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Original subtitles

*Des instruments s'accordent. Brouhaha du public

*... ...

*... ...

...

Soupir amusé

Brouhaha du public

-Élise !

Élise !

Applaudissements

...

...

*Musique de ballet majestueuse (La Bayadère - Acte 1)

*...

(T'es magnifique.) (-Merci.)

*...

Chuchotements

*...

*... Brouhaha de conversations

*...

*Musique de ballet sombre (La Bayadère - Acte 1)

*...

*... Pas Ă  l'approche

*... ...

*... Brouhaha discret

*...

*Musique de ballet enjouée (La Bayadère - Acte 1)

*...

(-C'est dans deux minutes!)

*...

*Musique de ballet rythmée (La Bayadère - Acte 1)

*...

Élise chuchote.

*...

Soupir

-Allez !

Viens !

Chuchotements

*...

Respiration fébrile

*...

*... ...

*...

...

Applaudissements

...

*Musique de ballet majestueuse (La Bayadère - Acte 1)

*...

Respiration fébrile

*...

... *...

*...

*Musique de ballet douce (La Bayadère - Acte 1)

*...

*...

*...

*Musique de ballet rythmée (La Bayadère - Acte 1)

*...

Respiration fébrile Effets de saturation

...

Musique industrielle très saturée

...

...

...

...

...

Respiration fébrile

*Musique de ballet sombre (La Bayadère - Acte 1)

... *...

*...

(-Hé ! C'était super.) (-Laisse-moi !)

...

*Musique de ballet douce (La Bayadère - Acte 1)

(-Julien !)

(HĂ© ! Vas-y, vas-y.)

*...

*Musique de ballet triste (La Bayadère - Acte 1)

*...

*... Rires discrets

*...

*Musique de ballet douce (La Bayadère - Acte 3)

*...

*... Brouhaha feutré

...

*... ...

-Attends-moi.

*... ...

*Musique de ballet rythmée (La Bayadère - Acte 3)

*...

*...

*Musique de ballet majestueuse (La Bayadère - Acte 3)

*...

Cri

... -OH !

*...

Élise gémit.

... *...

Brouhaha du public

...

Élise gémit.

...

...

-Déchirure.

À première vue, c'est une déchirure.

-Vous voulez de l'aide ? -Non, ça va, merci.

Grincement de porte

Salut, Yann. -Ah, salut.

-Ça va ?

-Merde ! Ils t'ont mis un plâtre ?

-Ouais ! C'est aux urgences. Ils m'ont mis ça direct.

-Ah, d'accord...

Va falloir que t'enlèves ça vite.

Je te prends ça. -Oui.

-D'accord...

Faudrait que t'ailles voir Grandjean ou Tran,

qu'ils te disent ce que t'as et qu'on traite ça correctement.

Ils vont te dire que quand t'es danseur, un plâtre, c'est pas possible.

-OK.

-Du coup, je pense que je vais que t'observer aujourd'hui.

C'est un peu tĂ´t pour te manipuler. -OK.

-Je te laisse t'installer.

-J'imagine que tu sais déjà tout.

-Oui, oui. Tu sais, ça tchatche beaucoup.

-Mais ils disent quoi, les autres ?

-Sur toi et Julien ? -Ben oui.

-Oui...

Euh, ben non... VoilĂ  !

Tiens, allonge-toi.

Tu me dis s'il y a un truc qui te fait mal.

-Non, ça va.

Et toi, ça va ?

-Hm ?

-Ça va ? Je sais pas. T'as l'air bizarre.

-Non, je...

En fait, euh...

Moi, j'étais avec Blanche.

-Quoi ? -Oui.

Depuis deux ans. -Quoi ? Je savais pas.

-Ah, tu savais pas ? Soupir

En plus, elle s'est affichée avec Julien, alors que nous...

Elle voulait qu'on soit super discrets.

Elle me répétait que la danse, c'est un repaire de pipelettes.

-Je te confirme. -Ouais.

Du coup, on a gardé le truc secret

pour pas que les gens parlent sur nous.

Soupir

Je suis dégoûté.

En plus, elle me disait qu'elle détestait les mecs danseurs. Bon !

-Donc, on est les deux cocus de la maison.

-Oui.

Respiration nerveuse

(Pardon.) -Oh non, Yann...

-Excuse-moi.

Il pleure.

-Chiale pas, parce que sinon, moi aussi, je vais...

-Oh lĂ  lĂ , putain...

...

Souffle

Je crois qu'il faut que je commence Ă  faire un travail sur moi-mĂŞme.

Souffle

J'ai que des vibes toutes pourries.

Je sais pas comment t'as pris le truc, mais moi, ça m'a...

Souffle

Tu vois...

Comment je vais faire pour soigner des gens, alors que moi...

-Attends, attends... -Pardon.

-Assieds-toi.

Il pleure.

Respire.

... Respire.

...

Allonge-toi.

Essaye de respirer.

Ça va aller.

-N'importe quoi... -Mais non.

...

Allez, c'est des cons.

On est plus forts qu'eux.

...

-T'as raison.

-Allez, respire.

-Ça fait du bien ce que tu me fais là.

Ça me fait vachement de bien.

Expiration

Respiration haletante

Trafic urbain

...

Brouhaha de travaux

...

*Musique douce

-Un !

*...

Demi-plié. Grand plié.

Demi !

Tendu.

En avant.

*...

On repousse le sol par les talons pour relever.

*...

Bien.

Cinq !

Pas trop haut, les bras.

*...

Brouhaha de conversations

...

-Élise ! Margaret voulait te parler. -Ah bon ? Maintenant ?

-Oui, elle est en bas avec Hofesh Shechter.

-Hofesh est lĂ  ?

-Oui, il va monter un spectacle à Paris. On se voit après ?

-Euh... Non, je pense que je vais y aller après.

-OK, ça marche.

...

Respiration fébrile

(En anglais) -Pour moi, c'est ça...

C'est le cœur de mon travail...

-Oh là là, ma pauvre Élise...

Tu t'es pas ratée.

Élise Gautier.

-Je vous ai vue Ă  Berlin.

-Vraiment ?

-Super spectacle.

-Merci.

-Que s'est-il passé ?

-C'est... une longue histoire.

-Ce sera long ? Ils t'ont dit ?

-Je sais pas encore.

-Allez ! Flippe pas, ça va aller.

-Mlle Gautier ? (-Oui.)

-Y a déjà eu des récidives traumatiques sur cette cheville ?

-Euh...

Oui, c'est clairement mon point faible.

En fait, c'est la troisième fois que j'ai une entorse dessus et...

La dernière fois,

j'avoue que j'ai pas fait toute la rééducation.

-C'est pas très malin.

Bon ! Ce que je vois m'étonne moins.

En fait, vous avez eu une fracture de la malléole avec arrachement osseux.

C'est ce qu'on voit lĂ  sur l'IRM.

C'est une forme d'entorse grave

qui peut être assez méchante si ce n'est pas soigné correctement.

-C'est-Ă -dire ?

-Suivant le traitement et l'assiduité de la rééducation,

la cheville risque

de ne pas récupérer toute sa souplesse.

Et ça va interdire certains mouvements,

comme remonter sur pointes.

Ça peut s'avérer compliqué. -Ah bon ?

-Il faut attendre 3 à 4 mois avant d'être sûr,

mais si c'est ce que je pense, il faudra une intervention chirurgicale.

Et lĂ ...

-Et là ? -Ça va être plus compliqué.

S'il y a une opération,

faudra vraiment un arrêt total des activités sportives.

Pendant un an. PlutĂ´t mĂŞme deux ans.

-Deux ans ? -Parfois plus.

Mais en règle générale, deux ans suffisent pour être sûr

que l'articulation se remette intégralement.

On va faire les choses dans l'ordre et vous revenez me voir dans 3-4 mois.

-C'est pas possible, deux ans !

J'ai 26 ans...

C'est maintenant qu'il faut que je danse.

-C'est ça ou ne plus jamais danser.

Rires

-Mais c'est bien. -Oui...

Alors ?

Elle t'a...

-Ça va ?

Elle t'a dit quoi ?

Tu veux que je t'aide ? -Non.

Respiration fébrile

Merci, Julien...

-Je vais ĂŞtre franche.

Je l'ai jamais senti amoureux de toi, Julien.

-Ah bon ? -Je sais pas pourquoi.

Je lui faisais pas confiance.

-T'aurais pu me le dire avant.

-C'était plus un pressentiment qu'autre chose.

Et puis, c'est difficile de dire ça à une amie.

-Non, pas forcément.

-Moi, si j'apprenais que Jean-Baptiste me plaquait pour une autre,

je crois que je serais détruite.

-En mĂŞme temps...

Je pense que s'il te plaquait, ce serait pas forcément pour une autre.

-Tu veux dire quoi ?

-Ben, ce serait plutĂ´t pour partir avec un autre.

-Tu veux dire quoi ? Je comprends pas.

-C'est juste que...

