All language subtitles for Gustave Kervern - I Wonet Myself be Made - French with German Subs

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Original subtitles

* Jappements enregistrés

...

- C'était notre chien, Piloto.

Piloto, c'était... comment dire ?

Une petite boule de poils, avec les yeux tout pleins d'amour.

Il nous faisait la fête quand on rentrait.

Avec sa petite queue qui bougeait tout le temps...

Lui.

J'avais donné cet enregistrement à Alain parce que...

Piloto comptait beaucoup pour lui.

Il l'écoutait chaque soir avant de dormir,

et le matin, pour se réveiller.

Ouais.

Euh... qu'est-ce que je peux dire sur Alain, mon ex-mari ?

Si je l'ai quitté, c'est que quelque chose s'était cassé.

Il était toujours

en arrêt maladie.

Il disait que c'était foutu, que tout

était foutu. Il passait son temps devant des documentaires

sur les incendies de forêt en Amazonie,

sur les réfugiés, les morts du Covid...

SMS

Il pleurait même sur l'inflation.

Bref, il pleurait sur tout.

Il m'aimait follement

mais je pouvais pas continuer comme ça.

Avec un homme qui, pour pas gaspiller l'eau,

portait le même slip trois ou quatre jours.

- Quand c'était pas six ou sept. - Hm.

(- Excusez-moi...) (- Oui.)

- Euh... Moi aussi...

Moi aussi, je...

Je voulais vous parler un peu de mon fils.

C'était un...

un gentil garçon.

Très gentil.

Gentil.

Pas... Pas doué pour le bonheur, c'est vrai.

Mais il y a des gens comme ça,

toute leur vie, ils ont une espèce de boule.

Voilà, même en riant, il avait l'air triste.

C'est ça,

le message que j'ai envie...

de donner à mes petits-enfants,

Edith et Philippe :

faut pas baisser les yeux devant ceux qui vous agressent.

On a tous trop courbé l'échine devant...

une flopée d'imbéciles

qui nous ont pourri la vie à cause...

à coups d'indignations et de "brinades".

Sanglot étouffé Ça suffit, voilà.

(Ça suffit.)

- Merci, madame.

Bon...

si plus personne ne veut prendre la parole,

je vous invite à rendre un dernier hommage à Alain,

sur une musique qui lui tenait tant à cœur.

Riff de guitare électrique

"Death Party" (The Gun Club)

...

- Il est en train de baiser la chaussette !

Rire

Ils sont fous ces chats, putain.

(Qu'est-ce qu'ils foutent, là ? C'est long.)

Rire gras

Désolé encore, j'ai pas pu rentrer. Vous savez, pour moi, c'est...

trop d'émotions. C'est trop de souffrance.

- J'aurais aimé partir à sa place. - Merci.

C'est Tony, votre prénom ? - C'est ça.

Mon vrai nom, c'est Georges

mais tout le monde m'appelle Tony. - D'accord.

- On s'est connus il y a six mois sur Leboncoin.

Entre nous, je suis déjà enceinte.

- Ah ! - Ouais.

- C'est génial !

- Ouais, ça va. - Vous êtes content ?

- Voilà voilà, hein. - Tony était soûl

quand on a... - Ouais.

En déchirant l'emballage avec mes dents,

j'ai déchiré la capote et tout est...

Il siffle.

Hein ? - Ouais.

- Ça arrive, dans ces cas-là. On est malhabile.

- Faites attention, c'est chaud.

- J'ai rien à voir là-dedans. A madame.

- Ah oui ! Ouh !

- Ça coûte bonbon, il paraît,

une chambre dans un institut comme ça.

- Ça doit dépendre des établissements.

- Regarde le standing,

ils ont pas des chiottes à la turque sur le palier. Bah non.

Tout de plain-pied, à deux pas de la gare, quartier résidentiel,

ça vaut au moins 2 700 euros du mètre carré.

Il coûte combien le petit palace, sans indiscrétion ?

- Bah, j'ai que le minimum vieillesse.

C'est Alain qui payait la différence. Heureusement.

- Il devait être plus ponctuel à payer votre loyer que ta pension.

- Oui, oui, Tony, sûrement.

- Et votre ancien appartement devient quoi ?

- Je pouvais pas y rester.

Trop d'escaliers, pas d'ascenseur, avec ma sclérose...

Et puis les propriétaires ont voulu récupérer leur bien.

Alors, bon... Elle souffle.

On y avait quand même vécu 22 ans.

On a fini par croire que c'était chez nous.

- Attendez, vous étiez que locataires ?

- Bah, mon mari avait beaucoup trop peur des crédits,

il a jamais voulu en faire.

- C'est pas vrai, je "dream", là.

A votre époque, les banquiers baissaient leur froc

pour filer des crédits.

Qu'est-ce que vous avez foutu ? - Ah !

- Vous hériterez d'une vierge en plastique et d'eau de Cologne.

- Etienne ! Ça va ?

Je te présente ma belle-fille.

- Bonjour. - Bonjour, madame.

C'est à toi qu'il faut demander ça.

J'arrête pas de penser à toi. Tu tiens le coup ?

Voir partir son enfant avant soi,

c'est pas très logique.

- Ca, c'est sûr, je comprends.

- Bah... C'est tellement pas juste.

Je sais pas qui va m'appeler maintenant,

pour me souhaiter la bonne nuit

ou pour que je le rassure,

ou pour me dire que je parle pas assez fort,

ou que je comprends rien à la vie de maintenant.

Quand on vieillit, c'est ce qui nous maintient.

C'est penser qu'on peut être utile à nos enfants, mais là...

Moi, j'ai plus personne.

- La vie est cruelle, c'est vrai.

Mais jusqu'au bout, on a tous une mission.

On sait pas toujours laquelle, mais elle surgit toujours

à un moment ou à un autre,

à un moment où on s'y attend pas. Ça arrive.

Puis encore à nos âges, on a encore un rôle à jouer.

On peut encore évoluer.

On peut même renaître et revivre.

- Tu penses ? - Ça, j'en suis sûr.

Et puis je suis là, tu le sais. - Hm.

Je sais, Etienne, merci.

- Puis si tu te sens pas bien, tu peux coucher avec moi ce soir.

Elle rit. - T'es gentil, mais...

c'est pas là ma mission, je crois.

- Pff ! Oh, la vache, regardez-moi ça, Chuck Norris, là.

Tony rit. La vache !

Edith, ton père avait pas

un peu d'argent en banque ? - Je sais pas.

Si, on a un livret chacun, je crois.

- Ah ouais ?

- Ouais. - Et il y avait quoi dedans ?

- Il mettait 10 euros tous les mois...

- 10 balles ?

- Ouais. - Que 10 ?

On va pas aller loin avec 10 balles.

C'est pas vrai, je "dream".

Quel rat, votre père, sans déconner !

Ça dépend, il vous mettait 10 balles depuis longtemps ?

- Depuis 6 mois, genre. - 6 mois ?

On ira encore moins loin avec ça. Putain...

Sors ton portable, fais une addition, s'il te plaît.

- Vas-y.

- Fais-moi 6... - Ouais.

- ...multiplié par 10.

- Ça fait 60.

- Maintenant, tu multiplies par 2.

Bah... ça fait 120.

- Ça fait que 120 balles ? - Ouais.

- C'est ridicule,

votre épargne paie même pas mes clopes d'une semaine.

Putain, quel rat, votre père ! Sans déconner, quel rat !

Qu'est-ce qu'il fait ? Oh, il me pisse sur la caisse !

Qu'est-ce que vous faites ? Faut pas pisser là !

- On fait bien

moitié-moitié ? - Moite-moite.

Et prenez mes bijoux, j'en ai plus besoin.

- Mais non ? Vous êtes sûre ?

Ce sera pour Edith, comme je suis sa marraine.

Il y a la médaille de baptême, la mienne, celle de ma mère...

Elle est jolie, hein ? - Hm.

- Je peux vous demander une chose ? - Quoi ?

- C'est qu'elle les revende pas.

- Ah non, bien sûr. Non, bien sûr.

Vous ne voulez vraiment pas les garder ?

- Ah non, allez...

Je vais pas me faire belle pour une belote ou une prise de sang.

Ah, je garde juste celles-là.

Le cadeau d'Alain pour la dernière fête des mères.

Ca, j'y tiens.

- Vous êtes une bande de cons.

Bande de cons !

- M. Taha, ça va ?

- Ça irait s'il y avait pas autant de cons.

- Oh ! Faut faire avec.

- M. Lambert, ça va ?

Pas de plateau devant la porte, on n'est pas à l'hôtel.

Elle ricane.

Mme Raffray, fallait que je vous parle, ça va ?

- Oh...

- Toutes mes condoléances pour votre fils.

Il était malade, c'est ça ?

- Oui. - Cancer ?

- Bande de cons.

- Comment vous savez ? - Le flair,

le pif, 10 ans d'expérience. - Bande de cons !

- Je le disais, votre fils était pâle.

Teint cireux, regard vitreux... Il était pas là, quoi.

C'est le côlon ?

- Oui. Comment vous savez ?

- A sa démarche, et l'odeur aussi, quand même...

Sacrée guigne, ce truc. Et il était pas vieux, le pauvre.

Quelle époque on vit, franchement.

Sinon, on n'est pas obligés d'en parler maintenant,

on aura tout le temps de voir comment ça va se passer,

pour après.

- C'est-à-dire ?

- Votre fils payait le delta, un assez gros delta quand même.

Mais on verra comment ça va se passer pour après.

Parce que si on attend les aides,

on a le temps de tuer un panda à coups de nems.

Mais on a le temps. On peut patienter largement jusqu'à...

demain matin.

Ça va ? - C'est gentil.

- De rien. On ne laisse plus le temps

aux patients de vivre leur deuil.

Moi, j'y mets un point d'honneur. M. Lopez !

Et la douche, alors ? Hein ?

J'ai senti. On me la fait pas, à moi.

Alors demi-tour, hop hop hop !

Filou que vous êtes.

Porte

La porte grince.

Un homme parle dans l'autre pièce.

...

