-pierres ?

Ils vont pas se lancer comme ça, du jour au lendemain.

-Hé !

-Je vous dépose chez vous ? -Oui, oui.

-Je comprends plus, tout le monde est prêt, eux, nous, vous, moi.

Il n'y a plus qu'à fixer le jour, et c'est à vous d'en décider.

-Oui, monsieur. -Alors, qu'est-ce vous attendez ?

Arrêtez cette pantalonnade.

-C'est pas si facile.

-Lily, téléphone !

-Oui ?

Oui.

-Félix. Je dérange ? -Non.

-On devait se voir mardi, et je peux pas.

Je dois travailler tard.

Parce que mercredi, c'est le jour des chevillards, tu sais ?

Tu m'entends ?

-Oui.

-Je passerai la semaine prochaine. Je t'appelle là ?

-Bien. Bon, alors tu m'appelleras.

Au revoir.

-On prend un verre ? -Non, merci.

-Il est à côté de moi. -Il se fout pas de vous ?

-Non, monsieur.

-A-t-il entendu la fille parler aux autres ?

-Oui, il a passé la soirée avec eux.

Elle n'a rien dit.

-Rappelez-moi, dès qu'il y a du nouveau.

-Mais oui.

-Elle leur a pas donné la date.

-Alors ?

-Qu'y a-t-il ?

Abel ?

Qu'est-ce qu'il y a ?

Dis-moi.

-Ils sont pires que des mômes.

Ils veulent attaquer une pharmacie.

Je sais pas comment ça va finir.

C'est de ma faute, j'aurais pas dû.

-Pas dû quoi ?

-Tu le vois, ce soir ?

-Je pense, oui.

Je ferme la lumière ? -Non.

-Je vais te laisser, tu m'excuses.

-T'es pressée ?

Ici, les filles sont toujours pressées.

Va l'étranger, c'est pas pareil.

-Que veux-tu que j'aille y faire ? Je suis à Paris. Aide-moi.

Merci.

-Un jour, je me rappelle... Non, c'était pas à l'étranger.

C'était où, déjà ? -Tu me le diras la prochaine fois.

-Ils sont chez Napo ?

-Chez P'tit Lu.

-Tony est parti devant. Tu bouges pas de l'arrêt d'autobus, ici.

T'es le mec qui attend l'autobus. Nous, on s'amène avec la guimbarde.

-Qui c'est qui la fauche ?

-Robert ? -Ouais.

Une 404 ou une ID ? Une idée, c'est mieux.

-C'est mieux.

Quand on passe, tu nous fais un signe, pour dire

si y a pas de képis. -Quel signe ?

-Tu te grattes le pif ou l'oreille.

-Le pif. -D'accord.

Dès qu'on sort de la bagnole, tu remontes vers Robert,

qui reste au volant, moteur allumé.

Nous, on rentre dans la casbah, et on sort les seringues.

-On rentre ensemble.

-Je pousse une gueulante, les mecs lèvent les mains.

Jean-Jean passe derrière.

T'as le sac ? -Ouais.

-Toi et Guy, près de la porte, vous surveillez les mecs.

Surtout le caissier, à cause de la sonnette.

Et la porte. -Un oeil à droite, un à gauche.

Après, c'est facile.

On ramasse le pognon. Et, salut les copains,

on dégage en douceur.

-Ah, dis donc. -Quoi ?

-Rien, je m'y vois.

-Rue d'Argonne, rue Paul Morel, voilà le plan.

Il est indispensable que chacun de vous ait reconnu son secteur.

Vous avez des photos ?

Ils arriveront sûrement par la porte de la Villette.

Pas d'uniformes,

dans le quartier. Les gens du XIXe, vous ne bougez pas

de là et là.

Le principe est de les cueillir à la sortie.

Loiselle,

vous entrez dans l'agence à 9h.

Vous ne sortez votre arme qu'en cas limite.

Les déménageurs s'installent à 9h30.

Serigny, avec moi. Losfeld, avec Maisonneuve.

Lermonnier, vous placez

votre voiture à travers,

après la 1re intervention.

Des questions ?

-Non. -Pas de questions.

C'est tout. Demain, 7h.

-Normalement, ils n'ont aucune chance.

-Pas beaucoup.

-Vous avez encore besoin de moi ? -Non, à demain.

-A demain matin.

-C'est impeccable.

Ah, la vache !

-Faut y aller, Tony.

-A tout à l'heure, les mecs !

-Tu te souviens de tout ?

-Un dernier verre ? -Non, pas besoin.

Allez.

On n'a rien oublié ?

-Merde. -La vache.

-Quoi ? -Va voir.

-Ouais.

