All language subtitles for The.Vietnam.War.S01E03.720p.BluRay.DTS.x264-NTb.fre

af Afrikaans
ak Akan
sq Albanian
am Amharic
ar Arabic
hy Armenian
az Azerbaijani
eu Basque
be Belarusian
bem Bemba
bn Bengali
bh Bihari
bs Bosnian
br Breton
bg Bulgarian
km Cambodian
ca Catalan
ceb Cebuano
chr Cherokee
ny Chichewa
zh-CN Chinese (Simplified)
zh-TW Chinese (Traditional)
co Corsican
hr Croatian
cs Czech
da Danish
nl Dutch
en English
eo Esperanto
et Estonian
ee Ewe
fo Faroese
tl Filipino
fi Finnish
fr French
fy Frisian
gaa Ga
gl Galician
ka Georgian
de German
el Greek
gn Guarani
gu Gujarati
ht Haitian Creole
ha Hausa
haw Hawaiian
iw Hebrew
hi Hindi
hmn Hmong
hu Hungarian
is Icelandic
ig Igbo
id Indonesian Download
ia Interlingua
ga Irish
it Italian
ja Japanese
jw Javanese
kn Kannada
kk Kazakh
rw Kinyarwanda
rn Kirundi
kg Kongo
ko Korean
kri Krio (Sierra Leone)
ku Kurdish
ckb Kurdish (Soranî)
ky Kyrgyz
lo Laothian
la Latin
lv Latvian
ln Lingala
lt Lithuanian
loz Lozi
lg Luganda
ach Luo
lb Luxembourgish
mk Macedonian
mg Malagasy
ms Malay
ml Malayalam
mt Maltese
mi Maori
mr Marathi
mfe Mauritian Creole
mo Moldavian
mn Mongolian
my Myanmar (Burmese)
sr-ME Montenegrin
ne Nepali
pcm Nigerian Pidgin
nso Northern Sotho
no Norwegian
nn Norwegian (Nynorsk)
oc Occitan
or Oriya
om Oromo
ps Pashto
fa Persian
pl Polish
pt-BR Portuguese (Brazil)
pt Portuguese (Portugal)
pa Punjabi
qu Quechua
ro Romanian
rm Romansh
nyn Runyakitara
ru Russian
sm Samoan
gd Scots Gaelic
sr Serbian
sh Serbo-Croatian
st Sesotho
tn Setswana
crs Seychellois Creole
sn Shona
sd Sindhi
si Sinhalese
sk Slovak
sl Slovenian
so Somali
es Spanish
es-419 Spanish (Latin American)
su Sundanese
sw Swahili
sv Swedish
tg Tajik
ta Tamil
tt Tatar
te Telugu
th Thai
ti Tigrinya
to Tonga
lua Tshiluba
tum Tumbuka
tr Turkish
tk Turkmen
tw Twi
ug Uighur
uk Ukrainian
ur Urdu
uz Uzbek
vi Vietnamese
cy Welsh
wo Wolof
xh Xhosa
yi Yiddish
yo Yoruba
zu Zulu

Original subtitles

MISE EN GARDE À L'INTENTION DES SPECTATEURS

CE FILM CONTIENT DES SCÈNES ET UN LANGAGE VIOLENTS.

En fait, je voulais qu'il porte le nom de son père,

Denton Winslow Crocker.

C'est le nom que nous avons choisi.

C'était un petit qui avait souvent la colique.

SARATOGA SPRINGS, NEW YORK

Alors, on le veillait jour et nuit.

Et mon mari était un papa merveilleux,

très aimant, très attentif.

Il le portait en faisant les cent pas.

Et un jour il a dit : "C'est un vrai petit moghol,

c'est lui qui dirige notre vie."

C'est de là que vient son surnom.

On l'appelait Mogie.

Mogie Crocker est né le 3 juin 1947, c'était l'aîné de quatre enfants.

Fils d'un professeur de biologie, Mogie grandit dans les villes universitaires.

Ithaca, Amherst et enfin Saratoga Springs,

où la famille s'installa en 1960, quand il avait 13 ans.

Ma mère nous lisait des livres à tous.

SARATOGA SPRINGS, NEW YORK

Mon frère était bien certainement

celui qui s'intéressait le plus à la lecture, plus que moi.

Il adorait les livres.

Mogie était un enfant un peu spécial.

Intelligent, d'esprit autonome et trop myope

pour bien faire dans les sports d'équipe,

il aimait les livres sur l'histoire américaine et les héros américains.

À 12 ans, il commença un journal où il consignait tout sur la guerre froide.

"Je déteste les Rouges !" écrivait-il

et il admirait surtout ceux qui acceptaient

de se sacrifier pour une cause.

L'appel de John F. Kennedy à tous les Américains

les enjoignant à faire ce que chacun pouvait pour son pays

reflétait des idées qui étaient les siennes depuis qu'il était tout jeune.

Un soir, alors que je faisais la lecture à Denton avant qu'il ne s'endorme,

j'ai choisi un passage de Henry V,

qui dit ceci : "Celui qui aujourd'hui versera son sang avec moi

sera mon frère.

Et les gentilshommes aujourd'hui dans leur lit en Angleterre,

regarderont comme une malédiction de ne pas s'être trouvés ici,

et feront bon marché de leur noblesse quand ils entendront parler

de ceux qui auront combattu avec nous au jour de la St-Crépin."

Je crois que c'est ce genre de chose

qui a poussé Denton à aimer les actes grands et héroïques.

Je n'ai pas pu dormir hier soir en pensant à tout ça.

PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE

Plus j'y pense, plus je me dis que j'ignore ce que...

J'ai l'impression qu'on refait la guerre de Corée.

Je suis terriblement inquiet.

Je ne vois pas comment on peut espérer sortir de là

une fois qu'on est impliqués.

Je ne crois pas que ça vaille la peine de se battre, ni qu'on puisse en sortir.

C'est le plus grand merdier que j'aie jamais vu.

Un sacré gâchis.

CONSEILLER À LA SÉCURITÉ NATIONALE

J'ai donné l'ordre à ces gamins d'y aller,

et pourquoi je leur donne l'ordre d'y aller ?

J'ai pensé à un truc...

Que vaut le Vietnam pour moi ?

Que vaut-il pour ce pays ?

Oui.

Et si on commence à poursuivre les communistes,

on se retrouve poursuivi jusque dans la cuisine.

Oui, c'est bien le problème.

C'est ce que la moitié de ce monde pensera

si ce bazar nous explose entre les doigts.

C'est facile de faire la guerre,

mais ce sera très difficile de s'en extirper après.

C'est très facile...

J'aimerais entendre l'avis de Walter et McNamara.

- Vous voulez un débat ? Très bien. - Oui.

À quelle heure est-il possible...

Une tragédie avait hissé Lyndon Johnson à la présidence en novembre 1963.

Il ne se sentirait pas vraiment responsable

avant d'avoir fait face aux électeurs l'année suivante.

Mais il nourrissait des ambitions pour son pays aussi grandes

que celles de son héros, Franklin Roosevelt.

Pendant ses années passées à la Maison-Blanche, il se battit

pour faire voter plus de 200 textes de loi.

Les droits civiques pour les Noirs en 1964, le droit de vote en 1965,

l'aide fédérale pour l'éducation, l'assurance-santé,

et toute une série de lois destinées à mettre fin à la pauvreté en Amérique

et à donner naissance à ce qu'il appela la Grande Société.

Dans les affaires étrangères, Johnson était moins sûr de lui.

"Les étrangers ne sont pas comme les gens que je connais,"

dit-il un jour.

Pour s'en occuper, il garda tous les conseillers de John Kennedy.

Dean Rusk au département d'État,

Robert McNamara à la Défense,

McGeorge Bundy, son conseiller à la sécurité nationale.

"J'ai besoin de vous," leur a-t-il dit, plus que son prédécesseur.

Johnson fit le serment en public

que "ce pays respecterait ses engagements

du Sud-Vietnam à Berlin-Ouest."

Mais en privé, le Vietnam le terrorisait.

"Ce sera l'enfer servi sur un plateau là-bas,"

lui dit son ambassadeur.

"Je veux que les Sud-Vietnamiens se bougent

et aillent dans la jungle

pour laminer ces communistes," dit le Président.

"Ensuite je veux qu'ils me fichent la paix,

parce que j'ai des choses importantes à faire ici."

Johnson s'était opposé au coup d'État qui avait renversé

et assassiné le président vietnamien Ngo Dinh Diem,

craignant qu'il n'ait pour effet d'empirer encore la situation.

Et ce fut le cas.

Le Front National de Libération, le Viet-cong,

procédait à des attaques coordonnées dans toute la campagne vietnamienne,

pas moins de 400 en l'espace de deux semaines.

Quand Diem fut renversé, on était si excités,

on croyait qu'on avait presque libéré le pays.

On s'est mis à attaquer l'ennemi nuit et jour.

De plus en plus de soldats fantoches se rendaient ou rejoignaient nos rangs.

De plus en plus de jeunes gens se ralliaient à nos forces armées.

Environ 40 % des campagnes sud-vietnamiennes,

et plus de 50 % de la population,

étaient aux mains du Viet-cong.

Et les généraux vietnamiens qui avaient renversé Ngo Dinh Diem

n'étaient pas d'accord entre eux.

L'assassinat de Ngo Dinh Diem...

FORCES SPÉCIALES

...a déclenché une série de coups d'État.

Les gouvernements successifs étaient plus inefficaces les uns que les autres.

En janvier 1964, encouragé par les États-Unis,

le général Nguyen Khanh mit sur pied un nouveau coup d'État.

En mars, Johnson envoya McNamara au Vietnam avec ces instructions :

montrer au peuple que Khanh avait notre soutien.

Johnson dit : "Qu'il sorte parler aux gens,

en compagnie de McNamara,

pour que le peuple voie que les États-Unis...

ARMÉE

...le soutiennent."

Nous apportons notre soutien au Sud-Vietnam.

C'était naturel pour les Américains de soutenir l'homme en place.

Donc il est allé avec le général Khanh...

DIPLOMATE SUD-VIETNAMIEN

...faire une sorte de voyage à travers les campagnes.

Quand Khanh a fait un discours long, laborieux, ennuyeux, se terminant sur...

"Vietnam pour mille ans."

McNamara s'est penché vers le micro et a dit...

Quand il l'a prononcé, le sens était différent en vietnamien.

Ce qu'il a dit, c'est quelque chose comme : "Le petit canard veut se coucher."

Il ignorait qu'il y avait une différence d'accentuation.

Et McNamara a pris le poing de Khanh et a levé les bras.

Et la foule était pliée de rire sur les pavés.

"Finis les coups d'État," dit le Président Johnson à ses conseillers.

Mais Khanh n'avait pas non plus le soutien du peuple,

et les autres généraux continuaient à briguer le pouvoir.

Washington fit la sourde oreille aux appels des bouddhistes

qui espéraient avoir un gouvernement vraiment représentatif

lorsque Diem fut renversé.

Entre janvier 1964 et juin 1965,

huit gouvernements se succéderaient.

Leurs dirigeants étaient tous si proches des Américains

qu'ils étaient considérés comme des pantins.

Un conseiller de Johnson, fatigué, dit que le symbole national du Sud-Vietnam

devrait être un tourniquet.

Ces étudiants qui manifestent représentent parfaitement

l'anarchie qui s'est emparée de Saïgon ces derniers temps.

Ce genre de soutien politique

a des conséquences désastreuses dans les campagnes,

car, tant qu'un gouvernement fort ne dirige pas le pays ici à Saïgon,

la guerre contre les communistes continuera de battre de l'aile.

C'est très difficile de parler de l'oncle Hô.

J'étais proche de lui.

