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Ce film a été approuvé par la Guilde des Anges

le scénariste Todd Komarnicki

Tu ne réussiras pas à m'attraper, Walter !

le cinéaste Todd Komarnicki

Je suis si rapide. Je suis invisible.

Tu es plus rapide qu'un guépard, petit frère,

mais tu n'es pas invisible.

Et tu seras mon dîner.

Tu crois me voir, ça fait partie du sort.

MAISON DES BONHOEFFER

Je lui ai dit que j'étais invisible,

mais il ne m'a pas cru.

Il a raison.

Je te vois aussi.

Tu as taché ton short !

Vite, maman. Il me faut un autre sort.

Heureusement pour toi,

les fraises rendent invisibles.

- Vraiment ? - Oui.

Pouvoirs spéciaux.

- Avec une fraise ? - Invisibilité.

- Encore ? - Ça va marcher cette fois.

Dis-lui, maman.

Oui. Il faut attendre une minute.

Ouais, une minute.

- Bonjour, papa. - Bonjour, Dietrich.

- Walter ? - Oui ?

- Tu n'abandonnes pas ? - Jamais.

Exactement.

Tu ne l'attraperas jamais.

Je vais te trouver.

Trouvé !

Dietrich !

Salut, Walter.

Taisez-vous.

Il y avait un pont. Je vous le jure.

BAVIÈRE, ALLEMAGNE

Les ponts n'aiment pas les bombes.

Il y en a un autre à 80 kilomètres d'ici.

Pourquoi s'arrête-t-on en plein enfer ?

- Pour nous jeter dans le ravin. - Non.

Ce n'est pas ça.

Il y avait un pont.

On va quelque part.

Ils attendent les ordres.

Tant qu'on est dans ce bus, on est en sécurité.

En sécurité ?

Ça veut dire quoi ?

Il faut partir tout de suite.

Allez au nord.

Ce n'est pas un au revoir.

Tu as tout, Walter ?

Oui, maman.

Dont les brosses à dents dans mes chaussettes.

Ce qui m'en fait trois.

Ce sera pour le soldat dont la mère

est moins attentive.

Au moment opportun.

Tu reviendras en héros.

Ce pays t'en sera toujours reconnaissant.

Je crois que c'est plutôt calme sur le front.

Ne sois pas triste, Christel.

Susanne.

Klaus.

Sabine.

Dietrich.

Fais le plein de fraises, petit frère,

je serai là avant que tu ne trouves une cachette.

Walter !

Walter !

Reste !

Walter !

C'est son morceau préféré.

Ne t'arrête pas, chéri.

Il adorait ce morceau. Pourquoi t'es-tu arrêté ?

- Je ne le jouerai plus jamais. - Mais si.

Personne n'a écouté le morceau.

Ils s'en fichent.

Pas du tout.

Ils sont perdus dans leurs pensées à propos de Walter.

J'ignore quoi faire.

Walter m'a demandé,

s'il ne revenait pas de la guerre,

de te dire qu'il a souligné toutes les bonnes parties.

Walter avait besoin d'une fraise, maman.

Oui, mon chéri.

CASERNES SS

TOUT SERA TERMINÉ DANS 100 ANS

Près de cent ans.

Un siècle...

SÉMINAIRE DE L'UNION, NEW YORK, OCTOBRE 1930

... d'excellence et d'apprentissage

au service d'Unitas,

Veritas,

Caritas.

Cent ans.

Cette conférence dure depuis 100 ans.

En 1836,

les fondateurs de l'Union ont été

vivement impressionnés par les exigences

du monde à l'égard de l'Église

et ont forgé une nouvelle vision

de l'enseignement théologique ici même, à New York.

M. Bonhoeffer.

Je suis sûr que le théologien allemand

qui a envoyé son élève vedette de Berlin

ne voudrait pas qu'il gaspille son temps

en plaisanteries et bavardages.

Pardonnez-moi, professeur.

Ouais.

Il est tellement rasoir, il devrait se faire virer.

Si c'était un motif de renvoi suffisant,

ce séminaire aurait déjà périclité.

Je suis là depuis peu, mais je pourrais enseigner.

Quand on étudie la parole de si près,

on oublie qu'il y a un dieu derrière.

Pourquoi as-tu quitté l'Alabama ?

Pas pour l'Union, mais pour la ville qui l'abrite.

New York.

Toutes les églises n'ont pas un clocher.

Alors ?

Ravi de te voir.

Salut, quel plaisir de te voir.

Je prends la même chose.

Salut, chérie.

- Frank Fisher. - Ava.

- J'adore ta robe.

- J'ai déjà entendu cette réplique.

Qu'est-ce que c'est ?

Du jazz.

Je joue du piano depuis enfant,

mais c'est comme si je découvrais la musique.

Si tu sais jouer, monte !

Voyons ce que ça donne.

ÉGLISE BAPTISTE ABYSSINIENNE, HARLEM

C'est pourquoi Pinocchio est le meilleur

personnage de fiction jamais créé.

- Monsieur ? - Oui ?

Selon maman, c'est un cours de catéchisme.

Ça l'est.

L'école du dimanche.

On apprend chaque jour.

Je connais déjà la morale.

Ne mens pas ou ton nez grandira comme un serpent en bois.

Pas du tout.

La morale est qu'être un vrai garçon

est plus dur que d'être une marionnette.

Henry a raison.

C'est dur d'être un vrai garçon. De dire la vérité.

D'aimer. D'avoir de la compassion pour autrui.

C'est ça, être humain.

Quand on vit par amour,

on ne veut pas mentir.

On veut être vrai.

Et vos ficelles...

sont coupées.

Et on n'a pas de nez en bois non plus.

Oui, c'est un avantage de plus.

On finit encore plus tôt pour écouter la chorale ?

Allez, dites amen !

Amen !

Amen !

Ça fait trois mois que je viens

et cette église m'impressionne toujours.

Ça ne se passe pas comme ça à Berlin ?

Ni à Berlin, ni à Paris, ni nulle part en Europe.

Dieu nous a demandé de participer à une fête.

De vivre en communion.

D'aimer.

Et parfois, l'amour fait du bruit.

Surtout ici, à Harlem.

Où as-tu rencontré le Seigneur ?

Rencontré ?

Je ne comprends pas.

Je vais te dire où j'étais.

Je jouais aux dés dans la rue à Cabin Creek,

en Virginie occidentale.

Je me faisais plumer comme un poulet.

À minuit, j'avais perdu cent dollars.

Il ne me restait qu'à m'enfuir pour échapper à la prison.

