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Zulu
Eva, on va être en retard.
Tu m'as promis de m'emmener au zoo.
Non, d'abord le travail, après l'amusement.
Ce serait mieux d'abord le zoo.
Bien sûr.
On partait sans vous.
Les derniers seront les premiers.
On n'avait pas eu d'Espagnols depuis longtemps. Montez.
Merci.
Bienvenue au Tour du Pape.
Le pape François ne peut nier qu'il est de Buenos Aires.
Ça se voit dans ses gestes et dans ses phrases.
À Rome, on parle de Bergoglisme. Observons-le.
Cessez de regarder la vie d'en haut,
embrassez-la comme le fit Jésus.
Il ne la regardait pas d'en haut,
il l'embrassait.
Embrassez la vie.
Le pape François est le fils d'émigrés italiens.
Il est l'aîné de cinq enfants.
Il est né il y a 76 ans
dans une famille d'ouvriers.
D'où l'importance qu'il confère aux racines.
C'est dans cette superbe basilique
que le jeune Bergoglio
a vécu des moments très importants.
Jouxtant la statue de Saint Joseph,
un des saints qu'il préfère,
le confessionnal
où il a eu la révélation de sa vocation religieuse.
Il a été l'archevêque de Buenos Aires durant presque 15 ans.
L'un d'entre vous sait-il comment il aimait être appelé ?
Oui, ma puce ?
Père Jorge.
Comment sais-tu ça ?
Maman est journaliste. Elle me l'a dit.
Dans cette cathédrale, le pape François
a prononcé des homélies courageuses
et puissantes.
Si vous demandez à Sa Sainteté
quel souvenir de lui il aimerait laisser,
il vous dira :
"Le souvenir d'un brave type
"qui a fait ce qu'il a pu."
Quand on va voir l'hippopotame ?
Demain, trésor. Je dois terminer ce chapitre.
Voyons...
Qui m'accompagne au match ?
Nous.
- On va les écraser. - Ah bon ? Notre gardien est une crêpe.
Tous les dimanches, vous ne faites que parler de football.
On peut changer de sujet.
Alors, discutons de choses importantes.
Où comptes-tu t'inscrire ?
En médecine.
Formidable !
Je suis folle de joie !
Ta mère veut que tu sois médecin
pour que tu nous mènes jusqu'à 100 ans.
Non. Allume la radio. C'est pour qu'il sauve des vies.
Rien n'est plus important.
Nous allons écouter un opéra intitulé L'élixir d'amour.
J'adore cette aria qui s'appelle "Una furtiva lagrima".
Il s'agit d'une fille qui verse
une petite larme.
De ce fait, l'homme
qui en est amoureux s'exclame :
"Une petite larme !
"Elle m'aime un peu, cela me suffit.
"Juste une petite larme.
"Que puis-je demander de plus au ciel ?"
Écoute, écoute.
Bonjour, grand-père.
Alors ?
Personne ne réussit la panna cotta comme toi.
Personne.
Ta mère met trop de gélatine, ce qui lui donne ce goût.
Je veux te faire cadeau de ce livre qui est à moi.
C'est un de tes préférés.
Oui, mais je veux que tu l'aies.
C'est la vie d'un grand saint.
Saint François d'Assise.
On devrait tous retenir ses leçons.
Tu vois, il a rendu sa raison d'être à l'Évangile :
la lutte contre la pauvreté.
J'espère qu'il te plaira.
Dis-moi, c'est vrai ce que m'a dit mon petit doigt ?
Tu as une fiancée ?
On sort juste ensemble.
Alors Cupidon a frappé, hein ?
Mais oui !
Il a frappé, il a frappé !
Jamais tu traverses normalement ?
Tu es une vraie poule mouillée.
Tu apportes un livre ?
Il faut pas ?
On lit rarement à un pique-nique.
Pourquoi ?
On est supposés manger,
parler
et jouer à des jeux.
Comme celui de la bouteille.
Tu n'aimerais pas m'embrasser en public ?
"Les fiancés".
Ce titre me plaît.
Ça parle de nous ?
Je ne crois pas.
