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Zulu
- Hé!
C'est beau, on arrive!
Va chercher le...
Hum... Quand je calcule ça,
je pense que j'ai commencé à croire que j'étais un artiste
quelque part au milieu de mon cégep.
Puis selon le même calcul, je pense que j'ai arrêté
d'y croire quelque part au milieu de l'université.
À la base, mon impression d'être un artiste
sortait pas de nulle part. J'avais fait deux shows de Kiss
dans mon sous-sol au primaire, j'avais joué
dans une pièce de théâtre obligatoire au secondaire,
j'avais suivi un cours de cinéma au cégep, je faisais de l'impro
et j'avais presque terminé
mon certificat de scénarisation à l'université.
Moi, je trouvais que c'était un pas pire CV,
mais bon, j'avais jamais réussi à trouver de job
dans le domaine artistique à Québec.
Le plus proche que je m'étais rendu, c'était un genre
d'entrevue dans une boîte de pub sur la Grande Allée
et sincèrement, cette entrevue avait duré moins longtemps
que le temps que ça m'avait pris pour me trouver un parking.
Ça fait que c'est pour ça que rendu au printemps de 1994,
bien, je m'étais déjà fait à l'idée
que j'allais être comme tout le monde. Comme vous autres.
J'étais destiné à devenir un membre actif de la société,
un travailleur anonyme, un numéro parmi tant d'autres.
Puis l'autre raison qui m'avait ramené les pieds sur Terre,
c'est que... ah! il fallait que je paie mon nouveau char.
En fait, le char, c'était pas si pire.
Mais bon, j'étais tellement énervé
quand j'avais acheté ça que j'avais oublié un détail.
- Combien? - 1580$.
- Bien voyons donc, madame!
Les assurances. En bas de 25 ans, pour un homme célibataire,
ça coûtait pratiquement le même prix
que mon terme mensuel, tabarnac!
OK, j'ai jamais eu d'accident avant.
Ça change rien, ça? - Non, ça change rien.
- Puis si je l'assure juste d'un bord?
Bref, j'avais abandonné mon rêve de devenir cinéaste.
J'avais besoin de gagner ma vie.
Fait que pour l'instant, j'étais vendeur itinérant.
En théorie, ça avait l'air facile,
je vendais quatre livres. Juste quatre.
Un livre de recettes, un livre pour enfants,
un atlas et un autre crisse de gros livre de recettes.
Bonjour, madame. Ça va bien?
- Oui, oui. Qu'est-ce que je peux faire pour vous?
- Je sais pas si vous vous souvenez de moi,
mais la semaine passée, je suis passé
et j'ai laissé des livres en consigne.
- Ah, bien oui! Je me rappelle de vous.
Le gars aux livres, bien oui!
Ça, c'est les livres en consigne. Ici...
Bon, on a besoin de deux atlas. J'en ai un.
- Super. Tiens, un autre.
- Qu'est-ce qu'on mange?, j'en ai besoin de trois. J'en ai un.
- Deux! Parfait.
- Après ça, quatre livres pour enfants. J'en ai un.
- Trois! Parfait, c'est un excellent choix.
- Parfait.
Les chèques sont là. Voilà!
- Super, c'est parfait ça! Tout est là, bien oui.
- Bon! Parfait. Merci beaucoup, hein!
Ah, et avant que j'oublie,
le monsieur de la sécurité voulait vous voir.
- Ah oui? Le... Lui, là?
OK, bien, parfait, je vais lui jaser ça. Merci pour tout.
- Bien, oui! Certain. Bye, bye!
- Hé! Hé!
- Ouin, comme je disais,
la seule affaire plate avec ce job-là, c'était ça.
C'était pas illégal, mais crisse,
c'était clairement pas légal non plus.
- Hé!
- Me semble, il y avait une affaire
de permis de vente en lieux publics,
puis, comme vous pouvez le voir, bien,
je l'avais pas, cet ostie de permis-là!
Hé!
- Sérieux, là, on aurait dit que vendre des livres de recettes
du Cercle des fermières à l'Université Laval,
bien, c'était aussi grave
qu'importer de la coke de Colombie, simonac.
- Hé! Hé!
Puis si je vous raconte ça, c'est parce que ce jour-là,
ma vie allait prendre un nouveau tournant.
Bien non, c'était pas ça, le nouveau tournant. Ça s'en vient.
Estie.
- As-tu acheté le parmesan? - Ah non, j'ai oublié!
- Qu'est-ce que tu fais, là? - Je vais acheter le parmesan.
- Non, non, Ricardo va y aller.
C'est lui qui était supposé y aller, il va y aller.
Il a un char de l'année, astheure.
- Non, j'ai pas le temps. Vous mangez quoi, vous autres?
- On mange une recette du livre que tu nous as vendu
et ça prend du parmesan, fait que c'est toi qui vas y aller.
- Des pâtes aux courges, voyons, ça se mange sans parmesan, ça!
- C'est pas une question de ça se mange ou ça se mange pas
avec du parmesan; on t'a demandé un service, t'as encore oublié.
- Voyons, on va pas se pogner pour du parmesan!
- C'est pas le parmesan, le problème, je te dis!
C'est que tu t'en crisses quand on te demande des services!
- Engueulez-vous. Moi, j'y vais! - Non, Benito!
- Comment, non? Il a oublié. Tu veux la faire, la recette,
oui ou non? - Oui, on va la faire,
la recette, mais c'est Ricardo qui va y aller.
Là, je suis tannée! Un point, c'est tout!
- Oui, allo? - Oui, bonjour.
Je pourrais parler à Ricardo "Trogui", s'il vous plaît?
- Oui, oui, c'est moi. - Bonjour, Ricardo.
Vicky Langlais de l'émission La course. Ça va bien?
- Pas ton pesto, je suis tannée. Moi, j'en veux plus.
- La course? Oui. Oui, oui. Attendez-moi deux secondes.
OK, maman! Chut! Crisse, c'est La course!
Oui, ça va bien, merci!
- On a une bonne nouvelle pour toi.
- Ah oui?
- On a beaucoup aimé ton film de sélection
et ton dossier, donc j'ai le bonheur de t'annoncer
que tu fais partie des 40 finalistes
pour la prochaine saison de La course!
- Wow! Hé, c'est... C'est super, ça!
- T'as franchi la première étape, mais c'est pas fini!
- Non, non, non. Je sais. - Je vais acheter le parmesan.
- Laisse faire avec ton ostie de parmesan. C'est La course!
- J'ai une date et une heure de convocation
pour ton entrevue. Comme tu sais déjà probablement,
suite aux entrevues, on va retenir 15 candidats
qui devront faire deux films chaque.
Des films qui seront notés par l'équipe ici.
Les huit candidats qui ont ramassé le plus de points
seront les candidats qui vont partir
pour la grande aventure de 180 jours.
Est-ce que c'est clair? - Oui, c'est très clair.
Je connais le processus. Je l'écoute, La course.
- Bien oui qu'on l'écoute, La course!
- Bon, bien, on se voit à Montréal...
Attends un peu, c'est où que je t'ai mis, toi?
Ah, ici. Est-ce que le 24 mai, 10 h 00, ça te convient?
- Hein? - Oui...
Oui. Deux petites secondes.
- Câlisse.
- Oui, le 24... Le 24, oui, je pense que j'ai pas
d'autres meetings cette journée-là.
- On n'a rien, le 24.
- OK, bien, j'ai hâte de te rencontrer.
- Bien, moi aussi! Moi aussi! Merci!
- OK, bye! - Bye!
- Puis? Qu'est-ce qu'ils voulaient?
Qu'est-ce qu'ils voulaient?
- J'ai été choisi pour l'entrevue de La course.
- Ah, mon Dieu, mon fils va passer à la TV!
- Quelle course? - Relaxez, c'est juste l'entrevue!
- Vas-tu passer à la TV? - C'est quoi, La course?
- Non, bien oui...
Regarde. Tu le sais, tu l'écoutes La course.
Avant, il faut se qualifier. Puis là...
Il faut que je réfléchisse, câlisse!
Je sais pas ce qu'il faut que tu fasses
pour te qualifier. Ricardo!
La course, Benito!
- Ouin... Bien, tantôt, quand je vous ai fait le CV
de mes tentatives artistiques, je vous ai pas parlé de ça.
Probablement parce que j'y croyais pas vraiment,
mais là, pour une fois,
les planètes avaient l'air de s'aligner pour moi.
Le monde artistique m'ouvrait enfin un peu sa porte.
Fallait juste qu'une fois en dedans,
je me fasse pas sacrer dehors.
- Ricardo, dis-moi-le donc
ce qu'il faut que tu fasses pour être choisi!
- Il faut que j'y croie.
Bonjour, allo!
Mais dès que je me suis assis,
j'ai senti le rythme de mon coeur monter solide.
Ostie que j'étais nerveux! Comme ma mère, des fois.
Puis ça, tu veux pas ça.
Excusez, je vais juste remettre mon...
OK, parfait!
- Ça va bien, Ricardo?
- Oui, ça va. Ça va. J'ai un peu chaud, mais ça va être correct.
Vous autres, ça va bien?
- Oui, ça va bien, merci. Merci.
Bon, j'ai une petite question pour toi pour commencer.
Euh... Ricardo "Trogui", ça vient d'où, ça?
- Euh, c'est Trogi. Euh...
Bien, je... Ça...
Ça se prononce avec un "D", mais ça s'écrit pas avec un "D".
Je l'ai écrit sûrement sur mon petit dossier.
C'est parce que mon père est italien.
J'ai pas écrit que mon père est italien sur mon dossier, là,
mais mon nom, Trogi,
T-R-O-G-I, bien, ça, c'est sûrement écrit sur le dossier.
- Oui, on avait compris. Merci.
- Et toi, tu parles italien?
- Non, je parle pas... Bien, un petit peu.
Oui et non, mais en fait...
Je parle un petit peu,
mais comme un enfant de huit ans, là. De six ans, même.
J'ai passé un été de temps dans une université en Italie
pour apprendre la langue, ça fait que...
Tu sais, je sais comment demander des directions
ou commander ce que je veux manger,
parler un petit peu avec le monde,
mais encore là, ça dépend avec qui
parce que comme vous savez sûrement,
en Italie, chaque région a son dialecte, tu sais.
Mais c'est pas comme ici avec nos accents, tu sais.
Admettons, moi, je m'en vais aux Îles-de-la-Madeleine,
il y a quelqu'un qui me parle, je comprends.
Tu sais, c'est la même langue, c'est pas un dialecte, tu sais.
Parce que les dialectes, c'est quand même vraiment différent.
Il y a des mots qui changent complètement, tu sais.
Et l'italien, moi, que j'apprenais dans ces cours-là,
bien, c'était de l'italien qu'on parle à la télévision.
L'italien officiel, je dirais.
Puis ils disent que l'italien qui se parle à Florence,
bien, ça, c'est sûrement lui
qui se rapproche le plus de l'italien officiel.
Je m'en souviens pas exactement, mais je pense que c'est ça, oui.
Celui à Florence... Oui.
- En Sicile, ils parlent pas pareil pantoute.
Oui, ils parlent italien, mais quand ça leur tente, mettons.
Je me souviens, un moment donné, j'ai vu un bonhomme avec un âne.
Tu sais qu'il y en a qui vivent encore comme en 1880, hein!
Je lui ai demandé si je pouvais
le prendre en photo lui et son âne, tu sais!
Bien, j'ai rien compris de ce qu'il m'a répondu!
Non seulement j'ai rien compris, mais rien, là,
mais il a fini par se fâcher bien noir
et il a donné une tape sur mon kodak! Hé, hé, hé!
Tout ça pour dire que oui, oui. Oui, oui, oui, je parle.
