All language subtitles for The.Vietnam.War.S01E04

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Original subtitles

MISE EN GARDE À L'INTENTION DES SPECTATEURS

CE FILM CONTIENT DES SCÈNES ET UN LANGAGE VIOLENTS.

Parfois, j'entendais la neige craquer sous des pneus

et je me disais que c'était quelqu'un qui nous apportait

de mauvaises nouvelles.

Et ça me faisait du mal de penser ça.

Cette angoisse en arrière-plan...

JEAN-MARIE CROCKER SARATOGA SPRINGS, NEW YORK

...je crois qu'elle ne me quittait pas.

Jeune homme, Denton Crocker Jr,

ou "Mogie" pour sa famille,

ne cessait de rêver de servir son pays,

de risquer sa vie

pour défendre ce qu'il appelait la "liberté individuelle".

Il voulait tant combattre au Vietnam

qu'il convainquit ses parents de l'autoriser

à entrer dans l'armée avant ses 18 ans.

Il avait hâte de combattre et fut heureux d'être affecté

à la 1re brigade de la célèbre 101e division aéroportée,

les "Aigles hurlants", qui avait ouvert la voie lors du Débarquement.

Mais il déchanta vite

quand il se vit rattaché au QG du bataillon,

à réparer les armes, à dresser des listes

et à tenir des registres.

C'était "ennuyeux", écrivit-il à ses parents.

Vous comprendrez peut-être ma déception

en vous rendant compte qu'il ne sert pas à grand-chose d'être ici

quand on ne travaille pas à l'objectif principal,

la destruction du Viet-cong.

Il n'y a aucun sentiment d'accomplissement

à voir ses amis affronter tous les dangers.

J'avais une carte derrière la porte du salon.

Je plantais des punaises partout où Denton Jr allait.

Il s'est beaucoup déplacé.

J'ai fini pas connaître ces noms

aussi bien que ceux de notre monde.

Avez-vous passé un bon week-end ?

PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS SECRÉTAIRE À LA DÉFENSE

Oui, M. le Président. J'espère que vous aussi.

Que pensez-vous en ce moment ?

On ne s'est pas parlé.

Et notre pause ? Que disent nos généraux ?

Je crois que des dirigeants étrangers

critiqueraient de nouveaux bombardements.

En réalité, les différentes sources du renseignement

que j'ai consultées disent que Hanoï n'envisage même pas

de négocier

pour nous laisser prolonger la pause.

Le renseignement...

Au début de 1966, le Président des États-Unis

apprenait le nom de l'homme

le plus influent du Politburo de Hanoï,

Le Duan.

...Premier Secrétaire du Parti communiste,

un homme du nom de Le Duan, L-E majuscule D-U-A-N,

qui met aujourd'hui une pression énorme

sur Hô Chi Minh et d'autres pour continuer une guerre

qu'il pense qu'ils gagnent ou peuvent gagner.

En intensifiant davantage la guerre,

Johnson et McNamara étaient frustrés

que les commandants américains au Vietnam,

qui étaient devenus majeurs pendant la 2e Guerre mondiale et celle de Corée,

avaient du mal à comprendre

ce qui se passait sur le terrain.

Dans les mois et années à venir,

la présence des Américains se renforçant,

Hanoï allait aussi intensifier la guerre,

envoyant toujours plus de soldats au sud,

renforçant ses défenses aériennes

et recrutant d'autres soldats

dans les campagnes reculées du Sud-Vietnam.

L'administration Johnson essayait désespérément

de soutenir le gouvernement à Saïgon

et en même temps

d'aider ce gouvernement à gagner la loyauté de son propre peuple.

Johnson avait essayé de forger une coalition internationale

pour défendre le Sud-Vietnam.

Mais seuls cinq autres pays enverraient des troupes de combat :

l'Australie, la Nouvelle-Zélande, la Thaïlande, les Philippines

et la Corée du Sud.

Les alliés les plus importants de l'Amérique,

la Grande-Bretagne, la France et le Canada refusèrent de participer

et appelaient plutôt à des pourparlers de paix.

De plus en plus d'Américains,

dont certains des experts en politique étrangère les plus respectés,

commençaient à remettre en question la manière dont la guerre était menée,

doutaient qu'elle puisse être gagnée

et se demandaient si les États-Unis avaient même une place au Vietnam.

PAS DE GUERRE POUR LES USA RACISTES QUE NOS GI NOIRS RENTRENT

En 1966,

2 344 Américains étaient morts au Vietnam.

Près de 200 000 étaient déployés,

et d'autres encore arrivaient.

Ces soldats découvraient vite

que la guerre qu'ils avaient voulu faire

n'était pas comme celle de leur père.

On a tendance à faire la guerre d'après

comme on a fait celle d'avant.

Nous sommes otages de notre propre expérience.

Et beaucoup de choses qu'on avait vues marcher pendant la 2e Guerre mondiale...

ARMÉE

...ne se transposaient pas à la guerre au Vietnam.

On pensait y aller avec une simple massue

et tout casser, tout nettoyer,

et que ce serait réglé.

C'était une simplification du problème

qui s'ajouta à notre excès de confiance en nous pour nous rendre,

selon moi, arrogants.

Et c'est très difficile de dissiper son ignorance

quand on est arrogant.

Au début du mois de février 1966,

le Président Johnson reçut de mauvaises nouvelles.

Son vieil ami J. William Fulbright,

le puissant président du comité des affaires étrangères du Sénat,

voulait tenir une consultation sur la guerre du Vietnam,

et les chaînes de télévision avaient l'intention de la couvrir

en direct.

Fulbright, qui avait soutenu la guerre,

y était maintenant opposé.

Johnson s'inquiéta.

Ses conseillers lui donnaient des avis contradictoires

sur le Vietnam depuis des années.

Mais l'idée d'un débat public sur la manière dont il devait mener la guerre

devant des millions d'Américains le remplissait d'angoisse.

JOHNSON À HAWAÏ LE PRÉSIDENT RENCONTRE LES CHEFS DE SAÏGON

La consultation commença et le Président tenta de capter l'attention

en annonçant brusquement

qu'il allait à une rencontre militaire à Honolulu

rencontrer pour la première fois les deux généraux

à présent à la tête du gouvernement de Saïgon.

C'est une rencontre sans précédent,

pensée pour renforcer la résolution des États-Unis

à aller au bout dans son combat contre la domination communiste

dans le Sud-Vietnam.

Le général Nguyen Van Thieu était le chef du pays,

mais le pouvoir était en réalité aux mains de l'envieux rival de Thieu,

l'ex-chef de l'Armée de l'air sud-vietnamienne,

le Premier ministre Nguyen Cao Ky.

Ky était "un missile non téléguidé", selon un diplomate américain,

connu pour ses uniformes flamboyants,

sa vie privée tapageuse et ses annonces publiques.

Il dit une fois à un journaliste que le Vietnam avait en fait besoin

de "cinq Hitler".

Comment pouvions-nous accepter ça ?

C'était un charlatan.

Non seulement il n'avait pas de formation militaire ni d'éducation,

mais cela ne l'intéressait pas d'apprendre,

et il était fier de son ignorance.

Le Président Johnson,

après avoir parlé avec Ky,

était très content.

Il a dit : "C'est comme un jeune Américain,

parce qu'il parle un bon anglais, qu'il sait boire

et qu'il sait flirter avec les femmes."

POLITICIEN SUD-VIETNAMIEN

C'est un...

C'est le genre de...

J'ai dit que c'était un étranger

à son propre pays.

Le Président Johnson passa la majeure partie de son temps à Honolulu

à exhorter Ky à se concentrer sur la construction de la paix,

gagnant le soutien des habitants du Sud-Vietnam

en entreprenant des réformes économiques et sociales

que les Américains appelaient de leurs vœux depuis une décennie.

Les "mots fracassants" n'intéressaient pas Johnson,

ceux sur le progrès, disait-il.

Il voulait de vraies avancées,

ce qu'on appelle au Texas des "peaux de raton laveur au mur".

Personne ne savait ce que signifiait "raton laveur".

Et les membres de la délégation vietnamienne m'ont demandé...

DIPLOMATE SUD-VIETNAMIEN

..."Qu'est-ce que c'est ?"

Et j'ai aussi dit : "Je ne comprends pas."

J'ai dû demander à des Américains de m'expliquer.

Des amis américains m'ont expliqué ensuite,

et c'est là que les Vietnamiens ont compris.

Je soutiens l'idée que prochainement...

(DÉMOCRATE, OREGON)

...les Américains, en tant que peuple, répudieront la guerre en Asie du Sud-Est.

C'est une bonne nouvelle pour Hanoï.

GÉNÉRAL MAXWELL TAYLOR

Je sais que

ce sont les pirouettes que vous autres militaristes faites

devant ceux qui vous contredisent.

Mais je n'ai pas l'intention de m'abaisser

en entrant dans ce genre de débat, général.

Le voyage de Johnson à Honolulu

n'avait pas détourné l'attention des Américains.

Ils étaient suspendus à la consultation.

Et je crois aussi qu'un grand pays, surtout celui-ci...

(DÉMOCRATE, ARKANSAS)

...est bien assez fort pour admettre un compromis

sans perdre sa place dans le monde,

sans perdre le prestige d'être une grande nation.

Au contraire, je crois que ce serait

une des plus grandes victoires pour nous et notre prestige

que d'être assez rusés et magnanimes

pour avancer une sorte de résolution

à cette épreuve.

Fulbright invita George Kennan, diplomate respecté, à témoigner.

Pendant deux décennies, sa stratégie d'endiguement,

visant à arrêter l'expansion soviétique,

avait orienté la politique étrangère américaine

et avait participé à justifier

l'implication des États-Unis dans cette guerre par procuration au Vietnam.

Je voudrais d'abord dire

que si nous n'étions pas déjà impliqués au Vietnam...

EX-DIPLOMATE

...je ne verrais aucune raison

à vouloir que nous soyons impliqués

et je vois plusieurs raisons pour ne pas vouloir que nous le soyons.

Vous avez parlé d'endiguement.

(DÉMOCRATE, ALABAMA)

Comment endiguer au Vietnam ?

Nous nous porterions mieux si nous nous montrions

un peu plus détendus et moins apeurés par ce qui se passe...

dans certains petits pays d'Asie et d'Afrique,

si nous ne sautions pas comme un éléphant effrayé par une souris

chaque fois qu'il se passe ces choses-là.

Johnson était soulagé quand, au dernier moment,

à la place du témoignage de Kennan,

CBS passa à l'antenne des rediffusions de The Real McCoys,

du Andy Griffith Show et de L'Extravagante Lucy.

Mais NBC laissa les caméras filmer.

Non seulement cela ne nous regarde pas,

mais je ne pense pas qu'on puisse réussir.

Je comprends que vous voulez dire

que ce n'est pas un objectif réaliste,

si je vous suis, pour le pays.

Nous ne pouvons pas réussir, quels que soient nos efforts.

C'est exact, et je crains

que notre manière de penser ce problème est encore influencée

par notre croyance dans notre invincibilité.

LA FÊTE EST FINIE... LES BOMBES TOMBENT SUR LE NORD-VIETNAM

Avant que la consultation commence,

le Président avait décidé de reprendre le bombardement de cibles

au Nord-Vietnam.

La pause de 37 jours qui avait commencé le jour de Noël 1965

n'avait en rien affecté la volonté de Hanoï

de s'asseoir à la table des négociations.

