Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
Dutch
English
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
French
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Brazil)
Punjabi
Quechua
Romanian
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkish
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
UNE VRAIE DOULEUR
Benji, c'est moi. Je pars.
Il faut y être 3 heures en avance.
Rappelle-moi.
Benji, j'espère que t'es parti.
Ça bouchonne
entre Brooklyn et le Queens, évite de passer par là.
Rappelle-moi.
Benji, c'est bon, ça roule, si jamais ça t'inquiétait.
Enfin, rappelle-moi, de toute façon.
Benji, pardon pour l'avalanche de messages.
Tu peux les effacer, j'arrive bientôt, alors...
J'ai hâte de te voir et j'arrête de t'appeler.
Benji, je suis à l'aéroport.
J'espère que t'es parti ou que t'es en route.
Bref, rappelle-moi.
- T'es déjà là ? - Ça va, cousin ?
Viens là ! Je t'ai harcelé de messages.
Recule, que je te regarde.
Tourne, je veux tout voir.
Tourne, derviche.
Ouais, c'est beau, ça !
Un beau gars bien portant. Bravo.
Il faut t'enregistrer...
- C'est bon, c'est fait. - Déjà ?
- T'es là depuis quand ? - Quelques heures.
C'est vrai ? On décolle que dans 2 heures.
L'aéroport ouvre tôt, on peut venir traîner avant.
Tu croises des gens de fou.
- T'as mangé ? - Oui.
Pas moi, alors...
T'inquiète, je t'ai pris un yaourt. Il est un peu chaud.
Il était dans ma poche.
J'ai pas de cuillère, mais t'as qu'à le gober.
Tu l'as pris pour moi ?
Bien sûr. T'as ton billet ?
Et tu sais quoi ?
Je nous ai prévu de la bonne, de la super bonne.
T'as pas pris de weed pour la Pologne ?
- Ils s'en tapent. - J'en doute.
Et quoi, ils vont coffrer deux Juifs pour un peu de weed ?
Pas bon pour leur image, ça.
Parle moins fort.
D'ac, et je dirai pas "marijuana".
Écartez les bras.
Pardon, en général, ça ne...
Ça ?
- C'est un cadeau de mon père. - De votre père ?
- Vous l'avez aussi ? - Non.
J'aurais jamais cru.
Au revoir.
S'il vous plaît.
- Elle est trop cool. - Qui ?
La fille de la sécurité. Son père fait la sécurité des Knicks.
T'en veux ?
C'est Priya qui me l'a fait.
Non. Enfin, si.
C'est des noix du Brésil ?
Alors, comment tu vas ?
Franchement ?
Je vais...
bien, vraiment super bien.
Tu veux voir notre circuit ?
Tu me tiens ça ? Sers-toi, hésite pas.
Ce sera bien de voir où vivait mamie, non ?
Je capte rien, je suivrai le groupe.
Salut.
- T'es où ? - 24 A.
Je suis B. C'est milieu et hublot.
Tu peux te mettre au milieu ?
- Ça va ? - Je suis un peu à l'étroit.
Tu cherches toujours du boulot ?
Tu vas bosser, pendant le voyage ?
Non, j'ai pris une vraie semaine de congés.
Je veux être là, présent.
C'est bien, super.
Tu vends toujours tes trucs en ligne ?
Je vends pas des vieux polos sur eBay,
je travaille dans la publicité digitale.
Tu sais, les bannières de pub sur le Web ?
- Ah oui, la plaie. - Arrête.
- Non, mais ça soûle tout le monde. - Ah bon ?
- C'est ça que je fais, je vends ces pubs. - Cool.
Tu huiles la machine.
C'est pas ta faute, t'es un rouage de ce système merdique.
Sans la pub en ligne,
tout serait payant.
Ça fait vivre Internet...
Attends, il faut qu'on écoute.
Juste pour finir...
Oui, mais c'est pas très poli.
- T'es sérieux ? - Oui, faut respecter leur taf.
BIENVENUE À VARSOVIE
Ceci est un message de sécurité.
Veuillez surveiller vos bagages à tout instant.
Ça va ?
Oui, je sais pas trop.
C'est pour nous.
Salut ! C'est nous !
Les Kaplan.
Tu regardes quoi ?
C'est absurde, mais j'ai déjà le mal du pays.
Abe est obsédé par les gratte-ciels, il veut en connaître toutes les hauteurs.
Il veut tout savoir sur tout.
Je peux voir ?
Combien d'étages a l'Empire State Building ?
103.
Et le 30 Hudson Yards ?
112.
Mais la terrasse est au 100e.
Combien d'étages a l'Empire State Building ?
103.
Et le 30 Hudson Yards ?
112.
- T'as pris un pyjama ? - Bien sûr, même deux.
T'as aussi la chemise de nuit victorienne et le bonnet de nuit ?
Non, c'est pas mon style.
Dzień dobry. Bienvenue dans notre hôtel.
Merci, on est avec Voyage de mémoire.
Kaplan, Benjamin et David. Voici nos passeports.
Soyez les bienvenus.
Vous êtes les derniers arrivés.
J'ai un colis pour vous, depuis...
C'est pour moi.
Merci.
Voilà.
Vous êtes au 5e étage et vous avez une réunion dans 30 min.
- Merci beaucoup. - Super. 5e ?
C'est quoi ?
La weed, comme je t'ai dit.
Elle vient de Todd, le meilleur coiffeur d'Ithaca.
Tu te l'es fait envoyer ici ?
C'est pour nous deux.
J'ai cru que tu l'avais à l'aéroport.
- Sérieux ? - T'as pas vu comme j'étais nerveux ?
Si, mais c'est ton état normal.
Je kiffe trop d'être ici avec toi.
Moi aussi.
Enfin.
On a une demi-heure, je vais me doucher.
Bonne idée.
Cool, un placard.
J'avais oublié
que t'avais des pieds canon.
Ah bon ?
Et ils vieillissent bien.
Orteils ultra alignés.
Merci.
Ni bosse bizarre ni poils rebelles, la classe.
Tu trouves ?
C'est marrant, j'ai jamais fait attention.
C'est vrai ?
Mec, t'as des pieds de princesse.