- Je le jette. - Non !
Jouxtant la statue de Saint Joseph,
un de ses saints préférés,
le confessionnal où le jeune Bergoglio eut la révélation
de sa vocation religieuse.
Comment tu t'appelles ?
Jorge.
Quand t'es-tu confessé dernièrement ?
Samedi.
Que s'est-il passé durant ces trois jours ?
Je ne sais pas.
J'ai ressenti le besoin de venir.
Comme si on me poussait.
Dieu ne pousse jamais, il nous appelle.
Pour quoi faire ?
À toi de trouver la réponse.
Un mystique dirait : trie tes pensées.
L'appel de Dieu arrive indépendamment de notre volonté.
Reste ouvert.
Tôt ou tard,
Dieu te dira ce qu'il attend de toi.
Cette confession me prit au dépourvu.
C'était comme tomber sur quelqu'un qui m'attendait.
Nous Le cherchons,
mais Dieu te trouve d'abord.
Il te trouve d'abord.
Ce n'est vraiment pas mon jour de chance.
Théologie, latin,
encore de la théologie !
Tu voulais devenir médecin, non ?
Médecin de l'âme.
Je ne te suis pas.
Je veux être prêtre.
Tu m'as raconté des mensonges ?
Il n'osait pas te le dire. À moi, il l'a dit.
Je ne te vois pas prêtre.
Tu devrais... travailler.
- Étudier ! - C'est mal d'être prêtre ?
À quoi ça peut servir d'être prêtre ?
Ça plaît à Jorge. Ça te semble peu ?
Je t'en prie, maman,
ne pleure pas.
C'est si dur d'accepter cet appel de Dieu ?
Tu fuis la vie.
Quelle vie ?
Cette vie, Jorge !
La vie de ton père.
Ma vie !
Tu ne connaîtras pas l'amour, mon fils !
L'amour d'une femme.
Je ne serai pas grand-mère.
Tu n'auras pas d'enfants.
Tu finiras seul !
Seul !
On appelle un prêtre "mon père".
Les pauvres seront mes enfants.
Grand-mère t'a monté la tête.
- Maman... - Laisse-moi.
Laisse-moi !
Pas ça.
Nous n'étions pas fâchés.
J'allais la voir.
Elle n'est jamais venue au séminaire.
Mais, lors de mon ordination,
à genoux, elle m'a demandé ma bénédiction.
À toi, Jorge.
Tu vas perdre ta chemise. Tu vas voir.
Quel coup foireux.
Je tiens à vous le dire
de vive voix.
Je pars au séminaire.
- Quel séminaire ? - Pour devenir prêtre.
Il nous fait marcher, relax.
Tu sais ce que ça implique ?
Si tu es prêtre, fini les nanas.
Dieu n'a rien créé de plus joli.
Ça a été dur d'accepter de les oublier.
Tes lectures t'ont grillé le cerveau.
Félicitations, Jorge.
Il sait ce qu'il veut et ça n'a pas de prix, mes amis.
- Tu l'as dit à Virginia ? - Pas encore.
Tu vas te priver des plus beaux nichons du coin.
Mais je garderai une chose.
Laquelle ?
Vous, mes amis.
J'ai failli pleurer.
J'étais déjà séminariste
quand, au mariage de mon oncle, j'ai rencontré cette fille éblouissante.
Les filles, venez ! Elle va lancer le bouquet !
Un livre à un mariage ? Étonnant.
Tu n'aimes pas les mariages ?
J'aime les livres.
Moi aussi.
Que lis-tu ?
La voix qui t'est due.
Je ne connais pas.
Ce sont des poèmes.
Des poèmes d'amour.
Et le tien ?
Ce sont des nouvelles de Borges.
Bonne chance, les filles !
Tu sembles la seule à refuser de te marier.
Se marier n'est pas important.
Qu'est-ce qui l'est ?
Trouver l'âme sœur.
Tu aimes le tango ?
Quand il est chanté par Gardel.
Il en fait une chose unique.
Si tu aimes autant Gardel,
je peux t'inviter à danser.
D'accord.
Devenir prêtre ne semble pas si sûr.
