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Musique classique
...
Sonnerie
...
Sonnette
...
-Papa, c'est moi.
...
Papa ?
...
Ah, tu es là.
...
-Qu'est-ce que tu fais ici ?
-À ton avis ? -Hein ?
-Qu'est-ce qui s'est passé ?
-Rien.
-Dis-moi.
-Il s'est rien passé.
-Rien ? -Non.
-Je viens de l'avoir au téléphone.
-Qu'est-ce que ça prouve ?
-Tu ne peux pas te comporter comme ça.
-Je suis chez moi. C'est invraisemblable.
Tu débarques chez moi comme si...
Je la connais pas, cette femme. Je lui ai rien demandé.
-Elle est là pour t'aider. -Pour m'aider à quoi ?
Je n'ai pas besoin d'elle. Je n'ai besoin de personne.
-Elle m'a dit que tu l'avais traitée de petite garce ou je ne sais quoi.
-Peut-être. J'ai oublié.
-Elle était en larmes. -Parce que je l'ai traitée de...
-Non, elle m'a dit que tu l'avais menacée physiquement.
-Moi ? Physiquement ?
Il rit.
Elle ne sait plus ce qu'elle dit.
Cette femme est en plein délire, crois-moi.
C'est mieux qu'elle parte, je t'assure. D'autant que...
-Que quoi ?
Il se racle la gorge.
-Je ne voulais pas te le dire, mais si tu veux tout savoir,
je la soupçonne de...
De... -De quoi ?
-Je la soupçonne de me voler. -Angela ?
Qu'est-ce que tu imagines ?
-Elle m'a volé ma montre.
-Ta montre ? -Oui.
-Tu ne l'as pas perdue ?
-Non.
J'avais des soupçons, alors je lui ai tendu un piège.
J'ai laissé ma montre bien en évidence,
pour voir si elle la piquerait.
-Où ? Tu l'as laissée où ?
-Quelque part, je m'en rappelle pas.
Tout ce que je sais, c'est qu'elle est introuvable.
C'est cette fille qui me l'a piquée, je le sais.
Oui...
Elle soupire.
-Qu'est-ce que tu as ?
-Je ne sais plus quoi faire.
Il faut qu'on parle, papa.
-C'est pas ce qu'on est en train de faire ?
-Non, je veux dire sérieusement.
C'est la 3e personne que tu...
-Je te dis que je n'ai besoin ni d'elle ni de personne d'autre.
Je me débrouille très bien tout seul.
-J'ai eu du mal à la trouver, tu sais. C'est pas facile.
Elle me semblait très bien. Elle avait des qualités.
Maintenant, elle ne veut plus travailler ici.
-Tu n'écoutes pas ce que je te dis, Anne.
Cette fille m'a volé ma montre.
Je ne vais pas vivre avec une cambrioleuse.
Tu comprends ?
-Tu as regardé sous la baignoire ?
-Quoi ?
-C'est là que tu caches tes objets de valeur.
-Comment tu le sais ?
-Je ne sais pas...
-Tu as fouillé dans mon... Comment tu sais que mes objets de valeur...
-Je l'ai découvert par hasard.
-Ouh...
Toi, alors. -Papa.
Papa ?
Où tu vas ?
Je n'ai touché à rien.
Une porte se ferme.
Il sifflote.
...
Télévision
...
Tu l'as retrouvée.
-Quoi ? -Ta montre.
-Ah, oui.
-Tu vois bien qu'Angela n'y était pour rien.
-Oh... Parce que je l'avais cachée
juste à temps, heureusement.
Sinon, je ne pourrais plus savoir l'heure qu'il est.
Il est 17 h, si ça t'intéresse.
Moi, tu vois, ça m'intéresse.
Pardon d'exister.
-Tu as pris tes médicaments ?
-Oui.
Pourquoi tu me regardes toujours
comme si les choses n'allaient pas ? Tout va bien, Anne.
La Terre continue de tourner.
Il rit.
Tu as toujours été comme ça. Soucieuse.
Alors que ta sœur...
Où est-elle, au fait ? Tu as des nouvelles ?
Je te parle, Anne.
-Hum...
Je vais devoir déménager, papa.
Je vais devoir quitter Londres.
-Ah bon ? Pourquoi ?
-Je t'en ai parlé, tu t'en souviens ?
-C'est pour ça
que tu tiens à ce que cette infirmière vive chez moi.
Les rats quittent le navire, j'ai compris.
-Je ne serai plus là.
Je ne pourrai plus venir tous les jours,
il faut que tu comprennes.
-Oui.
Tu vas partir.
Mais quand ? Enfin, pourquoi ?
-J'ai rencontré quelqu'un.
-Toi ?
-Oui.
-Tu veux dire un homme ?
-Oui.
-Ah bon ?
-Pourquoi ? Ça a l'air de t'étonner.
-Non, c'est juste que...
Il faut dire que depuis... Oh...
-James ? -James.
Tu n'as pas eu beaucoup de...
Qu'est-ce qu'il fait dans la vie ?
-Il habite à Paris. -Oh.
-Je vais aller vivre là-bas.
-Toi, à Paris ?
Non, tu vas pas faire ça, Anne.
Ouvre les yeux, à Paris, ils ne parlent même pas anglais.
Si je comprends bien, tu es en train de me dire
que tu me quittes.
C'est ça ?
Que tu me laisses tout seul.
-Papa...
-Qu'est-ce que je vais devenir ?
-Tu sais, c'est...
C'est très important pour moi, sinon, je ne partirais pas.
Je l'aime vraiment.
Je reviendrai souvent te voir.
Certains week-ends.
Mais je ne peux pas te laisser tout seul ici.
Ce n'est pas possible.
C'est pour ça, si...
Si tu refuses l'aide d'une jeune femme, je serai obligée...
-De quoi ?
De quoi ?
-Il faut que tu comprennes, papa.
-Anne ?
Tu seras obligée de quoi ?
Klaxon
...
Il sifflote.
...
Musique classique
...
Porte
...
Anne ?
Anne ?
...
Il y a quelqu'un ?
...
-Tout va bien ?
-Qui êtes-vous ?
-Pardon ? -Qui êtes-vous ?
Qu'est-ce que vous faites là ?
Qu'est-ce que vous faites dans mon appartement ?
-Anthony, c'est moi, Paul.
-Qui ?
Qu'est-ce que vous faites ici ?
-J'habite ici.
-Vous ? -Oui.
-Vous vivez ici ?
-Oui.
-Dans mon appartement ?
C'est la meilleure.
Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
-Je vais appeler Anne.
Votre fille.
