All language subtitles for Henri Xhonneux - Marquis de Sade - German or French with German Subs (Animatronics)

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Original subtitles

- Chocolat chaud et brioche pour Monsieur le marquis.

Tiens, le rideau se lève!

Enlevez votre cageot. Il faut vous nourrir.

- De la pierre... et du pipi de chat.

- Le petit déjeuner ordinaire de la maison.

Vous savez ce qu'il faut faire pour avoir le spécial.

- Je me contenterai de l'ordinaire.

- Cessez de me provoquer en suçant ce vieux croûton.

Pourquoi vous obstinez-vous

à refuser mes langoustes?

Tu me rends fou! Je ne dors plus...

depuis que je t'ai vu retirer ta chemise au greffe.

Ah! J'aime ton corps souple

et dur à la fois. Prends-moi...

prends-moi!

- Tu me répugnes. Ce que tu n'as pas obtenu par le chantage,

tu ne l'auras pas par les sentiments. Geôlier,

ayez du plaisir à quitter ma cellule.

Et n'oubliez pas les eaux sales.

- Ah! Je ne suis pas assez bien pour toi.

Demain, plus de brioche!

- Je ne suis pas tranquille.

Où on ira, quand on sera sortis?

- Voilà ce que le gouverneur voudrait apprendre.

- Je n'ai jamais trahi personne.

Vous savez que dans le Marais, on m'appelait Pigonou la Tombe.

- Et Zéphyr la Baleine, Delcourt...

tes complices de la bande à Coeur-de-Fer,

grâce à toi, ils sont aux galères.

- Faites excuse, mon lieutenant général. D'accord,

j'étais votre indicateur.

Mais je ne serai jamais un mouton. Je ne dirai jamais rien contre vous.

- Tais-toi et suce!

- Tenez, en voilà encore une de prête.

Crénom! Elle était bonne, celle-là.

- Qu'attends-tu pour prier?

II rote.

- Une seconde. Je prends l'almanach, mon lieutenant général.

Saint Gérard, priez pour nous.

Saint François

d'Assise, priez pour nous. Saint Bruno, priez pour nous.

Saint Frémant, priez pour nous. Saint...

- Passe-moi la mayonnaise et prie plus fort!

Ambert va nous entendre.

- Saint Georges, priez pour nous.

Sainte Pélagie, priez pour nous.

Saint Denis, priez pour nous.

Sainte Thérèse, priez pour nous.

Saint Baudouin, priez pour nous.

- "Cet impudique est trop fortement proportionné,

"et la nature se révolte en moi

"au seul soupçon de ses plaisirs..."

- Depuis que tu n'en as plus, ils te font peur, les plaisirs?

- Tu n'y es pas, Colin. C'est mon héroïne qui parle.

Celui dont elle parle est trop membré pour l'orifice choisi.

- Il est plus joufflu que moi? - Oh oui!

Pour toi, ce serait un jeu d'enfant.

"ll ne peut vaincre des obstacles.

"À peine se présente-t-il, qu"il est aussitôt repoussé. Il écarte,

"il presse, il déchire..." - Trop de verbes à la suite.

- Ne te mêle pas du style!

J'accepte que tu me donnes des idées,

mais c'est moi qui écris. - Bon. Je ne dirai plus rien.

Mais tu mets trop de verbes.

- "Les chairs ramollies se prêtent,

"le sentier s'entrouvre,

"le bélier pénètre."

- Le bélier? II y a un bélier, maintenant? D'où il vient?

- Une image!

"Le bélier pénètre.

"Je pousse des cris épouvantables.

"Bientôt, la masse entière est engloutie.

"Et la couleuvre,

"lançant aussitôt un venin

"qui lui ravit ses forces, cède enfin en pleurant de rage."

- Arrête, tu m'excites.

- Voici le confesseur que vous réclamiez.

- Ah, mon père! Je suis la plus misérable des créatures...

une pécheresse vouée aux flammes de l'enfer.

- Ne désespérez pas de la clémence divine, ma fille,

et avouez-moi vos péchés.

- J'avais retiré mes vêtements pour prendre un bain dans la rivière.

- Un instant.

- Tandis que les 3 autres me maintenaient au sol,

un quatrième gentilhomme, le visage dissimulé par un masque,

abusait de moi.

- Pas si vite, mon enfant.

Comment a-t-il commencé? Par ici...

ou par là? - Par-derrière.

- Quelle étrangeté me racontez-vous là?

J'ai besoin de détails.

Est-ce que vous aviez gardé votre petit linge intime?

- Ma foi... - Vous l'a-t-il arraché? Déchiré?

- Troué!

II m'a prise à travers la dentelle, mon père!

Des voix et des rires.

- Tiens! Fouille-merde, qui astique les cuivres!

- La servante de la ferme...

Pisse dessus et ça brillera mieux!

Fouille-merde!

- Ivrognes! Allez prendre votre tour de garde

ou je vous dénonce au gouverneur.

- Mais... pendant que ce monstre vous déflorait,

à quoi s'occupaient les autres? Vous mordillaient-ils les seins?

- Non. Ils n'auraient pas osé. Ils étaient à son service.

- À son service?

- C'est que... c'était le roi.

- Vous êtes folle! Vous délirez.

- Non, hélas. Quand son masque a glissé, je l'ai reconnu.

Son double menton, son gros nez.

Il s'agissait bien de Sa Majesté, sinon pourquoi m'embastiller

par lettre de cachet? - Prétentieuse et menteuse!

Prenez garde, on ne plaisante pas avec la clémence divine.

- Il y a plus grave. - Qu'allez-vous inventer?

- Je suis enceinte de ses oeuvres. L'enfant du roi va naître en prison.

Il frappe les trois coups du théâtre.

- "Jusqu'ici, mon ami, j'ai été un vaurien. J'ai couru les beautés,

"j"ai fait le difficile. À présent, la vertu rentre dans mon...

"dans mon..."

- Coeur! - "La vertu rentre dans mon coeur.

"Je ne veux foutre que pour de l'argent.

"Je m'afficherai étalon des femmes sur le retour

"et je leur apprendrai à jouer du cul à tant par mois."

- Non! Tu déclames ma pièce comme si tu lisais l'almanach.

Et les jeux de scène?

- Je ne suis pas un professionnel.

- Je sais. Mais je n'ai que toi sous la main, alors applique-toi.

Refais-la comme à la répétition d'hier.

Quand tu dis: "À jouer du cul",

il faut que tu ondules comme ça.

- Entendu.

Si tu m'inventes une histoire plus excitante.

- Marché conclu.

- "...étalon juré des femmes sur le retour

"et je leur apprendrai à jouer du cul

"à tant par mois."

- Parfait, continue.

- "ll me semble voir une dondon qui n'a plus que six mois à passer

"pour finir la quarantaine, m'offrir la molle épaisseur..."

- Chut! Allez, en coulisses. Dans la culotte.

- Gaétan de Préaubois, gouverneur de la Bastille.

- Laissez-nous, Ambert.

Monsieur le marquis, ravi de vous rencontrer.