Mais des fois, ça peut mal finir. Ha! ha! ha!
Dialecte.
- Excusez-moi, je vais juste prendre un petit verre d'eau.
Merci, merci.
Oups! Câline...
- Moi aussi, j'ai une question.
On a beaucoup aimé ton film de sélection,
mais ça nous dit pas tout sur toi.
- OK. - Sans trop élaborer,
qu'est-ce qui te touche le plus dans la vie, Ricardo?
- Ce qui me touche... - Le plus, oui.
Sans trop élaborer. Ce qui te touche le plus.
Ce qui te bouleverse. - Ce qui me bouleverse?
Je comprenais la question, mais c'était pas le genre d'affaires
auxquelles je pensais souvent, souvent, honnêtement.
Je veux dire, j'essayais de penser à de quoi de grave,
une guerre, une injustice quelconque,
l'affaire qui me faisait pleurer, mais rien me venait.
En fait, oui. J'avais une chose de précise dans la tête
qui me bouleversait, mais je pouvais pas le dire,
ça avait pas rapport.
Je repensais à Chantal avec un "L", c'est comme ça
qu'elle l'écrivait. La fille avec qui j'étais en amour
depuis une couple de mois et qui m'avait dit...
- Je trouve que toi et moi, ça fait trop "chum-blonde".
- Trop "chum-blonde".
Comprenez-vous de quoi là-dedans, vous autres?
- Si ça peut t'aider, dans ton dossier de candidature,
t'as écrit quelque chose de très beau.
"Je pourrai jamais empêcher les hommes de tuer leurs enfants."
- Hum...
- C'est très touchant, ça.
- Ah bien, merci.
- T'as écrit ça parce que t'aimes vraiment
les enfants ou au sens plus large?
- Hum, hum! Oui, c'est ça...
Bien, j'adore les enfants puis...
Mais c'est ça, c'est au sens plus large, comme vous dites.
C'est un peu ma position sur le monde.
- C'est tout pour moi. Merci.
- Oui? OK.
Sérieux, là, "j'ai jamais pu empêcher les hommes
"de tuer leurs enfants",
c'est clair que j'avais écrit ça pour faire artiste.
Je veux dire, oui, j'étais d'accord avec le principe.
Mais honnêtement, je pensais pas à ça souvent, souvent, là.
Je sais pas vraiment où j'avais pris ça, sans joke.
Tout ce que je sais, c'est que j'ai passé la semaine
à me demander si ma citation sur les enfants allait faire la job
ou si ça allait me caler.
Ouin, plus la semaine avançait,
plus je me disais que j'avais pas l'ADN de La course.
Je repensais aux candidats des années précédentes puis...
clairement, il y avait plus de fans de Leonard Cohen là-dedans
que de fans d'Aerosmith comme moi.
J'étais probablement pas un artiste.
Puis finalement, ça commençait à paraître.
- Ricardo! Câlisse! Ricardo!
Téléphone! C'est La course!
- Oui, Ricardo? Pierre Gérard de La course.
T'as franchi une grosse étape. - C'est vrai?
- Ah oui, mon gars.
J'ai le plaisir de t'annoncer que t'as été sélectionné
dans les 15 derniers finalistes.
- OK, c'est... C'est super!
- Ils l'ont pas encore pris?
- Chut, on est au téléphone, là!
- Il te reste encore deux films de sélection à faire
et si tu fais ça comme du monde, tu pars pour la grande aventure.
- OK, bien, c'est une bonne nouvelle, ça!
- Vicky va t'appeler pour les détails. Bravo encore, mon gars!
- OK, bien, merci! Merci beaucoup! Yes!
- Qu'est-ce qu'ils voulaient? Vas-tu passer à la TV?
- Bien, là, attends. C'est pas sûr!
- Tu vas passer à la télé!
- Mais arrêtez de gueuler.
Ça change quoi qu'il passe à la télé?
- Ça change tout, innocent! Il faut que j'appelle Mariette. - Non, non, non!
- Ça fait que c'est ça.
Dès le lendemain, je me suis mis au travail.
Je vous résume ça vite. Mon premier film
de sélection, je l'ai fait
sur un ancien militaire iranien converti à la poésie.
Ça avait donné de quoi de bien beau, je trouve. Ouin.
Puis le deuxième, bien... Ah, ça, c'est con.
J'ai tourné ça aux Îles-de-la-Madeleine,
mais tout ce qu'il me reste, c'est un plan large
de l'île d'Entrée
et un plan de ce cheval-là de dos.
Je sais pas pourquoi, mais j'ai effacé le reste.
Anyway, c'est pas grave. Ça racontait l'histoire
d'un cheval qui était parti de l'île d'Entrée
et qui avait traversé à la nage jusqu'à Cap-aux-Meules.
Rien de controversé, mais assez original, je dirais.
- On voulait commencer par vous dire un gros merci.
Ça fait que deux semaines plus tard,
on s'est ramassés ici, les 15 finalistes.
C'était aujourd'hui qu'on allait connaître le nom des huit
qui partaient et oublier celui des sept qui restaient.
Et ce qui est drôle, c'est qu'à mon souvenir,
tout le monde était pas mal souriant.
Comme si tout le monde pensait qu'il allait partir.
- Et pour ça, vous avez raison d'être fiers. Bravo!
- Wouh!
- Durant les deux dernières semaines, on vous a vu aller.
On a vu comment vous étiez passionnés.
Puis sincèrement, moi, j'ai juste envie
de vous dire un gros "je vous aime".
Dans mon coeur, vous êtes tous capables
de faire La course. Ça, ça fait pas de doute.
Vous êtes tous bons!
- Alors, sur ce, c'est à moi que revient l'honneur
et à la fois la tâche ingrate
de faire l'annonce des scores finaux et ainsi dire,
les participants de La course 94-95.
Alors, sans plus tarder, en première place,
avec un total de 83 points, Ricardo Trogi.
- Woh! J'ai figé.
Je sais pas pourquoi, je suis resté bien calme,
mais je n'entendais plus rien.
Puis bien honnêtement, finir premier, c'était bien le fun,
mais jamais comme réaliser qu'enfin,
on me donnait ma chance.
Je pensais juste à une affaire: mon ancienne vie était terminée.
Adios! Après 24 ans de questionnements
sur ce que j'allais faire dans la vie, de jobs plates,
de détours inutiles, d'anonymat,
d'envies d'être quelqu'un d'autre,
de gamiques pour m'en sortir,
tout ça était enfin fini.
J'étais enfin sur mon X.
- Et finalement, avec 66 points,
François Parenteau!
- Yé!
- Parenteau a tellement crié fort que je me suis dit
que le vrai thrill dans une sélection de même,
c'est pas de finir premier, c'est de finir huitième
parce que neuvième, c'est la fin du monde.
- Alors, en neuvième position...
Éric Deslandes.
- Ça fait que c'est ça. Deux, trois photos plus tard,
je faisais officiellement mon entrée
dans la grande famille artistique québécoise!
Ah! Quand je suis sorti de Radio-Canada,
j'étais crinqué solide! Bon, je sais pas
si c'est parce que j'avais pris pas mal de vin mousseux,
mais j'ai pas pu m'empêcher de penser à eux autres.
Eux autres, ah!, je les revoyais tous, tous ceux
qui allaient rester bêtes en crisse
de me voir apparaître à la TV.
Tous ceux-là qui m'avaient empêché d'avancer dans la vie.
Les deux frères Laverdière qui, en 1976,
m'avaient attendu après l'école
pour scraper mon bicycle flambant neuf.
Lui, Jasmin, mon prof d'arts plastiques de secondaire trois
qui me crissait dehors du cours une fois par mois
parce que je faisais trop de jokes.
M. Dupuis, le coach de Bantam 2B qui m'avait descendu dans le B
pour faire une place à son fils, le petit crisse de Danny.
Le gérant du restaurant Turf qui m'avait clairé
après juste un shift parce que supposément,
j'avais pas ce que ça prenait pour être un ostie de busboy!
La directrice du programme de communications de l'UQAM
qui m'avait refusé je ne sais plus combien de fois.
Puis l'autre, son chum, le ministre de l'Éducation
qui chargeait bien trop cher d'intérêts
sur mon prêt étudiant.
Ah! Puis un coup parti,
pourquoi pas lui aussi, Le Furotte dans Les oraliens
parce que j'ai jamais compris un crisse de mot
de ce qu'il racontait.
Mais le plus drôle là-dedans, c'est que cette gang-là,
c'était pas si grave que ça. Ah non!
Il y en avait une gang à qui j'en voulais encore bien plus.
Puis j'allais quasiment les oublier.
Eux autres, oui, eux autres,
toutes ces filles-là qui avaient jamais rien voulu savoir de moi!
Anne, Nadine, Stéphanie,
Pascale, Sarah,
Geneviève la brune, Geneviève la fuckée, Katie,
puis toi, ah ma promise, ma belle Marie-Ève Bernard!
Comment ça que tu t'es jamais aperçue
que j'étais l'homme de te vie, simonac?
J'aurais pu te marier, toi! Bien non!
À la place, je vais passer à la TV
et je vais me pogner des filles en tabarnache
parce que c'est ça qui arrive
quand on n'est pas smatte avec moi!
Vive le président Trogi !
- Ehhh...
- Hé, Trogini! - Hé!
- On se rejoint quelque part nous deux pour le jour de l'an?
- Bien, oui. Oui, oui. Mais où?
- Je sais pas, n'importe où. On s'organisera nos itinéraires.
Tu viens me rejoindre, je viens te rejoindre, ça me dérange pas.
Ça serait le fun, me semble! - Bien oui!
Oui, ce serait le fun. - Oui!
Je suis content qu'on ait été acceptés, tous les deux.
Je sais pas pourquoi, mais on dirait que toi puis moi,
on est des vieux chums. Tu trouves pas?
- Bien oui! Ça clique, je pense. - Bien, tiens!
Ciao! - Ciao!
Parenteau. Parenteau, c'était la quatrième fois
qu'il s'essayait pour La course.
- Jour de l'an. Toi puis moi, on se prend une bière, mon chum.
- Trois fois, on l'avait refusé, puis lui s'était quand même
présenté une quatrième fois puis là, pow!
Ah! J'aimais sa confiance, je pense, sa détermination.
Ce gars-là m'inspirait.
- Regarde ça!
- Voyons, c'est pas toi qui as fait ça!
- Elle est-tu folle, elle! Ha! ha! ha!
Voyons, il est où, lui? Benito, il est où, Ricardo?
- Bien, je sais pas, moi.
- Bien, va le chercher! C'est le gâteau, là!
Le gâteau!
- Bien, c'est sûr que j'aurais aimé ça
que tu sois là, Chantal.
Bien, pas mal toute la famille, je te dirais.
Mais toi, tu faisais quoi aujourd'hui?
Du quoi?
Du scrapbooking?
OK, euh...
OK, Chantal, je te rappelle, OK?
OK, bye! Merci.
Oui, je... j'y allais.
- Attends.
- Qu'est-ce qu'il y a?
Qu'est-ce qu'il y a?
- Ça va? - Bien, oui.
- Je savais pas que tu voulais faire l'artiste.
- Bien là, tu le sais que j'aime ça, le cinéma.
- Mais tout le monde aime le cinéma.
- Oui, mais moi, j'ai un peu étudié là-dedans, aussi.
- C'est con, hein, je pensais
que ce serait ta soeur qui ferait l'artiste.
- Elle? - Elle a toujours été rebelle.
Elle foutait rien à l'école.
Elle fait jamais ce qu'on lui demande.
Elle aime pas l'autorité.
Elle a une rage en elle, comme les grands artistes. Tu vois?
- Oui, mais elle travaille au Provigo, là.
- C'est difficile d'être un artiste.
C'est pas donné à tout le monde.