LES USA ABANDONNENT L'ESPOIR STÉRILE DE LA PAIX AU VIETNAM

Au Sud-Vietnam, on estimait à présent que les guérilleros du Viet-cong

contrôlaient presque les trois quarts du pays.

Mais le général William Westmoreland,

le commandant américain, pensait que sa tâche la plus urgente

était de détruire les formations de l'armée régulière nord-vietnamienne

que Hanoï envoyait au sud.

Le but de Westmoreland pendant deux ans

fut d'atteindre le "point de bascule",

le moment où les forces américaines et sud-vietnamiennes

tuaient plus de soldats ennemis que de renforts disponibles.

C'était une guerre d'usure.

Mais elle exigeait toujours plus de soldats américains.

Ils venaient des quatre coins du pays.

Je suis né à West Point, quand mon père était à la faculté.

Du plus loin que je me souvienne,

c'est West Point que je voulais faire,

pas particulièrement avec la vague idée

ou le désir fort de faire carrière dans l'armée. Mais...

West Point, c'était ma plus grande ambition.

Fils d'un colonel ayant participé à la 2e Guerre mondiale,

Matt Harrison avait grandi dans des bases militaires partout dans le monde.

Pour lui et ses quatre frères et sœurs,

l'armée avait toujours été au centre de leurs vies.

On disait "Monsieur" et "Madame" à ses parents,

on disait "oui" et pas "ouais".

Et quand on répondait au téléphone : "Quartiers du colonel Harrison."

On se levait tous les samedis matin pour nettoyer la maison.

SŒUR

Mon père mettait la fanfare de West Point,

et ma sœur et moi faisions la poussière dans le salon.

Pour les parents de Matt, il ne pouvait pas se tromper.

C'était l'incarnation des valeurs qu'ils avaient voulu inculquer

à tous leurs enfants : le devoir, l'honneur, la patrie.

Le souvenir le plus fort que j'aie gardé de ma classe est

celui de camarades purement idéalistes.

Et je crois que des gars appelés de petites villes

partout aux États-Unis avaient tous ça en commun.

C'était avant la remise en question de l'exception américaine.

On ne la remettait pas en doute.

On croyait en ce pour quoi le pays se battait,

nous croyions que ceux qui avaient les capacités

pour diriger les soldats devaient le faire.

Je voulais rejoindre les gladiateurs.

Je voulais suivre les durs à cuire.

Je suis né à Boston, dans le quartier de Roxbury.

C'est là qu'ils recrutaient les membres de gangs...

ROXBURY, MASSACHUSETTS

...pour vous faire faire des choses

qui n'étaient pas pour l'intérêt général.

Je dirais ça comme ça.

Roger Harris rêvait d'aller à l'université

avec une bourse de football, mais il n'était pas assez costaud

pour jouer dans son équipe au lycée.

Donc, je me suis engagé dans les Marines.

Et je pensais... que c'était gagnant-gagnant

parce que, si je mourais, ma mère recevait

les 10 000 $ de l'assurance.

Pour moi, c'était beaucoup d'argent.

Ma mère serait riche si je mourais.

Si je survivais, j'étais un héros,

je pouvais revenir et trouver du boulot.

Naïf, idiot, vous savez ?

John Musgrave venait du quartier de Fairmount

d'Independence, dans le Missouri.

J'avais 17 ans et avec mon meilleur ami,

on a signé pour les Marines.

J'avais toujours rêvé d'être un Marine.

Et...

FAIRMOUNT, MISSOURI

Je savais que je n'allais pas devenir un homme d'un coup,

mais j'allais être un Marine, et c'était déjà bien.

J'allais faire un truc d'adultes.

Quelque chose d'important.

Il y avait une guerre en cours, et je voulais en être.

FANFARE DU LYCÉE PENNRIDGE PERKASIE, PENNSYLVANIE

J'ai grandi à Perkasie, en Pennsylvanie.

Tous les Memorial Day,

ceux de la génération de la 2e Guerre mondiale mettaient...

PERKASIE, PENNSYLVANIE

...leur uniforme d'anciens combattants et paradaient.

Je décorais mon vélo avec du papier crépon rouge, blanc et bleu.

Les enfants pouvaient rouler derrière la parade.

Bill Ehrhart s'engagea en partie parce que son père,

pasteur, n'avait pas servi.

Ehrhart était un étudiant doué

qui fut accepté en terminale

par quatre universités.

S'il en avait choisi une,

il aurait été exempté d'enrôlement.

Tout ce que je me disais,

c'est que j'allais servir mon pays et être un héros,

et j'aurais ce superbe uniforme des Marines.

Les filles allaient se pendre à mon cou,

personne ne lèverait plus la main sur moi.

Mais en même temps,

j'allais servir mon pays.

C'était l'occasion d'être...

Ce n'est pas pour le dévaloriser,

mais j'allais pouvoir être la vedette de mon propre film de John Wayne.

C'était ma chance de faire ce que ceux de la 2e Guerre mondiale avait fait

et semblaient si fiers d'avoir fait.

C'était mon tour.

D'où qu'ils venaient,

quelles qu'aient été leurs raisons pour s'engager dans l'armée,

l'entraînement les transforma.

CENTRE D'ENTRAÎNEMENT DES MARINES PARRIS ISLAND - CAROLINE DU SUD

Les cinq premières semaines sur Parris Island,

j'étais sûr que j'allais y mourir.

Les instructeurs me disaient qu'ils allaient me tuer.

Et ils avaient l'air très sérieux.

J'avais grandi dans des quartiers fermés toute ma vie.

Je n'avais jamais rencontré de Noir jusqu'à l'arrivée au camp d'entraînement.

Je n'avais jamais côtoyé de Noir ni d'hispanique,

ni de juif.

Où j'avais grandi, ils ne se mélangeaient pas.

C'était vraiment une révélation.

Mais quand je leur parlais, on était tous pareils.

Tous de classe ouvrière et pauvres.

Et on voulait tous très fort devenir des Marines.

Quand je le suis devenu,

je me suis senti comme le roi du monde.

J'étais Dieu. Je pouvais tout faire.

Ce jour-là, je suis devenu un Marine.

Les Marines vous entraînent à être un combattant.

Ils vous entraînent au combat, à tuer.

On disait que quand on était un Marine, on ne pouvait pas mourir

avant d'avoir tué trois Vietnamiens.

J'ai dit : "Je viens de Roxbury.

Si le but, c'est trois, j'en tuerai dix."

J'étais fou.

Une grande puissance est tentée d'utiliser

ce qui fait sa force,

c'est-à-dire, sa puissance de feu, sa puissance de destruction.

Elle largue plein de bombes

et tire à l'artillerie à distance.

On sauve des vies.

MEMBRE DU PENTAGONE

On en tue plein, on perd peu des siens.

CAMBODGE - SUD-VIETNAM

Plus d'un demi-million de personnes habitaient

la région côtière centrale de Binh Dinh.

Pendant des décennies, elle avait été une place forte de la guérilla.

Au début de 1966,

le Viet-cong avait été renforcé par l'armée régulière nord-vietnamienne,

quelques 8 000 hommes supplémentaires.

Le général Westmoreland envoya 20 000 soldats américains,

sud-vietnamiens et sud-coréens

à l'assaut de la région, pour affronter l'ennemi

et s'emparer des sources de leur ravitaillement.

Ils larguèrent d'abord des tracts et passèrent des annonces au micro

pour avertir les villageois du sombre destin

qui attendait ceux qui tiraient sur leurs hélicoptères,

les encourageant à quitter leurs foyers,

promettant la sécurité à tout Viet-cong

désireux de se rendre.

Puis ils lancèrent des frappes aériennes et tirèrent à l'artillerie,

faisant partir les hameaux en fumée.

Ce fut la première campagne à grande échelle d'élimination ciblée

de la guerre.

L'attaque dura 42 jours.

L'armée annonça la mort de 2 389 soldats ennemis.

Westmoreland était satisfait.

Mais les commandants sur le terrain s'inquiétaient

que malgré toute la puissance de feu américaine déchaînée sur eux,

la plupart des soldats nord-vietnamiens avaient réussi

à se replier dans les Montagnes centrales.

L'opération déplaça plus de 100 000 civils

hors de chez eux.

D'autres campagnes de bombardements pour élimination ciblée,

dix-sept grandes offensives américaines rien qu'en 1966,

allaient pousser au total

plus de trois millions de personnes hors de leurs foyers détruits,

environ un cinquième de la population du Sud-Vietnam.

Comme il n'y avait pas de front au Vietnam

comme lors des deux guerres mondiales,

aucun terrain n'ayant été gagné ou perdu de manière définitive,

le commandement pour l'assistance militaire au Vietnam, le MACV,

se rabattit sur un seul chiffre atroce

pour mesurer ses succès,

le compte de cadavres.

Le comptage des corps.

Le problème avec la guerre,

comme souvent, c'est les nombres.

Dans une situation où on ne peut pas compter ce qui est important...

CONSEILLER MILITAIRE

...on rend important ce qu'on peut compter.

Dans ce cas précis, on pouvait compter

le nombre de cadavres ennemis.

Le compte des morts ne donne pas de détail.

C'est des chiffres.

Et les chiffres sont trompeurs, pour la plupart.

Si le nombre de morts est votre critère de réussite...

JOURNALISTE

...alors on pousse des hommes d'honneurs par ailleurs, des guerriers,

à devenir des menteurs.

OPÉRATION THAYER II 1 757 MORTS AU COMBAT

OPÉRATION ATTLEBORO 1 106 MORTS AU COMBAT

OPÉRATION HASTINGS - 882 OPÉRATION WHITE WING - 2 398

Quand les morts mesurent la réussite,

il y a tendance à compter tous les cadavres comme ceux d'ennemis.

Il y a une tendance à vouloir empiler les cadavres...

ARMÉE

...et peut-être à moins cibler sa puissance de feu

que dans une autre situation

pour obtenir le résultat

qu'on vous a chargé d'atteindre.

Pensez au problème du point de vue du nord.

Ils devaient approvisionner le sud.

C'est-à-dire faire parvenir des hommes, de l'équipement, des vivres, etc.

Ils sont partis de rien et ont tracé une route...

ARMÉE DE L'AIR

...à travers une région de la taille du Massachusetts.

Donc ce n'est pas un territoire négligeable

qu'ils ont pris, sur lequel ils ont fait une route

et qu'ils ont réussi à garder.

Pendant des années, Hanoï avait fait passer ses armes et le ravitaillement

au sud sur une flotte improvisée d'épaves,

de chalutiers et de cargos.

Mais quand la Marine américaine verrouilla

la côte sud,

les Nord-Vietnamiens furent obligés

de déplacer leur ravitaillement par la terre,

par le Laos et le Cambodge,

des pays neutres que Hanoï voyait

comme intégrés à la zone de conflit élargie.

Les Américains l'appelèrent la piste Hô Chi Minh.

Les Nord-Vietnamiens l'appelaient la route 559,

en l'honneur des hommes et femmes du 559e corps de l'Armée de terre

qui faisaient d'un réseau de sentiers entrecroisés

un enchevêtrement de 20 000 kilomètres de routes dans la jungle

empruntées par des hommes et de l'équipement allant au sud.

Contre les Français,

le Viet Minh avait compté sur des dizaines de milliers de porteurs,

puis sur des légions de vélos.

À présent, pour compenser la présence américaine qui se renforçait,

les Nord-Vietnamiens utilisèrent un transport plus motorisé,

un relais de camions à six roues de fabrication russe

roulant sous couvert de l'obscurité.

