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"Quand au Ciel un ange ne fait pas ce qu'il doit,
"Le Seigneur l'enferme dans une cellule toute sombre."
"Quand au Ciel un ange ne fait pas ce qu'il doit,
"le Seigneur l'enferme dans une cellule toute sombre."
Mon père...
LES CONFESSIONS
Bonjour.
Bonjour.
Je m'appelle Mark Klein,
je suis responsable de l'organisation de ce sommet.
Inutile de vous dire combien nous sommes ravis de vous avoir ici.
- Vous vous connaissez ? - Non... je ne crois pas.
- Bonjour. - Claire Seth.
Je sais. Je suis le père de trois enfants parmi vos millions de lecteurs.
- Et vous êtes ? - Michael Wintzel.
Je sais, j'ai un peu changé depuis...
Avez-vous rencontré notre autre invité ?
C'est lui. Roberto Salus, un moine italien.
Il paraît que c'est un écrivain, lui aussi.
Bonjour.
Claire Seth.
Salus. Roberto Salus.
J'aimerais vous parler de la réunion de demain après-midi.
Voyez-vous,
ce tableau illustre la dimension du désastre.
Deux cents millions de personnes dans le monde recherchent un emploi.
- Pouvons-nous nous voir demain matin ? - Certainement.
Merci.
Vous savez...
J'ai vécu en Italie.
J'aime beaucoup votre langue.
Auriez-vous ici un de vos livres à me donner ?
Non, je regrette.
Mes chers amis,
c'est une soirée exceptionnelle.
Le directeur du Fonds monétaire international, Daniel Roché,
nous fait l'honneur de fêter son anniversaire ici avec nous.
Je vous souhaite la bienvenue à tous,
et je te souhaite un bon anniversaire, Daniel, mon cher ami.
Chers amis, la dernière chose à laquelle je m'attendais,
était de fêter mon anniversaire.
Récemment,
j'ai pensé à John Maynard Keynes
et à sa vision de l'économie en tant que...
science morale.
Une science où il est question
de motivations, d'attentes
et d'indécision de la part de l'Homme.
Vous vous souvenez certainement de sa parabole de la pomme.
Pour le meilleur ou pour le pire, nous ne sommes pas Dieu
et nous ne pouvons pas prévoir
toutes les conséquences de nos actions.
Santé !
Santé !
Joyeux anniversaire.
Merci, je ne mange jamais le soir.
Puis-je demander qui a eu l'idée de nous inviter ?
C'est une idée de Daniel Roché.
Un jour il a dit : "Nous privons le monde de l'espoir.
"Rendons-lui au moins les illusions."
Mon père ?
C'est contre le protocole. Vous nous mettez dans l'embarras.
Par ici.
Je vous remercie d'avoir accepté mon invitation.
Pardon pour mon mauvais italien.
Nous faisons une exception pour vous.
Avec plaisir.
Oui ?
Oui, c'est bien moi.
C'est un moine cartusien.
Il en reste peu, ils suivent des règles très particulières.
- Que voulez-vous dire ? - Ils ont fait vœu de silence.
- De silence ? - Oui.
Que dit-il ?
Il lui a demandé s'il a enregistré leur conversation.
Il y a d'autres vidéos, n'est-ce pas ?
M. Roché m'a demandé de couper les caméras de surveillance.
- Et vous l'avez fait ? - Je suis désolé.
Voici l'arrivée de Salus au sommet.
Le sac qui contenait son magnétophone a été trouvé sur la tête de Roché.
Comment être sûrs que Roché ne lui a pas parlé de la manœuvre ?
De quoi ont-ils pu parler ?
Peut-être de choses personnelles.
Inviter des étrangers au sommet a été une erreur.
Non. C'était l'idée de Roché et j'ai été entièrement d'accord.
Les médias jettent toujours plus de soupçons sur nous.
Nous avons voulu nous ouvrir à des initiatives de plus haut profil.
C'était une bonne idée.
Claire est une militante de la lutte pour la dette des pays pauvres,
et Wintzel représente l'ONG la plus active dans ce domaine.
Mais le moine ? Je ne comprends pas du tout.
Représente-t-il quelque organisation humanitaire ?
Pour autant que je sache, il n'en représente aucune.
Alors, pourquoi a-t-il été invité ? Est-ce sur la demande du Vatican ?