-Merci, je sais encore qui est Anne.
Vous la connaissez ? Vous êtes une de ses connaissances ?
Je vous parle !
Vous connaissez Anne ?
-Je suis son mari.
-Son mari ? -Oui.
-Mais depuis quand ?
-Heu... Depuis bientôt 10 ans.
-Ah... Oui, oui.
Bien sûr, oui, oui. Évidemment.
Déjà 10 ans. Mais je croyais
que vous étiez séparés.
-Qui ça ? Anne et moi ?
-Oui, c'est pas le cas ? -Non.
-Vous êtes sûr ?
-Oui, Anthony.
-Mais cette histoire de France, elle devait pas partir à Paris ?
Elle m'avait dit...
-Allô, ma chérie ? Oui, c'est moi.
Non, ça va, mais ton père ne se sent pas très bien.
Il serait content de te voir.
Hein ? Bien.
Ne tarde pas trop.
Elle est allée faire une course en bas.
Elle revient dans une minute.
-Elle m'a dit que...
Qu'elle allait partir vivre à Paris.
-À Paris ? -Oui.
-Qu'est-ce qu'elle irait faire à Paris ?
-Elle a rencontré un Français.
-Je ne crois pas, Anthony.
-Mais si, elle m'en a parlé l'autre jour. Je suis pas fou.
Elle m'a dit qu'elle allait déménager pour aller vivre avec lui.
Je lui ai répondu que c'était stupide
car à Paris, ils parlent même pas anglais.
Il rit.
Vous n'étiez pas au courant ? -Non.
-Oh...
-Quoi ?
-J'ai fait une gaffe.
-Ne vous inquiétez pas. Elle ne m'en a pas parlé,
mais elle comptait le faire.
-Vous ne saviez pas pour le Français.
-Non. -Oups... Aïe. Oh...
Allez, courage.
Elles finissent toutes par partir un jour ou l'autre. Je vous dis ça
en connaissance de cause.
-Vous voulez quelque chose à boire en attendant ?
Un verre d'eau, un jus de fruits ?
-Non, mais je veux dire...
Qu'est-ce que je voulais dire, déjà ?
C'est à cause de cette fille, cette infirmière.
-Laura ?
-Je sais plus. Celle que ta femme veut me mettre dans les pattes.
T'es au courant ? Comme si je pouvais pas me débrouiller seul.
Ta femme m'a dit que j'avais besoin
de l'aide de cette...
Alors que je peux très bien me débrouiller tout seul,
même si elle doit partir à Paris, ta femme.
Je comprends pas pourquoi
elle s'obstine à...
Regarde-moi. Regarde-moi bien. Heu...
-Paul.
-Oui, Paul.
Regarde-moi bien. Je peux encore me débrouiller seul.
Il rit.
Non ?
Je suis pas encore complètement...
...
Tu es d'accord, évidemment.
Mais elle...
Ah...
Je ne sais pas d'où lui vient cette obsession stupide.
Elle est comme ça depuis qu'elle est petite.
Elle n'est pas très maligne.
C'est vrai, elle n'est pas très...
Pas très intelligente. Elle tient ça
de sa mère.
-Elle essaie de faire au mieux pour vous.
-Au mieux, de faire au mieux, oui.
Je lui ai rien demandé, hein ?
Je sais pas ce qu'elle trafique contre moi,
mais elle trafique, crois-moi.
Je sais bien qu'elle trafique, je le sais.
Je la soupçonne de vouloir me mettre dans une maison pour les...
Anthony gémit.
Il rit.
Si, si, j'ai des indices.
Mais que les choses soient
bien claires,
je ne quitterai pas mon appartement.
Je ne quitterai pas mon appartement !
-Ce n'est pas votre appartement, Anthony.
-Pardon ?
-Vous vous souvenez que vous êtes venu ici,
à la maison, en attendant...
-De quoi ?
-De retrouver une nouvelle aide-soignante
car vous vous êtes disputé avec Angela.
-Ah oui ?
-C'est pour ça que vous êtes ici, en attendant.
-Et vous, James... -Paul.
-Oui, Paul.
Vous êtes en train de me dire que j'habite chez vous ?
-Oui.
-Ah, on aura tout entendu.
-C'est moi. -Ah, la voilà.
-Que se passe-t-il ?
-Rien de particulier, ton père semblait un peu perdu.
-Ça ne va pas ?
-Ah...
Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?
-De quoi tu parles ?
-Où est Anne ?
-Pardon ?
-Anne, où elle est ?
-Je suis là.
J'étais descendue acheter à manger, mais je suis revenue.
-Ah, d'accord.
Tu as acheté quoi ?
-Un poulet. Ça te dit ? Tu as faim ?
-Oui, pourquoi pas ?
-Donne-le-moi, je vais aller préparer tout ça.
-Merci.
...
Paul m'a dit que tu ne te sentais pas bien.
-Je me sens très bien, merci.
-Tu as l'air...
Inquiet.
-Non, c'est juste...
-Juste quoi ?
Hé.
-Hein ?
-Dis-moi.
-J'étais en train de préparer un thé dans la cuisine.
J'étais tout seul, et soudain, j'ai entendu un bruit.
Alors je suis venu ici et je suis tombé sur ton mari.
-Qui ?
-Ton mari.
-Quel mari ?
-Le tien, chérie, pas le mien.
-James ?
-Ton mari.
-Mais je ne suis pas mariée.
-Pardon ?
-J'ai divorcé il y a plus de 5 ans, tu te souviens ?
-Mais alors, c'est qui ? -Mais qui ?
-Tu le fais exprès ?
Lui, qui est parti avec le poulet. -Le poulet ?
-Quelqu'un t'a pris un poulet des mains, non ?
-Qu'est-ce que tu dis ?
-Tu as bien donné
un poulet.
-Mais quel poulet ? De quoi tu parles, papa ?
-Il était là il y a 2 minutes.
-Je crois que tu te trompes, papa. Il n'y a personne, ici.
-Il a disparu. -Qui ?
L'homme avec le poulet ?
-Ton mari.
Pourquoi tu souris ?
-Pour rien, pardon.
-Vous allez me rendre fou, avec vos histoires.
...
Porte
-Qu'est-ce que tu as, papa ?
-Y a quelque chose qui ne tourne pas rond.
Crois-moi, Anne, quelque chose ne tourne pas rond.
-Viens t'asseoir, viens.
Il ne faut pas t'inquiéter.
Ça va aller, tout va rentrer dans l'ordre, hein ?
-Je ne sais pas.
-Mais si.
Ne t'inquiète pas.