Le MACV pensa que si la piste Hô Chi Minh

était suffisamment endommagée,

l'ennemi ne pourrait plus rester.

Trois millions de tonnes d'explosifs furent finalement lâchées

rien que sur la section de la piste au Laos,

soit un million de tonnes de plus que ceux largués sur l'Allemagne et le Japon

tout au long de la 2e Guerre mondiale.

Des points d'étranglement furent frappés tant de fois

que les ouvriers les surnommèrent "les portes de la mort",

"la colline de la chair brûlée" ou "la gorge des âmes perdues".

Pour exposer les déplacements ennemis,

d'autres avions larguèrent des défoliants chimiques,

dont l'agent orange,

qui détruisit des milliers d'hectares de jungle

et transforma la terre en ce qu'un pilote américain décrivit comme

"une poussière lunaire et décharnée".

On faisait un trou dans la route et on disait :

"Ils ne pourront plus passer."

Et le lendemain, on arrivait, le trou avait disparu,

les arbres étaient couverts de terre, à 50 mètres

des deux côtés, avec plein de circulation toute la nuit.

Un ami américain

m'a demandé une fois :

"Comment avez-vous résisté à cet assaut formidable ?"

Oui, c'était un assaut, mais nous contrôlions le terrain.

ARMÉE NORD-VIETNAMIENNE

Vos avions, ils étaient juste en l'air.

Deux cent trente mille adolescents,

dont beaucoup de volontaires,

travaillaient à garder les routes ouvertes et le flux ininterrompu.

Plus de la moitié étaient des femmes.

Le Minh Khue, qui avait quitté son foyer au nord

avec un roman d'Ernest Hemingway dans son sac à dos,

passa son 17e anniversaire sur la piste.

Tout le monde souffrait.

La jungle était humide et pluvieuse.

Les bombes tombaient jour et nuit.

Les femmes devaient trouver un moyen de survivre.

JEUNE VOLONTAIRE

On trouvait ça affreux.

Des milliers de personnes moururent sur la piste, de faim et d'accidents,

de fièvre, de morsures de serpents ou simplement d'épuisement,

sans parler des bombardements incessants.

On n'avait même pas le temps de souffler.

Un groupe comptait et mesurait les cratères.

D'autres les remplissaient.

Parfois, juste après qu'on avait fini de les combler,

les bombes tombaient encore.

Comment ne pas avoir peur ?

Il ne restait rien.

Une puanteur acide et des nuages de fumée flottaient dans l'air.

Dans mon unité, des soldats ont perdu la tête.

ARMÉE NORD-VIETNAMIENNE

Certains ont déserté et sont repartis au nord.

D'autres unités les rassemblaient,

les éduquaient

et les encourageaient à repartir au front.

Mais dans ce genre de guerre, on ne sait jamais.

Il faut être aux aguets en permanence

parce que l'ami ne se distingue pas de l'ennemi.

Relâchez-vous un instant et vous recevrez une grenade en cadeau,

ou une pluie de balles.

Je ne pouvais pas regarder les infos.

Mes parents regardaient la télévision,

et je me cachais dans la cuisine.

CAROL CROCKER SARATOGA SPRINGS, NEW YORK

Bien sûr, on ne le dit à personne,

mais c'était trop dur.

Je ne voulais vraiment pas savoir.

Mogie Crocker avait passé la plupart de son enfance à lire sur la guerre.

Mais rien ne l'avait préparé à ce qu'il allait vivre

dans la province de Quang Duc, à la frontière cambodgienne.

Il avait si bien saboté son travail

au quartier général du bataillon

qu'il avait enfin été transféré dans ce qu'il désirait le plus,

une unité de combat.

Pas de nouvelles, en ce temps-là, c'était très difficile.

Il y avait en général au moins huit à dix jours entre les lettres.

Donc on savait qu'il était au combat, mais on ne savait pas ce que...

Ce qui se passait.

Le commandant de bataillon de Mogie,

le lieutenant-colonel Henry Emerson,

surnommé "l'as de la gâchette",

était courageux, implacable, impitoyable.

Quelques mois avant l'arrivée de Mogie,

il avait offert une caisse de whisky au premier de ses hommes

qui lui ramènerait la tête décapitée d'un soldat ennemi.

Ils le firent.

Pendant neuf jours, au début du mois de mai 1966,

Mogie et son équipe ne se battirent que contre le terrain.

Dans un labyrinthe de cannes et de buissons épineux,

de bambous hauts comme trois hommes

et une jungle à trois strates si épaisse

que cela prenait parfois une heure pour avancer de 30 mètres.

La mousson avait commencé.

Le soleil parvenait rarement jusqu'au sol de la forêt.

Des sangsues longues comme le doigt

faisaient des blessures qui s'infectaient rapidement.

Quand le colonel Emerson apprit que quatre compagnies

de Nord-Vietnamiens préparaient une embuscade,

il décida de les prendre eux-mêmes en embuscade.

Le 11 mai, il ordonna à ses hommes d'attaquer,

soutenus par de nombreuses frappes de l'aviation et de l'artillerie.

Avant la fin des combats,

environ 2 000 obus étaient tombés sur les positions ennemies.

Il y avait du sang partout, en flaque sur le sol,

étalé sur les feuilles, l'herbe et les bambous.

Il y avait des montagnes de cadavres,

démembrés ou incrustés dans le sol,

cachés dans les fourrés,

à moitié enterrés dans des tombes éventrées.

Les explosions à faire trembler la terre

avaient fait sortir les yeux des orbites de certains.

En plein dans la bataille,

l'escouade de Mogie avançait sur un sentier étroit,

quand deux mitrailleuses ennemies ouvrirent le feu sur eux.

Son meilleur ami fut mortellement touché.

Mogie s'accroupit devant lui,

demandant un tir de riposte par radio,

puis, comme les deux mitrailleuses continuaient de tirer,

il porta son ami mourant hors du champ de bataille.

Pour son courage,

il reçut la Commendation Medal, la médaille de l'héroïsme.

Dans ses lettres à sa famille, Mogie ne dit rien

de ce qu'il avait vu ou fait.

Un jour, j'envoyais quelque chose à la poste

et j'ai demandé à l'employé : "Comment vous disent-ils

quand votre fils est blessé ?"

C'était très difficile de demander ça.

Mais j'ai pensé que je devais savoir.

J'étais figée dans l'attente, anxieuse.

L'homme a dit : "Ne demandez pas ça.

N'y pensez pas."

J'ai dit : "Je dois savoir."

Il a dit : "Ne vous en faites pas, ils vous le diront."

REFUSEZ DE TUER

BRÛLEZ LES CARTES D'INCORPORATION PAS DES ENFANTS

JÉSUS-CHRIST AVAIT-IL UNE CARTE D'INCORPORATION ?

METTEZ FIN À LA GUERRE AU VIETNAM

LES NOIRS : 53 % DES MORTS 2 % DE L'OR... POURQUOI ?

LA GUERRE DU VIETNAM TUE LA PAIX

PAS DE $$$ POUR BOMBARDER ET INCENDIER

AUCUN VIETNAMIEN NE M'A JAMAIS TRAITÉ DE NÈGRE

QUITTEZ LE VIETNAM

Je n'aimais pas les manifestants contre la guerre.

CRIME CONTRE L'HUMANITÉ AGRESSION AMÉRICAINE

J'avais l'impression que c'était des enfants gâtés, des privilégiés

qui manifestaient parce qu'ils ne voulaient pas y aller.

Ils laissaient un type

qui avait peut-être fait deux ans de lycée

y aller à leur place.

La guerre en 1966

commença à toucher la classe moyenne

avec l'élargissement de la conscription.

UNIVERSITÉ DE CHICAGO

Il n'y avait pas assez de volontaires

et pas assez de conscrits dans la classe ouvrière.

Ils se sont mis à appeler des gens sortis de fac.

C'est là que le mouvement anti-guerre

passa d'un mouvement éthique à un mouvement égoïste

animé par des gens qui ne voulaient pas faire la guerre

et leurs proches qui ne voulaient pas qu'ils partent à la guerre.

Bill Zimmerman était en troisième cycle

à l'université de Chicago en mai 1966.

Fils de réfugiés d'Europe de l'Est,

il avait travaillé pour les droits civiques au Mississippi

et s'était opposé à l'implication américaine au Vietnam depuis 1963.

La conscription était un problème urgent

pour les jeunes hommes de la génération de Zimmerman.

Depuis 1942, tous les citoyens hommes des États-Unis

devaient s'enregistrer à 18 ans.

Mais sur les 27 millions d'Américains

qui avaient l'âge de faire la guerre du Vietnam,

plus de la moitié évita le service militaire

par des exemptions et des sursis.

Plus de 500 000 Américains demandèrent

le statut d'objecteurs de conscience

pour raisons religieuses ou morales,

six fois plus que lors de la 2e Guerre mondiale.

Au total, 170 000 hommes furent autorisés à faire un service alternatif

dans des hôpitaux, des foyers pour sans-abris et des écoles.

Certains reçurent une formation de médecins et partirent au Vietnam.

Au moins deux furent tués,

tous les deux recevant la médaille d'honneur du Congrès.

Un million de jeunes hommes servirent comme réservistes ou la Garde nationale

dans l'espoir de n'être jamais envoyés au combat.

Les réservistes et les membres de la Garde nationale étaient presque toujours blancs,

en général mieux formés, moins isolés

et mieux payés que les recrues.

Qu'ils perdent la vie, pensa le Président Johnson,

aurait augmenté l'opposition à la guerre.

"Si tu peux payer," disaient les GI,

"tu n'as pas à y aller."

BIENVENUE EXAMEN D'ENTRÉE DANS L'ARMÉE

Cela donna une armée gravement biaisée

avec les minorités et les défavorisés surreprésentés.

À un moment, les Afro-Américains,

alors qu'ils ne constituaient que 12 % de la population,

subirent un nombre de morts disproportionné.

La rancœur grandit.

LES BLANCS HORS DU VIETNAM LES BLANCS HORS D'AFRIQUE DU SUD

Nous avons acquis tellement de force dans notre communauté

que s'ils viennent chercher quelqu'un, c'est avec nous tous qu'ils ont à faire.

ÉTUDIANT AU COMITÉ DE LA NON-VIOLENCE

C'est ce qu'on doit faire.

DES PAUVRES BLANCS ET NOIRS MEURENT AU VIETNAM, LES RICHES S'ENRICHISSENT

Il faut renforcer notre communauté,

au point où quand Johnson dit : "Viens faire ma guerre, mon gars,"

on dit : "Oh, que non, on n'y va pas."

Je ne vais pas aider quelqu'un à avoir ce que nous autres noirs n'avons pas.

Si je dois mourir, c'est maintenant,

en vous combattant vous, si je dois mourir.

MOHAMED ALI

C'est vous, mes ennemis, les Blancs, pas le Viet-cong,

ou les Chinois, ou les Japonais.

C'est vous qui me refusez la liberté,

qui me refusez la justice, qui me refusez l'égalité.

CLAY PREND 5 ANS UNE AMENDE POUR SA CONSCRIPTION

Vous voulez que j'aille combattre,

mais vous ne veillez même pas sur moi ici.

Au début, 10 000 conscrits étaient appelés tous les mois,

mais en 1966,

la demande grandissante de nouvelles troupes au Vietnam

fit monter ce chiffre à 30 000.

À présent, des milliers d'étudiants de l'université

ne pouvaient plus espérer de sursis.

Si votre classement passait un certain seuil,

vous étiez viré de la fac.