On m'a beaucoup

parlé de vous.

- Voilà 628 jours que je réclame cette entrevue.

Le gouverneur avait d'autres chats à fouetter...

- Je craignais de vous déranger. L'un des avantages de la prison

n'est-il pas d'échapper aux fâcheux et aux importuns?

Que puis-je pour vous?

- Eh bien, pardi, me rendre la liberté.

- Cela outrepasse les limites de mes compétences.

- Expliquez-moi au moins pourquoi je suis ici.

- Comme si vous l'ignoriez...

Vous ne vous souvenez pas avoir fait

là où vous ne deviez pas faire?

- Non.

- Ceci vous rafraîchira la mémoire.

- Qu'est-ce?

- La pièce à conviction numéro 1.

À vue de nez... il y en a pour 30 ans,

là-dedans.

- Ce n'est pas la mienne. Il s'agit d'une erreur judiciaire.

- Pièce à conviction numéro 2.

"Le délit ci-joint a été commis sous mes yeux par un marquis,

"chien notoirement rétif, qui, malgré sa race,

"prend un malin plaisir à saper les fondements de la religion

"et de la société.

"ll convient de l'embastiller pour l'empêcher de nuire.

"Signé: Un ami qui vous veut du bien."

- Vous vous contentez d'une dénonciation anonyme.

Ah, elle est belle, votre justice!

- Continuez sur ce ton, et vous récoltez 20 ans de plus.

- C'est une machination!

- Passez aux aveux complets. Livrez-moi le nom de vos complices.

À mon avis, vous n"étiez pas seul.

- Je suis innocent.

La prison ne m'effraie pas! Vos lois sont scélérates,

et même entre ces murs, je continuerai à m'y opposer.

- Comme il vous plaira. Réfléchissez.

- C'est toi qui l'as faite? - Si je devais me rappeler

tous les crucifix que j'ai conchiés. Une prise de position poétique!

- Lourde de conséquences!

- Je dénie à la société le droit de régir ma nature,

puisque je refuse d'asservir mes passions.

- Tu aurais pu me prévenir.

- Le sexe n'est pas le cul.

Quand la main droite ignore ce que fait la main gauche,

elles ne sont pas tentées d'applaudir servilement

à tout propos.

- Ho!

- Inutile de m'attendre. Je rentrerai à pied.

On frappe à la porte.

- N'avais-je pas dit que je ne désirais plus vous voir?

- Oh! Juliette, de grâce! Une dernière fois!

- Pouah! Quelle haleine!

Vous puez du bec et répandez une odeur de fornication.

- Mon amour... acceptez ce petit cadeau.

- Vous ne pensiez pas acheter Juliette avec cette pacotille?

- Il m'a coûté 5 000 écus.

- L'argent! Toujours l'argent! Répugnant personnage!

Vous salissez tout.

Et vous avez mouillé le tapis.

- Oui. Je sais.

Punissez-moi.

- Enlevez vos bottes.

Montez sur la chaise.

Baissez vos culottes. - Non. Pas les culottes, maîtresse!

- Si! Et plus vite que ça!

Pauvre

petite chose triste!

- Oh oui! Oui! Plus fort!

Oh oui! Oui!

Oui!

Mais mords-moi plus fort! Jusqu'au sang!

Oui! Comme ça!

Continue...

Je viens! Oh!

Oh oui, c'est bon! Cocorico! Cocorico!

Chant du coq.

- Saints défunts, priez pour nous.

Saint Hubert, priez pour nous.

- La ferme! Ça suffit!

Regarde!

La porte est ouverte.

- Alors, vous allez prévenir vos amis?

On met les bougies à la fenêtre?

- Chaque chose en son temps. Tu as fini l'escalier?

- Un étage...

deux étages...

trois étages.

Et...

deux marches. - Il manque au moins cinq mètres!

- Plus de munitions.

- Ambert!

Ambert!

Le sieur Pigonou a besoin de se confesser d'urgence.

- La fille Justine prétend être grosse des oeuvres de Sa Majesté.

Et j'ai toutes les raisons de la croire.

- Je coupe... et j'empoche.

- Une veine de cocu, Préaubois.

Branlez les cartes.

- Si la populace venait à apprendre la conduite du roi en cette affaire,

le scandale attiserait le mécontentement général.

- L'arrivée d'un bâtard achèverait de ruiner la réputation du régime.

Je double la mise et j'écarte. - Tenu. Sans écarter.

- J'ai une idée. - Et moi, une paire de couilles!

Ha, ha, ha!

- Il suffirait de faire violer Justine par ce débauché de Marquis.

De s'arranger pour que l'opinion publique l'apprenne,

et à la naissance de l'enfant, tout le monde croira

qu'il en est le père!

- Vous me paraissez plus fort en politique qu'aux cartes.

On frappe à la porte.

- Entrez!

- Pardon, Monsieur le gouverneur,

Pigonou réclame encore Dom Pompero.

- Toucherions-nous au but?

- Nous allons connaître la raison de la disgrâce de Lupino.

- Au Procope, on parlait de corruption,

mais on ne m'ôtera pas de l'idée qu'il est mêlé à une conspiration.

- Sûrement. Le roi n'enferme pas sans raison le chef de sa police.

Mais je vous le dis tout net, si cette fripouille de Pigonou

ne nous éclaire pas, à quoi bon continuer à l'entretenir?

Je le fous dehors.

- Vous allez devoir vous serrer.

Je vous amène de la compagnie.

- Peine perdue, Ambert. Je ne te céderai jamais,

même si tu réduis mon espace vital de moitié.

- Euh... Faites comme si je n'étais pas là.

- Que me voulez-vous?

- Je ne fais que passer... le temps que le citoyen Pigonou

se mette à table. - Je vous entends mal.

Un citoyen qui se met à table,

et vous ne menez pas l'interrogatoire?

- Le chef de la police qui a procédé à votre arrestation

n'est plus qu'un pauvre détenu, comme vous.

- Je m'accuse, mon père, d'avoir été trafiquant de charcuterie.

Vous savez... On commence seul, par quelques rondelles,

au marché noir.

Rires caverneux.

- Et puis, on devient un maillon de la chaîne.

- Vous m'avez déjà confessé cela et Notre Seigneur vous l'a pardonné.

Venez-en à Lupino.

- Le Seigneur ne savait pas que le jambon était baptisé,

coupé à l'eau. Voleur et menteur!

- Comme tout le monde. Même pas de péchés capitaux!

On n'est pas là pour ça.

- Attendez! Je ne vous ai pas raconté

ce qui s'est passé quand les revendeurs

s'en sont aperçu.

Oh non! Pitié! Ne me saignez pas!

- Donne-nous du jambon frais, pas de la camelote.

- Coeur-de-Fer n'en a plus.

Et les fermiers généraux ont saisi l'arrivage.

- Ici-même, tu as du premier choix.

- Non. Je vous jure! Vous pouvez me fouiller.

- Et ça?

- Ma cuisse?

- Ouais! Tu vas nous la servir, et en vitesse.

Hurlement de porc.

