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Comment une gentille fille comme toi se retrouve-t-elle dans un milieu pareil ?
J'�tudiais le piano au Conservatoire.
Chopin, Debussy, etc.
Lors de mon 1er r�cital, le couvercle du piano s'est brusquement referm�.
Trois doigts cass�s et un r�ve bris�.
Apr�s, plus rien n'importait,
du moment que je pouvais nous nourrir, mon petit chien et moi.
Merci.
Puis-je te poser une question ?
Pourquoi une fille comme moi fait-elle ce m�tier ?
Je suis Belge. Mes parents �taient missionnaires au Congo.
Je pr�f�re ne pas en parler.
- Je comprends. - Il ne me reste plus que ma s�ur.
Elle est � l'h�pital, transfus�e trois fois par jour.
Sais-tu combien co�te un litre de sang ?
Merci.
D�sol�, toutou. Comment s'appelle-t-il ?
C'est une fille. Coquette.
- Et toi ? - Irma. On m'appelle Irma la Douce.
Je ne sais pas trop pourquoi.
Moi, si. C'est combien, en dollars ?
Cinq dollars. D'ailleurs, j'ignore quel est mon vrai nom.
Je viens d'un orphelinat de Cherbourg, d�truit pendant la guerre.
J'envoie des sous pour sa reconstruction. J'ai d�j� pay� pour toute une aile.
C'est tout ce que j'ai sur moi.
Il a �t� d�truit par la 8�me division a�roport�e am�ricaine.
Si tu voyais ces pauvres orphelins. Ils dorment par terre, sous la pluie.
Il n'y a ni lits, ni toit.
Tu prends les ch�ques de voyage ?
Voici l'histoire d'Irma la Douce,
pleine de passions, de violence, de d�sir et de mort.
Bref, ce qui fait que la vie vaut la peine d'�tre v�cue.
Le lieu.: Paris. L'heure.: cinq heures du matin.
Les d�pliants touristiques disent que Paris ne dort jamais.
N'en croyez rien.
� cette heure-l�, tout dort,
sauf les services de nettoiement.
Il est trop tard pour un dernier verre chez Maxim's.
C'est ferm� depuis longtemps.
Il est trop t�t pour sauter de la tour Eiffel.
Elle n'ouvrira pas avant longtemps.
Si vous cherchez de l'animation, oubliez les quartiers hupp�s.
Venez plut�t vers chez nous.
Voici les Halles, le march� alimentaire de gros.
On l'appelle ''le ventre de Paris''.
Gardez vos Champs-�lys�es et votre palais de Versailles.
Voil� un endroit qui me convient.: bagarreur, vulgaire, puant, mais vivant.
B�uf du Charolais, porc du P�rigord,
agneau de Bretagne, veau de Normandie.
Cervelle, rognons et tripes.
Pieds de porc et t�tes de veau attendent leur vinaigrette.
Saumons de la Loire, soles de la Manche,
homards de Corse,
hu�tres de Dieppe, sardines de Lorient.
Asperges d'Argenteuil, oranges de Valence,
melons de Cavaillon, choux d'Aubervilliers.
Mais l'homme ne vit pas que de chou.
Et si c'est pour �a que vous �tes venu, allez rue Casanova.
C'est l� qu'on trouve les filles, les ''poules'', si vous pr�f�rez.
Vous aurez Kiki la Cosaque, Annie l'Amazone,
Lolita, Suzette Wong, Mimi la Mau-Mau,
et bien s�r, Irma la Douce.
Elle est n�e ici, dans un camion, derri�re le march� aux poissons.
Comme les autres filles, elle prend son caf� au bistrot d'en face.
En voici le propri�taire, Moustache.
Il serait un voleur de poules roumain,
nomm� Constantinescu, mais son caf�
s'appelait d�j� ''Chez Moustache'' et autant se laisser pousser la moustache
que d'acheter une nouvelle enseigne.
Parfois, des riches voulant s'encanailler viennent prendre une soupe � l'oignon.
Mais la client�le est surtout constitu�e de ''poules'' et de leurs ''macs''.
Savez-vous ce qu'est un mac ? Comment pourrait-on dire ?
Un protecteur, un associ�, un manager ?
Restez dans le coin et vous verrez.
- �a marche ? - Pas trop mal.
Surtout les pourboires. J'ai eu quelques vrais pigeons.
- Si seulement tu avais une jumelle. - Merci.
- C'est quoi ? - Quoi donc ? Oh, �a.
Le dernier m'a donn� un ch�que de voyage.
Tu trouves �a bien de me cacher �a ?
- Ce n'est que dix dollars. - T'allais pas m'en parler ?
C'�tait pour m'acheter un s�choir � cheveux.
Un s�choir ? On est associ�s et tu voudrais m'arnaquer ?
- L�che-moi, Hippolyte. - La d�ontologie, �a existe.
Tu me fais mal, sale brute !
Si t'es pas contente, trouve-toi un autre type.
- �a ne saurait tarder. - Pourquoi attendre ? Vas-y.
Je la prends quand tu veux.
Ah oui ?
- C'�tait une blague, Hippolyte. - Une blague ?
Tu vois quelqu'un rigoler ?
Repars au turbin.
Sale brute.
Ainsi fonctionnait cette grande famille.:
les ''macs'', les ''poules'', et les ''flics'',
ou les poulets, si vous pr�f�rez.
Vos politiciens parlent de cohabitation pacifique,
mais dans notre milieu, on la met en pratique.
La police a choisi d'adopter le laisser-faire,
ce qui rapporte � certains des revenus substantiels.
Un vendredi sur deux, les flics font une descente, pour la forme.
Quelques poules sont embarqu�es, elles payent une amende,
et reviennent sur le trottoir 24 heures plus tard.
C'�tait un arrangement � l'amiable.
Tout le monde fermait les yeux et se taisait.
Personne n'�tait bless�, � l'exception d'une �ventuelle mouche.
Mais un jour, un d�sastre advint.
Un policier honn�te fit sa ronde.
Coquette. Viens, Coquette. Vilaine fille.
Pardon, avez-vous une autorisation ?
- Non. - C'est une infraction � l'article 56.
En g�n�ral, ils laissent faire.
Pas moi. Et la loi stipule qu'il doit �tre tenu en laisse.
En laisse ?
Bien s�r. Je m'en souviendrai.
Attendez.
Que faites-vous toutes ici � une heure si matinale ?
Les autres, je sais pas. Moi, je prom�ne mon chien.
- Je vois. - Je dois le faire souvent.
- Elle a des calculs r�naux. - C'est terrible.
Sans vouloir vous offenser...
D�sol�e.
Je n'ai jamais vu de fille en bas verts.
C'est pour aller avec mes dessous.
Des dessous verts ?
- Vous �tes nouveau, hein ? - C'est mon premier jour.
- Je me disais bien. - Je suis policier depuis six mois.
J'�tais au bois de Boulogne. Au terrain de jeu.
- J'y ai eu cette m�daille. - Pour les chasser de la pelouse ?
Non, j'en ai sauv� un de la noyade.
Ils m'ont jug� digne d'�tre transf�r� ici.
- Vous vous plairez, ici. - Je n'en sais trop rien.
Vous devriez le promener ailleurs.
- Pourquoi ? - Ces filles, l�.
Quelque chose me dit qu'elles font le trottoir.
- Non ? - Oui. Je les rep�re � 100 m�tres.
Dis, j'ai termin�, alors si t'es libre...
- Pardon ? - C'est moi, le vendeur d'artichauts.
- Je n'en veux pas. - Qu'est-ce que t'as ?
Tu veux que j'aille voir Kiki ?
- Cet homme vous importune ? - Non, c'est bon. Plus tard.
Mais je n'ai qu'une demi-heure.
�coutez, monsieur l'agent. Il y a un camion en double file.
- Faites votre travail. - Peut-�tre bien.
- Il prend son travail au s�rieux. - J'essaye.
- On se reverra. - C'est fort possible.
- Monsieur l'agent. Un cognac ? - Je ne bois pas quand je travaille.
D'ailleurs, je ne bois jamais. Un verre de Vichy, peut-�tre.
Vous cherchez quelque chose ?
- Que savez-vous de cet h�tel ? - Casanova y a dormi en 1 763.
Je ne parle pas de �a. J'ai vu quatre couples y entrer.
Le lundi, c'est toujours calme.
Avez-vous une vague id�e de ce qu'ils font l�-dedans ?
J'en ai une id�e tr�s pr�cise. Ils font l'amour.
- C'est ill�gal. - Dans quel monde vivons-nous ?
L'amour est ill�gal, et non la haine.
On peut ha�r o� et quand on veut.
Mais si on cherche un peu de chaleur, une �paule ou un sourire r�confortants,
il faut se cacher comme un criminel.
- Ce n'est pas de l'amour. - Vous parlez comme un petit-bourgeois.
C'est du vice flagrant et il faut l'�radiquer.