Enfin, si on me disait que Jean-Bat' était gay,

je serais pas complètement étonnée.

-Jean-Bat' ?

-Ouais...

-Élise, ça fait trois ans qu'on est ensemble.

-Hello!

Brouhaha animé *Musique hip-hop

-Salut.

-Salut. -Salut.

-Salut. -Salut, ça va ?

-Et toi ? -Bien, super.

-Ça va ? -Oui...

Brouhaha animé *Ambiance musicale

... *...

... *...

... *Musique électro pop

... *Tango argentin

... *...

Applaudissements Cris joyeux

*Rock électro vintage

*... Cris joyeux

*... ...

*... Brouhaha amusé

*... ...

Applaudissements

*...

*... Brouhaha amusé

*... Cris d'encouragement

*... Brouhaha animé

*...

*... Cris joyeux

*... Brouhaha animé

*... ...

*... ...

*... Cris joyeux

*...

*... ...

Applaudissements Cris joyeux

... ...

-C'était génial, non ? -OH, OUAIS !

-Ouais, c'était pas mal. Mais c'est pas mon truc, le hip-hop.

-Non, mais arrête ! C'était de la super danse.

On s'en fout que ce soit du hip-hop. -C'est clair.

-HĂ© ! -HĂ©, bravo ! Bravo, mec.

-T'étais là ?

-C'était super. -Merci.

-Ah oui ! Moi, j'ai vachement aimé.

-C'est cool. Merci.

On se voit bientĂ´t. On boit un verre ? -Avec plaisir.

-Au revoir. -Au revoir.

-Il est fort, hein ? -Oui, il est très fort.

-Tu le connais comment ?

-Hou lĂ ...

Ça fait longtemps.

-Non mais t'imagines si je peux plus jamais redanser ?

-Mais...

tu vas redanser, Élise.

Moi, j'y crois.

Tiens, tu te retournes.

Ce qui m'agace avec la médecine traditionnelle,

c'est qu'ils t'assènent des vérités

devant lesquelles ils te demandent de te prosterner,

alors qu'il y a plein de choses qui leur échappent.

-Attends, ça me fait mal. -Ça te fait mal ?

Je compare avec l'autre.

Attention ! Moi, je crois Ă  la science.

Je crois aux progrès de la médecine.

Mais je pense qu'il existe, comment dire...

un mystère du corps. Voilà !

-Si elle me dit que je peux pas danser pendant un an ou deux...

Tran, elle me l'a dit texto :

"S'il y a une opération, il faudra un arrêt total."

-Et ?

-Elle m'a pas dit : "Il faudrait un arrĂŞt total."

Ça se voit, elle s'est fait son opinion.

-En fait... C'est qui, elle, pour être si sûre de ça ?

Hein ? Soupir

Bon, Élise...

Soupir

Tu viens de subir un traumatisme.

Et je peux mĂŞme te dire qu'on a tous les deux subi un traumatisme.

On a besoin de se reconstruire.

Ton arrachement, il est directement lié à ce que t'as ressenti.

Ton corps, il t'a parlé et il t'a dit :

"Ma petite, la douleur de ta séparation, tu la vivras jusque dans ta chair."

T'as clairement perdu un appui, lĂ .

Et mon travail à moi, avec toi, évidemment,

c'est de retrouver ta symétrie.

On va retrouver ton centre.

-Je suis lĂ -bas. -OK.

-Ah oui, quand mĂŞme...

Ça te fait mal ? -Ben oui, un peu encore.

-Rah...

C'est exactement pour ça que je voulais que tu fasses des études de droit.

Si tu avais fait des études de droit, t'aurais jamais eu ce genre de problème.

Eh ouais !

C'est tout le problème du corps.

Toi, tu as eu la chance d'ĂŞtre belle.

Tu es toujours belle, mais ça ne va pas durer.

Quand tu auras 40 ou 50 ans, tu verras.

Un corps, ça vieillit. Ensuite, tu peux pas capitaliser dessus.

Regarde Caro.

Elle était hôtesse de l'air, et maintenant...

-Papa, c'est super pourri ce que tu dis sur tata Caro.

En plus, t'es plus vieux qu'elle, papa.

-Ce que je dis, c'est que si tu construis ta vie sur ton corps,

c'est comme les footballeurs, Ă  35 ans, t'es Ă  la retraite.

T'es fini.

Donc, avec ce genre de carrière, il faut changer de vie.

Y a pas d'autre issue, c'est comme ça.

Donc, si tu bases ton métier sur ton corps,

eh bien, t'es obligée d'avoir au moins deux vies.

-Je veux bien avoir deux vies. Pourquoi je pourrais pas avoir deux vies ?

-Alors que l'esprit...

En vieillissant, tu peux avoir un Alzheimer

ou tu peux avoir un AVC.

Mais sinon, hors accident grave,

l'esprit reste en éveil jusqu'au bout.

Tu vois ?

Regarde Jean d'Ormesson.

Ça, c'est un exemple. Je peux t'en trouver plein comme ça.

-Ce que tu comprends pas, papa, c'est que s'il y a deux vies,

le problème, c'est que moi, j'ai pas fini ma première vie.

J'aime danser. J'ai toujours envie de danser.

-Ben oui, mais... -Mais quoi ?

Tout ce que tu trouves Ă  me dire, c'est : "T'aurais dĂ» faire du droit."

-Mais qu'est-ce qui te prend ? -Je sais pas...

T'étais là à la première.

Tu m'as vue me blesser sur scène et tu m'appelles même pas derrière.

-Bien sûr que si, mais ton téléphone était coupé.

Je suis allé en coulisses et on m'a dit que tu t'étais juste tordu la cheville.

-Je me suis pas juste tordu la cheville. J'ai un truc grave.

Je vais peut-ĂŞtre plus jamais danser. -Ah bon ?

-Oui.

-Mais c'est pas de ma faute.

En plus, c'était le même soir où tes deux sœurs ont eu des problèmes.

Mélodie et son dégât des eaux, Aria et ses problèmes de wifi.

-T'es déjà là, toi ? -Oui.

-Je viens d'avoir Mélodie. Elle arrive.

-La prochaine fois,

essayez de pas toutes avoir vos problèmes en même temps.

-Qu'est-ce que tu racontes ? Soupir

Qu'est-ce qu'il a ?

-Ben, il y a que... j'aurais dĂ» faire du droit.

-Va pas t'imaginer

que tu peux le changer, c'est pas possible.

-Ben oui... Je suis peut-ĂŞtre conne,

mais j'espère toujours qu'il va s'ouvrir, qu'il va comprendre.

-Non, non. Il est pas comme ça. C'est tout.

-Ça te gêne pas, toi ?

-Ben si, mais disons que je me suis habituée.

-C'est vrai que c'est gĂŞnant, mais on s'y habitue.

-Ben... Moi, j'ai toujours du mal.

-Oui, mais c'est Ă  toi de changer.

-T'inquiète pas, avec ce qu'il m'arrive, je vais être obligée de changer.

-Ça veut dire quoi, ça ?

-Je suis plus avec Julien. -Quoi ?

-Non...

Et je suis officiellement plus dans la compagnie.

Je me donne un mois pour réfléchir, mais...

Il va bien falloir que je fasse autre chose.

-Ah non !

Non, Élise ! T'as pas le droit d'arrêter la danse.

-Quoi ? J'ai pas le droit d'arrĂŞter la danse ?

-Non, t'as pas le droit.

-Mais qu'est-ce que t'as, Aria ? Pourquoi tu m'agresses ?

-Tu peux pas vis-Ă -vis de maman.

-Vis-Ă -vis de maman ?

Tu crois que ça me fait plaisir de prendre une décision pareille ?

Tu crois qu'il y a que toi qui penses Ă  maman ?

Tu peux pas me dire des trucs comme ça.

Et t'as pas le monopole du manque de maman.

Du vinaigre balsamique dans le bœuf bourguignon ?

-Ça marche trop bien avec le vin, ça rajoute un petit côté caramel.

C'est trop, trop bon.

Et on remet sur le feu. Bam !

On va ajouter les champis.

Alors, papa, tu trouves ça bon ?

-Hm ?

J'ai pas dit que c'était mauvais.

-Mais tu trouves ça bon ou pas ? -Ah, ben oui.

C'est pas mauvais du tout.

C'est vrai. -Alors, t'aimes bien.

-Oui, puisque je te dis que c'est pas mauvais.

-Et sinon, ça va, ton resto, ça se passe bien ?

-Oui, super.

Enfin, les gens adorent. Ils trouvent ça très bon.

-Hm ? Formidable.

-Le seul problème, c'est que je trouve pas du personnel à la hauteur.

Mais sinon...

-Tu as lu le livre que je t'ai offert ?

-Non, je l'ai pas lu. -Oh !

C'est la meilleure description de la vie dans les campagnes

à l'âge classique.

-Tu disais ça par rapport au resto de Mélodie ?

-Au quoi ?

Rires discrets

-Rien.