- J'ai certainement dû commettre d'autres crimes.

- Cessez de parler de vous!

Je vous ai déjà donné une absolution générale.

Je vous certifie pur porc. - D'accord, je suis pur porc.

Mais je ne suis pas casher. - Tu mélanges tout, ignare!

Heureusement que tu n'es pas casher!

- Mais alors...

je ne recevrai pas mes 24 chapelets et mes 12 crucifix?

- Tiens. Et ce n'est pas par charité chrétienne.

La prochaine fois,

si tu ne nous révèles pas le secret de Lupino,

tu retournes dans le Marais!

Et tu t'expliques tout seul avec la bande

à Coeur-de-Fer. - Pitié, mon père!

Je ferai mon possible, mais il se méfie de moi.

Après tout, je ne suis qu'un pauvre droit commun,

et lui, pas n'importe quel prisonnier politique.

- Et que diable vous reproche-t-on?

- D'avoir infiltré sur ordre le club des Patriotes de la rive gauche

et d'avoir succombé à leur idéal subversif

pour l'amour d'une femme. - Les temps changent!

- Aidons les prolétaires à installer la bourgeoisie au pouvoir.

C'est la seule issue.

- Je ne suis ni prolétaire ni bourgeois. Je n'ai pas d'argent.

Je n'ai jamais planté un clou. - Un libertaire libertin, je sais.

Vous n'avez ni foi ni loi, ni dieu ni maître.

D'ailleurs, je... je n'ose même pas vous parler

du petit service que vous pourriez rendre à la Nation.

- Dites toujours.

- J'ai le projet de m'évader

pour organiser le combat révolutionnaire.

Vous seul pouvez m'aider.

- De quelle manière?

- En cédant aux avances du porte-clefs.

On m'assure qu'il est amoureux de vous.

- Vous me proposez d'enculer quelqu'un au nom de la liberté?

- Exactement!

Vous contribuerez à jeter à bas ce régime que nous exécrons.

- Taisez-vous.

- Ils sont durs à attraper, cette année.

- J'ai toujours préféré...

les plumes au croupion.

- Je comprends vos scrupules

et vous accorde que la sodomie est un crime contre nature.

Toutefois, pour la noble cause...

- La seule noblesse que je me connaisse

tient à ma particule corporelle, que je consulte démocratiquement,

car elle est parfois d'humeur capricieuse.

- On vient...

Le peuple compte sur vous.

Avant de faire la belle, je frapperai comme ceci...

Appelez Ambert à ce signal.

Tout dépend de vous.

- Tout dépend... de lui.

- Les aristocrates à la lanterne... - Tiens!

- Mort aux tyrans! - Tiens! Tiens!

- Vive la révolution! - Oh!!

Là, vous dépassez la mesure. À la Bastille!

- De grâce, maîtresse! Non. - Si!

Voyons...

où vais-je vous enfermer? Dans cette grande tour?

- La Bazinière? Non! C'est le quartier des femmes.

- Là où 3 bougies brillent.

- La tour Berthaudière?

II n'y a plus de place. - Qui s'y trouve?

- Ah non! Pas les barbillons. Aïe!

Non! Non!

Je dirai tout! Un truand, un conspirateur

et un détraqué.

- Je vous enferme avec le conspirateur.

- Non! Lupino partage déjà la cellule de Pigonou.

Et je ne veux pas Marquis. Il n'est pas normal.

Il m'effraie. - Alors, dans celle du milieu.

- Euh... Occupée par la garnison.

- Combien d'hommes? - Je ne sais pas. Je ne sais plus.

Douze.

- Fais-moi faire ma gymnastique.

- J'ai autre chose.

- Quoi?

- Ambert.

- Non! On ne devait plus en parler.

- La situation a évolué. Il ne s'agit plus de te dévouer

pour améliorer notre ordinaire, mais pour une bonne action.

- Toi? Une bonne action! Tu m'étonnes...

- Favoriser l'évasion du responsable de tous nos malheurs,

faire sortir celui qui nous a enfermés,

n'est-ce pas de la grandeur d'âme?

- J'accepte. - Sans discuter?

- En discutant. Donnant, donnant.

Il y a longtemps que je veux dépuceler

le mur d'en face. - Que lui trouves-tu?

- Regarde!

Sur la gauche, légèrement vers le bas...

- Ventre dieu!

Crénom, la belle lézarde!

- Elle ne vaut pas celles qui sont dehors, mais on va la baiser.

- Ces fentes coupent. - On la pénètre

ou je refuse d'approcher Ambert.

- Je te cède... mais ne viens pas pleurer après.

Faites excuse, madame. C'est pour le petit.

Il n'en peut plus.

- Voilà où conduit l'abstinence.

Vous répandez votre semence contre le mur, comme de l'urine?

- Vous pourriez frapper! J'ai ma vie privée.

- Privée de tout, je le reconnais.

Ne désespérez pas. La Sainte Église vous comprend,

bien que vous ayez toujours refusé la confession.

Je vous apporte la bonne nouvelle. Un don de Dieu!

- Allez au diable!

- Garde!

Même le plus malheureux des pécheurs doit pouvoir participer

à la création divine en utilisant un réceptacle approprié.

Allons, mon fils.

Faites-en ce que vous voulez. Vous avez ma bénédiction.

Et ego tanquem dei minister, vos in matrimonium conjunguo.

- À la garde!

La prisonnière s'est échappée! À la garde!

- T'entends, Rudi? Fouille-merde a perdu sa prisonnière.

- Où est-elle, bande d'ivrognes?

- Elle est en train de se faire "ficken" par le marquis.

- Ordre du gouverneur.

- Et avec les félicitations du curé!

- Marquis! II lui fait à elle ce que j'aimerais tant

qu'il me fasse. Qu'a-t-elle de plus que moi?

- On en a une vraie, et Monsieur fait le difficile.

Regarde-la. Elle est mieux en chair que celle du mur.

- Je voudrais bien, mais j'ai trop mal à la tête.

- De l'exercice, et tu iras mieux.

- Non. Pas de gymnastique.

Peut-être qu'une histoire corsée... - Une histoire?

Alors que Madame est toute pantelante. Regarde.

Elle a peur et elle a raison, car on va en faire notre chose.

- Pitié! Je suis grosse de 3 mois et le fruit de mes entrailles

est maudit. - Dans l'état où je suis,

sans une histoire très corsée, je n'y arriverai jamais.

- Bon...

Allons-y donc pour une histoire.

La femme de 20 ans, grosse de trois mois,

est juchée

sur un piédestal de sept... non, huit pieds de haut.

Ne pouvant poser qu'une jambe, elle doit garder l'autre en l'air.

Elle tient une gaule flexible pour la soutenir.

Il est aisé de voir l'intérêt qu'elle a de ne point choir

et l'impossibilité de garder l'équilibre.

Cette alternative divertit les moines rangés autour d'elle.

Ils ont chacun une ou deux femmes qui les excitent diversement

pendant ce spectacle. Toute grosse qu'elle est,

la malheureuse reste ainsi un quart d'heure. Les forces lui manquent.