Mon enfant, votre pens�e est floue et �conomiquement non viable.
Et je sais ce que je dis.
J'ai �t� professeur d'�conomie � la Sorbonne.
- Professeur ? - Mais c'est une autre histoire.
Les honn�tes citoyens doivent �tre prot�g�s contre ce fl�au.
Prenons-en un, mari� depuis 20 ans. Il vend des landaus toute la journ�e.
Le soir, il cherche � se divertir.
Il va donc rue Casanova. Une fille le divertit,
il la paye, elle donne l'argent � son petit ami,
le petit ami le d�pense au caf� ou aux courses.
Parfois, il donne un peu d'argent � un policier.
- Soudoyer la police ? - Justement.
Le policier accepte et ach�te un landau � l'honn�te citoyen.
Ainsi, l'argent circule.
Tout le monde est prosp�re et heureux.
- Je n'y crois pas. - C'est �l�mentaire.
Un policier n'accepterait pas d'argent.
Tous n'en prennent pas.
Les sup�rieurs ont des accords plus intimes avec les filles.
Eh bien, il y a au moins un policier int�gre.
Connaissez-vous le num�ro du commissariat ?
Centre 5288. Mais je serais moins imp�tueux, � votre place.
Prenez votre Vichy.
Le commissariat ? lci l'argent Patou. Envoyez une fourgonnette rue Casanova.
Infraction � l'article 34 du code p�nal.
Encombrer le trottoir, c'est le 43. Non, outrage aux bonnes m�urs.
Voil� un autre couple. Je vais les �pingler.
Vous cherchez les ennuis.
�tre honn�te ici-bas, c'est comme plumer un poulet contre le vent.
Vous finirez la bouche pleine de plumes.
Je sais ce que je fais.
- Vous avez une alarme � incendie ? - Une alarme... ?
Oui, elle est l�.
Elle est en parfait �tat de marche.
O� est le feu ?
L�.
Oh, non, �a br�le !
Pas question. Tu es en �tat d'arrestation.
Tr�s bien ! Tr�s bien, tout le monde. La f�te est finie !
- Les filles ici, les hommes l�. - Qu'y a-t-il ?
- Une rafle. - Un lundi ?
- Mais c'est le vendredi. - Je peux prendre mes bas ?
- Non. Allez. - Tu me dois la moiti�.
- C'est pas ma faute. - J'ignore de quoi elle parle.
- Je lui vendais des articles. - Allez.
C'est fini.
C'est honteux d'effrayer ainsi une pauvre b�te.
On devrait vous retirer ce chien. Vous �tes une m�re indigne.
Silence !
Je vais laisser les hommes partir. Votre nom ?
Jacques Casanova.
- Et le v�tre ? - Andr� Casanova.
- Vous �tes Pierre Casanova, j'imagine ? - Non, le g�n�ral La Fayette.
� la retraite.
- Tr�s bien, on recommence. - Et vous, votre nom ?
Je suis l'agent... C'est moi qui pose les questions.
Je vous ferai renvoyer.
- La ferme. - Savez-vous qui je suis ?
Tentative de corruption, hein ?
Arri�re, tout le monde. Allez, mesdames. C'est parti.
- Montez. - Doucement.
- Allez, hop. - Attention � la matraque.
- Pas touche � la marchandise. - Montez.
- Du calme. - Allez.
Allez, on y va. Montez.
Allons-y. Allez. Une seconde.
- lnterdit de fumer. - Vous vous prenez pour De Gaulle ?
- Montez. - On est cens�s faire quoi ?
- Toucher l'allocation de ch�mage ? - C'est le nouveau flic.
Je le coincerai sans uniforme, et...
Montez. Allez.
� qui cela appartient-il ?
Vous m'aidez � fermer ma robe ?
Pouvez-vous me tenir ceci ?
H� !
Dites, faut vraiment qu'on aille au poste ?
La derni�re fois, on est all�es � Deauville.
Quel week-end ! 18 filles et trois policiers.
Et ils n'�taient pas mignons comme vous.
- �a vous dirait, un harem ? - Comme un roi.
Le roi Farouk.
Regarde, il rougit.
- Il est trop jeune. - Peut-�tre qu'avec une moustache,
il aurait l'air plus vieux.
Tr�s bien !
Au premier geste, je n'h�siterai pas � m'en servir.
�a suffit. Laissez-le tranquille.
- Il peut se d�fendre. - Non.
Vous savez ce qu'il faisait, avant ? Il surveillait des enfants.
N'allez pas dans les buissons.
- Ne parlez pas aux inconnus. - Et ne jouez pas au docteur.
- Vous avez perdu �a. - Merci.
- Vous, vous �tes gentille. - Elles blaguaient, c'est tout.
Le coup a failli partir. Navr� de vous enfermer.
C'est pas grave. J'ai besoin de repos.
Agent Patou et 16 femmes soup�onn�es d'outrage aux bonnes m�urs.
- Et un caniche. - Combien ? Seize ?
Le lundi, c'est calme. Je ferai mieux apr�s.
- Ah oui ? - S�rement.
All� ?
Ne vous inqui�tez pas pour elle, on lui donnera � manger.
Merci, mais pas de viande de cheval.
- Ses calculs r�naux, rappelez-vous. - H�, Patou !
- L'inspecteur veut te voir. - L'inspecteur ? Vous avez entendu ?
- Il veut me voir. - Pour vous donner une m�daille ?
Vous croyez ? Pas le premier jour.
- Par ici. - D'accord.
Entrez !
Agent Patou au rapport. Vous m'avez demand�.
- Vous �tes le nouveau ? - Oui.
J'ignorais quelle t�te vous aviez.
- Vous m'avez d�j� vu. - Ah bon ?
� l'h�tel Casanova.
Que faisais-je l�-bas ?
- Aucune id�e, mais j'y ai fait une rafle. - Qui vous y a autoris� ?
Je l'ai fait de ma propre initiative. Infraction �vidente � l'article 34.
Avec vous comme t�moin, on peut les inculper.
Votre uniforme est dans un �tat !
Elles �taient seize et elles se d�battaient.
Et je me suis aussi d�battu.
J'ai perdu mon arme. Mais je l'ai r�cup�r�e.
- �tez votre k�pi devant moi ! - Bien.
Ch�ri, tu devrais enlever ces v�tements tremp�s.
Je t'aiderai.
Regarde qui voil�.
Un Vichy ?
Un cognac. Pour m'�ter le go�t de plume de la bouche.
- Vous avez fini le service ? - D�finitivement.
- J'ai �t� vir� des forces de police. - Sans blague ?
La totale. insubordination, corruption et un bouton manquant.
Ils m'ont retir� ma m�daille et m'ont vir� de la caserne.
�a me rappelle mon expulsion de l'arm�e. � Marrakech.
J'�tais colonel dans la L�gion �trang�re.
Avant ou apr�s avoir �t� professeur d'�conomie ?
J'ai aussi �t� croupier � Monte-Carlo. Mais c'est une autre histoire.
Encore un.
Qu'allez-vous faire ?
J'ai cherch� du boulot un peu partout.
Les douanes, les �boueurs. Mais quand est cong�di� honteusement,
on n'est pas digne de nettoyer les �gouts.
�a m'ennuie de voir un jeune homme d�faitiste.
Le monde est plein d'occasions � saisir. Regardez.
Jojo le Manchot: il faisait sauter les coffre-fort,
jusqu'� ce qu'il mette trop de nitroglyc�rine.
Et Charlie de Casablanca. Il y a cinq ans, il n'avait que ses chaussures trou�es
et des cartes postales cochonnes.
Ou Hippolyte la Brute, il �tait pickpocket au march�.
Ils sont partis du bas de l'�chelle, mais ils �taient ambitieux et pers�v�rants.
Maintenant, ils ont r�ussi. Ils sont � la retraite. Les filles bossent pour eux.
Je ne suis pas fait pour le crime.
Vous vous sous-estimez encore.
Je pourrais voler un portefeuille, ou faire sauter un petit coffre,
mais paresser dans un caf� alors qu'une fille, dans la rue... jamais.
Vous faites encore votre petit-bourgeois.
La vie, c'est la guerre. Et personne ne peut �tre objecteur de conscience.
- Des cigarettes. - Des Gitanes !
- Bonsoir. - Bonsoir.
- Sale temps, hein ? - �a ne rate jamais.
Et moi qui lui ai fait sa permanente aujourd'hui.
Mets-les sur ma note.
Je peux vous offrir un verre abordable ?
Pourquoi pas ? Un th� � la menthe, c'est dans vos moyens ?
- S�rement. - Et un th� � la menthe, un.
- Nous voil� encore r�unis. - Encore ? On a d�j� �t� ensemble ?
Sans l'uniforme, vous devez pas me reconna�tre.
L'uniforme ? Ah, il y a un mois...
Le marin avec Brigitte Bardot tatou�e sur la poitrine ?