Regarde, ils font un joli couple.
C'est vrai, elle est belle. Très belle.
Je fus surpris par sa beauté.
Sa vivacité intellectuelle.
Je ne pensais qu'à elle,
j'étais incapable de prier.
J'étais au séminaire, je pouvais en partir.
J'aimerais que tu lises ces poèmes.
Mon téléphone est sur la première page.
Merci.
Tiens.
Je sais que tu vas aimer Borges.
Quand je l'aurai lu, je t'appellerai pour te le rendre.
Le livre m'importe peu.
Mon téléphone, c'est au cas où tu voudrais me revoir.
Jésus prit la vie comme elle venait, sans fioritures.
Comme au football, on tire le penalty
là où l'arbitre a placé le ballon.
Il faut prendre la vie comme elle vient.
Maintenant ?
Oui.
Est-ce que grand-mère nous regarde ?
Je ne sais pas.
On peut aller au zoo ?
Oui. Chose promise, chose due.
On rentre à Madrid demain.
Pourquoi si tôt ?
Parce que je dois travailler et aller au Brésil avec le pape.
Tu le connais depuis longtemps ?
Huit ans, tu n'étais pas encore née.
Tu devrais être au Vatican.
Je vais à Paris, pour écrire.
Tu peux toujours venir me voir.
La femme est changeante
Telle une plume au vent
Elle change de ton
Et d'idée
Je change souvent d'avis ?
Cette aria est dédiée à notre chef.
Elle m'avait promis un congé et vient de le refuser.
Au fait, elle veut te voir.
Pourquoi ?
Elle risque de s'approprier une idée qui vient de moi.
Tu pars à Rome demain.
Demain ?
Couvrir l'élection du pape.
Je croyais qu'Alfredo était le spécialiste du Vatican.
Il a démissionné.
Pour écrire le roman qui l'obsède.
Carmen, je ne sais pas grand-chose sur l'église catholique.
Tu t'y connais en politique et tu parles italien.
Au Vatican, la politique est omniprésente.
Qu'Alfredo te donne ses contacts.
Je ne sais que dire.
Tu pourrais me remercier.
Ou me rapporter du parfum.
Tu ne m'as pas dit que tu viendrais.
Qu'as-tu décidé ?
J'ai besoin de réfléchir.
Il ne s'agit pas de réfléchir, mais d'agir.
La décision n'est pas facile.
Ce que tu as fait, c'est...
un acte manqué.
Provoqué par un souhait inconscient.
C'est à moi que tu parles ou à un de tes patients ?
Quant à moi, j'ai fait
une erreur.
Celle de t'avoir crue.
Je n'aurais pas dû.
Je te demande de te souvenir
de tous ces moments ensemble dans la chambre d'hôtel.
Je ne te demande que ça.
Il est 5 h du matin à Buenos Aires.
Notre sélection de musique classique
commence avec le 2e mouvement de la Symphonie Jupiter.
Bonjour, père Jorge.
Il est bien tôt. Tu es tombée du lit ?
Heureusement. Vous avez un appel.
- Maintenant ? - Oui.
Entendu.
Bonjour, Pepe, un problème ?
Du tout, bien au contraire.
Écoutez.
Jorge, tu vas être pape
Et tous ceux de la Villa sont fous de joie
Hé, Jorge, tu vas y arriver
Tu recevras la bénédiction de Rome
Tu es le pape de cette Villa faite de tôle et de carton
Les habitants de Barracas te soutiendront toujours
Taisez-vous, maintenant !
Qu'en dites-vous ?
C'est magnifique, mais un prêtre doit éviter ce genre de fantaisie.
Je n'ai rien fait, ils m'ont appelé.
Remercie-les de ma part. Je viendrai dire la messe à mon retour.
Dis-leur de prier pour moi.
Pardon, mon père, avez-vous l'heure ?
9 h moins le quart.
Vous faites bien d'avoir une montre bon marché.
Deux garçons à moto m'ont volé ma montre hier.
Une montre en or.
La faute aux Villas qui se multiplient et sont surpeuplées.
