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Original subtitles

PORTRAIT D'UNE ENFANT DÉCHUE

On commence ?

- Ça enregistre ? - Oui.

Continue juste de parler.

Ce truc rouge est bien en place ?

Je t'imagine, commençant à préparer ton film,

mais les bandes sont vierges...

Je vais arranger ça, attends...

Pourquoi faire un film sur moi, Aaron ?

Continue de parler.

Je suis née...

Vas-y.

Je vais te dire une chose que tu ignores.

Mon nom,

Lou Andreas, n'est pas le vrai.

Tu t'en doutais ?

Non.

Pas du tout.

Peu l'ont su.

Ça a été le nom d'une femme très belle.

Je l'ai pris.

Je l'ignorais.

Et ton véritable nom ?

Emily. Oui.

Sand ?

Non. Versene.

Emily Versene ?

C'est joli. Français ?

J'ai cru que ce serait différent.

Il a insisté : "Lou, je veux te voir,

"je te rejoins dans l'île."

Finalement je me suis dit : cette fois, c'est personnel.

Mais bien sûr,

toujours la même satanée histoire.

"Lou, tu bosses pour moi toute la nuit ?"

C'était toujours oui.

Résultat, je vois un psychiatre,

et un simple rhume me défigure.

Tu as pris froid ?

D'ordinaire, je suis plus belle, tu sais.

J'ai pris tellement de cachets à cause de cette saleté...

Que dit ton psychiatre ?

Je vais dévaler cette plage en hurlant...

un jour.

Mais sais-tu,

je n'ai rien fait de tel depuis longtemps.

Je vois un psychiatre chaque semaine. Hors de prix.

J'essaie vraiment...

d'aller bien.

Je dois vraiment y travailler.

Je ne devrais pas être si inerte.

Tu as l'air mieux que la dernière fois.

Je m'y efforce.

Bien sûr, si tu espérais me trouver belle...

Je te l'ai dit, tu es superbe.

Merci. Mais rien à faire, on est comme on est.

Je ne suis plus si jeune. Mais qu'importe ?

Tu sais, je ne me suis liée avec personne, ici.

Personne.

Tu ne devrais pas rester isolée.

Je ne suis pas très en forme.

C'est pour ça que j'ai hésité

à te laisser venir.

Puis je me suis décidée.

Si on ne sait pas se garder

des amis, quelque part,

c'est qu'on a un sérieux problème.

Tu es mon ami.

C'est juste.

Revenons-en à...

Au jour où je suis arrivée à New York ?

Divine. Absolument divine.

Tu as ma parole.

Non, elles n'ont aucune allure.

Je ne veux même pas que tu les voies.

Mais ce visage ! Sec ! Absolument saisissant !

Des yeux gigantesques ! Et grande...

Combien fais-tu ? 1 m75 ?

1 m78.

Tu ne les fais pas...

Une géante !

Une Vénus longiligne. Je sais qu'elle sera parfaite en photo.

Je te l'envoie de suite, tu verras par toi-même. D'accord ?

Merci. Tu es un ange !

Toi, cours-y, plais à Ida Saints Berry

et ta carrière est lancée...

Lou Andreas Sand.

Quel nom fabuleux !

Merci. C'est Andreas Sand, et ce n'est pas...

Bon, l'appareil ajoute toujours cinq, dix kilos...

Aussi fine que tu sois, tu peux en perdre deux ou trois.

Deux ou trois.

Que faire avec tes cheveux ?

Vous voilà, Lou Andreas Sand ?

Barbara Casey.

On vous attendait. Depuis un long moment.

Pardon. Ce n'est pas ma faute...

Ce n'est rien, mais nous sommes en retard.

La voilà enfin.

Pourquoi t'être dérangée ?

Ne fais pas attention. Viens, qu'on t'habille.

Non, pas si ajusté,

ça devrait flotter, Margo.

Je sais, c'était pour essayer.

Surtout pas.

Ida les veut en noir et blanc

et en couleurs, au cas où...

C'est un chiffon pénible à regarder.

Si je rentre ça ? Ça donne plus de forme.

Tu portes les faux seins ?

Les avais-je mis ?

Seigneur.

Tous ces hommes qui me fixaient

comme des déments ou des obsédés.

Allons-y, Alex.

De toute façon, ça ne ressemble à rien.

Sexy comme du thon en boîte !

Chérie, si tu lèves le bras, tu retrousses la manche.

Rien. Ça ne ressemble à rien.

Allons, Alex, sois gentil...

Tu te souviens de ma liste, Aaron ?

Falco a été le premier nom

sur la liste de ceux avec qui

je ne voulais plus travailler.

Tu as une tête pointue.

Il ne m'aime pas.

Lève l'autre main.

Superbe. Garde la pose.

Ne bouge plus.

Moi...

Une perruche me terrifie !

Mais j'ai fait la couverture.

Je m'en souviens.

Tu t'en souviens ?

Je suis vraiment... très ennuyeuse.

Non, pas du tout.

Tu trouves ça passionnant ?

C'est intéressant.

Tes cheveux, je n'en reviens pas.

C'est divinement joli.

J'adore cet abandon chez les hommes d'aujourd'hui,

leur aspect, avec leurs cheveux...

C'est formidable.

Mais...

vous ressemblez tous à Jésus.

Comment va-t-on le reconnaître quand il reviendra ?

Pourriez-vous décrire la nature de votre sentiment pour ces anonymes ?

Je ne parle jamais de...

sexe. On ne parle pas de ces choses-là.

Même à votre petite machine.

Si j'ai enfreint les commandements ?

Je ne les connais même pas.

Disons que j'ai succombé au plaisir.

Vous en éprouviez, du plaisir ?

Tu veux savoir un secret, Aaron ?

Dis-moi.

Est-ce que je t'ai plu,

à notre première rencontre ?

Tu m'avais impressionné.

Tu étais... différente.

Je ne t'aimais pas du tout.

Il m'a semblé

que tu étais...

très...

hostile.

Inamical.

Ce n'est qu'après 3 ou 4 séances de travail

que j'ai commencé à t'apprécier.

Seigneur !

Quelle horreur !

Mais non, c'est beau.

Tu vois ?

Comment ça, beau ? Regarde mon visage. Horrible.

Il dévoile ce que tu ressens.

On oublie la robe. Ce n'est pas ça, la mode.