Non, ce matin... Je vous ai arr�t�e.
Bien s�r. D�sol�e, j'oublie toujours les visages.
Combien de temps �tes-vous rest�e au poste ?
- Une heure. - J'�tais dehors bien avant vous.
- Du sucre ? - Merci.
Quels sont les tarifs de cet h�tel ?
- Pourquoi ? - Je cherche une chambre.
On paye � l'heure. C'est bien trop cher.
Et ils n'acceptent pas les bagages.
Irma !
Fais voir.
- C'est tout ? - C'est � cause du temps.
Sors et d�brouille-toi.
- J'ai le droit de me s�cher, d'abord ? - Dehors. J'ai pas arr�t� de perdre.
Quand j'�tais de ronde, je portais 2 paires de chaussettes.
- Essayez. - Et des cale�ons longs ?
Bien s�r. Et je fourrais un journal sous ma veste pour avoir chaud.
Dans mon secteur, y a de la concurrence.
Au moins, vous allez � l'int�rieur de temps en temps pour vous allonger.
- Pardon. - C'est pas grave.
Vous devriez arr�ter. Les encha�ner, comme �a.
- M�lez-vous de vos oignons. - Si vous voulez que le tabac vous tue...
On m'a demand� des trucs extravagants, mais jamais d'arr�ter de fumer.
Je dis �a parce que je vous aime bien.
� Dijon, je suis tomb� amoureux d'une fille...
- Et je vous la rappelle. - Vous �tes tr�s diff�rente.
Mais elle fumait 60 cigarettes par jour et toussait tout le temps.
Qu'est-ce que tu fais encore l� ? J'ai dit dehors.
- Vous nous interrompez. - Nous ne faisions que parler.
- Du tabac. - Parle pendant ton temps libre.
Je vous conseille vivement de l�cher cette dame.
- Ah, c'est vous. - Je vous donne cinq secondes. Une,
deux, trois, quatre... cinq !
C'est mieux.
Dehors.
Et pas d'excuses. Il me faut 100 francs.
H�, attention. C'est un nouveau chapeau.
�a t'a suffi ?
Maintenant, je suis en rogne.
Je suis vraiment en rogne.
Et �a fait de moi un vrai tigre !
Vous entendez, les gars ? C'est un tigre.
H�, les filles ! Une bagarre.
Tr�s bien... � qui le tour ?
Un cognac.
�a vous dit, un autre th� ?
Non, merci.
Mets tout sur ma note.
- Et si on y allait ? - �a vaudrait mieux.
J'en ai marre de cet endroit.
- O� allons-nous ? - Chez moi.
- Vous n'habitez pas � l'h�tel ? - Non, c'est mon lieu de travail.
Allez, tu vas �tre tremp�.
Ne t'attends pas � un palace.
Mais pas du tout.
- Je n'ai ni tapis, ni frigo. - S'il y a un canap�...
Ni canap�.
Il me faut aussi des rideaux.
Ils r�parent le toit d'en face, et je dors toute nue.
Il est temps qu'ils r�parent... Vous dormez sans rien ?
Un masque pour dormir, c'est tout.
Alors, �a va. Car de toute fa�on, ils ne pourraient vous reconna�tre.
Mais j'ai une couverture �lectrique.
Un cadeau d'un type de l'ambassade am�ricaine.
C'est chic, �a, par un temps pareil.
Mais elle ne marche pas. Ce n'est pas le m�me type de courant.
- Dommage. - T'en fais pas, t'auras pas froid.
Je ne m'en fais pas.
C'est charmant. �a a une vraie atmosph�re.
C'�tait un atelier. Un peintre vivait ici, avant.
Pour survivre, il a tout essay�. M�me de se couper l'oreille.
- Van Gogh ? - Non, il s'appelait Schwartz.
Je suis moi-m�me artiste, le croirais-tu ?
- Je veux bien le croire. - Tu vois ce lit ?
Oui ?
C'est moi qui l'ai peint.
Tr�s beau travail.
Il �tait affreux quand je l'ai trouv� aux puces.
- Je peux prendre un journal ? - Tu veux lire ?
Bien s�r que non. Je peux enlever les bas ?
Bien s�r. Vas-y.
Dis donc, tu es dr�lement timide.
Moi ? Timide ?
Pas vraiment. Mais c'est que... Le monde dans lequel on vit...
On peut ha�r o� et quand on veut,
mais pour aimer, il faut se cacher comme un criminel.
Je suis contente qu'il y ait eu cette fille, � Dijon.
- Vraiment ? - Parce que dans le panier � salade,
j'ai cru que tu n'avais jamais...
Ce n'�tait pas la seule. J'ai eu plus d'une fille dans ma vie.
- Combien ? - En tout ?
- Voyons voir. - Trois ?
Pas autant que �a. Mais...
Comment t'appelles-tu ?
Nestor. Nestor Patou.
N'y passe pas la nuit, Nestor Patou.
Je me d�p�che.
Et votre masque pour dormir ?
Tu es un dr�le d'oiseau.
Que se passe-t-il ? Que fais-tu ?
Irma !
Irma !
Irma...
O� es-tu, Irma ?
O� es-tu, Irma ?
Qu'est-ce que tu fais l� ?
Il est 4 h de l'apr�s-midi.
- Reviens. - Qu'est-ce qui te prend ?
Je ne sais pas. Je suis devenu accro.
Irma !
- Qu'est-ce que tu veux ? - Te parler !
Va te faire voir !
Je monte chercher mes v�tements.
Une seconde.
Qui c'est ? Cette grosse brute ?
Si vous voulez parler en priv�...
Non, reste l�.
Attrape.
Et mes costumes, mes chemises de soie et mes bijoux ?
Tu es arriv� avec �a, c'est avec �a que tu repars.
Sale petite...
Tu as de la veine que je ne t'arrache pas ta dent en or !
Je vais monter te casser le bras !
Vraiment ?
Le Tigre.
Viens par l�.
Tu veux que mon copain te refasse le portrait ?
Tu auras de mes nouvelles.
Et t'approche pas !
- Tu pourrais lui mettre une autre racl�e ? - Bien s�r.
Mais je n'aime pas m'attaquer � plus petit que moi.
Comment t'es-tu retrouv�e avec un type pareil ?
Si t'avais vu l'autre. Il �tait m�chant,
et en plus il fr�quentait d'autres femmes, avec mon argent.
Pourquoi te faut-il quelqu'un ?
On a tous besoin de quelqu'un.
Coquette a besoin de moi. Qui veut �tre un chien errant ?
Il faut appartenir � quelqu'un, m�me s'il cogne de temps en temps.
- Tu n'as pas de famille ? - Non.
Ma m�re faisait fureur.
Elle occupait le m�me emplacement que moi.
Un jour, elle s'est entich�e d'un type, et elle a tout plaqu�.
- Tr�s romantique. - Romantique ? C'est idiot.
Laisser tomber sa carri�re, pour quoi ? Un plouc du march�,
qui s'est tu� � tra�ner des carcasses.
Il �tait trop tard pour que ma m�re revienne.
Elle a fini caissi�re au march� aux poissons.
Heureusement, elle n'a pas �pous� mon p�re.
Tu n'es pas une enfant... l�gitime ?
Tout � fait.
Avec un tel milieu familial, j'aurais pu mal tourner.
Je sais que les affaires marchent, mais il existe d'autres boulots.
Ce n'est pas un boulot, mais une profession.
Bien s�r.
Il en faut, mais maintenant que je te connais mieux...
On me dit toujours �a. L'autre soir, j'ai vu un type
qui me trouvait trop bien pour �a. Tu sais ce qu'il fait ?
- Croque-mort. Je te demande un peu. - Demander quoi ?
Pourquoi la plupart me font la morale ?
Tu n'es pas de ceux-l�, hein ?
Qui, moi ? Oh, non.
Avant, j'en �tais.
J'�tais un petit-bourgeois, mais c'�tait hier. J'ai chang� depuis.
Elle ne m'aime pas trop.
Il va falloir vous entendre, si tu restes vivre ici.
- Vivre ici ? - Pourquoi ? Cette id�e te d�pla�t ?
Non, au contraire.
Mais je n'avais pas d'id�e sur la question.
- Tu n'as que �a ? - Mon uniforme et ma trousse de toilette.
Essaye l'un des costumes dans la penderie.
Vas-y.
Essaye le marron pour voir. Celui � rayures. Il le portait jamais.
Il le trouvait trop classique.
Les manches sont un peu...
T'en fais pas pour �a. Il y a un chapeau melon assorti.
- Et les jumelles ? - C'est pour aller aux courses.
Elles grossissent beaucoup.
- Qu'y a-t-il ? - C'est le mauvais bout.
- Tu veux que je me retourne ? - Non, je parle des jumelles.
Je parie que personne t'a vue ainsi.
- Perdu. - � travers des jumelles ?
Ne parie pas.
Au d�but, je t'ai trouv�e jolie. J'avais tort.