Comment en finir ?
Que voulez-vous dire ?
Il faut les démolir.
Que Péruviens et Boliviens rentrent chez eux.
Tous des criminels et des drogués.
Ce sont surtout des gens pauvres.
On doit protéger ce qui est à nous.
Vous prônez la culture du déchet.
- Connais pas. - Jeter les pauvres à la poubelle.
Je n'ai pas dit ça.
Je dessine la bouche et toi, tu dessines les yeux.
Il te faut le rouge, tu vois ?
Excusez-moi, mon père, je suis le copilote
et un de vos admirateurs.
Tout le monde peut se tromper.
Il y a une place libre en business pour vous.
Non merci, je joue avec mon amie Leticia.
Sa maman est souffrante et je lui ai dit de se reposer.
Très bien, les yeux. Maintenant, dessine la bouche.
Je suis juif et j'adore vos émissions
avec le rabbin Skorka.
Abraham est un homme religieux remarquable.
C'est bien de parler avec quelqu'un d'une autre religion, non ?
Oui, l'échange religieux est essentiel.
Et on ne peut être catholique sans être d'abord juif.
Pourquoi les politiciens ont tant de mal à dialoguer ?
La politique devrait être une forme élevée de la charité.
D'aucuns préfèrent élever des murs plutôt que construire des ponts.
Je vais un peu loin, pas vrai, Leticia ?
TOUT SUR LES OBSÈQUES DU PAPE
Excusez-moi.
Vous êtes Bergoglio,
l'archevêque de Buenos Aires.
Oui.
Comment m'as-tu reconnu ?
Je suis journaliste. Je couvre le conclave.
Tu es une journaliste bien informée.
Pas tant que ça. Vous, c'était facile.
Ma mère est Argentine.
Votre Éminence.
Non, ne m'appelle pas ainsi. Simplement "père Jorge".
Alors, ta mère a fui la dictature ?
Non, elle chantait le tango dans un bar de San Telmo.
Un jour, mon père, qui était Espagnol, fut conquis en l'entendant chanter.
Belle histoire d'amour.
Maman vous voit comme le prochain pape.
Heureusement, ce ne sera pas le cas.
Qui sont les candidats ?
Demande-le au Saint-Esprit.
Me répondra-t-il ?
Il suffit de prier.
Ma mère est très croyante.
Pas moi, je suis agnostique.
Tu connais Borges ?
Oui.
Il était agnostique comme toi,
mais il disait le Notre Père tous les jours.
Pour faire plaisir à sa mère, dit-on,
mais je ne le crois pas.
Chacun a besoin de s'élever de temps à autre.
Voulez-vous partager un taxi ?
Non, merci.
Je préfère les transports en commun.
Et parcourir les rues, comme Jésus.
Et la Vierge Marie
qui aimait ça aussi.
Nos chemins se séparent ici.
J'ai été ravi. Bonne chance.
Vous avez la même chambre que la dernière fois, Votre Éminence.
Si tu m'appelles encore Éminence, tu n'auras pas ton cadeau.
Le dulce de leche.
De la confiture de lait !
Je commettrai un péché de gourmandise.
Souvenez-vous de ceci :
aimez Dieu et faites ce qu'il vous plaît. Tout est là.
- Bruno Scola ? - À ce qu'on dit...
Je suis Ana.
Enchanté. Assieds-toi.
Tu es l'amie d'Alfredo ?
Oui, on a longtemps travaillé ensemble.
C'est ton premier conclave.
Que faites-vous, père Giorgio ?
- Je lave mes affaires. - On est là pour ça.
Que dit l'Évangile à ce propos ?
Vous pensez à l'humilité ?
Pas facile pour le nouveau pape
d'avoir les 2/3 des votes des 115 cardinaux.
Quid de la confrontation des deux factions ?
Comment ça ?
Conservateurs et progressistes.
On dirait que ce vieux renard d'Alfredo t'a affranchie.
Qu'y a-t-il ?
Ma hanche et mon dos ont souffert du voyage.
L'Argentine est trop éloignée.
Viens, assieds-toi.
Ne me parle pas de ces douleurs.