Tu as pris tes médicaments ?
-Quel est le rapport ? Ça n'a rien à voir.
-On va prendre les médicaments, ceux du soir.
Et après, ça ira mieux.
-C'est depuis quelque temps.
Il se passe des choses étranges autour de nous.
Tu n'as pas remarqué ?
Ah...
Il y avait cet homme qui prétendait que je n'étais pas ici, chez moi.
Un homme avec une tête vraiment antipathique.
Un peu comme ton mari, en pire.
C'est la meilleure, non ? Dans mon appartement.
Et il me disait...
Mais...
C'est bien chez moi, ici ?
Hein, Anne ?
Non ?
Dis-moi, Anne, c'est bien mon appartement ?
Non ?
Oh...
Merci.
Porte
-Oui.
Je sais, oui.
Oui, oui.
Tu ne peux pas imaginer comme c'est parfois difficile.
L'autre jour, il ne m'a même pas reconnue.
Je... Peut-être, oui. Tu crois ?
Merci.
Tant qu'il peut rester à la maison, c'est le principal, non ?
Tout ce que je veux, c'est qu'il se sente bien.
Ouais.
C'est une bonne idée, oui. Absolument. J'espère.
Elle avait l'air gentille, au téléphone.
Je te raconterai comment ça se passe.
Oui.
D'accord.
Oui, d'accord.
Je te rappelle. Je t'embrasse. Au revoir.
Sonnette
-Bonjour. -Bonjour.
-Je suis pas trop en avance ? -Non, pas du tout, entrez.
Entrez. -Merci.
-Entrez. Merci d'être venue. -Je vous en prie.
-Mon père est dans sa chambre. Vous voulez quelque chose à boire ?
-Non, merci.
-Je vous en prie. -Merci.
-Je... Donc oui, comme je vous disais,
mon père est un peu contrarié par l'idée de...
-Pas de problème.
-Ça déclenche chez lui quelque chose de...
Je crois qu'il m'en veut un peu. Je dis ça pour vous prévenir
qu'il peut avoir des réactions surprenantes.
-Jusque-là, il vivait seul ?
-Oui, dans un appartement pas trop loin d'ici.
C'était pratique, je pouvais passer le voir presque tous les jours.
Mais on a dû s'organiser autrement, ce n'était plus possible.
-Oui, je comprends.
-Il a eu plusieurs aides-soignantes qui se sont succédé.
Mais il a eu du mal à s'entendre avec elles.
Il a son caractère.
Enfin, bon...
C'est pour ça que je l'ai installé chez moi,
mais toute seule, je n'arrive pas à m'occuper de lui.
C'est trop lourd pour moi, je dois travailler.
C'est pour ça que j'ai besoin de quelqu'un pour m'aider.
-On a sonné ? -Oui, papa.
-Ding dong.
-Papa, je te présente Laura. -Bonjour, monsieur.
-Laura est passée pour que vous puissiez vous rencontrer.
-Bonjour. -Bonjour.
-Vous êtes ravissante.
-Merci. -Mais je...
Il me semble qu'on se connaît.
-Non, je ne crois pas.
-Vous êtes sûre ? J'ai l'impression de vous avoir déjà vue.
-Oui, Laura est passée nous voir
pour comprendre comment tu vis et voir comment t'aider.
-Je sais, ma chérie. Tu me l'as déjà dit 100 fois.
Ma fille a tendance à se répéter, voyez-vous ?
Vous savez ce que c'est, avec l'âge. Vous voulez quelque chose à boire ?
-C'est gentil, mais non merci.
-Un apéritif, vous êtes sûre ? C'est l'heure de l'apéritif, non ?
Ils rient.
Un instant, je reviens.
-Il va chercher sa montre.
-En tout cas, il est charmant. -Oui.
Pas toujours.
Elles rient.
-C'est ce que je disais, il est l'heure de l'apéritif.
J'ai 2 montres, toujours 2.
Une à mon poignet et une dans ma tête.
Ça a toujours été comme ça.
Mademoiselle, que voulez-vous ?
-Papa. -Je peux quand même
offrir quelque chose à notre invitée. Vous prenez quoi ?
-Et vous ? -Un petit whisky.
-La même chose.
-2, très bien. 2 whiskys.
2, c'est parti.
Anne, s'il te plaît.
À toi, Anne, je ne t'en propose pas.
Elle ne boit pas d'alcool.
Jamais, pas une goutte. -C'est vrai.
-Jamais, pas une goutte.
D'où son humeur très...
-Très ? -Sobre. Sa mère était pareille,
c'était la femme la plus sobre que j'aie connue.
Anthony rit.
...
Je rigole.
Alors que sa sœur, c'était autre chose.
-Vous avez eu
2 filles.
-J'ai peu de nouvelles de l'autre. Pourtant, c'est ma préférée.
Elle est peintre.
Ça, c'est d'elle. C'est beau, non ?
-Oui, très.
-Oui.
Une fille brillante.
Je comprends pas pourquoi elle ne donne jamais de nouvelles.
Votre verre.
-Merci. -À la vôtre.
Ah...
Ah !
Je donnerais tout ce que j'ai pour un verre de whisky, pas vous ?
-Moi, j'ai pas grand-chose. -Que faites-vous dans la vie ?
-Heu... En fait, je m'occupe des autres.
-Des autres ?
-C'est mon travail, j'aide les personnes
qui en ont besoin. -Oh...
Comme ces filles
que tu cherches.
Ça doit être un métier difficile.
Passer ses journées avec... J'aurais ça en horreur, pas vrai ?
Ils rient.
-Et vous, qu'avez-vous fait dans la vie ?
-Moi, j'étais danseur. -Ah oui ?
-Papa. -Quoi ?
-Tu étais ingénieur.
-Qu'est-ce que tu en sais ?
Ma spécialité, c'était les claquettes.
-Vraiment ?
-Ça vous étonne ? -Oui, un peu.
-Vous ne me voyez pas faire des claquettes ?
-Si, c'est juste que j'ai toujours adoré ça.
-Vous aussi ? J'ai de beaux restes, d'ailleurs.
Regardez.
Ils rient.
Sensass.
Pourquoi vous riez ?
-Pour rien, désolée. -Ça y est, je sais à qui
elle me fait penser. -À qui ?
-À Lucy, à son âge.
-Lucy ? -Mon autre fille. Y a quelque chose.
Tu ne trouves pas ?
-Oui, peut-être. -Oui.
Elle rit.
Oui, cette manière insupportable de ricaner.
Je vous ai bien eue, hein ?
Anthony rit.
Voyez-vous, la situation est très simple.