Roché m'a demandé de l'inviter.
Il y a quelque chose que j'aimerais vous montrer.
Ce livre, écrit par le moine,
a été trouvé dans la chambre de Roché et il y a...
un passage qui a été souligné.
Je vais vous le lire.
"Quand une personne s'ôte la vie pour sauver celle d'autrui,
"ce n'est pas un suicide.
"Si les circonstances le poussent
"à s'ôter la vie pour défendre son honneur
"ce n'est pas...
"un suicide."
C'est bien osé de la part d'un moine !
Une invitation au suicide.
Je ne pense pas que ce soit un suicide.
Daniel était de bonne humeur, hier soir.
Il m'a même raconté...
- une histoire drôle. - Une histoire drôle ?
- Je peux vous la raconter. - S'il vous plaît.
Mais je ne suis pas très douée pour ça.
Un homme... a besoin d'une greffe de cœur.
Le médecin lui dit :
"Je peux vous donner le cœur d'un enfant de cinq ans."
Mais il refuse.
Trop jeune.
Le médecin réfléchit, puis dit :
"Que dites-vous du cœur d'un gérant de fonds spéculatifs quadragénaire ?"
"Non, merci,
"ils n'ont pas de cœur."
"Que dites-vous du cœur d'un septuagénaire de la Banque centrale ?"
"Je le prends !"
"Pourquoi ?"
"Parce qu'il n'a jamais servi."
Qu'attendez-vous de ce sommet, Monsieur Roché ?
Je suis optimiste, nous sortirons de cette crise.
- Très vite. - Merci.
C'est ici, en Allemagne,
que se déroule le sommet des ministres de l'Économie du G8.
Selon certaines indiscrétions,
le sommet approuvera une importante manœuvre pour affronter la crise,
ainsi que certaines actions en faveur des pays en développement.
Mais encore aucune confirmation...
J'ai peur d'avoir de mauvaises nouvelles.
La rencontre d'aujourd'hui a été annulée.
Pourquoi ?
Monsieur Roché...
est mort.
Qu'est-il arrivé ?
Je peux seulement dire qu'il a été
retrouvé mort ce matin dans sa chambre.
Était-ce...
la 2308, par hasard ?
Comment savez-vous que c'était la 2308 ?
Je vous cherche depuis une heure.
Je me suis inquiétée.
Vous savez que vous ne devez jamais vous éloigner de moi.
Bonjour, mon Père.
Puis-je vous demander ce que vous faisiez
cette nuit dans la chambre de M. Roché ?
On vous a vu en sortir à 4 h du matin.
- Nous avons parlé. - De quoi ?
- Je ne peux pas vous le dire. - Pourquoi ?
M. Roché s'est confessé.
Alors, vous devriez parler.
M. Roché est mort.
Quand ?
Peu après votre départ, j'imagine.
Comment est-ce possible ?
Nous savons que vous...
avez apporté un magnétophone dans la chambre du directeur.
C'est mon passe-temps, je l'ai toujours.
Pourriez-vous me le montrer ?
Je ne le trouve pas.
Je l'avais pourtant laissé ici.
Dans ce cas, il devrait y être encore.
Nous vous aiderons à le trouver.
La disparition du magnétophone
confirme nos pires soupçons.
Mais j'ignore pourquoi Roché aurait voulu boycotter notre plan.
Alors, pourquoi pensez-vous qu'il ait invité le moine ?
Uniquement pour se confesser ?
- Nous ne pouvons pas l'exclure. - Dans ce cas,
ce serait la première fois
que quelqu'un demande à son confesseur d'enregistrer ses péchés.
Je comprends ce qu'il dit mais pas ses soupçons sur Salus.
C'est une idée on ne peut plus ridicule.
Arrivons donc à la conclusion la plus évidente.
- C'est-à-dire ? - Qu'ils étaient d'accord entre eux.
Dans tous les cas, il nous faudra tôt ou tard informer la presse.
Quel serait l'effet le moins catastrophique
sur la stabilité des marchés ?
La thèse du meurtre ou du suicide ?
Le meurtre, sans aucun doute.
Encore mieux si de la main d'un fanatique ou d'un fou.
Ce serait un évènement fortuit.
Nous avons le week-end pour comprendre si Roché a parlé du plan à Salus.
La presse n'apprendra le suicide que lundi, à l'ouverture des bourses.