Elle tombe sur les épines. Nos scélérats, enivrés de luxure,

vont offrir pour la dernière fois

sur son corps l'hommage de leur férocité.

- Je suis toute remuée, monsieur. Comme moi, vous avez dû souffrir,

pour décrire la bassesse de l'âme humaine.

- C'était excitant. Il y avait moins de verbes que d'habitude.

- De quoi je me mêle? Le style, c'est ma partie.

Je te l'ai déjà dit. - Je vais mieux. Retire le bandeau.

- Bien que je ne sois pas experte, votre récit m'a paru sublime.

Quelle sensibilité!

- Prêt. On l'enfile?

- Chut! - Aïe!

- Madame, vos compliments vont droit au coeur

d'un malheureux écrivain sans lecteur.

- Si vous ne l'en jugez pas indigne, la pauvre Justine se consolerait

à l'écoute de vos autres ouvrages.

- Te laisse pas endormir. Introduis-moi.

- Tu m'énerves!

Auriez-vous l'obligeance

de me prêter votre ruban, madame?

- Volontiers, Monsieur.

- Aidez-moi.

Le sexe tente de parler.

- Voilà.

Le noeud bien serré, il ne nous importunera plus.

Ce n'est pas un mauvais bougre, mais il a des obsessions.

Que les traces de ma tombe disparaissent

de dessus la surface de la Terre, comme ma mémoire s'effacera

de l'esprit des hommes. Le pouvoir de détruire

ne nous est pas accordé. Juste celui de varier des formes.

Or, toute forme est égale aux yeux de la nature.

Nos destructions raniment son pouvoir, entretiennent son énergie.

Qu'importe à sa main créatrice que cette masse de chair

se produise demain sous la forme de mille insectes?

La plus belle qualité de la nature est le mouvement qui l'agite.

Ce mouvement n'est qu'une suite de crimes.

Les passions lui permettent de parvenir à ses fins.

La vie d'un homme n'est pas à la nature

plus importante que celle d'une huître.

- Eros plus fort que la mort!

Bruit.

- Chut! Vous n'avez rien entendu?

- Si. Un morceau d'anthologie de la littérature.

- Non. Ça vient d'ici, du fond de ma culotte.

- Au secours! À l"aide!

Je suffoque.

Je meurs.

- Mon pauvre Colin!

II est mort.

Je l'ai tué! - Non. Son pouls bat encore.

Je le sens palpiter au creux de ma main.

- S'il meurt, je me suicide.

- Vite, il faut le saigner. Une lancette!

- Procédez. J'en suis incapable.

- Le voilà décongestionné. Il faut circonscrire l'hémorragie.

- Il est sauvé. Je le sens renaître.

Continuez vos soins.

- Oh! Sacristie!

Arrête immédiatement! Tu vas le laisser tranquille.

Dehors, traînée!

Toi, un jour, tu regretteras tout ce que tu ne m'as pas fait.

- Je n'oublierai jamais ces heures.

J'espère que votre compagnon se rétablira au plus vite.

- J'ai dit: dehors! Suffit, les cochonneries!

Allez! Allez, ouste!

- Assassin! Tu as voulu me tuer par jalousie!

Tu avais peur qu'elle me préfère.

Tu as trahi notre amitié.

- Je voulais que tu te taises pour lui faire la cour.

J'ai eu tort

et te prie d'accepter mes excuses. - Rien à foutre.

Je suis défiguré à vie.

Maintenant, je sais que tu parles plus que tu n'agis.

Dans le fond, tu ne me mérites pas.

- Un affreux malentendu! Je vous assure qu'il ne m'a pas touchée.

- Menteuse!

Pourquoi le gouverneur t'aurait-il enfermée avec lui?

Parce que Marquis l'a demandé.

Entre gens du beau monde, on ne se refuse rien.

Tu lui as donné tout ce qu'il a exigé? Avoue!

- Non! Pitié! Nous avons juste parlé littérature.

- Elle fait la bégueule! II t'a enculée, hein?

Mais on n'ose pas le dire.

Moi, je ne suis pas assez bien pour lui.

Il a dû la défoncer par tous les trous

à s'en rompre le chinois. Je t'ai vue, en entrant.

Tu essayais de le faire rebander parce qu'il t'en fallait encore.

- Non! Je me bornais à le soigner. En tout bien tout honneur.

Vous ne pouvez comprendre.

- Ah! Je ne comprends rien?

Mais... tu es un homme!

- Vous vous moquez car j'ai la poitrine un peu basse.

Lâchez-moi la tétine!

- Miracle! II y en a quatre!

- Aïe! Non. Pas comme ça.

Vos ongles me font mal. Aïe!

Aïe!

- Raconte maintenant

comment il t'a prise.

- Il m'a respectée. C'est un galant homme. Aïe!

Je l'aime! Je l'aime!

- Moi aussi,

je l'aime. Mais puisqu'il me refuse, c'est toi qui vas y passer.

- Aïe! Aïe! Aïe!

- J'admire votre plat pays qui a diffusé les oeuvres de Descartes.

Godverdomme!

- Comprenez, dans vos moulins,

que le roi a beau être mon cousin,

nous ne mangeons pas au même râtelier.

Les liens du sang sont moins forts que ceux de l'argent.

- Toi, duc d'Orléans, tu dis ça?

- Vous savez la nouvelle?

- Le roi s'est coincé le doigt dans une serrure?

- Non. Marquis, l'aristocrate dégénéré, a encore frappé.

- Il s'est évadé? - Mieux que ça.

À l"intérieur de la Bastille, il a violé une pauvre prisonnière.

- Parfois, mon sang bleu me fait honte.

- C'est incroyable. Vous avez des prisons mixtes?

- Non. Hommes et femmes sont séparés. Mais il ne respecte

aucun interdit.

- La fausse religieuse,

rue du Bac, ce n'était pas lui?

- Fatal! Comme le scandale des parties fines avec animaux.

Je refuse de le défendre.

Je suis Jacquot le Fataliste, avocat du perchoir de Paris.

À qui ai-je l"honneur?

- Willem van Mandarine, envoyé spécial de La Gazette des Pays-Bas,

ici, à Paris. - Vous enquêtez sur Marquis?

- Non, plus en général.

L'état du royaume en l'an de grâce 1 788.

Mais la vie dans les prisons m'intéresse aussi.

Peut-on entrer dans la Bastille sans lettre

de cachet? - Vous avez de la chance,

Jacquot connaît une amie du gouverneur.

- Oui. Et c'est une nouveauté.

Le détenu le plus méritant partage la langouste de Noël.

Je voudrais que cela devienne une tradition de la Bastille.

- J'en reprendrais bien un peu.

- Ça me fait bizarre d'avoir un prisonnier à côté de moi.

Qu'as-tu fait?

Crime de lèse-majesté ou opposition clandestine?

- Trafic de charcuterie.

- Mais sa conduite exemplaire nous donne bien des satisfactions.

Il est juste de l'en récompenser.

- Dans les cafés, on dit du mal des prisons.

- Je sais. Nous sommes injustement calomniés.