Et le pire qui puisse vous arriver, c'était d'être tué au Vietnam.

Donc on manifestait à l'université de Chicago

parce que l'université était complice de cette guerre

en acceptant de fournir ces classements au bureau d'enrôlement.

PAS DE CLASSEMENT

On a vu que pour la première fois, on avait un vrai poids.

Mais une majorité d'Américains, vieux et jeunes, soutenaient la guerre.

LES TRAÎTRES D'ÉTUDIANTS VEULENT CAPITULER

Les Young Americans for Freedom,

fondés par l'écrivain conservateur William F. Buckley...

COMTÉ DE PHILADELPHIE LA JEUNESSE AMÉRICAINE POUR LA LIBERTÉ

...organisa des contre-manifestations

sur des campus partout dans le pays.

LA YAF SOUTIENT LA VICTOIRE SUR LE COMMUNISTE AU SUD-VIETNAM

Sa vérité est en marche

Mon frère, le septième enfant de notre famille,

rejoignit la résistance locale.

Les Américains firent un raid

et le tuèrent.

Un autre de mes frères s'est endormi et a été pris en embuscade,

il a pris une balle dans le cœur.

Mon beau-frère a été trahi par des informateurs.

Ils l'ont tué en lui brisant la nuque.

Ils ont tiré sur notre maison

et ont tué ma sœur.

Ma mère pleurait tout le temps.

Mais elle a encouragé mon plus jeune frère à embrasser la révolution.

J'ai été élevée dans l'idée que les communistes

détruisaient la famille, la religion,

et que c'était des gens qui n'étaient pas fidèles à notre pays

mais au communisme international.

Ma mère les décrivait comme...

C'est-à-dire des gens

avec la tête d'un buffle d'eau et le visage d'un cheval...

Ce qui voulait dire que c'était des sous-hommes, des brutes.

D'un autre côté, je pensais qu'ils comprenaient aussi des gens

comme ma sœur Thang et beaucoup de cousins à moi.

Je ne pouvais pas concilier ces deux images.

Mais entre les deux, je crois que la première était plus forte,

parce que j'avais peur d'eux.

Je pensais que ces gens devaient être vraiment affreux.

C'est l'idée que j'avais

quand j'ai commencé mes recherches sur le mouvement communiste.

Duong Van Mai était la fille d'un membre

du gouvernement sud-vietnamien.

Elle était à présent mariée à un Américain, David Elliott.

En 1964, elle était partie travailler

pour la RAND Corporation à Saïgon.

Le groupe de réflexion avait été mandaté

par Robert McNamara pour étudier les prisonniers ennemis

et découvrir "Qui sont les Viet-cong ?

Et qu'est-ce qui les meut ?"

Je me souviens de mes premiers entretiens.

J'étais toute seule.

J'étais très jeune et j'étais allée dans une prison assez glauque

interviewer un haut gradé qui avait été capturé.

Je suis entrée en pensant rencontrer le diable, vous savez,

cet homme à la tête de buffle d'eau et au visage de cheval.

Il est entré et il fut très surpris de me voir.

Aussi surpris que moi de le voir lui.

C'était un homme qui avait consacré toute sa vie à combattre

pour ce qu'il pensait être une cause juste

et libérer son pays de la domination étrangère,

réunifier le pays sous un unique gouvernement.

Il y croyait profondément,

au point où il avait sacrifié sa vie entière à cette cause.

Je suis partie, très... Il m'avait beaucoup impressionnée.

Quand le rapport de RAND fut présenté

aux députés importants de McNamara au Pentagone,

décrivant le Viet-cong comme un ennemi résolu

qui "ne pouvait être battu qu'à un coût énorme,"

un membre expérimenté dit : "Si ce que vous dites est vrai,

nous nous battons dans le mauvais camp,

celui qui va perdre cette guerre."

Le mythe général

de l'armée américaine qui écrase tout sur son passage

par la politique, la stratégie, la tactique de la terreur et du meurtre,

la victimisation de la population innocente du Sud-Vietnam,

cette image est...

CONSEILLER MILITAIRE

Elle ne rend pas justice

aux jeunes hommes et femmes qui y ont servi.

C'est loin d'être un tableau fidèle

de ce que fait notre armée.

Dès le départ, l'administration Johnson

avait compris que la guerre ne pouvait pas être gagnée

sans convaincre les fermiers pauvres qui vivaient à la campagne

que c'était le gouvernement de Saïgon, pas le Viet-cong,

qui œuvrait pour leur bien.

AIDE AMÉRICAINE

En plus de l'armée,

beaucoup d'organisations prêtaient assistance

aux villages vietnamiens.

Ils creusaient des puits et construisaient des moulins,

ouvraient des écoles, introduisaient de meilleures variétés de riz,

fournissaient des soins médicaux

et électrifiaient une grande partie des campagnes.

Sur l'insistance de Robert McNamara,

le MACV avait du mal à trouver comment mesurer les progrès de la pacification

dans les 44 provinces du Sud-Vietnam,

ses 220 circonscriptions et 13 000 hameaux.

Ils inventèrent finalement le Système d'évaluation des hameaux.

Bientôt, 220 conseillers américains aux circonscriptions

furent chargés de produire 90 000 pages de données par mois,

une montagne d'informations si intimidante

que personne ne put la faire parler.

Tout peut être quantifié.

On peut dire littéralement : "À quel point ce village est pacifié ?"

"À 37,5 % pacifié."

Mais qu'est-ce que ça veut dire ?

Un Américain vous répondrait :

"Vous savez, on n'a pas eu un seul incident dans ce village

ou cette province," n'importe.

"Le taux d'incident chute, donc on est en train de gagner."

Mais pour certaines zones en difficulté

des provinces où on travaillait,

on disait juste qu'elles n'étaient pas pacifiées,

à moins de considérer la pacification par l'autre camp.

Pour que la pacification réussisse,

des écoles étaient construites, des puits étaient nettoyés.

Puis une nuit,

quatre cents soldats nord-vietnamiens venaient dans le village,

exécutaient le chef du village, enlevaient 12 jeunes pour,

vous savez, servir l'armée des forces révolutionnaires,

et les gens demandaient au gouvernement :

"Vous nous aviez promis votre protection, mais vous n'êtes pas restés."

J'y étais tôt.

J'étais avec une très bonne unité,

qui croyait aux traditions militaires,

à l'honneur,

et même à traiter l'ennemi fait prisonnier de manière humaine.

ARMÉE

Le lieutenant Mike Heaney, de Basking Ridge, au New Jersey,

était chef de peloton dans la 1re division de cavalerie.

Il était arrivé tard, en 1965,

et fut chargé d'une portion densément peuplée

du centre du Vietnam.

Il fut encerclé

par des Nord-Vietnamiens infiltrés

et des villageois dont la loyauté était douteuse.

Nous n'avons jamais réussi

à savoir qui était l'ennemi.

Nous étions des gars américains normaux, honnêtes,

on ne pouvait pas juste lever son fusil et tirer sur un type

pour le tuer

à moins d'être sûr que c'était un ennemi.

Et s'il n'était pas armé,

ou qu'il ne vous menaçait d'aucune manière, on ne tirait pas.

On est passés dans un village

où on ne pouvait identifier personne comme un soldat ennemi,

et on a trouvé une grosse cachette de riz.

Les instructions dans ce cas étaient de l'exploser, de le brûler,

de le détruire, de l'empoisonner, n'importe.

On ne voulait vraiment pas faire ça parce que...

Pas besoin d'être un génie pour regarder autour de soi

et voir des gens qui en dépendaient. C'était leur nourriture.

On nous disait parfois de brûler des cabanes au toit de chaume.

Les gars essayaient sans enthousiasme

d'allumer le toit.

Quand la flamme s'éteignait,

ils ne réessayaient pas.

On n'avait vraiment pas le cœur à détruire

de la nourriture de civils, des habitations civiles.

Ça nous mettait mal à l'aise, on pensait :

"C'est quoi, cette guerre ?"

Une grande partie des combats étaient comme ceux que Mike Heaney allait voir,

avec un ennemi furtif, à l'initiative, au contact, à petite échelle.

Les militaires appelaient cela "le contact".

"La guerre, c'est l'enfer," aimaient-ils marmonner, "mais le contact est une mère."

Le boulot d'un peloton d'infanterie est en général d'effrayer

l'infanterie ennemie et de l'abattre.

En fait, la tactique, c'était qu'on servait d'appâts.

Et on le savait, quelque part.

Allez dans la forêt et faites un feu.

Six mois après son déploiement,

Heaney s'engagea dans ce que lui et ses hommes pensaient

une tâche facile,

gravir une pente non loin de leur base de An Khe

et chasser une petite unité de mortier ennemi d'une crête.

Dès qu'on est partis, on a senti de mauvaises ondes.

On a trouvé des traces de bottes dans la boue

au bord d'une zone d'atterrissage

et une belle piste, bien fréquentée, qui montait à la crête.

Je me souviens d'en avoir parlé à un de mes chefs d'équipe.

On était là et on disait : "Ben merde, ça craint."

Et tout d'un coup, l'homme de tête,

le premier type de la colonne, le sergent Mays,

sans dire un mot, il a mis son M16 à l'épaule

et a tiré une cartouche.

Il s'est retourné et a dit : "Des Viet-cong sur la piste.

Des Viet-cong sur la piste."

Avant que je puisse digérer ça,

il est tombé, un trou dans la poitrine.

Boum.

Et tout d'un coup,

une embuscade très bien menée a éclaté.

C'était tellement bruyant et inattendu

que ça m'a sonné... pendant un petit moment.

"Mais c'est quoi, ce bordel ?"

L'opérateur radio de Heaney, le soldat Terry Carpenter,

eut le commandant de la compagnie au bout du fil.

"On a un gros problème," dit Heaney.

À ce moment, une balle frappa Carpenter à la tête.

Terry était mort.

Le sergent Mays était mort.

J'ai demandé à l'équipe de la première mitrailleuse

de commencer à arroser.

Ils sont morts assez vite.

Ils n'ont pas vraiment pu tirer beaucoup.

À ce moment-là, il ne restait plus personne dans mon unité de reconnaissance.

Ils étaient tous morts, à part moi.

Tous.

Ils étaient tous morts ou mortellement blessés à ce moment.

La nuit tomba.

Ce qui restait de la compagnie de Heaney

se prépara à l'assaut qu'ils pensaient voir arriver à l'aube.

J'étais à terre sur le périmètre.

J'étais devant un soldat ennemi mort.

J'avais ma tête devant ses pieds

et je n'arrêtais pas de le regarder, parce que je ne voyais pas de blessure.

Et on a des idées bizarres :

"Ce type va me tuer. Il fait le mort.

Il attend l'assaut, puis il va sauter sur ses pieds et me tuer."

J'ai failli lui tirer dessus encore.

Juste pour m'assurer qu'il était bien mort.

Puis l'ennemi envoya des obus de mortiers

sur les hommes de Heaney.

J'ai eu l'impression que quelqu'un me frappait

au mollet avec une batte, mon mollet droit, de toutes ses forces.

Le choc m'a tellement sonné en étant touché

que j'ai pris une grande inspiration en sentant une affreuse douleur.

Je ne pouvais pas parler.

Juste après l'embuscade,

je savais que j'avais perdu un paquet d'hommes,

j'ai prié Dieu, en gros :

"S'il te faut d'autres hommes de mon peloton, prends-moi.

Ne me prends plus d'hommes."

Dès que j'ai dit ça, j'ai paniqué et j'ai dit :

"Merde, je peux retirer cette prière ?"