Sais-tu ce que je fais ?
En sortant d'une pièce,
j'y laisse le vieux moi. Voilà le jeune moi !
J'ai récemment lu tes réflexions sur le péché et la corruption.
J'ai beaucoup aimé.
Écrites il y a des lustres mais la corruption est toujours partout.
On a tenté de me corrompre une fois.
Les types ont filé sans demander leur reste.
Ils avaient déjà essayé avec un autre religieux
et avaient réussi.
Bonjour.
Jésus et ses disciples. La légende dit
que le cardinal assis sous la fresque est élu.
C'est arrivé plus d'une fois. Par exemple avec le pape polonais.
Sait-on déjà où seront assis les cardinaux ?
Sais-tu ce que veut dire "conclave" ?
Ça vient du latin cum clave
signifiant que les cardinaux sont enfermés
pour que rien ne puisse transpirer.
Regarde,
le sol en marbre est recouvert d'un plancher
avec une moquette rouge. Ça cache un réseau électronique
qui empêche les communications avec l'extérieur.
Tu es bien informé.
Sais-tu qu'en Chine, lors d'une réunion, c'est celui
aux cheveux blancs qui parle d'abord ?
L'expérience est une valeur suprême, en tout.
D'après toi, quel candidat a le plus de chances d'être élu pape ?
Que diraient mes patrons si tu écrivais
ce que j'écris dans mon journal ?
Les flatteries d'une femme
délient ma langue plus qu'il ne le faudrait.
Écris sur les possibilités du cardinal portugais.
Il est peu probable qu'il ait la chance d'être élu.
Mais tu seras bien vue de tes patrons.
L'archevêque de Buenos Aires est un candidat valable ?
Un archevêque prêtre de quartier
qui passe son temps dans les taudis
élu premier pape d'Amérique du Sud ?
Allons ! Ses chances sont plus que nulles.
UN PORTUGAIS PARMI LES CANDIDATS À LA PAPAUTÉ
Tu as toujours mal au dos ?
C'est incroyable.
Jamais venu dans la chapelle Sixtine ?
Pour ne pas être élu, ne t'assieds pas sous la fresque de Jésus
donnant les clés à Saint Pierre.
Bergoglio !
Ratzinger !
Bergoglio !
Un problème ?
Je n'aime pas ça, on m'utilise pour bloquer Ratzinger.
Deux façons pour ouvrir une noix :
avec un marteau
ou en l'attendrissant dans l'eau.
Vous, jésuites, pratiquez la 2e.
Qui sait ? Il se peut que tu deviennes le prochain pape.
Très irréaliste, une église divisée serait le pire des scénarios.
La fumée noire sort de la chapelle Sixtine,
manifestement, les cardinaux ne se sont pas accordés sur un pape.
Comme nous l'avions anticipé, ce sera un conclave difficile.
Habemus papam.
Dominum
Josephum,
Sanctae Romanae Ecclesiae
Cardinalem Ratzinger.
Le voici, un grand sourire aux lèvres, saluant les milliers de croyants.
L'archevêque de Buenos Aires est arrivé deuxième.
Et il n'avait aucune chance...
Non, en effet.
Mais le candidat des progressistes a Parkinson.
Le souvenir des effets de ce mal sur le Pape Wojtyla est trop récent.
Et ils se sont reportés sur Bergoglio,
pas pour l'élire,
mais pour créer une minorité d'opposition. Ils ont réussi.
À l'avant-dernier tour, Ratzinger a obtenu 72 votes.
Bergoglio, seulement 40.
Pourquoi fallait-il une minorité d'opposition ?
Pour que Ratzinger recule
et pouvoir élire un pape de transition
bon pour les deux factions.
Le cardinal portugais sur qui je t'avais dit d'écrire.
Pourquoi les conservateurs ont fini par gagner ?
Bergoglio a découvert la manœuvre
et a convaincu sa faction de voter Ratzinger.
Tu mérites un autre scoop.
Je vais te raconter la manœuvre mesquine contre l'archevêque de Buenos Aires.
Veuillez me suivre.
Merci.