Je vis dans cet appartement
depuis pas mal de temps.
J'y suis extrêmement attaché.
Je l'ai acheté il y a plus de 30 ans, vous imaginez ?
Vous n'étiez pas née.
C'est un grand appartement, très agréable.
Et j'y ai été très heureux.
Enfin bref, il intéresse beaucoup ma fille.
-Qu'est-ce que tu racontes ?
-Ma fille estime que je ne peux pas me débrouiller tout seul.
Elle s'installe chez moi, soi-disant pour m'aider,
avec cet homme qu'elle a rencontré juste après son divorce.
Oui, et qui a une très mauvaise influence sur elle.
-Qu'est-ce que tu racontes ?
-Elle voudrait
me convaincre que je suis incapable de me débrouiller tout seul.
La prochaine étape,
ce sera de m'envoyer je ne sais où.
Ce sera plus pratique pour récupérer mon appartement.
Mais ça ne se passera pas comme ça.
Il ricane.
Désolé, ma chérie, je préfère te le dire.
Je ne compte pas partir tout de suite.
Je compte même vous enterrer.
Toutes les 2. Vous, je ne suis pas sûr,
mais ma fille, oui.
J'y mets un point d'honneur.
C'est moi qui hériterai d'elle, pas l'inverse.
Et le jour de son enterrement, je ferai
un petit discours pour rappeler
à quel point elle était sans cœur et manipulatrice.
-Je suis désolée, mademoiselle. -Pourquoi ?
Elle comprend très bien. Toi, tu ne comprends pas.
J'essaie de lui expliquer depuis des mois
que je me débrouille très bien tout seul.
Mais elle refuse de l'entendre.
Je n'ai pas besoin
d'être assisté par qui que ce soit. Je ne quitterai pas
mon appartement, je veux
qu'on me foute la paix, c'est tout.
Sur ce, je vous laisse.
Ça a été un grand plaisir.
Au revoir.
-Je suis désolée.
-Quand vous évoquiez son caractère, vous ne plaisantiez pas.
-Je suis désolée.
-Ne vous en faites pas,
c'est tout à fait normal qu'il réagisse comme ça.
Tout se passera très bien.
-Vous croyez ?
-Oui.
...
Elle pleure.
...
-Alors ?
-Quoi ?
-Ça s'est bien passé ?
-Hum...
Oui.
Oui, elle viendra dès demain. -À la maison ?
-Oui. -Tant mieux.
-Pour une première journée d'adaptation.
J'avais tellement peur que ça ne se passe pas bien.
Mais finalement, il a été charmant.
-Comme quoi.
-Ouais.
Il lui a fait un numéro de charme, tu aurais vu.
Il lui a dit qu'il avait été danseur de claquettes.
-Non ? -Si.
Je ne sais pas comment te dire, mais je pense qu'elle va pouvoir...
Je pense qu'ils vont bien s'entendre, tous les 2.
Et il a dit qu'elle ressemblait à Lucy.
-Ah bon ?
Elle a quel âge ?
-Pourquoi, ça t'intéresse ?
-Qu'est-ce que tu as ?
Si ça s'est bien passé, c'est une bonne nouvelle.
-Oui, oui.
-Alors ?
Qu'est-ce que tu as ? Dis-moi.
-C'est juste...
-Quoi ?
-Quand je suis revenue avec le poulet, il ne m'a pas reconnue.
Ça m'a fait quelque chose.
-Oui, je comprends.
-Je trouve ça tellement dur.
-Viens dans mes bras.
Je l'ai vu dans son regard, il ne m'a pas reconnue.
J'étais comme une étrangère.
-Faut s'y habituer.
-Je n'y arrive pas.
-Moi, je trouve que tu y arrives très bien.
Allez.
Il soupire.
-Ah, papa, te voilà.
On passe à table dans 5 minutes, ça te va ?
-Oui, chérie, ça me va.
Tout me va.
Bonjour.
-Tu as faim ?
-Oui, oui, mais...
Nous avons des invités, ce soir ?
-Non, pourquoi ?
-Pour rien.
Pour rien.
...
-Tout va bien ?
Ça s'est bien passé, votre journée ?
-Oui, très bien.
Laura est passée.
Hein, papa ? Laura est passée nous voir.
-Qui ?
-Laura, la jeune femme
qui est venue nous voir tout à l'heure.
On est allés chez le docteur. -Personne n'aurait vu ma montre ?
Je ne la retrouve plus. -Encore ?
Tu as dû la mettre dans ton placard. -Quel placard ?
De quoi tu parles ? Je ne vois pas de quoi tu parles, Anne.
Quel placard ? Il n'y a aucun placard, aucun placard.
Tu pourrais pas être plus discrète ? -Tu as regardé dedans ?
-Elle n'y est pas. J'ai dû la perdre quelque part ou on me l'a volée.
-Mais non. -Comment ça ?
Elle est bien quelque part, elle s'est pas envolée.
-Tu veux que j'aille voir ? -Je veux bien.
Parce que ça m'inquiète, cette histoire.
Je perds toutes mes affaires. Tout le monde se sert.
Bientôt, si ça continue, je vais...
Je vais me retrouver tout nu et...
Je sais plus quelle heure il est. -J'y vais.
-Merci.
Elle soupire.
Il sifflote.
...
Est-ce que vous auriez l'heure ?
-Bientôt 20 h. -Oh.
Déjà.
On va bientôt passer à table, j'imagine.
-Dans 5 minutes, dès que le poulet sera prêt.
-On mange du poulet, ce soir ?
-Oui, celui qu'Anne a acheté.
-Ah.
Elle est jolie, votre montre. Elle est...
Elle est très jolie.
Elle est... Elle est à vous ?
Il rit.
Je veux dire, elle est à vous.
-Oui.
-Je pourrais la voir ?
-Apparemment, ça s'est bien passé, aujourd'hui.
-Oh, oui.
Très bien, très bien.
Vous permettez que... -Il paraît qu'elle ressemble à Lucy.
-Ah oui ?
-Je sais pas, je l'ai jamais vue, moi.
-Non, ça s'est...
bien passé. Anne avait l'air plutôt contente.
Moi, je n'ai pas besoin de... C'est surtout pour Anne.
Je pourrais la regarder, votre montre ?
-Vous avez raison, c'est important pour elle que ça se passe bien.
-Oui. -Anthony.
Elle se fait du souci pour vous, vous savez ?
Ça la rend très malheureuse
quand vous vous disputez.
Qu'est-ce que vous avez avec ma montre ?
-Rien, je regardais. Je voulais vérifier.