Est-ce si grave ?

Tu ne crois pas ?

Aucune importance.

C'est très important.

Bien sûr, c'est important, mais...

tu prends ça trop au sérieux.

Je suis comme ça, je prends tout trop au sérieux.

Tu ne devrais pas.

Falco n'est pas aussi...

Tu as une cigarette ?

J'aime apprendre de l'homme avec qui je suis, ou travaille.

S'il m'apprend, j'ai le sentiment de progresser.

Falco est toujours furieux contre moi.

Tu crois...

que je devrais lui faire des excuses ?

Pourquoi ?

Parce que c'est...

un très grand photographe,

et qu'il m'a beaucoup aidée.

Lou, il mate par un trou

les mannequins, pendant qu'elles se changent.

Quoi ?

Ne prends pas ça trop au sérieux.

Ça n'a aucune importance. Tu es trop tendue.

Mais non, pas du tout.

Ce n'est rien. Je voulais te demander...

Je suis fatiguée,

pas tendue.

Quoi ?

Rends-moi service.

J'ai des clients à moi...

Souviens-toi,

à tout moment, tu me demandais,

"Lou, travaille pour moi."

Si tu peux te lever tôt...

Bon sang... 4h30 du matin !

Je pensais... Il faut aller vite.

Je sais.

C'est très bien.

On fait des photos, dimanche ?

Qui est Aaron Rhinehardt ?

C'est un photographe extrêmement talentueux.

C'est aussi mon ami.

Peu importe, il ne peut pas t'engager

à 10$ de l'heure, par amour ou par amitié. Non.

Pauline, c'est elle.

La prochaine top model, sans l'ombre d'un doute.

Voici Pauline Galba.

Ça va ?

J'ai toujours admiré vos photographies.

J'admire les vôtres.

Pauline et Barbara Casey t'engagent, avec...

- Capette. - Avec Capette.

En Jamaïque.

- 2 semaines. - 3 !

Pour la collection croisière.

Elle pilotera l'avion qui vous emmènera.

C'est merveilleux, je sais.

Je n'ai jamais été à l'étranger.

L'avion me terrifie. Je ne l'ai jamais pris.

Je ne veux pas y aller.

Ça va te passer.

Ça ne me passera...

certainement pas.

Je préférerais rester

et faire de petits extras avec toi.

Vraiment.

Une fois en l'air, ça te passera.

Si je restais jouer avec ces vieux ?

C'est idiot.

Non, pas du tout.

J'ai aimé un homme célèbre, plus âgé que moi.

Son avion s'est écrasé quand je n'avais que 16 ans.

Alors ce n'est pas idiot.

C'est vrai ?

C'est vrai. J'avais 16 ans.

Vous étiez amants ?

Oui.

Qui était-ce ?

Je vais devoir survoler ces étendues,

dans l'avion de Pauline.

Je ne connais que ses photos,

ce n'est pas un brevet de pilote !

Rien ne t'y oblige.

Mais si.

Pourquoi ?

Mon travail compte énormément pour moi.

Que pensera le magazine si je n'y vais pas ?

Ça pense, un magazine ?

Les gens, Aaron...

Ida Saints Berry, Peggy McCavage, comptent sur moi.

Mais non, elles veulent que tu croies ça.

Un coup de fil et ta remplaçante arrive. C'est tout.

De quoi tu te mêles ?

Tu veux m'empêcher d'y aller ?

Pas du tout. Tu disais...

Je ne vais pas rester

pour 10$ de l'heure, par amour ou amitié. Je pars en Jamaïque.

Lou, attends une minute...

Attends une minute.

Je suis désespérée.

Ne sois pas désespérée.

Tu vas adorer ça.

Je n'aime rien.

Je n'aime que le Président.

Et je m'inquiète pour lui.

Je le nourrirai comme promis.

Amène-le-moi.

Je devrais le bourrer de pilules et l'emmener.

C'est quelle langue ?

Du chinois !

On y va ?

Juste une minute.

J'aimerais savoir une chose.

J'aimerais savoir...

si je te plais ou non.

J'ai parfois l'impression que...

Me demander ça, à un moment pareil, dans mon état ?

Je viens de te dire,

pour l'instant je n'aime rien.

Je n'ai pas parlé d'amour. Simplement, si je te plais...

Tu ne vois pas que je suis complètement déboussolée ?

Je ne parle jamais de ces choses.

Si quelqu'un veut une chose, qu'il la prenne.

C'est ma philosophie.

Ta philosophie ?

Je préférerais mourir que partir.

Ne te fais pas de souci.

Ce n'est pas si facile.

Tu as vraiment fréquenté

un homme plus âgé, à 16 ans ?

Vraiment ?

J'en avais 15.

Comment c'est arrivé ?

Si ça ne t'est pas pénible.

Ce n'est pas pénible.

Juste ennuyeux. Si banal.

Par des amis ?

Non...

Ce n'est pas ça...

J'ai oublié.

C'est trop pénible d'en parler.

Ce n'est rien.

Nous avons pris sa Cadillac pour l'aéroport.

Nous devions être très discrets,

il était célèbre, et j'étais si jeune à l'époque.

Il parlait de m'épouser,

de me rendre...

riche.

Si j'avais accepté,

ma vie aurait été toute autre.

Mais il s'est écrasé.

Je ne l'ai jamais revu.

Tu serais morte, ou veuve.

J'aurais été à l'abri.

Tu parais ailleurs...

C'est les médicaments.

C'était incroyable,

tout ce qu'il m'apprenait sur moi, sans même me connaître.

Que j'étais une recluse, rebelle, artiste dans l'âme.

Prête à me convertir au communisme !

J'avais dit que je n'irais pas en avion à Las Vegas,

que j'avais...

peur.

Tu l'as lu dans le journal ?

Quoi ?

Qu'il s'était écrasé.

Est-ce même arrivé ?

C'est tout comme, je ne l'ai jamais revu.

Les voilà !

Dr Galba, mon époux. Voici Lou Andreas Sand.

Aaron Rhinehardt.

On se connaît.

Allons-y.

On n'attend pas...

Capette ?

Elle prend un vol commercial. Pas le mien.

Pourquoi ?

Je ne sais pas. Son Saturne et mon Mars,

ou ce qu'aura dit son astrologue...

Elle est folle, vous savez.