- Oh ouais, super. Ouais.

Si, ils ont confirmé, on l'a. Y a pas de souci.

Ouais. Bisou, bisou !

Fermeture éclair

Conversations mêlées dans le couloir

...

- Oh, Lynda !

Je vous attendais. - Ah ! Ça va, Mme Raffray ?

- Merci pour l'adresse de Fostinelli.

- Oh, c'est rien ça, hein. Avec Internet, c'est facile.

- Oh...

Fostinelli, c'est un ancien camarade de classe.

J'aimerais beaucoup le retrouver. - Ah ! Oui...

Rires

Bon. Et qu'est-ce que c'est, tout ça ?

Qu'est-ce qui se passe ?

- Bah, je pars.

C'est pour ça, je vous attendais.

Pour vous dire au revoir. - Oh...

Mais où ?

- Mais... comme je vais plus pouvoir payer ici,

ma belle-fille veut bien m'accueillir.

- Ah ! C'est super, ça. - Oui.

- Et vous aurez la compagnie de vos petits-enfants.

C'est mieux qu'ici. - Ah oui.

- Ah ouais, je suis contente pour vous.

Bon bah, Emilie... Je peux vous serrer dans mes bras ?

- Oh ! C'est pour ça que je vous attendais.

- Oh là là...

- Vous m'avez fait tellement de bien, vous savez.

- C'est rien, ça, Mme Raffray.

On est là un peu pour ça aussi quand même, hein.

Je dis souvent, on nettoie beaucoup les sols,

mais un peu aussi les cœurs.

- Oh ! C'est tellement vrai, Lynda.

- Hm.

Vous allez me manquer, hein.

- Vous aussi.

Pour vous.

En souvenir de moi.

Et vous pouvez vider la valise, je fais table rase du passé.

- Oh ! Elles sont magnifiques !

Oh là là, mais c'est beau !

- C'est encore plus beau sur quelqu'un de beau.

- Mme Raffray... Lynda rit.

- Mme Raffray, ça va ? Vous allez...

Vous allez... - Ah, je vais...

- Très bien, mais vous...

- Oui, oui, je...

- Non, parce que...

- Parce que ?

- Non, je vous demande ça juste pour...

- Juste pour... ?

- Juste pour savoir, qu'est-ce que...

- Ah oui ! Non, ne vous inquiétez pas,

y a pas de...

- Non, y a pas de... Je me doute. Bon, on se...

Hein ? - Oui, on se...

- D'accord. Enfin surtout, n'oubliez pas que...

Rapport à... Hein ?

- Oui, rapport à...

au...

Oui, oui !

Bip de la porte d'entrée

Claquement de langue - J'ai l'impression que...

"El Paso del Ebro" (Motivés)

...

- C'est juste une caution. Ça sera pas débité.

- Je préfère.

- Désolé, le masque est pas autorisé.

- Ah, je suis désolée. - Pas de souci. Voilà.

Il me faut votre permis de conduire,

la carte bleue pour l'empreinte

et 400 euros de dépôt de garantie. - Voilà.

- Voilà.

- C'est ma première carte.

Mon fils me l'avait offerte, au cas où.

Heureusement, je me rappelle du code : 1445.

L'année de naissance de Botticelli.

- Ouais, le joueur de foot.

Ah non, je confonds... Balotelli.

- Euh non, c'est un peintre.

Alors. 1 000...

4, 4, 5.

Je suis excitée, 30 ans que j'ai pas conduit.

- Et le bouton vert. Je me permets. Tchac. Voilà.

- Mon mari voulait pas que je conduise,

mon fils voulait pas non plus. Moi, j'adorais ça.

- Alors, j'ai... un SUV ? Ça vous va, ça ?

- Bah non. Je voudrais une voiture.

- Une voiture. OK.

Alors, j'ai... une Citroën qui vient de rentrer.

Un C4, c'est pas mal.

- Ah ils... ils fabriquent ça encore, Citroën ?

- Euh... - Oui, c'est du costaud.

Comme c'est fabriqué en France.

- Alors, je vous donne ceci.

Boum.

Et alors ici, tout simplement : tchic...

et tchac. Voilà.

- Ah ouais ? - Bah oui.

- Alors...

Tchic ! - Voilà.

Porte

Et tchac. - Et tchac.

- Voilà. - Tchic...

- Comment qu'on attache les bébés ? Je sais pas comment ça marche.

- Normalement, c'est pourtant simple !

- C'est jamais simple pour les attacher.

Et je suis à la bourre, j'ai rendez-vous chez le pédiatre.

Cinq mois que j'attends.

Ça va pas parce que mon bébé a une bronchiolite, regardez.

Il a une tête de mort, il va pas crever dans ses glaires !

- Je peux pas vous aider, je suis seul.

J'ai pas deux bras ! Je suis en main avec madame.

Regardez un tuto, je sais pas.

- Un quoi ? Un tuto ?

Comment ça marche ? - Tchic.

Bips du radar de recul Putain, tous ces boutons...

Couinements de l'essuie-glace Bon alors...

... Mains sur le volant, 10h10...

... ça a pas dû changer.

... Accélérateur...

A gauche, ça a pas dû changer.

Moteur à plein régime

...

Crissements de pneu Klaxon

- Mais c'est pas vrai, putain ! (- Merde.)

Coups de klaxon

... Emilie marmonne.

Marche arrière... marche arrière.

Klaxon

Mince, comment ça s'éteint, ça ?

Mon rétro, je vois rien.

La vitre, comment...

Comment ça s'ouvre ? Y a pas de manette.

Coups de klaxon

Oui bon, ça va, hein !

Allez, je passe la deuxième.

Eh ha ! Elle rit.

Oh ! C'est bon, la vitesse !

18.

Elle sonne.

- Vous cherchez ?

- Cédric Fostinelli ?

- Euh... oui. C'est moi, oui.

- Bah...

tu me reconnais pas ?

Emilie Raffray. 6e B, au collège.

- Ah ! Oui...

Ah bah...

Désolé, je t'ai pas reconnue tout de suite

mais j'ai un début de cataracte.

- Ah. - Qu'est-ce que je...

- Tu m'invites à boire un café ?

- C'est que normalement, je fais mes courses à 12h15,

je rentre à 12h45, je les range.

A 13h, je mange et à 14h, je fais ma petite sieste.

Alors, ça va être un peu compliqué.

- Oh, Cédric...

Oublie un petit peu tes petites habitudes.

Mets un coup de charentaise dans la fourmilière.

- Ouais, bien sûr. - Allez, pour une fois.

- Bon, écoute... Tant pis, je me coucherai moins tard ce soir.

A 22h05 au lieu de 22h35, et puis...

si je loupe la fin de mon feuilleton,

y a pas mort de ménagère, comme on dit.

- Cédric, tu n'as pas changé.

Je suis si contente de te retrouver.

- Ah oui ? Moi aussi, ouais.

Et toi, alors ? Depuis tout ce temps...

Qu'est-ce que t'as fait de beau ? Dis-moi !

- Bah moi, ça va très bien.

Viens t'asseoir à côté de moi, non ?

- Je préfère mon fauteuil, mais bon...

- Oui, bah... j'ai eu une vie de rêve.

Après le bac,

j'ai été en Angleterre faire une école de commerce.

Puis je suis devenue directrice de marketing

d'une grosse boîte informatique, tu sais,

la marque avec la pomme à qui il manque un bout.

Puis j'ai été en Amérique, dans la vallée du silicone,

me faire un petit lifting.

C'est là que j'ai rencontré mon mari,

qui organisait la cérémonie des Oscars.

C'est comme ça que j'ai une étoile à mon nom

sur Hollywood Boulevard.

Bon, c'était un peu du piston, hein...

Mais le cinéma, c'est que ça, tout le monde le sait.

- Bah... non. Enfin, je savais pas.

On se rend pas compte, quand on regarde des films à la télé.

Ah, mais c'est dingue, tout ça !

Et... et ensuite ?

- Eh bah ensuite... Bah ensuite...

Ensuite, rien du tout, mon connard.

Il m'est rien arrivé de tout ça, évidemment.

Mon eldorado à moi,

c'est l'EHPAD des Mimosas.

- Ah bon ?

- A cause de toi, mon connard.

A cause de toi.

Parce que j'ai jamais eu confiance en moi.

Parce que j'ai tremblé dès que j'avais la moindre responsabilité,

le moindre choix à faire.

Elle soupire. J'ai raté mes études.

Je prenais des anxiolytiques à 15 ans.

- Heu... pardon, mais...

tout ça à cause de moi ?

- A cause de toi, abruti.

T'as oublié ? Tu te foutais de ma gueule en gym

quand je montais à la corde. - Oh...

- J'étais devenue ton souffre-douleur.

"Raffray tête de rat". - Oh !

- Tous les soirs, je pleurais dans ma chambre.

Tous les soirs.

Et puis, c'est pas tout.

La fois où tu m'as coincée avec tes copains aux toilettes,

pour que je te montre mes seins. Tu te rappelles ?

Il souffle. - C'est...

C'est vieux tout ça, hein, je...

Il souffle. - A ton tour.

- Hein ? - Montre-moi tes couilles.

- Pardon ? - Montre-moi tes couilles !

- Non mais...

- Montre-moi tes couilles ! Montre-moi tes couilles.

- Oui, oui, oui. - Lève-toi !

Lève ton... Enlève ton pantalon.

- Voilà ! - Ton slip !

Petites et ratatinées.

Comme ton cerveau, mon pauvre Cédric.

Comme ton cerveau.

Hein ? Pauvre homme !

Pauvre homme.

Voilà. Voilà !

Voilà, voilà, voilà !

Voilà, voilà !

Porte

Et de un !

Cédric Fostinelli...

rayé de mon passé.

La prochaine, Mme Gabino...

- On vous dérange pas, madame ?

- Oh, pardon ! Excusez-moi.

J'y vais.

- Faut y aller.

- Bah j'y vais.

- Allez-y. - Bah... j'y vais.

Bip de l'ascenseur

Elle renifle.

Propos assourdis

Elle sonne plusieurs fois.