Vérifier si... Elle est jolie, très jolie.
Vous l'avez achetée ?
-Pardon ?
-C'est un cadeau ou vous l'avez achetée ?
-Je l'ai achetée.
-Ah. -Pourquoi ?
-Vous n'avez plus la facture, j'imagine.
-Mais de quoi vous parlez ?
-De votre montre, elle est...
-Et moi, je vous parle d'Anne.
-Anne ? -Oui.
Oui, Anne.
-Oui.
...
Je ne sais pas pourquoi, mais ça n'a jamais collé entre nous.
Alors que sa petite sœur, elle, c'était autre chose.
Vous la connaissez ?
Elle est merveilleuse.
Merveilleuse.
Ça fait des mois que je ne l'ai pas vue.
Je ne peux pas lui en vouloir,
elle fait le tour du monde, je crois.
Elle est peintre.
Mais je serais tellement heureux si elle venait me voir.
Je la prendrais dans mes bras et puis, on resterait collés
pendant des heures,
comme on le faisait quand elle était petite.
Et elle m'appellerait
"mon petit papa".
"Mon petit papa", c'est...
C'est comme ça qu'elle m'appelait.
C'est beau, "mon petit papa", non ?
-Je peux vous poser une question ?
-Hum ?
-Mais répondez-moi franchement.
Sans faire le malin.
Vous feriez ça pour moi ?
-Oui.
-Alors, voilà.
Est-ce que vous comptez emmerder le monde encore longtemps ?
-Qu'est-ce qu'il y a ?
-Tu as changé de coiffure ?
-Non, pourquoi ?
-Ça te va bien.
...
Sonnette
Tu as perdu tes clés ?
-Non.
Bip
Bonjour, mon père a rendez-vous avec le Dr Sarai.
Papa, tu viens ?
Viens.
-Tenez, voici la fiche à remplir.
Et vous signerez ici.
-D'accord, merci. Faut que tu signes.
Je vais remplir tout ça.
-Date de naissance ?
-Vendredi 31 décembre 1937.
-Vendredi ? -Oui.
-Vous vivez en ce moment chez votre fille, c'est bien ça ?
-Oui, en attendant qu'elle aille vivre à Paris.
-Pourquoi tu parles encore de Paris ?
-Pardon ?
-Je reste à Londres.
-Tu changes tout le temps d'avis, comment veux-tu qu'on te suive ?
-Il n'a jamais été question de Paris.
-Si, tu me l'as dit. -Non.
-Je regrette, tu me l'as dit l'autre jour.
Tu as oublié ? Elle a oublié.
Tu as vraiment des problèmes de mémoire, tu devrais consulter.
-Je ne vais pas à Paris.
-Tant mieux. Paris... Ils ne parlent même pas anglais là-bas.
Il rit.
Une porte s'ouvre.
-Je sais que c'est inquiétant et ça peut évoluer rapidement.
En cas de besoin, appelez-moi. -D'accord.
-Quand vous voulez. -Merci.
Merci de votre aide.
Musique classique
...
Papa ?
...
Le disque est rayé.
...
-Et voilà.
-Merci.
Téléphone
Oui, que se passe-t-il ?
Quoi ?
D'accord, j'arrive tout de suite.
Merci. -Merci à vous.
-Pardon.
Qu'est-ce qui se passe ?
-Rien de particulier, mais je crois qu'il aimerait te voir.
-Il est où ? -Dans sa chambre.
Donne-le-moi.
-Merci. -Je vais préparer tout ça.
...
-Attends, je vais t'aider.
Qu'est-ce que tu as fait ?
-Ah oui.
Ouh...
Qu'est-ce que tu as ?
-Rien.
Bon, je vais m'occuper du dîner.
-Anne ?
-Quoi ? -Merci pour tout.
...
-Il faut qu'on arrive à s'organiser différemment.
-C'est-à-dire ? -Le mettre dans une institution.
-Un hôpital ? -Oui, une institution spécialisée.
Ce sera mieux pour lui.
-Pourquoi tu me dis ça alors que cette fille commence demain ?
-Tu as raison, on verra.
Peut-être que ça se passera bien avec elle, tu l'as trouvée bien.
Crois-moi, le médecin a raison.
Quelles que soient les compétences de cette fille,
il est malade, Anne.
Il est malade.
-Papa, qu'est-ce que tu fais debout ? Viens. Viens.
Viens, papa. Viens t'asseoir.
Papa, viens.
Allez.
-Donc, ça s'est bien passé ?
-Oui, très bien. T'es d'accord avec moi, papa ?
-Hein ? -Tu as beaucoup fait rire Laura.
-Ah bon ? -Elle t'a trouvé charmant.
Même si tu as ton caractère, tu es charmant.
Elle revient demain pour commencer à travailler ici.
Tu en veux encore ?
-Je veux bien. Il est bon, ce poulet.
Tu trouves pas ? Où tu l'as acheté ?
-En bas, pourquoi ?
-Pour rien. Il est bon.
-Paul ?
-Non, merci.
Elle va faire des journées entières, je veux dire...
-Oui, jusqu'à 18 h.
-Et ensuite ? -Comment ça ?
-Après 18 h ?
-Je serai là.
-Vous êtes content ?
-À quel sujet ?
-Votre fille s'occupe bien de vous.
Non ? Vous avez de la chance.
-Vous aussi. -Vous croyez ?
-Qu'est-ce qu'elle a ?
-Anne ?
Elle est fatiguée.
Elle aurait besoin de soleil.
-Ah... Il faut s'occuper d'elle, mon vieux.
Pourquoi vous ne partez pas quelque part ?
-Pourquoi ?
Parfois, je me demande si vous ne le faites pas exprès.
-De quoi ?
-Rien.
On avait...
prévu de partir en Italie.
-Oh. -Mais on a dû annuler.
Vous savez pourquoi ?
-Non.
-Vous vous étiez disputé avec Angela.
On ne pouvait pas partir et vous laisser seul à Londres,
il a fallu annuler nos vacances et vous accueillir ici.
Maintenant, vous allez rester.
Pour de bon.
Enfin, si j'ai bien compris.
Il a oublié.
Extraordinaire. -Arrête, Paul.
-Quoi ?
-Je te trouve un peu...
-Un peu quoi ? -Sarcastique.
-Au contraire, Anne, je pense que je suis très patient, crois-moi.
-Tu as emmené le poulet ? -Pardon, tu en voulais plus ?
-Il est à la cuisine ? -Oui, je vais le chercher.
-Non, laisse, j'y vais.
-Pourquoi tu parles comme ça devant lui ?