Alors, je suis parti en courant,

mais je me suis retrouvé devant une tente baptiste.

Sais-tu qui m'attendait dedans ?

Le Seigneur.

Il se trouvait sur le visage de chaque chanteur de gospel.

Dans les paroles bien senties de ce prédicateur itinérant.

Dans les mains aimantes

de cette grand-mère qui m'a conduit à ma chaise.

Mais aussi dans les âmes brisées de tous les menteurs,

tricheurs et pécheurs dans cette tente bénie.

Car Jésus...

était avec les siens.

Comme il l'a promis.

Il remplissait cet endroit,

au point de déchirer les coutures de cette tente.

Et depuis, il me comble.

Voilà ce que je veux.

C'est simple.

Goûte.

Et tu verras qu'Il est bon.

Je le sais.

Mais sais-tu à quel point ?

Un homme peut passer sa vie

à dire que Dieu est bon

et ne jamais Lui demander de révéler l'ampleur de sa gloire.

Alléluia !

Mais l'Alléluia ne va pas faire tout le travail

et il y a encore beaucoup à faire.

Amen.

As-tu vu le drapeau noir accroché au bâtiment ?

- Oui. - C'est pour Thomas Shipp.

Un innocent lynché il y a trois jours dans l'Indiana.

Nos âmes sont libres,

mais nous recherchons une autre liberté.

Un droit donné par Dieu

que les hommes nous ont retiré.

Je suis

tellement désolé.

Tu n'as pas à être désolé.

Tu dois le dire au monde entier.

Tu pensais qu'on t'avait invité pour te montrer où bien manger ?

Emmenons-le en Caroline du Sud

et voyons s'il veut rester avec nous.

Et pourquoi au sud de la 110e rue ?

Le paradis des Noirs.

Quelle excellente idée !

Frank, et si tu l'emmenais ?

Jusqu'où ?

Jusqu'à Washington.

Il verra la statue de Lincoln et celle de l'homme blanc,

et laquelle est la plus éloquente.

Encore gagné !

Am stram gram.

Tu es fichu.

Notre amitié n'est pas aussi bizarre que tu l'avais prédit.

On n'a encore rien demandé.

Réserve une chambre, paie et reviens.

Bonsoir.

Une chambre, juste pour une nuit.

Ça fera deux dollars.

Deux dollars.

C'est correct.

C'est ce qu'on verra.

On est complet.

- Au revoir.

- Mon ami vient de réserver une chambre.

Il a payé deux dollars et m'a invité à venir.

Ouah. Monsieur...

Qui voudrait être ami avec une face de goudron ?

C'est mon ami.

J'ai une clé.

Si j'en crois cette croix,

vous êtes mon frère selon Jésus.

Tout comme mon ami Frank.

L'amour du Seigneur nous unit.

J'ai payé pour la nuit,

et mon ami et moi resterons dans...

Comment osez-vous ?

Vous avez perturbé ma soirée tranquille

avec votre violence.

Le prochain goûtera à mon fusil.

Ralentis, Dietrich. Où vas-tu comme ça ?

- J'aurais dû arracher cette croix.

- Calme-toi.

Rien ne sert de s'énerver.

Dietrich, attends !

De combien de fous dois-je te sauver ?

Il y a toujours une auberge.

- Je le sais. - Écoute-moi.

Parfois, il n'y a qu'une crèche.

J'ai tellement honte.

Je t'ai mis en danger.

J'y suis confronté chaque jour.

Je voulais tellement que ça marche.

Ce n'est pas grave.

Je n'ai pu pas lever la main sur un autre homme.

Cette haine...

nécessite quelque chose de plus fort qu'un coup de poing.

Parfois, un coup de poing suffit.

Et parfois, c'est aussi inutile que de cracher dans le vent.

Il n'y a rien de tel en Allemagne,

nous avons de la chance.

Mon frère, la haine se décline dans toutes les couleurs.

Tes yeux n'ont pas encore été ouverts.

Nous déplaisons particulièrement à nos hôtes, M. Bonhoeffer.

Je ne vous connais pas.

Le Dr Sigmund Rascher,

l'ex-scientifique préféré du Führer.

Et vous êtes Dietrich Bonhoeffer,

le pasteur qui a oublié d'aimer son ennemi.

Oui. Je sais pourquoi je suis ici.

Mais vous...

Vous étiez son enfant adoré.

Le Führer m'a chargé d'étudier les derniers instants des Juifs.

Faire le choix d'arrêter un cœur.

C'est ma plus grande réussite.

Car qu'est-ce qu'une vie si nous n'en comprenons pas la fin ?

Hélas, la jalousie de mon Führer était incurable.

La jalousie.

J'ai commis l'erreur fatale de ne pas prétendre qu'il était

plus intelligent que moi.

Pour tout mon travail,

j'obtiens une trappe et un bout de corde.

Comme nous tous.

Je devrais recevoir une couronne...

un jour.

Notre saison est passée,

mais elle reviendra.

Votre saison...

a pris fin il y a longtemps.

La lumière

est venue dans le monde

et les ténèbres ne l'ont pas vaincue.

Regardez autour de vous.

Vous voyez de la lumière ?

Vous pouvez applaudir.

Cette musique est...

Ça s'appelle du jazz.

Chaque note réinvente vos oreilles.

Ravie de te voir, cher frère. C'était vide sans toi.

Avant de monter, dis-nous

une chose surprenante en Amérique.

D'accord.

C'est ça.

Dans l'Église allemande, je me dirigeais vers une impasse.

Papa, tu m'écoutes ?

Oui.

Je veux arrêter la théologie.

Dieu merci.

Ton esprit aiguisé est trop bien pour l'Église.

À Harlem, j'ai enfin vu la vraie

foi au lieu d'une religion morte.

Je compte l'enseigner à l'Église allemande.

L'Église ?

Tu viens de dire que tu arrêtait tout.

Oui. L'Église devrait faire de même.

Ça me plaît. Tu es toujours aussi arrogant.

Faire la leçon à l'Église ?

Des instructions ne leur feraient pas de mal.

Karl.

L'arrivée des nazis au pouvoir angoisse les gens.

Les nazis ?

Ils ont obtenu quoi ? Dix-huit pour cent en 1930 ?

C'était un mirage.

Cette année, le mirage va doubler.

Je n'en crois rien.

Tu n'as pas vu Hitler utiliser

le traité de Versailles comme arme personnelle.

Tous les malheurs survenus en Allemagne

ont été imputés aux Juifs et aux communistes.