Sonnette - Mme Raffray ? Ben ça alors...

- Bonjour, Mme Gabino.

- Vous désirez ? Roger n'est pas là.

- Pas besoin de votre mari. Je vérifie une chose.

Pardon, vous permettez ?

J'en étais sûre ! - Quoi ?

J'en étais sûre. Vous avez changé la baignoire, finalement.

- Oui, pourquoi ?

- Et vous avez installé la douche. - Oui.

- Je vous avais écrit six fois et téléphoné sept fois

pour vous demander de la changer.

- Ah oui, c'est possible. C'est possible. Oui, oui.

- Oui, elle est beaucoup plus pratique, celle-ci.

Oh oui ! Oh ! Et puis l'eau est bien chaude.

Vous avez pas voulu changer le chauffe-eau, pour en avoir.

- Euh... - Hein ?

On rigolait avec mon mari parce que,

sans mitigeur moderne comme ça,

ou bien on était glacé, ou bien on était brûlé vif !

- Ouf... - "Ouf." Allez !

Allez-y, je prends la clé.

- Mais qu'est-ce que vous faites ?

- Oh ! Vous avez mis du double-vitrage.

Pour le bruit de la route.

On vous l'avait demandé aussi.

On vous l'avait demandé !

Ruissellement

Léger vrombissement du fauteuil Cris d'un canari

- Du coup, chef, alors vous êtes sûr, elle a rien volé ?

- Sûr. Ah, au fait,

j'ai absolument rien touché, pour l'ADN.

J'ai vu ça dans une série.

Alors ça, c'est la tasse que je lui ai servie.

- OK.

- Elle a touché ça aussi, mais a tout renversé.

- Bon. Pour l'ADN, c'est pas important

comme on connaît l'identité de l'agresseur.

C'est un bon réflexe citoyen, au cas où.

- Pardon, vous êtes dans mon fauteuil.

- Ouais. Au temps pour moi.

Du coup alors, si je résume, c'est quoi ?

C'est une ancienne camarade de 6e, c'est ça ?

- Classe aménagée. - Classe aménagée. Exactement.

Elle est venue chez vous pour vous menacer avec un couteau.

- Un couteau à manche noir,

d'une longueur de 17 cm à peu près,

avec de très légères traces de rouille.

- D'accord. Parce que vous vous étiez moqué d'elle

au lycée ? - Au collège. Collège Baudelaire.

- Collège Baudelaire...

- Elle semblait dans son état normal ?

- Pas vraiment. Je pense

qu'elle était venue pour me tuer.

Mais mon aplomb l'a désarçonnée.

J'avais vu ça dans une série. Quand on est face à son meurtrier,

il faut lui parler sans cesse, et rentrer dans son jeu.

C'est exactement ce que j'ai fait. - Bravo.

Mais là, on est plutôt dans...

- Dans un "cold case". Tout à fait.

- Un "very small, very old cold case", quoi.

Vous vous êtes mis comme ça devant elle ?

- Voilà, c'est ça. Un peu plus loin...

Voilà, 10 cm. Non, un peu plus à droite. Un peu plus à gauche.

Je prends votre place parce que vous le faites mal.

Voilà. Là, j'y suis.

- Et ensuite ? - Excusez-moi, c'est mon fauteuil.

Voilà.

- C'est tout ? - Non, c'est pas tout, non.

- Expliquez-nous.

- Ben, euh... c'est délicat.

- On est là pour vous aider, M. Fostinelli.

- Elle m'a obligé à... à baisser mon pantalon.

Je le fais, pour la reconstitution ?

- Non, non, ça va aller.

Pourquoi elle vous a demandé de baisser votre pantalon ?

- Elle voulait voir mes...

mes...

Euh...

- Mes quoi ?

- Ben, mes...

mes testicules.

- Et c'est tout ?

- Bah oui, c'est tout. - Attendez.

C'est pas courant. Pourquoi elle voulait les voir ?

Elles ont quelque chose de particulier, les testicules ?

Elles pendouillent ou...

- Non, elles sont absolument normales.

- Elles pendouillent pas à mi-cuisses ?

- Mais non ! Normales. - Pourquoi elle voulait les voir ?

- Ben, euh...

Elle m'a dit qu'avec les copains de l'école,

dans les toilettes de la cour, je l'avais obligée un jour à...

à relever son sous-pull

pour voir son torse.

- Vous, vous avez fait ça ?

- Ben oui. Ça se faisait couramment, à l'époque.

Personne disait rien. On savait rigoler, quoi.

Aujourd'hui, avec les "MeToo" et tout et tout, là,

ça devient tout un drame.

Pour un touche-pipi, on va en taule !

On court sur la tête, là !

Non ?

Bah !

Hein !

Il me semble, enfin.

Je sais pas, moi.

- Mme Raffray est restée 4 ans avec nous.

Mais je la sentais pas.

Elle avait un truc, elle était en marge.

Elle participait jamais au loto,

madame voulait pas faire nos activités de remise en forme.

Elle était hautaine. Elle avait le...

le boulard, quoi, pour être cash.

- Et elle est partie quand ?

- Ce matin. Elle est partie en douce.

Et évidemment, sans payer le reliquat.

- Sans signe annonciateur, évidemment ?

- Aucun.

Aucun. Corinne.

Sauf... Si.

Il y avait une chose très bizarre. - Quoi ?

- Elle ne regardait jamais la télé. - Incroyable.

- "Questions pour un champion" ? - Même pas.

- "Le Magazine de la santé" ? - Non plus.

- C'est dingue, ça ! - Un truc de fou !

- Je sais.

- Elle recevait beaucoup de visites ?

- Aucune. Sauf de son fils. Mais il vient de mourir.

Il payait la chambre. Cancer du côlon.

Très bizarre, ce type.

- Il regardait pas la télé non plus ?

- Il avait le regard fuyant.

Comme pour m'éviter, vous voyez, ou éviter de me payer. Hein ?

Les chiens font pas des chats.

Enfin, pas encore parce qu'avec la science...

je serais pas étonnée. On voit de ces choses.

- On nous réserve des surprises. - C'est sûr.

- On nous parle de robots.

Des mixeurs vont remplacer les policiers.

- Mais bien sûr ! - Moitié enquête, moitié potage.

- Lynda ?

La vieille dame ronfle.

(Tu me reconnais pas ?)

(- Bah...)

(Si, Valérie.)

(C'est fou. Qu'est-ce que tu fais là ?)

- Je suis flic.

(On enquête sur une de vos pensionnaires.)

(- Ah bon ?)

(Mais qu'est-ce qui se passe ?) (- Rien de grave.)

(- Ah ! D'accord.)

(Tu vois, moi, je travaille ici, maintenant.)

(Et...) Ronflements

(Toi, ça va ?)

(- Ouais, ouais, ça va.)

...

(- Et ta maman, ça va ?) (- Elle est décédée.)

(Elle était malade.)

(- Oh. Je suis désolée, pardon.)

(Y a longtemps ?) (- Y a 5 ans.)

(J'ai récupéré la maison. J'habite dedans maintenant.)

Ronflements (- Ah !)

Rire discret

(Bon, moi, il faut que je continue, parce que...)

(si la directrice me voit, c'est pas... Ça craint un peu.)

Ronflement (Heu...)

(Ça me fait plaisir de te voir.) (- Moi aussi, ça me fait plaisir.)

(- Peut-être à bientôt.)

Ronflement

(Tu sais où je suis, maintenant.)

(- Moi, je suis au commissariat rue Félix Faure. Tu vois ?)

(- Ah oui. Oui.)

(- Si jamais tu...)

(- OK.)

...

(- Salut.)

...

- Voilà, c'était sa chambre.

- OK. Et c'est normal,

elle est déjà occupée, pas de souci ?

- Oui, que voulez-vous ?

J'ai même des centenaires sur liste d'attente.

- Bon. Et pour Raffray,

vous savez pas chez qui elle a pu aller ?

- Peut-être chez sa belle-fille. Elle était séparée du fils.

Il se droguait pas mal, selon moi.

Altération du discernement, perte des repères...

Sinon, il aurait jamais oublié de faire sa coloscopie des 50 ans.

- J'ai mal à la hanche. - Les hommes se croient forts

et un jour, crac !

Succion - Le sphincter qui...

part à vau-l'eau.

Ça me fait penser, faut que je vérifie, moi aussi.

- Vous avez du sang dans les selles ?

- Je sais pas.

Quand je fais mes besoins, après, quand je m'essuie,

je jette le papier et après, je pense à regarder

mais si je fouille, ça... - J'ai mal.

- Classique. - Ma hanche.

- Pour pas oublier, j'ai un truc. - J'ai mal.

- Un pense-bête sur la lunette des waters.

- Mais je pisse à côté. J'ai déjà pensé...

- Je vous laisse voir, y a de l'ADN partout.

- J'ai mal à la hanche.

- Sauf sur la télécommande, bien sûr.

Je reste à votre entière disposition.

- J'ai mal. - Vous faites rien pour la dame ?

- Vous savez, si on les écoute,

tu leur donnes ça, ils prennent ça !

- Nadine Gabino.

C'est fait.

Alors, "first"...

contact.

"I Maschi" (Gianna Nannini)

Ah ! Radio.

C'était bien cette musique, tu te rappelles ?

On l'écoutait.

Ah !

...

Notre seul voyage en Italie.

A l'hôtel La Cisterna, tu te rappelles ?

On s'était trompé de chambre après une bouteille de limoncello.

Oh !

...

Et dans un musée,

on avait pleuré devant "La Naissance de Vénus"

de Botticelli...

tellement c'était beau.

Les êtres humains sont capables de faire de belles choses...

parfois.

...

Bon.

Clignoteur.

Allez. C'est parti, mon chéri.

...

- Raffray, c'est une foldingue. On va pas s'échiner sur son sort.

- Ouais, c'est du psychiatrique, quoi.

- Bon alors... qu'est-ce qui t'excite, là ?

T'as quoi ? T'as boudoirs, madeleines, pâtes de fruits...

gougères ?

3e âge, ça. - Tiens, il y a des calissons.