Tu es magnifique.
- T'as pas d� faire la mise au point. - Sans maquillage, on te donnerait 1 4 ans.
� 1 4 ans, je me maquillais pour en para�tre 1 7.
- Et ensuite, � 1 7 ans... - Laisse tomber.
Je ne veux pas savoir.
- J'ai l'air ridicule. - Fais-le ajuster.
Am�ne-le chez Maurice, le tailleur.
Mais je ne porterai pas le chapeau.
Il le faut. �a va ensemble.
Le costume, le chapeau, les jumelles. Pour aller aux courses.
J'aurai pas le temps d'aller aux courses. Je dois trouver du boulot.
- Comment �a, du boulot ? - Je peux en trouver sur le march�.
D�charger les camions, nettoyer les �tals...
Qu'y a-t-il ?
Qu'est-ce que j'ai dit ?
- Tu veux me rabaisser. - Te rabaisser ?
De quoi j'aurais l'air, si tu travaillais ?
Les autres penseront que je ne peux entretenir mon homme.
Je veux que tu sois le mieux habill�.
Je veux que tu aies plus d'argent. Je veux �tre fi�re de toi.
Tu ne comprends pas. Je n'ai jamais ressenti �a pour personne.
C'est pour �a que je vais travailler deux fois plus dur pour toi.
� ton tour.
H�, le Tigre.
Je n'ai plus envie de jouer. Remplacez-moi.
- Sers-moi. - Cognac ? Pastis ? Calva ?
Oui, et dans cet ordre.
Arr�te donc ce satan� juke-box.
O� est le probl�me ? Une mine d'or travaille pour toi.
- Arr�te, toi aussi. - Je cherche Irma.
- Celle avec le toutou ? - Elle est pas l�. Va-t'en.
J'�tais � Tanger, � Naples, au Caire.
J'en ai rencontr� des madame, mais aucune comme Irma.
- Tire-toi. - Qu'y a-t-il ?
Je sais. Tu es le type qui a Brigitte Bardot de tatou�e sur la poitrine.
T'es cingl�, ou quoi ?
- Elle conna�t deux marins. - Quelle fa�on de traiter les clients !
Je suis jaloux. Je perds la t�te.
Faut croire. Un mac amoureux de sa poule. Tu es un impresario.
Tu as Pavlova et elle doit danser que pour toi ?
C'est un don divin. Il faut le partager avec les autres.
Encore.
- Voil� le toutou. - Allez, le marin, rame encore.
Quelle soir�e ! Ils ont tous la m�me id�e en t�te.
C'est la pleine lune. Pas le temps de reprendre mon souffle.
- Comment va mon ch�ri ? - Tr�s bien.
C'est faux. Il est grognon.
On peut arranger �a. J'ai un cadeau pour toi.
- C'est quoi ? - Une �pingle de cravate.
- J'en ai pas besoin. - Mais si.
Charlie de Casablanca en a une. Celle-l� a des saphirs.
- On y va. - O� �a ?
- � la maison. - Il n'est qu'une heure.
Des Gitanes. J'arr�te jamais avant cinq heures.
- Prends ta nuit. - Partir du boulot, comme �a ?
- D�cevoir les habitu�s ? - Qu'ils aillent se faire voir.
Et si on partait pour la semaine ?
Et de quoi vivrait-on ?
Je risque de perdre mon emplacement.
- Elle a le meilleur. - On n'est jamais ensemble.
Tu es dehors la nuit, tu dors la journ�e.
Si seulement M. Camembert �tait encore l�. Tu te rappelles ?
- Bien s�r, le prodigue. - Qui est M. Camembert ?
Il vendait du fromage au march� de gros.
Il me voyait deux fois par semaine, me donnait 500 francs,
et je ne voyais personne d'autre. J'avais du temps libre.
J'ai appris la cuisine, j'ai tricot�, fait des r�ussites.
Il �tait si gentil.
Que lui est-il arriv� ?
Sa femme est morte. Il n'est plus venu.
Une grande perte pour nous tous.
H�, les filles. Voil� encore un car de touristes.
Irma... reste.
Tu es mignon. Embrasse-moi.
Tu sais, je crois que tu as raison. Je vais arr�ter.
Vraiment ?
Promis. C'est le tout dernier paquet que je fume.
Tr�s bien. J'y vais.
� tout � l'heure.
Des shorts en peau. Ils doivent �tre Allemands.
La ferme ! Touristes, marins, marchands ! Je voudrais tous les tuer.
- �coute-toi, Jack l'�ventreur. - Que vais-je faire ?
Et si elle n'avait qu'un seul riche client qui lui donnait 500 francs ?
- Tu serais plus heureux ? - Non.
Mais je serais moins malheureux.
M. Barnathan, le roi du foie gras ?
Ce vieux goutteux ? �a ne lui plairait pas.
M. Leonelli. Il a six restaurants. Il vient tous les jours au march�.
- Je connais pas. - Un jeune homme, joli gar�on.
�a ne me plairait pas.
Et un des Anglais qui viennent parfois ici ?
Tu sais, Rolls-Royce, Oxford, Big Ben.
- Ils sont inoffensifs. - Tu comprends pas.
Je veux �tre le seul � lui faire l'amour.
Ce que tu es fleur bleue.
L'addition, mon brave.
Deux soupes � l'oignon, une bouteille de vin, 1 5 francs.
Extra, la soupe � l'oignon. Extra.
Dommage qu'on ne puisse pas en ramener � Londres.
Un Anglais ?
Ce n'est pas une si mauvaise id�e.
- �a vaut le coup d'essayer. Attendez ! - Non.
Non ?
�coute, tu me pr�terais 500 francs ? C'est la solution id�ale.
Tu me donnes l'argent, je le donne � Irma, Irma me le donne,
et je te le rends. C'est tr�s simple.
- Quoi ? - Tu ne vois pas ?
Irma va avoir un riche amant et ce sera moi.
- T'es fou. - Oui, je suis fou !
Je suis pr�t � tout. C'est le seul moyen, et tu vas m'aider.
Encore une fois.
En Espagne, il pleut surtout en plaine.
- Non, par le nez. - En Espagne...
Et montre tes dents.
En Espagne, il pleut surtout en plaine.
- Tu n'y es pas. - Ah bon ?
Mais �a passera peut-�tre aupr�s d'Irma.
T'en fais pas, j'ai vu plein de films anglais.
- Du calme, Milord. - O� est mon ch�teau, d�j� ?
- Dans le Worcestershire ? - �a, c'est la sauce. Dans le Yorkshire.
- C'est pas du pudding ? - J'ai fait mon possible.
Voyons voir. Chapeau, parapluie.
- O� sont mes 500 francs ? - Mes 500 francs, tu veux dire.
- Merci, mon grave. - Pas mon grave, mon brave !
- Pas par l�. Par le monte-charge. - Le quoi ?
L'ascenseur.
Alors, on fait l'essai ?
�a pourrait �tre la plus cuisante d�faite anglaise depuis Dunkerque.
Je sais, j'y �tais. Le dernier � �tre �vacu�.
Mais c'est une autre histoire.
Salut, tonton. Tu veux te divertir ?
- Tout � fait. - Je suis ton genre ?
Pas tout � fait. Salut, mon grave.
- Tu as l'heure, m'sieur ? - Oui, mais pas le temps.
- Beau spectacle. - Tu d�sires ?
Rien, merci. Je fl�ne, c'est tout.
C'est un mod�le r�duit ou un jouet ?
Ce n'est pas un jouet, c'est un vrai chien.
- J'ai aussi un chien. - Un caniche ?
Non. Le chien des Baskerville. Une b�te magnifique.
- Mais vous l'�tes aussi. - Vous devez �tre Anglais.
Absolument. Rolls-Royce, Oxford, Big Bob.
Dites-moi, vous �tes prise ?
- Non. - Dans ce cas... Voulez-vous... ?
- Enfin, pourrions-nous... ? - Pourquoi pas ?
- Comment vous appelez-vous ? - Irma. Irma la Douce.
Si vous �tes d'accord, Miss la Douce, je pr�f�rerais ne pas me pr�senter.
- �a m'est �gal. - Je dois rester discret.
- Appelez-moi... lord X. - Lord X. D'accord.
Non, ma ch�re, ce n'est pas n�cessaire.
Qu'y a-t-il ?
Je ne cherche qu'un peu de compagnie,
une �paule sur laquelle pleurer, un sourire pour m'�pancher.
Vous �tes un excentrique, ou quoi ?
Dites-moi, tr�s ch�re. Me trouvez-vous repoussant ?
Pas du tout. Vous �tes plut�t mignon, pour un lord de votre �ge.
Merci. Voyez-vous, ma femme, lady X, le trouve.
- Trouve quoi ? - Que je suis repoussant.
Elle me d�laisse et pr�f�re cultiver le jardin.
Et pis encore... elle cultive le jardinier.