- Bien, toi, tu l'as fait.
- Je suis pas un artiste, moi.
- Bien, t'es musicien.
- Musicien... Ça fait 30 ans que je répète le même morceau.
T'as vu où on habite? C'est pas une vie de rêve, ça.
- Crisse, t'es pas super encourageant.
- Je veux juste que tu sois pas déçu.
- Je peux au moins essayer. - Mais oui, tu peux essayer!
Mais promets-moi.
Si ça fonctionne pas, tu t'acharnes pas.
- Hum, hum!
- Bon. Tu vas aller où?
- Ah! Bien... France, Hollande, Belgique,
Portugal, Italie, Turquie, Égypte, Tunisie,
Afrique du Sud, Namibie, euh...
Kenya, Népal,
Thaïlande, Chine, Japon.
- OK... - Pas mal ça. Oui.
- Génial. - Oui, non, je me promène.
- Et pendant ce temps, qui va payer ta voiture?
T'as pas pensé à ça, l'artiste?
Ta voiture, l'assurance, tout ce bordel.
Comment tu vas faire pour payer ça quand t'es au bout du monde?
- Bien, justement, je me disais que ça pourrait être toi.
- OK.
Mais tu t'acharnes pas.
- J'étais content de partir, c'est sûr, mais bon,
en même temps, j'avais un genre de culpabilité.
J'allais bientôt me ramasser à la TV
alors que lui avait joué de l'accordéon toute sa vie,
puis comment dire,
je savais pas s'il était vraiment heureux de son sort.
J'imagine que oui, mais en même temps,
plus jeune, il avait déjà rêvé à plus grand, je pense.
Je dis ça parce que quelque part dans le garage...
...il y avait un vieux 33 tours
que mon père avait enregistré en 1966,
à peu près au même âge que moi.
Ça s'appelait Trio Azzurro, volume 1.
Puis, bien, il y a jamais eu de volume 2.
Sur 459 candidatures,
après trois films de sélection
et six semaines de préparatifs,
voici François Parenteau, Hugo Latulippe,
Brunhilde Pradier, Robert Victor,
Emmanuelle Morris, Étienne Leblanc,
François Prévost et Ricardo Trogi,
huit globe-trotters qui vous invitent à les suivre
à la découverte du monde!
Bonsoir à tous, soyez les bienvenus
à cette première de La course
qui vous est présentée encore une fois cette année
en direct de nos studios de Montréal.
Alors, voilà, nos candidats
sont partis déjà depuis quelques semaines.
On verra dans quelques instants
les premiers reportages de chacun d'entre eux.
Juste le temps de vous présenter
nos juges pour l'émission de ce soir.
Alors, il s'agit de Michel Coulombe,
directeur des Rendez-vous du cinéma québécois...
- Ça va commencer! Vite, Benito!
Nadia, appelle ma tante Alphonsine en Belgique.
Ricardo est là à soir.
- Pourquoi tu l'appelles pas? - Parce que je suis occupée!
- Mais je la connais pas, moi! - C'est Alphonsine.
Elle a marié le frère de ton père. Pas grave
si tu la connais pas, elle te connaît.
- Il est quelle heure là-bas? - Ils savent qu'on va appeler.
- OK, je vais appeler pendant le film à Ricardo.
- On le sait pas quand ça va être le film à Ricardo!
Ça peut commencer par Ricardo et on sait pas.
- Pourquoi on l'enregistre pas? - Nadia, câlisse!
Ton frère m'a demandé de faire ça de même.
Envoye, appelle! Benito!
- Oui, oui.
Alors, c'est Hugo Latulippe
qui nous présente le premier document cette année.
Hugo qui voudrait bien retrouver les traces de Tintin
et qui voulait absolument faire un film sur le grunge.
Alors, il s'est rendu à Seattle.
- Benito, crisse!
- C'est pas Ricardo, ça. - Il faut écouter
tout le programme pour comprendre les points!
- Tu m'appelleras quand c'est lui.
- Laisse faire!
- Oui, bonjour, c'est Nadia, la soeur de Ricardo.
Bonjour! C'est Nadia, la soeur de Ricardo.
Ricardo serait-il là?
- Ricardo, c'est toi? - Euh, oui!
- Ça fait deux fois que tes parents appellent.
- Oui, oui, je sais.
- C'est lui. Envoye, Nadia, rappelle, rappelle!
- Ça fait deux fois que je rappelle, il est pas là.
Je suis tannée de parler à Alphonsine, je la connais pas. - Crisse.
- Oui, allo? - Ricardo!
Tu étais où, crisse? C'est toi, là!
- OK, je veux entendre.
- Bien, oui, oui. Envoye!
- Ricardo s'est d'abord rendu à Amsterdam, la capitale du pays,
où il a fait la rencontre d'un personnage assez particulier.
- Et c'est ici à Amsterdam que j'ai rencontré
un homme merveilleux qui est barbier
et qui fait son travail, dirais-je, de façon formidable.
Il s'appelle Pasquale. Hein, Pasquale?
OK! Donc, voici un film sur Pasquale.
Dans le coeur d'Amsterdam, au coin de deux rues
dont les noms me sont impossibles à prononcer,
il existe un petit endroit
où tous les hommes acceptent volontiers
de troquer la traditionnelle coiffeuse
à poitrine parfumée en faveur
d'un petit bout d'Italie chauve de 59 ans.
- Ici, on est traité comme un roi.
Qu'on soit président-directeur de la Branding Company,
ou qu'on n'ait simplement pas
les moyens de se payer des cheveux.
Ce n'est pas pour les cheveux qu'ils viennent tous ici,
mais pour la thérapie.
Une thérapie quelquefois douteuse
qui vise à exterminer vos angoisses.
Et combien ça coûte, se "pasqualiser"?
Eh bien, c'est simple.
Vous êtes amplement à l'aise
et ça, habituellement, il le devine.
Vous devrez laisser un chèque en blanc qu'il remplira lui-même.
Cet élan de confiance peut vous coûter entre 80$ et 300$.
Or, si vous avez la chance d'être pauvre,
ce sera généralement gratuit.
Eh oui, après Robin des bois et Robin la fusée,
voici Robin des ciseaux,
un petit barbier, mais un grand homme.
- Hé, 300$ pour une coupe de cheveux!
Jean-Michel?
- Bien, moi, j'ai trouvé ça excellent.
Ricardo a rencontré Figaro,
il habite Amsterdam, c'est très sympathique.
J'ai beaucoup aimé le rapport qu'il fait entre la coiffure,
la thérapie, l'âme, les cheveux.
Et le barbier qui est aussi sculpteur, enlever peu
pour ajouter beaucoup, j'ai beaucoup aimé. Dix-huit.
- Super! Michel, maintenant.
- Pasquale "pasqualise" et Ricardo "ricardise",
et c'est très bien.
On l'a vu, la carte maîtresse de Ricardo, c'est l'humour,
et il a trouvé un personnage à sa mesure pour débuter.
Son film commence d'ailleurs, mais vraiment très, très fort.
Il lui reste enfin à avoir la caméra aussi souple
que son sujet l'exigerait.
On a vu parfois qu'on était un peu à côté.
Et à mesurer ses effets.
Mais tout de même, je ne boude pas mon plaisir. Dix-huit.
- Dix-huit pour Michel. Louise?
- Ricardo présente un illustre inconnu
dont il fait un portrait savoureux.
Son sens de la scénarisation, aussi. Des images délicieuses.
Bon, petit problème de cadrage durant l'entrevue, mais aussi
une musique qui est fort bien choisie, c'est très sympathique.
Je lui donne 17.
- Oh! Hé, 17, c'est bon!
- Dix-sept pour un total de 53 pour Figaro Pasquale.
- Hé, 53, ça part bien en calvaire!
- Bravo, frérot! As-tu entendu ça? - Passe-moi-le.
- Crisse, ils ont aimé ça?
- Il t'a vraiment sacré une claque au début?
- Ricardo! T'as eu 53!
- Oui, je sais, j'ai entendu!
- T'es en deuxième position. Les juges tripent sur toi!
- Attends, c'est quand même... C'est juste le premier film.
- Les autres, c'était plate.
À part l'autre, comment il s'appelle?
- Je sais pas. - Parenteau, c'est ça.
C'était bon, c'était un film sur le baseball.
Il est en première position.
- Hé, papa est là?
- Oui, attends un petit peu. Benito!
Ah, bien non, c'est vrai. Il est parti travailler.
- Ah... Il a vu le film? - Bien oui!
- Il a aimé ça? - Bien oui!
Puis, ça va être quoi ton prochain film? Tu t'en vas où?
- Allo, Chantal. Comment vas-tu? Moi, je vais bien.
J'espère que t'as reçu mes dernières cartes.
Ma course va assez bien. Aux dernières nouvelles,
j'étais en quatrième position, mais bon,
mes retards m'aident pas beaucoup.
Comme le chante si bien Aerosmith,
"I'm living on the edge."
Je suis présentement en Turquie dans un endroit, comment dire...
Si le rocher percé est une femme, j'ai trouvé son match.
Ha! ha! ha!
Je pense souvent à toi et surtout,
j'essaie encore de comprendre ce que tu voulais dire
par trop "chum-blonde".
- Alors, je vous explique.
Ricardo devait nous faire parvenir son film
depuis la ville de Kayseri au centre de la Turquie,
là où il devait se rendre, mais pour une raison que lui-même
arrive très mal à s'expliquer, une fois arrivé à Istanbul,
il est monté dans le mauvais avion
et s'est retrouvé à Chypre.
Ne vous inquiétez pas. Il est présentement en direction
de l'Égypte où il doit faire son prochain film.
On aura des nouvelles de sa part la semaine prochaine si,
bien sûr, cette fois, il prend le bon avion.
Tu viens d´où ?
Pardon ? - Tu viens d´où ?
- Euh... Canada. - Canada! Hum, hum!
Je viens de la Lybie.
- OK.
Je m´appelle Yunnis.
Moi, c´est Ricardo.
Ricardo ? - Oui.
Que faisais-tu à Istanbul ?
J´étais...
Je faisais des petits films.
Je travaille pour la télévision canadienne.
Pourquoi tu vas en Égypte ?
Pour la même raison. Pour faire des films.
Et toi, pourquoi tu vas en Égypte ?
Un voyage d´affaires.
- Ha! ha! Eh boy, ça faisait quand même une couple de fois
que je l'entendais, cette réponse-là. "Business trip."
Je lui en ai pas demandé davantage, anyway,
c'est toujours flou ce que ces gars-là te racontent.
Tu sais jamais s'ils vendent des armes ou des suçons.
Dis-moi, ces petits films...
Est-ce que tu gagnes de l´argent en faisant des petits films ?
Non, mais je ne cherche pas à faire de l´argent.
Je cherche le bon sujet.
Alors, si tu as des idées pour mon film...
J´ai une très bonne idée pour ton film.
Vraiment ?
- Oh yeah...
Oh, c´est très joli.
Pas vraiment, c´est un faux.
Mais c´est ma petite amie qui me l´a offert.
- OK, OK!
Elle habite au Caire.
- OK!
Je veux l´épouser.
- OK!
Mais elle est difficile.
Très difficile, Ricardo.
- Ouin, bien, on s'entend que n'importe qui aurait bien vu
que ce gars-là avait une vis de slaque, hein.
Bien, pas moi!
On partage un taxi ?
Non, j´ai ma voiture. Elle n´est pas loin.
- Bon, je le sais bien, vu de l'extérieur,
ça peut sembler un peu épais
d'embarquer dans ce char-là avec ce gars-là,
mais le fait que je l'aie rencontré dans un avion,
on dirait que ça me donnait un genre de confiance.
Je sais pas si vous pouvez comprendre mon calcul,
les malfaiteurs, ça se promène pas en avion.