Et le peuple affamé y a cru.

Impossible que cette grande gueule autrichienne ait trompé

assez d'Allemands.

Il lui suffit de tromper ceux qui votent.

Mais il est tout seul.

S'il gagne cette fois,

nous voterons contre lui la prochaine fois.

Comme avec Ebert et Simons.

Ta mère croit encore à la sagesse des gens.

Et les tyrans gagnent.

C'est ma faute si Hitler sera chancelier ?

Les choses ont changé, Paula.

Le peuple est en colère,

et devient la proie de ce nationalisme

et de cette paranoïa.

Les nazis s'en servent.

Ils se sont battus méthodiquement

pour chaque élection, chaque hameau,

nous arrachant le pays des mains peu à peu.

Et l'Église a sa part de responsabilité.

Oui.

Hitler et Müller, son nouvel évêque,

l'appellent l'église du Troisième Reich.

Il ne peut pas renommer l'Église.

Il l'a déjà fait, Dietrich.

J'ai appris que les nazis comptent

se débarrasser des gens atteints de handicap mental.

Papa, c'est impossible.

Ce que vous dites est cauchemardesque.

La rumeur et la rage ne peuvent pas l'emporter.

Je crains que si.

Ne fume pas au lit.

Enfant, je volais les cigarettes

de papa et je faisais semblant de fumer.

Moi aussi.

Je crachotais direct.

On s'est amélioré.

Tu te souviens ? On s'allongeait ici

en fixant le plafond et on appelait Walter au ciel.

Oui.

Tous les soirs pendant des années.

Éternité.

Éternité.

Comme une chanson.

Une invitation.

Éternité.

Ça n'a jamais marché.

- Pour moi, oui. Une fois. - Tu me l'as jamais dit.

Ça t'aurait vexé.

Il portait son uniforme.

Il marchait vers un parasol.

Sur une plage.

- Il a retiré son chapeau. - Et l'a laissé dans le sable.

- Il a continué à marcher. - Vers la mer.

C'est vrai ce qu'on dit sur les jumeaux.

Alors tu as peur aussi.

Oui.

Mais j'ignore pourquoi.

Quelque chose se prépare.

Quelque chose d'inévitable.

Rien n'est inévitable.

Éternité.

Éternité.

Éternité.

Éternité.

Éternité.

Éternité.

Éternité.

Éternité.

Éternité.

Éternité.

Éternité.

Éternité.

Walter.

Pourquoi ?

Sabine.

Je n'y arriverai pas seul.

SEIGNEUR, QUI SUIS-JE ?

Enfin, mes amis,

nous savons qui nous sommes.

Depuis combien de temps attendons-nous

d'entendre battre le cœur de l'Allemagne à nouveau ?

Nous avons enfin lu ce qui est écrit sur les murs

de l'âme de ce pays

et les mots sont les suivants :

Le chancelier Adolf Hitler !

Dieu a envoyé un prophète en Allemagne.

Et plus que ça.

Un véritable sauveur !

C'est un blasphème. Seul le Christ est un sauveur.

Chaque nouveauté a besoin d'un peu de temps.

Il célèbre un homme dans la maison de Dieu.

C'est inacceptable.

Pour relever les grands défis auquel

notre peuple est confronté.

Combiner notre pouvoir commun afin d'y parvenir ensemble.

D'accord, tu n'aimes pas Hitler et tu n'es pas le seul,

mais ne te fais pas remarquer...

Ils font d'Hitler une idole en ces murs.

Tu exagères, Dietrich.

Tu as été absent longtemps.

- Cet homme a construit... - Quoi ?

Un clergé aveuglé par...

Je ne sais quoi.

Cet homme manque de moralité et de charisme.

Il a capté l'imagination du pays.

Nos églises sont plus pleines que jamais.

Peu importe la quantité, c'est la qualité qui compte.

Conduire cet homme au pouvoir aura un prix terrible.

Non.

Pour nous deux

et pour les Juifs, qu'il vise agressivement.

Oui, Hitler réglera la question juive aussi.

Pourquoi faut-il qu'il y ait une question juive ?

C'est notre cathédrale nationale.

Dietrich, nous avons depuis longtemps pour principe

de ne pas nous mêler de politique.

Écoute ces applaudissements.

C'est trop tard.

Et si je parlais à Hitler ?

Nous avons participé à la Grande Guerre. Il pourrait écouter.

Alors dis-lui que l'Église n'appartient

à personne d'autre que Dieu.

Pas besoin de se battre pour tout.

Ton cœur va plus vite que ton esprit.

Oui, la vitesse compte.

Si on ne dit rien, les Allemands penseront

que tout le clergé est d'accord avec l’évêque Müller.

Jacobi m'a invité à l'église du souvenir bientôt.

- C'est l'occasion parfaite pour...

- Écoute-moi bien.

Tout le monde sera là, dont moi, ton supérieur.

Rappelle-toi les paroles de William Shakespeare.

“La discrétion est la meilleure partie de la vaillance.”

Je préfère les paroles d'un écrivain juif, Paul.

“Dieu ne nous a pas donné un esprit de crainte.”

Si tu ne crains pas Dieu, tu devrais craindre ton évêque.

Les cerfs-volants sont inutiles. Tous ces efforts pour rien.

L'idée est d'inciter les gens à lever les yeux.

Tu es un optimiste, fils.

Tout pointe toujours vers le ciel.

Si je me promène, c'est pour éviter de donner des conseils.

Désolé.

- Je trouverai une solution. - C'est sûrement déjà le cas.

Je cherche la permission d'être courageux.

Tu n'as besoin de la permission de personne.

Tu l'es déjà.

Merci.

Tu me remercieras après.

Après ?

Après avoir fait ce qui te demande tant de courage.

Ils ne vont pas te manger. Du moins, pas avant le sermon.

“Malheur à vous, hypocrites !

Vous, sépulcres blanchis,

beaux au dehors,

mais pleins d'ossements de morts au dedans.

Vous, serpents,

bande de vipères.

Comment échapperez-vous à la damnation ?”

Ces propos violents ne sont pas de moi.

Ils viennent de la bouche

de notre Seigneur.

Et Ses paroles les plus dures n'étaient

pas destinées aux pécheurs,

mais toujours réservées

aux “religieux”.

Car personne dans toute l'histoire

n'a jamais détesté plus la religion que Jésus.

Il n'a jamais voulu de notre religion.

Il ne voulait qu'une chose.

Nous.

Qui nous sommes.

Mais nous, l'Église allemande,

sommes sur le point de nous donner à un autre.