Jusque-là, je vous demande de ne pas quitter l'hôtel.
J'aimerais dire une prière pour Monsieur Roché.
M. Klein ? Il y a ici le moine.
"Donne-leur l'éternel repos, Seigneur.
"Et que brille sur eux la lumière sans fin.
"Qu'ils reposent en paix. Amen."
Avez-vous quelque chose à me dire, mon Père ?
J'imagine qu'on vous a informé.
Pourquoi a-t-il choisi de mourir ici ?
Il aurait pu le faire n'importe quand.
Pourquoi ne répondez-vous pas ?
Vous êtes le seul à savoir.
S'il vous a choisi comme confesseur, il doit bien y avoir une raison.
Vous n'avez aucune intention de parler. Je m'en vais.
Je vous en prie. Restez.
Pardonnez-moi. Je respecte votre silence.
Mais en tant qu'écrivain, je crois que les gens doivent savoir.
Vous êtes écrivain ?
J'écris des livres pour enfants.
Je pensais que vous saviez au moins cela.
Les chiffrent montrent que mes livres font gagner autant qu'une entreprise.
Cela ne semble pas vous rendre heureuse.
Je ne me sens pas coupable, si c'est ce que vous voulez dire.
- Tu as des nouvelles ? - Non.
- Et le magnétophone ? - Disparu, on dirait.
C'est ennuyeux, mais on s'en sortira tout de même.
Naturellement.
Je crois qu'Hitchcock a tourné un film sur un prêtre accusé de meurtre.
- Tu te souviens du titre ? - Oui...
- "La loi du silence". - Exactement.
Le prêtre était innocent ou coupable ?
JE VEUX SEULEMENT VOUS AIDER
Je suis ravi de vous revoir.
Je ne connais pas Claire Seth en tant qu'écrivain,
mais en tant que femme, je la trouve très attrayante.
Et mystérieuse.
Oui...
J'ai connu un écrivain à New York qui s'est suicidé de la même façon.
Un sac en plastique sur la tête.
Mais il avait eu la gentillesse de laisser un mot d'adieu.
"Je vais dormir un peu plus que d'habitude.
"Disons pour l'éternité."
Dans le cas de Roché, le mot d'adieu, c'est vous.
Ils ne vous lâcheront pas tant que vous n'aurez pas tout dit.
Je peux comprendre leur point de vue.
Je n'aime pas les secrets non plus.
Vous êtes musicien ?
- Oui. - Vous avez de la chance.
Vous n'avez pas à gaspiller votre souffle avec les mots.
Salopard !
Tu as fait ça pour saboter notre projet.
Et pour nous humilier.
"Nul ne mérite d'être loué de bonté,
"s'il n'a pas la force d'être méchant."
Sa citation préférée.
Paul Kis est sur le point d'arriver.
- Un intellectuel, c'est une mauvaise idée. - Cela vaut la peine d'essayer.
- Où est le moine ? - Klein s'en occupe.
Combien de temps avons-nous laissé à la Grèce
pour le transfert des capitaux ?
- Une semaine. - Trois jours.
Pardonnez-moi, mon Père.
Auriez-vous la gentillesse de répondre à quelques questions ?
Roché vous a confié des informations confidentielles.
C'est votre devoir de nous les révéler.
Voilà...
C'est un message chiffré. Il nous lance un défi.
Il essaie peut-être de nous dire quelque chose.
À sa façon.
S'il tente d'en parler hors d'ici...
Lundi, la Bourse...
Ce serait vraiment le comble.
Juste quand nous étions arrivés à un accord.
Pour un moine...
Que se passe-t-il ?
Il se passe que le moine est Italien.
- Il nous faut votre aide. - Comment ?
Les Anglais, les Allemands, les Américains craignent,
maintenant que Roché n'est plus là,
que l'un d'entre nous ne veuille se retirer.
Qui ?
Les seuls à avoir soulevé des objections, c'est nous trois,
vous, Maréchal et moi.
Elle a même accusé Fuchs et Wilson
de violer la Déclaration des droits de l'Homme.
Moi, je me suis rendu à l'évidence.
- Mais vous... - Moi ?
De quoi avez-vous parlé ? De dignité. De patriotisme.
Le Radeau de la Méduse.
Qui peut décider qui doit être sauvé et qui non ?
Il faut éliminer le problème du moine
et tout se remettra en place.