- Ah, calissons.

Putain, on peut payer qu'en francs !

- Non !

- Je rigole.

Rires étouffés

- Excusez-moi.

Vous n'auriez pas vu deux cons devant une machine à boissons ?

- Excusez-moi, monsieur.

Vous auriez pas vu un trou du cul qui se promène en fauteuil,

par hasard ?

- Bande de cons !

Elle sifflote la "Marche funèbre" de Chopin.

...

Le vent souffle.

...

Des oiseaux chantent.

- J'ai trouvé que ça.

Pourquoi les gens ont toujours une orchidée chez eux ?

On leur dit que les fleurs repoussent, ça n'arrive jamais.

Bon...

Ça va bien, dis ?

Ça fait longtemps qu'on s'est pas vus.

Moi, ça va, sauf que...

tu m'as vraiment pas laissé beaucoup d'argent pour vivre.

Je sais pas comment je vais faire, moi.

"Faut faire confiance," tu me disais.

Y a 40 ans, peut-être, mais...

maintenant, la vie est vraiment trop dure.

Tiens.

Tu vas enfin pouvoir passer un peu de temps avec ton fils.

T'as toujours aussi peu de conversation, mon chéri.

Ça fait longtemps qu'on n'a pas dormi ensemble.

Sauf que je suis du mauvais côté.

C'était toi, du côté droit,

pour être plus près des toilettes.

Bonne nuit, mon cœur.

Radio en fond sonore

Il tousse.

...

Légers grognements

...

- Oh ! Ça va, chef ? Chef...

- Quoi ? M'appelle pas chef, je suis pas chef.

J'ai pas envie d'être chef.

Qu'est-ce qu'il a à m'appeler chef ?

Ce trou du cul !

- Ça va aller, chef. Eh !

- Tu te fous de ma gueule ?

Il marmonne.

Tu te fous de ma gueule ou quoi ? Chef de quoi ?

T'étais pas dans les couilles de ton père, j'étais déjà là. OK ?

- Eh, eh...

- Qu'est-ce tu racontes, là ? Trou du cul !

Barre-toi de là ! - Calme-toi.

- Allez, calme-toi, calme-toi... Touche pas !

...

Qu'est-ce t'as ?

...

Range-toi ta canne dans le boule, trou du cul.

Ressers-moi une petite bière, s'il te plaît.

- Ouh ! Alarme réveil

C'est quoi, ça ? - C'est l'heure.

- L'heure de quoi ? - L'heure que tu t'en ailles.

- Hein ? Pourquoi ?

- Une demi-heure avec un mec, c'est mon max.

- Mais...

- Allez, allez ! Rhabille-toi ! - Oh !

Ça va, je voyais pas les choses comme ça, moi !

- Tu croyais quoi ?

Qu'on allait parler de ta vie, de tes hobbies,

de tes déceptions amoureuses, de tes goûts musicaux ?

Tinder, c'est pas fait pour ça.

C'est même fait pour éviter ça.

- Oui, mais y a pas que le sexe dans la vie.

On aurait pu apprendre à se connaître, non ?

- Je te connais déjà.

- Hm. - Je te connais trop.

Je te connais beaucoup trop.

- Ah ouais ? Et c'est quoi mon plat préféré, alors ?

- Le cassoulet.

- Putain...

Il pousse un hurlement.

...

Il s'éclaircit la gorge.

Petit rire

- Aïe !

Gémissement de douleur

Ah !

Ah, putain !

Ah !

Il gémit.

Ah...

Il tressaille.

Il jette le tesson.

Crissement métallique

...

- Hé !

Qu'est-ce que c'est que ça ? Qu'est-ce que vous faites ?

- Bonjour d'abord, M. Suzy.

- Mais vous êtes folle ? Elle ricane.

- Folle de joie, ouais.

- Arrêtez ça tout de suite !

Arrêtez vos conneries, madame.

Vous posez le couteau là !

Vous posez le couteau !

Sur le...

(En hurlant) Arrêtez !

- Oh ! Tenez, voilà !

Elle ricane. Vous me remettez ?

J'ai travaillé ici pendant 3 ans

comme secrétaire.

J'étais la seule femme.

Je suis tombée enceinte, et vous m'avez licenciée aussi sec.

J'ai rien fait, j'ai pas porté plainte.

A l'époque, ça se faisait pas.

Et je me suis retrouvée...

sans boulot,

sans argent,

avec mon mari qui était déjà malade

et au chômage.

C'était très douloureux, vous savez.

Très douloureux.

- Oui, bah...

je suis désolé pour vous, mais...

moi aussi, ma mère, elle a de l'ostéoporose.

On a tous nos problèmes.

Vous avez pas le droit de faire justice vous-même.

On est dans un Etat de droit. - Ah non, M. Suzy.

On n'est pas toujours dans un Etat de droit.

Surtout quand on n'a pas d'argent !

Voilà.

C'est très dur, vous savez.

Mais allez-y, tirez !

De toute façon, je suis seule, j'en ai rien à foutre.

Tuez-moi, qu'on en finisse !

- M. Suzy ? Il y a un souci ?

- Oui, il y a un gros souci, Lynda.

Regardez, cette détraquée a rayé toutes les voitures !

- Oh ! - Tenez.

Aidez-moi deux secondes, tenez-la en joue

pendant que j'appelle la police. - D'accord.

- Merci.

- Pas la peine d'appeler la police. Emilie ricane.

- Qu'est-ce que vous faites ?

- Je prends parti.

- Vous êtes consciente de ce que vous faites ?

Une grosse bêtise qui va vous coûter très cher !

- Emilie, prenez ça.

C'est un pistolet d'alarme, restez très proche.

Mettez le canon dans l'oreille, ça peut lui exploser le tympan !

- Attention, parce que si vous vous énervez,

vous allez bouger l'oreille, et le coup risque de partir.

Allez ! Allez, là-dedans !

- Vous vous connaissez, c'est un coup monté !

Y a pas d'argent ici, y a rien, vous savez !

Une voiture démarre.

Elle ricane.

Rire vicieux

Rires

...

- Vous avez mis les boucles d'oreilles.

- Oui.

Merci encore, hein.

- C'est fou de vous voir là.

Vous travaillez plus à la résidence ?

- Mais si. Mais je viens là pendant mon jour de repos.

Pour mettre un peu de margarine dans les épinards.

On en fait quoi ? Je le ramène ?

- Ah, je vais le garder, moi, on sait jamais.

- Oh... Bah ouais. Rires

Oh là là, je savais pas ce qui était arrivé.

C'est horrible, ce qu'il vous a fait.

De toute façon, fini,

je travaillerai plus pour ce crétin.

Soupir agacé En tout cas, vous m'avez scotchée.

D'être revenue le voir comme ça...

- Ça m'embête beaucoup pour vous. De m'avoir aidée comme ça...

Ça me gêne beaucoup. - Ah non, non.

Vous inquiétez pas. J'ai l'habitude des emmerdements.

- Ah bon ? - Un de plus, un de moins... Ouais.

Vous êtes contente chez votre belle-fille ?

- Bah elle m'a jamais invitée, en fait.

- C'est pas vrai ?

Mais vous dormez où ?

- Dans ma voiture, en attendant.

- Ah d'accord.

- Je vous ramène ? Vous êtes en voiture ?

- Euh... ouais, je sais pas. - Bah, montez !

- Ouais mais en fait, j'ai...

J'ai plus de chez-moi, moi aussi.

- Comment ça ? Vous avez plus de chez-moi ?

- C'est qui ?

- Bonjour monsieur, c'est pour la livraison d'un colis.

- J'ai rien commandé. - Ah bon ?

Arnaud Lemoigne, c'est pas ici ?

- Ben si, mais j'ai rien commandé. Vous savez ce que c'est ?

- Ça doit être des produits de beauté.

- Putain ! C'est ma meuf, ça.

La salope, elle a encore commandé sur le Net sans me le dire.

Reprenez tout, rien à foutre.

De toute façon, je l'ai foutue dehors !

- Arnaud, c'est moi.

- Qu'est-ce tu fous là, toi ?

- Ouvre ! Je voudrais qu'on se parle.

- C'est quoi, ce plan ? Je te parle pas, tu m'as trompé.

- Les boucles d'oreilles, c'est pas le cadeau d'un homme !

- C'est de moi, je suis une amie de votre compagne.

- Et mon cul est Label rouge ! Vous me prenez pour un jambon ?

- Arrête !

- C'est moi qui ai payé tout dans l'appart.

- Mais comment t'oses dire un truc pareil ?

- Démerde-toi, maintenant.

Tu es et tu resteras toujours qu'une pauvre femme de ménage !

Tu es et tu resteras toujours une smicarde ! Dégage !

- T'en as bien profité de mon smic ! Hein ?

- J'me le fous au cul !

- Pauvre con, je veux plus voir ta sale gueule !

- Smicarde ! - Connard !

- CDD !

- Viens, on se casse.

- Ça va ?

- Oui.

- On s'habitue vite à la liberté, vous verrez.

- C'est fou, les coïncidences.

Cette voiture, c'est exactement la même que celle d'Arnaud.

La même couleur, en plus.

Pour moi, c'est... vraiment que des mauvais souvenirs.

Lynda soupire.

Surtout en fin de soirée, quand on rentrait

et qu'il avait trop picolé.

C'est moi qui trinquais, quoi.

- Fallait me le dire tout de suite.

On va jeter un mauvais sort à Arnaud.

Comme si c'était une voiture vaudou.

Emilie rit. - Ah ouais ?

- Regardez.

Emilie imite l'accélération du moteur.

Et... hop ! Lynda tressaille.

Choc - Ah !

Rires

- Et...

Choc

Rires

A vous.

- OK.

"Bella Ciao" (Motivés)

Cris et rires

... ...

Attends.

... ...

Cris de délivrance

... ...

- 21 000 balles pour une merde pareille.

Je préfère aller en Thaïlande

et ouvrir un commerce à Phuket, putain.

- Quelle dingue !

- Feuille de verre, en plus.

- Navré, je fais de l'hypertension, je suis un hypersensible.