C'est un accident. Y a de la poulaille, restez couverts.

-Merde.

-Encore du café, Mme Saïdani ? -Oui. Merci, Moumoune.

-Et toi, Nénette ? -Non, merci.

-Oh, la vache !

Il doit pas être beau à voir. -Il a rien.

-Pas mal, la môme ! -Finies, les vacances, ma jolie.

-Arrêtez de déconner.

-S'il avait pu se douter, le flicard.

-Fonce, tu causeras plus tard. -Et si y a pas un rond,

dans la caisse ?

-On revient se farcir les valoches du mec.

-Vos gueules.

-ID 19 framboise, toit blanc, 457 LJ 45. 5 types à l'intérieur.

Angle MacDonald, Corentin Cariou.

Ils seront chez vous, dans 1 minute 30 environ.

Terminé.

-Les mains en l'air, c'est un hold-up. Contre le mur.

Allez, ouvre !

Les sacs.

-Non, mais... -Oui, d'accord.

-Je suis pas...

-Tire pas !

-Jette ça, fais pas le con.

-D'accord.

-Idiot !

-Abel !

-Emmenez-la au café.

J'arrive.

-Alors ? -A l'épaule, c'est pas grave.

Dans le couloir.

-Terminé.

-On rétablit.

-C'est moi qui leur ai donné... -Je sais.

Parce que je ne m'appelle pas Félix.

Je ne suis pas banquier.

Je suis policier.

Un flic.

Tu ne seras pas inquiétée, tu es libre.

-Non !

-On a été balancés.

-Dromadaire.

-Sûrement.

On aurait dû y penser.

-On est des vrais cons.

-Cette fois, c'est une réussite, pour vous.

J'ai eu peur. Mais vous aviez raison.

-Raison.

-Vous voulez des choses,

et quand elles arrivent, vous êtes mécontent.

Ah, Rosinsky. Il est dans tous ses états, celui-là.

-De quoi se mêle-t-il ?

-Il fait partie de l'opération. Il mène son enquête.

A Nanterre, il a tous les droits.

-Quels droits ?!

-Il veut coincer les gens du bistrot, pour complicité.

Et il ne ratera pas l'Allemande.

Il lui pardonne pas.

-Bonjour. Je vous vois tout de suite.

-On peut fumer ? -Oui.

-Le commissaire vous attend.

-Comment ça va ?

-Que fait-elle là ? -Qui ça ?

-Lily Ackermann.

-Elle est comme les autres du café, entendue pour l'affaire de ce matin.

-Elle n'a rien à voir là-dedans. -C'est pas mon avis.

Le juge d'instruction en décidera. -Le juge d'instruction ?

-Ce n'est pas à la police de juger de la valeur d'un témoignage,

mais à la justice, vous le savez.

-Mais c'est vous qui déférez les prévenus au parquet.

-Admettons que j'estime qu'elle doive être déférée devant le juge.

-Elle n'a rien fait.

-Si inciter des petits voyous à commettre une agression,

n'est pas un délit... -C'est une vue extérieure.

-Où irions-nous, si nous devions avoir des visions intérieures ?

-Je connais ces raisonnements à la con !

-Je suis chargé de l'enquête, pour Nanterre, je sais quoi faire.

Ne vous mêlez pas de mon district.

Quand vous avez décidé cette affaire, je n'ai rien dit.

-Laissez-la.

-Comment dois-je le prendre ?

-Foutez-lui la paix. -Et les autres

petits cons, on va les laisser en paix ?

Sans elle, ils seraient libres.

-Elle n'est pas responsable.

-Alors, qui est responsable ?

Jusqu'où faudrait-il remonter ?

Jusqu'au banquier ?

-Vous saviez bien que c'était moi. -Bien sûr. Le studio dans le XVe.

Tout le monde n'a pas de la fortune personnelle.

Seulement, je peux rien contre vous, alors c'est elle qui paiera.

-Salaud.

-Calmez-vous.

Nous n'avons plus rien à nous dire.

-Laissez-la tranquille.

-Je fais mon travail. Je mènerai cette affaire jusqu'au bout.

Personne ne m'en empêchera.

Cette fille paiera.

Avec ce que je sais, ce soir, elle couchera en prison,

comme les autres.

Vous êtes fou !

-Il l'a tué.

Occupez-vous

du commissaire.

-Pourquoi il a fait ça ?

-Je ne sais pas.

Je ne sais pas.

Je croyais pourtant connaître Max.

Mais je ne savais rien de lui.

C'est incroyable.

En tirant sur Rosinsky, il a rejoint les autres.

Il a rejoint ceux qu'il poursuivait,

dans le trou où il voulait les mettre.

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