Je ne la connais pas.

C'est le mannequin idéal, je l'adore,

mais très instable et très excentrique.

Tout va bien.

Attachez vos ceintures.

Je sais, je ne suis pas parfaite.

Parfaite !

Tu es absolument parfaite !

C'est ça !

Capette devrait avoir honte.

Détendue.

C'est ça. Très bien.

Garde la pose.

Plus détendue. Comme ça.

Voilà.

On va y arriver, chérie.

Maintenant, calmement.

Comme s'il était à tes pieds.

Formidable !

Très beau !

Merveilleux !

C'est très bien.

Tu n'imagines pas comme c'est dur d'en jouer.

J'aimerais tant retrouver

les pensées que j'ai notées à l'époque.

Elles t'expliqueraient mieux mon athéisme.

Je l'ai toujours été,

à cause de cette idée du châtiment.

Pour être ce que l'on est, penser ce que l'on pense.

Par exemple,

tu me prendrais en photo aujourd'hui, telle que je suis ?

Je n'ai pas mon appareil.

Mais tu ne le ferais pas. Car je suis imparfaite.

Mon maquillage est parti, je suis affreuse...

J'aurais préféré te recevoir la nuit.

Ça cache tant de choses.

Tu sais bien que tu es magnifique. Arrête de te dévaloriser.

Merci, Aaron, mais je sais comment je me sens.

Tu sais, une seule chose

me manque vraiment.

La grâce.

Vivre en état de grâce

avec quelqu'un.

J'ai lu quelque part que

"l'homme doit trouver la grâce".

Tu veux écouter du Bach ?

Je peux te jouer du Bach et d'autres airs sur ton enregistrement.

Gardons ça pour une autre fois.

Raconte-moi ton retour de Jamaïque.

Je peux réécouter les castagnettes ?

Bien sûr.

C'est très bien.

Tu n'imagines pas comme c'est dur d'en jouer.

J'aimerais tant retrouver les pensées

que j'ai notées à l'époque.

Elles t'expliqueraient mieux

mon athéisme.

Je l'ai toujours été,

à cause de cette idée du châtiment.

Pour être ce que l'on est, penser ce que l'on pense.

Par exemple...

tu voudrais me prendre en photo aujourd'hui, telle que je suis ?

Je n'ai pas pris mon appareil.

Mais tu ne le ferais pas. Car je suis imparfaite.

Tu sais, une seule chose me manque vraiment.

La grâce.

Vivre en état de grâce

avec quelqu'un.

J'ai lu quelque part que

"l'homme doit trouver la grâce".

Tu me racontais

ton retour de Jamaïque.

Je peux réécouter les castagnettes ?

Bien sûr.

Quand je suis revenue

de Jamaïque,

tu étais parti,

pour la Californie.

Un instant, s'il te plaît.

Tu te souviens de ta lettre ? Je l'ai là.

Cette lettre... que tu m'as laissée en partant.

Je te la lis ? J'aimerais te la lire.

Un instant...

"Chère Lou, ouvert mon studio, angle de la 22e ouest et de la 66e.

"Le Président s'y trouve,

"ma secrétaire s'occupe de lui.

"Appelle-la. Rita : AC-33598.

"J'ai dû partir en Californie, avec un mannequin.

"Pas toi, hélas !

"Affectueusement, Aaron."

C'était si gentil. Je l'ai gardée.

Je n'ai rien entendu.

Tu veux la lire ?

Tu as rabattu le siège ?

Pourquoi ?

Je ne sais pas.

Pourquoi ?

Ta femme t'oblige à faire ça ?

Elle t'a habitué à le rabattre ?

Ce n'est pas une habitude, Lou.

Je veux que ça reste relevé.

Pourquoi ?

Excuse-moi.

Tu sais, Aaron,

je pense vraiment

que tout est de ma faute.

D'abord,

la situation que j'ai créée.

Ensuite,

je n'ai pas un homme dont je sois amoureuse.

Il y avait toujours quelqu'un dont tu étais amoureuse,

toujours un homme dans ta vie.

Beaucoup même.

Beaucoup m'ont aimée, mais

rares sont ceux que j'ai aimés.

Même à l'école.

Tout le monde m'aimait,

mais je n'appréciais pas tout le monde.

J'ai toujours été rebelle.

J'étais une meneuse pour tant de choses.

Travail, volonté, sport.

Je ne sortais pas avec les garçons

avant mes 1 8-19 ans.

Et cet homme mûr et célèbre, celui dont tu étais amoureuse ?

Il était amoureux de moi.

Mais j'en ai aimé un autre

toute ma vie.

Qui est-ce ?

Je n'étais pas très sociable.

Je n'avais pas de véritable ami à New York,

excepté toi, et...

Pauline.

Tu sais, Pauline est très riche.

Fortune européenne.

Sa famille fabriquait les serviettes anglaises

pour toute l'Allemagne et la France.

Serviettes anglaises ?

Ils possèdent maintenant plusieurs sanatoriums

en Suisse.

Elle recevait à sa table des gens fascinants,

que je n'étais pas si curieuse de connaïtre.

Vedettes de cinéma, gens de théâtre, gens du monde...

Greta Garbo, ce type de personne.

Serviettes anglaises ?

J'étais le seul mannequin.

J'étais assise face à Mark.

Je l'ai rencontré là.

Tu as rencontré le Dr Galba,

un homme vraiment charmant.

Pauline était très...

agacée que je devienne le point de mire.

Elle pouvait agir si grossièrement

que ses invités se levaient et partaient.

Adieu.

Ça m'épuise.

Comme une transatlantique en solitaire.

J'ai bien mérité un sherry.

J'en prendrai aussi, mon amour.

Peux-tu les servir ?

Je tombe de sommeil.

Bien sûr.

Ma mère maniait ses invités comme un dompteur.

Elle restait pourtant fraîche comme une rose.

Pourquoi ne vous voit-on jamais ?

Je suis assez solitaire.

Je sors très peu.

Vous devriez.

Elle devrait quoi ?

Se montrer davantage.

Ne pas se cacher autant.

Elle se consacre à son travail. Pas comme tant d'autres,

que l'on retrouve partout.

C'est un autre extrême.

J'aimerais vous revoir.

Ces femmes ont perdu tout mystère.

Elles ne pensent qu'à être vues.

Vous allez bien ensemble.