Mais ces rumeurs se heurtent aux murailles de notre indifférence.

Indiquez dans votre gazette que nous sommes les premiers

à avoir instauré le service social,

dont madame Juliette de Titane est la bienfaitrice.

- Son dévouement fait l'admiration de tous.

- Je ne suis que l'humble marraine des plus défavorisés.

Permettez-moi, monsieur Pigonou,

de vous offrir ce petit cadeau brodé de mes mains.

- Merci, madame.

Il est mignon.

- On m'a parlé d'un cas difficile.

- Ah oui... vous faites allusion à Marquis?

Notre brebis galeuse. - Oui.

Comment se porte la victime? II l'a violée, je crois?

- Justine fait peine à voir... Les grandes lèvres tuméfiées,

les petites lèvres déchirées, les papouilles griffées,

l'onglet aplati, l'araignée contusionnée en plusieurs endroits,

la bavette congestionnée,

la poire complètement éclatée,

une vraie boucherie! - Assez, vous me coupez l'appétit!

Quelle brute!

- Quatre...

Quatre, rien qu'au déjeuner.

- Quatre? Vous étiez quatre à table? Des noms!

- 4 grosses queues de langouste, mon lieutenant général.

J'en peux plus.

J'ai des suées.

- Qu'est-ce que c'est que ça? Tu as volé une serviette?

- Non.

Un petit cadeau de la dame des bonnes oeuvres.

Quelles mamelles!

Une bouche à enfourner un salami entier.

- Juliette!

"Joyeux Noël. Au balcon,

"à minuit."

C'est pour ce soir. Assemblons l'échelle.

- "Voilà comment, pour un crime

"que je n'ai pas commis, mes tortionnaires m'ont supprimé

"l'encre et le papier.

"La liberté ou la mort.

"Signé... Marquis."

- Comment tu vas l'envoyer, ta lettre en bois?

- Par la fenêtre. Celui qui la ramassera, ému,

l'apportera sûrement

à son royal destinataire.

- S'il n'a pas le crâne fendu...

- Suffit, le mauvais esprit! Tu es rancunier.

- Évidemment!

Que sais-tu de moi? Tu me consacres peu de temps.

- Et les histoires que je t'ai racontées?

- Tes histoires ne me suffisent plus. Je veux sortir,

vivre comme avant. - Et moi, je n'en ai pas envie?

- On ne dirait pas.

- J'ai encore écrit une lettre. - La 101e!

Qui restera sans réponse, comme les autres.

Tu n'es qu'un utopiste,

un orgueilleux. Tu n'as pas les pieds sur terre comme moi.

- Cul-de-jatte! Tu n'as pas de pieds.

- Si, j'ai les tiens. Ton corps m'appartient.

- Quoi, encore?

- Tes cinq sens peuvent m'obéir autant qu'à toi.

- Fi, fi, fi! Pour qui il se prend, le petit?

- Arrête de m'appeler "le petit". T'es pas le chef!

Je peux te faire perdre la tête.

- Sans mon imagination,

tes sensations seraient aussi fades qu'une rêverie de Rousseau.

- Même ton imagination, c'est moi qui la commande.

- Cela reste à prouver.

- Regarde derrière.

- Une araignée! La sale bête! Je ne l'avais pas vue.

- Regarde-la mieux.

- Que faites-vous, après le spectacle?

Vous avez des jambes superbes.

Et... quel bas-ventre!

- Hein, qu'elle commence à te plaire...

Coups frappés contre le mur.

- Le signal! II va falloir tenir ta promesse.

- Laquelle? J'ai rien promis, moi.

- Ah non? Tu vas pas te dérober. Je peux m'énerver quand je veux.

Je n'ai pas cogné contre le mur pour rien.

Nous devions les aider à s'évader.

- Ils s'évadent, et on reste.

- Nous, nous sortirons par la grande porte.

Ou pas du tout. Ambert!

Ambert!

- Voilà. Qu'est-ce qu'il y a?

- J'ai comme une envie de langouste.

- Bouge pas, mon mignon. Je vais t'en chercher une grosse.

- Tu vas te régaler. - Mais ce n'est pas de la langouste.

C'est du homard.

- Homard ou langouste, il faut la mériter.

Ah! Ton odeur!

Ton odeur!

Ne me fais pas languir.

Viens, mon toutou!

Allez, viens!

Viens! - Tu voulais vivre ta vie,

prends tes responsabilités.

Montre que tu en as. - Je ne peux pas.

- Viens, mon petit.

Viens! - Courage!

- Même casqué, j'y arriverai pas.

- Tu te dégonfles? - Oui. Je veux rentrer.

- Alors, ça vient? Finies, les messes basses.

- Que fait-on?

- Mets la langouste.

- C'est du homard.

- Enfonce-lui!

- Ça ne rentrera pas. - Si.

Avec la mayonnaise.

- La barque est là... Le carrosse attend.

Tout est réglé comme du papier à musique.

Ton jambon de bois d'abord, je t'aide.

- Ah! Ah! Ah, c'est bon!

Je ne regrette pas...

d'avoir attendu... si longtemps.

Bouge pas. Pas trop vite!

Je veux que ça dure!

- La prison de la Bastille a la meilleure garnison

On y baise toutes les filles, on y vide tous les flacons

À la garde! Reprenons vite un canon

À la garde! Gare à ton croupion, Lison!

- Encore un effort.

Mais rentre ton ventre!

- Il est déjà rentré. Je ne peux pas davantage.

- Pousse avec tes mains. Bouge ton cul!

Voilà! À bouffer comme un porc!

- Ah!

- Je sens que ça passe. On est sortis de l'auberge.

- Non! Fais pas l'andouille! II n'y a plus d'échelle.

Accroche-toi

avec les dents, les ongles. Tout ce que tu peux!

- Je ne peux pas. Je glisse!

- À la garde!

- Ambert! Au secours!

- À la garde! À moi!

À moi la garde!

- À moi la garde! - Noël au balcon a échoué. Fuyons!

- À la garde!

- À la garde, à la garde! Reprenons vite un canon

À la garde, à la garde!

Gare à ton croupion, Lison...

- Ambert, au secours! - À la garde!

- À moi! - J'arrive! J'arrive!

- Pourquoi tu recules?

- Parce qu'il y a un os.

- On joue les filles de l'air? Monsieur se prend pour Latude?

À la niche!

- Quand de Phoebus les doux rayons

Auront fait mûrir les moissons

Nous nous armerons de faucilles

Pour aller prendre la Bastille

Nous nous armerons de faucilles

Pour aller prendre la Bastille

Beau citoyen, bon patriote

Rejoins le parti sans-culotte...

- Holà, tavernier! Ouvrez, j'ai soif.

- C'est fermé pour cause de décès.

- Beau citoyen, bon patriote

Rejoins le parti sans-culotte

Pour conquérir la liberté

Nulle saison ne vaut l'été!

- Je déclare ouverte la session

du club des Citoyens Patriotes de la rive gauche.

La parole est au citoyen Bernardin,

propriétaire de l'auberge du "Rossignol blessé".