Ils peuvent pas, ils ont des casiers judiciaires.
Nettoie.
- Anywa si ce gars-là avait une idée pour mon film,
c'est tout ce qui comptait.
Ça me dérangeait pas de laver des vitres de char,
j'avais déjà été pompiste. Pas de honte là-dedans.
Ça prenait de l'ouverture pour voyager comme je le faisais.
Le monde est pas partout pareil sur la planète.
Comme Yunnis, lui, là...
Bien, Yunnis... Bien, c'est ça. Il faisait pas comme on faisait
au parking à l'aéroport à Québec.
Il était différent, c'est tout.
Comme moi, j'ai compris assez vite que Yunnis,
bien, il aimait pas ça vraiment payer le parking.
Pour ça, il fallait juste rouler en sens contraire!
Woh, tu vas à contresens !
- Ha! ha!
Tabarnac, man!
Ouin, me semble que j'avais l'air
moins nerveux que ça, mais...
En tout cas, Yunnis, il était pas fou.
On avait juste pris une couple de drinks dans l'avion.
OK.
OK, à bientôt !
Et pour le film ?
Tu as dit que tu avais une idée.
Oui, oui. Je t´en parle demain.
D´accord... Donc tu reviens ici demain ?
Oui. Ne t´inquiète pas.
À quelle heure ? - À l´heure idéale !
- Hello! - Hello!
J´ai besoin de louer une chambre.
Voilà.
Signez ici.
Est-ce que c´est une grande ou une petite chambre ?
C´est la suite nuptiale. Vous verrez !
C´est une très belle chambre.
- Hé!
Ah! Ça faisait quand même trois mois que je croisais
des coquerelles à peu près partout où je dormais,
ça fait qu'au lieu de stresser avec ça, bien,
je m'étais équipé un peu comme si je faisais
du camping à chaque soir.
- Allo? - Allo, Vicky!
- Allo, François!
- Ah non, c'est Ricardo.
- Excuse-moi, Ricardo. Allo! T'es où, toi, là?
- Là, je suis au Caire, je viens d'arriver.
Écoute, Vicky, tu m'avais laissé deux contacts ici.
Un Simon Latendresse et l'autre, Ahmed Feki, hein, c'est ça?
- Non. En fait, Simon n'est plus là.
Il reste juste Ahmed... machin.
- OK, OK. Puis c'est qui, lui?
- Bien là, Ricardo, je le connais pas personnellement,
mais c'est écrit ici qu'il est journaliste pour le Hal...
Euh... il est journaliste.
- Bon, OK. - Là, Ricardo, avec ton histoire
de Chypre, t'as pris beaucoup de retard, hein.
Va falloir que tu nous envoies ton prochain film rapidement.
- Oui. Oui, oui, je sais. Justement, j'ai croisé un gars
sur l'avion qui a peut-être quelque chose pour moi.
- Vicky, oublie pas de lui parler--
- Quoi, Monique? - La méfloquine!
- Je lui demande. As-tu commencé à prendre ta méfloquine?
Il y a de la malaria en Égypte,
c'est écrit dans votre guide quelque part.
- Méflo... Non. Bien, je...
OK, bien, je vais la prendre.
La formule chimique de la méfloquine,
c'était ça: C17H16F6N2O.
Même si j'avais coulé ma chimie de secondaire cinq,
j'étais quand même capable de déduire
que ça avait l'air pas pire fort, cette affaire-là.
En même temps, la formule de la pâte à dents,
c'était C12H7CL3FNA02,
ça fait que... je sais pas trop de quoi je parle.
- Cher téléspectateurs, c'est avec beaucoup de tristesse
qu'on doit vous annoncer la disqualification
du concurrent Ricardo Trogi.
Je vous explique. Le département d'éthique de l'émission
a intercepté une carte postale dans laquelle Ricardo
exprimait sans équivoque
son appréciation du groupe rock Aerosmith.
- Yes?
Salut, Ricardo !
C´est qui ?
- Yunnis! - Yunnis!
Quelle heure est-il ?
C´est l´heure idéale !
Apporte ta caméra ! Je t´attends en bas.
OK, donne-moi une minute !
- Ma course, c'est comme ça que je la faisais.
J'avançais au fil des rencontres
puis jusqu'à maintenant, ça m'avait plutôt souri.
Une bonne idée de film, ça se trouvait sur le terrain,
pas dans le Lonely Planet ou le National Geographic qui,
souvent, présentaient des sujets trop larges
pour un film de quatre minutes.
Non. Moi, ce que je cherchais,
c'étaient des trucs inédits, originaux, surprenants.
Ces histoires-là, elles étaient souvent juste à côté de nous.
Il fallait juste savoir les reconnaître
quand elles passaient.
Hey!
As-tu ta caméra ?
- Yeah, yeah. - 0K.
Qui verra ton film ?
Les gens au Canada.
Et en Égypte ?
En Égypte ? Quelques personnes.
Quelques personnes en Égypte ?
Oui. Je pense que oui.
Tu penses ?
Non, j´en suis sûr !
- No or yes?
- Yes! - Yes.
Quelques personnes en Égypte vont voir le film à la télévision ?
À la télévision.
OK, parfait ! Allons-y !
- OK! - OK!
Je vais te présenter ma petite amie. Elle habite près d´ici.
Ta petite amie ?
Oui, je t´en ai parlé hier.
C´est ça, ton idée pour mon film ?
Oui.
Quoi ? - C´est juste...
Est-ce que ta petite amie a quelque chose de particulier ?
J´ai besoin de quelque chose pour faire un film.
Au moins une raison.
Une raison ? J´ai une raison, tu vas voir.
Les gens adorent les histoires d´amour.
En particulier les histoires d´amour et de vengeance.
- OK... Bon! Je veux bien
l'ouverture sur le monde puis tout,
mais sérieux, il commençait à me foutre la trouille, lui.
Où on va ? - Ce n´est pas très loin. Ne t´inquiète pas.
OK!
Filme-moi.
D´accord !
Avant de commencer, peux-tu m´expliquer ce que tu as en tête ?
Je ne peux pas faire un film sur n´importe quoi.
J´ai seulement 20 minutes sur la cassette.
Ne t´inquiète pas. Fais juste me filmer. D´accord ?
D´accord.
Et...
Qu´est-ce que tu entendais par « vengeance » ?
Yunnis. - Hum?
Rien, rien.
Ne t´inquiète pas.
Filme-moi, s´il te plaît.
- OK.
Je commence ? - Oui, c´est parti.
OK, OK, on coupe.
Peux-tu parler anglais, s´il te plaît ?
Au Canada, les gens ne parlent pas arabe.
Je m´en fous !
Je ne peux pas parler à ma petite amie en anglais.
Ce ne sera pas naturel.
Je ne fais pas le film uniquement pour elle...
Je le fais pour les gens au Canada.
Mais tu m´as dit que le film serait à la télévision ici.
Oui.
Les gens, ici, ils parlent arabe.
OK, je comprends.
Je vais ajouter des sous-titres.
Comment tu vas faire ça ?
Je ne vais pas le faire.
Les gens de la télévision au Canada vont le faire.
OK, oublie ça. Je vais parler anglais.
Elle comprend l´anglais.
Parfait.
Je commence ? - Oui, vas-y.
Salima, mon amour, regarde !
Je le porte toujours autour du cou. Tous les jours.
Te souviens-tu de ce que tu m´as dit ?
Tu m´as dit que c´était pour toujours !
Maintenant, je viens te reconquérir !
Je sais où tu habites !
Je me fous de ton frère !
Ton frère, je l´emmerde. Je vais le tuer !
OK, ça suffit. On coupe !
Qu´est-ce qu´il y a ?
Tu... Tu veux tuer son frère ?
Son frère ne veut pas qu´on soit ensemble !
Je comprends, mais... Le tuer ? Vraiment ?
Son père est mort.
Son frère est maintenant l´homme de la maison.
- Euh...
Mais je ne tue personne...
C´est que...
Je veux prouver à Salima que je ferais n´importe quoi pour elle.
Ricardo, Ricardo.
Est-ce que j´ai l´air d´un tueur ?
Allez.
Non. Non. - Non ! Non !
Non, pas du tout. - Non !
Non ! OK. Alors, on va voir Salima maintenant.
Oui, allons voir Salima.
Parfait !
Souris, un peu ! Tout va bien. On fait un film !
On s´amuse !
Où tu vas, Yunnis ?
Qu´est-ce qu´on fait exactement ?
Elle habite dans quel immeuble ?
Tout près d´ici...
Où exactement ?
Je ne sais pas.
- Yunnis, Yunnis!
Arrête ! Arrête ! Son frère ne sera pas content.
- Salima!
Ouvre ta fenêtre. - Non !
Ouvre ta fenêtre. - Non, voyons !
Ouvre ta fenêtre ! - D´accord, d´accord.
Il faut tourner ! - Oui, oui, je tourne !
- Salima!
Aide-moi. - Quoi ?
Aide-moi. Dis Salima !
- Salima?
Dis Salima !
Salima! Salima!
Comme ça ? - Oui !
- Salima! - Salima!
- Si jamais vous vous demandez ce qui vient de se passer,
bien, dites-vous que je me suis demandé la même affaire.
Aucune idée! Tout ce que je peux vous dire,
c'est qu'il me restait trois jours pour envoyer mon film
et là, j'avais rien de bon encore.
- Hello! - Hi.
La prochaine fois que quelqu´un vient ici le matin pour me voir,
Ricardo Trogi dans la suite nuptiale,
dites-leur que je ne suis pas ici, d´accord ?
Oui, sans problème.
Merci !
Oh! Hello! - Hello!
Attendez pendant que je termine.
Oui, d´accord.
Pardon, monsieur. Est-ce que je peux garder ça ?
Oui, sans problème.
- Ricardo!
- "Amed"! - Non, Ahmed.
Enchanté. - "Armed".
- Non, Ahmed. - "Armed".
- Bon. C'est presque ça. On va dire que c'est bon.
- Bon, bien, enchanté quand même! - Enchanté!
- Je peux t'offrir quelque chose? - Non, merci. Ça va.
Je suis un peu pressé, le président Moubarak
revient de Paris cette semaine, je dois retourner au journal.
On a un truc urgent à régler, du coup.
Je dois faire vite, mais tiens.
Je t'ai amené ça.
Tu cherchais un sujet de film?
- OK, c'est un train?
- Oui. Regarde sur le toit.
- Ah! Oui. Je vois pas trop, là.
- Oui, bon, la photocopie est un peu merdeuse.
Ce sont des enfants, tu vois?
- Hum, hum! Ah oui! OK...
- Ces enfants voyagent sur le toit des trains clandestinement.
Ils font le trajet de Caire à Alexandrie
sur le toit des trains. Tu imagines le délire?
Tu trouves pas ça intéressant?
- Euh...
J'ai lu ça tout à l'heure.
- Ah non...
Non, non, tu peux pas faire un film comme ça ici.
- Pourquoi? - CNN, ils ont essayé
de faire un reportage là-dessus le mois dernier
et tous les Égyptiens qui ont participé ont été mis en prison.
- Ah oui? OK... - C'est dangereux!
Le gouvernement ne veut pas qu'on parle de ça ici.
Tu vas te faire arrêter. Ils vont pas te laisser faire.
- Mais qui, ça, "ils vont pas te laisser faire"?
- La police, les gens, le gouvernement.
Enfin, personne voudra faire ça devant toi et ta caméra.
- Bon... - Ricardo, écoute.
Tu es beaucoup mieux avec les enfants du train. Crois-moi.
- Hum, hum!
- En plus, les enfants du train, je peux t'aider.
Mais l'excision, je peux pas. Tu comprends? Je peux pas.