Ce n'est pas la première venue.

Je vois ça.

À dire vrai,

j'aimerais vous engager.

Vous êtes photographe ? Je l'ignorais.

Je suis directeur artistique chez Temple and Horn.

Je t'y vois déjà

faisant la pub pour le café, le déodorant, la crème pour les cors...

Plutôt une marque d'automobiles, si vous étiez intéressée.

Non, chérie.

Tu n'es pas intéressée.

Elle est mannequin de mode.

Laissons-la en décider.

Elle est prise pour 6 semaines.

Tu dis quelque chose, chéri ?

Je deviens sourde.

Je crois que je vais appeler un taxi.

Je vous reconduis.

D'accord.

Tu devrais rester ici, chérie.

La ferme !

Pour l'amour de Dieu !

Elle travaille de bonne heure demain !

C'est plus raisonnable si elle reste.

Pauline, je crois que...

Je vais me coucher.

Bonne nuit.

Bonne nuit, Mark.

Bonne nuit, ma chérie.

Bonne nuit, Mark.

Vraiment, il vaut mieux que je rentre chez moi.

Si ça vaut mieux,

alors surtout vas-y.

Je passerai te chercher demain, et tôt.

Pardon, je n'embrasse pas quelqu'un que je connais si peu.

Ce qui m'inquiète, c'est que tu te lies avec quelqu'un

qui a la réputation de Mark.

Ne bouge pas.

Il a cette réputation... Je le connais, tu sais.

Laquelle ?

Laquelle quoi ?

Réputation.

Ne bouge pas !

Tu ne sais pas qu'il m'a fait

des avances dans le dos d'Uwe.

Seigneur !

Dans le dos de personne.

Sur le sol de son studio.

Tu veux les détails ?

Non, chérie. Je ne donnerai pas de détails.

Rien de bien flatteur. Il essaie avec toutes.

Il a cette obsession du nombre.

Peut-être le trouves-tu séduisant ?

Pas moi.

Elle n'est guère attirante.

Ne bouge plus.

Bien.

Il a dû tenter de te déshabiller de suite.

C'est encore un petit garçon, un enfant.

Bien sûr, il essaie sans cesse de fricoter...

J'ai vu juste.

Pauline s'est tellement investie pour ma carrière,

je lui en suis vraiment reconnaissante.

Ne vous méprenez pas.

Je l'aime beaucoup moi-même.

C'est ma meilleure amie.

Pourriez-vous changer de chaîne ?

"Pour me tenir en vie,

"j'observe le mystérieux M. Wong pécher dans le ressac,

"crépuscule après crépuscule,

"jusqu'au petit matin."

C'est un poème.

C'est joli.

Je n'ai pas eu le temps de finir.

Je n'ai jamais le temps.

Aaron, tu sais,

je n'en peux plus.

De quoi ?

Je n'en peux plus d'être ici.

Où ? Sur cette île ?

Quand je reviendrai,

on sortira, on parlera.

On verra si...

Tu sais,

j'attendais le jour...

où je quitterais ce métier,

dans une maison comme celle-ci.

Écrire de la poésie, peindre...

Maintenant, j'y suis.

Un bel endroit, face à la mer, les bateaux au loin,

et...

c'est insupportable.

Chaque matin, se lever

est si...

Je reviendrai, Lou. On verra si...

Quoi ?

Quand je reviendrai,

on parlera. On tâchera de trouver quelque chose.

On prendra le temps de parler.

Je suis à la hauteur ?

Oui...

Très.

Fais-moi voir.

J'aime l'esprit,

mais c'est bizarre.

Ils sont raides.

Ça ne vient pas de la pose.

Il n'y a pas de sentiment.

Aaron est agacé.

J'aimerais que l'autre s'en aille.

Écoute, Davy,

si tu m'embrassais à ta façon ?

Je suis comme ça...

Ça va être dur.

Où allez-vous ?

On revient de suite.

Tu sais, Davy,

tu ne te coiffes pas très bien.

Non ?

C'est la raie qui ne va pas.

Tu permets ?

Ça te gêne si je te demande

si tu as déjà été amoureux ?

J'éprouve parfois du respect,

et j'aime qu'on m'apprécie.

Essentiellement les créateurs.

Je ne vais pas passer toute la journée sur une pub.

C'est mieux. Merci.

Je t'en prie.

Alors tu n'as jamais été amoureux pour de vrai ?

Marlene Dietrich. Je l'aime.

Tu la connais ?

Non. J'ai failli aller à une fête où elle était.

J'ai raté ma chance.

Et si tu imaginais que j'étais elle ?

Elle ?

Je ne sais pas.

Essaie.

Tu te souviens de ce film ?

Comment était-ce, Shanghai...

... Express. Oui. Elle jouait Shanghai Lily.

Cette scène dans le wagon de queue...

Son ancien amant, qu'elle aime encore...

Clive Brook.

Elle est assise, avec sa fourrure,

le vent souffle,

et Clive Brook lui dit :

"Dis-moi qu'il n'y a pas eu d'autre homme."

Et elle :

"J'aimerais pouvoir le dire,

"mais cinq ans en Chine,

"c'est très long."

Pas terrible.

Non, c'est ça.

Tout à fait ça.

Et après, quand elle est assise, avec ce chapeau...

Lève-toi.

Il se tient là

comme ça, oui,

et elle l'attire à elle...

Ils font quoi ?

C'est magnifique.

On ne bouge plus.

C'est très bien.

Ça suffit.

Quoi ?

J'étais bien ?

Bien sûr.

Qu'est-ce qu'il y a ?

Tu me rendrais service, demain ?

Oui. Bien sûr.

Pour du travail ?

Je suis prise.

C'est dommage.

Je pensais partir sur la côte ce soir,

y passer la nuit,

capter la lumière du matin.

Je pourrais dire que j'ai la migraine.

J'ai la migraine.

Qu'est-ce qui te soulagerait ?

Du vin.

Imaginons que nous ne nous connaissons pas.

Quoi ?

J'entrerai seule,

je commanderai un verre de vin,

et je m'assiérai.

Après une minute,

tu entres, tu t'assieds,

et tu commandes un verre.

Puis tu me remarques.

C'est stupide...

Je dis quoi ?

Tu me demanderas mon nom, je refuserai.

Tu me diras le tien. Mais pas Aaron.