Tu les tiens de mamie.
- Tu te souviens de ses pieds ? - Évidemment.
Elle avait ces sandales pourries en plastique rose,
elle se pavanait partout avec.
Parfois, quand je te regarde,
je la vois.
J'ai l'air d'une vieille Juive ?
Non, t'as l'air d'un sage, et c'est beau.
- C'est vrai ? - Oui.
Merci.
Bon, je vais me doucher.
- Je peux y aller en premier ? - Oui.
Tu me prêtes ton téléphone ?
Oui. Pourquoi ?
J'aime bien me doucher en musique.
T'as pas de téléphone ?
Si, mais sans musique.
D'accord, tiens.
Cool.
À la douche.
Bonjour. David et Benjamin ?
Oui. James ?
Oui, bonjour.
Benji. Parfait.
Pardon de vous sauter dessus,
c'était pour vous éviter de nous chercher.
C'est un petit groupe, on sera entre nous.
Je les ai trouvés !
David et Benji.
- Asseyez-vous. - Merci.
Je vais commencer par me présenter,
puisque vous allez me supporter une semaine.
Je m'appelle James, donc,
je serai votre guide anglais en Pologne.
J'ai fait un doctorat sur l'Europe de l'Est à Oxford.
Je ne suis pas juif,
mais je suis passionné
par cette partie du monde et par la judéité,
que je trouve
fascinante, complexe et tragique,
mais surtout magnifique.
Assez parlé de moi. Tais-toi, James.
Qui se lance ?
Allez, j'y vais.
Bonjour, moi, c'est Marcia Kramer.
Au départ, je suis de Brooklyn,
j'ai passé deux décennies regrettables à Los Angeles,
et je viens de revenir à New York
après un divorce.
Pardon d'étaler ma vie.
Mais j'étais en train de devenir le genre de femme
que je déteste.
La bourgeoise qui a des déjs, vous voyez ?
Ma mère était une rescapée des camps...
et elle n'en a jamais parlé, jamais.
Je suis ici pour lui rendre hommage.
Voilà, c'est moi.
Et maintenant, au suivant.
Diane et Mark Binder.
Des gens sans histoire.
Jeunes retraités de Shaker Heights.
La famille de Mark était de Lublin.
Ils sont partis avant la guerre, à la fin du siècle.
Les Pères pèlerins juifs.
C'est ma petite blague.
Moi, c'est Eloge.
Vous aurez sûrement deviné que je ne suis pas né juif.
Tu ne seras pas le seul, James.
Ravi d'avoir de la compagnie, Eloge.
Je me suis converti au judaïsme
il y a une dizaine d'années.
Je suis né en Afrique, au Rwanda.
Et si vous vous posez la question,
je suis un survivant du génocide.
Sans déc !
Pardon, je veux dire...
C'était positif.
"Sans déc",
genre "merde", "truc de ouf"...
Je m'intéresse à ceux qui viennent d'ailleurs...
J'adore. Vas-y, continue.
Pardon.
Je suis heureux qu'on s'intéresse à mon pays.
- Cool. - Tu t'appelles ?
Benji.
Je parlerai de ce que tu veux.
Top.
Ma mère et moi avons survécu au génocide.
Je suis arrivé à Winnipeg avec ses économies cachées dans...
Putain !
À Winnipeg,
j'ai senti un lien avec la communauté juive.
Forcément.
Forcément.
En découvrant l'histoire des Juifs,
je me suis senti en paix comme avant la guerre.
Plus j'en apprends, plus je rencontre de gens,
des gens merveilleux comme vous,
plus je sais que j'ai fait le bon choix.
Je ne pensais pas pleurer si tôt dans le voyage.
C'est extraordinaire.
Merci, Eloge.
C'était magnifique.
Qui veut enchaîner après ça ?
Bon, j'y vais.
David et moi, on est cousins.
On a trois semaines d'écart, c'est un peu fou.
Un zloty pour celui qui devine qui est l'aîné.
C'est moi !
Nos pères sont frères,
et nous, on est comme des frères.
Avant, on était même collés comme des siamois.
- Pas vrai ? - Si, arrête.
Notre mamie, Dory était d'ici.
Et on a toujours voulu
voir d'où elle venait, sa maison d'enfance.
On vous quittera un jour plus tôt, car Benji y tient beaucoup.
Ils étaient très proches.
Elle était géniale.
Je me sens vraiment
mal, depuis sa mort.
J'arrive pas à...
C'est la personne que j'aimais le plus.
Il est bon de se souvenir, on est là pour ça.
Je te remercie, James.
Ça va aller.
Pour en revenir à ce qu'on disait...
Elle nous a légué de l'argent pour qu'on vienne ici.
Dave est super occupé, il a jamais le temps,
il doit absolument vendre ses bannières de pub sur Internet.
Mais il a su que j'étais comme une merde, ces temps-ci,
alors il a tout laissé en plan pour qu'on fasse...
ce voyage gériatrico-polonais en votre compagnie.
Si vous voulez bien approcher un moment.
J'aime commencer le circuit
par le Monument aux héros du ghetto,
car il rend hommage aux héros juifs qui se sont battus
contre les nazis.
Comme nous allons voir un camp de concentration,
il est important
de ne pas croire que tous ces gens
se sont laissé mener comme des agneaux à l'abattoir.
Cela va de soi, mais je le dis quand même.
Notre voyage plongera dans la douleur.
Dans la douleur, la souffrance et la perte.
Mais ce voyage est aussi l'hommage à un peuple.
À un peuple très résilient.
Bien.
Voilà pour ce monument.
Le malheur semble s'être acharné sur cette ville.
On l'appelle "la ville phénix",
car elle a su bien souvent renaître de ses cendres.
Le fonctionnalisme de l'architecture soviétique
ne plaît pas à tout le monde.
C'est un style austère qui s'est imposé après la 2de Guerre mondiale.
Tu te rends compte ?
On vivrait ici, s'il y avait pas eu la guerre, c'est fou.
C'est vrai,
on pense être de purs produits de l'Amérique,
et on l'est parce que c'est ça, l'Amérique,
des gens issus d'autres cultures.