-J'ai raté un truc, là ? Rires discrets

...

J'ai un peu de mal Ă ...

avec vous et la culture, je trouve.

Rires

Non ?

-Papa, je travaille dans la culture. -Oui, enfin...

... -Non ?

...

OK...

-Bien sûr, c'est la culture, mais...

C'est pas non plus...

Élise rit.

Je veux dire, y a une vie intellectuelle

que seule la littérature peut vous apporter.

La voix d'Henri résonne. Tintement de vaisselle

...

-Maman,

depuis que tu es morte,

papa a toujours essayé de compenser ton absence.

Mais...

Comme la plupart des pères, papa n'a jamais été très doué

pour être une mère.

Je me suis souviens de la première fois où tu m'as amenée au cours de danse.

Tu m'as dit que j'allais faire comme toi, et comme mamie avant toi.

C'était à Blois. J'avais six ans.

-Six... La main de la barre. *Piano classique

*... Et on ouvre le bras sur le côté.

*... Demi-plié. Tendu.

*... Port de bras.

*... Et quatre !

-Quand je repense Ă  toutes ces heures de cours avec Mme Levant.

Tu venais toujours avec moi.

Tu m'attendais à la sortie de l'école et on allait direct au cours de danse.

Très vite, ça a rempli mes journées. J'avais à peine le temps

de voir mes copines. J'avais tout le temps des répétitions

ou des spectacles. Au début, c'était pas trop loin, ça allait.

Est-ce qu'il reste encore longtemps ?

Mais de 9 Ă  12 ans, il a fallu aller Ă  Tours, et lĂ ,

c'était nettement plus loin. Mais c'était un super cours

avec Mlle Pinson, une ancienne danseuse de l'Opéra de Paris.

Et c'est Ă  ce moment-lĂ  que t'es partie, maman.

Mais malgré tout, j'ai continué.

Ça me faisait penser à toi.

-Un, deux et trois. Et !

Un, deux, trois, quatre...

Un bon temps lié.

On allonge bien le bras au-dessus du poignet.

Un bon plié. On twiste

le haut du corps, c'est ça. Un, deux, trois, quatre !

Un bon temps lié, tranquille.

Et quatre, dégagé. On tourne bien les épaules.

VoilĂ  !

C'était mieux, Élise.

Quand tu plies et que tu vas bien

avec le regard jusqu'au bout du doigt,

c'est plus net, ça prend de l'ampleur.

Il faut qu'elle continue l'année prochaine.

-Non, mais je comprends très bien.

Et simplement...

on va voir.

-Mais vraiment... Surtout avec ce qu'elle a vécu.

-Oui, oui. C'est très clair pour moi.

C'est loin... C'est quand mĂŞme loin.

Oui...

-Élise, tu reviens l'année prochaine ? -Oui.

-Tu me promets ? -Oui, je vous promets.

-Ben oui...

-Mlle Pinson m'a poussée à rentrer à l'école de danse de l'Opéra de Paris.

Le premier jour Ă  l'internat, beaucoup de filles pleuraient.

Moi, j'étais tellement heureuse de passer mes journées à faire que ça,

Ă  danser.

Mais Laurène, tu pleures ?

Je crois que c'est ça le plus dur aujourd'hui.

T'inquiète pas.

Repenser à tout ce temps passé

et de me dire que ça a servi à rien.

-T'es au courant ? -De quoi ?

-Adèle a été prise sur le spectacle d'Hofesh.

-Ah ouais ? C'est génial.

-LĂ , elle va rejoindre sa compagnie. -Elle a de la chance.

Soupir

-Tu vois qui c'est, Sabrina ?

-Sabrina ? Oui, on était à l'école de danse ensemble.

Mais je l'ai pas revue depuis son accident.

-Justement. Sabrina, elle danse plus, mais elle s'en sort.

-Je voulais danser "Le Lac", "Giselle",

devenir danseuse étoile.

Et Ă  18 ans, ben...

tout s'est effondré.

Il a bien fallu que j'oublie mes rêves et que je me décide à changer de route.

C'était...

C'était comme commencer une deuxième vie.

-Mais tu vis ça comment maintenant ?

-Quand tu changes de route, tu changes tes rĂŞves.

-Oui.

-J'ai le droit d'avoir d'autres rĂŞves.

-Et tu rĂŞves de quoi, lĂ  ?

-Je voudrais ĂŞtre actrice. -Ah oui ?

-Ouais ! C'est ça qui me fait kiffer maintenant.

Je le suis déjà. C'est juste que c'est pas facile.

Je me sens encore débutante.

Un peu comme quand on était à l'école de danse.

-C'est cool.

Mais t'arrives Ă  en vivre ? Rire

-Alors ça, c'est une autre histoire.

-C'est-Ă -dire ?

-Ben, je fais plein de trucs à côté. Donc, oui...

Oui, j'arrive Ă  m'en sortir.

-Oui, d'ailleurs,

si jamais t'as des plans, je suis preneuse.

Déclics -Ouais !

...

Ouais, super !

...

C'est super, Élise. Moi, j'ai tout ce qu'il me faut.

Allez !

Tiens, tu changes la carte.

Sabrina, tu te prépares. Tu passeras après.

Et Heidi, c'est bon ?

On est bien. C'est beau, ça. C'est bon. Ouais !

Super !

Allez !

Euh...

OK.

Alors, mets-toi lĂ .

Ouais !

-Ici ? -Rapproche-toi de ton mari.

-Ne la regarde pas, Dan. Va chercher l'horizon.

Par lĂ . VoilĂ , plus loin !

Tu fixes l'horizon.

Et Heidi, toi, en revanche, tu le regardes

amoureuse. Vas-y, allez !

VoilĂ  !

... C'est bien, c'est pas mal.

Tu sais quoi... Agenouille-toi.

-Par terre ? -Ben oui, par terre. Allez !

VoilĂ , c'est bien. Regarde-le.

Regarde-le. C'est beau.

Chope l'horizon, Dan. C'est bien, ça. Ouais !

... C'est bon, ça ! Là, on aime.

Ça, on aime ! C'est beaucoup plus joli

quand t'es très en dessous.

-C'est quoi, cette histoire ?

-Quoi ?

-Non, mais c'est...

Tu m'expliques le principe ?

-C'est quoi, le problème, en fait ?

-Ce que vous demandez, c'est gĂŞnant. -Quoi, moi ?

-Oui. T'as quel âge, Heidi ? -16 ans.

-Elle a 16 ans. -Je vois pas où est le problème.

Ça fait des années que je fais des catalogues, ça va !

C'est une pose super classique.

-Oui, mais c'est pas une raison.

-On peut plus faire ça aujourd'hui.

Pourquoi vous diffusez ce genre d'images ?

-Ce genre d'images ? -Vous demandez

à une ado de s'agenouiller devant un homme pour que ça fasse joli.

J'hallucine ! Vous vous rendez mĂŞme pas compte que c'est glauque.

-Glauque ? Ça va pas, non ?

-Sabrina, t'inquiète pas.

C'est pas grave.

-Si, c'est grave. Heidi, je te laisse pas faire ça.

-Elle sort d'oĂą, cette folle ? -Cette quoi ?

Pardon, t'as dit "cette quoi ?"

J'ai pas entendu. -Quoi ?

-T'as dit que j'étais folle ? -Hé !

-Hé, hé ! -Calmez-vous.

-Répète-le et je t'explose la gueule.

-Le photographe a halluciné de la furie de Sabrina.

J'ai cru qu'elle allait lui foutre une baffe.

On est parties en courant.

Élise rit. Mais Sabrina...

-Quel connard ! J'aurais dĂ» lui mettre un coup de pied.

-T'es complètement folle. -Allez, viens.

Tu veux qu'il te pète l'autre jambe ? Avance !

-AĂŻe, aĂŻe ! Rires

-OK, tu peux te retourner.

-Je l'aime bien, Sabrina.

On s'entend bien. Et je trouve qu'elle me fait du bien.

D'ailleurs, elle m'a proposé un job avec son mec.

C'est lié à la cuisine.

Je me dis que c'est bien de faire un truc autour de la bouffe.

J'ai toujours aimé cuisiner. -Ah ouais ?

-Ouais.

Et Loïc, son mec, il paraît que c'est un super cuisinier.

-Tu vas laisser tomber la danse ?

-Je suis obligée, là.

Mais oui, c'est sûr que ça me fait bizarre.

-Ben oui. C'est normal que ça te fasse bizarre.

T'as fait un long chemin pour faire ce que tu fais...

Enfin, ce que tu faisais.

-Je me dis ça tout le temps en ce moment.

Tout ça pour ça.

-Tu dis ça comme si c'était terminé. Mais non, faut y croire.

Faut t'accrocher.

Tu te redresses. -Oui.

-Aussi, ce qui me fout hors de moi, c'est que pratiquement

tous les ballets classiques racontent des vies de femmes qui tournent mal.

C'est toujours des destins tragiques pour les femmes.