Pourquoi ?

Mario Adonis.

Je n'ai pas saisi votre nom...

Emily.

Puis tu proposeras de m'offrir un verre de vin.

Du Chablis.

C'est Charlie.

Un type sensas !

Je sais.

Puis tu essaieras de...

me lever.

Vous êtes le portrait de ma sœur !

Ensuite,

tu m'attires dans un hôtel.

Un motel plutôt.

Ça me gêne un peu de vous dire ça,

mais je me disais que peut-être vous auriez envie

de faire une petite virée

dans mon camion ?

Un gros camion ?

Deux tonnes.

C'est assez petit, comparé à d'autres gars.

Deux tonnes ? C'est gros !

Jamais montée dans un deux tonnes ?

Jamais !

Je ne sais même pas à quoi ça ressemble.

Le mien est jaune. Facile à voir.

C'est un deux tonnes jaune.

Mon frère, il est peintre,

il s'est dit, je vous raconterai un jour,

que c'était une bonne publicité. Un deux tonnes jaune.

Ça court pas les rues.

On va se promener ?

Demandez à n'importe qui ici,

je suis un type régulier.

D'accord. Ensuite ?

Non !

Arrête !

Ne viens pas avant 5 minutes.

Je ne fais pas ça

avec n'importe qui ! Seigneur !

Je suis réservée. C'est trop précieux pour moi.

Je ne suis pas une courseuse.

Une coureuse ?

Vous savez, je ne viens que pour les prescriptions.

C'est tout ?

Pour découvrir qui...

vous êtes vraiment.

Je le sais déjà.

Et donc ?

J'ai eu des rapports avec d'autres psychiatres, vous savez.

À l'hôpital.

Il vous reste...

10 minutes.

Faites-en bon usage.

Comme vous voudrez.

Un psychiatre,

étendu à même le sol,

dans son short de tennis.

C'est quand même un grand psychiatre.

J'attends.

Une séance par semaine, c'est trop peu pour être gâché.

Je suis...

une femme.

Pas une enfant.

C'est à l'homme de faire le premier pas.

S'il veut une chose, qu'il la prenne !

Que ce soit de petites ou de grandes avances.

Avez-vous déjà eu une relation satisfaisante avec un homme ?

Ai-je déjà parlé de Davy ?

Ce garçon

n'avait jamais aimé,

excepté une femme inaccessible.

Quelle chose merveilleuse pour lui de soudain pouvoir

l'exprimer,

que je lui offre ça.

Davy, Pauline et moi,

étions à Paris.

C'était si beau.

Comme si j'étais le seul mannequin à Paris.

Passons sur Paris. Ça couterait trop cher de tourner là-bas.

Je veux me concentrer sur New York.

Paris a été si important dans ma carrière.

Je sais.

Mais s'il ne te revient pas d'évènement marquant...

Il arrivait toujours quelque chose.

Toujours.

J'ai tenté de me tuer.

Qu'est-ce qui t'arrive, Lou ?

Que fais-tu ?

Elles ont quoi, ces fenêtres ?

Aide-moi, Davy.

Qu'est-ce qui se passe, Lou ?

Je ne fais rien de bien. Je veux en finir !

Dis-moi ce qui se passe.

Si j'étais enceinte ?

Voilà ce qui se passe.

Ben Hamid est en bas.

Ben Hamid ?

Oui. Je l'ai invité pour prendre un verre.

À un tel moment ? Je ne veux voir personne.

C'était merveilleux !

Ce gentleman, qui s'était entouré

des plus belles femmes,

voulait me voir...

N'en parlons pas maintenant.

Il avait des manières

si respectueuses.

Parlons d'autre chose.

Arrête de me contrarier !

Ce gentleman

me demandait

avec tant de respect

une photographie de moi,

que je la lui signe...

Je n'oublierai jamais sa douceur.

Je sais. Tu as fait sensation.

En effet. Je suis comblée.

Si ce n'est une chose qui m'a...

déprimée.

Je voulais justement t'en parler.

J'ai rendez-vous pour dîner, tu viens ?

Avec plaisir.

Ferme les yeux.

Toujours est-il

qu'une certaine chose

est devenue claire pour moi à Paris.

J'ai essayé de me défenestrer.

Pourquoi ?

Parce que j'étais déprimée.

J'arrive de suite.

Déprimée par quoi ?

Une chose m'inquiète, encore aujourd'hui...

J'arrive dans un instant.

Ce n'est pas le moment.

Tu m'interromps sans cesse.

Je suis désolé. Parlons-en plus tard.

Habille-toi et viens.

Je veux te présenter quelqu'un.

Voici Joan.

Bonjour.

Ravie de te rencontrer.

Aaron parle tant de toi.

Il m'a montré des photos. Splendides.

Merci.

Joan est danseuse.

Au cœur de cette répétition,

viennent des impulsions primitives

comme la crainte et l'excitation de l'action.

Chaque mouvement est une variation sur cette crainte.

Les masques cachent autant les réactions qu'ils les révèlent.

Les danseuses sont des illuminées !

Dans mon cas, c'est juste.

Elles sont comme des nonnes...

Pas forcément.

C'est ce qu'elles m'évoquent.

Nous sommes parfois très dévouées.

Je l'ignorais.

Tu es nonne ?

À toi de le dire.

Je voudrais partir.

Je ne me sens pas très bien.

Tu n'as rien mangé.

Je n'ai pas faim.

Nous n'avons pas fini...

Tu nous attends ?

Ne bougez pas.

Je vais rentrer seule.

Tu n'es pas bien ?

J'ai la migraine.

Enchantée.

Au plaisir...

Je te reconduis.

Pas la peine. Rassieds-toi.

Tu habites ici ?

Tu m'invites pas ?

Tu me reconnais ?

Attends, Emily !

Viens faire un tour.

N'aie pas peur. Je veux juste bavarder.

Dieu soit loué !

Je ne suis pas rentrée directement. J'ai fait un détour.

Non, ça ne va pas.

Viens vite.

Il se passe quelque chose de grave.

Non. Il y a un homme...

Il m'a suivie. Il est entré chez moi !

Il pense que je suis communiste.

Je n'ai pas menti, pour Paris. J'ai juste exagéré.

Non, je n'exagère pas. Il se tient là, face à moi.

Une minute, attends. Une minute.