J'ai eu hyper peur.

Quelle cinglée !

Allez bosser, vous !

Tout ça parce que je l'ai virée y a des lustres.

Je le savais, que c'était un nid à emmerdes, cette Raffray.

Elle voulait être payée autant qu'un homme, vous voyez le genre.

- Ouais.

- On voit bien le genre. Je la bassine sans arrêt.

Le "grand remplacement"

viendra pas des bicots, mais des femmes.

Avec leurs grosses gougouttes, tu sais bien.

- C'est dingue. Je me suis fait la même réflexion ce matin !

- C'est complètement dingue, parce que moi aussi.

- Si ça peut vous rassurer, nous, on la piste.

Donc, y a rien de...

de motif à s'inquiéter, on est derrière elle.

Elle a commis des infractions, rien de bien méchant.

- Vous rigolez ? Elle m'a menacé avec une arme

et m'a enfermé dans cette voiture une heure sans eau ni nourriture.

Y avait aussi l'agent de propreté. - L'agent de propreté ?

- Oui. Elles devaient être de mèche.

L'agent de propreté, je l'ai vue ce matin.

Elle est repartie avec la folle.

- Elles sont deux, maintenant ? - Oui !

- Vous m'aviez conseillé de prendre toutes les assurances.

J'ai bien fait. - Bah oui, mais...

Oh là là là là...

- Ben, c'est pas ma faute. Aquaplaning.

- Ouais.

- C'est bizarre, il a pas plu depuis deux semaines...

- C'est ce qu'on s'est dit,

mais elle a dû rouler sur une nappe phréatique.

Elle a complètement perdu le contrôle de la voiture.

- Ouais.

Et au moment où je réussis à redresser par miracle,

devant moi, une sortie d'école.

- Mais ouais ! 5-6 gosses, des maternelles, tout petits.

- Oh mon Dieu, c'est pas vrai ! - Oui, j'allais foncer sur eux !

- Au dernier moment, je lui ai dit : "Evite-les

"car si tu en tues, y aura des papiers à remplir,

"on est trop pressées."

- Alors moi, d'un coup de volant,

j'ai préféré rentrer dans le mur.

- Vous avez bien fait, oui.

Vous avez sauvé des vies, c'est le principal.

- Un miracle. - C'est que du matériel.

- On est d'accord.

Et du coup, il nous faudrait un autre véhicule.

- Oui bah, euh...

Ecoutez, on va aller voir ce qui me reste.

- OK.

Je vais reprendre le truc qui est bien, là, le rachat de franchise.

- Oui, typiquement, on fait le même contrat, de toute façon.

- Ce serait bien aussi d'avoir une voiture un peu solide

parce que les voitures modernes...

Le moindre choc, crac ! Y a plus rien.

- C'est de la camelote. - Ah ouais !

- Lynda Chopel ? Vous êtes certains que c'est elle ?

- On a contacté la société de nettoyage.

- Bonjour, M. Alali.

- On a contacté la société de nettoyage de la concession auto.

- Assoyez-vous.

- Elle travaillait ici, on a fait le rapprochement.

- Incroyable !

J'aurais jamais pensé, vous voyez.

- Elles se connaissaient bien ? - J'ai jamais remarqué...

J'essaie de maintenir une distance

vis-à-vis du personnel de nettoyage.

Aucune familiarité possible.

C'est le "B.A.B.A." du "managing".

Je sais qu'elle est très bien notée.

Elle a 3 balais sur 4, le maximum

sur notre classement interne confidentiel.

J'ai toutes les infos. Religion : catholique.

Hétérosexuelle. Aucun crédit bancaire en cours.

Ah, j'ai une phlébite en 92.

C'est peut-être ça, le... le 3.

Bref, très discrète.

C'est ce qu'on leur demande, de ne jamais parler aux résidents.

Pour le standing, c'est important.

Notre établissement a 5 déambulateurs

au classement mondial des EHPAD.

- Waouh ! - C'est beaucoup.

- On peut vous féliciter d'avoir jamais levé le pied.

- Jamais, jamais. C'est la clé, c'est ça.

- Une fois, une fois, j'ai...

Elle m'a demandé quelque chose de très étrange.

- Quoi ?

- Elle voulait absolument remplacer l'eau de Javel

par du vinaigre blanc.

Du vinaigre blanc !

- C'est plus écolo. Je fais tout au vinaigre blanc.

- Ah bon ?

- Je m'en sers même comme contraceptif.

- Ah bah, faudrait que j'essaye.

Depuis, je l'ai eue à l'œil.

Les écolos, ça commence par du vinaigre blanc

et ça finit par vous faire péter une centrale nucléaire !

La vieille dame pouffe.

Et alors, Mme Fortin ? On finit le yoghourt ?

- Il manque une pédale, on dirait.

- Ah ! Mais non, c'est parce que c'est une automatique.

- Automatique ? - Ouais.

Vous préférez que je conduise ?

- Ouais, je veux bien. - Ouais ?

En fait, il suffit d'appuyer sur "marche avant", et c'est bon.

Y a plus rien à faire. - Ouah !

Les Américains...

Ils vont toujours au plus simple. - Ah bah ouais !

- Viens voir mamie ! - Je veux pas !

- Un souci ? - Vous m'aviez promis.

- Ouh ouh ! - J'ai rien promis !

- On vient voir ma belle-mère, Mme Raffray.

- C'est votre belle-mère ? - Pourquoi ?

- Mme Raffray n'est plus avec nous. Elle s'est enfuie, figurez-vous.

- Enfuie ?

- D'ailleurs, y a un reliquat,

et c'est à la famille proche à pourvoir à la somme.

- Chérie !

Ça va ? - Oui, ça va. Enfin...

- Il se passe quoi ? Bonjour. - Vous êtes ?

- Et vous êtes qui, vous ? - Police.

- Ah ! Bah moi, ça va, j'ai rien fait.

Je suis le compagnon de elle, moi, donc...

- Votre nom ? - C'est Tony.

Enfin, mon nom administratif, c'est Georges Leplanchu.

Voilà, donc...

- Leplanchon... - Leplanchu.

- En un seul mot ? - Ouais.

Et qu'est-ce qu'il se passe ?

Elle a encore déconné ? - Non, c'est...

- C'est pas bien ! Tu nous mets dans la merde. Je suis carré.

- Oui, il est carré. - Je vous mens pas, j'ai...

J'ai une offre d'embauche pour décembre. Je fais...

le père Noël dans un grand magasin, Vuitali.

- C'est pas le sujet, on expliquait que votre belle-mère a disparu.

- Ah bon ? - Ouais.

- Elle est où, la vioque ? - Je sais pas.

- Elle a rejoint un copain de classe pour...

voir son sexe, apparemment.

- J'en tombe toute nue, là. - La vache !

- Folle d'accord, mais folle du cul...

- Cochonne surtout. - Je viens d'avoir le central.

Vous avez un bracelet électronique ?

- Ouais, bien sûr. Je l'ai...

Où je l'ai foutu ? Ton sac. - Ah oui.

- Elle l'a parce que j'ai la tête en l'air. Je perds tout.

Voilà. - Il est coupé, là.

- Oui, parce que ça me compresse.

J'ai des problèmes aux mollets.

Avec le chauffage au sol, ça gonfle...

- On verra plus tard. - C'est la galère.

- En attendant, Mme Raffray est en cavale.

Et elle est armée. - Quoi ? Elle est armée ?

Ouah ! Alors là, les gens, ils sont...

Ça y est, le monde est devenu totalement fou, là !

Vous vous rendez compte ? Putain, Jésus...

- Joseph. - Joseph.

Les Rois mages, tout ça, c'est quoi ça ?

Non mais je vous le dis, là...

On n'est plus en sécurité nulle part !

- Madame, monsieur, en dessert, nous avons...

une tarte au citron meringuée. Citron de chez M. Montocchio.

La meringue, elle, vient de la maison Pradier.

Une mousse au chocolat.

Le chocolat est un chocolat noir Guanaja 70 % de cacao

de chez Noël Legrand.

Vous avez aussi la crème brûlée

à base de vanille et de sucre raffiné,

par Albert Vaufour.

- Bah...

non merci.

On prend pas de dessert. L'addition.

- Elles veulent pas un digestif de chez Laroche ?

- Ah, non merci, parce qu'elle conduit.

Une voiture de chez Volkswagen en plus, donc...

- Madame, monsieur, comme vous voudrez.

Fait chier.

- Alors, Emilie.

Il reste combien de gens à voir, là ?

- Alors...

M. Suzy, c'est fait.

En fait, il en reste trois.

Il y a le banquier de mon mari, qui nous persécutait

dès qu'on avait le moindre découvert,

le patron de mon fils, qui a voulu qu'il démissionne sans indemnités,

et éventuellement,

un nutritionniste qui a fait croire à mon mari

qu'il pouvait guérir de sa leucémie en buvant du jus de quinoa.

(- Ouah !)

- Et vous, Lynda ?

Eh, on peut se tutoyer, non ?

- Bah oui.

- Et toi, Lynda, personne d'autre t'a fait du mal ?

- Euh...

Non, non, c'est...

- T'es sûre ?

-Ouais, ouais. Si, si.

- Lynda.

Faut pas garder sur le cœur ce qui nous pourrit la vie.

Faut en parler.

- Euh...

C'est vrai qu'il y a deux mecs qui m'ont fait beaucoup de mal.

- Ah ! Qui ? Où ? Quand ?

- Elle n'est jamais venue chez vous ?

- Non, jamais.

- Vous avez pas une idée

d'un endroit où elle pourrait se rendre ?

Une maison de famille ?

- Quoi ? Une maison de famille ?

Tu vois ? J'en étais sûr qu'elle avait une baraque !

L'autre vieille bicyclette.

Elle nous a pipotés depuis le début !

Tu connais des vieux qui mettent pas de côté ?

- Vous excitez pas, c'est une supposition.

Pour l'instant, on spécule. D'accord ?

- J'en étais sûr. C'était comme deux et deux font...

- Font quatre. - Ouais, voilà.