Mais dans un univers parallèle, on est polonais,
on a une longue barbe et on serre pas la main aux femmes.
À chaque fois que je vois un hassidique,
je pense : "Et Dieu créa les papillotes."
- Quoi ? - Non, rien, c'est pas drôle.
Pas de souci.
- Regarde-la. - Qui ?
Marcia.
Il faut pas la laisser seule.
On la connaît à peine.
Oui, mais il y a une grande tristesse dans ses yeux.
Ah bon ?
Oui, t'as pas vu ?
Pendant les présentations ?
Il faut aller la voir.
Peut-être qu'elle veut être seule.
Personne veut être seul. J'y vais.
Pourquoi t'es toute seule ? T'es une loseuse ?
- Sérieux ? - Oui !
Voici une partie très bien conservée du ghetto de Varsovie.
Gracias.
Et voilà de l'eau.
Il faut boire.
Marcia, hydrate-toi.
On peut y aller ?
On attend quoi ?
Viens donc.
Merci.
Merci ?
Oui, enfin, je savais pas...
si tu mangeais avec eux.
- Alors, qu'arrive-t-il à cette femme ? - Comment ça ?
La femme aux yeux tristes.
- Marcia. - Oui.
Elle vit un truc pas facile.
Elle t'a dit ça ?
Elle sait que j'ai perdu quelqu'un aussi.
Tu parles de mamie ?
C'est le gros stress, son mari l'a quittée
en mai dernier du jour au lendemain.
Elle a un nouveau mec,
mais ça a l'air d'être un gros con.
Pourquoi ?
Ça me gêne de parler d'elle dans son dos.
C'est pour m'intéresser.
Oui, mais même.
Elle est bizarre, cette soupe.
Moi, j'adore.
Pendant l'insurrection de Varsovie,
le plus étrange et le plus terrible
n'a pas été la répression allemande,
mais le rôle qu'y a joué la Russie.
Les Russes et les Polonais étaient censés être alliés,
des frères d'armes contre un ennemi commun.
Si vous voulez prendre des photos...
N'hésitez pas si vous avez des questions, je suis là pour ça.
T'aimes bien ?
Tu pourras nous prendre en photo devant la statue, après ?
Bien sûr.
Merci.
Attends, quoi ?
On va poser devant.
Ce serait pas manquer de respect ?
Arrête, on est dans leur camp, contre les Ruskoffs et les Boches.
Je sais pas.
Ça se fait pas trop.
Tu me prends avec mes camarades polonais, alors ?
Le devoir m'appelle !
Désolé pour le retard, on a une guerre à perdre.
Super, Benji.
- Ça rend bien. - On y croit ?
Ils font deux fois ta taille, donc, non.
- J'ai besoin d'aide, tu viens ? - Ça ira, merci.
Eloge, tu t'enrôles ?
Je ne suis pas un combattant.
Tu peux être médecin, ils en ont besoin.
- C'est bête. - Oui.
Viens, ta maman va adorer la photo.
Tu peux me prendre en photo ?
Juste une.
Je préfère ça.
Doc, il faut lui bander la jambe.
Il a très mal, il a besoin de toi.
Rassure-le, parle-lui.
Je vais vous aider.
Il est parfait, on a un doc en or.
Dave, tu filmes ?
- Oui. - C'est marrant ?
Oui, c'est marrant.
Tu veux pas venir ? On a besoin de bras.
Non, je surveille du Q.G.
Elle est bonne !
Je peux venir ?
Général Marcus, c'est un honneur.
Repos.
Marcia, viens !
Bandages !
T'es doc aussi ?
Non, elle est où mon arme ?
Merde, t'assures !
Je me reconnais pas. Merci, David.
- Avec plaisir. - Tu n'y vas pas ?
Non, j'ai pris de bonnes photos sans les gens.
James, mon commandant !
Il nous faut un artilleur, mon vieux.
Présent !
On va vous parachuter.
- Ou alors, t'es l'avion ? - Je suis l'avion.
Dave, t'es prêt ?
On bouge plus !
C'est bon ? J'ai mal au bras.
Oui, une dernière.
OK, c'est bon.
Repos, soldats !
Malgré notre bravoure, on s'est fait...
Quelle imagination.
Mes genoux...
Merci, on s'est bien marrés.
Pas de problème, oui, c'était super.
On descend là. Bonne nuit, les affreux.
Grosse journée, demain.
Dave ?
Tu peux venir dans la salle de bains ?
Pourquoi ?
Qu'est-ce qu'on fait ici ?
Je te remercie du fond du cœur d'être ici avec moi.
Je sais que t'as plein de boulot et qu'il y a ton fils,
mais j'en avais vraiment besoin.
C'est vrai ?
Tant mieux, je suis heureux que tu sois heureux.
Je sais que t'as traversé...
T'es pas le plus à l'aise en groupe et en société...
- Ah bon ? - Non.
Mais c'est génial que t'aies le courage de faire ça pour moi.
- Merci. - C'est l'heure du bédo !
Sécurité infantilisante à la con.
De quoi ?
Comment on va fumer ?
Les fenêtres sont bloquées, putain d'État policier.
Je vais me coucher, on est debout depuis 24 h.
Me fais pas ça, c'est notre 1re soirée depuis mille ans.
Je suis crevé, pas douché.
La weed t'aidera à dormir.
C'est le genre qui endort ?
Non, c'est l'autre genre.
- Mec. - Quoi ?
Douche-toi, brosse-toi la tronche,
cure-toi les fesses et reviens-moi debout.
Moi, je vais nous rouler un gros pétard, et on le fumera sur le toit.
Alors, c'est où ?
Ils doivent fermer l'accès aux branleurs fumeurs de weed.
Ça doit être là, non ?
Je parie qu'il y a une alarme.
Si ça sonne, on dira qu'on parle pas polonais,
ce qui est vrai.
On devrait retourner dans la chambre.
- Tu crois ? - Oui.
Je le sens pas trop.
D'accord.
Si tu le sens pas, tant pis.
Pardon, je fais le flippé.
Pas de problème...
Du nerf, on y est presque.
Alors, mon pote.
- Comment tu te sens ? - Ça va.
"Ça va."
David.
Comment tu te sens ?