De choisir des bancs pleins plutôt que des cœurs pleins.

L'église devrait être un lieu de refuge,

un sanctuaire,

et non un lieu de pouvoir.

L'Église allemande doit

s'appuyer sur la seule parole de Dieu.

Et non sur la parole d'un homme.

Et surtout pas celle d'un Führer.

Merci d’ouvrir l'évangile selon Matthieu, chapitre cinq.

Cela faisait longtemps que cette église

n'avait pas prêché la vérité.

Merci.

Vous devriez prêcher chaque dimanche.

Otto reviendrait à l'église.

Ça a été un privilège.

Mais bien sûr.

Quel gâchis !

Tu as l'attention des gens maintenant.

C'est peut-être tout ce que tu voulais.

Désolé...

La vérité ne s'excuse pas d'être vraie.

Et elle sépare le bon grain de l'ivraie.

Tu ne peux plus revenir en arrière.

Attention, ton statut a changé.

Je suis fière de toi.

- Bravo. C'était génial. - Merci.

Maman. Papa.

Il fallait du cran.

Et tu en as eu.

C'était génial.

Mais chaque phrase a dessiné une cible sur ton torse.

C'est mieux qu'une croix gammée.

Pourquoi une cible ?

Il y avait peu de monde.

Avec un tel message,

ce qui compte est qui était là, pas la taille du public.

HEURE APRÈS HEURE

LA FOULE AFFLUE DANS LE GIGANTESQUE

STADE DE LA CAPITALE DU REICH

PALAIS DES SPORTS

Les membres de l'Église du Reich

exigent l'arrêt immédiat de l'édition

et de la diffusion de la Bible juive en Allemagne.

Sur ordre du Führer !

Mon Führer !

Le Christ de la nouvelle Bible allemande

sera aryen,

sans racines ni faiblesses juives.

L'église doit se débarrasser de tous les crucifix, bibles

et images des saints,

et les remplacer

par les paroles glorieuses de notre leader.

Et tout doit être surmonté par le seul symbole invincible,

la croix gammée.

Matthias ?

Matthias !

Matthias !

Matthias !

Je t'ai reconnu sous ton déguisement.

Rudolph, le carnaval est fini.

Que se passe-t-il ?

Le catéchisme commence dans cinq minutes.

Wilhelm !

Heinrich, regarde-moi.

C'est de la folie, pas une blague.

- Ne me touchez pas. - Vous n'avez encore rien vu.

- Ce sont des enfants. - Rentrez, pasteur.

Ils font partie de la jeunesse hitlérienne.

Un problème, Max ?

On dirait que ce pasteur a perdu son troupeau.

Écoute-moi.

Ils font partie de la jeunesse hitlérienne ?

Bientôt, le pays entier sera peint en noir.

Que pouvons-nous faire ? Il faut agir.

Nous ?

Toi.

Assieds-toi.

Depuis dimanche, mes moindres faits et gestes sont épiés.

Il faut quelqu'un de jeune qui a déjà revendiqué la vérité.

Personne ne veut me parler depuis mon dernier sermon.

Ton sermon a provoqué la colère des nazis,

mais aussi galvanisé plusieurs séminaristes

et des gens qui ne vont jamais à l'église.

Bien. Il y a plus que la vie de l'église en danger.

C'est un coup de poignard dans le cœur du pays.

Le courage est une denrée rare, Dietrich.

Surtout quand on en a besoin.

Es-tu prêt à t'impliquer pour la cause ?

Je suis prêt à tout.

Je te demande de sauver l'Église allemande.

Pour la sauver, il faut la démanteler.

Tu pars en Angleterre en tant qu'espion.

L'évêque Bell t'attend là-bas.

Ta mission est simple.

Dis-lui la vérité pour la libérer.

Si la rivière monte, il y aura un second baptême.

ANGLETERRE

Ça fait un mois qu'il n'a pas plu dans la région.

Ne ratez pas Noé.

Merci de me recevoir.

Je sais que je suis trop jeune pour être un messager.

David était un adolescent.

Et Moïse, un vieil homme.

Dieu appelle quand il appelle.

À quoi sert l'Église si elle ne protège

pas les victimes de l'État ?

Pour ceux qui n'ont aucune voix. Les Juifs.

Les Juifs ?

Les Juifs sont persécutés. Nous devons agir.

Rien ne prouve que ce problème existe.

Et si c'était de la propagande juive ?

J'ai vu les étoiles jaunes et la violence dans les rues.

Hitler les a exclus de la société.

Ils sont apatrides.

Sans protection.

Alors regardez-moi dans les yeux et traitez-moi de propagande.

Je suis venu en secret pour vous dire

que la véritable Église allemande n'a d'autre choix

que de rompre avec la fausse Église des nazis,

leur Église du Reich.

Le monde doit savoir ce que les nazis font aux Juifs.

Et si l'Église ne s'exprime pas maintenant,

nous perdrons notre voix durant 100 ans.

C'est un problème allemand, pas un problème international.

Hitler a pris l'Allemagne sans une seule balle.

Devra-t-il vous tirer dessus ?

Vous parlez de balles au lieu de parler de diplomatie.

L'Église doit susciter la paix, pacifiquement.

- Silencieusement, plutôt. - S'il le faut.

Rester silencieux face au mal est tout aussi néfaste.

Ne pas parler est parler.

Ne pas agir est agir.

Je suis d'accord.

Hitler est une menace pour l'humanité.

L'Église

devrait être la première à l'annoncer.

Pas la dernière.

Dietrich va parler et le scribe va écrire.

Si vous n'avez rien à ajouter,

nous devrions tous garder le silence.

Nous, l'Église confessante d'Allemagne,

rejetons les fausses doctrines de l'Église du Reich.

Nous déclarons que l'Église n'appartient à aucun homme

et qu'elle est placée sous l'autorité de Dieu seul.

“L'Église existe pour ses membres,

mais surtout, pour les non-membres.”

“Dieu appelle l'Église

à être la conscience de l'État

et là où il y a des victimes, à panser leurs plaies.”

J'espère que le gel ne punira pas mes poiriers.

Écoute ça, Clemmie.

“Et si l'État fait du tort et opprime,

en Allemagne, les Juifs,

alors l'Église doit s'opposer à l'État,

et mettre un bâton dans la roue

de l'État jusqu'à ce qu'elle s'arrête.”

M. Bonhoeffer a fait ce que l'Angleterre craint de faire.

C'est-à-dire ?

Déclarer la guerre à Hitler.