Mais c'était trop tard, je l'avais dit.

Et il se trouve

que plus aucun homme de mon peloton n'est mort après cette prière.

L'artillerie américaine anéantit finalement l'ennemi.

Les survivants de la compagnie de Heaney descendirent la colline, titubants.

Il fut emmené à l'hôpital.

J'étais dans mon lit à sangloter.

Une infirmière est venue.

Elle s'est penchée et a dit : "Lieutenant...

Vos hommes sont partout ici.

Vous devez arrêter de pleurer."

À ce moment-là, mon sergent de peloton,

un immense Noir de Détroit que j'adorais,

le sergent Sam Hunt, est venu et s'est assis à côté de moi,

il m'a pris la main et a dit à l'infirmière :

"Madame, ce lieutenant n'a pas à arrêter de faire quoi que ce soit."

J'ai vu des Américains mourir.

Même si je ne parle pas leur langue,

je les ai vus pleurer et se tenir dans les bras.

Quand on en tuait un, les autres se rassemblaient.

Ils emportaient le corps

et ils pleuraient.

J'ai assisté à cette scène beaucoup de fois et j'ai pensé :

"Les Américains,

comme nous les Vietnamiens,

sont profondément humains.

Ils prennent soin les uns des autres."

Ça m'a beaucoup fait réfléchir.

Les étudiants sont maintenant en colère.

Le mot d'ordre passe

de se rassembler à la pagode bouddhiste principale de Saïgon à la nuit tombée.

Après toutes ces années,

les Vietnamiens ont appris à faire avec les crises et la guerre.

Mais ils n'ont pas encore appris à vivre comme une nation.

Alors, Dean, qu'allons-nous faire ?

PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS

Allons-nous arriver à un point

où il sera compliqué de demander aux gens de mourir là-bas,

avec ces événements qui arrivent tous les deux, trois mois ?

Pas pour l'instant, monsieur, nullement. C'est encore un problème de minorités.

SECRÉTAIRE D'ÉTAT

Mais la politique n'aura aucun poids

s'ils ne font pas régner l'ordre public.

Le 15 mai 1966,

le gouvernement du Sud-Vietnam, le pays pour lequel

tant d'Américains risquaient leur vie,

semblait à nouveau au bord de l'effondrement.

L'ascension du Premier ministre Ky avait porté un grave coup

aux activistes bouddhistes qui exigeaient

un gouvernement représentatif et une fin négociée de la guerre

depuis 1963.

Quand Ky renvoya brusquement un général rival,

un commandant bouddhiste populaire,

des manifestants envahirent les rues de Hue et de Danang.

Ils fermèrent le port

par lequel le ravitaillement américain passait.

Des soldats sud-vietnamiens, fidèles au général congédié,

abandonnèrent la lutte contre les communistes

et se rendirent à la ville.

Une foule en colère brûla des Jeep américaines.

LES ARMES AMÉRICAINES SONT-ELLES TOURNÉES CONTRE LES COMMUNISTES OU NOTRE PEUPLE ?

Des pancartes affichant "La paix !" et "Américains, rentrez chez vous !"

apparurent partout.

Le Président Johnson était tellement inquiet

qu'il demanda à ses conseillers de préparer un plan B

au cas où le gouvernement Ky tombait.

Si nécessaire, dit-il, les États-Unis devaient être prêts

à partir du Vietnam et peut-être

à se dresser contre le communisme en Thaïlande à la place.

Ky ordonna aux soldats sud-vietnamiens

d'encercler et de réprimer Danang,

où ils échangèrent des tirs avec leurs anciens camarades.

Les forces de Ky donnaient l'assaut aux pagodes bouddhistes de Danang

pendant que ses avions de chasse mitraillaient les soldats

qui occupaient le marché du centre.

La rébellion était écrasée.

Washington était soulagée.

Ky semblait avoir repris le contrôle.

Mais de son poste de commande sur une colline à l'extérieur de la ville,

un lieutenant des Marines américains avait observé incrédule

deux batailles se déroulant en même temps.

À l'ouest, ses camarades Marines combattaient le Viet-cong,

tandis qu'à l'est, l'armée sud-vietnamienne

semblait être en guerre avec elle-même.

Le 16 mai 1966.

Chers maman et papa,

Notre opération ici, à la frontière cambodgienne,

a été un grand succès.

Vous l'apprendrez sûrement aux informations.

On nous donne de plus en plus de missions,

donc rien n'est sûr.

Je ne sais pas si je sortirai à nouveau bientôt,

j'écrirai quand je pourrai.

Dites à Randy que j'ai hâte de voir son nouveau chien.

Je prendrai peut-être 15 jours de permission à Tokyo

pour éviter de craquer.

C'était un jour de printemps splendide.

J'ai ouvert la lettre qui disait ça.

Ça m'a vraiment anéantie,

parce qu'à ce moment-là, le Vietnam était plongé dans le chaos.

C'était un roulement continuel

de dirigeants au gouvernement du Sud-Vietnam.

Et il y avait des manifestations de moines bouddhistes, et d'autres qui...

qui manifestaient contre les Américains.

J'ai pensé : "Pourquoi est-ce qu'on y est ?"

Cette lettre où mon frère

exprime une sorte de désespoir

est peut-être la première fois où il l'exprime ouvertement

à toute la famille.

Ça m'a rappelé le jour où il m'avait dit :

"Je ne veux pas y retourner."

Avec un vieil ami du lycée,

Mogie était encore plus explicite.

Cher Duff,

Depuis ma dernière lettre, qui date d'il y a plusieurs mois,

de nombreux événements excitants mais affreusement déplaisants se sont produits.

Le pire fut d'être pris sous le feu de deux mitrailleuses légères chinoises

tirant 900 cartouches par minute

et voir mon meilleur ami mourir plus ou moins à côté de moi.

Un jour, je te raconterai peut-être tout

si mes nerfs n'ont pas complètement craqué d'ici là.

En fait, ce serait me rendre service,

dans l'espoir futile qu'ils me retirent du front.

J'ai été incroyablement croyant un moment,

prononçant des prières diverses et variées,

surtout préoccupé de rester en vie.

Mais je suis redevenu athée

jusqu'à la fusillade.

WEST POINT - 8 JUIN 1966

Je croyais profondément

qu'on devait mettre un frein à l'expansion du communisme.

Je croyais aussi que nous étions dans le camp des anges.

Comme la France nous avait soutenus...

ARMÉE

...pour notre révolution, nous soutenions

les Sud-Vietnamiens pour la leur.

Matthew Harrison faisait partie des 300 étudiants

de la promotion 1966 à se porter volontaire pour le Vietnam.

- Rangers ! - Rangers !

- Jusqu'au bout ! - Jusqu'au bout !

Mais d'abord, il est allé en Floride pour devenir ranger

et surmonta neuf semaines de l'entraînement le plus intensif

que l'armée avait à offrir.

Le petit gars de l'aéroportée pique une petite tête !

Le petit gars de l'aéroportée pique une petite tête !

Le chef était le major Charles A. Beckwith,

"Chargin' Charlie",

héros du siège de Plei Me l'année précédente.

"Si un homme est très bête," dit-il à un groupe de nouveaux,

"sa mère reçoit un télégramme qui dit :

'Votre fils est mort parce qu'il est idiot.'

Espérons que votre télégramme dira simplement : 'Votre fils est mort.'

Avec l'entraînement que vous allez faire ici,

peut-être que votre mère ne recevra même pas de télégramme.

Donc écoutez bien."

Pour réussir,

Harrison et ses camarades d'entraînement

devaient survivre pendant des jours sans dormir,

privés de nourriture et d'eau,

obligés de gravir des montagnes jusqu'à ce que leurs pieds en saignent,

et patrouiller dans des marais repères de vipères cuivrées

et de mocassins d'eau.

Ils devaient apprendre à repérer les pièges

et déjouer les plans de vétérans grimés en Viet-cong.

"Prévoyez l'inattendu,"

répétait encore et encore Beckwith à ses apprentis.

"La vie est injuste."

Une fois devenu ranger,

Harrison avait hâte d'aller au Vietnam

pour mettre en œuvre

ses compétences en survie et en commandement acquises

pendant cinq ans.

Je me rappelle avoir parlé avec mes camarades

de l'horreur que ce serait de faire l'armée

si tout le monde un an avant nous avait vécu le feu

sans qu'on ait pu le vivre nous-même.

J'avais peur qu'on gagne la guerre trop vite

et que je ne puisse pas la vivre.

Le 3 juin 1966 était le 19e anniversaire de Mogie Crocker.

Sa compagnie était engagée dans une nouvelle campagne,

visant à trouver et tuer des soldats nord-vietnamiens

s'infiltrant dans les Montagnes centrales depuis le Laos.

À la nuit tombée, Mogie et son escouade reçurent l'ordre

de monter au sommet d'une colline

surplombant un avant-poste assiégé de l'ARVN

pour que l'artillerie puisse venir

et être installée pour tirer sur l'ennemi au matin.

Ils avançaient lentement, avec prudence, sur la pente.

Mogie était en tête.

Dans l'obscurité, une mitrailleuse ouvrit le feu.

Denton Crocker Jr n'atteignit jamais le sommet de la colline.

C'était une journée magnifique pour profiter du jardin.

Candy, notre petite fille, était à un anniversaire.

Les autres enfants n'étaient pas loin, j'imagine.

Mais peu après le déjeuner, je suis sortie sur le porche.

J'ai vu deux hommes en uniforme approcher de la maison.

J'ai su qu'un grand malheur était arrivé.

J'ai descendu les marches.

J'en ai attrapé un et j'ai dit :

"Ne me dites pas. Ne le dites pas.

Pas mon beau garçon."

Il a juste dit : "Oui."

J'étais sur le canapé dans le salon.

Soudain, j'ai entendu ma mère appeler mon père en hurlant.

Comme dans un film, le prêtre a monté les marches

avec un soldat, et elle a fait : "Oh, non."

Elle appelait mon père.

Ma réaction a été de bondir du canapé,

de courir à la porte de derrière, de prendre la main de mon petit frère

et de marcher.

J'ai dit : "Tu dois venir avec moi."

J'ai dit : "J'ai un truc à te montrer."

Je ne sais pas du tout où j'allais.

Je me suis juste dit : "Non.

Ça ne peut pas arriver."

Quelque chose m'a fait me retourner,

et je suis repartie à la maison par la ruelle.

Mon père était là.

Je suis tombée dans ses bras et j'ai dit :

"Dis-moi que ce n'est pas vrai, papa.

C'est la vérité ?"

Il a dit : "Oui."

Et j'ai su que tout avait changé à jamais.

Que ma mère telle qu'elle était, mon père tel qu'il était,

rien n'allait plus être pareil.

Je me suis assise sur le canapé et je les ai serrés dans mes bras :

"On va s'aimer et tout ira bien."

Mais je sais pas si ça a marché.

Vous savez ?

On a tous essayé.

DENTON W. CROCKER JR, 19 ANS, TUÉ AU VIETNAM

Carol m'a dit un jour,

très peu de temps après la mort de Denton,

sans doute le jour même :

"Comment tu peux croire en Dieu ?"

J'ai dit : "Parce qu'on a eu Mogie."

Je crois que sa vie fut un vrai cadeau.

Ce fut un privilège de l'avoir avec nous.

Un ami m'a écrit :

"Nos enfants nous sont juste prêtés,"

et je crois que c'est vrai.

Dix jours plus tard, un capitaine de l'armée accompagna le corps de Mogie

à la maison funéraire de Dick Stone.