Attendez dans ce salon, je vous prie.
Où es-tu ?
À Rome.
Tu as décidé ?
Non, je n'y arrive pas.
Ne pas décider est déjà une décision, non ?
Je sais.
Tu te fous de ce que je veux.
Ce que je veux compte aussi, non ?
Ta décision est en train
d'exercer une violence morale inacceptable sur moi.
Violence morale ?
Raul, qu'est-ce que tu me racontes ?
Raul, s'il te plaît, attends mon retour de Rome.
On se verra et on parlera tranquillement.
Il n'y a plus rien à dire.
C'est notre dernière conversation.
En tout cas dans cette vie.
- Je suis désolée. - Non.
Pleure si tu en as besoin.
Assieds-toi, tu seras mieux.
Ça va être plein de mascara.
Peu importe.
Merci.
Je suis très gênée.
Pourquoi ?
Mon...
compagnon.
Il veut me faire agir contre mon gré.
Ce que tu refuses de faire est important pour toi ?
Beaucoup.
Demande-toi
s'il te le demanderait s'il était sincèrement amoureux de toi.
Regarde.
C'est Marie qui défait les nœuds.
Je l'ai découverte en allant en Allemagne.
C'est la Vierge Marie, enceinte.
L'archange lui donne un ruban dont elle défait les nœuds.
Elle fait des miracles, elle défait tous les nœuds de nos vies.
Même si tu n'es pas croyante, elle t'aidera.
- Elle est belle. - Oui.
Vous avez bien failli être pape.
Le conclave est secret.
Si tu es venue pour ça, je ne dirai pas un mot.
Je ne suis pas là pour ça.
Ni pour pleurer d'ailleurs.
Ce n'était pas une mauvaise chose.
Bien sûr.
Je suis là pour vous dire
que bon nombre de cardinaux ont reçu un dossier sur vous par mail.
Sur les jésuites enlevés sous la dictature.
Vous devez avoir de puissants ennemis.
En effet.
Et je prie pour eux chaque jour, crois-moi.
Désolée de le rendre ainsi.
Écoute, si un jour tu passes par Buenos Aires,
viens me voir et rends-le-moi propre et repassé.
D'accord.
Merci.
Je hais celui qui a tué mon fils.
Et les policiers qui ne l'ont pas arrêté.
Je suis en colère contre Dieu.
Pourquoi a-t-Il laissé faire ça ?
Ce qui t'arrive est affreux.
Mais la haine ne guérira pas ta plaie.
- Connais-tu les Madres del Dolor ? - Non.
Elles ont vécu la même chose.
Elles luttent pour que ça n'arrive plus.
La Vierge Marie est avec ces mères.
Elle est avec toi.
Elle sait ce que c'est de perdre un fils.
Priez pour moi, mon père.
Priez fort !
La journaliste ? Je suis la secrétaire de père Jorge.
Enchantée.
Il est parti à la cathédrale
puis il dira la messe dans un garage qui a brûlé.
Pourquoi sommes-nous là ?
Parce que certains de nos jeunes sont morts ici.
On nous apprend à l'école que l'esclavage a été aboli.
C'est un mensonge.
Il n'a pas été aboli dans cette ville.
Des clandestins sont exploités ici.
Des femmes le sont pour la prostitution
et des enfants pour la mendicité.
Cette ville vaniteuse et pécheresse. Cette ville
qui souffre
a besoin de pleurer.
Buenos Aires est une ville qui se corrompt aisément.
Qui endort les consciences.
Ici, les chiens sont mieux traités que les esclaves.
Cette ville a besoin de pleurer
à cause de l'esclavage de ses enfants.
Merci d'être venus.
Luttez, je serai toujours avec vous.
Merci.
Quelle surprise !
Que fais-tu...
Félicitations !
- Tu en es à combien ? - Cinq mois.
C'était le nœud indénouable ?
Oui.
La Vierge Marie t'a aidée.
La question que vous m'avez dit de me poser m'a aidée.
Un fils est un don.
Une bénédiction.
Une fille, c'est une fille.
Merci.
Je ne devrais pas manger ça mais je fête ta grossesse.