Avec discrétion, naturellement.
Sinon...
- Sinon ? - Sinon, c'est simple...
Mon cher ami.
Mon Père...
Merci.
Je vous ai demandé de venir car ici, personne ne nous écoutera.
J'ai fait faire une inspection.
L'hôtel est truffé de micros.
Les Américains enregistrent tout ce que nous disons.
C'est une manie.
J'ignore ce que Roché vous a dit à mon sujet
mais je ne partage pas la décision qui a été prise.
Mais...
- Je ne fais pas le poids. - Parfois, c'est un privilège.
Vous êtes le seul à qui je puisse me confier, mon Père.
J'écouterais volontiers un conseil.
- Une question aussi ? - Je vous en prie.
Vous avez des remords, vous pensez avoir mal agi ?
Non. Je ne crois pas avoir mal agi et je n'ai pas de remords à avoir.
Je crois que le moment est venu de regarder la vérité en face,
mais j'ai la conscience tranquille, je n'avais pas le choix.
- La vérité vous intéresse ? - Certainement.
Même si cela signifiait révéler les décisions que vous avez prises ?
Nos décisions sont soumises au secret, mon Père.
Comme vous avec la confession, nous ne pouvons rien dire.
Dans ce cas, il vaut mieux que je m'en aille.
Non... s'il vous plaît.
Je...
Nous, qui nous sommes opposés au plan, risquons gros.
D'autres partagent vos doutes ?
Deux collègues. Mais l'un d'eux s'oppose plus que les autres.
Madame Maréchal, la Canadienne, quelqu'un de très bien.
- Les autres ne le sont pas ? - Je n'ai pas dit cela.
Mais voyez-vous,
si quelqu'un décidait de parler
et que le secret devenait public,
des choses fâcheuses pourraient se passer.
- Quelles choses ? - Des choses...
que vous ne pouvez même pas imaginer.
Il y a un moyen de vous libérer du poids qui vous afflige.
Lequel ?
Vous confesser.
Je ne peux pas.
- Pourquoi ? - L'expérience m'a appris que...
les efforts déployés pour améliorer le monde ne font que l'empirer.
Ah.
- Je crois que nous en resterons là. - Comme vous voudrez.
De quoi avez-vous peur ?
Que mon nom,
associé à cette manœuvre, soit traîné dans la boue.
Il vous reste un peu de temps pour ne pas passer à l'histoire.
Nous vous attendions. Nous accorderez-vous quelques minutes ?
Pouvez-vous vous mettre de profil ?
Un instant seulement.
Nous allons maintenant prendre vos empreintes.
- Vous avez fini ? - Oui.
Je vous en prie.
Mon Père, vous êtes...
officiellement mis en examen pour la mort de M. Daniel Roché.
Vu les circonstances, c'est une formalité
nécessaire.
Le sac trouvé sur sa tête est celui de votre magnétophone.
Naturellement, vous avez le droit de demander un avocat.
Je n'en ai pas besoin. Merci.
Je vous conseille de ne pas vous priver de vos droits.
Et j'espère encore en votre coopération.
Une décision qui vous éviterait tous ces inconvénients.
Je n'ai pas encore compris quel genre de moine vous êtes.
Moi non plus.
Mon Père ?
Ils ne peuvent pas vous traiter comme un criminel.
Pourquoi refusez-vous de parler ?
Je comprends que vous n'ayez pas confiance en eux,
mais vous pourriez en avoir en moi.
Nous sommes du même côté.
Ils ont pris une décision qui rendra certains pays encore plus pauvres.
Mais ils ne sont pas tous d'accord.
- Certains ont des doutes. - Qui ?
La ministre canadienne.
Vu que c'est une femme, vous pourriez peut-être parler.
Vous voulez vous servir de moi.
Vous êtes libre d'agir en votre âme et conscience.
Je ne serais qu'un instrument entre vos mains.
- Entre les mains de Dieu. - Je n'y ai jamais cru.
Je vous assure qu'il existe.
Maintenant.
Ici.
Quelle durée voulez-vous donner à votre cri ?
Qui, mieux qu'un asiatique, peut comprendre votre silence ?
Roché était un homme brillant.
Mais un peu trop sûr de lui.
Savez-vous combien il demandait pour donner une conférence ?
Cinq-cent-mille euros. Parfois, un million.