-Qu'est-ce que j'ai dit ?
Je comprends ce que tu ressens.
-Non, tu ne comprends pas. -Mais si.
Ce que je ne comprends pas, c'est que...
Tu fais tellement de choses pour ton père
et je te respecte pour ça.
Tu as pris la décision de le prendre à la maison,
bon,
pourquoi pas, mais...
Comment te dire ?
Je pense que tu dois réfléchir à une autre solution.
Il délire complètement. -Ne parle pas comme ça.
-Comment tu veux que je parle ? Je te dis la vérité.
Il faut qu'on arrive à s'organiser différemment.
-C'est-à-dire ? -Le mettre dans une institution.
-Dans un hôpital ?
-Oui, une institution spécialisée.
Ce sera mieux pour lui.
-Pourquoi tu me dis ça alors que cette fille commence demain ?
-Tu as raison, on verra.
Peut-être que ça se passera bien avec elle, tu l'as trouvée bien.
Mais crois-moi, le médecin a raison.
Quelles que soient les compétences de cette fille,
il est malade, Anne.
Il est malade.
-Papa, qu'est-ce que tu fais debout ? Viens t'asseoir.
Papa, viens.
Papa, viens t'asseoir.
Papa ?
...
Elle chantonne.
...
...
Sonnerie
-Ne quittez pas, nous allons donner suite à votre appel.
Votre correspondant est occupé. Merci de patienter.
...
Ne quittez pas, nous allons donner suite à votre appel.
Votre correspondant est occupé. Merci de patienter.
...
-Dr Sarai, j'écoute.
Allô ?
Allô ?
Musique classique
...
Porte
-Papa, tu es déjà réveillé ?
Tu as bien dormi ?
-Anne, d'où ça sort, tout ça ?
-Tu veux ton thé avant qu'elle n'arrive ?
-Il est où, le tableau ?
-Quel tableau ?
-Celui de Lucy.
-Tu confonds avec chez toi, papa. Il n'y a jamais eu de tableau, là.
Allez, viens prendre ton petit-déjeuner.
-Anne ?
Regarde. Tu vois ?
Ah...
Anne ?
-Voilà votre thé.
-Hein ? -Ne le laissez pas refroidir.
-Où est Anne ? -Elle est sortie.
-Ah bon ? Déjà ?
-Oui. -Oh.
-Elle revient en fin de journée. Je vais chercher vos médicaments.
-Attendez.
-Je reviens, je vais juste chercher vos médicaments.
-Merde.
Ah...
Il est quelle heure ?
-L'heure des médicaments. Il vaut mieux
les prendre maintenant, comme ça, ce sera fait.
La petite pilule bleue.
Celle que vous aimez.
La petite pilule bleue, c'est une belle couleur, hein ?
-Je peux vous poser une question ?
-Oui.
-Vous êtes bonne sœur ?
-Non.
-Alors pourquoi vous me parlez comme si j'étais un demeuré ?
-Moi ? -Oui.
-Mais pas du tout.
-"La petite pilule bleue, la petite pilule bleue." Oui.
-Je suis désolée, je ne voulais pas...
-C'est très déplaisant.
Vous verrez, quand vous aurez mon âge, ça vient vite.
-Je vous demande pardon.
Je ne le referai plus.
-Dites,
vous n'avez rien remarqué ?
-À quel sujet ?
-Au sujet de l'appartement.
-Non, qu'est-ce qu'il a ?
-Il a changé.
-Vous pensez ?
-Bah oui.
Ces chaises, par exemple.
Là, là. Qui les a mises là ?
-Je ne sais pas. Votre fille, non ?
-Évidemment, ma fille.
C'est quand même extraordinaire. On me demande jamais mon avis.
Oh, à ce propos, je voulais m'excuser
si j'ai été un peu... La dernière fois.
-Y a pas de problème. Votre fille m'avait parlé de votre caractère.
Ils rient.
-Ah.
C'est fou comme vous ressemblez à Lucy.
-Anne m'a dit
ce qui lui était arrivé. Je suis désolée, je ne savais pas.
-Quoi ? -Eh bien, pour son accident.
-Quel accident ?
-Pardon ?
-De quoi vous parlez ?
-De rien.
-Ah.
-Vous prenez vos médicaments. Après, on s'habillera.
-Vous voyez ? -Quoi ?
-Vous me parlez comme si j'étais un demeuré.
-Non, pas du tout. -Mais si.
-Non, mais non. -Si.
"On s'habillera, la petite pilule bleue..."
Or, je suis très intelligent,
il faut en tenir compte, mademoiselle.
Vous comprenez ?
-Oui, j'en tiendrai compte.
-Bon, merci.
C'est vrai, je suis très intelligent.
Voyez, parfois, ça me surprend moi-même.
Oh...
J'ai une mémoire d'éléphant.
Il barrit.
Ils rient.
Vous savez, l'animal. -Oui, oui.
Il rit.
Vous avez oublié vos comprimés.
-Oh, qu'est-ce qu'ils font là ?
-Je vais chercher un autre verre d'eau ?
-Ne vous dérangez pas. Je vais les avaler avec le thé.
-Vous êtes sûr ? -Certain. Regardez. Là.
Vous allez voir.
Vous regardez ? -Oui.
-Regardez bien, hein ?
Je les mets
dans le bec.
Il rit.
Regardez bien.
-Oui.
-Bon, et maintenant, le thé.
Attention.
Ah !
Et voilà le travail.
-Bravo.
-Oui.
Faut dire que j'ai fait un peu de cirque quand j'étais jeune.
-Ah oui ? -Oui.
Vous voulez que je vous fasse un tour de magie ?
-On va d'abord aller s'habiller.
-Maintenant ? -Oui.
-Non, non, non. -Si.
-À quoi ça sert, franchement ?
Il faudra se remettre en pyjama ce soir.
Alors autant gagner du temps.
-Effectivement, mais...
si vous restez en pyjama, on pourra pas sortir.
-Où voulez-vous aller ?
-Dans le parc. Il y a du soleil.
-Tout se passe bien ?
-Très bien, on allait s'habiller. -Mais...
-Tout va bien, Anthony ?
Ça ne va pas ?
-Si, si.
-J'aurais bien aimé vous parler justement.
-À moi ? -Oui.
-Je vais préparer vos affaires.
-Attendez. -Je reviens.
-Ne me laissez pas tout seul. -Je reviens tout de suite.
-Je peux vous poser une question ?
Mais répondez-moi franchement.
Sans faire le malin. Vous feriez ça pour moi ?
-Oui.
-Voilà.