Regarde... "Giselle",

"Le Lac des cygnes", "La Bayadère"...

-Oui. -C'est comme si la danse,

c'était fait pour raconter que quand t'es une femme,

t'es toujours obligée d'avoir un sale destin tragique.

Tu réalises quand même que toutes les héroïnes en tutu blanc,

c'est des femmes mortes,

des fantômes de femmes bafouées,

trahies et... fracassées.

Ben, c'est moi.

-Non ! -Si, c'est vrai. Je suis devenue

une héroïne de ballet classique.

-Non, c'est pas vrai.

T'exagères. Pas à ce point-là.

Tu t'étends.

-Si, je te jure. -Tu permets ?

-T'as pas de ballet classique

qui raconte un destin positif pour une femme.

À moins d'être une fille qui fait genre, elle désobéit.

-Oui...

(Viens.)

Dans la danse contemporaine, t'as pas ça.

-Oui. -Hm...

-Oui, c'est vrai.

Mais bon, lĂ , je suis partie sur autre chose.

-T'as peut-être raison. Il faut que t'ailles là où la vie te mène.

Murmure approbateur Allez.

Mais moi, franchement, je sens que...

t'es sur la bonne voie, t'es sur le bon chemin.

Le chemin qui va te recentrer.

Le chemin qui va t'amener vers toi.

-Tu crois ? -Hm !

(On se redresse.)

Soupir

-C'est fini ? -Oui.

VoilĂ .

Allez, je te raccompagne.

T'as tout ? -Oui.

Soupir

-C'est fou comme tu as avancé. -Tu trouves ?

-Oh, ben oui !

Et je trouve qu'on est super en phase tous les deux.

-Je le sens aussi, ça. Oui.

-Bon... Soupir

Allez.

-Merci. -Ben non.

Merci Ă  toi.

Pour se reconstruire, faut ĂŞtre deux. Toi aussi, tu m'aides beaucoup.

Je t'avais dit... Je pars Ă  Goa, dans un ashram.

Donc, on va pas se voir avant un long moment.

-C'est trop bien que tu fasses ça. -Ouais, c'est super.

C'est un stage que j'attends depuis longtemps.

Donc, je suis très excité, mais...

Ah, c'est trop con quand mĂŞme !

Je vais pas ĂŞtre lĂ  avec toi.

-Non, mais t'inquiète... C'est pas grave.

Je t'attendrai. Rire

Et puis, je vais pas te quitter pour un autre kiné.

-OK ! Rire

-Pardon.

Ben... -Pardon, oui.

-Bon voyage. -Toi aussi.

Ben non... À très vite. Merci beaucoup.

-Merci Ă  toi.

-Je comprends pas toutes ces filles qui deviennent véganes.

-Y a pas que les filles.

-Ouais... Y a pas que les filles,

mais en grande majorité, c'est les filles qui basculent.

-Peut-ĂŞtre que les femmes font plus attention Ă  leur corps.

-N'importe quoi !

-En plus, c'est connu que les fruits et les légumes, ça s'assimile mieux.

C'est bourré de fibres. -Tu fais quoi, là ?

-Quoi, je fais quoi ?

-Ah non...

Ah non, LoĂŻc, pas toi ! -Quoi ?

-Tu vas pas virer végan ?

-Mais non... Je suis en train de m'interroger.

-Oh putain ! Mais LoĂŻc...

Les entrecĂ´tes ? -Oui.

-T'adores ça ? -Oui.

-Le bœuf bourguignon, les côtelettes d'agneau...

Le saucisson ! -C'est pas pareil.

-Et le bar en papillote ? Et les daurades grillées ?

Les gambas ? Les ceviches ! T'imagines une vie sans ceviches ?

-Je dis juste que les végans te disent que tu peux t'en sortir sans.

-Et tu peux aussi vivre en lisant que deux livres.

-Mais quel est le rapport entre lire des livres et manger du ceviche ?

-Ils me font chier, les végans !

-Tu dois accepter les gens comme ils sont.

Sois un peu plus inclusive.

-Pardon ? Inclusive ? -Oui, inclusive.

-Tu parles comme une pouffiasse de journaliste télé.

-Moi, je suis une pouffiasse ?

-Ouais. -Moi, une pouffiasse ?

-Ouais, t'es qu'une pouffe.

-Une pouffe ? Attends... -Oui, t'es ma petite pute.

Rire

-Petite pute ? Viens, je vais te bouffer.

Crissement de pneus

-Arrêtez, s'il vous plaît.

Rires

... Loïc, s'il te plaît.

Arrêtez ! -Élise, ça va !

-Détends-toi. -Élise, y a personne.

Je contrĂ´le le truc.

-C'est pas grave. Tout va bien.

Soupir

Musique classique enjouée

...

Coups de klaxon

...

-Salut, Josiane ! -Ah ! Mon LoĂŻc.

Bienvenue au club des éclopés.

Rire

Hou !

Je vois que j'ai une copine.

-On a pris la pire cantinière.

Ça te fait plaisir ?

-Oh oui ! T'es née comme ça ou tu reviens du ski ?

-C'est une blessure, mais pas de ski.

Ça fait trois mois.

-C'est bien. Moi, ça fait trente ans.

C'est laquelle, l'heureuse élue ?

Claquement de doigts

-Voici ! Soupir amusé

-Du coup, toi,

tu vas dormir ici. Et vous, vous dormez dans le camion ?

-Oui. -Non.

-Ah oui, elle débarque.

Quand vous serez d'accord, vous me direz si je vous mets une chambre.

Musique classique

Rire discret

Je l'ai vu avec d'autres filles. Mais avec toi, c'est pas pareil.

Je t'avais jamais vu amoureux, toi.

-Tu te tais, peut-ĂŞtre, Josiane ?

Rires

...

-Et voilĂ  !

Dis donc, ils s'en vont ce soir. Tu leur fais un truc bon ?

-Oui, bien sûr.

-On se sent bien chez vous.

-Pour moi, c'est le but de cet endroit.

J'aime les gens talentueux et j'aime les mettre Ă  l'aise.

Pour que les artistes puissent s'exprimer,

il faut leur foutre la paix, quoi !

Moi, je sais rien faire.

Je fais pas de peinture, pas de musique, je sais pas danser.

Mais j'aime les gens qui font des choses.

Et lĂ , par exemple, j'aimerais que tu nous fasses Ă  bouffer.

-LĂ , maintenant ? -Maintenant. Tout de suite.

-Sabrina, s'il te plaît. -Oui, c'est parti.

-C'est de la merde. C'est de la merde !

-T'arrêtes de râler ? C'est super bon.

C'est même excellent. -Je râle pas.

Un poulet de Nagoya, excuse-moi, c'est yuzu-gingembre.

Et j'ai pas de yuzu. Je veux pas servir ça.

-Qu'est-ce qui se passe là ? -Goûte ce truc.

-Oh là là ! C'est raté, ça ?

T'es pas bien ? C'est énorme. -Tu vois ?

-Allez, on envoie.

-Ça va ? Vas-y.

Allez, allez !

-C'était bon, le petit potage ? -Délicieux.

-C'est ça aussi, la bonne bouffe. -Allez !

-Regarde. -C'est un carton.

Ils adorent, mon amour. ArrĂŞte de faire chier.

Grincements

Gémissement

Soupir

Gémissement

Soupir

-Bonjour. -Bonjour.

-Bonjour.

Brouhaha joyeux

Bah... On se connaît, non ?

-Oui. On s'était juste croisés avec Jean-Baptiste

après ton battle au 104.

-Ah, mais oui ! VoilĂ .

Mais tu fais quoi, ici ? -Euh, ben...

Je travaille. Je file un coup de main Ă  une copine.

-OK. -Mais toi...

Bonjour. -Hey!

-Bonjour.

-Mais toi...

Enfin, vous faites tous du hip-hop ?

-Non. On fait de la danse contemporaine.

-Bonjour ! Bienvenue ! -OK.

-Come with me.

-Mais non !

Rire Adèle !

-Élise ! C'est trop bien de te voir ici.

C'est incroyable. -T'es lĂ  avec la compagnie d'Hofesh ?

-Oui, c'est ça. Avec tout le monde.

Tu travailles ici ?

-Euh...

Ouais... Il faut que j'y aille.

-Ça va, ta jambe ? -Ouais, enfin...

On se voit plus tard. -Ça marche ! Bisous.

-Bonjour. -Bonjour.

Salutations en anglais

-Bonjour. -Salut

Brouhaha animé

(-Ah !)

Hofesh compte.

...

Alors, ils t'ont laissée

toute seule pour éplucher ?

-Oui, ils préparent le reste dans le food truck.

-Vous faites quoi pour ce soir ?

...

-Du...

Je sais pas.

C'est juste LoĂŻc

qui m'a demandé de préparer ça.

Bâillement

Soupir

Brouhaha des danseurs

...

Salutations en anglais

-Comment ça va ? -Bien...

-Adèle m'a dit que tu étais là.