Et dernièrement, il ne racontait que des blagues.
Mon Père...
Roché savait user de sa magie auprès des politiciens.
Mais si l'un d'eux objectait,
il savait comment l'isoler.
Que faites-vous ?
Couché, Rolf !
Soyez tranquille, il est bien dressé.
Bon après-midi, Madame.
Dites-moi...
Qui est ce vieux monsieur ?
C'est le propriétaire de l'hôtel.
Il souffre d'Alzheimer.
Il est très riche,
mais ne se souvient de rien.
Même pas des codes secrets de ses comptes bancaires.
Ses enfants sont désespérés.
Mon père ?
Puis-je vous parler ?
Certainement.
Je m'appelle Caterina, je travaille à la logistique d'accueil.
Nous sommes nombreux à travailler ici.
De quoi vouliez-vous me parler ?
Je crois que vous êtes en danger, mon Père.
Vous savez des choses que vous ne devriez pas savoir.
C'est le privilège de la confession.
Je sais.
"Le serviteur ne sait pas ce que fait son maître.
"Car le maître ne lui dit que l'action et non pas la fin.
"C'est pourquoi il s'y assujettit servilement et pèche contre la fin."
"Mais Jésus-Christ nous a dit la fin.
"Et vous...
"vous détruisez cette fin."
C'est une pensée de Pascal, je suis flatté que vous lisiez mes livres.
Je les admire beaucoup.
Mais certains les considèrent peu orthodoxes.
L'orthodoxie m'est indifférente.
C'est la compassion qui m'intéresse.
C'est le seul front qui vaille la peine d'être défendu.
Maintenant, si vous n'avez rien d'autre à me dire, je m'en vais.
J'ai été ravi de parler avec vous.
Et avec vous tous.
J'AI PRIS UNE DÉCISION IRRÉVERSIBLE J'ACCEPTE VOTRE INVITATION
JE VOUS ATTENDS DANS MA CHAMBRE ANTONIO VALLATI
Je ne t'attendais plus.
Asseyez-vous sur ce fauteuil.
Je préfère que vous ne me regardiez pas en face.
J'ai honte.
Cela vous fait honneur.
Mon maître, bien qu'étant un économiste de renom,
ne s'est jamais vendu.
Et vous ?
Moi, oui.
Le moine a dessiné ces deux oiseaux.
On me dit que l'un des deux
est une huppe fasciée, et l'autre un iurapuru.
- Un iurapuru ? - Oui, c'est...
un petit oiseau qui vit dans la forêt amazonienne.
On dit qu'il ne chante qu'une fois l'an, quand il construit son nid.
Ce chant est tellement extraordinaire
que tous les autres animaux se taisent.
Tu veux l'entendre ?
Savez-vous quel sentiment nous décrit le mieux ?
L'impuissance.
Un mélange...
d'arrogance et de médiocrité.
Nous sommes sélectionnés
en fonction de cette particularité...
notre pédigrée.
La souveraineté des États n'existe plus.
Des hommes comme Roché peuvent la piétiner à leur gré.
Et...
les grands patrons du monde
sont pendus à ses lèvres.
Savez-vous ce que disait Daniel ?
"Vous les Italiens avez inventé une forme de pouvoir invincible,
"mais vous n'avez jamais su le faire marcher."
Il parlait de la mafia.
Il disait aussi que les banques...
sont les sociétés secrètes modernes.
Et que, comme la mafia,
elles ne doivent rendre de compte à personne.
C'est la vérité.
En période de crise, les capitaux en jeu sont tellement élevés
que des pays entiers sont en danger.
En commençant par les plus faibles.
Madame Seth !
Vos détracteurs vous accusent d'être trop riche.
Et trop prolifique.
Je pense qu'ils peuvent tous, et royalement, aller se faire foutre.
Génial !
Bien ! Une autre question.
Madame Seth,
pouvez-vous me dire quel est votre plus gros défaut ?
J'en ai beaucoup.
Bon.
La vanité.
L'orgueil.
Et...
Et...
La tendance à vouloir être seule.
Deux à zéro pour le Canada.
Tu veux entrer ?
Un verre ?
D'accord.
- Bonne nuit. - Bonne nuit.
Bonsoir. Je suis navrée de vous déranger à cette heure-ci,
mais je vous ai vue passer et je me suis dit
que je pourrais vous demander quelque chose pour dormir.