Bien.
Je me sens bien.
Il te fallait un peu drogue, en fait.
- C'est ce qui me manquait ? - Exactement.
Tu es...
une espèce de mec super
coincé dans la peau d'un mec pressé,
et il faut que j'aille repêcher ce mec super
à chaque fois que je te revois.
Merci, si je puis dire.
Tu sais, quand je pense à nous,
je revois nos balades à New York la nuit, à essayer de tenir jusqu'au matin.
Tu tenais toujours.
Toi, tu t'effondrais toujours à mi-parcours.
On passait le pont de Williamsburg
et tu t'écroulais sur un banc à Chinatown.
Je sais.
T'es une petite nature.
Dave ?
Pardon de t'avoir traité de petite nature.
C'est pas grave.
Désolé si je tenais pas.
Arrête.
T'avais un boulot, une femme.
Tu t'étais levé tôt
pour faire tes trucs.
Moi, je glandais rien.
Je m'en fichais que tu dormes, tant que t'étais là.
- Il a doit quoi ? - Un truc méprisant.
C'était la cata, pour tout dire.
Mais c'est marrant.
Benji.
Il faut y aller, le train est dans une heure.
Pardon pour le retard.
Dave m'a réveillé il y a deux minutes.
Pas de problème.
Le train sera là dans 2 minutes.
Allez, on va au bout du quai.
Bien, notre circuit inclut
ces billets de train en première classe.
Un petit plus appréciable.
Allez, venez, on va au bout.
Chouette, la première classe.
On pourrait aller à la Voie souterraine de Lublin.
C'est très beau mais un peu survendu.
Ce qu'il faut voir, c'est la porte Grodzka.
Elle est encore accessible ?
Viens, on bouge.
- Dans un autre wagon. - Comment ça ?
Ça te fait pas bizarre d'être en première ?
Non, on a payé, on ne lèse personne.
Des Juifs dans un train en Pologne. Percute, merde.
Benji, tout va bien ?
Oui.
- Désolé. - Pas de problème.
C'est un endroit fascinant...
Non, pardon.
Personne ne ressent ce truc, là ?
Quel truc ?
Ce sentiment gênant d'être comme des princes, dans ce train.
Personne ne sent le décalage ?
Les petits plats, la première classe,
alors qu'il y a 80 ans, on aurait été entassés là comme du bétail.
Benji, on n'a pas envie d'entendre ça.
Et pourquoi ?
Parce que c'est déprimant.
C'est quelque chose qu'on peut ressentir dans ce type de voyage.
Vous êtes dans de beaux hôtels, vous mangez bien,
tout en pensant aux horreurs vécues par vos familles.
Cela peut créer des sentiments
de malaise, de dissonance, voire de culpabilité.
Vous vous comparez à...
Je me sens pas coupable.
- Bien sûr. - J'ai rien fait de mal.
Non, je veux dire que...
On est pourris par notre confort,
on veut pas entendre parler de la souffrance des autres.
On veut pas penser à ces gens
poussés dans un train à coups de matraque dans la gueule.
Tu voudrais y faire quoi ?
Le reconnaître, essayer de le ressentir !
- Pourquoi tu fais ça ? - Je dis ce que je ressens.
C'est si important ?
T'étais tellement sensible, avant.
C'était un gamin super anxieux, adorable.
À la colo juive, il a pleuré toute la première semaine,
parce qu'il voulait rentrer chez lui.
Je le prenais dans mes bras le soir et je lui parlais de sa maman.
Et aujourd'hui, il est bien propre sur lui.
Il a bien dompté sa tignasse de petit Juif.
Vous êtes admirables.
Mais vous savez quoi ?
Je vais à l'arrière du train.
Il n'y a pas plus de souffrance là-bas.
Pardon.
J'espère que ça va pour tout le monde.
Il y a bien sûr
des moments éprouvants, dans ce voyage,
mais le train n'en fait normalement pas partie.
Je vais aller le voir,
lui apporter son repas.
Bien sûr. Tu sais où on descend ?
Lublin Główny ? Je prononce mal, j'imagine.
Non, c'est presque ça.
D'accord. Désolé.
Salut.
Merci.
Ça va ?
Les gens veulent que s'éclater, tu vois ?
Non, tu veux dire quoi ?
On peut pas traverser la vie
en étant tout le temps heureux.
Ça va aller.
Salut.
Je me suis endormi ?
- Oui. - Merde.
Faut qu'on descende, viens.
Ils doivent nous attendre à la sortie.
Peut-être.
Mon pote,
c'est pas la bonne gare.
T'as dit quoi ?
Merde, c'est quoi Kraśnik ?
On devait descendre à Lublin.
Je sais, mais t'étais dans le coma.
On a passé Lublin ?
Il y a un moment.
Et tu m'as pas réveillé ?
Tu dormais trop bien.
- On est en groupe. - Je voulais pas te réveiller.
T'as aucun sens des priorités, tu sais ça ?
- Te fâche pas. - Tu rigoles ?
Je t'ai regardé dormir, les autres passagers aussi.
Il y en a qui ont ri parce que tu ronflais super fort.
Je me suis dit : "Rien à foutre."
J'ai pas honte de mon couz, c'est Davey sur son banc à Chinatown.
Celui qui était qu'à moi. Je pouvais pas te réveiller.
D'accord, et on fait quoi, maintenant ?
J'y ai réfléchi pendant que tu dormais.
On va prendre le train dans l'autre sens, et sans payer.
Il suffit d'éviter le contrôleur, je le fais tout le temps, chez moi.
C'est nous.
Viens, cours !
On devrait quand même acheter un billet.
Pas le temps, cours.
On bouge, on file, en mode agile.
On dira au contrôleur qu'on va aux toilettes.
Il va remonter tout le train pour les fraudeurs.
- C'est nous ? - Oui.
Mais on sera partis avant qu'il remonte tout.
C'est con, ton truc.
Fallait pas privatiser les transports
pour ne permettre qu'aux riches de répandre sur terre leur semence dorée.
On parlera marxisme au goulag.
C'est en Russie, ça.
Tout ça pour pas payer 10 dollars.
On n'a pas à payer en Pologne, on est chez nous.