Si tu veux te joindre Ă  nous,

tu es la bienvenue.

-Merci...

mais je peux toujours pas danser.

Et peut-ĂŞtre mĂŞme plus jamais.

Exclamation de surprise

-Désolé.

Mais si ça te dit d'assister aux répétitions,

viens, t'es la bienvenue.

Prends soin de toi.

Brouhaha des danseurs

...

-T'exagères pas un peu ?

J'ai parlé avec Sabrina. Elle m'a dit pour ta blessure.

T'en sais rien si tu pourras redanser ou pas.

-Ben...

Oui, mais...

Je sais pas...

-OK.

-Quand je les vois...

Soupir

Je me dis que...

Instructions d'Hofesh en anglais

...

-T'en chies, hein ?

-Oui.

-Je devrais pas te dire ça, mais...

c'est peut-ĂŞtre bien que t'en chies un peu.

Ça se voit que t'as toujours eu de la chance.

T'as toujours été douée,

t'as toujours eu ton petit accès facile à la beauté.

Peu de gens ont droit à ça, tu sais.

Moi...

Moi, j'ai pas eu le droit à tout ça.

Jusqu'ici, aller bien, pour toi, c'était normal.

Non. Aller bien, c'est pas normal.

Aller bien, c'est une chance.

En fait, aller bien,

c'est un privilège.

Alors, faire un tour du côté de ceux qui n'ont pas cette chance,

ça peut te faire que du bien.

Brouhaha des danseurs

...

Tu vois, l'artiste qui est lĂ  ?

C'est typiquement le genre de gars qui était mal parti dans la vie.

J'ai connu ses parents.

Le pauvre, on peut dire qu'il était bien tombé.

Père violent et alcoolique. Et mère soumise.

Il a eu droit au package classique

qui lui a fait vivre une adolescence de merde.

La cuisine,

ça l'a sauvé.

Tu sais ce qu'a dit la première femme alpiniste

qui a gravi l'Himalaya ?

-Non.

-"C'est parce que j'étais tombée très bas

"que j'ai pu monter aussi haut."

Soupir ému

...

OK ? (-Oui.)

Respiration profonde

Baiser

Soupir

-Bon, tu la mets, cette table ?

*Musique répétitive et percussive avec voix

*...

*...

*Musique répétitive sombre avec violoncelle

*...

*...

-Qu'est-ce que tu fous tout seul avec ma chaise ?

Tu veux la péter ? -Désolé, tout le monde est parti.

-Oui... ben non !

Fais-toi plutôt aider par Élise.

Hein ! Élise, va l'aider

avant qu'il casse ma chaise.

Allez, vas-y. De toute façon,

même blessée, tu peux pas danser plus mal que la chaise.

Soupir amusé

Allez !

Faut que tu redanses un peu. Ça va te faire du bien. Allez !

AĂŻe !

-Ça te dérange pas

de m'aider ? J'ai besoin de répéter.

-Non, t'inquiète. Elle a raison.

Je peux pas ĂŞtre plus mauvaise que la chaise.

-Donc, c'est super simple. L'idée, c'est que t'es une femme morte.

C'est cool, si t'arrives Ă  trouver un regard vide.

-OK. -Tu sais, vraiment morte.

Euh... Tu te détends, tu te relâches. Moi, je te fais danser.

Et t'essayes de suivre.

-OK, je vous ai vus un peu répéter.

-OK. Ça va être plus simple, alors. On commence assis.

Tu peux t'asseoir entre mes jambes. -Oui.

-Oui. VoilĂ , rapproche-toi bien.

-Comme ça ? -Oui. Là, ça suffit.

Et donc, vraiment... Direct.

Tu peux regarder, diagonale basse.

Avec tes yeux, ouais.

On commence juste tout doucement.

Je te redresse légèrement.

Détends tes poignets et tes coudes.

Laisse-les tomber. Voilà, c'est ça.

Et ferme la jambe. Ramène-la.

-Comme ça ? -Parfait.

Et un grand jeté.

Robinson souffle.

T'as fait de la danse, ça se voit.

-Élise !

Je croyais

que tu ne pourrais plus jamais danser.

Robinson,

ne la casse pas.

-Ça va. -T'es sûre ?

-Si ça te fait mal, on arrête.

Rire

-Non, ça va.

Au contraire, ça me fait du bien.

-C'est quoi, ton prénom ? -Élise. Élise Gautier.

-Adèle m'a parlé de toi. Vous étiez dans la même compagnie ?

-Oui. -OK.

On se le refait ? -Oui.

Brouhaha animé

...

-Parfois, je me sens trop masculine.

-ArrĂŞte ! Y a pas plus femme que toi.

-Je suis d'accord. Attends...

-Non, je me sens pas féminine. Je me sens pas...

-N'importe quoi ! ArrĂŞte. -Si.

-Et je sais mieux que toi ce qui est féminin.

-D'où tu sais ce qui est féminin ?

-Parce que les mecs sont plus sensibles à détecter ce qui est féminin.

...

-Salut.

-Salut.

...

... -Thank you very much.

-Ça va ? -Oui, ça va. Et toi ?

-Je voulais te remercier pour cet aprèm.

-Merci à toi. Ça t'a aidé ?

-Si, je trouve que t'es jolie.

-Excuse-moi ? J'ai pas compris.

-Je te trouve jolie.

-Je suis jolie ? -Oui.

-Jolie ?

Rire -Mais qu'est-ce que...

-Je suis jolie ?

-Ça te fait chier que je te dise ça ?

-Non, pas du tout. J'adore qu'on me dise que je suis jolie.

Brouhaha animé -OK...

Ă€ plus. -Ă€ plus.

...

Je peux prendre ça ?

...

-C'est une insulte. -T'es jolie.

-Mais arrĂŞte ! -Je t'insulte pas.

-Mais si ! -On n'est pas d'accord.

-On sera jamais d'accord.

-Pour moi, c'est pas une insulte.

-La "joliesse", c'est hyper rabaissant.

On dit pas Ă  quelqu'un qu'il est joli. Connard !

...

-Donne ça aux végans. Tu dis que c'est du tofu.

Allez, vas-y. -OK.

...

Euh... c'est du tofu.

-C'est bon ? -Ta gueule !

-Ça va, le spectacle ?

Grincements

Soupir amusé

Grincements

Soupirs

Instructions d'Hofesh en anglais

...

-Et toi, alors ? Ils font quoi, tes parents ?

-Euh, mon père est avocat.

-Et ta mère ?

-Elle est morte.

-Ah...

-C'était y a longtemps.

-Et tu le vois souvent, ton père ?

-Ouais...

Non, enfin...

-Ben, il faut.

C'est important de se forcer Ă  parler avec ses parents.

-C'est-Ă -dire ?

-Moi, j'ai pas fait ça

et je regrette de pas avoir parlé en face à face avec mon père.

-Pour lui dire quoi ?

-Juste pour lui parler.

Comme une adulte.

Tu vois ? Pas comme une enfant.

Je crois que s'il m'avait dit,

ne serait-ce qu'un petit "je t'aime",

ça aurait pu me faire vraiment du bien.

Parfois, c'est pas grand-chose, ce dont on a besoin.

Mais mon père, c'était pas le genre.

-Moi, c'est pareil. Il est pas du genre Ă  dire "je t'aime".

-Eh oui ! Souvent, les papas, c'est comme ça.

Ils cachent leurs sentiments. Je sais pas pourquoi.

-Hm...

-Ils savent pas montrer ce qui est important Ă  leurs enfants.

-Ça aurait changé des choses pour toi ?

-Énormément.

Oui, énormément.

-On va aller faire une balade.

Pour voir la mer. Ça intéresse quelqu'un ?

-Tu trouves que j'ai une gueule Ă  faire des balades ?

Brouhaha joyeux

...

-Contente d'avoir quitté ta cantine ? -Oui.

Je suis trop contente de voir la mer. En plus, on est juste à côté.

C'est cool.

... Musique électro acoustique

... ...

...

Cri

...

... Cris joyeux

...

...

...

...

Rires

...

Cris joyeux

... ...

... ...

... Rires

... ...

-À mon avis, Élise, tu peux redanser.

-Je sais pas.

Je me sens fragile.

-C'est cool, la fragilité.

C'est le nouveau super-pouvoir.

Rire

-Mais plus possible d'atteindre la perfection.

-Parce qu'avant t'étais parfaite ?

Je pense que la danse classique obéit à des règles,

et on peut essayer d'atteindre

une "perfection".

Pour moi, la danse, c'est autre chose.

Tes faiblesses,

tes doutes et tes peurs,

c'est vraiment intéressant, très humain.

Tu dois commencer à travailler avec ces énergies.

Tu dois essayer de danser autrement. Ça ne sera pas parfait.

Certaines personnes ont une belle voiture ancienne,

qu'ils gardent au garage.

Ils la laissent Ă  l'abri, ne la font jamais rouler.

Et puis elle rouille et se grippe.