Dites quelque chose.

Dites...

Qui êtes-vous ?

J'ai la police en ligne. Ils arrivent.

Il ne dit rien.

Je t'en prie, crois-moi, viens tout de suite.

Je n'ai pas besoin de toi.

Je vais appeler Mark, il viendra immédiatement, lui.

Je ne veux plus te parler.

Ne m'appelle plus jamais.

Je ne veux plus te voir.

Mark est venu et l'a chassé.

Mark est si gentil.

Il est amoureux de moi.

Il m'a demandé de l'épouser.

Tu vas le faire ?

Je ne sais pas.

Qu'en penses-tu ?

Ce que j'en pense ?

Il a tant d'affection pour moi, il me comprend

sur bien des points.

Tu l'aimes ?

Seigneur !

Tu aimes ta fiancée ?

Oui.

Qu'en dis-tu ?

Je n'en sais rien. Je te demande.

Bien sûr que je l'aime.

Les gens se marient souvent sans s'aimer.

Alors ?

Ma robe de mariée,

tu ne l'as jamais vue.

Je l'ai choisie pour sa simplicité, sa modestie.

Elle est si classique,

elle ne s'est pas démodée.

Très belle.

J'ai gardé beaucoup de ce que je portais.

Dentelles, tissus simples,

velours, satin...

Tu te souviens ?

Tu t'habillais comme personne.

Tu sais que j'aime la discrétion.

J'ai demandé à Mark

que Pauline et Uwe soient nos témoins.

Je voulais une cérémonie civile très simple.

Nerveuse ?

Pourvu que Pauline arrive à temps.

La voilà, je crois.

J'ai un besoin pressant...

On t'attend à l'intérieur.

Attendez ! J'arrive !

Pauline,

le sitting s'est bien passé ?

Nous ferions mieux d'entrer.

Pourquoi as-tu fait ça ?

Je ne sais pas.

Je n'aime pas faire les choses à moitié.

Comme se marier ?

En général.

Ce n'est pas si rare, ceci dit.

Beaucoup préfèrent attendre avant de...

Garbo aussi a quitté le train en marche,

qui trouverait à y redire ?

Tes affaires sont là.

Ne te ravise pas.

Ne m'appelle pas pour me dire que c'était une lubie.

Ne sois pas ridicule.

Je pars pour Paris avec Aaron.

Je ne t'appellerai plus.

Attends.

Juste un instant.

Prends aussi ça.

Je pourrais te tuer pour ça.

Le voilà.

J'appelle la police.

Surtout pas.

Il est fou. Violent.

Je veux juste l'écouter.

Il n'entre pas.

Dis-lui juste que je suis partie.

Parle avec lui.

Je devrais lui parler ?

Alors je lui ouvre.

Certainement pas.

Qui est-ce ?

Ouvre. C'est Mark.

Que veux-tu à cette heure ?

Parler à Lou.

Elle n'est pas là.

Arrête ça. Sa voiture est devant.

Dis que je suis partie.

Elle ne veut pas te parler.

Je dois lui parler.

Dis-lui qu'il m'a déçue.

Elle a l'œil poché, bon sang ! Faut te faire soigner !

Tu bats les femmes ?

Ouvre la porte.

Si je ne lui conviens pas, pourquoi continuer ?

Je l'aime.

Pourquoi, en effet ?

Demande-lui.

Allez, demande-lui.

Je l'aime.

C'est bien vrai ?

Tu le sais bien.

Allez, ouvre.

Bonsoir, Mark.

Merci pour tout, Pauline.

Tu sais...

Quel rêve !

C'est...

tout...

ce que je voulais.

Pourtant, je n'en peux plus.

Tu comprends, toi ?

Les gens me laissent tranquille.

Tu sais comment prévoir le temps

sans avoir à sortir...

Ça ne t'aide pas beaucoup.

Je suis incohérente.

Au contraire.

À vrai dire, à une certaine époque,

ça n'allait pas.

C'était ta maladie ?

C'est ça, mon problème.

C'est si ennuyeux, si banal,

c'est la même histoire pour tout le monde.

Tu devais m'accompagner à Paris pour les collections.

Mark m'en a empêché.

Il me menaçait.

Ce n'est pas ça, Lou.

Le magazine refusait que je t'emmène.

Parce que j'étais maIade, c'est ça ?

Ils voulaient un nouveau visage.

J'avais découvert cette fille

et t'avais demandé de Iui apprendre à se maquiller.

Tu étais si douée.

C'est vrai.

Tu sais,

tout aurait été différent

si je t'avais accompagné à Paris.

C'est à ce moment

que Mark a commencé à m'espionner.

Il ne supportait pIus Ie mystère de qui j'étais.

J'étais comme prisonnière. Surtout la nuit.

Seigneur, c'était si triste.

lI voulait m'accompagner partout.

Un peu plus sexy.

Plus chaleureuse...

Ça Ie rendait fou.

lI menaçait de se tuer. De me tuer, aussi.

Alors Lou ?

Un problème ? Tu as froid ? Pense à Mark.

C'était horrible, j'ai dû fuir.

Il m'a abattue,

mise hors jeu.

Je l'ai tenu responsable.

Était-il là ?

Qui ? Tu parIes de Mark ?

lI n'était pas Ià. Je ne parIe jamais de lui.

Il m'avait fait des avances mais Pauline me blâmait, moi.

J'étais si jeune.

C'est Ià que j'ai rompu nos fiançaiIIes.

Tu sais, j'ai Iongtemps attendu Ie jour

où je lâcherais un temps la profession.

Avoir une petite maison.

Vivre...

en état de grâce.

Écrire des poèmes, sculpter et peindre.

Maintenant, j'y suis.

Un bel endroit, face à la mer, les bateaux au loin...

J'ai fait la connaissance d'une voisine.

EIIe a un tas de passe-temps,

de coIIections qui l'occupent.

Mais il n'y a vraiment qu'une personne,

depuis que je suis là,

qui m'ait intéressée.

Qui est-ce ?

Le Chinois.

On l'appelle comme ça.

Je I'ai baptisé M. Wong.

Ça rimait avec horizon...

En quelque sorte.

Je sortais

et allais le trouver.

lI parIait mal angIais,

mais je me faisais comprendre.

Quand ça n'allait pas...

Pas de poisson aujourd'hui.