Un jour, un supérieur lui a demandé,

"Oncle, comment se fait-il que vous portiez des sandales

et des vêtements kaki aussi modestes ?"

Et Hô lui a demandé : "Si ton peuple va pieds nus,

que fais-tu ?

ARMÉE NORD-VIETNAMIENNE

Qui est supérieur à qui ?"

Hô Chi Minh était encore très aimé dans le Nord-Vietnam,

il s'inquiétait de la fragilité de son pays,

se rendait compte que s'il y avait escalade du conflit dans le sud,

les Américains risquaient d'intervenir de façon plus active.

Mais Hô partageait le pouvoir avec des dirigeants plus jeunes, plus impatients.

Il y avait eu des bouleversements dans le Nord-Vietnam aussi,

comme à Saïgon et à Washington,

même si les Américains n'en savaient quasiment rien.

Il y avait deux factions dans le nord.

Bien qu'elles fussent d'accord pour libérer le sud...

NORD-VIETNAM

...elles discutaient encore quant à l'usage de la violence.

À la neuvième Assemblée plénière du Parti, ouverte à Hanoï

le 22 novembre 1963,

le jour où le Président Kennedy fut assassiné à Dallas,

le Politburo avait discuté de la conduite à tenir quant à la guerre.

L'Union soviétique et la Chine, les deux mécènes communistes du Nord-Vietnam,

leur donnaient des conseils contradictoires.

On les appelait les deux grands frères.

L'URSS avait une nouvelle politique

qui consistait à apaiser la guerre froide,

alors que la Chine prônait la révolution mondiale...

ARMÉE NORD-VIETNAMIENNE

...par la violence.

À l'issue de deux semaines de discussions parfois âpres,

Hô Chi Minh, qui était en faveur de la stratégie soviétique,

fut dépassé par le Premier Secrétaire du Parti Le Duan,

qui, lui, était du côté des Chinois.

Alors, quand ils ont voté,

Hô s'est excusé et a quitté la pièce.

Après cela,

Hô Chi Minh a vu

son pouvoir diminuer.

Désormais, celui qui avait tous pouvoirs

et qui contrôlait la guerre,

c'était Le Duan.

Avec le départ de Diem et la déroute du gouvernement de Saïgon,

Le Duan pensait qu'il fallait faire vite en 1964.

Il proposa un plan en deux phases pour remporter la victoire au Sud-Vietnam.

La première phase détruirait les forces de l'ARVN

grâce à de grandes batailles décisives.

La seconde, une attaque dirigée contre les villes, qui, croyait Le Duan,

causerait des révoltes populaires.

Les chefs du Parti et tous ceux suspectés de s'être opposés au plan

furent dénoncés comme "révisionnistes",

rétrogradés, renvoyés et emprisonnés.

Des centaines d'hommes furent envoyés dans des camps de rééducation.

"L'oncle Hô hésite," dit Le Duan, "mais je n'ai qu'un seul but,

la victoire finale."

Le secrétaire McNamara sur la ligne 0.

- Bob ? - Oui, M. le Président ?

PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS

- Désolé de vous déranger, mais... - Pas de problème.

SECRÉTAIRE À LA DÉFENSE

Dites-moi, avons-nous quelqu'un qui ait l'esprit militaire

et pourrait nous trouver une stratégie qui permettrait de gagner cette guerre ?

Trouvez-moi quelque chose, mon ami,

sinon je vais avoir une crise cardiaque.

Il nous faut quelqu'un sur place qui nous dote d'une meilleure stratégie,

car on n'en a pas changé depuis 1954.

Ça ne marche pas. On est en train de perdre la guerre.

C'est bien pour cela que je veux y retourner.

Leur mettre un coup au derrière nous aiderait à présent.

Oui.

J'ai besoin de quelqu'un qui mettrait au point une tactique

susceptible de coincer ces types et de leur mettre la pâtée.

En tuer quelques-uns.

C'est ce que je veux faire.

Je tâche de trouver quelque chose qui permette d'y arriver.

D'accord, Bob.

Merci.

Quand ses conseillers le pressèrent de le faire,

Johnson augmenta le nombre de militaires américains

de 16 000 à plus de 23 000...

23 300 AMÉRICAINS

...à la fin de l'année.

Mais il voulait sa propre équipe à Saïgon.

Il remplaça Henry Cabot Lodge,

fit du général Maxwell Taylor son ambassadeur

et choisit le général William Westmoreland, âgé de 49 ans,

commandant décoré qui avait fait la Deuxième Guerre mondiale et la Corée,

pour diriger l'effort militaire américain.

Le Président espérait forcer Hanoï à ne plus apporter son soutien

à la guérilla dans le sud

en augmentant peu à peu la pression militaire.

Il autorisa les pilotes américains à bombarder les troupes nord-vietnamiennes

et ses installations au Laos, le pays voisin.

LAOS - NORD-VIETNAM - GOLFE DU TONKIN

Et il ordonna à l'armée américaine de superviser le pilonnage sud-vietnamien

des îles du Nord-Vietnam ainsi que les attaques dans les bases côtières.

Tout cela devait être mené en secret.

Les Américains ne devaient rien savoir.

C'était l'année des élections.

Pendant ce temps, les chefs d'état-major avaient la forte impression

que les États-Unis faisaient le jeu de l'ennemi

et demandèrent des mesures plus sévères, plus décisives,

des frappes aériennes sur des cibles sensibles au Nord-Vietnam

et le déploiement de forces américaines au Sud-Vietnam,

sur le sol.

Johnson refusa, craignant que des mesures si agressives

n'inciteraient la Chine à se mêler du conflit,

comme elle l'avait fait pour la Corée en 1950.

Ils disent "Allez-y ou sortez."

PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS

- Oui. - Je leur ai dit...

CONSEILLER À LA SÉCURITÉ NATIONALE

...que le Congrès n'était pas avec nous,

que les mères refusaient de nous suivre,

que je devais gagner une élection,

et qu'ensuite on prendrait une décision.

Les sondages lui donnaient un avantage conséquent sur son adversaire républicain,

le sénateur Barry F. Goldwater d'Arizona,

qui critiquait sans ambages ce qu'il appelait

la faiblesse du gouvernement face à l'agression communiste.

Pourquoi ne règle-t-il pas le problème du Vietnam ?

Espère-t-il pouvoir attendre jusqu'à l'élection

pour informer le peuple américain de...

Tous ces communistes envahissaient l'Asie du Sud-Est,

et Johnson ne faisait rien pour les en empêcher.

Mon adversaire vous cache ce qu'il compte faire pour la guerre froide.

Je me suis installé à l'arrière d'un camion à plateau à Perkasie...

PERKASIE, PENNSYLVANIE

...avec quelques camarades de classe, et on a chanté des refrains de campagne

de Barry Goldwater parce que Lyndon Johnson manquait de poigne

envers ces communistes.

Johnson sentait qu'il n'avait pas l'influence politique nécessaire

pour s'impliquer davantage au Vietnam,

mais il demanda à son conseiller, William Bundy, de rédiger une résolution

l'autorisant à faire usage de la force si nécessaire,

qu'ils soumettraient au Congrès quand le moment serait venu.

NORD-VIETNAM - GOLFE DU TONKIN

Le 30 juillet 1964, l'armée américaine envoya des bateaux sud-vietnamiens

pilonner deux îles nord-vietnamiennes dans le golfe du Tonkin.

La minuscule Marine nord-vietnamienne fut en état d'alerte.

Ce qui suivit fut l'un des incidents les plus controversés

et les plus déterminants de l'histoire américaine.

Le 2 août, dans l'après-midi, le contre-torpilleur USS Maddox

traversait lentement les eaux internationales dans le golfe

pour une mission de renseignement,

afin de soutenir des actions ultérieures contre le nord.

Le commandant d'un escadron de torpilleurs nord-vietnamien

entreprit d'attaquer le Maddox.

Les Américains ouvrirent le feu et ratèrent leur cible.

Les torpilles nord-vietnamiennes ratèrent aussi leur cible.

Mais des avions américains touchèrent deux des bateaux nord-vietnamiens

et en laissèrent un détruit dans l'eau.

Hô Chi Minh fut choqué d'apprendre que sa flotte avait été attaquée

et voulut savoir qui en avait donné l'ordre.

L'officier de service fut réprimandé officiellement pour son impulsivité.

Personne ne saura jamais qui a donné l'ordre d'attaquer.

Même à l'heure actuelle, les Vietnamiens ne sont pas d'accord.

Mais certains pensent que c'était Le Duan.

Celui qui avait pris cette décision

ne pouvait être que le Premier Secrétaire, Le Duan.

En 1964, Le Duan

voulait passer au niveau supérieur

NORD-VIETNAM

dans cette guerre.

Pourquoi un chef intelligent et calculateur

ARMÉE NORD-VIETNAMIENNE

comme Le Duan agirait-il ainsi ?

Nous tenions les campagnes.

Et si les Américains n'étaient pas intervenus directement,

avec d'imposantes forces militaires,

dès 1965, sans doute

le régime sud-vietnamien se serait-il effondré.

À Washington,

les chefs d'état-major réclamèrent une riposte immédiate contre le Nord-Vietnam.

Le Président refusa.

Au lieu de cela, la Maison-Blanche avertit que

"d'autres attaques non légitimes" seraient suivies

de "conséquences graves",

même si Johnson savait que cette attaque avait été provoquée

par les attaques sud-vietnamiennes des îles du Nord-Vietnam.

On jouait avec le feu des deux côtés.

4 AOÛT 1964

Le 4 août, des opérateurs radio américains

traduisirent mal des échanges radio nord-vietnamiens

et conclurent qu'une nouvelle opération militaire était imminente.

En réalité, Hanoï avait seulement dit aux commandants de torpilleurs

de se tenir prêts pour une nouvelle attaque des Sud-Vietnamiens.

Le Maddox et un autre contre-torpilleur, le Turner Joy,

se préparèrent à une nouvelle attaque.

La Maison-Blanche également.

Allez-y, Mac.

9h43 HAE

Quant à moi, je vous recommande...

SECRÉTAIRE À LA DÉFENSE

...après cette seconde attaque,

de riposter contre la côte nord-vietnamienne,

d'une façon ou d'une autre...

En prenant mon petit-déjeuner, je me suis dit...

PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS

...que quand ils s'en prennent à nous et nous tirent dessus,

nous devrions leur tirer dessus,

mais aussi faire ce que vous avez déjà fait

et attaquer leurs ponts ou autre.

Exactement. Je suis d'accord avec vous, M. le Président.

Mais il faudrait avoir déjà choisi notre cible

et faire trois frappes très rapides.

Il n'y avait pas eu de seconde attaque,

mais à l'époque, les opérateurs de sonar américains, inquiets,

sur le Maddox et le Turner Joy étaient convaincus qu'il y en avait eu une.

On avait dit à Johnson que l'attaque était probable, mais non avérée,

et comme elle s'était sans doute produite,

le Président décida qu'on ne pouvait pas la laisser sans réponse.

Ils ont semé la terreur parmi les paisibles villageois du Sud-Vietnam,

et maintenant, ils ont attaqué ouvertement, en haute mer,

les États-Unis d'Amérique.

Pourtant notre réponse sera limitée, appropriée, pour l'instant.

Nous, Américains, connaissons, même si d'autres semblent l'oublier,

le risque qu'il y a à répandre un conflit.

Nous ne désirons pas une guerre plus large.

Si cela devait se produire, et que nous devions

prendre nos responsabilités,

nous étions bien entraînés pour le faire...

PILOTE DANS LA MARINE

...je ne me suis jamais posé de questions.

C'était mon devoir.

Le lieutenant Everett Alvarez de Salinas, Californie,

se trouvait à bord du porte-avions américain Constellation.

Son escadron d'avions Skyhawk A-4

reçut l'ordre d'attaquer des installations de torpilleurs

et des installations pétrolières près du port de Hon Gai.