Le prêtre de la famille avait proposé que Mogie soit enterré à Saratoga Springs,

pour que ses parents puissent facilement se rendre sur sa tombe.

Mais ils préférèrent le cimetière national d'Arlington.

DENTON WINSLOW CROCKER JR NEW YORK - 3 JUIN 1947 - 4 JUIN 1966

"Au fond de mon cœur je savais," s'est souvenue sa mère,

"que s'il était enterré près de chez nous,

j'aurais creusé le sol de mes doigts pour sentir à nouveau sa chaleur."

J'entends mes amis dire :

"Je suis troublé," et "Je suis perturbé,"

ou "Je suis frustré,"

et nous pouvons tous comprendre ces gens.

Parfois, j'attrape moi-même un ulcère à l'estomac

rien qu'en les écoutant.

Nous souhaitons tous que la guerre finisse.

Nous souhaitons tous que les soldats reviennent.

Il n'y a personne sur cette terre

qui ne souhaite que ces choses se produisent,

que le monde trouve la paix,

plus que votre Président des États-Unis.

L'armée annonça avoir tué plus de 57 000 soldats ennemis

les six premiers mois de 1966.

Mais secrètement, l'administration était préoccupée,

le "point de bascule" du général Westmoreland,

le moment où il y avait plus d'ennemis tués

qu'ils ne pouvaient en remplacer, ne semblait pas arriver.

Depuis le début, les chefs d'état-major demandaient au Président

d'être plus agressif,

de laisser les soldats poursuivre l'ennemi au Laos et au Cambodge,

d'allonger la liste des cibles des bombardements au Nord-Vietnam.

Johnson continuait d'interdire le franchissement des frontières

par les troupes régulières de crainte de pousser la Chine

et même l'Union soviétique en guerre.

Et il se méfiait d'intensifier les bombardements,

craignant de toucher davantage de civils.

Mais malgré son inquiétude,

le Président accepta alors d'élargir la campagne de bombardements

du nom d'opération Rolling Thunder.

Il donna son aval à des attaques sur des installations pétrolières

partout au Nord-Vietnam,

y compris des sites proches des villes

de Haiphong et Hanoï.

Ses commandants lui assurèrent

que ce serait un coup fatal porté à l'ennemi,

qui obligerait à coup sûr les Nord-Vietnamiens

à s'asseoir à la table de négociation.

Des dizaines de milliers de vols eurent lieu.

Beaucoup de bombes touchèrent leur cible.

Mais beaucoup la ratèrent

et tombèrent sur des quartiers d'habitation,

comme l'avait craint le Président.

Les choses se passent assez bien au sud, non ?

PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS

SECRÉTAIRE À LA DÉFENSE

Oui, je le pense.

Parce que nous les frappons fort,

mais cela me fait peur de voir ce que nous faisons,

avec je ne sais combien d'avions, d'hélicoptères

et d'armes, à pourchasser une bande de mendiants dépenaillés.

Voilà ce qui se passe au sud.

Et le plus grand danger,

c'est qu'ils peuvent continuer comme ça indéfiniment.

La seule chose qui pourrait l'éviter, M. le Président,

c'est que leur moral vacille.

Il est certain que les soldats au sud,

le Viet-cong et les Nord-Vietnamiens

savent qu'on bombarde au nord.

On se déchaîne.

Quand ils verront qu'on les tue en si grand nombre au sud,

qu'ils verront que le ravitaillement a moins de chance de descendre du nord,

je crois que ça affectera un peu plus encore leur moral.

Pour moi, c'est le seul moyen de gagner, parce qu'on n'en tue pas assez

pour que le Nord ne puisse plus continuer le combat.

Mais on en tue assez pour briser le moral des gens là-bas

s'ils pensent que c'est parti pour durer.

D'accord. Allez-y, Bob.

Les gens se faisaient tuer.

Leurs maisons étaient détruites.

Mon école a été évacuée à la campagne.

Nos vies étaient bouleversées.

J'avais 14 ans.

HANOÏ

Je n'avais pas peur.

J'étais en colère.

Parfois, des bombes explosaient dans des marchés et des écoles,

tuant beaucoup d'enfants.

Beaucoup de gens au nord ont été tués...

ARMÉE NORD-VIETNAMIENNE

...y compris dans ma famille.

Donc, le seul moyen d'avoir la paix et la sécurité à l'arrière

était de continuer le combat au front.

Les gens parlent de dégâts collatéraux,

mais c'est important.

On ne veut pas de dégâts collatéraux.

On veut faire les dégâts qu'on a choisis.

C'est la bonne manière de faire.

Même tout seul dans une cellule,

les autres y étaient seuls aussi, nous ne nous sentions pas seuls.

Nous étions ensemble dans une ancienne prison française

avec les États-Unis de l'autre côté du globe.

J'ai progressivement compris que ça pouvait durer longtemps.

Pour moi, longtemps, c'était un an, peut-être deux.

PRISONNIER DE GUERRE

Je n'aurais jamais pensé que ça durerait huit ans et demi.

L'été 1966,

le lieutenant Everett Alvarez,

premier pilote américain dont l'avion avait été abattu par le Nord-Vietnam,

était prisonnier depuis près de deux ans

et avait été rejoint à Hanoï et ses environs

par plus de 100 autres pilotes capturés.

Même si les Nord-Vietnamiens les considéraient tous comme

des agresseurs, des criminels et des pirates de l'air,

plutôt que comme des prisonniers de guerre méritant un traitement humain,

Alvarez et les autres étaient relativement bien traités au début.

Mais cela ne dura pas longtemps.

On interdit bientôt aux hommes de communiquer entre eux,

on les obligea à s'incliner devant leurs geôliers

et on leur disait que leur pays les avait abandonnés.

Ils étaient soumis à l'isolement, aux coups,

des heures et des heures de torture,

tout cela pour les pousser à admettre leur culpabilité

et enregistrer des déclarations dénonçant la guerre.

Quand la porte de la cellule s'ouvrait,

quand ils disaient : "À ton tour," vous voyez,

vos jambes se dérobaient,

vous saviez que vous ne reviendriez peut-être pas.

Les menottes, les cordes, les coups, ils cassaient nos os.

Ils faisaient tout.

Mes bras sont devenus noirs

à cause des menottes qui coupaient la circulation du sang.

Ils ne m'ont pas laissé mourir.

Ils ont juste gardé la douleur.

C'est là que j'ai compris que je n'étais pas un surhomme.

La première fois que j'ai cédé et que j'ai obéi, je me suis senti très mal.

Je me suis senti misérable.

Certains hommes, forcés à enregistrer des déclarations,

ont fait de leur mieux pour faire savoir leurs vraies opinions aux leurs.

Le commandant Jeremiah Denton cligna des yeux pour épeler

"torture" en morse.

Le 6 juillet, une semaine après que les premières bombes américaines

étaient tombées sur Hanoï et Haiphong,

les geôliers rassemblèrent Alvarez et 51 autres prisonniers

et, filmés par des caméras,

les firent défiler dans le centre-ville de Hanoï

devant les habitants en colère de la ville.

J'entendais la foule se faire exciter.

En passant devant le type avec le mégaphone,

il m'a regardé et a crié à la foule.

"Alvarez, fils de pute !"

Les gens ont commencé à pousser, à lancer des choses,

des bouteilles, des chaussures.

Les gardiens avaient du mal à repousser la foule.

Les Nord-Vietnamiens espéraient convaincre

la communauté internationale et juger les prisonniers pour crimes de guerre.

Cela se retourna contre eux.

Partout dans le monde, même les gens contre la guerre,

compatirent avec les hommes chancelants, vulnérables.

Le projet d'un procès public fut annulé.

Le bombardement continua

et d'autres avions américains étaient abattus.

Les Nord-Vietnamiens étaient fiers de capturer des pilotes américains.

Même les enfants devaient faire leur part.

- Mains en l'air ! - Mains en l'air !

Tu n'as pas prononcé correctement. Recommence.

Mains en l'air !

- Mains en l'air ! - Encore.

Mains en l'air !

Le bombardement des environs de Hanoï et Haiphong

qui avait provoqué l'emprisonnement de beaucoup des nôtres

pendant une longue période

était organisé au sous-sol de la Maison-Blanche,

le Président lui-même décidant des cibles,

qui on allait attaquer,

et quand on allait faire une pause.

Les forces aériennes étaient mal employées,

très mal.

L'opération Rolling Thunder détruisit

la plupart des installations de stockage de pétrole du Nord-Vietnam.

Mais les Nord-Vietnamiens

transvasèrent la plupart de leur pétrole dans des réservoirs enterrés,

et il en arrivait encore tous les jours

de Chine et d'Union soviétique.

Le bombardement fut intensifié malgré tout.

Partout au nord,

des abri antiaériens rudimentaires furent fabriqués

avec des tuyaux de béton enfouis à 1,5 mètre de la surface,

assez pour accueillir 18 millions de personnes,

quasiment toute la population.

On rapporta que plus d'un million de personnes travailla sans relâche

pour réparer ce que les bombes américaines avaient détruit.

Quand des ponts essentiels étaient détruits,

ils construisaient des ponts flottants dans la nuit

pour ne pas être bloqués.

Des groupes attendaient le long des routes avec des tas de graviers et de pierres,

des piles de bois pour remplir les cratères des bombes.

Ils travaillaient sous le mot d'ordre

"L'ennemi détruit, nous réparons.

L'ennemi détruit, nous réparons à nouveau."

Rolling Thunder fut la campagne la plus idiote jamais pensée.

L'idée la plus normale,

c'est de croire que l'ennemi pense comme vous.

Il y a une histoire célèbre...

CONSEILLER MILITAIRE

...apocryphe, selon laquelle McNamara

veut savoir ce que Hô Chi Minh pense, alors il s'interroge lui-même.

Le problème, c'est alors

qu'on tente d'envoyer des messages rationnels

d'après son propre jugement rationnel,

mais qui n'a rien à voir avec la définition de la rationalité

de l'autre camp.

Ce qui est irrationnel pour nous

est parfaitement rationnel pour l'autre

qui a décidé de réunifier le Vietnam,

peu importe le coût, peu importe le nombre de victimes.

Hanoï fit tout son possible pour rendre publics les dégâts

des bombes américaines sur les civils.

La plupart des Américains traitèrent les rapports de propagande communiste.

LES RAIDS AMÉRICAINS FRAPPENT DEUX VILLES, LE RAVITAILLEMENT EST PEU TOUCHÉ

Mais quand Harrison Salisbury du New York Times

alla au Nord-Vietnam et raconta le jour de Noël 1966

ce qu'il avait vu,

les doutes du public sur la moralité de la guerre grandirent.

Beaucoup de militaires à qui on avait parlé

partageaient nos inquiétudes sur la manière de mener la guerre

et se demandaient si on pouvait la gagner.

Mais quand il fallait donner une position officielle,

c'était ce qu'on connaît bien,

à savoir : "On peut gagner cette guerre si on la fait bien.

Il faut plus de soldats, plus de bombes."

Je me souviens d'une fois

après mon retour du Vietnam,

je suis passé voir McNamara.

Il a dit :

"En quoi notre programme de bombardement stratégique

affecte le cours de la guerre ?"

J'ai dit : "Ça ne nous sert à rien.

En fait, il est contre-productif."

Il a dit : "Que voulez-vous dire ?"

"M. le Secrétaire, l'approche par le rouleau compresseur ne marche pas.

Ces gens savent qu'à un moment,

on en aura marre de les tuer.