Dites-moi, Anthony, est-ce que vous avez l'intention
d'emmerder le monde encore longtemps ?
-Moi ? -Oui, vous.
J'aimerais connaître votre sentiment.
Vous allez continuer à gâcher la vie de votre fille
ou peut-on espérer que vous vous comportiez
de façon raisonnable à partir de maintenant ?
-De quoi parlez-vous ?
-De vous, Anthony. De vous. De votre attitude.
-Arrêtez, je ne vous permets pas.
-Vraiment ? -Non.
-Et que ferez-vous si je recommence ?
-Je... -Oui ?
-Vous aurez affaire à moi physiquement.
-Vous dites ça pour me tenter ?
Moi aussi, il y a une chose que je ne permets pas,
c'est qu'on emmerde le monde,
passé un certain âge.
-Arrêtez. Arrêtez.
-Ça, je ne le supporte pas.
Je trouve ça très déplacé.
-Arrêtez, arrêtez.
Anthony pleure.
-Papa ?
Que se passe-t-il ?
-Je sais pas. -Que t'arrive-t-il ?
Papa, tout va bien. C'est à cause de ta montre ?
C'est à cause de ça ? Je l'ai retrouvée, regarde.
Ça va aller, ne pleure pas.
Ne pleure pas, ça va aller, maintenant.
Ça va aller.
On va passer à table, d'accord ? J'ai préparé du poulet.
-Mais il est quelle heure ?
-Il est huit heures, il est l'heure de dîner.
-Huit heures du soir, mais...
Je croyais qu'on était le matin.
Je viens de me lever. Regarde, je suis encore en pyjama.
-Non, on est le soir et je t'ai préparé un poulet.
Anthony pleure.
Allez, tout va bien, papa.
Tout va bien. Allez, mon petit papa.
...
Mon petit papa.
...
-Papa ?
Papa, tu dors ?
-Anne ?
Anne ?
-Papa, c'est moi.
-Lucy ?
...
-Papa ?
...
Papa ?
...
-Lucy.
...
-Papa.
...
Musique classique
...
-Papa, tu es déjà réveillé ?
Tu veux ton thé avant qu'elle n'arrive ?
...
Papa ?
-Bonjour.
-Assieds-toi, c'est prêt. Tu as faim ?
-Oui.
-Tu as de la visite, aujourd'hui. Tu t'en souviens?
Papa, tu t'en souviens ?
-Comment j'aurais pu oublier ? T'arrêtes pas d'en parler.
-Elle ne devrait pas tarder.
-Ah, déjà ?
-Oui.
-J'ai rêvé d'elle,
cette nuit. -De Laura ?
-Oui, enfin, je crois.
Je revois son visage.
Tu sais, elle me fait vraiment penser à ta sœur.
-Oui, c'est ce que tu m'as dit hier.
Je suis contente si tu l'aimes bien.
Elle a l'air vraiment gentille.
Je veux dire, douce et compétente. Elle s'occupera bien de toi.
-Je l'aime bien.
-Bon.
On va s'habiller avant qu'elle n'arrive, d'accord ?
-Qui ?
-Laura, la nouvelle infirmière, celle que tu aimes bien.
-Ah, oui. Oui, oui. -Oui.
Ce sera mieux de l'accueillir avec une veste.
-Et un pantalon.
Elle rit.
Oui.
-Elle a beaucoup aimé votre rencontre, hier.
Il faut dire que tu lui as fait un sacré numéro.
-Ah oui ? -Ah oui.
Tu lui as fait croire que tu savais danser et faire des claquettes.
-Moi ?
-Oui.
-Qu'est-ce qu'elle a dit ?
-Elle aimerait que tu lui fasses une petite démonstration.
-C'est drôle.
Je ne savais pas
que je savais faire
des claquettes. Tu le savais, toi ? -Non.
-J'ai des talents cachés.
-Apparemment, oui.
Sonnette
Ah.
-C'est elle ? -Sans doute.
-Je ne suis même pas habillé.
-Tant pis, tu t'habilleras après. -Non, attends, je dois m'habiller.
-Ce n'est pas grave. -Si, c'est grave.
-Elle est derrière la porte.
-Ne me laisse pas comme ça. Attends, je suis pas en tenue.
Qu'est-ce qu'elle va penser de moi ? Il faut que je m'habille.
-Pourquoi tu compliques tout ?
Ne t'inquiète pas, on s'habillera après.
-Je vais avoir honte. -Mais non.
-Mais si.
-Bonjour, Laura.
-Bonjour, je suis pas en retard ? -Pas du tout, entrez.
On est dans la cuisine.
On était en train de s'habiller. -Bonjour.
-Ah...
Anne, c'est qui ?
-Bonjour.
-Mais Anne, c'est pas elle.
-Papa... Vous voulez quelque chose à boire ?
Un café ?
-Non, merci. -Vous avez mangé ?
-C'est pas elle que je veux.
Elle est où ?
-Quoi ? Dis bonjour à Laura.
-Y a quelque chose qui ne s'emboîte pas.
Ça s'emboîte pas. -Vous vous souvenez de moi ?
On s'est rencontrés hier.
On a commencé à faire connaissance et j'ai dit que je repasserais
pour voir comment vous vivez et si je peux
vous aider. Vous vous souvenez ?
...
Quelqu'un frappe.
-Papa, je peux te parler ?
Il acquiesce.
Comment te dire ?
Tu te rappelles que, dans un 1er temps,
si tu es venu à la maison, c'était...
C'était une solution provisoire car tu t'étais disputé avec Angela.
Et je me demande si ça ne serait pas mieux de...
Qu'est-ce que tu penses de cette chambre ?
Elle est plutôt agréable, non ?
-Et on a vue sur le parc.
-Ah oui ?
Oh ! Ah, c'est très agréable.
On a l'impression d'être à l'hôtel, hein ?
-C'est ce que disent les résidents. -Oui.
Hum...
Je me dis que tu serais peut-être mieux ici.
-Où ?
-Ici.
Je crois que ce serait plus sécurisant et agréable pour toi
si on prenait la décision ensemble que tu t'installes ici.
Qu'est-ce que tu en penses ?
-Et toi, qu'est-ce que tu vas faire ?
Tu vas dormir dans quelle chambre ?
-Tu te souviens que je vais aller vivre à Paris ?
-Mais non, Anne.
-Si, tu t'en souviens. Je t'en ai parlé, tu t'en souviens.
-Mais tu as dit... Tu es sûre ?
-Oui.
-Mais tu m'as dit que...
Que tu restais avec moi.
-Non, je dois y aller. C'est important.