Elle cache le magot et nous on va crever !

Elle s'en branle, sur son putain de lit médicalisé

avec sa molette, ça monte, ça descend.

Avec ses PER, ses PERCO, ses CICE,

le livret A ! Il doit être rempli plein la gueule !

Elle engrange des dividendes, l'autre vioque !

Hein ? Des profits, là,

sur son bidet, assise à se frotter l'oignon.

Enculés de vieux, va !

Faut pas vous étonner qu'on vous aime pas !

Sortez le pognon ! Vous allez pas crever avec !

Faut enquêter sur ses comptes en banque.

- On pourrait.

- De quoi ?

- On pourrait. - Non, c'est "il faut" !

- Il faut... Il faut que tu fermes ta gueule !

D'accord ?

Donner ton avis à tout bout de champ.

Tu te prends pour qui ? Tu te calmes !

- Je me calme. C'est pour vous aider.

- Ta gueule !

- Je me tais, mais c'était pour vous aider.

Moi, j'ai rien fait.

Vous êtes à cran avec les gilets jaunes

mais je finirai pas à l'américaine, une clé derrière le bras,

à crever dans mon vomi.

Je fais plein d'AVC, montre le carnet de santé.

- D'accord, mais calme-toi. - Il est fou.

- T'inquiète, t'es pas noir. - Mais qu'est-ce que t'en sais ?

La maréchaussée m'insulte, tout le monde s'en branle, là !

Elle est belle la France !

- Po ! Popopopopo...

- Ça a été dur de vous joindre.

Ça va, c'est pas trop grave ? - Popopopo...

L'eau a presque atteint les prises électriques.

Soupir

Mais faut tout changer. C'est devenu une poudrière.

- C'est pas vrai...

- Pareil pour le parquet. J'ai beau avoir essuyé à fond,

l'eau a stagné entre les lattes.

Ça va moisir,

ça va se gondoler avec des risques d'effondrement.

Il tape du pied. Il est vieux et usé, votre parquet.

- C'était les locataires d'avant. C'était des retraités.

- Oh ! Des retraités ! Ça sort jamais des appartements.

Ça va, ça vient, ça marche toute la journée, sans arrêt.

Toujours un truc à regarder dehors, un truc à ranger.

- Attendez, tous ces travaux, vous pouvez vous en occuper ?

- On sait tout faire, madame. - Ah oui. Très bien.

Et ça va coûter combien... à peu près ?

- Bah, c'est difficile à dire, ça...

Ca, je sais pas. Mettez de l'argent de côté.

- Bah tiens, une tisane. Ça va me faire du bien, ça.

- Je la connais. - Qui ?

- Lynda, la femme de ménage.

- Ah ouais ? - Ouais.

On n'habitait pas loin. On était copines quand j'avais 15-16 ans.

Elle était orpheline, en famille d'accueil, bref...

elle était tout le temps chez moi. Ma mère l'adorait.

Ça m'a fait drôle de la revoir.

On s'est perdues de vue, j'avais quoi...

19 ans ?

Une chouette fille. Un peu perdue, tu vois.

- Oui, mais je sens un truc un peu influençable, fragile.

- Ouais. - C'est une suiveuse.

C'est Emilie qui lui a mis des rats dans la cervelle.

C'est son genre de perversion.

Alors tiens, y a quoi ?

Sauge-thym-verveine- tilleul-fentanyl.

C'est bien, non ? - Hm.

- Allez.

- Oh ! Cri de terreur

Oh, quel bonheur, Mme Gabino, cette nouvelle baignoire !

Cent fois mieux que la précédente !

Oh, pardon, j'ai dit à votre ouvrier

que j'étais un peu de votre famille.

Vous ne m'en voulez pas ? - Non, non.

- C'est pas tout à fait faux, en plus.

Vous me laissez deux minutes d'intimité ?

Je vous rejoins tout de suite. - D'accord.

*- Allô ? - Oui, Valérie. Oui, c'est Lynda.

*- Ça va, Lynda ? - Oui.

Je sais que tu bosses au commissariat rue Félix Faure,

je t'ai retrouvée.

*- A quoi vous jouez, là ?

- Ouais, je sais, ouais. On a fait des conneries avec Emilie, mais...

J'ai pas beaucoup de temps, je...

Je t'appelais juste parce que...

je voulais te dire que ça m'a fait un choc quand même, de te revoir.

Il s'est passé tellement de choses entre nous.

Et voilà, je voulais juste te dire que...

je t'en veux pas.

Je t'en ai jamais voulu, en fait.

Porte

- Excuse-moi. *- Lynda ?

- Au revoir, madame. Au revoir. *- Attends ! Lynda !

- Ouais ?

- Mme Gabino a fait une quiche, ça refroidit.

- Super !

- C'est que je l'avais préparée

pour la réunion du conseil syndical.

- Quelle réunion ?

- Quand ça ? On sonne.

- Ben... maintenant.

- C'est une calamité,

ça s'est infiltré dans tous les murs.

- Après le ravalement de façade, la dératisation de la cave,

le nouveau digicode... - On est dans le rouge.

Avec la hausse du chauffage à cause de ces cons d'Ukrainiens !

- Vivement que l'EPR fonctionne.

- Mais Mme Gabino...

- Bonjour !

- Bonjour.

- Qu'est ce qui s'est passé, en fait ?

- Ben, j'étais...

- C'est moi qui ai ouvert les robinets. En exprès.

J'étais la locataire de Mme Gabino.

Elle n'a jamais voulu changer notre baignoire.

Moi, je l'avais suppliée.

Les bords étaient trop hauts,

mon mari n'arrivait pas à l'enjamber.

Moi, j'avais tout le temps peur qu'il tombe.

Je lui avais même dit :

"Si tu te laves une fois par semaine, c'est bon."

- Désolée. Je savais pas que c'était aussi compliqué.

- Sauf que vous avez jamais voulu

qu'on fasse les travaux à nos frais.

J'ai pas compris. Peut-être que quand on est propriétaire,

on se croit enfin quelqu'un.

Le misérable petit pouvoir

des petits possédants.

Toujours est-il qu'un soir, mon mari est tombé.

Il était devenu tout maigre.

Il avait perdu tous ses muscles.

Donc, sa tête a d'abord heurté le mur.

Il a perdu connaissance,

il est tombé, et il est mort.

- Ça te dérange pas si je bois devant toi ?

- Au contraire.

- En tout cas, bravo, tu tiens !

- Hm. - Zéro alcool, t'es fort.

Chasse d'eau

T'as bien fait d'arrêter.

T'es passé à deux doigts de la correctionnelle,

à sortir ton flingue à droite, à gauche.

Le commissaire voulait t'envoyer en maison de repos.

- On se serait croisés, comme ça.

Franchement, je regrette...

à aucun moment d'avoir arrêté. Je me sens mieux, putain.

Ça m'a libéré d'un poids.

- Ouais, c'est clair.

Je pourrais pas. Je sais pas comment tu fais.

Tous les métiers sont devenus tellement des métiers de merde.

Va falloir que tu te trouves

un autre centre d'intérêt, maintenant.

- Quoi donc ?

- Euh... le tricot ? Le sexe ?

- Je vais peut-être rester sur le tricot.

Ce sera plus simple.

- Ou bien le sexe en tricotant ?

Hein ?

- Ouais.

- Tu tires pas la chasse, toi ? - Ecologie.

Elles imitent des poules.

...

Cri du coq

Qu'est-ce qui lie les deux ?

Même si l'autre est faible psychologiquement,

pourquoi elle va...

suivre Emilie en abandonnant tout comme ça ?

- Je t'ai dit, elle était perdue, cette fille.

On était copines parce que...

moi-même,

j'étais un peu perdue, à l'époque.

- Pourquoi ?

- Je sais pas.

On était dépressives, on était des ados, quoi.

On s'habillait en noir.

On voulait se suicider ensemble en écoutant de la musique triste.

T'as jamais voulu te suicider, toi ?

- Bah, c'est...

Mais attends, parce que...

vous vous êtes perdues de vue comme ça,

d'un seul coup d'un seul ?

- Ouais.

Ouais, ouais, comme tu dis. D'un coup. Tac.

Où est-ce qu'elles peuvent bien se cacher ?

Elles aboient.

...

Elle sonne.

- Bonsoir, Cédric. - Hein ?

- Ça va, depuis l'autre jour ? - J'ai fait quoi, encore ?

- Rien. Ma copine voulait voir tes couilles.

- Elle est partie, partie, la collègue ?

- Un rendez-vous. - Un gin tonic ?

- Ouais, mais mets-moi une bonne dose.

Commence pas à mettre des doses de suceur de glaçons, là.

- Un gin tonic, bien servi.

Conversation dans le bar

- C'est à moi que je parle.

Le lavabo se vide.

C'est à moi que je parle ?

C'est à moi que je parle.

C'est mon côté "gros baiseur" ?

Tu vois ça ?

T'es tombé sur le mauvais cheval.

Hue !

- T'as repéré les frères ?

- Tous les deux sur Facebook.

Donc je connais tout de leur vie.

Et je crois que j'ai repéré...

où on peut les coincer.

- Impeccable. - Hm.

- Vivement demain ! - Ah ouais.

- Bonne nuit, Lynda. - Bonne nuit, Emilie.

Un appareil souffle.

- Bonne nuit, Cédric ! - Oui, oui...

J'ai dépassé l'heure où je me couche d'habitude.

- T'as pensé à fermer la porte ?

- Bien sûr.

J'ai caché la clé dans ma petite culotte

au cas où Cédric veuille se faire la malle.

- Bien vu. - Hm.

- Bonne nuit, tous les deux. Cédric grogne.

- J'éteins ? - Allez.

- Cédric, j'éteins ? - Oh oui !

- Allez. Hop !

Klaxon d'un train au loin

Le portillon grince.

Respiration profonde

...

Bonjour, monsieur ! - Bonjour.

- Alors... - Oui ?

- Houla... Houla, mais ça sent très mauvais, là.

- Hein ?

- Vous sentez pas, là ? Y a une espèce d'odeur aigre.