- OK. Bien, merci. - Avec plaisir.
Dis, la télé canadienne m'avait envoyé
le dossier de tes concurrents de ton émission de télé.
J'ai lu le tien avant de venir.
- Ah oui? - Oui.
Je trouve ça très beau.
Allez! Ciao, habibi! - Ciao!
En fait, en temps normal,
j'aurais sauté là-dessus sans me poser de questions.
Des enfants sur le toit des trains,
c'est super beau puis sûrement touchant.
C'est une très bonne idée, mais bon,
l'excision, ça, c'était une crisse de mauvaise idée.
Puis il fallait le dire.
Voyons, qu'est-ce que j'ai, estie?
Allo, Chantal. Je sais pas comment tu vas,
mais moi, assez moyen, je dirais.
Je me sens seul comme rarement ça m'est arrivé.
J'aimerais ça que tu sois ici. Ce serait moins dur, je pense.
Côté films, je n'ai plus vraiment envie
de faire des trucs amusants.
J'ai le goût de faire des films qui changent quelque chose.
Je m'ennuie de toi. Je t'embrasse.
PS: Je pense savoir maintenant
ce que trop "chum-blonde" veut dire.
Probablement qu'on se voyait trop souvent.
Que j'étais trop intense.
Si c'est le cas, je suis désolé. Ricardo.
Yes? - Ricardo?
- Ah! Ahmed!
Je t´attends, descends !
- Ah! Yunnis.
Oui, c´est moi. Dépêche-toi !
- No, no, no!
Écoute, Yunnis...
Je ne peux pas faire un film à propos de toi et de ta petite amie.
Ce n´est pas un sujet intéressant. Tu comprends ?
Oui, je comprends.
Descends. J´ai une meilleure idée !
- Hé, tabar...
Ostie... Ah!
Puis si jamais il a vraiment une bonne idée, ce coup-là!
Tabarnac...
- Salima!
Salima!
- Ostie que j'aurais dû rester couché!
Monsieur ?
Je vous avais demandé de ne pas me réveiller si quelqu´un venait ici le matin.
Vous comprenez ? Je ne suis pas ici.
Oui, sans problème.
Aucun problème...
Oui, oui, sans problème.
- Décrire un moment d'inspiration, c'est pas facile.
Si vous avez vu le film Back to the Future,
vous vous rappelez sans doute que le personnage de Doc
avait eu la vision du convecteur temporel
après s'être cogné la tête. Aussi niaiseux que ça.
Bien, moi, j'ai eu la vision de mon film sur l'excision
en regardant la femme de ménage faire mon lit.
Paf! J'ai tout vu le film en une seconde.
Et je vais vous le dire direct,
j'avais un feeling de chef-d'oeuvre.
- Un vidéoclip sur l'excision dans le désert?
- Ce que je vois, c'est que pendant qu'elle danse,
elle, elle tiendrait une espèce de voile rouge comme ça.
Elle le tiendrait et elle le ferait un peu danser
dans le vent, je sais pas trop.
Mais moi, avec la narration, j'explique mon truc, tu sais.
Je parle d'excision pendant que la fille,
elle danse dans le désert.
Ça fait que tout ce que j'ai besoin, c'est d'une danseuse.
Ça fait que toi, penses-tu que tu peux me trouver une danseuse?
- Oui, mais je t'ai déjà dit.
Ils se sont faits arrêter, ceux qui ont parlé d'excision.
- Non, je sais. Mais on tourne pas une excision, justement.
On filme une fille qui danse dans le désert.
On se fera pas arrêter parce qu'on filme une danseuse.
- Mais tu veux faire quoi avec la fille? Elle doit dire quoi?
- Elle? Rien! Elle dit rien. Elle fait seulement danser.
- L'info que tu vas rajouter, tu vas dire quoi?
- Moi, je parle d'excision. - Ça prend un témoignage!
Quelque chose qui implique les femmes d'ici, alors.
- Mais tu viens de me dire que je pouvais pas.
- Justement, Ricardo. Je t'ai déjà dit. C'est trop compliqué.
Tu devrais le faire ailleurs, ce film. Ce sera moins compliqué.
- Non, non, non. Je m'en fous d'ailleurs.
C'est ici que j'ai envie de parler de ça.
Quoi? - Quoi, quoi?
Je sais même pas si j'arriverai à trouver une fille
qui acceptera de faire ça. - Tu connais aucune danseuse?
- Je connais peut-être une comédienne qui accepterait,
mais on doit absolument pas lui dire que c'est pour l'excision.
- OK, OK, c'est parfait.
- On parle pas d'excision. C'est tout!
- Non, non! C'est parfait. On n'en parle pas. - OK.
Allez, regarde!
Hop, là! - C'est quoi, ça?
- Ça, c'est ce qu'on fait ici lorsqu'on est heureux
ou quand deux copains se mettent dans la merde. Ha! ha!
- Ah! La course!
- Vicky! - Allo, Étienne!
- Non, c'est Ricardo. - Excuse-moi, Ricardo.
Il est de bonne heure encore ici. Ça va?
- Oui. Peux-tu vérifier une toune pour moi, s'il vous plaît?
J'aurais besoin des droits pour mon prochain film.
- Oui, vas-y. C'est quoi le titre?
- OK. Yalili Ya Aini.
- Woh, woh, woh! Quoi?
- Yalili Ya.
- La, li, li...
- Non! Non, non. Yalili. Ya. Avec un Y, pas un L.
- OK. Yalili.
Après? - Ya.
- Ya? Encore "ya"?
- Yalili. Ya Aini.
- Estie, tu me niaises!
- Non. Non, non. OK, regarde.
Euh... Yalili. Ya Aini.
- OK, attends. Je te dis comment je l'ai écrit, OK?
Y-A-L-I-L-I-Y-A-I-N-I.
- Yes, c'est parfait, ça! - Bon! Ha! ha! ha!
C'est quoi le sujet de ton prochain film? Dis-moi-le donc!
- Tout ce que je peux te dire,
c'est que ça va être mon meilleur.
- Dis-le-moi! - Bye!
- S'il te plaît!
- OK, j'avais un bon sujet, j'avais la bonne musique,
les affaires commençaient à bien aller.
- Et maintenant, chers téléspectateurs,
c'est une mauvaise nouvelle cette semaine qui nous parvient
d'Égypte où, vous le savez,
Ricardo Trogi se trouve depuis peu.
Ricardo a été mis en état d'arrestation
par les autorités locales alors qu'il était en plein tournage
d'un film sur l'excision.
- Câlisse! - Ricardo!
C´est Yunnis !
- Voyons, pas lui, crisse! Voyons, estie!
Quoi ?
Tu viens ? Il faut faire le film à propos de ma petite amie.
Écoute, il y a quelque chose que je ne comprends pas.
Je ne veux pas être impoli, mais il faut arrêter ça.
Je ne peux pas partir tous les matins avec toi pour faire...
- OK, OK.
Je vais te dire la vérité.
Salima n´est plus ma petite amie.
Tu comprends mieux ?
Elle t´a quitté ?
Tu savais ?
Une intuition.
Je veux la reconquérir.
Yunnis, je ne peux pas t´accompagner.
Vas-y seul !
Je ne sais pas quoi lui dire.
Elle a peut-être besoin d´espace.
D´espace ?
Oui, de l´espace.
Tu es quelqu´un de très intense.
Peut-être que votre relation est trop « chum-blonde ».
Qu´est-ce que ça veut dire ?
Juste trop.
Trop ?
Trop « chum-blonde ».
Je ne comprends rien. Ça n´a aucun sens !
Je ne sais pas de quoi je parle !
Mais les filles, parfois, elles ont besoin d´espace.
Elles ont besoin que ça ne soit pas trop « chum-blonde ».
Je n´en sais pas plus !
Peut-être que...
Peut-être que je suis trop intense.
Peut-être.
Je suis peut-être trop...
« chum-blonde ».
Oui, peut-être un peu.
- OK.
Je suis désolé, Ricardo.
Je vais aller lui parler.
Et son frère ?
Ça va aller.
Il n´a que 13 ans.
- Bien non, câlisse.
Là, c'est drôle parce que juste au moment
où je pensais m'être débarrassé de Yunnis
et pouvoir enfin faire mon film, bien, cet innocent-là
s'est enfargé dans le fil de mon chargeur à caméra
puis là, bien, devinez quoi?
Voyons! Câlisse, Yunnis!
Ça va ? - Non, non, ça ne va pas !
Tu as brisé ma caméra !
Je suis désolé. Laisse-moi t´aider.
- No, no, no! OK?
Va-t'en !
Oui, j'ai essayé de remplacer la lentille, mais oublie ça.
- Oui? - Oui. Même dans le viseur,
il n'y a plus rien qui apparaît. Elle est kapout bien raide.
- Oui, c'est beau. On a une caméra à Paris
pour ce genre de situation là. - Ah oui, à Paris?
- Le Caire-Paris, c'est un vol d'à peu près quatre heures.
Ça devrait arriver cette nuit.
Tu vas pouvoir la récupérer
demain matin à l'aéroport du Caire.
- OK, c'est parfait, ça. Good!
- Alors, comment tu la trouves?
- Elle est super.
- C'est une grande comédienne. - Ah oui?
- Je lui ai dit que tu étais un grand réalisateur canadien...
- Mais non! Mais non, pourquoi?
- Allez, allez! Viens, on va lui parler.
- Non, non, attends, mais moi, je dis quoi?
- Bien, ce qu'on s'est dit.
Tu expliques ton film sur la danse et puis, c'est tout.
Elle parle très bien français.
Elle allait au lycée français avec moi. Allez, allez, viens!
- Et, au Canada, tu as fait quoi comme films?
- Du documentaire, surtout.
- Ahmed m'a dit que tu faisais aussi des films d'art, c'est ça?
- Ah oui? Il t'a dit ça?
Oui, bien, des films d'art... Oui, je fais ça.
- Comme quoi? - Comme quoi, les films d'art?
- Ricardo, tu m'avais parlé de ton film, J'ai jamais pu
empêcher les hommes de tuer leurs enfants, non?
- Ah oui... - Oui, Ricardo.
- Bien, oui. Bien, oui. Peut-être, là.
Mais c'était pas mon meilleur, celui-là.
J'en ai fait un autre dernièrement sur...
Ça faisait un bout que j'avais pas autant menti, je dirais.
...sur les tasses.
Dans ce temps-là, la première idée, c'est la meilleure.
Je sais pas pourquoi, mais la seule image qui m'est venue,
c'est ma mère puis son ostie de collection de tasses.
- Ici, cette vaisselle-là, ça,
c'est ma tante Huguette qui avait rapporté ça de...
Elle est morte, Huguette. Mais ça venait de Terre-Neuve.
Un moment donné, j'ai regardé, j'ai dit: Bien non!
C'est sichuanais. C'est sichuanais, ça.
Après ça, je me suis dit: Câline, Terre-Neuve, pourtant,
je pensais que ça faisait de la poterie, mais pas pantoute.
- J'ai fait un film sur une vieille dame
qui collectionnait les vieilles tasses de thé.
- Oh! - C'était des... des tasses, là.
Des tasses... Surtout des vieilles tasses d'Angleterre.
- Mais de toute façon, on s'en fout, des tasses. Ricardo!
Rania, tu avais des questions pour le film
que Ricardo veut faire avec toi, non?
- Ahmed m'a touché un mot de ce que tu voulais faire, et...
Et tu dois savoir que je suis pas une danseuse.
Je sais danser, mais j'ai pas de formation, tu comprends.
- Oui, OK. - Non. Non, c'est pas OK.
- Rania, c'est OK. C'est OK. - Attends.
Tu veux faire un film d'art sur la danse?
- Oui, oui, oui. - C'est pas logique
de pas prendre de vraie danseuse, non? Si?