- Le jardinier ? - L'autre jour, je les observais
de la tourelle du ch�teau.
Ils �taient ensemble dans les fleurs
- et il taillait ses b�gonias. - C'est honteux.
Pourtant, c'�tait un mariage si joyeux, au d�but.
Nous faisions devant la chemin�e des r�ussites � deux.
Des r�ussites ? Je sais en faire.
Extra ! Pouvons-nous ?
Enfin, voudriez-vous ? Euh... pourrions-nous ?
Du moment que vous me payez.
L'argent n'est pas un probl�me. Prenez le rouge, et moi le bleu.
Un jour, j'ai connu un monsieur qui jetait des billes par terre
et je les ramassais avec les pieds.
Curieux.
- Je n'ai jamais fait de r�ussite � deux. - On d�marre sur les as de l'autre.
En Espagne, il pleut surtout en plaine, vous savez.
- Non, je savais pas. - C'est vrai.
C'est l� que j'ai rencontr� ma femme. En Espagne, sous la pluie, en plaine.
J'�tais en garnison � Gibraltar.
- Votre femme est belle ? - Oui, et elle est tr�s passionn�e.
Je ne peux lui en vouloir.
La guerre a fait de moi un homme diminu�.
- Je me demandais, pour votre �il. - D�collement de la r�tine.
� Navarone. Avec ces satan�s canons qui partent tout le temps.
J'ai le coude estropi�. Quand on a coul� le Bismarck.
- Je suis d�sol�e. - Un �il, un coude, rien de tragique.
Cependant, ce qui est tragique...
- Je ne veux pas en parler. - Si vous ne voulez pas.
J'�tais en camp de prisonniers sur la rivi�re Kwa�.
Il y a eu une terrible explosion.
Ce fichu pont m'est tomb� dessus.
Je ne suis qu'une moiti� d'homme depuis. Une coquille vide.
- Vous en avez connu de dures. - Les Anglais sont des aventuriers !
Avec Laurence, en Arabie, avec le sherpa Tensing, dans l'Himalaya.
Et il y a eu la charge de la brigade l�g�re.
Les Indes, vous savez. Gunga-Din, eh ?
Les lanciers du Bengale.
J'ai servi sous le commandant Whitehead.
Puis il y a eu la R.A.F. et la B.B.C.
Dunkerque !
Mais c'est une autre histoire.
- T'as pas vu Irma ? - Non.
Elle est mont�e � minuit.
- �a fait six heures. - Si t'avais vu le type.
Un vieux bouc barbu. Je pensais pas qu'il arriverait � monter.
- J'ai encore gagn�. - Encore une.
J'ai bien peur que non.
Je dois filer � l'a�roport si je ne veux pas rater mon avion.
- C'�tait dr�le, pour une fois. - Merci.
Voici, ma ch�re.
- Vous �tes tr�s g�n�reux. - Non, seulement plein aux as.
Vous venez souvent � Paris ?
Deux fois par semaine. Pourquoi ?
On pourrait remettre �a.
Extra. J'allais sugg�rer ce type d'arrangement.
�a me plairait, et � Nestor aussi.
- Oui... Qui ? - L'homme avec qui je vis.
�a ne le d�range pas que vous ramassiez les billets d'inconnus ?
Non. Les affaires sont les affaires.
- Une attitude sens�e. - Ce qui l'emb�te, c'est que je fume.
J'essaye d'arr�ter, mais c'est dur.
Vous l'aimez vraiment, hein ?
- On y va ? - Attendez. O� est l'autre chaussure ?
Mon autre chaussure ?
D�sol�, je dois attraper l'avion
ou lady X et ce maudit jardinier vont encore faire des leurs.
- � jeudi, m�me endroit ? - J'attendrai.
Bye-bye.
C'est notre jour de chance. Quand Nestor saura !
Qu'as-tu fait de ma chaussure ?
Pourriez-vous donner ceci � la dame de la 9 ?
�a a atterri dans ma poche, Dieu sait comment.
Vieux bouc.
- �a a march� ? - Tu aurais �t� fier de moi.
Digne de Laurence Oliver.
C'est Laurence Olivier. Ta cravate.
Ma quoi ?
Nestor !
Nestor ! Nestor !
- �a y est, on a gagn� le gros lot ! - Quoi ? Quel gros lot ?
Je l'ai trouv�, il a un ch�teau et vient deux fois par semaine.
- Qui ? Calme-toi. - Il est Anglais et il est lord.
Je le revois jeudi et il est plein aux as.
Tu sais combien il m'a donn� ?
Devine donc.
500 francs !
- Tiens. - �a alors !
500 francs ? Qu'as-tu fait ?
- Rien. - S�rieusement.
- Il m'a appris un jeu. - Un jeu ?
- Il m'a battue neuf fois. - Je comprends.
Il y jouait avec sa femme, mais elle fricote avec le jardinier.
C'est bien 500 francs.
Plus tard.
H�, le Tigre, on peut te parler ?
Bien s�r. Qu'est-ce qu'il y a ?
F�licitations, t'as r�ussi.
- J'ai rien fait. - On en a parl� avec les gars.
Puisque t'es le num�ro uno, on t'a �lu pr�sident.
- Pr�sident ? De quoi ? - De la section 27 de l'A.M.P.
- A.M.P. ? - Association des Macs Parisiens.
- Moi ? - � l'unanimit�.
Tr�s honor�, mais il existe des gens plus...
On accepte ! Je suis si fi�re de toi.
Champagne pour tout le monde !
Champagne gratis !
Vive Nestor !
Je suis si heureuse. � partir d'aujourd'hui, il n'y aura que nous trois:
- toi, moi et le lord. - Oui.
Voyons. 500 � chaque fois, �a fait 1 000 par semaine, 52 semaines par an,
alors �a fait...
- Je peux avoir 100 francs ? - Bien s�r.
- C'est pour un s�choir � cheveux. - Tiens, encore 100. Pour des rideaux.
- Pourquoi es-tu si bon ? - Je crois en l'�quit�
entre main-d'�uvre et patronat.
Viens, Nestor. Twistons.
Pas touche, Lolita. Il ne danse qu'avec moi.
Regardez �a. Mme la pr�sidente.
Dansons.
- Tu payes le champagne ? - J'ai rien command�.
Le pr�sident paye lors de son investiture. C'est 270 francs.
Neuf bouteilles. Huit pour la bande et une pour elle.
- Elle a bu une bouteille ? - � ton avis, d'o� viennent ses calculs ?
C'est parti vite.
Et mes 500 ?
�a marche pas comme on avait pr�vu.
Comme tu avais pr�vu. Je t'ai dit que c'�tait �conomiquement non viable.
Avance encore 500 francs � lord X, quand il reviendra jeudi.
- Ah, non, pas moi. - Comment vais-je payer Irma ?
Hypoth�que ton ch�teau, vole des portefeuilles ou braque une banque.
J'ai d�j� braqu� une banque � Bordeaux, mais c'est une autre...
La ferme.
Milord se trouverait-il dans le p�trin ?
Irma ?
Irma ?
Allez.
Bonjour, ch�ri.
- Bonjour. - Je t'ai r�veill� ?
Non.
Quelle belle journ�e.
Ce que je me sens flemmarde !
Je n'ai rien � faire avant jeudi, tu sais ?
- Qu'est-ce qu'il y a, jeudi ? - Lord X revient.
Tu sais quoi ? On va louer un tandem et aller � la campagne.
- Les arbres, l'herbe, l'air pur. - Pas aujourd'hui.
On pourrait aller au bois de Boulogne.
La semaine prochaine.
On peut rester au lit toute la journ�e.
Bonne id�e.
- Tu veux petit-d�jeuner ? - Plus tard.
J'ai une surprise pour toi.
- Ferme les yeux. - Merci.
J'ai vu �a en achetant les rideaux au grand magasin.
Tu sais comme j'aime le vert, alors je l'ai essay�.
�a a d�clench� une �meute,
alors il a fallu que je le prenne.
N'ouvre pas encore les yeux. Tu dois le voir � la lumi�re.
�a y est, tu peux regarder.
Nestor ?
Nestor.
- Nestor ! - Pas aujourd'hui.
La semaine prochaine.
Tr�s bien.
Si tu le prends comme �a.
- Ma ch�re enfant. - J'ai cru que vous ne viendriez pas.
J'ai bien failli. Il y avait du brouillard sur la Manche. Curieux, pour juillet.
- Qu'y a-t-il ? - Vous avez chang�.
Vraiment ? Comment �a ?
Ce cache ne devrait pas �tre sur l'autre �il ?
Absolument. Voil� pourquoi il y avait du brouillard.
- Je me suis entra�n�e, je joue bien mieux. - Allons-y, alors.
Vieux bouc.
Comment �a va, chez vous ? Comment va Lady X ?
- Comme d'habitude. - Et le jardinier ?
Je les ai pris sur le fait dans la serre.