Non, Mlle Sand.

C'est peut-être trop isolé ici pour eux ?

Je n'ai eu que deux contrats cette semaine.

L'un avec un photographe minable totalement inconnu,

et avec lequel je ne veux plus jamais travailler.

Ma chérie, qu'espères-tu qu'on fasse avec ta liste ?

Il y a trop de gens avec qui tu ne veux plus travailler.

Fais-moi voir.

Je n'ai pas écrit tous ces noms.

Il me semble que si.

Tu es folle, je n'ai pas fait ça.

D'accord.

Que dois-je faire ?

On en enlève certains...

Pauline ?

C'est ridicule, je n'ai jamais inscrit Pauline.

Et Aaron ?

C'est dément.

Falco, non. Plus jamais Falco.

Mais Aaron ?

J'adore Aaron.

Appelle-le. Je suis sûre qu'il va m'engager.

Vous êtes l'un des mannequins ?

Je suis Lou Andreas Sand.

L'un des mannequins ?

Vous avez une heure d'avance. Personne n'est là.

Je suis en avance exprès...

- Tu t'appelles... - George.

Ne préviens pas Aaron que je suis là.

J'ai une idée fantastique de silhouette, c'est une surprise.

Pourquoi ? Des raisons sentimentales ?

Tiens, voilà T.J. Comment vas-tu, chérie ?

Pardon.

Comment vas-tu ?

Quel plaisir !

Tu es ravissante. J'adore ton maquillage.

Ravissant, tout ce vert.

Je l'étrenne.

Ça te va très bien. Tu connais T.J. ?

On a des robes fantastiques ! Tu vas adorer.

Je vais prendre ça...

et ça...

et aussi celle-là.

Je ne peux le tuer.

Je l'aime.

Plutôt me donner la mort.

Fei Ming versera son sang

pour ceIui qu'eIIe aime.

Ainsi, son pitoyabIe tourment prendra fin.

Pour Ia paix de cette âme misérable,

les âmes de ses ancêtres

brûIeront à jamais dans les flammes du déshonneur.

Sache, ma fille,

que cette histoire est vraie.

Ta mère et ton frère, assassinés par traîtrise.

Mais à présent,

tout te revient.

Et toi ?

Moi, ton père, Fu Man Chu,

t'ai envoyée au loin, en Occident,

pour te préserver, avant d'être digne de ton respect.

Hélas, tu es aujourd'hui témoin de ma disgrâce.

Nous sommes du même sang.

Je fais mienne ta haine,

ta vengeance sera mienne.

Largue tout et reste.

Si je reste, aurai-je jamais des boucIes blondes,

une peau d'aIbâtre, comme RonaId ?

Je préfère Ia tienne...

Je n'oubIierai jamais...

Bonsoir, Mark.

Comment vas-tu ?

Je vais bien.

Je m'en sors bien, tu sais.

C'est bien.

Tu le sens dans ma voix ?

Je n'ai pris ni médicament,

ni vin, ni rien.

Je suis à la maison, seule,

je regarde un film hilarant.

Qui sait si ça va durer...

J'ai quelqu'un chez moi. Ce n'est pas Ie moment.

Qui est-ce ?

J'ai pensé qu'on se connaissait, peut-être.

Je t'aurais demandé de passer le bonsoir.

On me remplace, et personne ne remarque.

C'est vrai !

Tu veux bien venir ?

Non.

J'aimerais te voir.

Ce n'est pas vrai.

Tu veux juste ne pas être seuIe.

Ce n'est pas vrai.

C'est un mannequin ?

Je vais raccrocher.

Peut-être qu'il n'y a personne, que tu veux me provoquer.

Tu regardes la télévision ? Il y a ce film tordant,

avec Anna May Wong.

J'ai lu qu'elle pensait

que chaque nouvelle image d'elle volait un peu de son âme.

N'est-ce pas amusant ?

Je t'ai dit...

Je n'ai pas dormi de la semaine.

Tu sais que je ne dors plus ?

Je ne peux rien faire pour toi. Ce que tu devrais faire,

c'est aller voir un docteur.

Merci, vraiment.

Puis-je parler au Dr Galba ?

C'est moi, c'est Uwe.

Que se passe-t-iI ?

Que t'arrive-t-il ?

Je suis désolée...

Je te réveille ?

Ce n'est rien.

Qu'y a-t-iI ?

Dis-moi.

Je t'ai réveillé ?

Je t'ai dit, ce n'est rien.

J'arrive.

Je me sens très...

mal.

Te voilà.

Merci d'être venu.

Je suis sorti aussitôt. J'ai pensé que tu étais malade.

Un peu de rosé ?

Je voulais te voir.

Tout va bien, alors ?

Tu avais l'air si angoissée.

Quand je veux voir quelqu'un,

je le veux vraiment.

Est-ce si mal ?

Il était juste un peu tard.

Mais non, Uwe.

Il est encore tôt.

Avec tes pilules, tu devrais éviter.

Danse avec moi.

Je ne suis pas venu pour danser !

Pourquoi, alors ?

Je suis une femme.

Qu'y a-t-il de mal ?

Je suis venu t'aider.

S'il te plaît.

S'il te plaît, arrête.

Personne ne saura.

Personne ne le saura jamais.

Pourquoi fais-tu ça ?

Je t'aime...

Mais non, tu ne m'aimes pas.

Si, je t'aime.

Écoute.

Tu me reconnais ?

C'est moi... Uwe.

Je ne suis...

qu'un homme.

"Soudain apparaît

"devant moi

"Le seuI que je veux

"prendre dans mes bras..."

Écoute, tu es malade.

Fais-moi l'amour !

Je ne vous connais pas !

S'il vous plaît...

Ne faites pas ça...

Ne le dis à personne.

Non, bien sûr.

Mais si ça se sait,

et qu'on te demande,

dis-leur que j'ai eu un passage à vide.

Que je suis bien soignée.

Bien sûr.

Je suis sous-alimentée.

Il faut manger !

Tu te rends compte qu'ils ne donnent pas de couteau ?

Je leur ai dit :

"Une chambre privative à ce prix,

"et je n'ai pas droit à un couteau !"

Rien de personnel, c'est le règlement.

Je le prends personnellement.

J'aime qu'on me fasse confiance.

Je pourrais me jeter par la fenêtre.

Vous avez essayé ?