- Au fond, ce que je cherche, c'est pas vraiment une danse.
C'est davantage un mouvement du corps très simple.
- C'est ça. - Oui.
C'est vraiment pas des trucs compliqués,
je veux juste que tu... - Non!
- Je veux que tu t'exprimes avec ton corps sur une musique
que je te ferai entendre le jour même. - Exactement.
- Ce que tu veux, c'est capter une émotion pure. C'est ça?
- Oui! Oui, c'est ça! - OK, je comprends.
En fait, tu veux capter une émotion qui...
...qui, comme... qui viendrait du corps...
Comment on dit? Du...
- Oui, oui, qui... qui naît devant moi.
- Naît devant toi. Oui! - C'est ça.
- Pas comme un mouvement pratiqué où on répète une danse.
- Non. Oui. OK, oui! Oui! OK.
- C'est pour ça que j'ai rien préparé
parce que je veux qu'on explore.
- Qu'on explore. - Voilà, on explore!
- Oui, oui, on explore.
- Oui... Wow!
Ah! Et... Et ton film...
Comment tu m'as dit qu'il s'appelait?
- De tuer leurs enfants. - Leurs enfants, oui.
Pardon.
Il parle de quoi?
- Mais c'était quoi, cette histoire de tasses de thé?
- Mais c'est toi, couillon, avec tes films sur l'art.
J'ai jamais parlé de ça.
- Et toi, tu parles, tu parles
et tu voulais une fille qui danse dans le désert.
Tu veux que je lui dise quoi? C'est pas un documentaire, ça!
- Elle m'a l'air très compliquée, cette fille-là!
- C'est une actrice, hein, tu sais!
- Oui, mais elle a dit qu'elle avait plein d'amies danseuses.
Pourquoi t'as insisté pour que ce soit elle?
- Euh... Aïe, aïe, aïe...
- Pourquoi?
- Parce que je l'aime bien, voilà.
- Ah, c'est ça!
Monsieur ? Il y a un message pour vous.
Voilà. - Merci !
- Allo, Ricardo. Voici l'endroit où tu dois te rendre
si tu veux récupérer ta nouvelle caméra.
Elle t'attend. Vicky.
PS: Là, on a reçu les films de tout le monde,
il manque juste le tien. Merci.
Excusez-moi ?
J´ai répété plusieurs fois à l´homme qui travaille ici
de ne laisser personne m´appeler le matin.
Pouvez-vous lui faire le message ?
Oui, sans problème.
C´est toujours ça qu´il me répond ! « Oui, sans problème ».
Mais je ne pense pas qu´il ait compris.
Vous ne comprenez pas.
« Oui, sans problème », c´est son surnom.
Il dit toujours : « Oui, sans problème ».
Mais il ne parle pas anglais !
- OK.
Euh... taxi!
- Ah, taxi! Yeah!
Hello! - Hi!
À l´aéroport, s´il vous plaît.
Aucun bagage ?
Non, je vais à la zone cargo.
Ah, la zone cargo. Je connais !
- OK!
Bonjour, monsieur ! Comment vous appelez-vous ?
Non, merci !
Attendez !
Je ne veux rien acheter.
Je ne vends rien, monsieur.
Je suis un guide. Avez-vous besoin d´un guide ?
Un guide ? Non, merci !
Je suis un bon guide.
Je ne veux rien acheter, rien visiter.
Vous aurez besoin d´un guide !
Tu es mignon, mais non, merci !
Monsieur ? Pas par là.
Par ici.
Monsieur, FlyDEX ?
Tabarnac...
FlyDEX...
Euh... Hello? - Hello!
Vous avez un paquet pour moi. Une caméra.
Voici mon passeport.
Mon nom est Ricardo Trogi.
Le numéro du paquet est...
Est-ce que je peux voir votre formulaire, s´il vous plaît ?
Oui, bien sûr.
Non. Le formulaire !
Quel formulaire ?
Le formulaire pour les douanes.
Je n´ai pas ça.
Pas de formulaire, pas de paquet. Pas de caméra !
- OK.
À quel endroit je peux trouver ce formulaire ?
Il faut aller voir les agents douaniers. C´est un autre bâtiment.
Oh! Hello! - Hello!
Les gens de FlyDEX m´ont dit que j´avais besoin d´un formulaire de douanes.
Pardon ?
Les gens de FlyDEX m´ont dit que j´avais besoin d´un formulaire de douanes !
Quel formulaire ?
Le formulaire pour les douanes. Pour récupérer ma caméra.
Le paquet est à leurs bureaux et ils m´ont dit que j´avais besoin de ce formulaire.
C´est quel genre de caméra ?
- It's a VHS.
Non... Petite ou grande ?
Pour la télévision ou le tourisme ?
Tourisme.
Ah, tourisme ! Ça vous prend un autre formulaire.
Lequel ?
Un formulaire de touriste.
Allez au bureau de la police.
À la police ?
Où ? - Par là. L´autre bâtiment.
- Mister!
Non, merci !
Voilà.
- OK!
Ça coûte 15 livres égyptiennes.
Je dois payer pour ça ?
Bien sûr.
C´est vous qui avez besoin du formulaire, pas moi.
D´accord.
- Mister, mister!
Non, merci !
Hello!
J´ai le formulaire pour touristes.
Qu´est-ce que vous faites ici ?
J´ai le... le formulaire pour touristes.
Remplissez le formulaire et remettez-le à la compagnie de transport.
- Hey!
Ah, parfait !
Il manque le timbre.
À quel endroit je peux trouver des timbres ?
Quelque part. Par là-bas.
À l´extérieur, il y a un grand bâtiment, je crois...
Vous croyez ?
Je travaille ici depuis une semaine.
Je ne sais pas tout, d´accord ?
Donc vous ne savez pas où trouver les timbres,
mais vous en avez absolument besoin pour me donner ma caméra.
- Yes!
Excusez-moi, les timbres...
Ah oui, c'est ça. Aide-moi donc, ostie.
Monsieur Ricky, tout va bien ?
Non, il faut que je trouve des timbres !
Ah, les timbres ! Vous voulez mon aide ?
Non, non. J´ai juste besoin que tu me dises où je peux trouver des timbres.
Je comprends. Mais c´est mon travail de vous aider !
- Oui...
Donc je vous aide ?
- Euh...
D´accord, tu peux m´aider.
Venez.
Amir!
Attends, attends ! C´est qui ?
C´est Amir. C´est lui qui vend les timbres.
Pourquoi il est là-bas ?
Il n´a pas de bureau ?
C´est pour ça que vous avez besoin d´un guide !
Il me faut 5 livres pour acheter les timbres.
5 livres ?
Yeah.
C´est parfait.
Maintenant, il manque juste une signature.
Aucun problème !
Non, non, pas la vôtre.
Il faut la signature des agents douaniers.
- Hein?
Hello!
J´ai besoin de votre signature.
Qui vous a dit ça ?
L´employé de FlyDEX.
Il ne sait pas ce qu´il dit.
Super ! Je fais quoi maintenant ?
Je peux signer.
Non, si ce n´est pas vous qui devez signer...
Vous voulez la signature de quelqu´un d´autre ?
Non, non, tout va bien. Aucun problème.
Il vous faut le timbre.
Non, non. Pas encore le timbre !
J´ai des timbres. Regardez juste ici.
Non, pas ce timbre-là. L´autre !
Vous savez, celui qu´on fait comme ça.
Et où est-ce que je peux trouver ça ?
Ici.
30 livres égyptiennes.
- OK.
Estie.
Crisse, c'est pire que dans Astérix, ici.
Il faut apporter ça à la secrétaire des douanes.
La secrétaire des douanes ?
Je vais vous montrer.
Venez.
- Hello.
Vous êtes la secrétaire ?
Nous sommes toutes secrétaires.
- OK.
L´agente douanière m´a dit de vous montrer ça.
Voilà.
Est-ce que je peux avoir ma caméra maintenant ?
Une caméra ?
C´est électronique ?
Bien sûr. Je l´ai dit à l´autre dame.
Attendez un instant.
- Hello. - Hello!
Pour récupérer votre caméra, il faut payer 1500 livres égyptiennes.
Pardon ?
C´est 1500 livres égyptiennes pour le dédouanement.
Non, non, c´est trop d´argent !
C´est une caméra très dispendieuse. C´est électronique.
Je le sais, c´est ma caméra !
Comment je peux savoir si c´est vraiment la vôtre ?
Peut-être que vous voulez vendre la caméra en Égypte.
Dans ce cas-là, il y a une taxe à payer.
Non, non, je ne veux pas vendre ma caméra en Égypte.
C´est la mienne ! - Comment je peux savoir ?
C´est l´enfer ici !
Écoutez, je dois m´assurer que c´est votre caméra.
J´ai besoin d´une lettre émise par votre ambassade
qui confirme que vous n´êtes pas journaliste.
Monsieur, c´est très compliqué, tout ça !
Non.
Vous allez à l´ambassade,
ils vont écrire une lettre qui confirme que c´est votre caméra
et que vous n´êtes pas journaliste.
Ensuite, on va vous redonner votre caméra. C´est tout simple.
J´aimerais parler à votre supérieur.
Mon supérieur ?
Non. Désolé.
Il vous faut une lettre de votre ambassade si vous ne pouvez pas payer les frais.
Ce sera plus simple pour vous.
- Ostie...
Il faut vraiment que je retourne au centre-ville ?
Pas aujourd´hui. Demain.
Avec le trafic,
c´est impossible que vous soyez revenu ici avant 17h.
Impossible.
Impossible. - Impossible.
Impossible.
- Oh, hé, toi, là...
Je vous suggère de vous dépêcher. La plupart des ambassades ferment à 15h.
- OK! Estie!
- Sir?
Il vous faut un timbre avant de retourner à la zone cargo.
Évidemment, un autre timbre !
Il coûte combien, celui-là ?
Il est gratuit.
Voilà.
It's OK? All right.
Qu´est-ce que vous faites ici ? - Je vous attends.
Depuis tout à l´heure ?
Bien sûr, il y a toujours des problèmes quand les gens vont à la zone cargo.
Alors, j´attends.
J´ai besoin d´aller à l´ambassade canadienne.
Pensez-y vous qu´on y sera avant 15h ?
15h ? Dépêchez-vous !
Monsieur Roberto ? Et moi ?
Désolé, je dois partir.
Et moi ?
Toi, tu restes ici.
Non. Et moi ?
Ah. Toi...
Et voilà ! - C´est tout ?
Oui, c´est comme ça.
Qu´est-ce que je vais faire avec seulement 5 livres ?
Tu peux t´acheter des timbres !
- OK, voici. Ça, c'est la lettre qui atteste que vous êtes bien
canadien et touriste, non pas journaliste,
et que la caméra appartient à votre production.
- Non! Voyons, câlisse. Non.
Il faut que la caméra m'appartienne.
- Mais elle vous appartient pas, vous m'avez dit que...
- Je sais bien. Mais vous pouvez pas dire ça, ils voudront pas
me la donner. Il faut que la caméra soit à mon nom.
Parce qu'eux autres, ils capotent avec les journalistes.
- Bon, bien, OK.
Il va falloir recommencer la lettre, d'abord, hein.
Mais là, il est déjà 15 h 30.
En temps normal, on ferme à 15 h 00.
- Oui, je sais. À 15 h 00. Mais s'il vous plaît,
vous le savez que cette situation est assez compliquée.
- Hum, hum! Il y a encore un 15$ à payer
et un autre 20$ pour le faire réétamper.
- Bien, voyons! Réétamper? Voyons, câlisse!
J'ai jamais rien fait étamper dans la vie et là,
ça doit bien faire 20 fois aujourd'hui.