Non, ils nous ont virés, ils nous trouvaient radins.
OK, on reste calmes et naturels.
Bonjour. Moi et cousin aux toilettes.
Vous en avez des deux côtés.
- Pardon. - Merci.
On a nos billets, on va juste...
Mon cœur va lâcher !
C'est cool, non ?
Maintenant, il faut se planquer à l'avant jusqu'à notre arrêt.
Prêt ? On y va.
Ici.
Sauvés.
- T'endors pas, cette fois. - Promis.
On est en première.
Oui, mais là, on le mérite.
On va déjeuner ?
On est là ! Désolé.
Pardon, Dave s'est endormi.
Quoi ?
On a vos valises.
Génial. Vraiment désolé. Mais il a fait un gros dodo.
Oui, désolé.
On va déposer les bagages à l'hôtel.
Lublin a un très riche passé juif,
on l'appelait même autrefois
"l'Oxford juive".
On y trouvait une grande diversité culturelle et intellectuelle.
C'était la Lublin
du rabbin Horowitz, le "Hoze de Lublin",
d'Isaac Bashevis Singer,
de marchands, d'écrivains, de poètes...
Tu es très religieux ?
Oui, on peut le dire.
C'est un mystère, pour moi.
- Ah oui ? - Oui.
Tu suis tous les rites ?
Non, pas tous.
Mais j'aime faire shabbat.
Quoi qu'il se passe dans ma vie,
une fois par semaine,
je peux ralentir et me reposer réellement.
Et toi ?
Non.
Tout ça m'a toujours paru un peu
arbitraire, mécanique et archaïque.
Ça n'a rien contre toi.
Je pense que cela peut te faire du bien.
En général, ou à moi en particulier ?
À toi en particulier.
J'ai repensé à ce que tu as dit
dans le train, à propos de la souffrance.
Ça m'a beaucoup touchée.
C'est vrai ?
Cool !
L'an dernier, ma fille a épousé un homme très riche.
C'est moche.
Elle ne peut plus tenir une conversation un peu profonde.
L'argent, c'est la drogue des gens chiants.
Je ne saisis pas, là.
Mais c'est si facile de vivre sa petite vie
en oubliant la chance qu'on a.
Je vous écoutais. Je peux me joindre ?
Avec joie !
Je suis d'accord avec ce que dit Marcia.
- C'est vrai ? - Bien sûr.
Je ne comprends pas comment le monde peut continuer de tourner
alors qu'il se passe tant de choses choquantes,
tant de choses horribles.
Exactement !
Ça changerait quoi si on pleurait pour tout ?
Il y aurait peut-être moins de malheur.
Oui !
David, on devient insensibles pour ne pas penser à l'impact qu'on a.
On ne pense pas à l'abattoir pour manger notre steak en paix.
Bien dit !
Je suis d'accord,
mais il y a un temps pour pleurer et un temps...
Dave, on fait un voyage sur l'Holocauste.
Si c'est pas un temps pour pleurer, pour s'ouvrir,
je sais pas quoi te dire.
Approchez, les retardataires.
Voici donc la célèbre
porte Grodzka, autrefois appelée
la "porte juive".
De l'autre côté de la porte, c'était le quartier juif.
Pendant la visite,
essayez de vous figurer la vie ici il y a des centaines d'années.
Essayez de ne pas penser aux atrocités à venir
et imaginez une ville pleine de vie.
Les traces de l'ancienne vie juive sont ici.
Dissimulées dans la ville.
La plus vieille synagogue occupe l'étage d'un bureau.
D'autres fragments d'histoire se sont figés.
Ils effleurent, ils nous attendent.
Un ancien théâtre yiddish.
Une yechiva.
Une brasserie juive.
Une école hébraïque "Tarbut".
Le Conseil de la communauté juive de Lublin.
Un tailleur.
Une mercerie.
Une boulangerie.
Une librairie.
Un magasin de tissus.
La création de ce cimetière remonterait,
selon la plupart des sources, à 1541.
Vous imaginez ? Avant la naissance des États-Unis,
avant Shakespeare.
La plus ancienne pierre tombale de Pologne est d'ailleurs ici.
Oui, celle de Kopelman.
Oui ! Comment tu le sais ?
Je l'ai lu ce matin, je n'ai aucun mérite.
Quoi ?
Qu'est-ce qu'il y a encore ?
Et alors ?
Benji, sérieux.
On ne sait pas si les Juifs ont été attirés
à Lublin par la qualité de la ville ou...
James ?
Tout va bien, Benji ?
T'es super calé sur le truc,
franchement, je suis impressionné.
C'est génial d'apprendre tout ça.
Mais c'est des vrais gens, là,
pas des anecdotes ou des leçons d'histoire.
Assieds-toi, écris à ta femme.
- Je t'ai blessé ? - Non ! T'es super calé, c'est clair.
Eloge, t'assures aussi.
Mais cette tonne de faits,
ça rend tout ça...
froid.
Désolé, c'est peut-être mon accent anglais...
Je la joue sincère,
pour échanger sur ton job.
Et le gros problème de ton circuit...
C'est bon, je peux m'exprimer ?
Je trouve qu'on est complètement coupés...
de la réalité.
C'est la réalité, pourtant.
Tout ce que je dis.
Alors pourquoi on rencontre aucun Polonais ?
On n'a aucune interaction avec les gens d'ici.
Tu vois ?
On va d'un site touristique à un autre...
C'est le principe d'un circuit organisé,
aller d'un site à un autre, vous avez signé pour ça.
C'est Dave qui a signé.
D'accord, je suis désolé.
Écoute, tu sais quoi ?
Dans l'ensemble, ton circuit est génial.
Je le pense vraiment. J'adore, et Dave aussi.
Mais si tu pouvais te détendre sur les dates et les chiffres,
ce serait cool, tu vois ?
D'accord, je vais en faire moins.
Cool, c'est tout ce que je demande.
Je pensais proposer de poser un caillou...
sur la tombe de Kopelman.
- Super idée. - Oui, super.
Merci, mon pote.
- J'appelle les autres ? - C'est toi le chef.
Vous pouvez approcher un moment pour chercher des cailloux ?