Pour la 1re fois, des pilotes américains allaient bombarder le Nord-Vietnam.

Quand on s'est approchés de la cible et qu'on perdait de l'altitude,

il était évident qu'ils nous avaient repérés sur leur radar.

Je me souviens que mon genou tremblait.

Je me disais : "Doux Jésus, ça y est, je fais la guerre.

C'est la guerre."

J'avais un peu peur.

Une fois à leur portée, et qu'ils se sont mis à tirer sur nous,

je n'ai plus eu peur.

Il régnait une sorte de fluidité et un silence de mort dans le cockpit.

C'était comme une symphonie,

mon avion effectuait un ballet en plein ciel,

et je me contentais de faire ce que je devais faire.

Puis j'ai été touché.

Mayday.

La milice côtière captura Alvarez

et le livra à l'armée nord-vietnamienne.

Un type me hurlait dessus en vietnamien, me disant quelque chose.

Je lui ai répondu en espagnol.

Ne me demandez pas pourquoi.

C'était plutôt une bonne idée à l'époque.

Après, quand ils ont lu États-Unis sur ma carte d'identité...

FORCES ARMÉES AMÉRICAINES SERVICE ACTIF DE LA MARINE

...ils m'ont parlé en anglais.

Alvarez présuma qu'il serait traité comme un prisonnier de guerre.

Je me conformais au code de conduite,

qui consiste à donner nom, rang, matricule et date de naissance.

Mais ils m'ont vite rappelé que la guerre n'avait pas été déclarée,

que le pays n'était pas en guerre.

Je ne pouvais donc pas être considéré comme un prisonnier de guerre.

Je me rappelle m'être dit : "Ils ont raison."

Everett Alvarez fut le premier aviateur américain

à être touché en survolant le Nord-Vietnam,

donc le premier à y être emprisonné.

C'est alors que le Président envoya au Congrès la résolution

qu'il avait demandé à son conseiller Bundy de rédiger deux mois plus tôt.

Johnson est déjà en position pour agir de toute façon,

et c'est l'incident dont il a besoin

pour se rendre au Congrès et demander une résolution

qui lui permette de régler ce qu'il considère

comme une agression.

Et il obtient la Résolution du golfe du Tonkin,

qui est, selon ses mots, comme une chemise de grand-mère, car elle couvre tout.

CONSEILLER MILITAIRE

Ce que Johnson cherche, c'est le prétexte,

le bon moment, pour envoyer un message au Nord-Vietnam

confirmant que nous apportons notre soutien au Sud-Vietnam.

Le message est envoyé,

et à mon avis, ils se sont trompés sur les intentions de l'ennemi,

ces derniers sont aussi sérieux que nous.

Le 7 août 1964, à 88 contre 2,

le Sénat vota une loi qu'on appela la Résolution du golfe du Tonkin.

À la Chambre des représentants, elle fut votée à l'unanimité.

Le sénateur Goldwater ne pouvait plus prétendre

que Johnson ne répondait pas aux attaques du Nord-Vietnam,

et les électeurs qui craignaient que les États-Unis

s'impliquent trop profondément dans le conflit

admirèrent la réponse mesurée du Président.

En 24 heures, le pourcentage de gens qui approuvèrent la façon dont Johnson

menait la guerre passa de 42 à 72 %.

Le public américain croyait son Président.

LBJ POUR LES ÉTATS-UNIS

Contrairement à Le Duan et ses camarades à Hanoï.

Ils ne prêtèrent pas foi aux allégations du Président

qui disait ne pas vouloir élargir la guerre.

Ils décidèrent d'intensifier leurs efforts pour remporter la lutte dans le sud

avant que les États-Unis n'intensifient leur présence

en envoyant des troupes de combat.

Pour la première fois,

Hanoï envoya des soldats de l'armée nord-vietnamienne dans le sud

par le réseau de sentiers taillés à la main dans la jungle du Laos,

la piste Hô Chi Minh.

Ici la base aérienne de Bien Hoa,

la plus grande du Sud-Vietnam,

quelques heures après une série de tirs de mortier des communistes.

Le 1er novembre,

des guérilleros vietcong bombardèrent la base aérienne de Bien Hoa près de Saïgon.

Cinq Américains furent tués.

Trente furent blessés.

Cinq bombardiers B-57 furent détruits au sol

et 15 autres subirent des dégâts.

M. l'Ambassadeur,

pensez-vous que ceci révèle un potentiel accru du Viet-cong ?

AMBASSADEUR AMÉRICAIN

Je dirais qu'ils ne l'ont jamais fait auparavant.

Les chefs d'état-major conseillèrent au Président

de lancer sur-le-champ une attaque aérienne sur 94 cibles dans le nord

et d'envoyer également l'armée et des unités de Marines

et non d'autres conseillers, au Sud-Vietnam.

Il ne le ferait pas.

L'élection aurait lieu dans deux jours.

Lyndon Baines Johnson devint Président en gagnant les élections

et il les remporta haut la main.

Moins d'un mois après, le Président approuverait

ce que l'on appela "une riposte graduée",

des frappes limitées sur la piste Hô Chi Minh au Laos

et des attaques de représailles sur des cibles nord-vietnamiennes.

Mais il refusa de bombarder le nord massivement

tant que les Sud-Vietnamiens n'avaient pas mis de l'ordre chez eux.

En privé, Johnson doutait que les attaques aériennes suffisent

et savait qu'il devrait en fin de compte envoyer des troupes au sol,

même s'il hésitait à le dire en public.

À l'automne 1964, Denton avait 17 ans

et il était déterminé à s'engager.

Mogie Crocker ne tenait plus en place depuis cet été.

Après l'incident du golfe du Tonkin,

il avait confié à sa sœur qu'il désirait s'engager dans la Marine,

mais il savait que ses parents refuseraient de donner leur consentement,

nécessaire pour qu'un jeune garçon de 17 ans puisse s'engager dans l'armée.

LE PLUS GRAND DE TOUS LES ANGLAIS

Il disait qu'il voulait s'engager

mais qu'il n'avait pas réussi à le faire en tant que mineur.

Et il voulait que mes parents lui apportent leur soutien.

Ses parents essayèrent de le convaincre

qu'il serait plus utile à son pays

avec un diplôme universitaire que comme simple soldat.

Mogie était inflexible.

Le lundi matin, il est parti à l'école.

Et je l'ai regardé partir.

Mais il n'est pas rentré dîner

et il n'avait pas appelé.

Le jour où mon frère a fugué

fut l'une des expériences les plus bizarres de ma vie.

J'ai fini par regarder ma tirelire,

il avait pris l'argent et m'avait laissé un mot.

Il promettait de me rembourser.

Il était parti depuis environ quatre mois

et disait qu'il ne rentrerait pas tant que nous ne signerions pas.

Et il n'aurait pas 18 ans avant juin.

Mais on a accepté, et il est rentré à la maison.

Mon mari disait qu'il avait donné son accord, donc qu'il le respecterait.

J'espérais réussir à le faire changer d'avis.

ENTREZ DANS LA MARINE POUR VOYAGER

Pour moi, les Marines étaient le meilleur corps d'armée.

Et c'est le cas.

Ce sont les meilleurs.

Je voulais faire partie des meilleurs.

CONSEILLER CHEZ LES MARINES

J'étais pugnace. J'avais l'esprit de compétition.

Mais je voulais entrer chez les Marines et faire la 1re guerre qui se présentait.

Le lieutenant Philip Brady, de Port Washington, New York,

arriva à Saïgon quelques jours après l'élection de Lyndon Johnson,

il faisait partie des conseillers envoyés pour soutenir

l'armée sud-vietnamienne.

Il faut s'assurer que les femmes et les enfants ne soient pas blessés.

Le général Westmoreland lui-même accueillit les nouveaux venus.

C'était un homme imposant aux états de service impressionnants.

La plupart des hommes qu'il avait dirigés en Tunisie, en Sicile et en Normandie

pendant la 2e Guerre mondiale l'appelaient Superman.

Il s'était distingué au combat en Corée,

avait commandé la 101e division aéroportée,

avait été directeur de West Point.

Time magazine l'avait appelé

"l'incarnation musclée du combattant américain."

Mais en même temps, conquérir le cœur et l'esprit des gens.

Le général Westmoreland nous a dit que nous étions sur le point

d'y arriver et qu'il nous restait quelques efforts à faire

pour marquer un touch-down.

Puis je suis sorti et je suis allé sur place.

C'est là que j'ai compris. "Vous ne vous rendez pas compte ?

On est en train de perdre cette guerre."

Le lieutenant Brady avait pour tâche d'aider le capitaine Frank Eller,

conseiller en chef du 4e bataillon du Corps des Marines vietnamiens,

une équipe d'élite dont les membres s'appelaient "les Requins Tueurs".

On vous disait que vous alliez là-bas pour guider,

éduquer et aider ces braves petits gars

à s'améliorer dans leur manière de faire la guerre.

Alors qu'en fait, ils savaient très bien la faire.

Vous n'étiez qu'un appendice.

Vous n'étiez là que pour leur enseigner à utiliser ce qu'ils n'avaient pas,

l'artillerie américaine, les frappes aériennes américaines.

Brady s'appliqua à connaître les Marines sud-vietnamiens de son unité.

Phil Brady est venu en tant qu'assistant du conseiller en chef.

Je lui ai dit : "Vous n'êtes pas mon conseiller, mais mon aide."

Et aussi : "Vous êtes trop grand et fort.

Restez loin de moi.

Parce que si vous vous approchez,

un sniper vietcong va vous tirer dessus...

MARINES SUD-VIETNAMIENS

...il vous ratera

mais il me touchera."

Le lieutenant Tran Ngoc Toan, fils de camionneur,

avait voulu fuir une méchante belle-mère

en intégrant l'académie militaire sud-vietnamienne à Da Lat.

Il combattait le Viet-cong depuis plus de deux ans.

Toan était l'un des jeunes officiers.

C'était un commandant de compagnie.

Je le connaissais, je l'appréciais.

Il était diplômé de Da Lat, l'équivalent de West Point là-bas.

Particulièrement dévoué.

Plus tard, on a compris qu'on avait beaucoup en commun,

on est de la même génération.

Brady, Toan et le 4e bataillon de Marines sud-vietnamiens

étaient postés près de la base aérienne de Bien Hoa, de réserve,

attendant qu'on leur dise d'agir.

Des rumeurs circulaient à présent,

disant que des unités ennemies plus grandes se déplaçaient dans la campagne.

Le Duan mettait en œuvre son projet de remporter une victoire rapide et décisive.

Mon frère cadet s'appelait Nguyen Thanh Hoang.

Il était éclaireur.

Il a été tué.

Si vous entrez dans le cimetière, sa tombe est sur votre gauche.

C'est la 6e tombe de la 6e rangée.

Nous nous rendons sur sa tombe une fois par an pour nous souvenir.

J'aimerais dire encore une chose.

Mon frère avait une fiancée.

Il l'avait amenée à la maison pour qu'elle rencontre ma mère.

Ma mère était très heureuse de l'avoir comme belle-fille.

Quand mon frère a été tué,

elle a refusé d'épouser un autre homme

et elle s'est suicidée.

Nguyen Van Tong était officier politique

dans la 9e division vietcong nouvellement créée.

Il faisait partie des 2 000 soldats vietcong et nord-vietnamiens

qui avaient discrètement infiltré Phuoc Tuy,

une province soi-disant pacifiée à moins de 60 km au sud de Saïgon.

Voilà ce que je croyais : dans une guerre,

si vous ne pouvez pas détruire les forces ennemies,

la colonne vertébrale de l'ennemi,

vous ne pouvez pas gagner.

Si on ne détruisait pas ces forces,

la guerre ne s'arrêterait jamais.

