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Production des studios SOYUZMULTIFILM
MOSCOU 1947
LE PETIT CHEVAL BOSSU Konek-Gorbunok
Un conte de P. Erchov
Réalisation : I. VANO
Par delà les forêts et les monts,
Et par delà les mers sans fond,
Sur terre, et non dans les nuages,
Vivait un vieil homme dans un village.
Ce brave homme avait trois garçons.
Le premier, leste de façon.
Le second, un esprit honnête.
Quant au dernier, il était bête.
Mais hélas, le cruel destin
Les trahit un certain matin.
Quelqu'un vint, et revint encore
Piétiner leur blé, dès l'aurore.
Les trois gars et leur père
Réfléchirent et décidèrent
De surveiller leur blé, la nuit,
Et de surprendre qui leur nuit.
Toi, Ivan, va donc là-bas,
Contourne le champ par en bas.
Avec de l'élan je vais bondir,
Le malfaiteur, nous allons saisir !
Que d'étoiles,
Que d'étoiles,
Une, deux, trois,
Mais il y en a plus de trois.
Trois, quatre, cinq et six,
Oh, mais il y en a plus de dix !
Rends-moi vite ma liberté,
Je dois aller pouliner.
Je te donnerai deux étalons,
D'une beauté sans nom.
Les deux premiers, si tu veux, vends les.
Mais le petit ne t'en défais jamais.
Sur la terre, ou sous la terre,
il sera plus fidèle qu'un frère.
Adieu, je te quitte maintenant !
Seulement ne piétine plus notre champ !
Que le monde se renverse,
Ça ne fait rien, quand on s'en verse.
Tant c'est bon de boire un coup !
On se fiche de tout, de tout,
Allons vite il faut danser.
Hé, vas-y, tape des pieds !
Toute la terre doit trembler.
On ne s'entend pas penser.
Quel miracle, comme ils sont beaux !
Notre Ivan a deux chevaux !
Comme c'est bon de courir dans les près
De flâner en toute liberté !
De flâner en toute... oh...
Oh mes beaux chevaux se sont sauvés,
Mes coursiers à la crinière dorée !
Ne vous ai-je donc pas choyés ?
Quel diable vous a emportés ?
Le diable n'y est pour rien,
Ce sont tes frères, ces vauriens.
C'est un malheur, c'est certain.
Mais je peux t'aider, un brin.
Monte vite sur mon dos,
Et filons au grand galop !
Quelle merveille !
Que de lumière !
Regarde comme elle éclaire,
Mais pas de chaleur dans l'air.
Vas-tu t'étonner de si peu ?
C'est une plume de l'oiseau de feu !
Si tu veux être heureux, crois-moi,
Ne l'emporte pas avec toi.
Car tu auras à l'avenir,
Des soucis à n'en plus finir.
Tu peux toujours parler,
Je serais bête de la laisser !
Tu auras à l'avenir,
Des soucis à n'en plus finir.
Braves gens, qu'on se le dise !
J'ai de la belle marchandise !
Zibelines, martes et putois,
Belles Dames faites votre choix !
J'ai des colliers et des harnais !
Des selles et des beaux fouets !
Des peaux de rênes tannées !
De belles tartes, bien sucrées !
De belles pommes marinées !
Des petits pains d'épice moulés !
Le roi arrive avec son valet, le niais,
C'est le chef de tous les palefreniers.
Voyez comme ils sont beaux !
Ils seront à moi, ces chevaux.
Ah, là, là, là, là, là !
Leur maître est-il là ?
Répondez vite les gamins !
À qui sont ces beaux poulains ?
Ces chevaux, ô Roi, sont à moi,
Et leur maître, c'est aussi moi !
J'achète contre une somme ad hoc.
Non, Sire, je les troque !
Quels sont les biens que tu veux ?
Cinq sacs d'argent pour chacun d'eux.
Cela fera donc dix,
Dix !
Marché conclu !
Hé là-bas, amenez les écus !
Qu'attends-tu vieux serpent ?
Prends les chevaux, et viens-t-en !
Regardez-les donc courir !
De rire, il y a de quoi mourir !
Que tes chevaux sont entêtés,
Avec moi, ils ne veulent pas rester.
Au palais, tu dois venir !
Vêtu d'or, tu vas me servir !
Et je mettrai mes écuries
Aux ordres de ta seigneurie.
C'est merveilleux... ma foi !
J'accepte d'aller avec toi !
Ô roi, devrais-je croire à ma disgrâce ?
Suis-je révoqué, Votre Grâce ?
C'est bien fait, c'est mérité !
Sous les ordres d'Ivan, tu es placé !