- C'est la preuve que votre document est validé
par le Canada; ça, c'est important!
- Regardez aux douanes ce qu'ils ont fait.
- Ah! Bien oui, hein! Ha! ha! ha!
Ah bien, ça... Ça, c'est la bureaucratie égyptienne.
C'est des champions du monde. C'est pas le Canada.
- Je capote. Il faut que j'y retourne demain. C'est comme...
- Je comprends. Moi, j'ai fait mon permis de conduire ici
et ça a été épouvantable.
- "Allo, Chantal. En y repensant bien,
"notre relation était pas du tout compliquée.
"Ton histoire de trop chum- blonde, c'est n'importe quoi.
Je sais pas ce qu'on est exactement,
"mais clairement, je le suis plus que toi.
"PS: Ce que tu vois sur la carte,
"c'est le tombeau de Toutânkhamon
"et si ça continue comme ça, moi aussi, je vais mourir ici.
"Adieu. Ricardo."
- J'ai repensé au film. Et...
OK.
Et je suis pas sûre d'être capable de faire ça, tu vois.
- OK, bien, c'est pas... C'est pas très compliqué.
C'est vraiment un exercice de...
- Non! De liberté!
- De liberté, voilà! Tu fais ce que tu veux.
- J'ai pas envie de faire n'importe quoi, tu comprends?
- C'est ça, ce sera pas n'importe quoi.
Avec la musique, ça va être super facile.
Tu vas suivre un peu le rythme et ça va être super fluide, OK?
Ça va bien aller.
- C'est quoi la musique?
- Ricardo va me donner la cassette
et moi, je vais l'amener chez toi ce soir.
Comme ça, tu pourras répéter un peu.
- Oui. - C'est bon?
- Oui. Hum!
- Ostie...
Allo? - Trogini!
Trogi! C'est Parenteau à l'appareil.
En direct du Brésil !
- Crisse, Parenteau! Attends, minute!
- Prends ton temps, man. - Estie...
Hé! Crisse, il est quelle heure chez vous?
- Ah, je sais pas. Je sors d'un bar puis...
Hum! Je pensais à toi. J'ai parlé avec Vicky cette semaine,
et elle m'a dit que tu allais être au Népal fin décembre!
Genre, t'es là pour les Fêtes?
- Euh... oui. Oui, je pense que c'est ça.
- Bien, là! Moi, j'arrive le 31 pile, mon gars!
La prophétie va se réaliser.
On va être ensemble pour le jour de l'an, mon chum!
- Ah, crisse, ça va faire du bien, ça!
- Ah, je m'ennuie tellement de jaser en québécois. Crisse!
- Puis moi! Puis moi, tu penses!
- Sinon, toi, ça va bien?
Qu'est-ce que tu tournes en Égypte?
- Ah, c'est... C'est un peu compliqué.
Je... Je tourne un film sur l'excision.
- Eh boy...
- Oui. Oui, c'est pas facile comme sujet, je vais te dire.
- Bien non!
- Hé, hum...
J'ai commencé à prendre la méfloquine.
- Ah non, non!
- Man, je suis en train de capoter!
- Crisse-moi ça aux poubelles! J'en ai pris deux semaines.
Je me suis ramassé en crevette dans ma chambre d'hôtel.
- Ah oui? Toi aussi? - Ah, je te jure!
Sacre ça aux poubelles.
Non, c'est pas à point, cette ostie de pilule-là.
J'aimerais ça parler aux singes sur qui ils ont testé ça
parce que clairement, ces singes-là ont pas tout dit.
Attends une minute.
Hé, Trogi, il faut que je te laisse. Je suis avec une fille.
Mais prends soin de toi, man. - Toi aussi, man.
On a besoin d'un taxi. - Oui, un taxi !
- Vous vous souvenez tantôt quand je vous ai dit
que le coup de fil de La course avait changé ma vie?
Bien, celui-là de Parenteau me l'avait sauvée.
Bon, on s'était pas dit grand-chose,
mais d'entendre sa voix, sa joie de vivre,
l'idée de me soûler la gueule avec lui au Népal, je sais pas,
il m'avait remis sur le piton, on aurait dit.
Et je vais vous le dire bien franchement,
j'avais le goût de montrer à Parenteau puis à moi aussi
que j'étais capable de le dépasser.
Que j'étais capable de faire mon chef-d'oeuvre.
C'est lui qui allait payer la traite.
J'étais en mission!
Puis ce film-là allait se faire même s'il fallait
que j'y laisse ma peau, câlisse.
À la zone cargo !
Je savais !
- Mr. Ronaldo!
Pas aujourd´hui, mon ami !
Alors, voici la lettre de l´ambassade.
Le formulaire.
Enfin, la lettre !
Est-ce que je peux avoir ma caméra maintenant ?
Il y a un problème.
- No. No, no, no.
Tout est écrit ici.
C´est ma caméra. Et je ne suis pas journaliste.
Je comprends. Ce n´est pas ça le problème.
La lettre est en anglais...
Elle doit être en arabe.
Sérieusement ?
Absolument.
Pourquoi ne pas m´avoir dit hier que la lettre devait être en arabe ?
Parce que c´est évident !
L´Égypte est un pays arabe et vous le savez !
Votre ambassade ne vous a rien dit ?
Vous croyez que votre pays accepterait une lettre en arabe ?
- Estie de saint-ciboire
d'estie de compliqué de câlisse de...
- Mr. Ronaldo! - C'est Ricardo, mon nom!
À l´ambassade canadienne ?
Pourquoi pas !
C´est parti !
- En arabe? - Ça a l'air.
- Mais pourquoi ils vous l'ont pas demandé hier?
- Eh, crisse! Pourquoi, hein?
À la zone cargo ! - Non ! Aux pyramides !
- Ha! ha! ha!
Très drôle !
Drôle en estie.
Un instant.
Oui, aucun problème.
Estie.
Yes!
Et voilà.
Merci !
Eh oui, mes amis!
C'est ainsi que le 17 novembre 1994,
vers 12 h 30 à peu près, Ricardo Trogi,
concurrent non journaliste pour l'émission La course, devint,
et ce contre toute attente, le premier être humain équilibré
à sortir vivant des osties de douanes égyptiennes!
Qu'est-ce qu'il veut, lui, encore?
Et c'est aussi le même jour,
à peu près 45 minutes plus tard, que Vicky Langlais,
deuxième assistante à la réalisation,
a reçu ce coup de fil là. - La course?
- Elle marche pas! Oui! Juste pour être sûr
que tout le monde a compris, là, une autre fois!
- La course? - Elle marche pas!
Elle marchait pas!
- T'es pas sérieux? - Oui, je te dis!
D'habitude, la petite lumière rouge allume. Mais là, rien.
Rien dans le viseur en plus. Je ne sais plus quoi faire!
- OK, regarde, je vais t'en envoyer une autre.
- Ici? Voyons donc! Jamais, jamais, jamais! Non!
- Bien, qu'est-ce que tu veux qu'on fasse?
- Bien, je sais pas. Euh... En Tunisie, OK?
Je m'en vais là dans deux semaines. Envoyez-moi ça là-bas.
- Ah, mon Dieu! Tu vas tellement être en retard!
- Je sais pas, là. Je vais en retrouver une autre ici.
Mais écoute, c'est sûr que ça va aller plus vite.
C'est impossible que je retourne dans cet ostie de cirque-là.
- Pierre est pas encore arrivé,
je te rappelle dès que je le trouve. Bouge pas, OK?
Monique!
- Voyons!
Tabarnac, ça se peut pas!
Yes! - Allo?
- Ah, Ahmed!
- Oui, écoute, Ricardo, je dois te dire un truc.
- Écoute, Ahmed, moi, je reviens de l'aéroport.
La nouvelle caméra, elle fonctionne pas.
- Non, mais tu déconnes!
- Non, non. Regarde, je sais pas quoi faire.
- Nom de Dieu, mais c'est pas possible!
Arrête, Ricardo! Ha! ha! ha!
- Voyons, arrête de rire, couillon!
On tourne demain! Je sais pas quoi faire.
- Désolé, désolé.
C'est trop drôle, c'est pas possible.
- Hé, sais-tu où je peux trouver une autre caméra?
- Justement, on va pas pouvoir tourner demain.
- Quoi? - Ça m'embête de te dire ça.
J'ai fait une connerie, c'est ma faute.
- Bien voyons, quelle connerie?
- Hier soir, je suis allé chez Rania
pour lui faire écouter la musique et...
Comment te dire? Je t'avais dit que...
Comment te dire?
- Bien voyons! Dis-le, merde, ça va tellement mal!
- J'ai essayé de l'embrasser, ça lui a pas plu. Voilà.
- Quoi? OK, mais là, c'est quoi?
Elle ne veut plus faire le film?
- Ha! ha! ha! Non, crois-moi que non.
Elle est très, très en colère! Tu sais, c'est une actrice
et c'est pas simple avec une actrice.
- Ah, tabarnac! - Je suis vraiment désolé.
- Bon, OK, moi, je vais essayer de trouver une autre caméra.
Toi, essaie de me trouver une autre actrice!
- OK, OK. Promis, promis.
- OK. Là, ça va-tu marcher?
Vicky!
Descends, je t´attends !
- Oh no, no, Yunnis! Hé, câlisse!
Non, ce n´est pas le moment !
J´ai une surprise pour toi, mon ami !
Descends...
- Hé, là, ostie, ça va faire!
Yunnis, ce n´est pas le moment ! J´ai de gros problèmes.
- Ricardo? - Oh! Pierre.
- Ouin, ça va pas bien, bien, on dirait.
- Non, non. Bien oui, oui, oui. Excuse-moi.
- Écoute, je suis vraiment désolé pour ce qui est arrivé.
Je comprends pas comment ça a pu arriver.
Une caméra de rechange, c'est supposé fonctionner, d'habitude.
Là, tu veux qu'on t'en envoie une à Tunis, c'est ça?
- Oui! Oui, oui, s'il vous plaît.
- Je suis pas sûr que ça va aller bien, bien
plus vite, pour être bien honnête avec toi.
- Bien, écoute, sais-tu? Je vais prendre la chance,
je suis pas mal sûr que ça va aller plus vite qu'ici. OK?
- Bon, je comprends. Je vais voir ce que je peux faire.
Voyons! Excuse-moi, Pierre,
ça lâche pas ici. Il va falloir qu'on se reparle, OK?
Merci pour tout. - Hé, Ricardo? Ricardo?
On va t'envoyer ça par FlyDEX.
Inquiète-toi pas pour les retards,
c'est pas de ta faute. On va t'arranger ça.
Lâche pas, mon grand. Tu fais du bon travail.
- T'es bien fin, Pierre. Merci!
Yunnis, câlisse!
Je t´ai dit que j´avais...
Je voulais m´excuser d´avoir brisé ta caméra.
Je t´en ai trouvé une autre.
Quoi ? - Tiens !
- Wow!
Tu me sauves la vie !
Ça te plaît ?
Mon Dieu, Yunnis !
Ha! ha! ha! Wow! Yes!
C´est quoi, ça ?
Je ne sais pas, c´est le truc que...
Je ne fais pas ça. Je n´ai jamais fait ça.
Tu me sauves la vie !
Non, non, c´est toi qui m´as sauvé la vie.
Salima!
Voici Salima.
- Hello, Ricardo.
- Wow!
C´est...
Ravi de te rencontrer !
Merci d´avoir parlé à Yunnis du « trop chum-blonde ».
On peut se marier maintenant.
Ah!
Pardon.
Yes!
- Allo, Ricardo! C'est réglé!
J'ai parlé à Rania et je me suis excusé.
Elle aimerait faire le film à une seule condition.
Elle aimerait que tu changes la musique.
Elle dit que ça l'inspire pas tellement.