Je les ai mis dehors, j'ai remont� le pont-levis et je divorce.
- C'est triste. - C'est une catastrophe.
C'est le meilleur jardinier que j'ai eu.
Vous devez vous sentir seul.
Oui, surtout la nuit. Il n'y a que moi et le fant�me familial,
qui hante les 96 chambres.
- Combien ? - Sans parler des 1 50 hectares,
du terrain de croquet, et de l'�levage de truites.
Et des chevaux. J'�l�ve trotteurs et galopeurs. Dans des �tables s�par�es.
Il y a des arbres, de l'herbe et un ruisseau ?
Et des cygnes, des paons et... des licornes.
�a a l'air id�al pour Coquette. Je voudrais l'�loigner de la ville.
- Elle boit, vous savez. - Vraiment ?
Je retrouve des bouteilles vides sous le lit.
Eh bien...
J'aimerais vous inviter au ch�teau,
mais j'imagine que vous ne quitterez pas votre jeune ami.
Non, sans doute.
- Quoique je me demande... - Quelque chose vous tracasse ?
Il semble si diff�rent. Enfin, si indiff�rent.
Il est toujours fatigu� et ne s'int�resse plus � moi.
Il doit y avoir une explication.
Je crois qu'il en a une autre.
C'est ridicule ! Quand on a une fille comme vous...
Quelqu'un devrait parler � ce jeune homme.
- Vous voulez le rencontrer ? - Le rencontrer ?
Il m'attend en face.
Je dois filer � l'a�roport.
�a ne prendra qu'une minute. On vous paye un verre.
Merci, mais non, merci. Pendant la proc�dure de divorce,
il ne faut pas qu'on nous voie ensemble.
Oui. Soyez prudent. Ne quittons pas l'h�tel ensemble.
Extra, cette suggestion. Nous nous retrouvons lundi prochain ?
Bien s�r.
�a me g�ne.
Accepter de l'argent sous un faux pr�texte.
- Je ne fais rien pour vous. - Balivernes.
Sans notre petit accord, je toucherais le fond.
Mais vous devez vous ennuyer.
Pas du tout. Je m'amuse.
Vous avez fait de moi un homme heureux.
Enfin, une moiti� d'homme heureux.
Eh bien, hop l�...
youp l� boum, et ta�aut.
Debout, esp�ce de poivrote.
Regarde-moi ces cernes.
Si tu continues, il faudra te faire un lifting.
Vous �tes l'Anglais d'Irma.
- Nous nous connaissons ? - Je suis Hippolyte la Brute.
Qu'avez-vous en t�te, M. Brute ?
Si vous cherchez quelque chose de nouveau, d'inhabituel...
- Les jumelles. - Et faire des r�ussites � trois ?
Non, merci.
Silence !
Allez, il se fait tard.
- On vote. - D'accord.
Motion propos�e: les filles donnent une fois par semaine leur gains
� notre caisse de retraite. Qui est pour ?
- Pour ! - Pour !
Vot� � l'unanimit�.
OK, les filles. Aboulez.
- Me voil�, Nestor. - Salut. Quelle r�union !
- Tiens. - Merci.
Merci.
- C'est pour quoi ? - Tu as vot� pour. La caisse de retraite.
�a fait partie de mon programme.
En tant que pr�sident, j'essaye d'am�liorer cette organisation.
- �a va, avec ton lord ? - Oui. Je commence � l'aimer beaucoup.
Si ce pont l'avait pas estropi�, je serais jaloux. Un cognac.
Un pastis pour moi. Rien pour elle.
Il divorce. Il viendra peut-�tre plus souvent.
�a m'�tonnerait. O� trouverait-il l'argent ?
Il a des terres immenses.
On paye un tas d'imp�ts, en Angleterre.
Certains lords vivent aux crochets d'autrui.
Trois fois par semaine, �a ferait 1 500 francs.
Je t'ach�terais une voiture.
Kiki pavoise parce qu'elle a achet� une mobylette � son bonhomme.
Attends qu'ils te voient en d�capotable.
- Je t'ach�terai une casquette assortie. - Que fais-tu ?
- Il t'enl�ve du rouge � l�vres. - Du quoi ?
- D'o� �a vient ? - Bonne question.
- �a doit �tre toi. - S�rement.
Moi ? J'�tais � l'h�tel avec mon lord.
Alors s�rement pas.
Ah, oui, j'�tais � la r�union, on a fait un vote,
et une des filles faisait campagne.
- �a doit �tre �a. - Laquelle faisait campagne ?
Allez, le Tigre, �a te dit ?
Tu as perdu quelque chose.
O� �a ?
L�.
S'il vous pla�t. Les filles, c'est ridic...
C'est moi qui commande, ici.
�a suffit. Serrez-vous la main et faites la paix.
Pourquoi... ?
Les filles !
Oh, non. Ne fais pas...
Bonjour. Petit-d�jeuner ? Croissants ?
- Je dois rentrer avant son r�veil. - Tu as une sale t�te.
- Tu as perdu quatre kilos. - Sept. Je me suis pes�.
Que crois-tu ? Charger, d�charger, entrer et sortir par la fen�tre.
Mettre la barbe, enlever la barbe. Tu vas t'�crouler.
Tant qu'elle ne tapine pas...
Ce qu'il faut faire, pour se la couler douce !
Nestor ?
Tu sais, Irma, tu me d��ois un peu.
Tu m'as promis d'arr�ter de fumer.
Tu ne dis rien ?
Tu te demandes o� j'�tais ?
- Je sais o� tu �tais. - Ah bon ?
- Tu �tais avec les gars. - Oui, c'est �a.
- Ne me mens pas ! - Alors, o� j'�tais ?
Avec Lolita.
C'est vrai. Laisse-moi dormir, je suis crev�.
- Tu la vois toutes les nuits. - Pas du tout.
- Ah non ? - Pas toutes les nuits.
Parfois, je vais voir Annie l'Amazone,
ou Mimi la Mau-Mau, ou alors les jumelles,
et... elles me veulent toutes.
Alors, j'�tends mes activit�s.
Les affaires sont les affaires. N'oublie pas que je suis num�ro uno.
Tu me d�go�tes !
Qu'est-ce que tu peux y faire ?
Tu es arriv� avec �a. Va-t'en !
Tu ne me mettras pas dehors, car tu es dingue de moi.
- L�che-moi ! - Tu allais m'acheter une voiture.
- Et une casquette. - L�che-moi !
Et la casquette, je la veux avec une petite lani�re derri�re.
Je te donnerai rien. Qu'elles travaillent pour toi ! On verra si tu r�ussis.
Tu te crois num�ro uno ? C'est moi, le num�ro uno !
Va dans la rue et demande au premier venu.
Demande-leur !
D�sol�, c'est...
C'est la 7�me manche, Maury Wills sur la premi�re base.
Le match est retransmis en direct de Los Angeles.
Marichal � la batte. La balle est lanc�e et il frappe.
Trop court pour atteindre la deuxi�me base.
Bonsoir.
Je craignais que vous ne veniez pas.
Je savais pas qu'il �tait si tard. J'ai beaucoup march�. Pour r�fl�chir.
- Je voudrais discuter avec vous. - Certainement.
Pas ici.
Je ne veux pas que Nestor sache.
Ne prenons pas de risques. Nous montons � votre bureau ?
Alors, ma ch�re, qu'y a-t-il de si important ?
- Vous le disiez s�rieusement ? - Tout � fait. Quoi donc ?
De m'emmener en Angleterre avec vous.
Bien s�r, si je l'ai dit.
Et si vous le dites, j'ai d� le dire, donc le penser.
Je suis pr�te.
Mais vous ne pouvez partir. Et ce Nestor ?
Nestor, Hippolyte, peu importe. T�t ou tard, ils deviennent violents.
- Quelles brutes ! - Si vous voulez que je vienne...
La situation est d�licate.
Si c'est le cas, je ne veux pas m'imposer.
Mais pas du tout. J'en serais ravi.
C'est juste que... il y a le probl�me de mon �pouvantable domestique.
Le ch�teau est envahi par les plombiers, les douves fuient.
De plus, je suis un homme diminu�. Je ne vous serai d'aucune utilit�.
En �tes-vous certain ?
D'ailleurs, je vais bient�t � Zurich.
Je n'allais pas en Angleterre.
Je vais consulter un m�decin suisse, un sp�cialiste.
C'est une perte de temps. Ils ne peuvent pas vous aider.
Un de ces sp�cialistes m'envoyait ses patients.
- Ah bon ? - Les cas difficiles.
Ils se croyaient en panne, mais ils avaient cal�.
- Il suffisait de les pousser. - Les pousser ?
Enfin, mentalement, pour stimuler leur imagination.
- Tout est l�. - Si seulement c'�tait vrai.
Un de mes cas �tait d�sesp�r�
jusqu'� ce que je lui parle des mers du Sud.
Les mers du Sud ? Curieux stratag�me.