En voilà un beau.
Juste quelques mots...
Ceci est la plus ancienne pierre tombale de Pologne.
C'est celle de Jacob Kopelman Levi,
un homme qui fut bien réel et vécut vraiment.
Dans la vraie vie, il était polonais.
De Pologne.
Et avec Benji, on s'est dit que ce serait bien
de poser un caillou sur sa tombe.
Il y a plusieurs théories sur cette tradition,
mais j'aime croire qu'il s'agit simplement
d'un geste de tendresse pour dire...
"On ne t'oublie pas".
C'était magnifique, James, merci.
On fait ça, alors ?
On cherche des cailloux ?
C'était très beau.
C'est une très belle idée, Benji.
Merci, Marcia.
C'est notre petite trouvaille.
La chasse au caillou.
Je vais trouver le plus gros !
Et moi, un joli bien plat.
Tout le monde a son caillou ?
Mon père était le préféré,
mais son frère était le malin de la famille.
Il a été renvoyé de l'école de médecine
à cause des quotas sur les médecins juifs et...
C'est pas facile de rivaliser avec Hava Naguila.
Désolé.
Je viens à chaque voyage,
c'est délicieux,
mais la musique est un peu kitch.
Connards d'antisémites.
Antisémites, je ne sais pas, mais ils sont juifs.
Pardon. Continue, Marcia.
Comme mon oncle Sam n'a pas pu faire médecine,
il est devenu pharmacien.
Il a même fini par posséder
cinq pharmacies dans la région de Chicago.
Il a été un des premiers
à avoir une chaîne de pharmacies.
C'est fantastique.
Ils arrêtent de jouer quand je finis de parler.
C'est vraiment l'histoire de l'immigration.
Tout à fait d'accord.
Le grand-oncle de Mark a pris le bateau en Pologne
et s'est retrouvé on ne sait comment à Galveston.
Un Juif au Texas.
Il ramassait des meubles jetés dehors par les riches,
les retapait et les revendait.
Véridique.
Il revendait parfois ses meubles à ceux qui les avaient jetés.
Sans blague ?
Génial.
Les riches sont vraiment cons.
Notre grand-mère...
Mamie Dory.
Notre grand-mère Dory, dont on va voir la maison jeudi,
était aussi une femme incroyable.
C'était une femme
terre à terre, comme on n'en fait plus.
Directe, tranchante...
Elle me terrifiait, quand j'étais gosse.
Moi, pas du tout.
Exact.
Elle et Benji avaient leur langage secret.
Ils disaient tout ce qu'ils pensaient.
Pas le choix.
Elle a survécu aux camps de façon miraculeuse.
En arrivant à New York, elle voulait être styliste.
Mais pour gagner sa vie, elle a dû être secrétaire.
Et ça l'a soûlée, alors elle a dirigé toute la boîte.
Pétée de thunes.
Elle n'était pas cheffe de junte, non plus.
Mais elle était très intelligente, c'était une petite société...
Je l'appelais tous les jeudis.
- Sans exception. - C'est adorable.
Si mes enfants m'appellent une fois par mois,
je m'estime heureuse.
Qu'ils aillent se faire foutre. Je ratais pas une semaine.
Elle me ménageait pas.
C'était la seule, dans la famille, à me faire filer droit.
Tous les autres ont fui quand j'ai eu besoin d'eux.
En tout cas, elle ne s'apitoyait jamais sur son sort.
Elle remerciait les épreuves traversées.
Voilà,
ce qu'elle a enduré lui a donné de l'espoir.
Et elle me disait souvent
que les 1ers immigrés font des boulots ingrats,
chauffeurs de taxi, livreurs...
La 2e génération fait des études,
devient médecin, avocat...
Et la 3e génération
vit au sous-sol chez sa mère et fume des joints.
Elle disait ça ?
Elle parlait des immigrés en général.
- Je vivais au sous-sol chez ma mère. - C'était en général.
Faut que j'aille pisser.
Je ramasserai en revenant, tranquille.
Au pipi !
Pardon pour lui.
Il est très perturbé.
On sent qu'il veut être quelqu'un de bien.
C'est vrai.
Je ne sens rien de tel.
Arrête, il a un problème, c'est évident.
Il est drôle et charmant, sous ses airs dingos.
Il me fait de la peine.
Il a toujours été comme ça ?
Avec des hauts et des bas.
Il est très sensible, il sait déchiffrer les gens,
mais si on dit un truc de travers, il vrille.
Je n'ai pas à raconter ça.
Pourquoi, voyons ?
Vous avez visiblement un lien fort,
et il est clair qu'il souffre.
On souffre tous, non ?
Regardez ce qu'ont vécu nos familles.
On est tous détraqués.
- Toi, ça a l'air d'aller. - Non.
Mais je prends des médicaments pour mon toc,
je cours, je médite,
je vais bosser le matin et je rentre le soir.
J'avance, car ma peine n'a rien d'exceptionnel,
je n'ai pas besoin
de la faire peser sur tout le monde.
- Excusez-moi. - Ce n'est rien.
Pardon de m'énerver, mais je...
Je sais pas...
Il me fatigue tellement, parfois.
Je l'adore
et je le déteste
et j'ai envie de le tuer.
Et je voudrais être lui, aussi.
Je me sens
tellement bête à côté de lui,
lui qui est si cool et qui se fout de tout.
En fait, j'hallucine d'être ici avec lui.
J'hallucine parce que...
Comment ce type peut-il être issu des survivants de ce pays ?
Ils ont vendu des vieux meubles à des friqués,
n'ont pas pu faire médecine...
Et toi, tu as survécu
à la pire atrocité des 30 dernières années.
Notre grand-mère a survécu de manière miraculeuse
quand le monde entier voulait sa mort.
Alors, lui,
j'ai envie de lui demander,
j'ai envie mais je n'y arrive pas,
comment, quand on descend d'un miracle pareil,
on peut faire une overdose de somnifères ?
Comment ?
Qu'est-ce que tu as dit ?
Il a voulu se...
Pardon, je n'aurais pas dû en parler.
Ce n'est rien. Je suis désolé d'apprendre ça.
Je suis désolé, c'est très dur.