Prends-les, Ivan, esclave docile,
À l'écurie mène ces chevaux indociles
Tonnerre de Dieu, petit imposteur,
Je t'évincerai, enfant de malheur !
ÉCURIES ROYALES
Quelle belle vie mène notre ami.
Ce serf paresseux et endormi.
Les chevaux sont propres et rassasiés.
Ils sont tous très bien peignés.
Certes le diable doit l'aider,
Leur crinière est même frisée.
Je vais me mettre à t'épier...
Sois-en sûr, je vais me venger !
Vos belles franges j'arrangerai
De votre crin grand soin je prendrai
Pour qu'on puisse le lendemain,
Votre beauté admirer sans fin.
Oh mes braves et beaux coursiers,
Vous êtes de vrais pur-sang altiers !
Mais celui que mon cœur aime le plus,
c'est mon gentil petit bossu.
Voilà, mon polisson,
Mauvais génie de la maison.
Notre Ivan, et chacun le sait,
Te cache, ô mon Roi, ce qu'il fait.
Il a, crois-tu que ce soit peu,
La plume d'un oiseau de feu !
Il prétend que, s'il le veut,
Ou sur ton ordre même, il peut,
Amener, si cela lui plaît,
L'oiseau de feu en ton palais.
Hé, qu'on m'amène ce fou
Il mérite qu'on lui coupe le cou.
Allons, dis-moi, de quel droit
Oses-tu cacher à ton roi
La plume de l'oiseau de feu.
Réponds-moi vite, malheureux !
Pardonne-moi, à l'avenir,
Plus jamais je n'oserai mentir.
Bon, laissons cela, pour cette fois.
Tu es pardonné par ton roi.
J'ai appris que, si tu le veux,
Ou bien, sur mon ordre tu peux,
Amener, si cela te plaît,
L'oiseau de feu en mon palais.
Que la foudre me détruise,
Si j'ai dit pareilles bêtises !
Dans trois semaines, il faut que j'aie
L'oiseau de feu en mon palais.
Sinon, par ma barbe, je te jure,
Je te ferai la vie dure !
Et maintenant quitte le palais
Disparais !
Manant !
Pleure maintenant !
Tu ne m'as pas écouté,
De là viennent tes difficultés.
Que dois-je faire, mon ami ?
Aide-moi, je t'en supplie !
Eh bien, pour te dire la vérité.
Je suis toujours prêt
À te rendre service
Pour t'éviter tous sévices.
Je te dirai simplement
Prends deux mesures de froment.
Il te faudra aussi pour le faire,
Du vin d'au delà les mers.
Dès le petit jour, le lendemain,
Nous partirons avec entrain.
Où Ivan est-il parti ?
Se promener, je te le dis.
Ce sera un fiasco, cette fois.
Il se fiche de toi, mon roi.
S'il ne me ramène que du vent,
Je le ferai écorcher vivant !
Je vais tendre cette corde.
Je ne ferais pas miséricorde.
Tu verras petit bossu,
Comme Ivan sera pendu.
Ivan va bientôt rentrer,
Je serai enfin vengé
Oh, le voilà déjà !
Cette face de rat !
À cette tête de cochon !
Qu'on serve du poison !
Qu'il disparaisse sous terre !
Que les vers mangent sa chair !
Te voilà, fais voir un peu,
Alors, où est l'oiseau de feu ?
Mon bon Roi, patiente un peu !
Si tu veux en croire tes yeux,
Ordonne que l'on ferme les huis.
Qu'il fasse aussi sombre que la nuit !
Hé, boyards, dépêchez vous !
Mettez fenêtres sous verrous !
Que de fous rires en cadeaux !
Retournez derrière les barreaux !
Comme je l'aime, mon petit Ivan,
Il me réjouit l'âme, tout le temps !
Je te nomme derechef,
Mon palefrenier en chef !
Tu n'auras pas toujours la chance
De te mettre ainsi en évidence !
De nouveau, un de ces jours,
Je te jouerai un mauvais tour !
Dans le grand pays allemand,
Il y a un bel océan.
Hélas, sur cet océan,
Ne voguent que des brigands.
Ceux qui y sont allés m'ont dit
Qu'une belle princesse y vit.
Le bruit court, partout sur Terre,
Que la lune serait sa mère,
Et son frère serait le soleil.
Cette jeune fille à la peau de miel...
De nouveau, un de ces jours,
Je te jouerai un mauvais tour !
BAINS
Frottons-le à tour de bras,
Massons-le de haut en bas,
Il se portera bien mieux !
Un, deux, arrose un peu !