La cible pour Tong et ses camarades était le hameau stratégique de Binh Gia,

où se trouvaient 6 000 réfugiés catholiques anticommunistes.

Leur plan était de s'emparer du hameau,

puis de terrasser les forces que Saïgon enverrait à coup sûr pour le reprendre.

Pour s'assurer du succès,

ils avaient passé en contrebande sur la côte des tonnes d'armes lourdes,

sous couvert de la nuit,

des mortiers, des mitrailleuses, des fusils capables de faire sauter des tanks.

Les communistes n'avaient jamais rien tenté de cette ampleur.

Le 28 décembre, avant l'aube,

les unités mobiles vietcong vainquirent facilement la milice du village

et occupèrent Binh Gia.

Quand deux compagnies sud-vietnamiennes de rangers d'élite

furent héliportées le lendemain,

ils tombèrent dans une embuscade et furent abattus.

Le 30 au matin,

Philip Brady, son ami Tran Ngoc Toan

et le 4e bataillon de Marines furent transportés en avion pour soutenir

et soulager les rangers.

L'ennemi se retira à l'est du village.

Vers 17 h, un hélicoptère survolait notre position,

juste au-dessus du poste de commandement du régiment.

Le commandant du régiment a demandé : "Pouvez-vous l'abattre ?"

On a dit : "Oui."

Et une minute plus tard,

l'hélicoptère était touché et a pris feu.

Soudain, on a pu voir

les balles traçantes sortir de la plantation

et toucher l'hélicoptère qui s'est écrasé.

On nous a donné l'ordre d'aller récupérer les corps le lendemain matin.

Je suis allé à l'endroit où l'hélicoptère s'était écrasé

et j'ai vu quatre Américains, morts.

À l'époque, je ne me rendais pas compte

à quel point la vie des conseillers américains était précieuse.

L'officier commandant de Saïgon

MARINES SUD-VIETNAMIENS

a dit au bataillon :

il faut aller chercher le corps des quatre soldats américains.

Ils ont envoyé tout un bataillon récupérer quatre conseillers américains.

La compagnie qui était en tête est allée jusqu'aux dépouilles,

ils se sont fait attaquer et ont été mis en pièces.

Douze Marines sud-vietnamiens de l'unité de Toan furent tués

en se rendant à l'hélicoptère abattu.

Leurs camarades les enveloppèrent de ponchos

et les allongèrent à côté des Américains morts.

Un hélicoptère américain se posa dans la clairière.

L'équipage américain en sortit, sous les tirs,

ramassa les quatre Américains

et remonta dans l'hélicoptère qui repartit.

Et on leur a dit : "Essayez de nous récupérer aussi."

Mais ils ont refusé de le faire.

Pendant trois heures,

Toan et ses hommes restèrent près de leurs morts,

à attendre qu'un hélicoptère les éloigne du champ de bataille.

Pendant ce temps, je commençais à m'impatienter,

parce que, d'abord, il commençait à faire noir.

Ensuite, on n'était plus dans le champ de leur artillerie.

Il faut qu'on sorte d'ici.

Il faut qu'on s'en aille

parce qu'ils arrivent.

Et on n'a pas beaucoup de temps.

Je suis allé voir le major, il s'appelait Nho, et j'ai dit :

"Major, il faut qu'on parte d'ici tout de suite."

Et Nho m'a dit : "N'oubliez pas que je suis major,

et vous lieutenant."

Il a tourné les talons et s'est éloigné.

Dix minutes plus tard, ce fut l'enfer.

Ils ont lancé des obus.

Ils ont lancé des obus sur nous, nos corps.

C'était la première fois pendant la guerre du Vietnam

qu'ils lançaient des obus avant d'attaquer.

Puis les obus se turent.

Et le son du cor retentit,

les troupes ennemies déferlèrent, vague après vague, vers la poignée d'hommes.

On avait l'impression que c'était un enregistrement de tirs...

Ça faisait...

D'un coup. Ça venait de nulle part.

On a riposté avec le peu d'hélicoptères qu'il nous restait,

en demander de tirer sur nos positions pour les ralentir.

Mais c'était inutile.

On était encerclés, et ils continuaient d'arriver.

J'ai été touché.

La première fois, c'était là.

Et puis,

la deuxième fois, c'était ici.

Le fusil d'assaut a traversé la cuisse,

a fait un énorme trou.

Mais j'ai continué à me battre.

Je ne sentais pas la douleur.

Je n'avais pas le temps d'y penser.

On a essayé de sortir de là.

Vingt-six d'entre nous se sont échappés.

Onze s'en sont vraiment sortis.

Pendant toute la nuit, les Viet-cong se déplacèrent parmi les arbres,

ramassant leurs blessés

et achevant tous les soldats sud-vietnamiens encore vivants.

J'ai fait le mort.

Les Viet-cong sont venus, ils m'ont donné des coups de pied.

Une balle m'a traversé le corps ici.

Soudain je l'ai senti,

oh, je suis encore en vie.

Pas de problème.

Alors, j'ai continué à faire le mort.

Puis ils sont partis, ils se sont retirés.

Serrant son fusil dans les bras,

Toan essaya de ramper jusqu'à Binh Gia.

Il fut porté disparu pendant trois jours.

Un des parachutistes est venu me ramasser, et il a dit :

"Oh, c'est horrible comme il sent mauvais.

Il sent comme un rat mort."

J'ai regardé les vers et les fourmis dans mes blessures.

C'est à ce moment-là que j'ai senti la douleur.

Pendant ces trois jours, j'ai tout fait pour survivre.

Quand ce fut terminé,

cinq Américains étaient morts à Binh Gia.

Trente-deux Viet-cong étaient restés, morts, sur le champ de bataille.

200 Sud-Vietnamiens avaient été tués,

et 200 autres blessés.

Je n'oublierai jamais ces visions d'horreur.

Partout où on allait,

on voyait des cadavres des soldats de Saïgon.

Ce que ça montrait, en fait,

c'était qu'ils étaient capables de mobiliser cette force-là.

Les officiers vietnamiens auxquels j'ai parlé chez les Marines

pensaient qu'il leur restait six mois à tirer.

"La grande question après Binh Gia,"

dit un officier américain au quartier général,

"c'est comment plus d'un millier de soldats ennemis

ont-ils fait pour se balader dans la campagne si près de Saïgon,

sans être découverts ?

Ça en dit long sur cette guerre."

Hanoï exultait.

Hô Chi Minh appela cette victoire "un petit Dien Bien Phu".

Le Duan était convaincu que sa stratégie fonctionnait.

"La guerre de libération du Sud-Vietnam a progressé

à pas de géant," dit-il.

"Après la bataille d'Ap Bac il y a deux ans,

l'ennemi a compris qu'il serait difficile de nous battre.

Après Binh Gia, l'ennemi comprend

qu'il est en train de perdre cette guerre."

Je crois que la bataille de Binh Gia fut un événement marquant dans la guerre.

Si les Américains ne s'étaient pas impliqués,

nous serions entrés dans Saïgon en 1966.

Moi, Lyndon Baines Johnson, je jure solennellement...

20 JANVIER 1965

26 jours après la fin de la bataille de Binh Gia,

et une semaine après le discours d'inauguration du Président Johnson,

McGeorge Bundy remit un mémorandum au Président.

Je jure de faire de mon mieux...

La stratégie adoptée n'était clairement pas la bonne.

Les Viet-cong avançaient et devenaient plus forts,

recevant des armes et aussi des soldats du Nord-Vietnam.

Si le Sud-Vietnam voulait rester indépendant,

les États-Unis devaient agir vite.

L'administration avait deux options, dit Bundy.

Soit elle continuait sur sa lancée

et essayait de négocier un accord pour ne pas perdre la face.

Soit elle envoyait plus de puissance militaire américaine

pour obliger le nord à renoncer à unifier le pays.

Bundy et McNamara préféraient tous les deux cette option.

Si le Président ne la choisissait pas, le Sud-Vietnam tomberait.

"Je crois que rien," dit Johnson à McNamara,

"ne sera pire qu'une défaite."

Puis, un peu plus d'une semaine plus tard,

les guérilleros frappèrent une base américaine d'hélicoptères à Pleiku

dans les Montagnes centrales,

tuant huit conseillers américains et blessant plus d'une centaine d'hommes.

Il y a à peu près 24 heures,

la première attaque dans la région de Pleiku...

Johnson accepta de frapper sur une caserne nord-vietnamienne.

Le 10 février 1965, les Viet-cong firent sauter un hôtel à Qui Nhon,

tuant 23 Américains et coinçant 21 autres sous les décombres.

Johnson donna l'ordre de faire une nouvelle frappe.

La peur commença à gagner le monde entier.

La France, qui avait passé près d'un siècle au Vietnam,

demandait la fin de l'intervention étrangère dans le pays.

Le Premier ministre britannique recommandait la retenue.

De nombreuses personnes du parti même du Président étaient d'accord,

mais pas en public.

Dans une note de service privée,

le vice-président, Hubert Humphrey, l'avertissait

qu'un élargissement de cette guerre irait à l'encontre de la Grande Société,

ternirait l'image de l'Amérique à l'étranger

et mettrait fin à tout espoir d'améliorer les relations avec l'Union soviétique.

Johnson ne répondit jamais.

Au lieu de cela, le 2 mars 1965,

les États-Unis se mirent à bombarder des cibles dans le Nord-Vietnam.

Nom de code de l'opération : Rolling Thunder.

OPÉRATION ROLLING THUNDER

Ce devait être une série de raids aériens allant crescendo,

écrivit l'ambassadeur Taylor,

pour booster le moral des troupes dans le sud et le détruire dans le nord.

NORD-VIETNAM - DONG HOI - ZONE DÉMILITARISÉE

L'idée derrière Rolling Thunder,

d'après ce que j'avais compris, c'est qu'à mesure qu'on accélérait le rythme

et la quantité d'attaques contre le Nord-Vietnam,

ils s'avoueraient vaincu tôt ou tard.

Alors il y aurait une pause,

ARMÉE

et on pourrait se mettre à négocier pour sortir de l'impasse.

C'est devenu un article de foi.

Et ce n'était qu'une fausse illusion.

Ils n'allaient pas abandonner.

Ils nous perçaient à jour, bien mieux que nous.

Le Président réclama le plus grand secret,

il ne fallait pas que les Américains sachent

que l'administration avait changé de stratégie,

était passée des frappes punitives au bombardement systématique,

qu'il avait, en réalité, élargi la guerre.

Ils sont tous tombés d'accord sur la nécessité d'une action commune.

Le général Westmoreland, qui hésitait initialement

à envoyer des troupes au sol au Vietnam,

demandait maintenant deux bataillons de Marines, 3 500 hommes,

pour protéger la base aérienne de Danang

qui servait de base pour les bombardiers qui frappaient le nord.

L'ambassadeur Taylor, qui avait demandé des forces terrestres,

s'opposait désormais à toute cette idée.

"Quand le premier soldat aura débarqué," écrivit-il,

"il n'y aura pas de limite au nombre de soldats qui suivront."

Mais le Président se disait qu'il n'avait pas d'autre choix

que de donner à Westmoreland ce qu'il demandait.

Il savait qu'on le lui reprocherait si d'autres conseillers américains mouraient.

"J'ai l'impression d'être un baudet pris dans une averse de grêle au Texas,"

se plaignit-il.

"Je ne peux ni m'enfuir, ni me cacher, ni tout arrêter."

En mars 1965,

Johnson finit par faire ce qu'il avait réussi à éviter pendant si longtemps.

Il envoya des troupes américaines au sol au Vietnam.

Le gouvernement du Sud-Vietnam ne fut même pas consulté.

Les États-Unis d'Amérique avaient des considérations plus vastes.

À l'évidence, on voyait la situation en termes de guerre froide.