- OK, donne-moi deux secondes.
Es-tu une actrice ?
Moi, une actrice ? Non !
Parfait !
OK, ça suffit. On coupe.
- C'était pas si mal. Laisse-la faire.
- Non, non, ça fait 10 prises qu'on fait.
Elle sait pas danser, c'est un désastre!
- Ah, je sais, je sais.
Pourquoi tu n'as pas choisi Rania? C'est une actrice!
- Arrête avec Rania, OK? Avec toutes
ses esties de questions, c'était...
- Oui...
- Ostie, qu'est-ce que je fais ici? - Si tu veux,
les enfants du train, ils y sont tous les jours.
On pourrait aller même demain... - Ahmed, Ahmed!
Je sais que ça ferait un bon film, les enfants
sur les trains, mais ça, c'est différent, OK?
Ce qui se passe ici, les gens, ce qu'ils font
à ces fillettes-là, c'est pas normal.
- Oui.
- Excuse. C'est parce que depuis que j'ai vu
cette photo-là, ça me...
On le refait ?
Oui, dans un instant !
- J'ai une idée.
T'as qu'à mettre les images au ralenti.
Tout le monde sait danser au ralenti.
Tu comprends?
- Tabarnac!
T'es un génie, man!
Il me restait à peu près 12 heures
pour finir ce film-là, mais ça allait bien.
J'avais tout mon kit: mes feuilles de montage,
ma visionneuse, mes crayons de dessin,
mes écouteurs, un paquet de cigarettes,
ça tient réveillé, puis six bières,
c'est bourratif, pas besoin de manger.
Quand t'as quelque chose de bon entre les mains,
bien, tu le sens.
J'étais en train de faire quelque chose de beau.
Ma seule source d'infos,
l'article du magazine République,
mais pour un film de quatre minutes, c'était bien assez.
Après tant d'épreuves, je commençais à comprendre
pourquoi les grands artistes créaient dans la douleur.
Van Gogh, par exemple, saviez-vous que...
Yes!
- J'ai une mauvaise nouvelle.
On pourra pas utiliser ta chanson Yalili...
Ostie, je suis jamais capable de le dire.
- Bien voyons, t'es pas sérieuse!
- Oui, je "catche" pas. Personne connaît cette chanson-là,
mais la compagnie de disque demande une fortune...
- Tabarnac...
OK, c'est parce que là, moi,
j'ai tourné en fonction de cette toune-là.
- C'est ma faute, j'aurais jamais dû dire
que ce serait pas un problème. Je m'excuse.
Ricardo?
- Regarde, c'est pas grave.
- Non?
- Non, non, je... De toute façon, depuis le début
de ce film-là, il y a jamais rien qui fonctionne, fait que...
- Qu'est-ce que tu vas faire?
- Je pense que je vais me prendre une bière.
- Non, mais sérieux?
- Ah, je suis très sérieux. Bye!
Câlisse.
Après tant de bad lucks,
n'importe quel être humain aurait crissé ça là.
Mais pas moi!
Pas moi parce que ce film-là était trop important
pour que je le crisse là.
Fallait que je change le monde!
C'est drôle, mais ça devait bien être
le 10e pays que je quittais depuis trois mois puis...
bien, je m'habituais jamais.
Tout ce monde-là que je rencontrais, qui m'aidait
puis que j'abandonnais.
"Allo, Chantal.
"Je m'excuse pour ma dernière carte, j'étais pas moi-même,
"j'étais sur la méfloquine et ça me rendait un peu débile.
"J'espère que tu me pardonneras.
"Le Nouvel An approche et j'ai rendez-vous
"avec François Parenteau ici, à Katmandou.
"J'ai hâte que tu voies le film que j'ai fait en Égypte.
"La réalisatrice m'a dit qu'elle le présenterait
"en dernier à l'émission, car elle trouvait que c'est
"ce que j'ai fait de mieux jusqu'à maintenant.
"Je t'embrasse et j'ai hâte
"de te serrer dans mes bras. Ricardo."
La condition de la femme à travers le monde
varie souvent selon deux choses.
Le crétin avec qui elle partage sa vie
ou encore les traditions imposées par ce même crétin.
L'Égypte d'aujourd'hui témoigne vivement
d'un accouplement forcé entre son histoire pharaonique
et sa réalité actuelle.
Il en résulte donc une société moderne, évoluée,
qui se heurte régulièrement des contraintes traditionnelles.
Lorsqu'on apprend qu'encore de nos jours,
l'excision est pratiquée non seulement ici,
mais également dans 40 pays africains,
on est en droit d'être profondément dégoûtés.
Et c'est mon cas.
Contrairement à ce que certains croient,
ce n'est pas une coutume musulmane,
bien que sa pratique soit concentrée
chez les serviteurs de Allah.
Il n'en demeure pas moins un vestige laissé,
pense-t-on, par l'ancienne Égypte
ou encore les premières civilisations éthiopiennes.
Quoi qu'il en soit, le gouvernement égyptien
promet d'éradiquer ce barbarisme
même s'il en est également conscient
que sanctionner une tradition aussi lourde que celle-ci
n'aura de bienfaits qu'aux yeux des pays étrangers.
Car le problème demeurera incrusté dans un mode de pensée
qui ignorera la loi au profit d'un purisme utopique.
- Il faudra que chaque homme s'arrête un instant
pour regarder la femme dans les yeux
pour savoir qui elle est, pour la découvrir,
pour la toucher et surtout pour la respecter.
Cesser d'imaginer ce qui est ou n'est pas bon pour elle,
mais plutôt la laisser libre.
Elle saura ce qui est bon pour elle.
Elle est assez grande, c'est une femme.
- Alors... Jean-Michel,
à toi l'honneur.
- D'abord, je vais être très nuancé sur ce film.
C'est un film qui est excessivement bien filmé.
Les images sont magnifiques.
Avec la musique de Verdi, les pyramides
et cette dame qui danse...
la danse du clitoris, en quelque sorte,
qui nous jette ce voile de sang en pleine figure,
c'est magnifique.
Par contre, c'est un film sur l'excision,
et c'est un problème qui n'est pas simple, hein.
Alors, si effectivement
182 fillettes sont excisées chaque heure,
peut-être qu'il faudrait aller voir
quel sens ça a pour ces gens.
- Oui, je ne pense pas que Ricardo, par contre, avait--
- Question de se rappeler aussi, cette pratique est une pratique
pratiquée par les femmes,
par les grands-mères sur les femmes elles-mêmes.
Alors, de dire que le corps de la femme
est ce qu'elle a de plus précieux
et que la tradition l'oublie, ce n'est pas vrai.
La tradition a toujours honoré le corps de la femme.
On n'a qu'à voir dans chaque culture
comment ce corps est idéalisé,
mis en sculpture, en poterie, etc.
- Je suis pas sûr qu'il aurait eu la chance de rencontrer
ces gens-là. - Mais alors, au moins,
parler à cette danseuse sur cette affaire.
Il ne fait parler qu'un imbécile qui n'a rien à dire.
C'est parce que c'est pas son histoire.
- Bon! Alors, combien vous donnez?
- Je donne treize. - Eh, là, là...
Manon? Manon, maintenant.
- Moi... j'abonde aussi dans le même sens,
c'est-à-dire que je trouve que c'est le plus beau film
de Ricardo, mais je trouve que c'est un piège.
Je trouve qu'on peut pas faire d'esthétisme
avec un sujet comme ça, c'est un sujet beaucoup trop important.
Il nous dit ce qu'on sait tous
et qu'on pense naturellement comme Occidentaux,
mais il va pas plus loin ni dans l'émotion,
ni dans l'information que ce qu'on sait déjà.
Mais on a tendance à adhérer à ce film-là
parce que c'est tellement beau
et la symbolique du voile et tout.
Mais je trouve qu'il a effleuré son sujet.
Donc, treize. C'est grave avec un sujet pareil.
- Eh, là, là, là! Hum! Michelle?
- Dix-huit. - Bon, 18.
- Moi, j'ai été extrêmement touchée par ce film-là.
Touchée par son émotion.
La surprise qu'il semble avoir eu, la sincérité,
et l'utilisation du voile,
je trouvais que c'était pas uniquement esthétique.
Il y avait beaucoup, beaucoup d'émotions.
J'ai été touchée.
- Bon! C'est donc un total de 44 points
pour Le son de l'ignorance
que nous présentait aujourd'hui Ricardo Trogi.
- Passe-moi le téléphone.
- Ricardo? As-tu tout entendu?
- Ricardo? - Oui, je suis là.
- Ça a pas d'allure!
Parle-moi d'une gang d'innocents, ces juges-là!
- Non, mais la dernière a aimé, non?
- Je te parle des deux autres, cette affaire!
L'autre avec son estie de face de gars
qui pense qui connaît tout, câlisse!
- Mais ils ont rien compris, on s'en fout.
- Non, on s'en fout pas, Benito!
Ricardo, c'était ton plus beau film!
Elle l'a dit, l'autre, en plus, à la fin!
Bien non, elle s'en va te câlisser un 13,
qu'est-ce qu'elle a pas compris?
- À mon retour, quelques mois plus tard,
j'ai compris que j'avais pas fait un chef-d'oeuvre,
mais de l'ethnocentrisme.
Puis si comme moi, vous saviez pas
ce que c'était l'ethnocentrisme,
bien, c'est quand on a tendance
à prendre comme modèle le groupe ethnique auquel on appartient.
Il y a un paquet pour vous.
- C'était le courrier du public.
Du monde de Saint-Jean-Port-Joli, Matane,
Montréal, Sainte-Foy.
"C'était drôle, ton film en Hollande."
"Tes images sont tellement belles."
"Te souviens-tu de moi? On était dans la même équipe au hockey."
"Tu devrais aller en Chine,
"je connais quelqu'un qui pourrait t'héberger."
"Es-tu tombé en amour?"
Du monde que je connaissais pas.
Je ne me souviens plus ce que Chantal m'avait écrit,
je me souviens juste
qu'elle avait pas écrit qu'elle m'aimait.
Yes? - Allo?
Oui, c'est moi.
- Papa?
- Oui. Ça va?
- Bien... moyen, là.
- Écoute, moi, j'ai trouvé que c'était très bien, ton film. OK?
- Oui, mais... - Mais attends!
Il y a pas longtemps, je savais même pas
que tu pouvais faire des films. Et là, je vois ça et...
je peux pas croire que je suis ton père.
Je suis fier de toi, OK? Le reste, on s'en fout.
T'as bien compris? On s'en fout!
Pour moi, t'as déjà réussi beaucoup.
Je savais pas que t'étais un...
...un artiste.
Là, je sais.
Ricardo?
- Oui, je suis là.
- Bon, alors. Ça va aller, Fellini?
- Oui, oui.
- Bravo! On se voit à ton retour, alors?
- OK.
- Ah oui! J'ai fait changer le windshield de ta voiture.
Tu me dois 500 piastres.
- Ha! OK.
- Ciao, nino. Te amo.
- Ciao! Merci d'avoir appelé.
Faut comprendre que dans toute ma vie,
mon père m'avait jamais appelé.
Jamais, là! Sans joke.
Il faisait pas ça. Il était pas de même.
Hé!
- Trogini! - Parentino!
- Je suis content de te voir! - Hé, moi aussi, man!
Trois, deux, un!
- Ce soir-là, quelque part
entre la fin de 1994 et le début de 1995,
j'ai recommencé à croire que j'étais un artiste.
Quelques jours plus tard,
j'ai repris ma caméra puis, bien, j'ai continué.
Si je fais encore des films aujourd'hui,
ce n'est plus pour faire des chefs-d'oeuvre.
C'est pour que mon père les voie.
J'aimerais tellement ça qu'il me rappelle, des fois.
Il me manque tellement.
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