AÉROPORT DE BERLIN

- Dietrich Bonhoeffer ? - Qui êtes-vous ?

Vous ne pouvez pas m'enlever. Je suis allemand.

Tournez-vous.

Nous avons appris votre arrivée de Belfast.

Vous n'êtes plus en sécurité ici.

Nous non plus.

Personne.

SÉMINAIRE DE FINKENWALDE

Je pensais être rejeté par tout le clergé.

Par l'Église du Reich oui,

mais pas par l'Église confessante.

Et j'ai beaucoup à confesser.

J'avais tout faux, Dietrich.

Peux-tu...

Peux-tu me pardonner ?

Bien sûr.

Viens.

C'est courageux d'affronter l'obscurité comme tu l'as fait.

J'étais trop occupé à fermer les yeux

et à me boucher les oreilles.

L'Église que tu as essayé de sauver

était devenue une religion sans Christ.

Il faut le Christ sans la religion.

Mon père disait toujours :

“Quand tu montes dans le mauvais train,

rien ne sert de courir dans l'autre sens.”

Il a raison.

Tu peux aussi sauter du train et recommencer de zéro.

Nous avons fait venir les meilleurs

séminaristes allemands.

Et nous avons le meilleur enseignant.

- Ravi que ce soit toi. - Non, c'est toi.

Tu as été appelé pour un moment comme celui-ci, Dietrich.

Voici la nouvelle Bible nazie. Regarde.

Jésus est aryen.

Et il y a maintenant 12 commandements.

“Honorez votre Führer et maître.

Gardez le sang pur et votre honneur sacré.”

Il n'y a rien de plus impie.

Je dois prêcher à Berlin le dimanche,

je ne peux pas me cacher.

Ou ils me chercheront et découvriront tout.

Je suis jeune aussi.

Que puis-je leur enseigner ?

Ton cœur.

- Mon cœur ? - Oui.

Mon cœur est brisé.

Alors, enseigne ça.

Cette échappatoire n'est pas spirituelle, mais littérale.

Ils ont tous été appelés à rejoindre le front.

Tu nous as fait venir ici pour nous protéger.

- C'est une prison. - Non.

C'est d'ici qu'on lancera notre attaque.

Pasteur Bonhoeffer !

Je m'appelle Eberhard Bethge,

l'un des 23 étudiants choisis, excommuniés,

par l'Église allemande et M. Müller.

C'est un honneur de vous avoir.

Passons à la première leçon.

Prêt ?

Ne perdez pas le ballon !

Mon nouvel ami Eberhart vient de m'informer

qu'il connaît l'Agnus Dei de Gumpelzhaimer

et quelques œuvres choisies de Heinrich Schütz,

ce qui me semble être une sorte de punition.

Qu'allez-vous jouer alors ?

Une soirée aussi belle nécessite de la musique gospel pure.

Du gospel ?

Taisez-vous.

Et contentez-vous d'écouter.

Seigneur.

Ramène-moi à la maison.

Seigneur,

je suis prêt

à voir Walter.

Et à Te voir.

Ramène-moi.

Ramène-moi.

Ramène-moi.

Dietrich ! Par ici !

Dietrich ! Viens !

Par ici.

Vérifiez les verrous.

Gunther, libère les autres.

Vérifie les verrous. Libère les autres.

Attention !

Restez groupés. Attention aux gardes.

Faut-il s'échapper ?

Ils nous abattront au village suivant.

- On ne peut pas s'échapper. - Alors on attend notre mort ?

On fait quoi ?

On attend.

On prie.

On agit.

Non !

Non !

Haut les mains !

LES JUIFS ATTAQUÉS DANS TOUTE L'ALLEMAGNE

Dietrich !

C'était il y a trois jours.

C'est pourquoi l'évêque Bell l'a envoyé par courrier secret.

Les journaux allemands n'en parlent pas.

Je pars pour Berlin.

C'est de la folie. Tu seras arrêté.

Je ne peux pas continuer à prétendre

que prier et enseigner suffit.

Sortez vos papiers !

C'est la seule route pour Berlin.

Trouvons un autre chemin.

On n'a pas toute la nuit, allez !

La Gestapo est là aujourd'hui.

Veillez à les accueillir.

Donnez-leur un livret.

Ou peut-être qu'ils ne connaissent

plus que leurs chansons.

Nos amis en uniforme sont des fidèles, mais pas du même Dieu.

Cela fait des années qu'ils disent que ce pays est infesté.

Et je suis enfin d'accord.

Mais cette infestation vient de l'intérieur,

et non pas des Juifs, nos frères spirituels,

envers lesquels nous avons une dette éternelle,

mais de ceux qui se croient supérieurs à Dieu.

Regardez-moi.

Ayez le courage de me regarder.

Dites à votre Führer qu'il n'est pas plus grand que Dieu,

et que pour s'être approprié son trône,

un châtiment qui dépasse son entendement l'attend.

Ceci n'est pas votre maison !

Je suis votre pasteur depuis près de 13 ans

et je dois mener ce troupeau.

Mais j'ai échoué.

Car quand les nazis s'en sont pris aux socialistes,

je n'ai rien dit, car je n'étais pas socialiste.

Quand ils s'en sont pris aux syndicalistes, je n'ai rien dit,

car je n'en suis pas un.

Puis ils s'en sont pris aux Juifs.

Et je n'ai rien dit.

Pas assez tôt, car je ne suis pas juif.

Quand ils frapperont à ma porte,

restera-t-il quelqu'un pour me défendre ?

Tu es fou d'être venu.

Mais je suis content que tu l'aies fait.

Tout a changé.

Après ce qu'ils appellent la Nuit de cristal.

J'ai encore besoin de toi. Je crois qu'aujourd'hui,

c'était mon dernier sermon.

Mais tu as enfin dit en public ce dont on a parlé en privé.

Tu leur as dit leurs quatre vérités.

C'était courageux et magnifique.

Tout va bien.

Papa va devoir partir pendant quelques temps.

Je suis vraiment désolé, Jan,

mais je dois partir.

Non. Reste.

- Je veux que tu restes. - Moi aussi.

Mon chéri. Mon fils adoré.

Papa, reste, s'il te plaît.

S'il te plaît.

Je vais rester, mais je serai là.

Pour toujours.

Pour toujours.

S'il te plaît.

C'est moi que vous cherchez. Laissez-les.

Nous prenons et laissons qui et ce que nous voulons.

Vous avez déjà volé ce pays.

Que voulez-vous d'autre ?

Ceci n'est pas votre maison.

Emmenez-le.

- Martin ! - Non !