- Entrez. - Merci.
Ça me fait plaisir de vous voir seule à seule.
Ce n'est pas tous les jours qu'on parle avec une légende vivante.
Bien sûr, je suis une de vos fans.
Je ne suis plus une enfant,
mais j'adore vos livres.
- Merci. - Cela vous surprendra,
mais dans mon travail, on n'a pas trop le temps de lire.
On n'a pas trop le temps de vivre.
À la fin, on est contraints à rester toujours entre nous.
Alors, parfois,
quelque chose d'inattendu arrive.
Une attraction qui naît à l'improviste.
Je comprends.
Mais je n'ai jamais eu...
- ce genre d'expérience. - Ah, non ?
Je le regrette pour vous. J'ai une règle :
une nuit seulement.
Et je vous assure que ça marche parfaitement, Madame Seth.
- Appelle-moi Claire. - Et toi, Julienne.
J'imagine que cela doit être stressant de devoir prendre
des décisions impopulaires.
Oui.
Pour certaines, c'est vraiment difficile.
Il reste toujours un doute.
Je comprends.
Mais malgré ces doutes,
le destin du monde repose entre vos mains.
Ce n'est pas si simple.
Nous, les économistes,
sommes au gouvernement pour arranger les choses.
Même si certains d'entre nous ont trop tendance à forcer les choses.
Un écrivain qui voudrait arranger les choses
commencerait...
par donner un sens au monde qu'il crée.
Un écrivain est libre d'imaginer ce qu'il veut.
Pas nous.
Parfois, vous donnez plus d'importance à l'idée abstraite d'austérité
qu'à ses réelles conséquences matérielles.
Il faut seulement un peu de courage.
Mon Père ?
Vous aviez raison.
Le sommet s'est réuni pour une décision sans précédent.
Maréchal n'était pas d'accord, ils l'ont obligée à dire oui.
Vous êtes le seul à pouvoir compromettre leur plan.
Que puis-je faire encore pour vous aider ?
Remettez-vous-en à votre imagination.
Bonjour, Madame. M. Berzev souhaite vous inviter à déjeuner.
- Chambre 1028. - Merci.
Paul Kis. Asseyez-vous.
Vous savez des choses que j'ignore.
- Peut-être. - Je vais être brutal, mais...
vous êtes la boîte noire d'un évènement
que vous seul pouvez relater. Si vous ne parlez pas,
la bande s'effacera toute seule.
Elle a déjà été effacée.
J'étais le meilleur ami de Daniel.
Son seul ami. Vous comprenez ce que je veux dire ?
Le suicide d'un banquier est un fait insolite.
Un artiste se suicide plus facilement.
Eux seuls n'acceptent pas que la vie soit tellement...
imparfaite.
Il faut une certaine présomption pour prétendre de changer sa fin.
Dites-moi pourquoi il s'est tué.
Il était peut-être malheureux.
Non. Un métier comme le nôtre ne permet pas d'être malheureux.
Excusez-moi, ce sont les douleurs qui se réveillent.
Mais j'ai un remède.
Je pense que...
les économistes aussi doivent prendre...
le malheur en considération.
Un certain taux de désespoir entre dans l'ordre des choses.
Donc selon vous,
la fin et la misère ne sont que des ingrédients du progrès ?
Malheureusement, oui.
Certaines formules mathématiques expliquent cela mieux que les mots.
Je préfère les mots.
Bien que je ne comprenne pas toujours les vôtres.
Un exemple concret ?
Que signifie la "destruction créative" ?
Cela signifie que pour la croissance,
l'économie doit d'abord détruire le superflu.
Comme les forêts qui se régénèrent après un incendie.
Vous comprenez ?
Qui y met le feu ?
L'imprévisibilité du système est un fait.
Les économistes suggèrent simplement d'en profiter.
Détruire pour conserver est la marque de fabrique du capitalisme.
Vous, les Italiens, êtes habitués à vivre avec les catastrophes
et vous croyez que vous pourrez toujours vous en sortir.
Mais pas cette fois.
Il faut provoquer le choc définitif.
Tailler l'arbre, faire tomber quelqu'un.
Qui ?
- Il est toujours avec vous ? - Toujours.
Une fois, il a participé à l'une de nos réunions.
Contrairement à certains collègues, il sait quand il doit se taire.