L'assistant du secrétaire à la Défense, John McNaughton a dit...

Il a dit que nos intérêts là-bas étaient à 70 % d'éviter l'humiliation...

MEMBRE DU PENTAGONE

...à 20 % de contenir la Chine,

et à 10 % d'aider les Vietnamiens.

ANNEXE - ACTION AU SUD-VIETNAM

Johnson dit discrètement à son ami, le sénateur de Géorgie Richard Russell,

ce qui allait se passer.

Je crois qu'on n'a pas le choix, mais ça me fait terriblement peur.

Tout le monde va penser...

PRÉSIDENT DES ÉTATS-UNIS

...que si on fait débarquer les Marines,

c'est qu'on va se battre.

Bien sûr, s'ils vont là-bas,

c'est qu'ils y vont pour se battre.

Et s'ils abîment ces avions,

tout le monde va me reprocher de ne pas les avoir protégés,

comme la dernière fois qu'ils ont fait un raid.

Oui.

Qu'en pensez-vous ?

Eh bien, M. le Président, ça me fait très peur.

(DÉMOCRATE - GÉORGIE)

Mais je ne vois pas comment reculer maintenant.

J'ai l'impression qu'on s'est trouvés mêlés à cette affaire,

sans moyen d'en sortir.

Je ne sais pas.

Dick, le problème que je rencontre...

DANANG, SUD-VIETNAM - 8 MARS 1965

Un homme peut se battre s'il entrevoit le bout du tunnel.

Mais il n'y en a pas au Vietnam.

Pas la moindre lueur.

Le 8 mars 1965, le docteur Phan Huy Quat,

un autre Premier ministre du Sud-Vietnam,

appela son chef d'état-major, Bui Diem.

Et le Dr Quat a dit :

"Trois bataillons de Marines débarquent à Danang à l'instant même."

DIPLOMATE SUD-VIETNAMIEN

J'étais stupéfait. J'ai dit : "Mais pourquoi ?"

Il m'a calmé. Il m'a dit : "D'accord, on en parlera plus tard.

Mais préparez très vite un communiqué

annonçant le débarquement de trois bataillons de Marines

et leur souhaitant la bienvenue en même temps."

J'étais très en colère.

Les Marines débarquèrent à Danang,

sur la côte est du Sud-Vietnam, à quelques 150 km au sud

de la zone démilitarisée qui séparait le nord du sud.

Ils s'attendaient à devoir se battre pour débarquer.

Or ce ne fut pas la peine.

Ce qui m'a frappé,

c'est comme le Vietnam était beau à regarder.

BIENVENUE AU CORPS DES MARINES AMÉRICAINS

Il y avait d'immenses étendues de rizières d'un vert de jade.

Et de jolis villages nichés parmi les bambous et les palmiers.

Et au loin, ces montagnes bleuâtres couvertes de jungle,

on aurait dit Shangri-La.

Je me souviens de ces femmes vietnamiennes alignées,

des écolières, je crois.

Elles ressemblaient à des anges venus sur Terre.

C'était donc très frappant, mais aussi un peu dérangeant car...

Comment un endroit comme celui-ci,

si beau, si enchanteur, pouvait-il être en guerre ?

Mon père était très heureux.

Notre pays est si pauvre et si petit,

les Américains avaient décidé de venir nous sauver,

non seulement avec leur argent, leurs ressources...

VIVE L'AMITIÉ AMÉRICANO-VIETNAMIENNE

...mais aussi en risquant leur propre vie.

Nous étions très reconnaissants.

Nous pensions que...

Bien entendu, avec toute cette puissance, les Américains vont gagner.

En voyant des troupes étrangères défiler devant son village,

un vieil homme sortit de chez lui en criant : "Vive les Français !"

Il pensait que les Français étaient revenus.

"Le problème ici,"

dit un capitaine des Marines qui dirigeait une patrouille à un reporter,

"c'est qui est qui ?"

Comme membre votant au Conseil de mission de Saïgon,

j'étais contre l'arrivée de forces de combat américaines au sol.

Même si les Vietnamiens devaient les faire partir à coups de moignon,

ARMÉE

ils devaient le faire eux-mêmes.

Nous devions tout faire pour les aider,

mais on ne pouvait pas gagner la guerre pour eux.

Nous avons franchi le fleuve Styx à ce moment-là.

Dans l'esprit de chaque Vietnamien

rôdait cette idée que l'étranger est un envahisseur.

Donc, quand les Américains arrivent,

les Viet-cong peuvent recruter plus facilement

MARINES SUD-VIETNAMIENS

pour combattre l'envahisseur.

La 1re manifestation contre la guerre au Vietnam à laquelle je suis allé

se déroulait dans une usine de Dow Chemical.

Dow fabriquait du napalm.

Ils balançaient du napalm sur les villages au Vietnam.

Ce fut une expérience très décevante,

car seulement 40 personnes étaient venues.

UNIVERSITÉ DE CHICAGO

On n'avait pas l'air à notre place, on était très inefficaces, impuissants,

à être là avec 40 personnes.

La plupart des Américains ne comprenaient pas grand-chose à l'Indochine,

connaissaient rarement quelqu'un qui était parti se battre,

ne voyaient aucune raison de mettre en doute ce que disait le gouvernement,

que les États-Unis avaient des intérêts vitaux à défendre à 12 000 km de chez eux.

Pourtant, un petit nombre croissant de personnes

avait commencé à s'opposer à la guerre pour un certain nombre de raisons.

MANIFESTATION CONTRE LA GUERRE AU VIETNAM

Parce qu'ils la trouvaient injuste ou immorale,

croyaient qu'elle n'était pas conforme à la constitution,

ou contraire à l'intérêt national.

ON NE VEUT PLUS LA GUERRE

Deux semaines après le débarquement des Marines à Danang,

des professeurs de l'université du Michigan organisèrent

une discussion sur toute une nuit entre professeurs

et quelques 3 000 étudiants sur l'intensification de la guerre.

La manifestation a été appelée conférence

car l'idée venait d'un groupe de profs de fac.

Qu'espérez-vous accomplir ?

J'aimerais ouvrir la communication entre les gens et le gouvernement,

car je crois qu'ils ne nous disent pas ce qui se passe,

et les gens ont le droit de savoir, nous avons le droit

de dire au gouvernement ce que nous en pensons.

RETIREZ LES TROUPES AMÉRICAINES

Bientôt, il y eut des conférences sur les grands campus universitaires américains.

Il n'y a aucune issue miraculeuse et morale.

L'université de New York à Manhattan,

l'université du Wisconsin à Madison,

l'université de Californie à Berkeley.

Les conférences étaient des événements tapageurs.

Il y avait beaucoup de prises de bec.

On veut discuter de ce qui ne va pas avec la guerre du Vietnam, et...

QUITTEZ LE VIETNAM

Êtes-vous d'accord avec la politique du gouvernement au Sud-Vietnam ?

Sans aucune réserve.

Plein de fois, des gens qui étaient d'accord avec la guerre

venaient à ces conférences pour faire entendre le point de vue anticommuniste.

Ils étaient souvent hués.

L'AMOUR PAS LA HAINE

ARRÊTEZ LA GUERRE AU VIETNAM

Les bombardements dans le nord et l'arrivée des Marines

causèrent également des manifestations à Washington ce printemps-là.

LE VIETNAM AUX VIETNAMIENS

La manifestation fut organisée...

ÉTUDIANTS POUR UNE SOCIÉTÉ DÉMOCRATIQUE

...par les Étudiants pour une Société Démocratique, le SDS.

J'ai vu que le SDS appelait à manifester à la Maison-Blanche au printemps 1965.

Je ne voulais pas y aller car je ne voulais pas être déçu

de nouveau et aller jusqu'à Washington

pour me retrouver devant la Maison-Blanche avec 40 personnes.

METTEZ FIN À LA GUERRE AU VIETNAM

25 000 personnes ont assisté au rassemblement.

Et soudain je comprenais, comme d'autres avec qui je travaillais à l'époque

qu'on pourrait lancer un mouvement contre la guerre.

TAYLOR DOIT ARRÊTER DE TROMPER LE PEUPLE AMÉRICAIN

C'était impressionnant de penser qu'il avait ce degré d'engagement.

Et c'était conforme

à ce qu'on savait de lui, si radical que ça puisse être.

Rien de ce que les parents de Mogie Crocker n'avaient pu dire ou faire

depuis que le retour de Mogie

n'avait ébranlé sa détermination à servir son pays,

et ce qui venait de se passer au Vietnam ne faisait que conforter sa détermination.

Il voulait devenir parachutiste et partir au combat.

Ses parents le laissèrent finalement partir à contrecœur,

et le 15 mars, une semaine après le débarquement des Marines à Danang,

Denton Crocker Junior intégra l'armée des États-Unis.

Denton a descendu les marches un matin

et est allé à Fort Dix.

C'était un soulagement, d'une certaine façon,

car le conflit et l'anxiété

de savoir s'il allait partir ou pas, étaient passés.

Et il était heureux.

On a juste essayé de se persuader que c'était ce qu'il fallait qu'il fasse.

Au début, je n'avais pas très peur.

Mais quand j'ai vu qu'il y avait des morts,

ça m'a fait peur.

Les Américains bombardaient un village pendant des heures.

On courait pour voir ce qui s'était passé.

Le village était méconnaissable.

NORD-VIETNAM

C'est alors

que j'ai su que la guerre était là.

Le Minh Khue était orpheline depuis qu'elle était petite,

ses parents avaient été victimes des réformes imposées par les communistes.

Elle fut élevée par son oncle et sa tante,

qui l'encouragèrent à lire la littérature américaine.

Elle avait 16 ans quand l'opération Rolling Thunder commença.

Ma maison jouxtait un foyer pour les personnes âgées.

Elle fut complètement détruite.

Des bombes sont tombées sur le marché et l'école.

Puis un recruteur est venu

demander des volontaires.

J'avais la tête pleine de rêves d'aventure.

Mais j'étais trop jeune. Il fallait avoir 17 ans.

Donc j'ai menti sur mon âge et j'ai signé.

Khue fut placée dans une organisation qui s'appelait

les Jeunesses de choc anti-américaines pour le salut national,

et avec des milliers d'autres jeunes gens, elle fut envoyée

dans le sud pour travailler à l'entretien de la piste Hô Chi Minh.

Avant mon départ, mon oncle m'a dit :

"La littérature américaine est tout à fait unique.

Tu devrais en emporter."

Depuis, j'ai toujours aimé la littérature américaine,

j'aime Hemingway, en particulier.

J'ai appris beaucoup dans Pour qui sonne le glas.

Comme l'inventivité de l'homme qui détruit le pont.

J'ai vu comment il faisait face à la guerre,

j'ai appris de ce personnage.

Comme l'avait craint Johnson,

il devint vite clair que les bombardements ne suffisaient pas.

Des troupes et du matériel continuaient d'arriver sur la piste Hô Chi Minh.

Le général Westmoreland et ses chefs d'état-major

demandèrent plus d'hommes, des dizaines de milliers.

Le Président était prudent.

Il voulait "en faire assez, mais pas trop," dit-il.

Mais il accepta en silence d'envoyer deux bataillons de Marines de plus

et modifia leur mission de simple sécurité au combat actif.

Pour la première fois,

on demanda aux troupes américaines de se battre seules au Vietnam.

Johnson ne voulait pas non plus révéler ce fait au peuple américain.

Mais les bombardements dans le Nord et les rumeurs de mesures plus dures

provoquèrent des inquiétudes dans le monde entier.

Le secrétaire général de l'ONU, U Thant, proposa un cessez-le-feu de trois mois.

La Grande-Bretagne, l'allié le plus proche de l'Amérique,

suggéra publiquement de reprendre les négociations de Genève

qui avaient partagé le Vietnam en deux en 1954,

pour les réunir.