C'était quand ?
Il y a six mois.
Ma tante Leah, sa mère, l'a retrouvé sur le canapé.
Je sais qu'il est drôle et charmant
et que vous garderez de lui l'image d'un type incroyable,
ce qu'il est en grande partie.
Mais moi, quand je pense à lui,
je le vois inconscient sur un vieux canapé,
pendant que je suis à New York avec ma femme et mon fils,
et ça me bousille.
Pardon de m'épancher comme ça.
Ils remettent ça.
C'est lui.
Tu savais qu'il jouait du piano ?
On a appris ensemble.
Excusez-moi.
C'était très beau.
Merveilleux, Benji.
Merde.
Bonsoir, excusez-moi.
Est-ce que vous avez vu mon cousin ?
Vous êtes sur la messagerie de votre correspondant.
La trique.
N'est pas disponible.
Cette messagerie est pleine et ne prend plus de message.
- Allô ? - Tu fous quoi ?
On t'attend tous en bas.
Ramène tes fesses.
Le voilà !
Salut. T'as pas entendu ton réveil ?
J'avais plus de batterie, je t'ai cherché toute la nuit.
T'étais où ?
Tu dormais quand je suis repassé.
J'étais super inquiet.
J'étais avec Marcia, c'est tout.
Bonjour tout le monde, dzień dobry.
Vous êtes tous matinaux, c'est beau.
Le van doit être arrivé.
Le trajet sera terriblement court.
Si vous voulez bien m'accorder votre attention.
Naturellement, la journée va être éprouvante.
La visite d'un camp de concentration
peut être très perturbante.
On y sera dans deux minutes.
Merci à tous.
Tout le monde va bien ?
Vous remarquerez
que Majdanek se trouve à peine à 3 km du centre de Lublin.
Imaginez la vie qui continue,
un centre-ville animé,
à 3 km de cet endroit.
Avant l'arrivée de l'Armée rouge à Majdanek,
la plupart des prisonniers avaient été déplacés plus à l'ouest.
Et dans leur hâte, les SS ont laissé des preuves.
Contrairement à d'autres camps,
Majdanek est donc en réalité
bien conservé, à défaut d'un meilleur terme.
Une fois à l'intérieur,
je vous assommerai moins de mes commentaires.
C'est un lieu sacré où des milliers de gens ont été massacrés.
Je crois que l'endroit parle de lui-même.
Ce sont les baraquements.
La salle de douches des hommes.
"Il nous a fait entrer au fouet dans les douches.
"Là, on nous a rasé la tête et le corps entier,
"et dans la salle suivante..."
C'est la chambre à gaz.
Les traces bleues sur les murs sont des résidus du gaz mortel,
le Zyklon B.
Les fours.
Restons ici un instant.
Je vous demande un petit instant.
Comment vous sentez-vous ?
Pas terrible.
Sonnée, je dirais.
Oui, pareil.
Et toi, Eloge ?
Toi qui n'as pas la même distance que nous, pour ainsi dire.
Ça va, je me sens
remué.
Mais c'est sûrement mieux que de ne rien ressentir.
Merci à tous d'avoir partagé ce moment.
Sans vouloir vous presser, on part bientôt pour Zamość.
Le groupe se réduit,
car on sera sans nos amis.
Oui, c'est bien triste. Ils restent ici une nuit de plus
pour aller voir la maison de leur grand-mère.
Oui, voilà.
Vous allez me manquer, comme une famille déglinguée.
Je peux...
T'es un mec génial.
Envoie-moi une photo de la maison.
Sans faute, merci.
Prends soin de toi, mon chéri.
Toi aussi. Et de lui, il en a besoin.
Vraiment besoin.
- T'es quelqu'un de bien. - Non, c'est toi.
Tu le penses vraiment ?
La paix sur toi, mon ami.
Putain, ça me touche trop. Merci pour la trad.
Benji, je voulais te dire...
Je suis guide depuis 5 ans
et je suis toujours preneur des retours.
Et tu es le premier à m'avoir donné
un avis utile.
Sans déc, j'ai dit quoi ?
Tu sais, d'interagir davantage
avec les Polonais, leur culture...
Ouais, ça le fait, fonce.
J'ai un peu bloqué au départ, mais j'y pense tout le temps.
Tu m'as réveillé, en fait.
- Arrête ! - Tu es très sincère.
C'est rare, et je te remercie...
Vas-y, tais-toi, allez...
Pardon, j'avais besoin de le dire.
Au revoir, David.
Il est bien, ce type.
Ça me va bien ?
C'est combien ?
T'en as pas besoin.
- T'en veux un ? - Non, tu ressembles à un Tyrolien.
C'est pour vous, gardez. Je saurais pas quoi en faire.
- On peut manger un truc pas vinaigré ? - Des pierogis ?
- Ni pierogis ni vinaigré. - De la choucroute.
C'est vinaigré, et en plus, allemand.
...il léchait des têtes dans le public.
- C'est dégueulasse ! - Les Bushwhackers !
Salut, le chien.
- Tu m'en passes ? - Sers-toi, c'est pas bon.
Regarde cet immeuble.
C'est bien haut, et il me reste un joint.
Comment on va monter ?
On y va ?
Blork.
- Et voilà. - Pas mal.
Merde. Tu sais ce qu'on voit ?
Là-bas, les trois lumières, un, deux, trois.
C'est le camp.
Il est tellement proche.
Tu vas faire quoi quand tu seras rentré ?
Comment ça ?
T'as des projets ?
Fais tourner au lieu de le regarder, c'est mon dernier.
Désolé, pardon.
- J'ai du taf, en rentrant. - Ah oui ?
Cool.
Je vais aider mon pote Tim à refaire sa toiture.
Il a des tonnes d'adobe et il fait n'importe quoi.
Mais ce sera bien, quand ce sera fini.
Ça isole mieux que ce plastique merdique sur les pavillons de banlieue.
- Super. - Oui, ça va claquer.
Mais ça, c'est chez Tim.
Et ?
Toi, tu vas faire quoi ?
Pourquoi tu me demandes ça ?
Pour savoir si ça va, si t'as un projet.
Pardon, je suis un peu défoncé.