Non !

Dietrich.

Non !

Fouillez partout, puis brûlez tout.

Non !

Non !

Laissez-les !

Arrêtez !

C'est ainsi que ma mère préparait les spätzle.

Tu devrais écrire tes propres recettes.

- Dis-lui, chéri. - C'est vrai.

Dietrich ! Que s'est-il passé ?

Dietrich, est-ce que ça va ?

Ça va ?

Christel, aide-le !

C'est écrit quoi, Hans ?

Ils doivent rester chez eux.

Paula, plus de gaze, s'il te plaît.

Notre maison est une prison.

Ils ont fait de ce pays une prison.

Nous avons des nouvelles.

Le séminaire a été détruit.

Les étudiants ont dû revêtir un uniforme.

Pour aller dans l'armée ou les camps.

- Dietrich sera anéanti.

- Il a de la chance d'être en vie.

S'il était resté, ils l'auraient exécuté devant ses élèves.

Dietrich.

Le séminaire est détruit.

Tout ce que j'ai fait au nom de Dieu...

a été détruit.

Vivre, c'est perdre.

Et construire encore.

Tout dans le monde a été construit sur ce qui a précédé.

Les disciples se sont tous dispersés

après l'arrestation de Jésus.

Maintenant, je comprends pourquoi.

Ils se sont dispersés vendredi, oui.

Mais dès dimanche, ils étaient en passe de changer le monde.

Hans. Papa a dit que tu voulais discuter.

Je t'écoute.

En tant que taupe au sein de l'Abwehr, je sais de source sûre

qu'ils veulent exterminer les Juifs.

Les nazis ont créé des camps de concentration

pour qu'ils meurent de maladie, de faim et de travaux forcés.

Dachau.

Buchenwald, Flossenbürg, Ravensbrück.

L'évêque Niemöller se trouve dans un camp

de concentration à Sachsenhausen.

L'Abwehr est le service de renseignement

du ministère de la défense.

Hitler a créé la Gestapo pour en faire son jouet.

L'Abwehr agit indépendamment du Führer.

Hitler emprisonnera ou enverra au front les pasteurs

qui ne se soumettront pas.

- On peut faire quelque chose ? - Oui.

Dietrich, quand j'aurai prononcé ces mots,

ta vie changera à jamais.

- Même si tu refuses. - Oui. Parle.

Ce n'est pas comme tu as proposé

de la théologie au lieu de l'action.

“Vous, les chrétiens, ne vous mouillez jamais.”

J'ai toujours détesté entendre ça.

- Tu devras te salir les mains. - Je n'ai rien d'autre à offrir.

Nous avons conçu un complot pour assassiner le Führer.

Hans,

tu parles à des pasteurs, pas à des tueurs.

Dietrich ?

Dis-lui.

Je suis là, Hans.

Je suis prêt.

Dietrich, tu es un pacifiste avéré.

David était berger quand il a tué Goliath.

La volonté de Dieu est que les hommes

vainquent leurs ennemis en les aimant.

- Qui a écrit cette promesse vide ?

- Moi. Et j'avais raison.

Avant Hitler.

Hitler est-il le premier tyran ?

Non.

C'est le premier que je peux arrêter.

Que dois-je faire ?

- Dieu nous pardonnera-t-il cet acte ?

- Et de n'avoir rien fait ?

Pour détruire le Führer,

tu dois d'abord prêter allégeance

au Führer.

J'ai mis deux ans pour m'intégrer à l'Abwehr.

Si tu veux aider, c'est notre dernière chance.

Sinon, reste chez toi ou sois envoyé au front

et bats-toi pour lui, et non contre lui.

Parfois, le seul moyen de vaincre un menteur né

est de mentir mieux que lui.

QUARTIER GÉNÉRAL DE L'ABWEHR

Aimez-vous les Juifs plus que les Allemands ?

Ce n'est pas une question difficile.

Vous aimez soit les Juifs, soit la patrie.

La patrie.

Je suis intéressé par la réponse de votre nouvelle recrue

qui s'est affiché avec Niemöller pour l'Église confessante.

Je suis venu me confesser.

Je ne voyais pas ce que les autres voyaient.

C'est-à-dire, M. Bonhoeffer ?

Qu'il était temps pour le monde entier

de s'incliner devant l'Allemagne.

Heil Hitler !

Le seul problème, M. Bonhoeffer, est que je ne vous crois pas.

Rendez-moi un petit service

et je n'ordonnerai pas votre exécution immédiate.

Vous rendre service est un honneur.

La neutralité de la Suisse pose problème.

Et comme il s'agit d'un voisin, c'est le pire des problèmes.

Emmenez sept Juifs en Suisse

et veillez à ce qu'ils transmettent un message.

Celui du Führer.

“Les prisonniers diront aux fonctionnaires suisses

que les nazis les ont traités en invités.

Qu'ils se sont sentis protégés.”

“Les Allemands ont créé des camps humanitaires

pour protéger les Juifs de la folie de la guerre.”

J'ai dû tout mémoriser.

Les mots ne sont plus des mots.

Ce sont des cordes, des balles et des couteaux.

Je suis Hans. Voici mon beau-frère, Dietrich.

Je suis pasteur.

J'aime le Dieu de vos pères, d'Abraham, d'Isaac et de Jacob.

Ils seraient dans des chambres à gaz

avec des chrétiens comme vous.

Si vous parliez à d'autre membres de mon église,

vous auriez raison.

Après la frontière, vous serez libres.

Libres ? Ça veut dire quoi ?

Ton nom ?

Bande d'animaux, vous avez volé mon nom.

Vous l'avez barré à l'encre sous ma peau.

Il ne me reste qu'un son dans la tête.

S'il te plaît, dis-moi ton nom.

Je m'appelle Dietrich Bonhoeffer.

C'est mon nom.

C'est qui je suis.

Qui es-tu ?

Kiefer est le nom de mon père.

Ma mère m'a appelé Moshe.

C'est un honneur de te rencontrer, Moshe.

Vous êtes là pour raconter aux Suisses ce que fait Hitler.

Nous avons des contacts à Genève

qui vous aideront à votre arrivée.

Je ne vous crois pas.

Je comprends.

Mais il faut que tu y croies, Moshe.

Pour le voir.

Par décret du Führer,

en accord avec le Président Etter.

Oui.

On vous attendait.

Selon cet accord, ces hommes seront libres en Suisse.

Vraiment ?

Une voiture les emmènera à Genève

où ils pourront se reposer.

Nous aidons notre voisin avec plaisir.