- Non, je sens rien.

- Si, si, là, y a une odeur...

- Une odeur ? - Ah ouais !

Bah en fait, il y a une odeur de merde.

- Hein ? - Ah oui !

Elle renifle. Je sais pas.

- Je sens rien.

- Mais ça vient de vous, cette odeur. Bah ouais !

- Mais... - C'est pas étonnant.

Une grosse merde peut pas sentir autre chose que la merde.

Allez, fous-toi là.

- Quoi ? Ouais. - Dépêche-toi.

Allez, allez, allez ! Hop, hop, hop !

Voilà ! Bien sagement.

- Bonjour, monsieur.

- Je te présente ma copine. - Enchantée.

Lynda m'a beaucoup parlé de vous.

- Ton frère travaille, aujourd'hui ?

- Je sais pas.

- On va aller vérifier ensemble.

- Ouais, ouais.

- Ouah ! Bravo.

- J'ai toujours rêvé de conduire un taxi.

Rires

- Et alors ? - Il s'est pris les pieds

dans la sangle de sa kalachnikov. Rires

- Et alors ? - Il est tombé sur mon taser !

...

- Tu vas le dire ou pas ? - Quoi ?

- Que t'as balancé Jean Moulin !

- Jean Moulin ? - Ouais ! On sait que c'est toi.

- Je sais même pas c'est qui ! - Tu te fous de nous ?

- Je vous jure, je sais pas. - La vie de ta mère ?

- La vie de ma mère.

- Allez ! Laisse tomber Jean Moulin.

- Par contre, dis-nous qui te fournit ta came.

Et gentiment. Hm ?

- Alors ?

- On bosse avec le petit

sur le point de deal à la cité Vauban,

avec leur trafic de cigarettes.

- Et alors ?

- On a l'autre histoire,

toujours sur la vieille de la résidence senior.

- Et alors ?

- Bah alors, on a une complice qui est intervenue.

- Et alors ? - Une agent d'entretien.

Et on a le mobile aussi.

Apparemment, la dame, Emilie Raffray,

elle irait voir des gens de son passé

pour se venger.

- Et alors ?

- C'est ça, elle se venge de ce qu'elle a subi dans sa vie.

- Et alors ? - Elles ont... récupéré une arme.

Un pistolet d'alarme.

- Et alors ?

Une femme de ménage, une retraitée. Vous allez y arriver ?

Parce qu'autrement,

je vais appeler les flics, peut-être...

Eux, ils sauront peut-être.

Eux, ils "résoudent" des enquêtes, eux !

Le jeune pouffe de rire.

- Oh putain, les frérots !

Vous êtes sur des bons coups, en ce moment.

- Tu te fous de notre gueule, là ? - Non.

- Tu fais le malin ? - Non.

- Tu vas pas sortir d'ici tant que tu m'as pas dit qui a tué Kennedy.

- Kennedy ? - Ouais. JFK.

Dit "l'Américain". - Je sais pas c'est qui, lui aussi.

- Messieurs, mesdames les clients,

ceci n'est pas un hold-up !

Couchez-vous par terre gentiment. N'ayez crainte.

- Au sol. - Dans deux-trois minutes,

vous pourrez reconsommer normalement !

- Tout le monde au sol !

Bonjour, je voudrais voir M. Helno, s'il vous plaît.

*- M. Helno. C'est pas un hold-up,

y a deux femmes pour vous à la caisse.

- Super, super.

*- Et y a votre frère José aussi qui est là, avec les dames.

- Ça va ? - Ouais.

- Ah !

- C'est à quel sujet ?

- C'est une poire qui cherche une truffe.

- Je pige pas. - Moi la poire, vous la truffe.

- Mettez-vous ensemble ! - On y va, c'est parti.

- C'est parti ! - Allez, allez !

Allez, hop ! Lynda siffle.

Emilie halète. - Pardon, madame.

- Hop !

Excusez-nous, on vous emprunte votre patron.

N'ayez crainte, comme tous les patrons,

vous verrez pas qu'il est plus là. - On monte !

- Vous voulez quoi ?

- Vous vous souvenez pas de moi ?

- Non.

- Pourtant, on avait fait une belle fête il y a 20 ans.

Dans une baraque, à 12 bornes d'ici.

Un 14 juillet, chez un certain Jean.

- Il y a 20 ans.

Mais j'avais...

24 ans !

Et des fêtes, on en faisait plein, à l'époque.

- Un peu trop, même.

- Ouais, c'est sûr.

Et vous vous rappelez pas d'avoir ramené deux filles ?

Dont une qui était très bourrée

et qui voulait rentrer chez elle parce qu'elle se sentait pas bien.

- Hm... Ouais, vaguement.

- Hm.

Ben cette fille, c'était vaguement moi.

- C'est ici ?

- Ouais, c'est ce stade. Je me rappelle parfaitement.

Et vous ? - Un stade, c'est un stade.

- Ouais...

Coup sur la vitre

- Enlèvement dans une supérette. Le responsable...

- On n'entend pas.

- Enlèvement dans une supérette, rue Clémenceau.

Deux femmes ont emmené le responsable

et l'ont menacé avec une arme.

- Avec une arme ? Eh ben...

Vaut mieux entendre ça que d'être sourd.

- Ah, pas sûr.

- Allez...

Un enlèvement ?

- Ouais, y a eu un enlèvement.

Dans une supérette, rue Clémenceau.

Le responsable a été emmené par deux femmes,

qui l'ont menacé avec une arme.

- Et là, vous avez pissé sur la pelouse.

Après, vous êtes venus me tirer de la bagnole

et vous m'avez déshabillée de force.

Et là, tous les deux,

vous assez essayé de me...

de...

de me...

Sanglots refoulés

Et comme... j'ai résisté,

je me suis bien battue...

là, vous m'avez laissée...

comme une merde, en larmes,

ici.

Ça m'a tellement marquée que...

Sanglots refoulés

(En criant) Bref !

Elle souffle.

- On est désolés. Pour nous, t'étais d'accord.

- Ta gueule.

- On était un peu bourrés aussi.

- Oh, ça va, les gars ! Reconnaissez vos actes.

C'est quand même la moindre des choses, hein.

- Tout ce qui les intéressait, c'était M. Helno ?

- Ouais, mais j'ai eu peur.

- Ouais ? - Quand j'ai vu l'arme...

Après, moi, j'ai gardé mon sang-froid

parce que j'aime mon travail, donc...

- Le côté pro, quoi. - Ouais. Mais là, je suis pas bien.

Tout va me faire penser à ce moment horrible, c'est...

Il y aura un avant et un après, c'est sûr.

- Vous savez, comme dit l'adage,

ça n'arrive pas qu'aux autres.

- Là, vous m'ôtez les mots de la bouche.

- Selon vous,

pourquoi elles en voulaient à M. Helno ?

L'employé soupire. - Franchement, je sais pas.

- Elles ont pas parlé de... de ça ?

- Non mais après, moi, j'étais dans un état second.

A mon avis, il me faudra une grosse, grosse indemnité

pour préjudice moral.

Et encore, pour un tout, tout petit début de résilience.

- Ça va le faire, ça va le faire.

Dis donc, foie de veau, 28,90 le kilo...

Ils se mouchent pas du coude !

Des corbeaux croassent.

...

Cloche de l'église

...

- Je peux pas travailler, là. - Ah ouais ?

C'est Creutzfeldt-Jakob ça, non ?

Vache folle, hein.

C'est l'état de choc ? - Ouais.

- Je vais emmener ce témoin, moi, d'accord ?

- C'est-à-dire ?

- Elle était là, elle a dû voir ce qui s'est passé.

Je vais la faire parler un petit peu.

- D'accord. Excusez-moi,

je peux commencer l'interrogatoire ?

- Ouais, vas-y.

Deux questions, pas plus, hein. Tu la fais pas...

Un chien aboie.

...

- Dommage pour l'hôtel.

- Ouais, mais bon...

Je savais que cet abruti d'Arnaud

allait me bloquer ma carte bleue.

Ah, M. Taha.

Bah... ça va ? - Bah oui.

(- Pourquoi vous êtes dehors ?) (- On vous ramène ?)

- Non. Je suis bien, là. Je réfléchis.

(- A quoi ?)

- Comme toujours. A la connerie humaine.

- Vous devez pas beaucoup dormir, alors.

- Jamais.

Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose.

Ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre.

- Blaise Pascal. - Exact.

Un vrai grand con, celui-là !

- Eh, attends. Là, y en a une qui est vide.

M. Charu, j'espère qu'il va bien. - Le pauvre.

Vas-y, prends-la. - Bah et toi ?

- J'en trouverai une autre. Vas-y.

- Bon. A demain. - A demain.

Long cri étranglé

...

Elle ferme la porte.

(Etienne. C'est moi, Emilie.)

(- C'est toi, Emilie ?) (- Oui.)

(- Qu'est-ce que tu fais là ?)

(- Tu voulais que je couche avec toi. Ben voilà.)

(- Mais je disais ça pour rire.)

(- Je sais. Donne-moi ta main.)

(Au bout d'un moment, ça manque, la chaleur humaine.)

(Ça manque vraiment.)

(- Ça manque beaucoup, oui. Beaucoup.)

Emilie soupire.

(- Bonne nuit, Etienne.) (- Bonne nuit, Emilie.)

(J'ai l'impression que t'es allée la faire, ta mission, non ?)

(- T'avais raison.)

Il lui embrasse la main.

- Brigitte ! Brigitte, viens, viens !

Conversation animée

- Ça vous va bien, j'adore !

- Ah, j'adore ! Magnifique !

- Moi aussi, j'adore ! - C'est trop bien !

Rires

Mais dis donc, faut se dépêcher, la directrice va pas tarder.

Putain... - J'ai bientôt fini.

- Ah merci, Brigitte, t'es trop forte.

- Ah ! Rires

- Ah, c'est là.

Dis donc, ça a pas changé. Toujours aussi moche, ce quartier.

- C'est ça quand on veut avoir un monde de propriétaires.

- Ouais.

Sonnette

La porte s'ouvre.