Que les gens du Sud-Vietnam aient enfin le droit de guider leur propre pays.

Le 7 avril, à l'université Johns-Hopkins,

Johnson tenta de convaincre le monde des bonnes intentions de l'Amérique

et d'apaiser les craintes de l'Amérique d'un élargissement de la guerre.

Ces derniers mois, les attaques dans le Sud-Vietnam ont augmenté.

Nous avons donc dû augmenter les ripostes

et faire des frappes aériennes.

L'objectif n'a pas changé.

Mais ce que cet objectif requiert a changé.

On passa sous silence l'envoi des Marines au combat.

Au lieu de cela, le Président réclama des discussions sans conditions avec Hanoï

et, en tant que vétéran du New Deal,

proposa un programme de développement massif pour toute l'Asie du Sud-Est.

L'immense fleuve Mékong peut fournir de l'eau et de l'électricité

à une échelle qui ferait honte à la Tennessee Valley Authority.

J'étais à l'extérieur du village.

On entendait des coups de feu dans le village.

J'avais un petit transistor.

J'étais assis à écouter Lyndon B Johnson.

Nous utiliserons notre puissance avec sagesse et raison.

Au même moment, on devait jeter du napalm sur le village.

CONSEILLER CHEZ LES MARINES

Je donne l'ordre de répandre du napalm

et j'écoute le Président qui parle de paix.

Nous tâcherons de limiter l'étendue du conflit.

C'était surréaliste.

Nous ne désirons pas dévaster ce que les gens dans le Nord-Vietnam

ont construit à force de travail et de sacrifice.

Cette guerre, comme toutes les guerres, est pleine d'une terrible ironie.

Que veulent les gens du Nord-Vietnam ?

Hanoï dénonça l'offre du Président comme une imposture.

Les conseillers de Johnson et ses chefs d'état-major

continuèrent de discuter pour savoir combien d'hommes il faudrait

et à quelle vitesse ils devraient être déployés.

Pendant ce temps, le Président envoya les premières troupes de combat.

Il était de plus en plus clair

que les États-Unis étaient là pour longtemps.

On ne peut pas rester un témoin neutre...

JOURNALISTE

...dans une guerre.

Ça vous descend dans la gorge.

Ça vous dévore tout vif au-dedans et au-dehors.

Ce n'est pas quelque chose qui vous permet de rester neutre et en retrait,

objectif et tout ce qu'on essaie d'être

quand on est reporter, journaliste ou photographe.

Ça ne fonctionne pas comme ça.

Et ils vont très vite... Et vérifiez...

La présence grandissante de troupes américaines de combat au Vietnam

attira une foule de journalistes.

Il n'y eut pas de censure de la presse comme pendant la 2e Guerre mondiale.

Les reporters devaient juste accepter de suivre les recommandations militaires

pour ne pas compromettre la sécurité des opérations en cours.

C'était un travail dangereux.

Plus de 200 journalistes et photographes allaient mourir

tandis qu'ils couvraient les combats en Asie du Sud-Est.

Joseph Lee Galloway était un jeune reporter de l'UPI de Refugio au Texas.

CARTE DE PRESSE

Il s'arrêta à Saïgon juste le temps d'obtenir ses justificatifs.

Puis il se rendit à Danang.

À l'origine, les Marines débarquaient là-bas pour garder la base aérienne.

Et ils se sont vite rendu compte qu'on ne garde pas une base aérienne.

Il faut se déployer parce qu'ils envoient des mortiers,

ils tirent des roquettes.

Il faut s'éloigner à 20 ou 30 km.

Il faut diriger les opérations d'aussi loin.

Et une fois que c'est fait, on ne garde plus une base aérienne,

on opère en territoire hostile.

Peu importe ta force,

si tu ne connais pas le champ de bataille,

le climat,

les coutumes locales,

c'est toujours très dur.

Les Américains étaient grands et lents.

ARMÉE NORD-VIETNAMIENNE

Ils n'étaient pas aussi rapides que nos soldats.

Ce n'était pas tant les Viet-cong qui m'intimidaient à l'époque

que le terrain.

Aller d'un point A à un point B

était si difficile dans la jungle.

Il m'est arrivé une fois, de ne faire que 700 mètres

en quatre heures,

parce que j'avais dû couper la végétation avec des machettes.

Les Viet-cong connaissaient le terrain beaucoup mieux que les Marines,

et ils faisaient de grands cercles autour d'eux.

Fort Dix, le 10 juin 1965.

Chère maman,

J'ai terminé mes classes et j'attends maintenant les ordres.

C'est très ennuyeux d'attendre les ordres,

mais j'ai trouvé d'excellentes occasions

de faire un peu de lecture.

J'ai lu récemment Les Hauts de Hurlevent,

La Ferme des animaux, Les Sept Piliers de la sagesse et Lord Jim.

J'espère que vous allez tous bien.

Bisous, Mogie.

Mogie Crocker avait droit à deux semaines à la maison

avant de partir pour le Vietnam.

On dînait un soir,

on échangeait des généralités sur la guerre

et la situation générale.

Et Mogie a dit : "Bien sûr, si j'étais vietnamien,

je serais du côté des Viet-cong."

Ça m'a intriguée.

Je suppose que, faisant un lien avec la révolution américaine,

il comprenait leur besoin de liberté.

Mais en tant que citoyen américain,

il voyait la perspective d'ensemble et l'intérêt d'empêcher le communisme.

Je me souviens d'un soir en particulier

où on était restés debout tard tous les deux.

Il a soudain pris sa tête dans ses mains.

Et il a dit : "Je ne veux pas y retourner."

J'étais frappée de stupeur.

Je lui ai dit : "Mais c'est ce que tu veux faire."

Il ne m'était jamais venu à l'esprit qu'il puisse être partagé,

avoir peur et être déterminé à partir.

Au Sud-Vietnam, les choses ne cessaient d'empirer.

En mai, les Viet-cong

soutenus désormais par quatre régiments de l'armée nord-vietnamienne,

environ 5 000 hommes,

détruisaient l'équivalent d'un bataillon sud-vietnamien chaque semaine.

Le Sud-Vietnam semblait être à quelques semaines de l'effondrement.

En désespoir de cause, le général Westmoreland demanda

l'envoi immédiat de dizaines de milliers de troupes américaines supplémentaires.

Mais ni les bombardements incessants,

ni la perspective accrue d'une intervention américaine à grande échelle

ne semblaient intimider Hanoï.

Le Duan, ayant échoué à gagner la guerre

avant l'envoi de troupes américaines au sol,

était persuadé que le public américain, comme les Français avant eux,

se fatiguerait d'une guerre coûteuse et meurtrière,

si loin de leurs frontières.

En revanche, il disait : "Peu importe le prix à payer pour le Nord."

La confiance de Le Duan se trouvait confortée par le fait que l'intervention

américaine avait forcé l'Union soviétique et la Chine à lui offrir leur aide.

Moscou accepta d'envoyer des armes modernes et du matériel en quantité.

Hanoï deviendrait finalement la ville la mieux défendue de la planète.

Et la Chine accepta d'envoyer des troupes en renfort,

ce qui permit aux Nord-Vietnamiens de combattre dans le sud.

320 000 Chinois finiraient par se battre à l'arrière dans le nord.

"Nous nous battrons," promit Le Duan, "comme les États-Unis le souhaitent."

En juin 1965,

McNamara...

AMBASSADE DES ÉTATS-UNIS

...le secrétaire à la Défense, est venu à Saïgon.

Il y avait beaucoup de capitaines, de majors et de lieutenants.

Et tout le monde dit à McNamara :

"La situation est si désespérée qu'il faut envoyer des forces des États-Unis."

Donc, même si nous avons eu des doutes,

quoi que les gens aient pu dire après coup,

je me rappelle distinctement à l'époque

avoir dit au secrétaire à la Défense

que je pensais qu'il fallait envoyer des troupes.

Pendant trois semaines,

le Président et ses conseillers discutèrent de la conduite à tenir

face à la demande urgente de troupes supplémentaires de Westmoreland,

mais surtout de combien d'hommes et quand les envoyer.

Le sous-secrétaire d'État, George Ball, était contre une escalade du conflit.

Il dit au Président qu'ils ne pourraient pas gagner cette guerre.

"Les Américains se lasseront.

Nos troupes s'enliseront

dans la jungle et les rizières," l'avertit-il,

"tandis qu'on mettra le pays à feu et à sang."

Personne d'autre ne partageait son point de vue.

En fin de compte, Johnson envoya 50 000 hommes à Westmoreland.

Mais il s'engagea à en envoyer 50 000 autres avant fin 1965,

et d'autres encore si besoin.

Quand les Américains arrivent en 1965,

c'est la débandade dans le Sud-Vietnam.

Personne ne connaît le pays, les gens,

MARINES SUD-VIETNAMIENS

la terre où ils se battent.

Je pense que c'était

une grave erreur.

Ne tirez pas !

Ne tirez pas.

Si vous envoyez des forces additionnelles au Vietnam,

cela veut-il dire que vous changez de stratégie

qui était que les forces américaines gardent les installations américaines

et n'agissent en renfort qu'en cas d'urgence ?

La stratégie n'a pas changé.

L'objectif n'a pas changé.

Pendant le mois de juin, on a vu des soldats prendre ce qui...

La plupart des reportages télévisés en provenance du Vietnam

faisaient écho aux bulletins d'information que les Américains avaient vus

pendant la 2e Guerre mondiale. Enthousiastes, assurés,

ils montraient les bons qui se battaient et l'emportaient sur les méchants.

Mais le 5 août 1965 à l'heure du dîner,

les Américains découvrirent une autre facette de la guerre.

Nous sommes dans les environs du village de Cam Ne

avec des éléments du 1er bataillon.

Le correspondant de guerre pour CBS, Morley Safer, et son équipe

allèrent en patrouille avec les Marines près de Danang.

Ils avaient pour ordre de fouiller d'abord un groupe de quatre villages

pour y trouver des caches d'armes et de riz destinés à l'ennemi,

et ensuite de tout détruire.

C'est ça, la guerre du Vietnam.

Les vieux et les très jeunes.

Les Marines ont détruit la maison de ce vieux couple

parce que les tirs venaient d'ici.

Et quand vous traversez le village, vous ne voyez pas de jeunes gens.

L'opération de ce jour a eu pour effet de brûler 150 maisons,

blesser trois femmes, tuer un bébé,

blesser un Marine et faire ces quatre prisonniers.

L'opération de ce jour illustre la frustration que représente le Vietnam.

Il est très probable que la puissance de feu américaine

réussisse à remporter la victoire militaire.

Mais pour un paysan vietnamien dont la maison est le fruit d'une vie de labeur,

il faudra plus que des promesses du Président

pour le convaincre que nous sommes de son côté.

Le lendemain, le Président appela son ami Frank Stanton, le PDG de CBS.

"Bonjour, Frank, c'est votre Président.

Vous voulez me faire tomber ?"

Safer avait sali le drapeau américain, disait Johnson.

C'était sans doute un agent du Kremlin, et il fallait le virer.

Les Marines affirmèrent que Safer leur avait donné un briquet

et demandé de mettre le feu à la cabane pour la caméra.

Un major du bureau de presse des Marines de Danang

qualifia CBS de "chaîne de diffusion communiste".

Mais après l'opération,

Safer interviewa certains des Marines qui avaient brûlé Cam Ne.

Vous arrive-t-il de penser et d'éprouver des regrets

pour ces gens que vous laissez sans abri ?

Je n'ai aucun remords. Les autres non plus, je crois.

On est là pour faire notre travail, pas pour avoir pitié des gens.

Quand des téléspectateurs dirent qu'ils étaient choqués,

Westmoreland déclara : "Nous avons un vrai problème

qui durera tant que nous serons au Vietnam.