Mais des Juifs ?

Vous n'avez rien de mieux à offrir ?

Vous préférez une invasion ?

Les Français ont accepté.

Hans. La boîte blanche. Maintenant.

Vous pensez régner sur le monde.

Vous ne pouvez rien contre un pays neutre

sans impliquer l'Angleterre, voire les États-Unis.

Dehors.

Sept Juifs.

Ça doit faire dans les 100 000 marks.

Il n'y a pas que le chocolat et les montres qui rapportent.

Visiblement, la neutralité est lucrative.

Maintenant...

la Suisse accueille les Juifs.

Vous avez à boire ?

Il faut fêter ça.

Pourquoi pas ?

Où as-tu trouvé l'argent ?

Nos amis en Suède et en Irlande.

Nous ne sommes pas seuls.

Hans.

Nous avons sauvé sept vies.

Il en reste des millions.

Mais c'est un beau début.

Que personne ne bouge !

Levez les mains !

- Levez les mains ! - Vous aussi, M. Bonhoeffer.

Dietrich, s'il te plaît. Lève les mains.

J'en ai marre de lever le bras pour Hitler et ses disciples.

S'il veut m'abattre...

libre à lui.

Il veut tous nous abattre. Ne lui donne pas la permission.

La guerre est finie.

La guerre est finie.

Vous avez entendu les avions.

Vous vous êtes caché.

Comme nous.

Nous sommes tous Allemands.

Ne faites pas ça.

Je vous pardonne.

Quoi que vous fassiez.

Comment osez-vous ?

Me pardonner ?

Comment oses-tu, connard ?

Pourquoi m'écarter au moment décisif ?

Tu es plus utile vivant que mort.

Ton charisme sera utile en Amérique.

Embraser Berlin ne sert à rien. Et tu reviendras.

Dietrich.

Vous voulez que je parte alors qu'on a besoin de moi !

Les nazis tracent l'argent donné aux Suisses.

Ils trouveront tes empreintes !

Vraiment ?

L'Abwehr est sur le pied de guerre,

ils finiront par trouver.

C'est ta dernière chance.

Saisis-la.

Je t'en supplie.

Je t'en supplie.

Tu t'appelleras Elgin Beckenbauer.

Hitler va visiter l'armurerie de Zeughaus

et Rudy lui servira de guide.

Tu auras un flacon dans chaque poche.

Une fois cassés,

tu auras dix minutes avant la détonation.

Il n'y a pas de retour en arrière.

Pour Rudy, mais aussi, pour nous tous dans la Résistance.

Je suis honoré.

Je mourrais deux fois pour mon pays.

Je m'exprimerai jusqu'à

ce que le monde sache pourquoi on l'a fait.

Pasteur Bonhoeffer, pouvez-vous prier ?

Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob,

merci pour Ton fidèle serviteur, Rudolf-Christopher.

Et même si ce que nous sommes sur le point d'entreprendre

semble étrange, c'est aussi ce que tu nous as appelés à faire.

Alors, guide nos mains.

Guide nos mains tremblantes.

Frank.

Tu es rentré, enfin.

Laisse ta valise et faisons un tour en ville.

J'ai un truc à faire avant.

Et j'ai besoin de toute ton attention.

Viens.

Allez !

Je ne suis pas venu pour te voir hésiter.

Il y a neuf ans,

j'ai appris dans ce bâtiment

que la foi sans agir

n'est pas de la foi.

Et je suis revenu...

pour dire à tous ceux qui voudront bien m'écouter,

que le moment de sauver les Juifs d'Europe

et de mettre fin à la folie d'un homme

qui a osé se prendre pour un dieu

est arrivé.

Mais comment ?

Comment agir

face à une telle terreur,

un tel désespoir ?

Car tout ce que notre Sauveur a demandé à Pierre,

a été “Suis-moi.”

Deux mots.

Mais où le Christ nous invite-t-il à le suivre ?

Et pouvons-nous mettre de côté tous nos projets

et faire ce qu'il dit ?

Car lorsque le Christ appelle un homme, il l'invite.

“Viens

et meurs.”

Nous avons saisi plus d'un millier

de mitrailleuses en France.

Les Jeep abandonnées par les Belges.

Et un nombre incalculable de tanks T-26,

suite à la chute de Kharkiv.

C'est votre butin de plus d'une douzaine de pays,

mis à genoux par votre seule force.

L'Europe brûle.

À Kiev, des escadrons de nazis ont tué

trente-trois mille Juifs en deux jours.

Le diable est allé loin, mais...

jusqu'où êtes-vous allés ?

Bien du courage est gaspillé,

M. Gersdorff.

N'est-ce pas ?

Jusqu'à la croix ?

Car au-delà de la croix, il y a la vie ressuscitée.

Et c'est là qu'il appelle chacun d'entre nous

depuis la nuit des temps. Alors...

Me suivrez-vous ?

Le suivrez-vous...

jusqu'à la croix ?

Jusqu'à la croix, hein ?

Oui, monsieur.

Oui.

Il y a un problème.

Ta croix n'est pas encore en Amérique.

Mais en Allemagne.

Moi aussi, je me souviens avoir compris ce que je prêchais

au moment où les mots sortaient de ma bouche.

Révérend, je ne m'enfuis pas.

Au contraire.

Très bien.

Que cherches-tu ?

Et où ?

Où vas-tu t'arrêter ?

Dietrich ?

- La ligne est sécurisée ? - On en a pas d'autre.

Hans.

- Je rentre. - Tu ne peux pas.

- On avait dit...

- Dieu n'est pas d'accord et moi non plus.

C'est fait ?

Non.

Le détonateur était enclenché,

mais Hitler a senti quelque chose.

Il est parti avant que ça n'explose.

- Gersdorff ? - Il est en vie.

Si on veut. Un miracle.

L'Angleterre et Churchill doivent nous aider.

- On peut pas le joindre. - As-tu demandé de l'aide ?

Oui, une autres bombe, deux si nécessaire.

Nos communications sont en panne.

Il est peut-être prêt à déclencher le détonateur,

on ne sait pas.

Écoute, mon bateau s'arrête d'abord à Londres.

Bell m'aidera.

Si tu rentres, tu seras arrêté.

Je veux rentrer, Hans.

Je rentre.

Londres est truffé d'espions nazis. Ils surveillent tout.

Tant mieux. J'aime m'échapper.

Attendez ici.

Personne ne lit ces livres.

Tes livres ont eu plus de succès que tu ne crois.

Dis-moi que l'Angleterre nous écoutera.