- Bon. À l"écoute de ma clientèle, et après avoir bu des canons

avec les sections de citoyens des îles Saint-Louis et de la Cité,

ma conviction est faite.

Tous sont prêts à se soulever pour prendre la Bastille.

- Fatal! Jacquot l'avait dit.

- Cependant, ils manquent d'expérience et de coordination.

- Ironie du sort et fatalité.

Le seul conspirateur de métier acquis à nos idées est à l'ombre.

- L'opération "L'été sera chaud"

aura donc pour objectif de délivrer Lupino,

l'homme providentiel

qui nous mènera à la victoire!

- J'espère que "L'été sera chaud"

aura plus de succès que "Noël au balcon",

dont l'échec m'a coûté

la peau des fesses. - Ça ira, ça ira!

Jacquot dit que cette fois-ci, fatalement, ça ira.

- Jacquot disait la même chose l'année dernière

en me présentant "La Toussaint sur les chemins",

quand j'ai dû arroser les poulets de la garnison.

Le plan ne valait pas un coup de soufflet.

- Jacquot ne pouvait prévoir, qu'avec votre bel argent,

les Suisses se soûleraient et oublieraient d'ouvrir les portes.

- L'été sera chaud, citoyens. J'en fais le serment solennel.

D'ailleurs, je suis à bout d'artifices.

Le gouverneur m'en demande toujours davantage.

Je vais finir par devoir le tuer pour lui faire plaisir.

- Je vous donne jusqu'à la mi-juillet.

Après, je ne finance plus la Révolution.

Je coupe les subsides et je retourne ma jaquette.

- Monseigneur voulait aider les autres,

et je me retrouve enchaîné.

Lime plus fort, tu n'y arriveras jamais.

- J'ai eu tort. Je le paie aussi cher que toi.

- Mensonge! Tu t'accommodes de tout, tant que tu as une plume

et du papier.

- Ne retourne pas le couteau dans la plaie.

Ne pas pouvoir me soulager de ma férocité est à devenir fou.

Te voilà libre.

Moi, je sais ce qu'il me reste à faire.

- Regardez ce que vous offre le service social

de la prison de la Bastille.

Bien que l'enfant soit le fruit des actes d'un monstre,

il est innocent.

Il faudra l'aimer avec la ferveur d'une mère chrétienne.

- Le roi, un monstre? - Encore cette idée fixe!

Vous êtes grosse des oeuvres de Marquis, et de lui seul.

- Ses oeuvres sont d'une autre facture...

- Des spécialités cachées, je m'en doutais.

- Un créateur puissant, à l'imagination fertile,

qui met le doigt sur l'essentiel.

Et quelle langue subtile et voluptueuse...

- Ce pécheur semble plus doué que les autres.

- Ce qu'il m'a lu m'a remuée en profondeur.

- D'un ouvrage licencieux!

- Non. Des pages dont il est l'auteur.

Il y confesse les tourments de l'âme.

- Il se confesse à la première venue et pas à moi!

Ambert!

- Le travail est commencé?

- Allez chercher tous les papiers dans la cellule de Marquis.

- Tu as dit que j'étais le père? - Non. Il pense que c'est Marquis.

- Ne me parle plus jamais de lui!

Notre fruit,

alors que je désespérais d'avoir une descendance,

et que mon nom et ma race allaient s'éteindre.

- Et ma langouste?

- On l'attache.

À quatre pattes, comme une bête féroce,

couvert d'une peau de tigre.

- Tu ferais mieux de creuser un tunnel, avec ton outil.

- En cet état, on l'excite, on l'irrite, on le fouette,

on le bat, on lui branle le cul.

- "En cet état, on l'excite, on l'irrite, on le fouette,

"on le bat, on lui branle le cul.

"Vis-à-vis de l'homme, est une jeune fille très grasse,

"nue, fixée par les pieds au parquet, par le cou au plafond.

"Elle ne peut bouger.

"Le paillard bien en feu, on le lâche. Il se jette

"comme une bête féroce sur la fille et la mord partout,

"principalement sur le clitoris et le bout des tétons

"qu'il emporte ordinairement entre ses dents.

"ll crie comme une bête en enfonçant dans le cul de la fille

"un petit godemiché

"qu'un ressort fait décharger."

- Un godverdomme avec un ressort! C'est du jamais vu!

- Non, monsieur.

Un godemiché qu'un ressort fait décharger.

- Godverdomme! C'est génial! Un godemiché avec un ressort!

Quelle imagination!

C'est vous qui avez écrit ça? - Monsieur est étranger, peut-être?

Mais il me semble avoir déjà entendu votre accent quelque part.

- Je me présente,

Willem van Mandarine, envoyé spécial de La Gazette des Pays-Bas.

- D. P., prêtre incognito en visite dans sa paroisse.

- Votre bosse me rappelle quelqu'un.

En tout cas, vous êtes un grand écrivain. Je veux vous publier.

- Oh! C'est faire trop d'honneur

à l'oeuvre d'un amateur. - Non. Ça plaira et ça se vendra.

- Qui donc s'intéresserait

à ces élucubrations de fornicateur chimérique?

- Le public, bien sûr.

Je suis prêt à vous signer ici même un contrat

et à vous verser une avance. - Pas ici.

Allons dans le salon à côté.

Comment? Seulement 5% sur le prix de vente?

- Il s'agit d'un contrat-type.

Diderot l'a signé et il n'a pas fait d'histoires, lui.

- 300 pages dans le mois qui suit... ce sera difficile.

- Je tiens absolument à sortir le livre avant l'été 89.

- Oui... Bon. J'y arriverai.

Mais il me faut vous entretenir d'un problème délicat.

- 4000 guldens d'avance. Pas un écu de plus.

- Il ne s'agit pas de cela.

Vous comprendrez que...

vu ma position sacerdotale,

j'ai une nécessité de réserve.

Je dois utiliser un pseudonyme.

- Je saisis votre problème.

Prenez le nom d'un confrère: Mirabeau, La Bretonne ou Voltaire.

- Non. Je préférerais quelque chose de moins compromettant.

Sade.

- Sade?

- Oui. S-A-D-E.

Sans Adresse De l'Expéditeur.

Les plumes d'oie glissent toutes seules

sur ce merveilleux vélin de Hollande.

Mais j'occupe votre place. Je vous empêche de travailler.

Installez-vous, maître.

- À qui dois-je ces faveurs?

- À une personne de qualité qui vous veut du bien.

- Les scélérats!

Mes manuscrits!

lls ont volé mes manuscrits.

Et ma lézarde... Ambert! Ambert!

- Ces manuscrits, où sont-ils?

Je vous demande ses papiers, vous ne rapportez que sa chemise.

- J'ai dû les mettre au cabinet. - Misérable analphabète!

Jeter aux fosses d'aisance des inédits dont j'ai grand besoin!

II faut que ce soit creux, là!

- Pendant qu'il était au cachot, j'ai nettoyé la cellule.

Les feuilles pleines de lettres, à quoi peuvent-elles servir?