�a a march�.
- Allongez-vous. - Pardon ?
�tirez-vous, d�tendez-vous.
Fermez les yeux. Enfin, votre �il.
- Pas d'embrouilles. - Promis.
Vous �tes � Tahiti. D'accord ?
� Tahiti ? J'y suis all� avec le capitaine Bligh.
Les r�volt�s du Bounty !
Couch�.
Concentrez-vous.
Les palmiers se balan�ant au vent,
l'odeur de papaye,
un lagon bleu, du sable blanc, des filles � la peau dor�e.
Vous voyez le tableau ?
Lagon bleu, sable blanc, peau dor�e.
- Elles sont belles, non ? - Magnifiques.
Combien y en a-t-il ?
1 4, pour �tre exact, avec des pagnes et des noix de coco.
- Pas du tout. - Ah non ?
Elles portent des sarongs et des fleurs d'hibiscus dans les cheveux.
Sapristi, vous avez raison.
Maintenant, elles �tent leurs sarongs et elles se baignent dans le lagon bleu.
Effectivement, elles...
�coutez, �a ne sert � rien. Je suis vraiment en panne d'essence.
Le r�servoir est vide.
Tr�s bien. Oublions Tahiti. Couch�.
- Vous �tes � Bagdad. - Bagdad ! Comment suis-je arriv� l� ?
Vous �tes dans un bazar.
Vous voyez une indig�ne, le visage voil�.
De grands yeux noirs en amande.
Elle vous fait un clin d'�il. Vous la suivez.
Elle dispara�t dans un palais.
Deux esclaves nubiens tiennent la garde, alors vous escaladez le mur.
- Quelle hauteur ? - 3 m.
- Impossible. - Vous devez essayer.
J'essaye. Des tessons de bouteille en haut du mur.
- Vous �tes pass� ? - Difficilement.
Bien.
Vous voil� dans le harem.
Vous �tes sur des coussins de soie.
Des odalisques vous �ventent.
Elles vous donnent du raisin,
vous peignent les ongles du pied,
pendant qu'elle fait la danse des sept voiles.
Elle enl�ve... le quatri�me voile,
le cinqui�me,
le sixi�me...
Vous irez doucement, n'est-ce pas ?
Milord.
�a va, Milord ?
�a ira d�s que j'aurai retrouv� mes esprits.
Je crois que Lady X devait avoir perdu la t�te.
Quand on vous a, pourquoi aller fricoter dans le jardin ?
C'est gentil de dire �a.
� quelle heure part votre avion ?
Huit heures.
Je vais faire mes valises.
Je ne peux vous emmener dans mon ch�teau du Worcestershire.
- Pourquoi ? - Parce que...
Je n'ai pas de ch�teau dans le Worcestershire.
Bien s�r que non, il est dans le Yorkshire.
C'est exact, mais ce que je veux dire...
Je n'ai pas �t� franc avec vous, ma ch�re Irma.
- Ah bon ? - Par exemple, je vous ai parl�...
de licornes. Il n'y a pas de licornes.
Et alors ?
Elle jouera avec les paons. Ne vous en faites pas pour le domestique.
Je ferai la cuisine, je servirai le th� et je tricoterai des chandails.
Je suis pr�te dans 20 minutes.
On se retrouve au bistrot d'en face, chez Moustache, d'accord ?
Vous �tes l� ?
- Milord ? - Oui, j'y suis.
Enfin, je suis l�.
Et j'y serai. Au bistrot.
Ne vous approchez pas de Nestor. Il peut �tre m�chant.
On ne l'appelle pas le Tigre pour rien.
Quelle heureuse surprise.
- Ce sera quoi, Milord ? - Parle pas de ce salaud.
Tu sais ce qu'ils ont fait, � l'h�tel ?
Homme diminu�, mon �il.
Irma et son lord veulent s'enfuir en Angleterre.
Elle fait ses bagages. Elle me quitte.
- Nestor. - Elle va dans son ch�teau.
Elle lui fera le th� et la cuisine.
- Tu d�bloques. - Ils s'en sortiront pas comme �a.
Je vais le d�molir et le jeter dans la Seine.
Nestor.
Le lord n'existe pas.
- Ah bon ? - Oui.
Quel charlatan. Il lui a menti.
Il n'y a pas de ''il'', c'est toi !
C'est moi, mais elle ne le sait pas. Et elle ne sait pas que je sais.
Mais je sais qu'elle l'aime plus que moi.
Tu vois ?
Elle n'a pas voulu de son argent.
- Tu as besoin d'un remontant. - Le monde est trop petit pour nous deux.
Lord X va dispara�tre pour toujours.
- Personne ne le reverra plus. - Je n'ai jamais demand� � le voir.
- Va chercher mes v�tements. - J'arrive.
Faudrait lui dire de pas montrer tout ce fric par ici.
- Il risque d'avoir un accident. - Tu vas lui dire ?
Moi ? C'est pas mes oignons.
Vous allez me manquer, Milord.
Remets-toi, mon brave. Garde ton flegme et tout le tralala.
Encore un pour la route.
Jojo, tu as ta matraque sur toi ?
Non. Un coup-de-poing am�ricain ?
Au revoir, satan� lord !
D�sol� de te voir partir, mais c'est la vie !
Flotte jusqu'en Angleterre.
Que les poissons te bouffent le foie !
H�, police ! Police !
Quelle heure est-il, Moustache ?
- 8 h 05. - Tu n'avances pas ?
Peut-�tre, ou alors celui que tu attends est en retard.
Tiens. Demain, tu poursuivras des paons sur la pelouse.
- O� vas-tu ? - Chez ma tante.
Elle habite � Bruxelles. En Belgique.
Elle �tait pianiste, et maintenant elle a un orphelinat.
Tu peux faire mieux, Irma. Cette chaise est prise ?
- Oui. - Un caf� au lait et un croissant.
Cette tante, elle n'aurait pas une barbe et elle ne s'appellerait pas lord X ?
Si c'est celui que tu attends, il est pas pr�t d'arriver.
Impossible de s'asseoir sans �tre ennuy�e par la racaille.
On voit de tout. Un vrai lord anglais �tait l� il n'y a pas longtemps.
- Il �tait ici ? - Il y a une heure.
- Il a dit o� il allait ? - Non. Rien, pas de message.
Je l'ai vu aller vers la Seine.
Mais on avait rendez-vous ici.
Il a d� oublier. Ou il a chang� d'avis.
Il viendra. C'est un gentleman.
Un gentleman ? Tu veux rire.
- Tu ne connais rien aux hommes. - Je ne connais rien aux hommes ?
Tu sais pourquoi ? Parce que tu en as trop fr�quent�.
- Merci. - Tu te crois experte en amour.
Tu ne vois pas ceux qui t'aiment.
- Comme qui ? - Comme moi.
Tu parles. Tu aimes les 500 francs deux fois par semaine.
Comment pourrais-je te le prouver ?
Nestor Patou, je vous arr�te pour le meurtre de lord X.
- Le meurtre de qui ? - Vous reconnaissez ces v�tements ?
C'est son parapluie, son cache et son paquet de cartes.
- Merci. - O� est le lord ?
- Au fond de la Seine. - Oh, non !
C'est absurde. Lord X n'existe pas.
Bien s�r qu'il n'existe pas, vous l'avez tu�.
J'ai tout vu. Il l'a battu, lui a vol� son portefeuille
et a jet� son corps dans la Seine.
Irma, je... Attends. Moustache, dis-leur.
Oui, �a appartient bien au lord.
- Il �tait si gentil ! - C'est le sc�nario habituel.
Un policier devient malhonn�te, devient mac et finit meurtrier.
- C'est un cas transparent. - Regardez-y � deux fois.
Moustache peut prouver...
Mon client n'a rien � ajouter.
- Ton client ? - J'ai �tudi� le droit � Grenoble.
J'�tais un grand avocat avant d'�tre ray� du barreau.
- Mais c'est une autre histoire. - Mettez-lui les menottes.
Une minute. L'accus� a le droit de parler � son avocat.
Que fais-tu ? Pourquoi ne pas dire la v�rit� ?
- Car c'est de la dynamite. - Mais je suis innocent.
Les prisons regorgent d'innocents qui ont dit la v�rit�.
Tu n'as pas pu tuer lord X car tu �tais lord X.
Mais tu n'�tais pas lord X, tu �tais mac.
Mais tu n'�tais pas mac, tu travaillais au march�
pour gagner de quoi coucher avec ta propre poule,
avec tu aurais pu coucher gratis, si tu ne t'�tais pas tu�
� gagner l'argent de lord X, pour Irma, qui te le rendait.
C'est la v�rit�. Si tu racontes �a aux jur�s, tu en prends pour quinze ans.
- Qu'est-ce que je vais faire ? - Rien. Fais-moi confiance.
Messieurs, mon client avoue son crime.
- Ah bon ? - Ah bon ?