- Il ne peut pas avoir la bombe. - Pouvoir ou vouloir ?

Churchill voit l'Allemagne comme un tout.

Il ne peut pas voir les détails

quand le nazisme peint tout en noir.

Il y a de l'or dans le noir, mon ami.

Nous ne pouvons pas être brûlés avec le reste.

J'ai tout donné.

Dont ma réputation.

S'ils tracent l'origine de la bombe,

l'Angleterre pourrait être envahie.

Envahie ?

Mon pays a été envahi de l'intérieur !

Churchill sait-il ce que ça fait ?

- Es-tu d'accord avec lui ? - Bien sûr que non.

J'ai tout fait pour le convaincre.

En vain.

Dieu ne donne pas toujours des réponses,

mais Il se donne toujours.

Tu es là, en sécurité.

Ma sécurité est une prison.

Je retourne à Berlin.

Désarmé, mais plein de courage.

Reste.

Ta voix résonnerait plus depuis nos églises.

J'ai enfin appris

que les gens entendent moins les prêches

que les rumeurs de la ville.

Mes prières t'accompagnent.

Alors prie comme moi. Pour la défaite de l'Allemagne.

Tu n'aurais pas dû rentrer.

Il le fallait.

Pour me dire qu'il nous abandonne ?

Tu aurais pu me le dire de Londres et vivre ta vie.

Ce n'est pas encore fini.

Que va-t-on faire ?

L'Angleterre était notre dernière chance.

Ne me dis pas de prier.

Plus vite. Montez dans le bus.

En ligne droite.

Allez !

Allez, plus vite !

Non, pitié !

On a 13 corps à caser.

Que pensez-vous de tout ce cirque ?

Les alliés approchent.

Ils veulent échanger des prisonniers.

Vous avez prié pour être secouru.

Je vous ai entendu la nuit.

Et si votre Dieu vous laissait tomber une dernière fois ?

Prenez la Bible.

Merci.

Silence ! Taisez-vous !

SCHÖNBERG, ALLEMAGNE, LE 8 AVRIL 1945

Non !

Me voilà.

Stop !

Dans quelle sorte d'église, un pasteur devient-il un tueur ?

Si un chauffard renversait des enfants,

ne faudrait-il pas tout faire pas l'arrêter ?

Dietrich ?

Que se passe-t-il ?

Knoblauch nous a avertis.

Ça se fera à l'aube.

Il veut te voir.

Tout de suite.

Le temps presse, mais je peux vous aider.

Pas besoin de finir ainsi.

J'ai un uniforme à votre taille, des coupons et de l'argent.

Nous partirons au crépuscule.

Nous aurons l'air de deux gardes.

Ce soir. Il n'est pas trop tard.

Il y a une vieille voie ferrée. Personne n'entendra rien.

Je ne peux pas.

Quoi ?

- Pourquoi ? Vous le méritez. - Nous le méritons tous.

Je ne pourrai quitter l'Allemagne.

Ils tueraient ma famille, et vous et votre famille aussi.

Chaque acte de courage a un prix.

J'ai fait mon choix il y a 12 ans,

avant de savoir ce que ça impliquerait.

Et depuis, je suis pourchassé.

Mais maintenant...

je suis prêt

à affronter mon destin.

Il fut un temps où j'étais pasteur.

Serez-vous notre pasteur aujourd'hui ?

Oui.

La nuit où Jésus a été trahi, il a pris du pain

et après avoir rendu grâces,

il l'a rompu et a dit :

“Ceci...

est mon corps.”

Qui est rompu...

Voici son corps pour vous.

Pour notre Seigneur.

“Faites ceci en mémoire de moi.”

- On ne peut pas... - Ce n'est pas notre table.

C'est celle du Seigneur. Et il nous a tous invité.

Levez la tête.

Ceci est le corps de notre Seigneur.

“Ceci est mon sang

versé pour vous.

Faites ceci

quand vous le buvez

en mémoire

de moi.”

Pour moi, ce n'est pas la fin, mais le début de la vie.

Bonhoeffer, au gibet.

Donnez ceci à ma mère.

Vous le ferez.

Dites-lui

que je n'ai pas trouvé de fraise,

mais mes mots, oui.

Dietrich Bonhoeffer, pour blanchiment d'argent

et votre rôle dans le complot visant

à assassiner le Führer le 20 juillet,

vous êtes condamné à la pendaison.

“Heureux les affligés,

car ils seront consolés.

Heureux les miséricordieux,

car ils obtiendront miséricorde.

Heureux...

ceux qui ont le cœur pur,

car ils verront

Dieu.”

Deux semaines plus tard, le 23 avril,

les Alliés victorieux

libèrent les prisonniers de Bonhoeffer.

Le 30 avril, Hitler se suicide et la guerre prend fin.

À 39 ans, Bonhoeffer a écrit de quoi remplir 34 tomes.

Ses ouvrages, dont les best-sellers

Vivre en disciple : le prix de la grâce

et De la vie communautaire,

se sont vendus à des millions d'exemplaires

et continuent d'influencer les gens dans le monde entier.

Six mois après la guerre, l'Église luthérienne

dirigée par le pasteur Martin Niemöller,

qui a survécu à huit ans de camp,

a fait la confession suivante,

reconnaissant l'échec de l'Église à s'opposer aux nazis :

Par notre entremise et celle de l'Église,

un mal infini a été fait.

Nous aurions dû défendre nos convictions

plus courageusement,

prier plus fidèlement,

croire plus joyeusement

et aimer plus complètement.

PENDANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE,

LES NAZIS ONT TUÉ 6 MILLIONS DE JUIFS ET DES MILLIONS D'AUTRES

QU'ILS CONSIDÉRAIENT COMME INFÉRIEURS.

2023 A ÉTÉ LA PIRE ANNÉE JAMAIS ENREGISTRÉE

EN TERMES DE VIOLENCE ANTISÉMITE,

DEPUIS QUE L'ADL A COMMENCÉ À SUIVRE SES TRACES EN 1979.

LA HAINE, LE RACISME ET LE GÉNOCIDE DEMEURENT

UNE RÉALITÉ DANS LE MONDE ENTIER.

NOUS SOMMES LES SEULS À POUVOIR FAIRE QUELQUE CHOSE.

COMME L'A DIT DIETRICH,

« LE SILENCE FACE AU MAL EST UN MAL EN SOI ».

PLUS JAMAIS

UNE FAÇON SIMPLE D'AGIR EST DE PARTAGER

L'HISTOIRE DE BONHOEFFER AVEC LES AUTRES.

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