Vous voulez que j'essaie ?

Je peux. Tout de suite.

Très spirituel.

Rien de personnel.

Elles sont toutes comme ça, ici.

Vous voulez sauter ?

Quand je voudrai en finir,

je pourrai facilement le faire.

Qu'écrivez-vous ?

Je ne suis là que pour une raison,

obtenir des cachets.

Je ne suis pas entrée en bavant,

ou en m'arrachant les cheveux,

mais en marchant, calmement.

Vous avez oublié votre agitation ?

Dr Sherman est mon psychiatre. C'est le chef, ici.

Si vous ne partez pas, je vais commencer à être très agitée.

Qu'écrivez-vous, Lou ?

De la poésie.

Je peux voir ?

De quoi ça parle ?

Ça parle

de mes expériences.

Vous me le lisez ?

Ce n'est pas terminé.

Vous savez ce qu'a dit l'autre docteur ?

"Tout le monde à cet étage te trouve bizarre."

"Pardon", j'ai dit,

"mais je me fous de ce qu'ils pensent de moi."

Maintenant,

faites ce que bon vous semble.

Je veux que vous soyez heureuse

et à l'aise chez nous.

Excusez mon aspect négligé.

Vous êtes ravissante.

Mais dites-moi, comment vous sentez-vous ?

Un peu épuisée par mes efforts pour vous plaire.

Et la visite d'Aaron ?

C'était si triste.

Il a tant de remords.

Il sait qu'il aurait dû m'emmener à Paris.

Il m'a dit :

"Donnons-nous une autre chance."

J'ai dit...

Il a dit...

Pardonne-moi de t'avoir laissée.

Peu importe.

Peu importe. Assieds-toi.

Ne sois pas triste.

Je ne vais pas rester ici longtemps.

Le Dr Sherman dit...

qu'il faut d'abord avoir été brisé

pour pouvoir

se reconstruire, en mieux.

Mais si on te demande, dis-leur que c'est mon métabolisme.

C'est vrai, d'ailleurs.

Je ne me sens pas en forme.

Je suis affreuse...

Pas du tout.

Tu sais pourquoi nous restons ici ?

Le Dr Sherman et moi sommes là

pour les mettre tous à Ia porte.

Je l'ai dit aux docteurs. Je les entends derrière les murs.

Ils niaient. "Vous délirez, on vous met au 2e."

Et moi : "Que faites-vous ? AppeIez mon docteur."

Et il m'a dit...

Vous avez raison.

Ils parlent de vous.

Je la trouve aussi sexy que du thon en boîte.

Elle était si douée.

Elle aurait dû être lucide et en profiter comme nous.

Elle lui a fait des avances !

Ida Saints Berry l'adorait.

C'est une menteuse.

Je la trouve rasante.

Moi, je ne l'engagerai plus jamais.

Ils nous prennent nos allumettes.

Demande à cette interne.

Vous voyez,

vous aviez raison.

Ils parlent bien de vous.

C'est bien ce que je pensais.

Allons donc au 2e.

Personne ne nous ennuiera.

Ils vont s'ennuyer.

Je suis en haut, comme une prisonnière à l'isolement.

Mais tu sais,

je sais...

que tout était dans ma tête.

Bien sûr.

Parce que Pauline m'a envoyé des fleurs,

et Peggy, une carte me souhaitant un bon rétablissement.

C'est gentil.

Tout était dans ma tête.

C'est tout.

Et tu sais,

c'est si horrible ici,

que je me sens déjà bien mieux qu'avant.

Ça se voit.

Et tu sais quoi ?

Quoi ?

À présent...

Ies choses vont changer.

J'essaie vraiment...

d'aller bien.

Je dois vraiment y travailler.

Je ne devrais pas être si inerte.

On a fini ?

Oui. Sinon je vais rater le dernier ferry.

Ce serait terrible.

Ta femme se poserait des questions.

"Où est Aaron ?"

Tu m'en auras fait voir, Rhinehardt.

Mets-le dans ton film.

Tu m'en as fait voir aussi.

C'est ça, les amis.

Je devais jouer de la flute à bec...

Soprano, basse, mes...

mes castagnettes !

Ça devra attendre la prochaine fois.

Tu as déjà entendu mes castagnettes ?

Oui.

Je me souviens.

C'était mauvais,

n'est-ce pas ?

Comme j'aimais le grand air, petite !

Je laissais ma famille derrière pour courir dans les collines !

Je n'ai jamais été aussi contente qu'en touchant le fond.

C'est vrai.

Pourquoi ?

Je ne sais pas.

J'ai toujours été une recluse.

Une chose reste intrigante.

Pas pour toi ?

Quoi donc ?

Sachant combien tu as compté dans ma vie...

Nous communions dans le travail, non ?

C'est vrai.

C'est amusant,

d'avoir passé tant de temps ensemble, toutes ces années,

et avec tant d'occasions, en un sens.

Ça aurait été si simple,

et c'est si courant...

Avec ce qu'on disait de toi...

Ces deux mannequins par exemple,

l'une se croyait enceinte,

l'autre te disait...

comme un cheval.

Ça ne prouve rien...

J'étais là, avec toi,

presque sans cesse...

et rien.

Nous n'avons jamais eu...

d'histoire.

N'est-ce pas fou ?

Sans doute ma faute.

Averell Quinn était fou de moi.

Il y a eu Mark.

Arthur Jeaster voulait divorcer.

Falco...

Il avait fait un trou par lequel il m'épiait !

Il y a eu Pauline et le Dr Galba.

Je me suis...

Je me demande vraiment

pourquoi c'était comme ça avec toi,

et pourquoi je m'imaginais que...

Finalement, j'en ai conclu...

que tu ne me trouves pas attirante.

Ce n'est pas vrai.

Mais c'est amusant, non ?

Que nous n'ayons jamais...

Mais si, Lou.

Quoi ?

C'est arrivé.

Vraiment ?

Oui.

Ça va aller.

Tout était si confus.

Je croyais...

l'avoir imaginé.

Je ne l'ai pas imaginé ?

Non.

Ça n'a pas duré.

Je ne l'ai pas imaginé...

Je dois y aller.

J'ai été... à la hauteur ?

Bien sûr, Lou.

Dieu soit loué...

Traduction : Benjamin Illos

Sous-titrage : C.M.C. - Paris

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