Les commandants doivent faire preuve de retenue et de clairvoyance aussi,

comme on le demande rarement à des jeunes en temps de guerre."

Au début, on pensait

que ce serait comme les GI, vous savez,

qui ont traversé Paris après la libération.

Eh bien, ça ne s'est pas du tout passé comme ça.

Je me rappelle être entré dans un village, une fois.

Et j'ai trouvé toute une famille vietnamienne

qui tremblait de peur dans un bunker.

Ils avaient peur de nous.

Je me souviens m'être dit :

"Je me demande si, au temps des colonies,

quand les tuniques rouges sont arrivées à Ipswich, Massachusetts,

les Américains ont eu la même peur

à regarder ces soldats étrangers qui venaient vers eux."

Les Viet-cong ont semé la terreur, ils ont brûlé vos maisons.

Nous sommes là pour vous aider.

Pour vous montrer qu'on est capables de vous protéger,

on va demander à nos avions

de frapper les Viet-cong de l'autre côté de la vallée.

Ça aura lieu à 10h30.

ORCHESTRE DES SOLDATS DU CIEL

Cher papa, chère maman,

Je suis maintenant dans la 1re brigade, 101e division aéroportée, au Vietnam.

REFUSEZ DE TORTURER ET DE TUER TROP SONT DÉJÀ MORTS

LIMITE DE LA POLICE LES GENS DU VIETNAM ASPIRENT À LA PAIX

Que se passe-t-il en Amérique ?

Nous qui sommes au Vietnam avons du mal à comprendre ces manifestations,

et de nombreuses personnes ici en ressentent de l'amertume.

Notre politique est la bonne,

et cela se trouve confirmé par ce que j'ai vu ici.

Je crains surtout que ces jérémiades pacifistes

ne fassent changer ne serait-ce qu'un peu notre politique gouvernementale

alors que nous sommes près de réussir.

Quand j'ai vu le chaos s'emparer du Vietnam,

je me suis fortement demandé ce qu'on faisait là.

Mais je ne le lui ai jamais dit.

C'était juste une question trop difficile à soulever,

en tout cas ça l'était pour moi.

On était tous enthousiastes de voir arriver la 1re division de cavalerie,

une unité expérimentale.

Ils ont été entraînés à une guerre de mobilité aérienne,

et obtiennent des résultats étonnants sur ces hélicoptères.

Ils déplacent leur artillerie par hélicoptère, sautent,

passent par-dessus les troupes, poursuivent l'ennemi, le poussent à bout.

C'est quelque chose de nouveau,

et ça va changer la façon dont on fait la guerre.

JOURNALISTE

En septembre 1965, la 1re division de cavalerie, nouvellement créée,

de 16 000 hommes, 1 600 véhicules,

435 hélicoptères,

avait commencé à arriver à An Khe,

une base énorme taillée dans les pâturages

en lisière des Montagnes centrales.

Son héliport serait surnommé "le terrain de golf".

Alors que la 1re cavalerie s'habituait à son nouvel environnement,

des milliers de soldats nord-vietnamiens se faufilaient vers le sud

jusque dans les montagnes en empruntant la piste Hô Chi Minh

pour y rejoindre les unités vietcong déjà en place.

Ils établirent leur base sur un mélange

de montagnes et de ravins très boisés au sud de la rivière Ia Drang.

Le 9 octobre au soir,

des commandos communistes s'approchèrent à moins de 40 m de la clôture

qui entourait cet avant-poste des forces spéciales à Plei Me,

défendu par une équipe de 12 Bérets verts américains,

14 soldats de l'ARVN et 400 hommes des tribus montagnardes.

Neuf des 12 Bérets verts furent touchés.

Ils réussirent à tenir pendant deux jours

le temps que 15 nouveaux Bérets verts et 160 rangers sud-vietnamiens

soient amenés par hélicoptère, commandés par le major Charles Beckwith,

surnommé "Chargin' Charlie" par les soldats.

Le lendemain, Joe Galloway parvint à convaincre un pilote d'hélicoptère

de l'amener dans le camp assiégé.

C'est là que j'ai rencontré le major Charles Beckwith.

Il a dit : "J'ai besoin de tout ce qu'on peut imaginer.

Et que m'amène l'armée dans sa grande sagesse ?

Un reporter paumé !"

Je l'ai suivi, et il m'a montré une mitrailleuse calibre 30.

Il m'a montré comment la charger, la débloquer si elle était enrayée.

"Vous pouvez tirer sur les petits hommes bruns de l'autre côté de la clôture."

Beckwith dit à Galloway.

"Ne tirez pas sur les petits hommes bruns d'ici. Ce sont les miens."

Je me suis assis en me disant :

"Je suis un non-combattant, un civil."

J'ai essayé de le dire à Beckwith, il a dit :

"Ça n'existe pas dans ces montagnes, fiston."

Pendant près d'une semaine, les Nord-Vietnamiens lancèrent assaut

après assaut sur Plei Me.

Ce ne fut qu'après que les bombes américaines et le napalm

aient transformé le terrain aux alentours en surface lunaire

que l'ennemi se retira.

Quel genre de combattants sont les Viet-cong rencontrés là-bas ?

Je donnerais tout ce que j'ai pour avoir 200 d'entre eux sous mes ordres.

Ce sont les meilleurs soldats que j'aie jamais vus.

- Les Viet-cong. - Oui, en effet.

Ils sont dévoués, et ce sont de bons soldats.

Ce sont les meilleurs que j'aie jamais vus.

Malgré les pertes que ses hommes avaient souffertes à Plei Me,

le commandant nord-vietnamien, le général Chu Huy Man,

désirait une nouvelle confrontation avec les Américains.

Il était déterminé à apprendre à les battre.

Des renforts affluèrent le long de la piste Hô Chi Minh

jusqu'à la vallée de Ia Drang,

parmi eux se trouvait un second lieutenant fraîchement nommé, Lo Khac Tam,

qui s'était porté volontaire pour combattre dans le sud.

J'avais une petite amie, mais...

ARMÉE NORD-VIETNAMIENNE

...je ne lui ai rien dit,

parce que c'était une mission secrète.

Après être arrivé dans les montagnes Chu Pong,

je me suis rendu compte que, pour être officier, je devais apprendre à commander.

Et le meilleur moyen de le faire était au combat.

VALLÉE DE IA DRANG

Le 14 novembre 1965 au matin,

des hélicoptères du 1er bataillon du 7e régiment de cavalerie,

l'ancien régiment de George Armstrong Custer,

volèrent vers l'ouest le long de la Ia Drang en direction de Chu Pong,

cherchant l'ennemi.

Leur commandant, un vétéran de la guerre de Corée qui était du Kentucky,

le lieutenant-colonel Hal Moore,

savait qu'il y avait une grande base ennemie

quelque part sur une de ses pentes.

Il avait pour ordre de prendre son régiment en sous-effectif,

29 officiers et seulement 411 hommes, trouver l'ennemi et le tuer.

Il y avait deux clairières assez grandes pour que Moore y amène

huit hélicoptères d'un coup.

Il choisit la plus proche de la montagne, la zone d'atterrissage X-Ray.

ZONE D'ATTERRISSAGE X-RAY

Moore mettait un point d'honneur à se mettre en première ligne.

Il était le premier homme sorti du premier hélicoptère.

Il envoya 4 équipes de 6 hommes à 100 m dans chaque direction.

La vallée de la Ia Drang était si jolie, se rappela un soldat,

qu'elle lui rappelait un parc national de son pays.

En quelques minutes, Moore captura un déserteur.

Terrifié et tremblant,

il dit qu'il y avait trois bataillons de soldats

sur la montagne, 1 600 hommes.

Ils voulaient tuer des Américains, dit-il,

mais jusqu'à présent ils n'en avaient pas trouvé.

Moore monta un poste de commande en vitesse

derrière l'une des énormes termitières qui parsemaient la clairière.

Cela prendrait moins d'une journée pour acheminer tous ses hommes.

Il n'avait pas de temps à perdre.

"Nous devions quitter la zone d'atterrissage pour les atteindre

avant qu'ils ne nous frappent," se rappela Moore.

Il envoya deux compagnies en haut de la pente vers l'ennemi caché.

La plupart des Nord-Vietnamiens, comme les Américains,

étaient nouveaux au combat.

On leur ordonna de mettre la baïonnette au canon.

C'était une guerre moderne,

mais on nous a dit que la bayonnette

symbolisait notre ardeur au combat

ARMÉE NORD-VIETNAMIENNE

attachée au canon de notre arme.

Le colonel Moore ne pouvait pas savoir

qu'au lieu de 1 600 soldats ennemis dans la montagne,

il y en avait 3 000, sept fois plus qu'eux.

En quelques minutes, les Américains se retrouvèrent

attaqués par des centaines de soldats nord-vietnamiens.

Pendant le combat, un second lieutenant très zélé

mena son peloton de 28 hommes trop loin du reste de sa compagnie

et se retrouva encerclé.

Le lieutenant fut tué.

Le sergent qui prit sa place fut tué d'une balle dans la tête.

À la fin de l'après-midi, seuls sept des hommes du peloton

étaient encore capables de riposter.

Moore était engagé dans trois luttes simultanées,

défendre la zone d'atterrissage, attaquer les Nord-Vietnamiens

et trouver un moyen de sauver son peloton piégé.

Ce soir-là, Joe Galloway réussit à remonter dans un hélicoptère

pour amener des munitions et de l'eau aux Américains assiégés.

L'hélicoptère approchait du champ de bataille,

et Galloway était assis sur une caisse de grenades,

scrutant l'obscurité.

Et je pouvais voir ces petits points de lumière

qui descendaient de la montagne.

C'était l'ennemi qui approchait pour les attaques du lendemain.

Nous avons volé là-dedans.

Quand ils sont sortis, il faisait nuit noire.

Et nous, on attendait que quelqu'un vienne nous dire quoi faire.

Et le lendemain, tout à coup, le fond est tombé.

Il y a eu une explosion de tirs.

Le bruit est affreux, inimaginable.

Et au milieu de tout ça,

je me suis juste aplati sur le sol

parce que tout ce qui était visé semblait être à 60,

75 cm du sol.

Des centaines de soldats ennemis se jetèrent sur les Américains.

Ils portaient des casques avec des filets et de l'herbe en guise de camouflage,

et tout en venant, ils soufflaient dans des sifflets, ils criaient,

on aurait dit de petits arbres, se souvint un Américain.

Ils essayaient de courir plus vite que nous.

Et ils ont presque réussi.

Il s'en est fallu de peu.

Mais on avait deux avantages.

On avait un excellent commandant et d'excellents soldats.

Et on avait le soutien de l'artillerie et de l'armée de l'air à volonté.

Et eux ne l'avaient pas.

Mais ça pouvait être dangereux d'avoir recours à l'air et à l'artillerie.

Chacune des unités de Moore marquait sa position avec de la fumée

pour éviter d'être confondue avec l'ennemi

par les pilotes américains dans le ciel.

Il fallait s'approcher.

Si on ne le faisait pas,

on serait tué tout de suite.

Quelques 18 000 obus d'artillerie seraient tirés

pendant la bataille,

certains atterrissant à 20 m à peine des hommes de Moore.

Les hélicoptères de combat tirèrent 3 000 roquettes sur les ennemis.

Le contrôleur aérien à l'avant

appela tous les avions disponibles au Sud-Vietnam

pour venir les aider.

Des avions de chasse, y compris des B-52, des bombardiers stratégiques longue portée

se suivaient à 300 m d'intervalle au-dessus du champ de bataille,

entre 2 000 et 10 000 m d'altitude,

attendant impatiemment des cibles à mitrailler, bombarder ou brûler.