Un, deux, il en sera heureux !
Que le roi, notre bon père,
Prenne son bain, sans s'en faire.
Il se portera bien mieux.
Un, deux, arrose-le un peu !
Un, deux, il en sera heureux !
Un, Deux, fouette-le un peu !
Un, deux, il en sera heureux !
Roi, Ivan, ce paresseux,
A juré, par les grands Dieux,
Qu'il connaît une jeune damoiselle,
De beaucoup encore plus belle...
Que ton bel oiseau de feu !
Il te l'amènera, si tu le veux !
D'une médisance,
Écoute, j'ai eu connaissance.
Juste à l'instant, avec prestance,
Tu te vantais à l'assistance,
De dénicher une jeune damoiselle,
D'entre les autres, la plus belle.
Ô Roi, c'est faux ce qu'on t'a raconté !
Crois-le, si cela peut t'amuser.
Méfies toi, écoute ce que dit ton Roi !
Dans trois semaines, il faut que je voie,
La princesse en mon palais !
Sinon je te ferai empaler !
Par ma barbe, je te jure,
Je te ferai la vie dure !
Dans ma belle tente de soie,
Toute tissée d'or et d'azur,
Ma chanson pleine d'émoi
S'envole dans le ciel pur.
Mon Roi, arrête de te languir.
Il vaudrait mieux réfléchir.
Que faire pour te débarrasser
De ce manant qui t'a dupé.
Beauté divine, soit ma reine,
Délivre-moi de mes peines !
Je perds complètement la raison.
Tu vois, je meurs de passion !
Depuis que j'ai vu tes yeux luire,
De la nuit, je ne puis dormir !
Dis-moi un mot de tendresse,
Et la noce sera pleine de liesse.
Et demain, ma chérie,
Je deviendrai ton mari.
Je ne t'épouserai point !
Je n'en vois nul besoin !
Je suis peut-être vieux,
Mais encore vert et audacieux.
Redeviens jeune et charmant,
Et je t'épouse immédiatement.
Aie pitié, jeune beauté !
Je ne puis me régénéré !
Toutes tes forces tu dois réunir,
Pour de nouveau rajeunir.
Écoute, tôt le matin, si tu veux
Fais allumer deux grands feux
Dans la cour de ton palais.
Que trois chaudrons soient apportés
Le premier doit contenir
Du lait entrain de bouillir
Dans le second fais verser
De l'eau chaude sans déborder
Dans le troisième, s'il te plaît
Fait verser de l'eau glacée
Pour être jeune et beau
Dévêtis-toi aussitôt
Plonge-toi dans le lait bouillant.
Puis dans l'eau qui l'est autant.
Ensuite dans l'eau glacée.
Pour finir tu devras plonger
Après avoir fait cet effort,
Tu redeviendras beau et fort.
Ne perds pas courage, ô mon Roi.
Qu'Ivan fasse l'essai pour toi
Des trois chaudrons chauds et froids.
Après, on verra, ma foi !
Demain, viens de bon matin.
Dans le jardin, tu prendras un bain,
Brave Ivan, de ton mieux tu feras.
Dans ces chaudrons, tu plongeras
Dans le lait pour commencer
Puis dans l'eau pour continuer
On n'y échaude que les gorets !
Les dindons, et les poulets !
Dans l'eau fraîche, cela me plairait,
Mais dans l'eau chaude, aucun attrait !
Comment, tu refuses, au cachot !
Mettez-le au pain sec et à l'eau !
En voilà des façons !
Tu te baigneras, polisson !
Et après, nous parlerons.
Fais-moi grâce de ton affection,
Pourquoi t'ai-je connu, mon bossu ?
Petit bossu, je suis perdu.
On va m'ébouillanter, pour de vrai,
Ne pleure pas, il faut lutter,
Je t'aiderai à vaincre les difficultés,
Je mourrai plutôt que de t'abandonner.
Dis au Roi, Votre Majesté,
Ordonner, s'il vous plaît
D'amener mon cheval petit bossu
Que je lui dise adieu si je ne vois plus
Je pense qu'il sera d'accord.
Maintenant, couche-toi, et dors.
Alors, déshabille-toi, Ivan,
De prendre ton bain, il est grand temps.
Mon bon roi miséricordieux,
Pour lui faire mes adieux,
Puis-je vous demander une entrevue
Avec mon ami, le petit cheval bossu.
Dans le lait, s'il ne cuit pas, crois-moi
Il sera à point dans l'eau, ma foi.
Qu'as-tu donc à hésiter ?
J'ai beaucoup trop patienté !
FIN
® Le 15/07/2014
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