Ils pensent pouvoir tenir plus longtemps que nous."

Il a dit : "Pourquoi est-ce qu'on ne me dit pas ça ?"

J'ai répondu : "M. le Secrétaire, vous n'avez pas demandé."

Je crois que tous les pères et les fils ont des moments difficiles

au cours de leur vie ensemble.

Mon père et moi n'avons pas fait exception.

Ce que je trouve intéressant,

c'est qu'on n'a jamais eu les conditions pour parler du Vietnam.

C'était clairement une décision de mon père.

Craig McNamara, le fils du secrétaire à la Défense,

étudiait à la St. Paul's School à Concord, dans le New Hampshire,

où devait se tenir une conférence d'éducation populaire.

Je me souviens avoir appelé mon père d'une cabine et de dire...

FILS

..."Papa, on va faire cette expérience,

et s'il y a des documents

que tu peux présenter, dis-le-moi."

Les documents ne sont pas arrivés.

Je crois que mon père voulait vraiment par amour me préserver

de l'expérience du Vietnam, du mieux qu'il pouvait.

Ce n'est pas possible.

Les cadavres remontent à la surface, ça ne marche pas comme ça.

Il a peut-être compris à ce moment-là

que les documents explicatifs

étaient absents.

Aujourd'hui, je peux vous dire que les avancées militaires

des 12 derniers mois ont surpassé nos attentes.

Le Viet-cong n'a pas pu lancer l'offensive qu'il prévoyait

et qui devait couper le pays en deux en sa partie la plus étroite.

La pression par les armes que nos hommes leur ont infligée

les a empêchés de lancer cette offensive

et leur ont infligé de très lourdes pertes.

Quel que soit le critère choisi, nous sommes en meilleure posture

que nous pensions l'être aujourd'hui.

En arrivant, je pensais me lancer avec les vainqueurs.

L'Amérique ne perd pas. On ne perd jamais.

Je ne connaissais pas grand-chose à la guerre de 1812

qui était une sacrée défaite,

ou la guerre de Sécession où la moitié de l'Amérique avait perdu,

et la guerre de Corée qu'on a commencé par gagner

avant de la perdre.

Mais on m'avait appris que l'Amérique ne perdait jamais.

Les Marines avaient été les premiers soldats d'infanterie américains

à combattre au Vietnam.

Ils devaient combattre plus longtemps que leurs homologues de l'Armée de terre,

treize mois et non 12.

Les Marines Bill Ehrhart, John Musgrave et Roger Harris

étaient tous arrivés à Danang au début de l'année 1967.

UNITÉS DE MARINES - VIETNAM UNITÉ 7935

La première chose qui m'a assailli le nez, c'était les odeurs étrangères.

J'ai vu les gens se soulager sur le bas-côté de la route,

des animaux que je n'avais jamais vus,

les gros buffles d'eau.

C'était comme arriver sur Mars,

parce que tout m'était étranger.

Mais honnêtement, avec mes yeux de petit gars idiot du Missouri,

j'ai pensé : "Regarde-moi tous ces étrangers."

Et j'ai mis un bon moment à comprendre

que le seul étranger de la région, c'était moi.

On pensait qu'on allait sauver des gens,

que les communistes s'emparaient du pays,

et que les gens avaient besoin d'aide.

Puis en arrivant, on a compris

que c'était pas vraiment comme ça.

Beaucoup de Vietnamiens crachaient sur nos camions

et nous disaient de rentrer en Amérique.

Puis on s'est demandé : "Mais pourquoi on est là ?

Ces gens ne veulent pas de nous."

Roger Harris fut affecté à la compagnie G, 2e bataillon,

neuvième régiment de la 3e division de Marines à Phu Bai,

à proximité de Hue.

John Musgrave fut d'abord envoyé

dans la 1re division de Marines de la base aérienne de Danang.

Bill Ehrhart intégra le 1er régiment

de la 1re division de Marines à côté de la ville de Hoi An.

Le soldat Ehrhart eu un travail de bureau,

rassembler des bribes d'informations pour le résumé journalier du renseignement.

Trois jours après son arrivée à Hoi An,

un groupe de prisonniers civils fut amené dans le camp.

Deux Amtracs arrivent au portail de derrière.

Les Marines dessus les font sortir.

Ils ont les mains et les pieds liés, impossible d'amortir leur chute.

On entend clairement les os se casser, les épaules se disloquer.

J'attrape le caporal Sal,

qui dit de la voix la plus monotone et creuse que j'aie entendu :

"Ehrhart, tu ferais mieux de la fermer et d'ouvrir les yeux

jusqu'à ce que tu comprennes ce qui se passe ici.

Ces pisteurs tombent sur des mines

dans les sables tous les jours.

Nos gars se font tuer, mutiler.

Et ce gens, ils savent où sont les mines.

Si tu traites bien ces gens devant les pisteurs,

les pisteurs,

ils te ravaleront la façade et se barreront en riant."

À ce moment-là, depuis seulement trois jours au Vietnam,

je pense :

"Ouah. Mais c'est quoi, ce bordel ?"

Je crois que cela nuit à l'honneur et à l'autorité des États-Unis.

De plus, je crois que la guerre ne peut pas être gagnée militairement.

Je crois qu'on demande à des milliers de jeunes Américains

de mourir pour sauver la face de Lyndon Johnson.

Il doit savoir à présent que cette guerre ne peut être gagnée,

mais il ne sait pas abandonner.

Je crois donc que les jeunes gens sont, non seulement dans leur droit,

mais à applaudir quand ils dénoncent la situation,

en refusant de participer plus longtemps à une guerre aussi atroce.

Le Dr Benjamin Spock

était le pédiatre le plus aimé de son temps.

Des millions de parents américains avaient lu son livre à succès

sur comment soigner et éduquer son enfant.

Début 1967, il avait écrit la préface d'un article

dans la revue de gauche Ramparts

sur les dégâts du napalm américain sur les enfants du Sud-Vietnam.

Le Dr Martin Luther King Jr l'avait aussi lu.

Il était préoccupé par la guerre depuis des mois.

Mais il était réticent à critiquer ouvertement

Lyndon Johnson, qui avait tant fait pour les droits civiques.

Il ne pouvait plus se taire plus longtemps.

Je viens ce soir dans cette magnifique maison de Dieu...

4 AVRIL 1967

...parce que ma conscience ne me laisse pas d'autre choix.

Parfois, le silence devient trahison.

Ce temps est venu pour nous au sujet du Vietnam.

Onze jours plus tard, King rejoignit le Dr Spock

et peut-être un demi-million de manifestants

dans un énorme rassemblement à Central Park

organisé par une nouvelle coalition,

la Mobilisation nationale pour la fin de la guerre au Vietnam.

LA GUERRE EST POUR LES OISEAUX

RAMENEZ LES GI CHEZ NOUS MAINTENANT

C'était la plus grande foule qu'on avait jamais vue de toute notre vie.

ACTIVISTE ANTI-GUERRE

Et quand la tête de cortège est arrivée aux Nations unies,

la queue était encore à Central Park.

On était nombreux à ce point.

Les gens à cette manifestation n'étaient pas tous des étudiants.

Et au final, on a tous senti qu'on pouvait le faire.

LE NAPALM VOUS CONVERTIRAIT-IL À LA DÉMOCRATIE ?

On apercevait une voie vers la fin de la guerre.

LA GUERRE DU VIETNAM EMPÊCHE TOUTE PAIX

Arrêtons les bombardements.

ENFANTS AU VIETNAM 1 000 000 BLESSÉS - 250 000 MORTS

Sauvons l'honneur du pays.

Arrêtons les bombardements et arrêtons la guerre.

Sauvons des vies américaines et vietnamiennes.

Faisons un pas immédiatement vers les négociations de paix.

Arrêtons les bombardements.

Le mouvement anti-guerre prenait de l'ampleur

par son nombre et son militantisme.

"Cela ne nous intéresse plus de simplement protester contre la guerre,"

dit un des organisateurs. "Nous sommes là pour l'arrêter."

Dans l'administration Johnson, certains acquirent la certitude

que le mouvement anti-guerre était un complot communiste

dirigé depuis Moscou.

Le FBI et la CIA, limités par leurs statuts

au territoire des États-Unis,

commencèrent à infiltrer le mouvement, à mettre ses meneurs sur écoute,

et même à inciter à la violence pour nuire à leur attrait.

BRÛLEZ-VOUS VOUS-MÊMES PAS NOTRE DRAPEAU

À ce moment-là, ceux qui soutenaient la guerre

aimaient dire : "Avec mon pays, qu'il ait raison ou tort."

"L'Amérique, tu l'aimes ou tu la quittes."

Ou : "Mieux vaut mort que rouge."

MERCI AUX COCOS, AUX HOMOS, AUX LÂCHES ET AUX DÉSERTEURS

Ces idées nous semblaient insensées.

UN BON COMMUNISTE EST UN COMMUNISTE MORT

On ne veut pas vivre dans un pays

qu'il faut soutenir, qu'il ait raison ou tort.

On veut vivre dans un pays

qui fait ce qui est juste et n'agit pas mal.

Si notre pays ne fait pas ça, il faut le corriger.

On avait donc des idées très différentes sur le patriotisme.

HORS DU VIETNAM MAINTENANT !

On est entrés dans une époque avec deux groupes d'Américains,

qui pensaient tous deux agir en patriotes,

et qui se sont fait la guerre.

Plus de 200 000 sympathisants communistes

dans ce parc ont essayé de brûler ce drapeau ce matin,

mais ils n'ont pas réussi.

Si je puis dire, il y a un mythe affreux à l'étranger,

un mythe inventé par Hanoï et dans lequel il croit...

EX-VICE-PRÉSIDENT

...selon lequel les États-Unis sont tellement divisés

qu'il leur suffit d'attendre pour gagner à Washington

et remporter aux États-Unis la victoire

que nos combattants leur refusent sur le terrain.

Je le répète,

pour évaluer la stratégie ennemie, il me semble évident

qu'ils croient que notre talon d'Achille se trouve dans notre détermination.

Deux semaines après la manifestation de Manhattan,

le général Westmoreland s'adressa à une session conjointe du Congrès,

il fut le premier général à être rappelé du champ des opérations

par son Président.

Soutenus chez nous par la fermeté, la confiance, la patience,

la détermination et la constance des encouragements,

nous l'emporterons au Vietnam contre l'agresseur communiste.

Derrière le rideau,

ni Westmoreland, ni l'administration dont il faisait partie

n'étaient certains que les États-Unis l'emporteraient.

Westmoreland rapporta au Président

que selon les dernières statistiques,

le point de bascule avait en réalité été atteint au printemps,

à part dans le secteur militaire au sud de la zone démilitarisée.

Mais, avertit-il, les États-Unis ne faisaient pas beaucoup plus

que de garder leurs positions.

Avec 200 000 soldats supplémentaires

et l'autorisation d'aller au Laos et au Cambodge,

il pouvait couper la piste Hô Chi Minh

et mettre fin à la guerre en deux ans.

"Mais si on ajoute des divisions," demanda Johnson,

"l'ennemi ne peut-il pas en faire autant ?

Quand tout cela finit-il ?"

Westmoreland n'avait pas de réponse.

Lui et les chefs d'état-major demandèrent au Président

de les laisser bombarder des cibles sous la frontière chinoise

et de miner les ports du Nord-Vietnam

pour empêcher les alliés soviétiques de Hanoï de la ravitailler par la mer.