Tiens, ça vaut mieux.
Et toi, tu vas faire quoi ?
Je vais retrouver
mon boulot, ma famille, la routine.
J'ai hâte de te reparler dans six mois.
- Comment ça ? - Tu sais bien.
- Je cherche pas l'embrouille. - Si tu le dis.
T'as tellement changé.
T'étais tellement sensible, tu chialais tout le temps.
Je sais, et c'était super pénible.
Tu comprends pas, je veux dire que nous, ça a changé.
- J'ai un travail, une famille. - Je sais.
J'ai plus le temps de traîner avec toi la nuit.
- Je demande pas ça. - Si.
Tu demandes énormément, tu te rends pas compte.
Tu viens jamais me voir.
À Binghamton ?
C'est là que j'habite.
Je suis à New York, c'est plus facile pour toi de venir.
C'est la même distance.
Mais c'est plus logique d'aller à New York qu'à Binghamton, désolé.
- Et pourquoi ? - Pour rien.
Me fais pas passer pour un sale snob.
- Va te faire. - Toi aussi.
Pourquoi tu m'as lâché comme ça ?
Je t'ai pas lâché.
Mais je comprends pas
comment t'as pu te faire un truc aussi con.
Dave.
Benji.
J'ai toujours cette horrible image de toi dans la tête.
Et je veux pas...
Je veux pas te perdre.
Tu vois pas comme les gens t'aiment ?
Ce qui se passe quand tu arrives quelque part ?
Je donnerais tout pour savoir ce que ça fait...
Pour savoir ce que ça fait d'avoir du charme,
d'éclairer une pièce où j'arrive.
Toi, t'éclaires la pièce et tu chies partout dedans.
Tu peux y aller.
Merci.
Le taxi est là.
Voyons.
Tu vois un numéro 25 ?
Je vois aucun numéro.
Moi non plus.
Je crois que ça devrait être par là.
"Ma-gis-trate". Ça veut dire quoi, tu crois ?
Peut-être "magistrat".
C'est une vraie rue ?
Vingt-huit.
Je crois que c'est là.
Ici ?
Vingt-cinq.
C'est fou.
C'est vraiment là ?
C'est tellement
sans rien de spécial.
Je sais pas à quoi je m'attendais.
Moi non plus.
Elle m'a mis une baffe, un jour.
Quoi ?
Mamie m'a collé une baffe.
C'est vrai ?
J'étais en retard pour dîner avec elle, de 15 minutes.
En plus, j'étais défoncé. C'était au Hudson Place,
dans cet enfer de Murray Hill.
Mais ça t'a fait mal ?
Grave.
Mais ça m'a fait un bien fou.
J'ai plané de bonheur pendant 24 heures, après.
Pourquoi ?
Je sais pas.
C'était ce resto à la con où elle allait chaque semaine.
Elle se fringuait pour y aller, genre grande occasion.
Et qu'elle tienne plus à moi
qu'à ce que pensaient les clients du resto...
Je sais pas,
ça m'a fait du bien.
J'ai une idée.
Quoi ?
On va mettre un caillou devant la porte.
Comment ça ?
On trouve un caillou
et on le met là pour dire qu'on est passés et qu'on l'oublie pas.
- Elle est pas enterrée ici. - Je sais.
Mais c'est sa dernière demeure en Pologne, à elle et notre famille.
D'accord.
Bonne idée.
Pas celui-là...
Un, deux.
J'en ai deux.
T'en veux un ?
Merci.
Bonjour, pardon. On est américains.
Vous parlez anglais ?
Pardon, je ne comprends pas.
Je crois que c'est bon.
Je me sens con de dire "Américain, américain".
C'est ce qu'on est.
Il est contrarié ou il nous offre le petit-déj ?
Il a peut-être dit : "Montez bouffer du gâteau !"
"J'ai aussi du boudin..."
En voilà un autre.
Bonjour.
Vous parlez anglais ?
Un peu.
Bonjour. Il y a un problème ?
Mon père dit que vous avez mis des pierres devant la porte.
Oui, notre grand-mère a vécu ici et elle vient de mourir.
Mes condoléances.
Merci.
Mais pourquoi vous avez mis des pierres devant la porte ?
C'est une tradition juive.
On dépose des cailloux sur les tombes de nos disparus
pour leur dire qu'on est passé.
Mais votre grand-mère n'est pas enterrée là.
C'est sentimental, pour faire un geste.
Un geste ?
D'accord, sentim...
Je comprends. C'est gentil, je trouve.
Merci.
Un instant.
Les gars,
désolé, je comprends votre situation,
mais mon père dit que c'est...
un danger de laisser les pierres.
Une dame âgée habite ici,
elle pourrait trébucher...
- D'accord. - Compris.
- Il faut... - D'accord.
On les enlève.
Voilà.
Dans une demi-heure, nous commencerons notre descente vers New York.
Ça te dit de prendre un taxi ensemble et de venir dîner ?
Priya serait contente de te voir, et Abe
serait content de te parler de la statue de la Liberté.
- C'est tentant. - Viens.
Non, ça ira.
Vraiment ?
Prenons quand même le taxi ensemble et tu prendras ton train à Penn Station.
En fait, je crois que je vais rester un petit peu ici.
À l'aéroport ?
Oui, j'aime bien cet endroit.
- Tu croises des gens de fou. - Ah oui ?
Putain, t'es taré ! Pourquoi t'as fait ça ?
C'est comme mamie, ça t'avait fait du bien.
J'avais 18 ans, fallait me cadrer.
Bien sûr, pardon.
- Là, c'est de la pure violence. - Oui, j'ai cru que...
Ça va ? T'es rouge.
- Oui, tu m'as foutu une baffe ! - Pardon.
Je peux t'en coller une ?
Excuse-moi.
Viens.
Je t'aime, mec.
Moi aussi.
Ça va aller.
Tu le sais ?
T'es sûr ?
Pardon.
T'avais pas fini.
Allez.
À plus, cousin.
À plus.
Coucou, vous êtes là ?
Salut !
T'es rentré !
Salut, chéri.
Salut, mon cœur.
UNE VRAIE DOULEUR
UNE VRAIE DOULEUR
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.