Salut, ça va ?

N'aie pas peur, on veut juste parler un peu.

Avec Emilie, c'est vrai qu'on avait encore des noms sur notre liste.

Faut bien le dire. Même, on voulait en rajouter.

- Oui.

- Mais voilà, maintenant, on a décidé,

comme on se sent mieux, d'aller de l'avant.

Et comme on arrête...

- Arrêtez-nous. - Voilà.

- C'est ce que vous aviez de mieux à faire.

Je suis désolée, Lynda,

mais on ne peut pas se rendre justice à soi-même.

- Ouais. - On n'est pas dans un western.

Même si parfois...

ça en a tout l'air.

C'est moi.

- Y a un problème ?

*- Non, pas de problème.

J'ai Lynda et Mme Raffray en face de moi, tu peux venir ?

- Ouais.

*- Elles ont décidé de se rendre.

- OK.

- Au revoir.

La porte se ferme.

Des enfants crient en jouant.

Il tousse.

- T'as vu, ça a pas beaucoup bougé. - Ouais, c'est dingue.

- Je dors plus là, bien sûr. Je suis dans la chambre de ma mère.

- Ah ! Bah ouais.

Oh ! La vache.

Lynda rit.

On y aura passé, du temps

sur ton lit, là.

On fumait des gros pètes.

C'est de ma faute, d'ailleurs. J'aurais jamais dû t'initier à ça.

- On était un peu connes.

- Ouais. Carrément.

- J'ai toujours les scarifications.

- Ben ouais, ouais, moi aussi.

Hm.

Lynda soupire.

- Je comprends carrément...

que t'aies plus pris de mes nouvelles.

(Voix émue) C'est carrément normal.

Sanglot étouffé Je suis désolée.

- Non...

Allez, je t'en veux pas.

Je t'en veux plus.

J'aurais jamais dû t'emmener à cette fête pourrie.

- Arrête. Elle renifle.

- C'est vrai.

Lynda soupire.

Puis tu sais...

c'est fini maintenant, tout ça. Hein ?

Moi, je me suis vengée, avec Emilie,

des gens que j'aimais pas.

Et puis là, bah...

Eh, je suis contente de...

faire la paix avec les gens que j'aime.

Hein ?

Allez.

On sonne.

...

- Bonjour. - Bonjour, monsieur.

- Elle est là, ma collègue ? - Je suis là.

- Ah.

Pas approchant

- Ça va, elles se sont rendues sans opposition.

- Ça va ?

Vous réalisez ce que vous avez fait ?

- Ça va, je te dis.

- Pour nous, on a fait ce qu'on devait faire.

- Hm. Ce que beaucoup de personnes devraient faire, d'ailleurs.

- Ca, c'est une vision personnelle des choses.

- Ouais.

- Venez me l'expliquer au commissariat.

- Je viens avec toi. - Non, reste, t'es en congé.

- T'es sûr ? - Ouais.

Donne-moi l'arme.

Comme ça, je la ramène.

Allez !

La porte claque.

- Qu'est-ce qu'il va se passer, maintenant ?

- On va voir.

- En tout cas, monsieur,

sachez que je prends toute la responsabilité.

Je l'ai obligée à faire tout ça. - Ah non.

Pas du tout. Non, non, elle m'a rien obligé du tout.

J'ai tout fait de mon plein gré.

- C'est quand même moi qui ai eu l'idée la première.

- Mais c'est moi qui ai voulu continuer.

Toi, tu voulais tout arrêter.

- Pas du tout, monsieur, sachez que, sans mon influence,

cette jeune fille serait toujours

en train de travailler tranquillement

et de mener une vie normale. Lynda ricane.

- Ha ! Ha ! "Une vie normale". Alors, là...

Non mais, je sais pas, tu...

Tu m'as ouvert les yeux, en fait.

C'est la première fois que j'ai un peu confiance en moi.

- Tu m'en veux pas, alors ?

- Mais jamais de la vie je t'en voudrais, enfin.

J'ai vécu plus de choses avec toi, là,

que dans toute ma vie.

- On descend, mesdames. - On fait quoi ?

- Allez, venez avec moi.

Allez.

Suivez-moi.

- Mais qu'est-ce qu'il fout ?

- Il est très étrange, cet homme. Même pour un policier.

Klaxon d'un train au loin

Il frappe.

- Yann !

- Ça va ?

- Qu'est-ce tu fais là ?

- Je voulais te rendre une visite de courtoisie.

- Ça fait longtemps, hein. - Ouais.

- Vous voulez boire un coup ?

- Oui, pourquoi pas.

- Entrez.

Fracas

Alors, jus d'orange pour tout le monde ?

- Ouais...

- Tu nous sors le grand jeu, encore.

- Alors...

présente-moi, quand même !

- C'est des amies.

Proches.

- Merci.

- Qu'est-ce tu fais dans les parages ?

C'est gentil d'être revenu me voir.

Depuis que vous avez déménagé,

on se voit plus trop, tes parents et toi.

- C'est pas faux.

Parce que j'avais l'habitude

de rendre souvent visite à tonton Jacques.

A l'époque.

- Je t'ai souvent gardé quand tes parents

travaillaient.

- Hm.

D'ailleurs, ça fait...

quoi, 23 ans ?

Que...

je me demande si j'ai pas rêvé, en fait.

Il y a 23 ans que je ressasse des espèces d'images de merde.

Il a fallu que je rencontre ces deux dames

pour que je me dise :

"Pourquoi j'ai attendu,

pourquoi je me suis laissé faire ? Pourquoi..."

Je me laisserai plus faire, là.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Tu sais qu'on a déménagé avec papa et maman

parce qu'ils savent

ce que tu faisais avec moi quand j'étais là ?

Je dis pas que...

t'es le seul responsable. J'ai aussi ma part, parce que...

j'ai pas voulu en parler pour pas les...

pas leur faire du mal

en dévoilant la merde que t'étais, quoi.

Que t'es peut-être toujours.

Du coup, je t'invite à remercier ces deux dames ici présentes...

Il s'éclaircit la voix.

...de m'avoir empêché de venir t'en glisser deux dans le crâne.

Donc maintenant, on va aller au commissariat.

Comme ça, on va vérifier que...

je sois bien le seul

à être passé entre tes mains de vieux dégueulasse.

OK ?

- Mais...

qu'est-ce que tu racontes ?

- La vérité. Tu veux que je détaille devant elles ?

Allez, lève-toi.

- Je prends rien ?

- Pas la peine.

Mesdames,

vous êtes libres.

Il risque de pas y avoir grand monde

pendant un moment, donc si...

vous voulez rester et faire vos affaires,

moi je viendrai juste prendre des...

des vêtements.

Des collègues vont passer prendre des ordis et fouiller.

Sinon, vous avez le champ libre.

Et... merci.

Claquement de porte

Lynda souffle.

- Oh...

Oh, la vache !

- J'ai pas envie de rester ici, ça me fout le cafard.

- Oh... oui.

Oh !

Mais...

Mais dis donc, le tonton Jacques là,

ça se trouve, il a une bagnole.

- Ah.

- Bah oui. - Certainement.

- Ouais, ouais.

Je vais regarder si je trouve pas les clés de sa tire.

Ah...

Et pour l'essence...

regarde.

Il a peut-être un chéquier, ils en ont toujours, les vieux.

- Ca, c'est sûr. Les vieux, ils ont toujours un chéquier.

Les vieilles y ont jamais eu le droit.

Mais le vieux a toujours un chéquier.

- Eh ?

Lynda sifflote. Emilie chantonne.

- Ha ha ! - Ha ha !

Hé hé !

Oh, ho ho !

- Ah ! Rire triomphant

Exclamations de joie

- Votre frère peut nous rejoindre ?

- Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?

- Vous répondrez d'une tentative de viol en réunion il y a 20 ans.

- Vous plaisantez ? - Non, pas du tout.

Il y a un témoin.

La deuxième fille dans la voiture, devant le stade, ça vous revient ?

C'était moi.

Je m'en suis voulu toute ma vie.

J'aurais dû crier, mais j'étais trop bourrée, j'ai rien fait.

Alors maintenant, je fais.

On est tout juste dans ce putain de délai de prescription.

Alors, vite.

Appelez votre connard de frère.

"La Peau Dure" (Etienne Daho)

...

- Bien sûr

Je connais tes plaies Tes blessures

Cyanure

Tes souvenirs ont la peau dure

Fêlure

A chacun son chemin

Chacun ses déchirures

Mais je les ressens comme toi

- Là, tu vois, le bouton des essuie-glaces,

c'est plus simple.

...

- Fracture

Pousser seul sur un tas d'ordures

Torture

Redouter d'être une imposture

Froidure

Qui nous gerce le cœur

Et rouille les jointures

Oui je les ressens

Quand les larmes de l'enfance

Toute la vie sont murmure

Où sont l'épaule et les mots Qui te rassurent ?

Oui les armes de l'enfance

Te font le cuir et l'armure

Et assèchent les rivières

Que tu pleurais hier

Griffure

Je lèche ta triste figure

Morsure

Ton sang et ses éclaboussures

Roulures

Les salauds qui peu à peu

Nous ont à l'usure

Oui je les ressens

Quand les larmes de l'enfance

Toute la vie sont murmure

Où sont l'épaule et les mots Qui te rassurent ?

Oui les armes de l'enfance

Te font le cuir et l'armure

Et assèchent les rivières

Que tu pleurais hier

- Bon, qu'est-ce qu'on fait ? J'ai faim.

(- Moi aussi.)

(Mais en Italie, ça marche pas, les chèques.)

(Par contre...)

(ça, ça marche partout.)

Murmure admiratif

(- Tu l'as récupéré ?)

(- Je pense que c'est le policier qui a dû le mettre dans mon sac.)

(Et ça me revient, tu sais, j'avais un copain en Italie)

(qui m'avait trompée avec ma meilleure amie.)

(Et justement, il était de Florence.)

(- De Florence...)

(- Ouais.)

(- T'inquiète pas.)

(On va le retrouver, celui-là.)

(- Ce salopard !)

Rires

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