Pareil pour le corps.

Tu dois faire rouler ton corps.

Les voitures aiment rouler, le corps aime bouger.

Ton corps est fait

pour vivre.

-J'adore l'image !

Brouhaha animé

...

-Élise, prends un verre !

J'ai une bouteille de rouge. Tu veux boire un verre ?

-Euh... Oui, OK.

-Bon, c'est cool. Je suis content.

T'arrives Ă  rebouger. -Oui, oui.

C'est pas comme avant, mais ça revient un peu.

Cet aprèm, après avoir fait ça, je boitais presque plus. C'est dingue.

-Hm... C'est un classique.

Quand tu boites longtemps, ça devient presque un automatisme.

Tu boites plus parce que t'as mal, mais par peur d'avoir mal.

-Comment tu sais ça, toi ?

-J'ai eu un accident y a deux ans. J'ai pas pu danser pendant six mois.

Donc, toute cette histoire d'appréhension,

je connais.

Mais faut plus avoir peur.

-Je préfère avoir peur encore un peu.

-Non, il faut pas.

Je peux t'aider avec ça, si tu veux.

Tu sais, je suis un peu comme un super-héros.

J'ai des super-pouvoirs.

Je peux transformer la glace en feu.

Rire

La douleur en plaisir.

Je peux m'occuper de ton boitement.

-Attends.

Robinson, je suis désolée.

En fait, j'ai pas du tout envie de ça.

Excuse-moi. C'est pas du tout toi, mais...

...

-On peut quand mĂŞme boire un coup ? -Oui, oui.

Soupir

Gémissement

Ah, putain...

Souffle

Soupir

Souffle

Soupir

Musique électro douce

...

Musique électro entrainante

...

Souffle

Hofesh compte en anglais.

...

...

-Pour ce mouvement,

l'idée n'est pas

de toucher,

mais d'essayer de chercher une position confortable

sans jamais la trouver.

Bon, écoutez...

J'ai invité une nouvelle danseuse.

Soyez sympas avec elle, c'est Élise.

Élise ! Bonjour.

-Bonjour, Élise.

-Bonjour. -Hey!

-Mettez-la Ă  l'aise. Approche...

Chacun rejoint son partenaire.

Mehdi, viens lĂ .

Tu seras avec Élise. Vous, mettez-vous là.

Donc, assieds-toi ici.

Tous en position, on reprend la répète.

Tu dois ĂŞtre quelque part...

entre l'abandon et le contrĂ´le.

Il s'agit d'un corps mort qui serait comme figé éternellement.

Tu fixes la diagonale

sans jamais cligner des yeux.

Lançons la musique, tu comprendras vite. Allez.

Hofesh compte Ă  voix basse.

...

*Musique répétitive sombre avec violoncelle

Bien, Mehdi.

-Tu clignes des yeux, Élise. -Je sais.

*...

*... ...

Bien.

*... ...

Super, c'est parfait.

*... ...

Laisse aller, Élise, laisse faire.

*...

Hofesh crie.

C'est mieux.

*...

Laisse-toi faire.

*...

Des petites impulsions,

très légères...

*...

Oui, elles sont mortes.

*...

Lâchez vos partenaires et enchaînez.

*...

La danse de la pluie.

Soulevez-les.

*...

Oui, bien.

*...

Ça va, ton pied ? T'y penses pas trop ?

Surtout, ne force pas.

Hofesh compte en anglais.

Attention, ici...

Il ne faut pas se contenter de faire flotter les mains,

il faut que ça gigote, que ça se tortille.

...

Voilà, c'est très bien.

C'est vraiment...

C'est un peu...

comme si le sol se dérobait sous vos pieds.

Il y a une poussée,

mais aussi une certaine fragilité.

...

...

Vous ĂŞtes formidables.

*Musique répétitive et percussive

*...

Sonnerie

...

-Allô, Yann ? *-Salut, ça va ?

-Oui, ça va. Et toi ?

-Oui, très bien. Je suis à Goa, là.

Non, je déconne...

Je viens de rentrer. Je suis rentré y a deux heures.

Mais toi, comment ça va ?

*-Oui, ça va. Je suis en Bretagne.

-Ah ouais ?

-J'ai un peu repris la danse. Ça va mieux.

*Interférences Attends.

AllĂ´ ? Attends.

*...

-Tu m'entends ?

AllĂ´ ?

-Oui. *-Oui, je t'entends.

*T'as quand mĂŞme encore un peu mal ?

-Ah, ben...

Oui, ça me fait mal quand même un peu.

*Mais franchement, ça va.

-D'accord. Si t'as mal, il faudrait qu'on se voie.

Tu peux pas vraiment redanser

si on fait pas, nous, en mĂŞme temps, les exercices pour reprendre.

*T'es oĂą, lĂ , exactement ?

-Je suis en Bretagne entre Ploërmel et Quiberon.

-Ah, j'adore !

Trop cool ! Je peux venir ?

*-Euh... -Enfin, je peux venir.

-Franchement, ça va. T'inquiète. *-Moi, je te le dis...

Ça me fait plaisir.

Et puis, honnêtement, si t'as mal, il faut pas qu'on laisse le truc comme ça.

*C'est pas possible.

-Euh...

D'accord, si tu veux.

-Bon, cool !

Super. Namasté, alors !

Rire

-Eh ben...

Ă  bientĂ´t, alors.

-Je t'embrasse.

À très vite.

Salut.

-Oui. Bises, oui.

-AĂŻe...

Musique douce

...

... Rires

... Brouhaha de conversations

... ...

... ...

-Bon, il est tard.

On rentre ?

... ...

...

Soupir joyeux

Brouhaha joyeux

Grincement de porte

-HĂ©, Yann !

Ça va ?

-Tu vas bien ? -Oui, et toi ?

-Je suis content

de te voir. -Moi aussi.

-T'as l'air bien. -Oui, ça va mieux.

-Oh, les draches ! -Oui, j'imagine.

-La Bretagne, c'est pas Goa. -C'est clair.

Mais viens !

-Je peux ? -Oui, bien sûr.

-Je veux pas déranger. -Non, au contraire.

Hé ! Je vous présente Yann.

-Salut. -SALUT.

-C'est mon kiné. -Oui...

Salut.

-Salut, Yann.

-Enchanté. Je me mets là ? -Oui, bien sûr.

Tu veux un truc à boire ? -Non. Ça va, merci.

-La tension, la rigidité...

Ça fait mal, c'est sûr.

-Justement, c'est une technique qui donne

vachement de liberté

car basée sur comment tout marche.

Quand tu comprends ça, c'est extraordinaire de liberté.

Mais pour y arriver, c'est beaucoup plus long.

J'adore encore la danse classique. C'est ma formation.

Je viens vraiment de là, comme Élise.

Et puis, je trouve ça vraiment beau.

Mais j'avoue que c'est de plus en plus dur pour moi de porter un tutu.

-Les tutus, c'est cucul, non ?

-Qu'est-ce que tu y connais, toi ? Ça a rien de cucul.

-C'est mon avis. Pour moi, un tutu, c'est cucul.

-De quoi tu parles ?

Tu connais rien en danse classique. Tu peux pas dire que c'est cucul.

-Je te parle de la forme. -Je suis assez d'accord

avec elle. Ça a rien de ridicule.

-Je me permets de vous interrompre. Je pensais comme toi avant.

Mais dès que tu vois danser quelqu'un comme Élise,

ou Adèle, ça va totalement changer ta vision.

D'un coup,

c'est plus ringard. Ça devient super beau.

-Toi, t'y connais rien.

-Y a des scènes du répertoire qui sont sublimes.

Et d'un coup, c'est pas ringard.

-Je sais. Ringard, c'est pas ce que j'ai dit.

-Y a des scènes incroyables.

-Justement. -Non ?

-Si. On va leur montrer. Rire

Cris amusés

-Prends-en de la graine. -Je regarde.

*Musique de Bach, allegro

*...

-Tu t'en souviens ou pas ?

*...

-Waouh !

*...

-Attends, viens ! -Ah non !

-Sabrina, allez !

-Allez ! -OK, OK.

*...

Rire

*...

(-Viens, viens.)

*...

-Waouh !

Applaudissements

-Alors, j'étais cucul, moi ?

-Non, non.

-Flex.

Et pointe.

Franchement, c'est pas mal.

C'est bien. Étirement.

T'as perdu un peu.

-En souplesse ? -Oui.

-Oui, peut-ĂŞtre. -C'est dommage.

Tu te lèves. Tu marches un peu. -Oui.

Soupirs

-Comment tu la sens ? -Ça me fait un peu mal, quand même.

-Peut-ĂŞtre, mais tu boites plus du tout.

Et je te regardais danser. C'est dingue, t'es pas du tout gênée.

-Ben oui.

Et c'est la première fois que j'essayais de pousser autant dessus.

-C'est vrai ? -Oui, oui.

-Par rapport au mois dernier, c'est assez spectaculaire.

-Oui.