- Chaque soir, compris, vous m'apporterez ce qu'il aura écrit.

la moindre ligne. Ne jetez plus rien!

- Dans ma famille, les livres, on les mange.

- Poète, prends le couteau à tailler les plumes.

- À quoi bon? "Branle-bas de combat

pour 2 nonnes moribondes", "Gonorhée à Gomorrhe",

"Les Infortunes de la veuve poignet", chefs-d'oeuvre disparus!

Je n'écrirai plus un mot.

- Ouf! Pas trop tôt!

Prends le couteau, je te dis.

Descelle les pierres et creuse un tunnel.

- C'est facile, avec mes mains d'artiste?

- Tu les as bien charcutées pour écrire! Je te préviens,

je suis au bout du rouleau. Je rouille.

Et mon espérance de vie est plus courte

que la tienne. - Soit.

Je creuserai après la sieste.

- Les voilà!

Toutes fraîches de ce matin.

J'ai été les ramasser dans les prés de Saint-Mandé.

- Ce sont bien des crottes de lapin?

- Oui, mon petit coeur. Exactement

comme tu en avais envie. Trouvées devant le terrier.

- Elles ont l'air humides.

- Les meilleures, encore imbibées de rosée.

- Goûtez-en une.

- Ah non! Je n'ai pas des envies de femelle enceinte.

- Je n'en mange pas! Si l'enfant meurt de faim,

ce sera votre faute.

- Pour mon fils... Voilà!

- Quel goût ça a?

- Un arrière-goût

de crotte, mais pas mauvais. - Je ne vous crois pas.

Je continue ma grève de la faim.

- Je te jure qu'il n'écrit plus.

Plus une ligne, plus un mot.

- Seule la littérature de Marquis me rendra l'appétit

et le goût de vivre.

- Colin! Colin!

Colin!

J'ai dû me mordre en rêvant. J'étais dehors, dans une forêt...

- Tu t'évadais à nouveau sans moi? Faux frère!

- Non. Tu avais disparu. Quel cauchemar!

- Je sais que tu mens.

- Une date, c'est une date.

Je vous ai déjà donné un délai une fois. Vous exagérez!

- Eh! L'inspiration ne se commande pas.

- Si! II y a moyen de la forcer.

- Toutes mes prières sont restées vaines.

- Vous devriez foutre un peu plus, l'abbé.

Pour un créateur en panne, rien ne vaut

une muse bien en chair avec une poitrine grosse comme la croupe.

- Une muse avec une belle poitrine...

Je sais ce qui me reste à faire.

- Aïe! Ça pique.

- Voilà, c'est terminé. Je vais vous mettre un bandage.

- C'est le moment, trousse-la!

- Vous avez dit quelque chose?

- Non... des gargouillis d'estomac.

Votre silhouette me trouble.

- Comment ce corps peut-il inspirer autre chose que de la pitié?

- Pourtant, si vous plongiez vos yeux dans les miens...

- Il s'y reflètent des sentiments dont je ne suis pas digne.

- Oh que si, Justine!

Penchez-vous sur mon coeur.

- Vous me faites perdre la tête.

- Vous avez su, d'un baiser, apaiser mes blessures.

- Vous pourrez reprendre la plume d'ici peu.

- Plus une ligne. Ma décision est irrévocable.

- Pas de suite aux "lnfortunes

de la veuve poignet"?

- Comment connaissez-vous le nom de mon dernier enfant?

II m'a été arraché, le mot "Fin" à peine sec.

- Il est là, et "Gonorhée à Gomorrhe"

et "Branle-bas de combat pour 2 nonnes moribondes",

mon préféré.

- Je ne rêve pas.

Par quel miracle mes oeuvres complètes

sont-elles arrivées chez vous, en morceaux?

- Grâce à l'amour abject d'Ambert pour l'infortunée Justine.

- Alors, le père, c'est donc lui? - Non. Quand il m'a violée,

le mystérieux travail de la vie avait commencé.

Le véritable géniteur...

- Silence! Catin!

"Quand j'en pompais un, il fallait de mes mains secouer l'autre."

Ce ne sont pas des lectures pour mère de famille. Confisquées!

II rit.

- J'ai largement mes trois cents pages!

- Rendez-les-moi! Voleur!

- Vous, l'auteur, au cachot! Avec les fous!

- "Allons, La Rose, dit Saint-Florent,

"prends cette gueuse et rétrécis-la-moi.

"On fixe mes 4 membres à terre, dans le plus grand écart possible;

"le bourreau, qui va rétrécir les voies,

"s'arme d'une longue aiguille au bout de laquelle est un fil ciré,

"et sans s'inquiéter ni du sang qu'il va répandre

"ni des douleurs qu'il va m'occasionner,

"le monstre, en face des deux amis que ce spectacle amuse,

"ferme, au moyen d'une couture,

"l'entrée du temple de l'amour."

Quelle décadence! Quand le peuple saura lire,

Jacquot dit qu'on aura honte de lui avoir appris.

- Sade...

Qui se dissimule sous ce pseudonyme?

- Le poète André Chénier? Ou alors, mais ça m'étonnerait...

Fabre d"Églantine?

- Seul un noble peut décrire ces horreurs, un noble bien placé.

- Fatal! On s'amuse au lieu d'écouter

les doléances du Tiers-État. Jacquot est scandalisé!

- Ils se délectent du spectacle de leur propre déchéance.

- L'heure est proche. - Imposons un nouvel ordre moral!

- À une plus vaste clientèle.

- À quoi ça ressemble?

- À un mâle.

- Mon fils!

- Il faut s'en débarrasser sans tarder.

- Un instant. Je le baptise.

Ego te baptiso, Dalmatien, in nomine patris

et filii et spiritus sancti. Amen.

- Montrez-moi mon enfant.

Oh! Le masque de fer!

- Tenez, Ambert.

Pour vos langoustes. - Aux langoustes! Mon fils?

- Mais enfin, c'est le rejeton de l'abominable Marquis!

- Maintenant, je peux le dire. Marquis ne l'a pas touchée.

C'est mon foutre à moi qui l'a engrossée.

- Vous délirez!

- Dis-leur, mon amour, que c'est moi qui t'ai violée,

que je suis le père.

- Impossible, par où tu m'as prise! En vérité, c'est le fils de Sa...

- Assez palabré! Faites-le disparaître, je l'ordonne.

- Massacrer un innocent? - Un coupable.

Chargé de toutes les fautes de l'auteur de ses jours. Exécution!

- Marquis, mon amour, tu avais raison.

"Oh, infortunée Justine!

"Le véritable bonheur n'est qu'au sein de la vertu.

"Dieu permet qu'elle soit persécutée sur la Terre

"pour l'en dédommager dans le ciel."

- Ma parole, on jurerait du Sade.

- Per istam sanctam unctionem.

Oui. Page 288.

Indulgeat tibi dominus quidquid deliquisti. Amen.

- Mais alors, le mystérieux Sade, ce serait donc...

- Oui. Marquis! N'en parlons pas.

Il serait inutile et dangereux pour vous que cela se sût.