Pendant ce temps, Robert McNamara, l'architecte en chef

de la stratégie américaine au Vietnam

avait des doutes grandissants sur son succès final

et sur les appels répétés à plus d'hommes et de bombes

passés par les militaires qu'il supervisait.

Robert McNamara était le géant de Washington.

C'était l'incarnation de l'intellect et de la confiance en soi.

S'il y avait un problème, il devait y avoir une solution.

C'était cela son grand défaut.

Ce qui est surprenant,

c'est que cet homme qui ne semblait jamais douter de ce qu'il disait

commença à douter profondément

de ce qu'il faisait au Vietnam.

Mais nous ne le savions pas.

Dans une note de service privée au Président,

McNamara dit à Johnson :

"Le tableau de la plus grande des superpuissances mondiales

tuant ou blessant gravement 1 000 non-combattants par semaine,

en essayant de soumettre par la force une minuscule nation arriérée

pour un problème dont l'intérêt est ardemment discuté

n'est pas agréable à voir."

Il exhorta le Président à limiter la présence de soldats, non à l'augmenter,

et à déclarer l'arrêt inconditionnel de tous les bombardements

au nord du 20e parallèle.

"La guerre du Vietnam gagne une inertie

qui doit être contrée," écrivit McNamara.

"Une augmentation dramatique du déploiement de troupes américaines

et d'attaques sur le nord ne sont pas nécessaires

et ne sont pas la solution.

L'ennemi peut les absorber et les contrer,

nous embourbant plus encore

et risquant une escalade encore plus grave de la guerre."

Finalement, Johnson chercha un compromis.

Il allongea la liste des cibles de bombardements,

mais refusa de miner les ports

et n'accepta d'envoyer à Westmoreland

que 47 000 soldats supplémentaires,

portant le nombre total de troupes américaines dans le pays

à plus d'un demi-million d'hommes.

Le 17 juin 1967, Robert McNamara appela

son assistant militaire, le lieutenant-colonel Robert Gard.

Mon téléphone a sonné avec une petite lumière,

c'était le secrétaire qui appelait.

J'ai décroché et j'ai dit : "Oui, M. le Secrétaire ?"

M. McNamara a dit :

"Bob, je veux une étude approfondie sur les conditions

de notre engagement au Vietnam," et il a raccroché.

Leslie Gelb, 30 ans,

membre de l'équipe des Affaires de la sécurité internationale,

fut choisi pour superviser l'analyse top secrète

de la manière dont les décisions majeures avaient été prises,

depuis celles de l'administration Truman.

McNamara nous a donné libre accès à ses archives,

à son bureau, qui prenait une pièce,

avec tous ses documents personnels.

Je sortais les mémos, que j'avais aidé à rédiger, pour beaucoup.

Mais il y en avait d'autres que je n'avais jamais vus.

ENVISAGER DE METTRE UN TERME AUX BOMBARDEMENTS

Dans ces mémos, on voyait Robert McNamara...

LA PACIFICATION EST UNE GRANDE DÉCEPTION

...qui échangeait avec le Président, tout seul, et on voyait ses doutes.

AUCUN LIEU N'EST SÛR

Ça m'a soufflé.

LA SITUATION EST TRÈS TROUBLANTE

Je pensais qu'on faisait en grande partie une guérilla.

Je ne savais pas qu'on allait se battre contre des hommes comme nous,

que j'avais un sosie là-bas...

...qui dirigeait un peloton d'infanterie,

qui savait ce qu'il faisait,

qui était parfaitement entraîné à me tuer, comme moi de le tuer lui.

Ce juin-là, le lieutenant Matthew Harrison

reçut enfin son ordre d'incorporation dans la 173e aéroportée,

une unité d'élite prête à foncer où on avait besoin d'elle.

AÉROPORTÉE

Ils se surnommaient les pompiers du général Westmoreland.

L'arrivée de Harrison à Bien Hoa fut une sorte de retrouvailles.

Lui et sept autres anciens de la promotion 1966 de West Point

se retrouvèrent tous dans le 2e bataillon,

y compris deux amis très proches,

Donald Judd et Richard Hood.

Jeunes lieutenants de 22 ans,

on était très idéalistes, on était des scouts.

Je pensais vraiment être exceptionnellement qualifié

pour diriger des soldats américains,

et qu'il n'y avait rien de plus important

que ce que j'allais faire.

Mais en intégrant le 173e,

je crois que mon premier jour, un gars m'a montré

ce qui ressemblait à un tas d'abricots sur une lanière de cuir.

C'était en fait des oreilles, séchées, déshydratées.

Je comprenais la théorie de ce que c'était de faire la guerre.

Mais bien sûr, personne ne comprend vraiment

à moins de la faire.

Harrison était chef de peloton dans la compagnie Charlie.

Ses camarades de West Point allèrent dans la compagnie Alpha.

Au bout de quelques jours,

ils furent déposés en hélicoptère au cœur des Montagnes centrales

non loin de Dak To, où les troupes régulières nord-vietnamiennes

menaçaient un camp de forces spéciales.

Ils furent tous déposés sur des zones d'atterrissage

dégagées sur le flanc raide et couvertes par la jungle

d'une montagne que les Américains appelaient la colline 1 338,

d'après sa hauteur en mètres, avec pour ordre de traquer l'ennemi.

Ils marchèrent deux jours durant,

sur une piste ennemie fréquentée,

toujours à l'affût de pièges et d'embuscades.

Le soir du 21 juin,

la compagnie Charlie de Harrison dressa le camp pour la nuit

tandis que ses amis de la compagnie Alpha s'installaient

à un peu moins de trois kilomètres au sud,

sur le même sentier glissant dans la jungle.

Personne ne savait qu'un bataillon entier de Nord-Vietnamiens,

peut-être 500 hommes,

campaient de l'autre côté de la crête,

à quelques centaines de mètres.

À 6h58 le lendemain,

une patrouille de la compagnie Alpha tomba sur une escouade

de Nord-Vietnamiens.

Les Américains se replièrent

et eurent du mal à établir une ligne défensive.

En quelques minutes, ils furent sous le feu

incessant de Kalachnikovs automatiques.

Les ennemis menèrent attaque après attaque,

se rapprochant à chaque fois.

La compagnie Alpha demanda par radio un soutien aérien et d'artillerie,

mais la jungle à triple canopée empêcha l'observateur de se repérer.

Ici Alpha six.

Paragon six, terminé.

Nous sommes face à un très gros groupe

qui se déplace dans le sillon

à l'ouest de notre position à présent.

On a besoin d'une frappe aérienne.

Envoyez quelque chose sur la colline,

mais pas sur la ligne de crête, terminé.

Ici Paragon six.

Vous dites qu'un gros groupe se déplace à l'ouest de vous, terminé.

Il y a beaucoup de mouvement et de tirs sur notre gauche.

On a de vrais héros, et je suis sacrément fier d'eux.

Mais sachez que les autres ont tous des bérets noirs

et ont tous des Kalachnikovs,

et ils ont un paquet de munitions,

deux fois plus que moi.

On arrive dès que possible, terminé.

Merci.

Faites de votre mieux.

Vers midi, l'unité de Harrison reçut l'ordre

de sauver les hommes de la compagnie Alpha piégés.

C'était un terrain montagneux.

Nous portions deux corps

et un lourd équipement d'ingénierie.

On ne pouvait pas faire les deux cents mètres

jusqu'au plus fort des combats.

Le terrain était raide et glissant.

Les soldats du Nord-Vietnam,

à présent retranchés des deux côtés de la piste,

empêchèrent Matt Harrison et ses hommes de rejoindre la compagnie Alpha.

À la nuit tombée, les tirs se calmèrent,

ils creusèrent des trous à un sommet

et dormirent au mieux.

On était allongés, la nuit du 22 juin,

et on pouvait entendre les cris des blessés sur la colline

que les Nord-Vietnamiens trouvaient et abattaient.

À l'aube, l'ennemi s'était évanoui.

Harrison et son peloton descendirent la colline furtivement

et trouvèrent ce qui restait de la compagnie Alpha.

Sur 137 hommes,

soixante-seize étaient morts sur la piste.

Quarante-trois avaient été abattus dans la tête à bout portant.

Des oreilles avaient été coupées, des yeux arrachés,

des annulaires avaient disparu.

Il y avait aussi 23 blessés.

Harrison trouva ses camarades, Donald Judd et Richard Hood,

parmi les morts.

Ce fut mon introduction à la guerre.

Ce fut mon cadeau de bienvenue au Vietnam.

On a passé la journée à mettre les cadavres

dans des sacs et à les évacuer.

Se faire tuer, c'est définitif.

C'est quelque chose que j'avais appris dans la théorie

mais que je comprenais particulièrement clairement à présent,

en mettant mes deux camarades dans des sacs,

des gars avec qui j'avais été formé pendant quatre ans,

de bons amis avec qui, une semaine plus tôt,

on buvait de la bière en se taquinant.

Ils étaient morts à présent.

La compagnie Charlie ne trouva que neuf ou dix cadavres vietnamiens.

Harrison et ses hommes reçurent l'ordre de fouiller

les flancs de collines voisins pour trouver d'autres cadavres ennemis,

que les commandants pensaient que l'artillerie américaine avait tués.

Le MACV réclamait son décompte.

On n'a jamais pu les trouver, et je pense aujourd'hui

qu'on ne les a pas trouvés parce qu'ils n'étaient pas là.

Je crois qu'on a subi de terribles pertes le 22 juin.

Nos chefs n'étaient pas prêts

à admettre qu'une compagnie d'infanterie du 173e avait été éliminée

par les Nord-Vietnamiens.

On devait se mettre en valeur et vendre au public

l'idée qu'on avait infligé des pertes

aux Nord-Vietnamiens aussi lourdes qu'ils nous en avaient infligé.

UN CAPITAINE AMÉRICAIN RACONTE COMMENT 76 HOMMES SONT MORTS AU COMBAT

Un officier raconta à un journaliste que la compagnie d'infanterie détruite

avait tué 475 soldats ennemis.

Quand un autre officier suggéra au général Westmoreland

que le nombre semblait trop élevé pour être vrai,

il répliqua : "Trop tard. C'est déjà publié."

Quelques jours après la bataille,

Westmoreland est venu nous parler,

nous qui nous voyions comme sa brigade.

Il a sauté sur le capot d'une Jeep en treillis flambant neuf,

sentant le commandant de salon à des kilomètres,

et il nous a encouragés, il nous a dit combien il était fier,

et qu'on avait fait du boulot formidable.

Mais à ce moment, j'avais plus que l'impression

que c'était un conte de fées, que Westmoreland avait tort,

et je ne savais pas s'il savait qu'il avait tort

ou s'il croyait ce qu'on lui avait dit

et voulait y croire.

Mais c'est la première fois que j'ai compris

que le commandement

était soit à côté de la plaque, soit mentait.

Je me souviens d'une conversation très difficile

avec une fille qui avait été ma meilleure amie.

Nous nous étions mises à parler du Vietnam.

Je me souviens qu'elle m'a regardée et a dit :

"Mon père dit

qu'on ne peut pas écouter les gens

qui ont perdu quelqu'un à la guerre

parce qu'ils la soutiennent pour justifier sa mort."

C'était comme un coup dans l'estomac.

Mais j'ai su à ce moment qu'il y avait des camps qui se formaient,

et que ça n'allait pas être une partie de plaisir,

que les gens auraient des avis sur la mort de mon frère

qui n'avaient quelque part rien à voir avec sa mort pour moi.

Traduit par :Clement Nemirovsky

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