Les bergers allemands sont les piliers de la politique économique européenne.
Pouvez-vous nous révéler le sujet de votre prochain roman ?
C'est un policier. Mon premier.
Je crois que je suis... un peu fatiguée des contes de fée.
Je suis entièrement d'accord.
- Elles m'ont fatiguée, moi aussi. - Que veux-tu dire ?
Ne me dis pas que tu n'as pas compris
que nous autres politiciens employons un tas de charabia
pour nommer les choses que nous n'arrivons pas à faire.
L'inversion de la courbe du chômage...
Le retour de la croissance...
Ce n'est que du charabia pour gagner du temps.
Le véritable pouvoir est ailleurs et nous feignons de ne pas le savoir.
- Vous avez déjà un titre ? - Je dois écrire la fin avant.
Cette affaire
est plus grande que vous.
Et que moi.
On vous demande seulement de coopérer.
Pour faciliter la réalisation d'un acte de force.
Le crime,
l'injustice, la mort...
seraient impossibles si Dieu n'existait pas.
Vous vous trompez.
Il n'y a aucune utilité dans le mal.
"La dernière forme de liberté est le silence."
C'est un vers qui semble vous aller parfaitement.
Vous savez certainement qui l'a écrit.
- Un poète grec. - Un grand poète.
Pour un pays ruiné.
Certains échecs sont bien pires que les échecs financiers.
- Il est tard, nous devons y aller. - Très bien.
Rolf doit faire sa promenade, il tient à ses habitudes.
Tu veux venir avec nous ?
Je vais rester encore un peu.
Amuse-toi, alors !
Excusez-moi un instant.
Qu'y a-t-il ?
Salus. Nous allons nous en occuper.
Nous allons le garder aussi longtemps que nécessaire.
Bien. Ce moine ne nous cause que des ennuis.
- Je regrette, je dois me sauver. - Pourquoi ?
- Restez donc un peu plus... - Je regrette, mon travail...
m'attend !
- Que se passe-t-il ? - Foutez-moi la paix !
Mon Père... mon Père !
Venez avec moi !
Vous êtes en danger, n'allez pas dans votre chambre.
Il n'est pas là.
Je suis désolée...
Je vous ai espionné ces derniers jours.
Un instant !
- Je regrette de vous déranger. - Qu'y a-t-il ?
- Avez-vous eu de la visite ? - Pourquoi ?
- Mesures de sécurité. - Non.
Ne courez plus de risques pour moi, je vais m'en aller.
Non.
Restez.
Venez, asseyez-vous.
Je suis assez instable.
Je dois prendre... des pilules.
Dites-moi quelque chose sur vous.
Avez-vous déjà aimé quelqu'un ?
Non, ne vous en faites pas.
J'aime enregistrer le chant des oiseaux.
Durant ces années de silence, j'ai pu en enregistrer des milliers,
et ici, j'en ai trouvé des magnifiques.
Si vous voulez, je vous les fais écouter.
Il faut que je parte.
Nous sommes heureux que vous ayez voulu nous voir
et que vous ayez décidé de parler.
Allez-vous nous dire ce que Roché vous a confié ?
En se confiant à vous,
M. Roché a commis une grave erreur.
Les arguments de nos réunions sont extrêmement délicats,
et par conséquent secrets.
Cela fait de vous une menace potentielle pour la démocratie.
Vous n'avez pas l'air de comprendre de quoi il est question.
Je commence à m'en faire une idée.
Mon Père,
dites-nous seulement ce que Roché vous a confié à propos de nos décisions.
Je ne vous le dirai pas.
Vous rendez-vous compte des conséquences de votre comportement ?
Pardonnez-moi, mais qui êtes-vous ?
Cela n'a aucune importance.
Nous ne voulons pas vous contraindre à agir contre votre volonté,
ni à biser le secret de la confession.
Mais ici, les enjeux sont plus grands que les intérêts individuels.
Il n'est pas trop tard pour changer d'avis.
Maintenant, vous allez trop loin !
Votre attitude va contre la civilisation !
Vous et moi n'avons pas le même concept de civilisation.
Nous vous avons offert une possibilité,
mais il est impossible de trouver une solution avec vous !
C'est vrai. Mais si vous insistez,
je peux vous montrer quelque chose.
Donnez-moi de quoi écrire.