Et puis, mĂŞme quand j'ai un peu mal,

ça me fait toujours moins mal que de pas danser.

-C'est sûr.

Inspiration

Soupir

Tu sais,

Élise, le seul truc qui compte vraiment,

ça paraît bête, mais c'est le maintenant.

Je pense qu'il faut que t'acceptes

ça y est, de revivre,

d'accepter vraiment le temps présent.

Sans être tournée vers le passé, vers les traumatismes.

C'est pas possible. -Oui.

-Peut-ĂŞtre qu'il faudrait que tu te permettes aussi de...

de rencontrer quelqu'un.

-Ben...

Je crois que j'ai rencontré quelqu'un.

Respiration fébrile

-Ah oui ? -Oui.

-Et c'est qui, ce chanceux ? -C'est Mehdi.

(-Non.)

Quoi ?

-Mehdi.

-C'est Mehdi ? -Oui.

-Qui c'est, Mehdi ?

-Tu l'as rencontré tout à l'heure.

-Oui.

Mais c'est...

Mehdi, euh... Super !

-Oui.

-Super. -Oui.

-C'est... waouh ! Rire

On va s'arrĂŞter lĂ .

Pour aujourd'hui.

-Ah bon ?

-C'est super, en tout cas. -Oui.

-Trop bien.

Je reviens dans une petite minute ? -OK.

-Ça te dérange pas ? -Non, pas du tout.

Respiration fébrile

Cri de rage étouffé

...

Coups violents

...

Cris étouffés

Claquements répétés

Expiration

Grincement de porte

-Ça va ? -Ouais.

Et toi ? -Oui.

(-Super.) Soupir

-Et...

Mais la cheville, c'est...

-Non, ça... La cheville, ça va.

*Musique répétitive, inspiration orientale

*...

-Faites-vous plaisir.

*...

C'est pour vous, y a rien Ă  prouver.

*...

Rien Ă  prouver.

Retenez l'énergie.

*...

Voilà, vous construisez des rêves enfumés...

rien que pour vous, surtout Ă  ce moment-lĂ .

*...

Bien.

*...

On relâche...

Relâchez.

Et ample !

Bien.

Brouhaha animé

...

Au loin -Elise !

-Tiens. -T'as toujours deux jobs ?

Élise rit.

-Élise !

-Faut que j'y aille. -Élise !

-Oui, j'arrive !

-C'était bien ? -Ouais !

Brouhaha animé *Musique électro

... *...

-C'est trop bon.

... *...

Yann !

C'est trop bon, non ? -Ouais...

... *...

Excusez-moi, je vous coupe, mais...

C'est trop bon ce que t'as fait. Bravo ! -Oui ?

-Oui. Je peux en repiquer ?

-Goûte avec une petite poire. Ça, ça vient de Bourgogne.

C'est bien. Remets-moi de ton truc.

Tchouk ! Tchouk !

-Hop !

-Merci, merci !

-Ouah, la vache !

-Y a de la flamme !

-Alors, je vais te dire, ça...

Ça, ça va très, très bien avec cette musique.

Ta connerie, tout ça...

-J'ai mis de la vanille de Madagascar.

-Hm !

-Ça me faisait penser à la musique.

T'entends ? Tic, tic...

Josiane et LoĂŻc chantonnent.

-C'est délire, ton truc.

Attention ! Poire, chocolat, vanille. Poire !

-Poire ! Deux fois poire.

-Poire, oui. Poire.

C'est poire-poire qui...

Mais Hofesh, il fait vachement ça, des associations, oppositions...

-HĂ©, ho ! Quand on voit ce qu'on voit,

qu'on entend ce qu'on entend...

D'accord ? Qu'on mange ce qu'on mange... -On a raison

de penser ce qu'on pense.

-Moi, dans des moments comme ça,

je pourrais presque jouir.

-Oh ! -Quoi, "oh" ? Ben...

-Ben si ! -Oui.

-Il comprend rien. Non, mais tu vois ce que je veux dire ?

(C'est... tout ça. Tout ça, là !)

Tout ça, c'est la danse.

Les résidents que je préfère, c'est les danseurs.

Parce que tu vois, ils font les...

Tu vois ?

Moi, j'adore parce qu'ils... Je sais pas.

-Quand ils bougent ? -Avec les...

-Les mains ?

Le corps ? Les bras ? -Quand ils lèvent les bras ?

-Le mouvement ? -Oui, oui...

-Quand ils dansent.

-Moi, je veux ça.

Je veux ça. Je veux ça...

dans mon assiette.

Brouhaha animé *Musique hip-hop

... *...

Rires

-Yann, les poignets !

-Ça va, ça va !

Laisse-moi. Laisse-moi.

... *...

-Moi, je peux pas le faire

... avec ma guibole !

... *...

Applaudissements -C'est cool ! Merci.

Grincements

Respirations haletantes

...

Ils se saluent en anglais.

-Ta jambe ?

-Ça va mieux. Va savoir pourquoi !

-Super.

J'ai eu une idée.

Tu pourrais nous suivre Ă  Paris.

-Tu veux dire...

pour danser avec ta compagnie ?

-Pour danser sur scène avec nous.

T'en dis quoi ? -Ce serait super !

-Alors, allons-y.

-C'est juste que...

je suis pas sûre de tenir le coup tout un spectacle.

-Écoute, tu as un médecin ?

Tu lui en parles et tu me diras.

Après toi.

-Merci. -Je t'en prie.

-Tchao ! -Ă€ bientĂ´t ! Salut !

-Tchao ! Merci ! -Au revoir, Sabrina !

-Tchao !

-Tu le connais ? -Ben oui, je le connais.

-C'est qui, ce mec ?

-Tu rentres quand ? -Dans 15 jours.

-Et ?

-Et quoi ?

-Ben...

je sais pas.

-Mehdi !

Mehdi, on y va.

-Vas-y.

Soupir

Chant choral

...

...

-C'est tellement beau.

-Oui.

...

(-T'es con !)

(Putain...)

...

Rires

Cri

... ...

... ...

Grand cri

Rires

... Cri

... Rires

... ...

(Il me fatigue.)

...

...

-Tchao !

-Merci, Josiane.

-Merci.

Au revoir.

-Hé, hé !

Tu déconnes pas, hein ?

Tu t'y remets.

Faut que tu redanses. Si tu redanses,

tu vas tous nous aider à avoir notre petit accès à la beauté.

Tu me promets ?

-Oui.

Je te promets.

Moteur

Merci.

-Allez, hop !

Soupir

-Sincèrement, c'est assez impressionnant. Votre malléole

ne présente plus de trace

et l'arrachement osseux ne se voit presque plus. Regardez.

MĂŞme s'il faut encore laisser reposer l'articulation,

on peut déjà écarter l'opération. -Ah oui ?

Je sentais que ça allait mieux. -Oui, mais soyez patiente

et ne faites pas d'effort.

-Oui, mais je sens que ça va mieux.

-Le corps, c'est comme une voiture.

Si vous essayez de rouler avec un essieu déjà endommagé,

vos chances d'accident sont plus élevées que si vous ne sortez pas la voiture.

Respiration haletante

...

-Je suis trop contente que t'aies redansé.

Mais franchement, le contemporain, j'arrive vraiment pas.

C'est vrai, t'es trop souvent

ancrée dans le sol. Y a pas de légèreté, alors que...

Je sais pas... En classique, t'es tournée vers le ciel.

Y a un truc plus aérien qui me va mieux. -Oui.

C'est vrai qu'on est plus sur les appuis, plus en contact avec le sol.

En contemporain, ou en hip-hop,

c'est comme si y avait un rapport Ă  la terre.

Au réel.

Le sol, ça fait peur en classique. -Oui.

-LĂ , c'est comme si mes pieds

cherchaient le sol au lieu de le fuir, et c'est ça que j'ai aimé.

Ça me fait voir la danse classique autrement maintenant.

-Le classique, c'est plus du côté du rêve.

C'est ça que j'aime, franchement.

-Le réel, c'est bien parfois.

Cela dit, chez Hofesh, il y a une vraie forme de spiritualité.

Y a comme une quĂŞte de l'au-delĂ ,

à chercher la lumière, un truc plus grand que l'humain.

Mais de manière plus tribale, plus animale.

Et moi, j'adore ça.

Soupir

Sonnerie

...

AllĂ´ ?

-Alors ?

-Alors, quoi ?

-On se voit ? *-On se voit ?

Rire

T'es oĂą ?

-Je suis vers Botzaris.

-OK, attends.

Ambiance de trafic urbain

...

*OK. Si tu viens chez moi, ça fait 19 minutes.

-Oui, OK. Attends, parce que...

Si tu bouges toi aussi, on peut se voir dans moins de dix minutes.

-Tu cours, lĂ  ? *-J'arrive.

-OK.

Musique tribale

...

... Respiration haletante

... ...

...

... Respirations haletantes

... ...

Sonnerie

C'est mon père.