Je te l'ai expliqué, l'autre jour.
Mais je viendrai te voir certains week-ends.
Il pleure.
-Et moi ?
-Toi, tu restes ici, à Londres.
-Tout seul ?
Mais et ta sœur, elle est où ?
-Oh, papa.
-Si tu savais comme elle me manque...
-Elle me manque, à moi aussi. Elle nous manque
à tous.
...
Musique classique
...
...
-Anne ?
...
Quelqu'un frappe.
-Vous avez bien dormi ?
-Qu'est-ce que je fais ici ?
-Il est l'heure. -Je ne vous ai pas demandé
l'heure, mais ce que je fais ici.
Où est Anne ?
-Je vous ai apporté vos médicaments.
-Vous allez me foutre la paix avec vos médicaments.
Vous êtes infirmière ou quoi ? -Oui.
-Vous êtes... C'est ça. D'accord.
Infirmière.
-Oui.
-Je me disais aussi, vous avez le genre infirmière.
Que faites-vous ici ?
-Pardon ?
-Que faites-vous ici ?
-Je m'occupe de vous. -Oh...
Vous m'en direz tant. Vous vous occupez de moi.
Eh ben, première nouvelle.
Et depuis quand ?
-Depuis plusieurs semaines.
-Plusieurs semaines ?
Je suis content de l'apprendre.
Extraordinaire, on ne m'informe de rien dans cette maison.
-Il n'y avait pas une nouvelle ? -Une nouvelle ?
-Oui, une nouvelle infirmière.
Celle qui ressemble un peu à Lucy,
mon autre fille.
Je l'ai rencontrée l'autre jour, elle est venue ici, non ?
-Vous prenez vos médicaments ?
-Elle était censée commencer ce matin. Laura.
Non ?
-Je pense que vous confondez, Anthony.
-Celle qui me fait penser à Lucy.
-Bon. -Oui, bon...
On va les prendre, ces médicaments.
On est pas à la minute près, non ?
Où est Anne ?
-Votre fille n'est pas là, Anthony.
-Elle est où ? Elle est sortie ?
-Si vous vous souvenez, elle vit à Paris.
-Non, non, non, non, non.
Elle a pensé y aller, mais...
ça ne s'est pas fait.
-Elle habite là-bas depuis plusieurs mois.
-Ma fille, à Paris ? Réfléchissez, ils parlent même pas anglais.
-Regardez.
Cette carte postale qu'elle vous a envoyée.
On l'a relue ensemble, hier. Vous vous souvenez pas ?
Regardez.
Je vous le dis tous les jours.
Elle est à Paris car elle a rencontré un homme
qui s'appelle Paul et elle vit avec lui.
Mais elle vient parfois vous voir.
-Anne ? -Oui.
Elle vient certains week-ends, elle vient ici.
Vous vous promenez dans le parc et elle vous raconte sa vie,
ce qu'elle fait.
L'autre jour, elle vous a ramené du café car vous aimez le café.
-Je déteste le café.
Je ne bois que du thé.
Quelqu'un frappe.
-Tout va bien ?
-Très bien, on allait s'habiller.
-Tout va bien.
-Oui.
-Voilà.
-Merci, bonne journée.
-À tout à l'heure.
-Lui, là, c'est qui ?
-Qui ?
-Lui, là, qui vient de sortir.
-C'est Bill.
-Bill ?
-Oui. -Vous êtes sûre ?
-Bah oui, pourquoi ? -Pour rien,
mais... c'est que...
Comment dire, je...
Qu'est-ce qu'il fait ici ?
Est-ce que je le connais ? Qu'est-ce qu'il fait chez moi ?
-C'est Bill, vous le voyez tous les jours.
-Ah bon.
Et vous... -Quoi ?
-Pardon de vous demander ça, mais...
Je veux dire, vous... Vous êtes qui,
exactement ? -Je suis Catherine.
-Catherine, c'est ça.
D'accord. Oui, oui, oui.
Catherine.
Et lui, c'est Bill. -Oui.
-Et...
Et moi ?
Eh ben, je...
Je suis qui, moi, déjà ?
-Vous, vous êtes Anthony.
-Anthony. -Oui.
-C'est un joli prénom.
Anthony. Non ?
-C'est un très joli prénom.
-C'est ma mère qui me l'a donné, je suppose.
Vous l'avez connue ?
-Qui ?
-Ma mère.
Elle... -Non.
-Elle était...
Elle avait de grands yeux.
Je revois son visage.
Elle était... J'espère que...
qu'elle viendra me voir. Non ?
Vous disiez que peut-être, certains week-ends...
-Votre fille.
-Non.
Ma maman...
Anthony pleure.
...
Je veux ma maman.
Je veux ma maman. Je veux partir d'ici.
-Chut...
-Je veux qu'on vienne me chercher.
-Anthony, chut.
-Je veux ma maman. Je veux qu'elle vienne me chercher.
Je veux rentrer à la maison.
-Qu'est-ce qui vous arrive, Anthony ?
Qu'est-ce qui vous arrive ?
...
-J'ai l'impression...
J'ai l'impression de perdre toutes mes feuilles.
-Vos feuilles ? -Oui.
-De quoi vous parlez ?
-Des branches, du vent, de la pluie.
Je ne comprends plus ce qui se passe.
Vous comprenez ce qui se passe ?
Avec toutes ces histoires d'appartement.
Je sais plus où poser ma tête.
Mais je sais que ma montre est à mon poignet, ça, je le sais.
Pour la route.
Parce que sinon...
je ne saurai pas...
à quelle heure il faut, il faut que je...
-D'abord,
on va aller s'habiller, hein ?
-Oui.
-On va s'habiller
et ensuite, on ira se promener dans le parc, d'accord ?
-Oui.
-Voilà.
Avec les arbres, les feuilles...
Ensuite, on reviendra ici et puis on mangera.
-Oui.
-Et après, vous ferez une sieste, d'accord ?
-Oui.
-Et si vous êtes en forme,
on pourra aller faire une autre promenade dans le parc.
Rien que tous les 2, parce qu'il fait si beau aujourd'hui.
Il y a un grand soleil.
Il faut en profiter pour sortir. Il faut saisir cette chance,
ça ne dure jamais très longtemps quand il fait beau comme ça.
-Non.
-Alors, on va s'habiller.
D'accord ? -Non...
-Allez... Ne faites pas l'enfant.
Ça va aller. Allez...
Chut, doucement.
Doucement.
Ça ira mieux dans un instant, je vous le promets.
Tout se passera bien.
...
Sous-titrage : ECLAIR V&A
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