Mais quel en est le mobile ?
Pourquoi tuer son meilleur client
pour 500 francs, ce qu'il gagne deux fois par semaine ?
C'est tuer la poule aux �ufs d'or.
Parce qu'ils allaient partir ensemble
et qu'il perdait son gagne-pain ? C'est tout aussi ridicule.
lci, c'est le roi. N'importe quelle fille travaillerait pour lui.
C'est vrai.
Il ne reste qu'un mobile possible: la jalousie.
Il �tait si amoureux d'Irma qu'il ne supportait pas qu'un autre la touche.
Oui, inspecteur. C'est ce bon vieux sc�nario, le crime passionnel.
Nestor, c'est vrai ?
Oui.
Tu l'as fait par amour ?
Maintenant, tu sais.
J'aurais tu� quiconque t'approchait.
Que c'est touchant !
Emmenez-le !
Nestor, je t'aime, je t'attendrai toute la vie.
Tu n'auras pas � attendre longtemps. La France est un pays civilis�.
Quand les jur�s entendront mon plaidoyer:
deux �tres d�munis se font une place au soleil.
Ils pleureront, ils riront,
et le porteront en triomphe � la sortie du tribunal.
H�, Patou !
Patou !
Tu as de la visite.
Ah, c'est toi.
Tu m�riterais une racl�e.
- On ne parle pas ainsi � son avocat. - Tu devais me faire sortir.
Ils devaient me porter en triomphe.
- On ne peut pas gagner tout le temps. - 1 5 ans de travaux forc�s, pour quoi ?
Si tu avais �t� condamn� � mort, �a aurait �t� commu� en prison � vie,
et j'aurais pu te faire lib�rer sur parole.
Mais quinze ans de prison, c'est ni l'un, ni l'autre.
Tant pis. Comment va Irma ?
Tr�s bien. Tiens, voil� un petit souvenir.
Merci. Pourquoi ne vient-elle plus me voir ?
- Pourquoi suis-je sans nouvelles ? - Elle ne veut pas que tu saches.
Quoi ? Elle fait encore le tapin ?
Non, c'est fini. Elle est toujours caissi�re au march�.
Alors, quoi ? Je veux savoir.
- Elle attend... - Qui ?
Un b�b�. Elle est enceinte jusqu'aux dents.
Un b�b� ? Tu es s�r ?
Si c'�tait autre chose, je serais d��u.
- Quand ? - C'est imminent.
�coute, je dois sortir d'ici. Elle a besoin de moi.
- Tiens, un autre souvenir. - Encore des bas ?
Encore un autre.
- Et un autre. - T'as perdu la t�te ?
- Et un autre. - Qu'est-ce que je vais en faire ?
Si t'en veux pas, jette-les par la fen�tre. Mais d'abord... attache-les ensemble.
Quoi ?
Il est interdit de se garer ici.
Mon moteur ne tourne pas rond.
Nestor !
Que fais-tu l� ?
- Donne ta main. - Tu as pu partir ?
- Essaye �a. - Tu t'es �chapp� ?
- Bouge pas. - Pourquoi as-tu fait �a ?
- Tu vas en reprendre pour cinq ans. - Trop grand, comme je le craignais.
- C'est quoi ? - On va se marier.
- Se marier ? - Tu veux que ton enfant soit l�gitime ?
- Oui, bien s�r. - Comment va le b�b� ?
Il est espi�gle. Hier, il a chass� Coquette de mes genoux.
Il tient de moi. � six mois, je changeais mes couches.
- Nestor... - Qu'y a-t-il ?
- Je ne peux t'�pouser. - Comment �a ?
- Parce que je t'aime. - Donc tu ne peux m'�pouser ?
Oui. Car ce n'est pas ton b�b�. Tu n'es pas le p�re.
Je ne suis pas... ?
Qui est le p�re ? Je vais le tuer !
C'est d�j� fait. C'�tait lord X.
Lord X ?
- Qu'est-ce qui te fait penser... ? - Une femme sait toujours ces choses-l�.
Tant pis. Je t'�pouse quand m�me.
Et je l'�l�verai comme mon propre enfant.
L'immeuble est cern�.
Sors par la fen�tre de la cuisine et va sur le toit.
Non, je pr�f�re la penderie.
C'est l� qu'ils regarderont en premier.
Ouvrez ! Police !
Allez ! On sait qu'il est ici.
Tr�s bien. O� est Nestor ?
Vous ne savez pas ? En prison. On peut le voir un dimanche sur deux.
On fait la maligne ? On fouille.
- Il n'est pas ici. - Pas ici.
- Pas l�-dessous. - Pas l�-dessous.
Venez voir. Voici l'homme qu'on recherche.
- Aucun signe de lui. - Aucun signe de lui.
Dites-lui de se rendre, ou il passera le restant de ses jours en prison !
Allons-y.
- Qu'y a-t-il ? - Rien.
Allons-y.
Tu as entendu ce qu'il a dit ? Que vas-tu faire ?
D'abord, je vais changer l'alliance.
Mais on ne peut se marier. Tu dois te cacher.
Mais non. On se mariera � l'�glise, avec des fleurs et des demoiselles d'honneur.
- Moustache s'occupe de tout. - Mais ils vont t'attraper.
- J'ai peur de ne plus jamais te voir. - Un miracle se produira peut-�tre.
- Je ne crois pas aux miracles. - Vraiment ?
Avant, tu faisais le trottoir. Maintenant, tu es �pouse et m�re.
Ce n'est pas un miracle ?
Ils perdent leur temps. Il n'est pas chez Irma.
- Ils l'attraperont un jour. - Non. Trop de cervelle.
Il est plus fut� que les flics ?
Non, mais moi, si. Ils affrontent un g�nie.
Tu l'as mis sur un bateau vers l'Am�rique du Sud ?
- Faux. - Vers Hong-Kong ?
Il est ici, � Paris.
- Sans blague ? - C'est une question de bon sens.
Tu sais que les assassins reviennent sur les lieux du crime ?
La police ne pense jamais � chercher l�.
- Tu veux dire qu'il est sous... ? - Oui, sous le Pont Royal.
Si tu racontes �a � quiconque...
Moi ? Balancer un coll�gue ? Le code de la p�gre, �a existe.
All�, le commissariat ? Passez-moi l'inspecteur Lef�vre.
C'est pour balancer un coll�gue.
H�.
- Vous ! - Je vous demande pardon ?
- Vous �tes cens� �tre mort. - Vous en �tes s�r ?
- Je l'ai vu de mes propres yeux. - D�sol� de vous d�cevoir,
mais hormis une migraine, je me sens en pleine forme.
On a dragu� la Seine pendant des mois. O� �tiez-vous ?
Bonne question. Voyons voir. Je n'en ai pas la moindre id�e.
Je me rappelle que le climat �tait humide, mais que la p�che �tait plut�t bonne.
J'esp�re que l'affaire est �claircie. Au revoir et bonne continuation.
�a va ?
Les contractions se rapprochent.
Essaye de tenir encore un peu.
O� est le mari� ?
Ne t'inqui�te pas. Au pire, je t'�pouserai.
- Tu es ravissante. - Plus tard.
Nestor, voulez-vous prendre pour �pouse Irma, ici pr�sente,
au nom de notre Sainte M�re l'�glise ?
Je le veux.
Irma, voulez-vous prendre pour �poux Nestor, ici pr�sent,
au nom de notre Sainte M�re l'�glise ?
Je le veux.
- Par cet anneau, je t'�pouse. - Par cet anneau, je t'�pouse.
- Et je te jure fid�lit�. - Et je te jure fid�lit�.
Une minute, Patou.
F�licitations. C'�tait touchant.
- Merci d'�tre venu. - On vous a pr�par� une petite f�te.
- Au poste de police. - Ma femme va avoir...
On nous a jou� un tour. Je veux percer �a � jour.
- Vous ne pouvez m'arr�ter ici. - Vous arr�ter ?
Je veux vous r�int�grer pour r�soudre cette affaire.
Redevenir policier ? �a me plairait.
Si je r�cup�re mon poste au terrain de jeu.
Pour gagner trois fois rien ?
J'adore les enfants. D'ailleurs, je vais en avoir un.
Je viens de l'avoir. Excusez-moi.
C'est une fille. C'est mon accouchement le plus facile.
Elle est magnifique. Tu l'as accouch�e ?
J'�tais obst�tricien en Afrique �quatoriale, avec le Dr Schweitzer.
Nestor.
- Ils ne t'emm�nent pas ? - Appelle-moi de nouveau agent Patou.
- Que s'est-il pass� ? - Plus tard.
Je peux la tenir ?
Ce sera amusant de l'�lever.
Elle aura des robes en organdi et des petits tabliers.
Et des bas verts et un caniche.
Oui.
Non. Pas de bas verts. Pas de caniche.
- Non ? - Non.
Bye-bye.
Mais c'est une autre histoire.
FIN
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