Ceci est à vous.
Mon mouchoir ! Merci.
J'ai vendu un article à mon journal.
Sur deux personnes enlevées.
Les jésuites enlevés par l'armée.
Yorio et Jalics.
C'est un sujet délicat pour vous, mais...
j'aimerais pouvoir vous interviewer à ce sujet.
Je ne préfère pas.
On vous dit relié au document
contre Bergoglio que des cardinaux possèdent.
Les gens disent n'importe quoi.
Je ne fais pas de politique, j'enquête sur des faits.
Quels sont ces faits ?
Après le coup d'État militaire,
Bergoglio a privé Yorio et Jalics de la protection des jésuites.
Et du coup, les militaires ont fondu sur eux.
Dans leurs déclarations, rien de tout ça n'a été mentionné.
C'est dit en filigrane.
C'est clair pour tout lecteur avisé.
Merci.
De rien.
Qu'on les ait trouvés en vie
implique que Bergoglio a aidé à leur libération, non ?
Qu'est-ce qui prouve qu'il a fait ça ?
Tout le monde me l'a dit, c'est un fait.
Toujours est-il que ces jésuites ont été torturés
parce qu'il les a abandonnés.
Ils disent être sortis du pays grâce à lui.
La culpabilité déplace les montagnes.
Non, ça n'est pas un fait,
c'est une supposition.
Vous allez trop loin pour une journaliste
qui passe de la pommade aux évêques.
Passer de la pommade aux gens de pouvoir... Vous parlez en connaisseur ?
Cette ville a été fondée par un Espagnol syphilitique.
Ses prêtres disaient que les Indiens n'avaient pas d'âme.
Et les conquérants se sont sentis libres
de voler, tuer, violer !
En fait, les Indiens étaient pris pour des singes.
Où voulez-vous en venir ?
Pour vous, Espagnols, nous ne sommes que des métèques.
Vous ne pouvez pas comprendre ce qui se passe dans ce pays !
Ce que je ne comprends pas, c'est qu'on insulte un contradicteur.
Ça, je ne le comprends pas.
J'ai réuni des versions contradictoires.
Mon article doit être très objectif.
Je peux vous interroger ?
La femme est meilleure interrogatrice que l'homme.
Désolé d'utiliser Mozart pour ceci, mais...
Quoi ?
Certains s'amusent à essayer d'écouter ce que je dis.
Interrogez-moi.
Allez-y.
Qu'avez-vous fait pour libérer ces jésuites ?
Du thé ?
Non, merci.
Dieu vomit les tièdes.
Rester tiède face au terrorisme est une forme de complicité.
Ils ne faisaient rien de douteux.
Savez-vous où ils sont ?
Je ne sais pas.
Qui sait, ils se cachent peut-être.
J'en doute.
Vous, jésuites, doutez trop.
Ils ont été emmenés au cours d'une opération militaire.
Si j'entends quelque chose, je préviendrai vos supérieurs.
C'est que...
ces jésuites sont sous ma responsabilité.
Vous...
Vous vivez où ?
Vous ignorez que nous sommes en guerre ?
Guerre indécente
contre les nihilistes
qui se déguisent en rédempteurs sociaux ?
Ils luttent contre la pauvreté.
D'où leur présence à la Villa quand on les a enlevés.
"Enlever" n'existe pas dans mon vocabulaire.
Vous êtes incapables de penser aux besoins de la patrie.
Moi, si.
Je pense à la patrie.
Je pense à l'histoire avec un grand H.
Je pense à la vie de mes jésuites.
Vous n'êtes qu'un pauvre petit prêtre
qui n'a aucune idée de qui est aux commandes.
Tout ce que je veux, c'est leur retour.
Vivants.
Vivants.
C'est noté.
Je vous fais accompagner, que vous ne vous perdiez pas.
Comme vos jésuites...
L'univers s'agrandit
à une vitesse constante.
Plus vite ou plus lentement, ce serait la cata.
D'où vient cette vitesse ?
On l'ignore.
Les scientifiques respectent la foi car on ne peut tout expliquer.