Mon Père, vous pouvez écrire ici.
- Ici ? - Oui.
Comme si c'était une feuille de papier.
S'il vous plaît, excusez-nous un instant, mon Père.
Suivez-moi.
S'il vous plaît.
Mes sherpas le considèrent comme un algorithme cohérent.
Et un véritable petit bijou.
Ils tentent de le déchiffrer,
mais il semble indiquer un processus stochastique.
Mes experts craignent d'y voir un code
pour déchiffrer les engagements hors bilan,
les SIV, toutes les entreprises fictives.
Que dites-vous ?
Qu'il pourrait s'agir d'un code pour déchiffrer
les opérations hors bilan des grandes banques.
Voyez-vous ce que cela signifie ?
N'oubliez pas que Roché était le seul ici à prévoir l'avenir.
C'est lui qui nous a sortis de la crise de 2008.
En laissant cette équation au moine il a voulu nous dire une seule chose :
nous sommes dans la merde.
Jusqu'au cou.
Mon Père, êtes-vous sûr de ne rien vouloir ajouter ?
Et êtes-vous sûrs d'être tous d'accord à propos de cette manœuvre ?
Naturellement.
En réalité...
Je ne le suis plus.
- Vallati, que dites-vous ? - Je suis contre.
Absolument contre.
Je suis contre également.
Et je n'ai plus l'intention de changer d'avis.
Je ne crois pas que ce soit le moment, dans ces conditions,
de discuter encore de cela.
Ne vous inquiétez pas. Rolf, assis.
Rolf !
Je crois qu'il vaut mieux que je vous laisse seuls.
Pour réfléchir.
Il y a trop de signaux négatifs.
L'équation est la preuve irréfutable qu'il sait.
Continuer serait une folie, après ce qui s'est passé.
Merci.
Qu'attendez-vous de moi ?
Le pardon.
Seul le Seigneur sait et juge.
Il ne m'appartient pas de juger.
Vous avez l'habitude de vous demander : "Que vais-je gagner en échange ?"
Mais Dieu, que gagne-t-il ?
Vous pensez pouvoir choisir que dire ou ne pas dire.
Mais vous me cachez la chose la plus importante.
- Laquelle ? - La manœuvre approuvée hier.
Et que vous-même avez comparé à l'Apocalypse.
La miséricorde de Dieu est infinie.
Mais si votre repentir n'est pas total, je ne peux pas vous absoudre.
Il y a bien longtemps que je ne fréquente pas le monde.
Mais je connais la douleur de l'Homme.
Chaque jour, quelque part,
on nous demande d'éviter que des innocents souffrent.
Mais qui fait en sorte que cela n'arrive pas ?
Qui a la force de bloquer ceux qui sont devenus étrangers au bien ?
Notre frère Roché est entré dans ce que l'on appelle l'éternel repos.
Et nul ne pourra plus lui demander de répondre de ses secrets.
Même pas les hommes les plus importants de la planète.
Ces hommes sont les mêmes dont le Seigneur a dit un jour :
"Comme un cage est pleine d'oiseaux, leurs maisons sont pleines de fraudes.
"C'est pourquoi ils sont devenus grands et se sont enrichis.
"Ils sont brillants d'embonpoint,
"dépassent toute mesure dans le mal,
"ils ne défendent pas la cause de l'orphelin,
"ils ne font pas droit aux indigents.
"Ne châtierais-je pas ces choses-là ?
"Ne me vengerais-je pas ?"
La disparition tragique et improviste de Daniel Roché
nous a empêché de définir les mesures nécessaires
à la réorganisation du système.
Il s'est suicidé.
Chaque jour, il se passe des choses horribles,
épouvantables.
Et je me demande si quelqu'un
regrette d'être mauvais. Personne ne se demande : "Qu'ai-je fait ?"
Ne vous fatiguez pas à accumuler des trésors sur terre.
La rouille, les mites les consumeront et les voleurs les voleront.
Malheur à vous qui payez scrupuleusement vos impôts
et laissez de côté l'espérance,
la justice, la compassion.
Donnez et il vous sera donné.
On vous mesurera avec la mesure
dont vous vous serez servi.
Rolf !
Comment t'appelles-tu ?
Rolf ?
Ça ne me plaît pas.
Que dirais-tu si dorénavant je t'appelais...
Bernardo ?
Viens, Berni, viens.
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