"Nom de Dieu," dit Moore, "ils nous ont envoyés tuer des communistes,

et c'est ce qu'on fait."

J'ai levé les yeux,

et il y avait deux jets qui visaient droit sur notre poste de commande.

Il a jeté deux bombes de napalm qui descendaient vers nous,

en pivotant.

Et ces gamins, deux ou trois d'entre eux, plus un sergent,

avaient creusé un trou ou deux sur le bord.

Et j'ai regardé quand ça a explosé...

Deux d'entre eux dansaient dans le feu.

On sent un souffle, un grondement,

de l'air qui est consumé et aspiré

tandis que cet enfer venu sur terre brûle là.

Et quand le bruit s'assourdit un peu, vous entendez les hurlements.

Et quelqu'un crie : "Prenez les pieds de cet homme."

Et je me baisse et les bottes s'effritent,

et la chair est cuite et se détache de ses chevilles.

Et je sens ses os dans les paumes de mes mains.

Je le sens encore aujourd'hui.

Il est mort deux jours après.

Un gosse qui s'appelait Jim Nakayama de Rigby dans l'Idaho.

À dix heures ce matin-là,

les forces aériennes américaines avaient repoussé l'assaut de l'ennemi.

Les survivants du peloton encerclé furent secourus l'après-midi.

Ils avaient été cloués au sol, si longtemps sous les tirs

qu'il fallut user de persuasions pour qu'ils se relèvent.

Le matin suivant,

des soldats ennemis se lancèrent à l'assaut du secteur

défendu par les hommes de Moore quatre fois de plus

et furent éliminés par l'artillerie et les mitrailleuses.

Les Nord-Vietnamiens et les Viet-cong survivants

se retirèrent dans la forêt,

laissant derrière eux un sinistre cercle de morts

tout autour de la zone d'atterrissage,

634 cadavres, tués par balle, soufflés par une explosion, noircis par le feu.

Quand j'ai vu mes soldats mourir,

j'ai ressenti un grand chagrin.

Je n'ai pas pleuré,

j'ai réussi à retenir mes larmes.

On était choqués psychologiquement.

Après trois jours et deux nuits de combat,

les hélicoptères commencèrent à hélitreuiller les survivants américains

et rassembler les morts.

Quand vous les regardez,

ça ne ressemble même pas à un corps humain.

Ça ressemble juste à un mannequin.

Vous les regardez et vous vous dites : "Ça aurait pu m'arriver."

Je les ai vus combattre à Ia Drang.

Ça me met toujours en colère quand je lis ou j'entends...

JOURNALISTE

...que la génération de la 2e Guerre mondiale était la plus fabuleuse.

Ces gosses étaient tout aussi braves et courageux

que tous ceux qui ont combattu pendant la 2e Guerre mondiale.

79 des hommes de Hal Moore perdirent la vie

à la zone d'atterrissage X-Ray dans la vallée de Ia Drang,

et 121 hommes furent blessés.

Je vous en prie, dites au peuple américain

que les combattants que nous avons ici sont héroïques.

Ils sont courageux, pugnaces et gentils.

Ils vont où vous leur dites d'aller.

Et ils sont disciplinés.

Ils ont un esprit de corps aussi.

Ce sont des combattants exceptionnels.

Et...

Je commande ce bataillon depuis 18 mois...

Je vous prie d'excuser mon émotion,

mais quand je vois certains d'entre eux partir comme ils sont partis...

je n'ai pas...

Je ne peux pas vous dire assez à quel point j'ai mal au cœur.

Ils sont fabuleux.

Hal Moore refusa de partir

avant d'avoir retrouvé chaque homme de sa compagnie.

Il avait été le premier à mettre le pied sur la zone d'atterrissage X-Ray

et il serait le dernier à partir.

La guerre que nous faisions était si brutale

que je n'ai pas les mots pour la décrire.

Je m'inquiète car, comment pourrons-nous expliquer

aux jeunes

le prix que leurs parents et leurs grands-parents ont payé ?

Les Nord-Vietnamiens subirent de terribles pertes dans cette vallée

et de nombreux survivants restèrent traumatisés.

"Les hommes étaient très déprimés,"

se souvint un colonel nord-vietnamien.

Certains refusaient de quitter leur hamac.

Certains refusaient de se laver.

Un soldat écrivit un poème qui exprimait leur désespoir :

"Le crabe ne bouge pas sur le billot

Ignorant quand le couteau va tomber."

Dans la Ia Drang, nous avons tué dix d'entre eux pour un d'entre nous.

Dans l'armée, on appelle ça un taux de pertes de dix pour un.

Mais l'ennemi était prêt à payer ce prix, et davantage,

car il en a tiré des leçons précieuses.

Pour combattre les Américains,

on devait s'approcher,

les attraper par la ceinture.

Si on ne le faisait pas,

on ne pouvait pas se battre avec eux

et on se faisait tuer.

Les attraper par la ceinture.

C'est-à-dire s'approcher si près,

qu'ils ne peuvent pas utiliser l'artillerie et les bombardements aériens

de peur de tuer les leurs.

S'approcher si près que c'est un combat d'homme à homme.

Et alors vous êtes à égalité.

Les Vietnamiens out perdu des centaines d'hommes

en attaquant le bataillon de Hal Moore à la ZA X-Ray.

Mais ils ont encerclé un autre bataillon deux jours plus tard et l'ont exterminé.

ZA ALBANY - ZA X-RAY

Dans les combats près de la zone d'atterrissage Albany,

l'ennemi s'était trop rapproché pour pouvoir appeler l'artillerie.

Sur 425 Américains présents au combat, 155 furent tués.

124 furent blessés.

Les deux côtés revendiquèrent la victoire dans la vallée de Ia Drang.

COMMANDANT ADJOINT 1RE CAVALERIE

Les Américains s'étaient vantés d'avoir fait beaucoup de morts

à la zone d'atterrissage X-Ray.

Le taux de pertes...

Les Nord-Vietnamiens avaient compris la leçon à la zone d'atterrissage Albany.

Je ne m'attends pas

à ce que ce conflit se termine bientôt,

et on a sans doute des jours difficiles devant nous.

Nous devons nous y préparer.

LES GI BATTENT LES SOLDATS D'HANOÏ COMBAT LE PLUS SANGLANT DES YANKEES

En novembre 1965, j'étais en terminale,

il y a eu cette énorme bataille dans la vallée de Ia Drang,

et pour la 1re fois s'est confirmée

la différence entre soldats nord-vietnamiens et vietcong.

J'interprétais cela en disant :

PERKASIE, PENNSYLVANIE

"Ben voilà, c'est la preuve

que les Nord-Vietnamiens sont les agresseurs."

Alors j'ai commencé à penser que

peut-être je ne voulais pas aller tout de suite à l'université.

Peut-être vais-je m'engager chez les Marines.

Et c'était toujours les Marines. Jamais...

La question ne se posait pas.

Le corps des Marines est plein de gars comme moi

qui en veulent au monde entier.

Les batailles de la vallée de Ia Drang avaient été victorieuses, certes,

mais en privé, le général Westmoreland

et l'administration Johnson étaient inquiets.

Malgré la nouvelle mobilité des forces aériennes américaines,

l'ennemi avait pu choisir

le lieu et l'heure de la bataille.

Les renseignements à partir desquels on avait pris les décisions

à Washington avaient tous été mauvais.

Il semblait qu'il y avait désormais 12 régiments de Viet-cong

au Sud-Vietnam, et pas seulement cinq.

Neuf régiments nord-vietnamiens, et non trois.

Malgré des mois de bombardements intenses,

trois fois plus de soldats nord-vietnamiens

passaient en douce vers le sud de la zone démilitarisée

qu'on ne le pensait initialement.

Hanoï semblait aussi augmenter les moyens.

Et les pertes américaines s'intensifiaient.

Quand le sénateur Fritz Hollings visita Saïgon après les combats de Ia Drang,

le général Westmoreland lui dit :

"Nous tuons ces gens dans une proportion de dix pour un."

Hollings l'avertit :

"Westy, les Américains se fichent du dix.

Ce qui les intéresse, c'est le un."

Westmoreland, qui avait dit qu'il mettrait trois ans à gagner la guerre,

envoya un télégramme urgent à Washington pour demander 200 000 soldats de plus.

"Le message fut un coup terrible," se souvint McNamara.

Une fois de plus, il offrit deux options à Johnson,

négocier un compromis avec Hanoï

ou accepter la requête de Westmoreland,

même si les chances de gagner, disait le secrétaire à la Défense,

n'étaient que de une sur trois.

Alors ils se sont tous assis

et ont voté pour la seconde option.

J'en voulais aux pouvoirs politiques de l'époque

parce qu'ils mentaient, tout d'abord.

On peut comprendre une erreur de stratégie,

même si elle fait très mal

et tue des tas de gens à cause d'une erreur,

si c'était fait avec la noblesse du cœur.

Comme quand Eisenhower et Kennedy

essayaient de comprendre le problème.

Et tout à coup vous lisez que McNamara savait dès 1965,

trois ans avant que j'y aille,

qu'il était impossible de gagner cette guerre.

C'est ça qui me rend furieux.

Tout le monde peut faire une erreur.

Mais couvrir ses erreurs,

c'est faire tuer des gens pour flatter son ego.

Et ça me rend furieux.

Des dizaines de milliers de soldats américains se préparèrent à être déployés

vers le Vietnam depuis tout le pays,

et le général Westmoreland et ses commandants

dressèrent des plans pour des offensives majeures en cette nouvelle année de 1966.

Pendant ce temps, espérant que les Soviétiques convaincraient Hanoï

de négocier, McNamara conseilla au Président

d'annoncer l'arrêt des bombardements au Nord-Vietnam.

Malgré les objections de l'armée,

qui s'inquiétait que cela laisse du temps à l'ennemi de reconstruire ses défenses,

Johnson accepta d'arrêter les bombardements la veille de Noël.

Cela eut au moins un mérite, dit-il,

c'était de montrer aux Américains

qu'avant d'envoyer plus de leurs fils au combat,

"Nous avons fait les derniers kilomètres."

JOYEUX NOËL AUX SOLDATS DU VIETNAM 1RE ÉGLISE CHRÉTIENNE

Noël a toujours été très important dans notre famille.

On a envoyé des colis à Denton, bien sûr.

Puis une voisine m'a dit

qu'elle avait appris qu'une chaîne de télé locale offrait

des enregistrements gratuits à envoyer aux soldats.

On s'est fait beaux pour les caméras.

L'idée, c'est que chacun d'entre nous dirait simplement

ce qu'on faisait et on lui enverrait notre amour.

Ce fut un jour horrible pour moi.

Son absence est devenu une terrible réalité.

Bon, Mogie, on est tous là.

Voyons... quel jour sommes-nous aujourd'hui ?

Ah oui, on est samedi...

- 13 novembre. - 13 novembre.

Et la chaîne WTEN nous a donné une chance de te parler.

On te souhaite tous un joyeux Noël pour commencer.

Rand, tu veux dire un truc à Mogie ?

Joyeux Noël.

Joyeux Noël.

Joyeux Noël, chéri.

On t'a envoyé tes cadeaux,

et il y en a un qui t'attend à la maison.

C'est un disque de musique de fifre et de tambourin qu'on t'a pris à Williamsburg.

Candy ?

Ma maîtresse n'est pas gentille, elle est tout le temps grincheuse,

et je n'aime pas du tout l'école.

Maintenant je suis dans les scouts.

Joyeux Noël.

Joyeux Noël, Mogie.

Je crois que je vais avoir de nouveaux skis à Noël.

Quand tu rentreras, on pourra aller skier ensemble.

Nous te souhaitons tous un très joyeux Noël, Mogie,

et on pensera à toi le jour de Noël.

Tu nous manques, chéri.

Traduit par : Catherine Roger

Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.