Je réponds pas. -Si, si. Vas-y.

...

*-AllĂ´ ? -AllĂ´, papa ?

-Je te dérange pas ?

-Non.

-Dis-moi, Élise, je vais à Paris demain.

Et ce serait bien qu'on mange ensemble.

Non ?

-Euh, OK, oui.

Tous les deux ? *-Oui.

Tu me rejoins au cabinet d'Amaury, tu veux bien ?

-Euh... oui, je vois oĂą c'est. OK.

*-VoilĂ .

*À midi et demi ? -OK. Midi trente, ça me va.

*-Ça te va ?

*D'accord ? -Euh... Ă  demain ?

*-D'accord, très bien.

Tu as reçu le livre que je t'ai envoyé ? *-Ah oui...

mais je l'ai pas lu.

J'ai pas le temps. J'ai beaucoup de boulot en ce moment.

*-Ah ! Lis-le.

Tu sais, tu lis une page par jour.

120 pages, 120 jours. C'est rien, 120 jours.

-Ă€ demain ? *-Euh, Ă  demain.

*Bon, je t'embrasse. -OK.

Oui, moi aussi.

Hofesh compte en anglais.

Cris rythmiques

...

-Bien, super.

On a dix cordes. Chaque doigt est une corde...

qui vous emporte chaotiquement.

Hofesh compte en anglais.

-C'est venu de nulle part.

-Bonjour. -Oh, ma fille !

-Oh là là, Élise !

-Eh oui ! Tu reconnais Amaury ? Rire

-Oui. Bien sûr ! -Oh ! Pas sûr, hein ?

Je vais avoir l'air d'un vieux cacochyme,

mais je me souviens de toi toute petite, avec tes deux sœurs.

-Oui, oui. Ça fait longtemps.

-Mais tu ne connais pas Alban de Vouvray.

-Et c'est un tort car je gagne Ă  ĂŞtre connu.

-C'est un de Vouvray...

-DE VOUVRAY !

-Je suis de Vouvray. Alors, ça les fait rire.

Rires

Tu le sais peut-ĂŞtre pas,

mais ton père, dans le métier, c'est une vedette.

On l'appelle le "Plaide-boy" en raison de ses plaidoiries inoubliables.

-On l'appelle aussi Henri le bavard,

dit "la bavette", dit "la mitraillette"...

-ArrĂŞte. -... dit "Henri Punchline".

-Ça va être ma fête.

-Mais non !

Rires

Vous déjeunez avec nous ?

-Ben... -Oh, ben oui !

-Non, non. On a prévu de déjeuner ensemble.

-La famille ! -On vous laisse.

-Ă€ bientĂ´t ! -Ă€ bientĂ´t ! Salut.

-Tu voulais déjeuner avec eux ? -Ah non, non !

-Ça va, Henri le bavard ? Rire gêné

Ça, c'est les deux loustics qui m'appellent comme ça.

Soupir

Ah, mais tu boites plus du tout, toi !

-Oui, ça va nettement mieux. -Waouh !

-Je reprends la danse.

-Ah oui ? -Oui, je dois faire un spectacle.

J'espère que je vais pouvoir le tenir toute la durée.

-OK, mais c'est pas un peu dangereux de...

-Non.

-Formidable, alors ! Si tu...

On va manger. T'as faim ?

-Oui.

-Moi aussi.

-Je suis contente que tu sois venu Ă  Paris.

-Ben... oui.

J'avais un cas compliqué à régler.

On était à deux doigts du non-lieu.

Enfin...

-Pourquoi tu voulais pas venir manger chez moi ?

-C'est bien, ici.

-Oui, mais je sais pas...

-On venait toujours ici avec ta mère.

-Papa, ça me manque que tu t'intéresses pas vraiment à moi.

Ă€ ma vie. -Quoi ?

-Tu te rends pas compte, mais t'as toujours été froid avec moi.

-Froid, moi ?

-Ben, par exemple,

tu m'as jamais dit : "Je t'aime".

Y a plein de gens qui le disent sans problème.

-Moi, je te l'ai jamais dit ?

-Non.

-C'est quoi, ces conneries ?

-Ben, vas-y.

-Quoi ? -Ben, dis-le !

-Je te le dis... Faut pas en douter.

-Non, mais dis-le vraiment.

Dis : "Je t'aime, Élise".

-C'est pas quelque chose qu'on dit comme ça, sous la menace.

Sincèrement, tu as l'impression que j'ai toujours été froid avec toi ?

-Oui.

-Ça a pas toujours été facile pour moi après la mort de maman.

-Pour nous non plus, ça a pas été facile.

Tu veux pas venir voir ce que je fais ?

-Je sais pas. Tu fais quoi ?

-Je t'ai dit. Je fais de la danse contemporaine.

-De la danse contemporaine ? -Oui.

-Oh, formidable !

Mais maintenant ? -Oui, maintenant.

-Maintenant. Ben alors, oui.

Allons-y. -Cool.

-Avec plaisir.

Vas-y.

-Je voulais te présenter Mehdi.

-Bonjour, monsieur. -Enchanté.

Henri.

-VoilĂ . Mehdi, c'est...

Mehdi. -D'accord.

-Oui. Rire embarrassé

-Formidable.

-Faut que j'aille me changer, mais installe-toi.

Tu peux te mettre lĂ -bas si tu veux.

Je te présenterai Hofesh après. -Oui.

-J'arrive.

Hofesh compte. Claquements de doigts

...

... Cris rythmés d'Hofesh

... ...

Cris gutturaux d'Hofesh

Les danseurs grognent.

...

-Formidable, hein !

C'est très impressionnant. Oh oui...

Tu peux me dire oĂą sont les wawa ?

-Ah ? Euh...

Hofesh parle en anglais.

Hofesh !

Pipi groove?

-Allez, tous en mode pipi.

Applaudissements rythmiques

...

... Cris tribaux

... ...

-Je suis en retard, moi.

-Tu pourras venir à la première ?

-Euh, je sais pas.

Je vais avoir beaucoup de travail.

-Papa, essaye. C'est important pour moi.

-Mais j'essaye, mais...

Mais oui, j'essaye.

Au revoir, Adèle. -Au revoir, Henri.

Trafic urbain

...

Brouhaha du public

...

Brouhaha de chuchotements

...

Brouhaha du public

...

-Regarde ! Y a Élise, là. -Ah ouais !

T'as vu Élise, papa ? -Où ça ?

Ben... -Ah non ! Elle est repartie.

...

-C'est hyper modulable. À chaque fois, ils font...

Chuchotements

Respiration fébrile

*Musique répétitive orientale et percussive

*...

*...

*...

*...

*...

Cris

*...

*...

Cris

*...

Cris rageurs

... *...

*...

*Musique répétitive douce

*...

*... Applaudissements

... Cris joyeux

... ...

-Bravo !

... ...

-J'étais assise à côté de ton père. -Ah ouais ?

-OĂą il est, d'ailleurs ?

Alors, on l'a perdu ?

Musique répétitive douce

...

...

-Au moment où on a sauté comme ça, je suis partie à 7.

-Au lieu de 8 ?

-Y a pas eu un truc bizarre au début ? -Si ! On était super proches, non ?

J'ai eu l'impression... -Je t'ai touchée.

-C'est ça ! Dans le noir, en fait...

J'ai juste senti dans le noir.

Au retour des lumières, je me suis dit : "Comment on va faire après ?"

-Élise !

-Hé ! Salut. -Salut, ça va ?

Waouh ! Je voulais te dire bravo. C'était incroyable.

Rire -Ben, merci.

-Oui, pardon...

Ben, Élise. Élise !

-Enchantée. -Ah ouais ? Enchantée.

-C'était super. -Merci.

-Qu'est-ce que... Vous faites quoi ?

-On va boire un coup.

-Ah, cool ! Bon, on les suit ?

-Ouais, je sais pas... -Non ?

Cris joyeux

-Élise, génial !

-Élise, la meilleure.

-Trop bien, ouais !

Oh ! J'ai adoré. Ça m'a donné des frissons.

-Génial ! -C'est vrai, ça vous a plu ?

-T'es ouf ? C'était trop beau.

-Tu m'as convaincue.

-Mais si, je te dis ! C'est ça qui est beau.

Ben, on n'est pas d'accord.

-Après, tu commences celui-là. Moi, je suis dans le virage.

Rires

-C'est ça !

Brouhaha animé

Musique de ballet douce (La Bayadère - Acte 3)

... ...

Cris joyeux

... ...

...

Musique de ballet majestueuse (La Bayadère - Acte 3)

...

-Chère maman,

quelques jours avant que tu nous quittes, tu m'avais dit :

"Profite de toutes les vies que la vie pourra te donner."

Maman,

aujourd'hui,

je commence une nouvelle vie.

Rire

Cris joyeux

... ...

... Rires

... Cris joyeux

... ...

...

...

...

...

...

...

Effets de saturation

...

Rock métal

...

...

...

...

Sous-titrage : HIVENTY

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