- J'en ai assez d'interpréter

"Les Liaisons dangereuses". J'aimerais être

un bijou indiscret.

- Tu retardes d'une pièce.

Je suis Dolmancé, l'homme le plus corrompu et le plus dangereux.

- Alors, embrasse-moi.

Je suis Madame de Saint-Ange.

- Ah! Quelles oreilles!

Quel cou!

- Pas comme ça! On dirait que vous voulez l'égorger.

- Ça me chatouille! II éternue.

- À vos souhaits, soeur Thérèse.

- Lupino, vous êtes mauvais!

À Charenton, vous n'auriez qu'un 2nd rôle.

Colin... montre-lui comment il doit dire son texte.

- Je ne suis pas là.

- Comment, tu n'es pas là? Je te vois.

- Ne me demande rien. J'ai plus confiance.

- À qui il parle?

- Il croit qu'il a une troupe dans la culotte.

- "Son Dalmatien sur la poitrine

"Le pauvre Ambert va de l'avant

"ll monte en haut de la colline

"Montre la mer à son enfant

"lls voudraient ben que je t'assassine

"Mais je suis loin d'être aussi méchant

"Que leur Bastille, elle tombe en ruines

"Vaut mieux s'enfuir tant qu'il est temps

"Y a d'autres prisons en Angleterre

"On y gagnera notre pain blanc

"Puisque t'es le fils à ton père

"tu seras geôlier quand tu seras grand."

- "57, le sceau de l'infamie."

- Ah! Oh!

- Attendez la suite, vous allez vous régaler. "58...

"Elle lui enfonce des gerbes d'artifice dans le cul,

"dont les flammèches lui grésillent les fesses

"en y retombant." - Oh oui! Ça me tenterait.

- Non! II y a mieux.

La spécialité de la maison. - Mais... quelle maison?

- La vôtre.

- Quoi? La salle de torture de la Bastille?

Oh! J'en rêvais! Mais je tenais à ce que ce soit vous

qui en prissiez l'initiative. - Courons-y.

- Bourreau, fais ton office.

Oh oui! Où allez-vous m'enfoncer ces grosses clefs?

- Nulle part!

Finie, la comédie. Je m'en vais délivrer Lupino,

le postillon du peuple.

- Vous serez heureuse dans l'au-delà.

- Lâchez-le, brute épaisse!

Citoyen Lupino,

ne mourez pas. La Révolution a besoin de vous.

- Oh! La Sainte Vierge!

- Chut! La pièce est commencée. Il faut aller jusqu'au bout!

- La porte est ouverte. Fuyons!

- Non. Je veux me la farcir

ici, sur la paille.

- Assez! Je veux baiser, tu te défiles,

et là, tu veux baiser. Ma tête te commande

ou tu commandes ma tête?

- Question épineuse. La réponse

est dans son corps à elle.

Je me dévoue pour aller la chercher.

- Au lieu de parler seul, aidez-moi. - Qu'est-ce qu'on fait, maître?

On arrête la répétition? - Un carrosse attend dehors.

On sera en sécurité à l'auberge.

- Messieurs, allons ailleurs exercer nos talents.

- On ne sera jamais aussi bien qu'ici.

- Lance ta réplique ou je te les coupe.

- Ouvrez! - Ouvrez!

- Ordre du gouverneur!

- Je n'irai pas plus loin. Retournons au couvent, soeur Anne.

- Lupino, que faites-vous?

- Les privations les ont rendus fous.

- À la garde! Tirez! Mais tirez donc!

lls s'échappent!

Tirez!

Feu à volonté!

- Adieu... patron.

- Détache-moi vite, crétin!

- Les poulets ont tué dans l'oeuf l'espoir d'un peuple.

- Allons! Au carrosse, vite!

- Juliette!

Juliette!

- Pourquoi m'as-tu abandonné? - Plus vite!

Je ne les tiens plus!

- À la garde!

lls s'enfuient! Tirez!

- Pas sur moi, imbéciles!

- Il est mort par ma faute. - Non.

Car on reconnaît la véritable faute au plaisir qu'elle donne.

- Justement. J'en ai éprouvé, du plaisir.

- Nul n'est irremplaçable. Il y aura d'autres Lupino.

- Mais de moins en moins de Préaubois.

J'ai perdu mon esclave et mon maître.

- Je serais bien l'un et l'autre.

Présente-moi, Marquis.

- Marquis? C'est donc vous!

De grâce! Je connais votre réputation.

Épargnez-moi.

- Vous êtes arrivés.

Jacquot est cuit.

C'était fatal.

- Parlez plus vite, la liste de vos péchés doit être longue.

- Ça me fait trop mal.

Oh! Oh! C'est bon. Je viens...

Elle... elle arrive!

Ah! Oh!

Elle pince mon coeur... Ah!

Oh! Je jouis! Ah! Cocori...

- Bon pour l'enfer. La mort n'aime pas être prise pour une putain.

On frappe à la fenêtre.

- Que fait Jacquot sur la table? - Mort.

- Un martyr! II aura droit à des funérailles nationales.

Et Lupino? - Mort.

- Deux martyrs... Les citoyens ont pris la Bastille.

Pas d'omelette sans casser d'oeufs. Et Juliette?

Morte aussi? - Non. Dans sa chambre.

Je vais la chercher. Racontez-nous.

- Non. Bernardin m'attend à Versailles.

L'émeute s'est étendue à toute la capitale. L'été sera chaud!

Dites à Juliette qu'elle aura une place à l'Assemblée. Adieu!

Et encore bravo.

- Juliette! Juliette! Une bonne nouvelle!

La Bastille est prise. C'est le bordel partout.

Foutre Dieu!

Trop tard!

Sois fort, Colin.

Regarde...

- Bouge pas, je m'en charge. - Tu ne comprends pas.

Elle est morte. - C'est quoi,

la mort?

- Un crime commis par la nature pour t'emmerder.

- M'est égal. Je veux l'embrasser.

- Oh! Un ange!

- "L'amour plus fort que la mort", disait Justine.

Vertueuse Justine!

C'est sûr, tu me quittes?

- Juliette a besoin de moi pour nourrir sa flamme révolutionnaire.

Mais tu peux venir avec nous, si tu y tiens.

- Non. Je serais de trop.

Je vous gênerais.

- Tu sais, à la longue, elle finirait par t'aimer.

- Maintenant, c'est ton histoire. Ce n'est plus la nôtre.

Tu es libre.

- Ce sera dur... après tout ce qu'on a vécu ensemble.

- Je savais que tu t'en irais.

Mais je n'imaginais pas ce jour si proche.

- Sois courageux. - Et toi...

sois prudent.

- Je sais bien que Juliette est comme les autres.

Mais qu'est-ce que tu veux? Je suis amoureux.

- Je connais. Ça m'est arrivé avant toi.

À présent, va-t"en.

- N'oublie pas... soigne ton style.

Pas trop de verbes.

- "Ce n'est pas ma façon de penser qui a fait mon malheur.

"C'est celle des autres."

Sous-titrage: TÉLÉTOTA

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