Comme le dit Borges :
"Quel dieu derrière Dieu tisse cette trame ?"
J'enregistre, d'accord ?
Durant la dictature militaire, certains religieux détournèrent les yeux.
Pas Bergoglio.
Plein de témoignages confirment qu'il a aidé des gens à fuir.
Tu connais quelqu'un qu'il aurait aidé ?
Un de mes oncles qui était recherché par l'armée.
Halte là. Viens par ici, allez.
Saúl, silence, il y a un barrage.
Passez.
Allez !
Allez, vite !
- On est où ? - Au Colegio Maximo. Avance !
Sachant que tu ne pourrais dormir,
je t'ai apporté de la musique.
Regarde, ça, c'est un de mes auteurs préférés.
Ôte ton alliance pour l'aéroport
car tu es censé sortir d'une retraite spirituelle avec nous.
Et si je restais ici ?
On ne peut pas rester ici longtemps.
Quelqu'un pourrait prévenir l'armée. Tu dois partir.
Papiers.
Que faisiez-vous à Buenos Aires ?
J'ai posé une question.
Excusez-moi, monsieur.
Saúl est asthmatique. On a été inquiets lors de la retraite.
Quelle retraite ?
Je suis jésuite.
Saúl a fait une retraite spirituelle
basée sur les méditations de Saint Ignace de Loyola
qui, avant d'être saint, était soldat.
Il fut blessé au combat,
il se cacha dans une grotte où Dieu l'éclaira.
Une belle histoire.
Ce monsieur a un prénom juif.
Ça n'a pas d'importance, Saúl est un bon catholique.
Je t'avais dit de prendre ton sirop,
tu fais perdre du temps à ce monsieur.
Allez, avance.
Prends ton sirop, pour l'amour de Dieu.
C'est fou, les gens ne font pas attention.
Je sais, j'ai moi-même mangé 6 croissants.
Votre cholestérol a explosé.
- Oui, mon père. - Comme le mien.
Prenez soin de vous. Désolé pour le dérangement.
J'ai commis des péchés.
Je le regrette.
Je regrette d'avoir agi sans être impartial,
d'avoir pris des décisions hâtives, de ne pas avoir été plus souple.
Il ne fallait pas apporter ces choses si tentantes.
Comment vas-tu l'appeler ?
Ma mère préconise "Eva".
Pour Eva Perón ou pour la première femme ?
Elle ne me l'a pas dit.
C'est un joli prénom.
Tu la feras baptiser ?
Je ne peux imaginer qu'il y ait un Dieu avec tout ce qui se passe.
Il ne s'agit pas d'imaginer,
on ne peut expliquer Dieu.
Pour avoir la foi, il faut ouvrir son cœur.
Quand on en vient à la foi, mon cœur semble être un coffre blindé.
De nombreux hommes importants dans l'histoire étaient incroyants.
On peut être spirituel sans croire.
Et puis, ce sera difficile de la baptiser.
Je suis mère célibataire.
Si tu décides de le faire et que tu ne trouves pas de prêtre,
je serai heureux de le faire.
Un de nos enfants est vraiment intenable.
Il a une très vilaine maladie de peau
et il est contagieux.
Que fait-on ? On le sort de la liste ?
Pas question, docteur.
Ce serait insulter le père Jorge.
Lève l'autre pied.
Mon père,
il arrive quoi quand on meurt ?
- Tu aimes le football ? - Oui, j'adore.
Être malade,
c'est comme être dans un match de football.
Chaque jour est comme si c'était le ballon.
Celui qui a le ballon gagne,
d'accord ?
Il faut se battre pour avoir le ballon.
Et gagner.
Et aussi pour gagner. Très bien.
Regarde.
Ça, c'est la Vierge de Lujan.
Je te la donne car je sais qu'elle va jouer pour toi.
Quand tu es fatigué,
regarde-la et demande-lui
d'envoyer le ballon dehors
jusqu'à ce que tu sois assez fort pour jouer.
Merci.
Qui veut que la Vierge joue pour lui ?
Moi !
Revenir à Buenos Aires m'attriste beaucoup.
J'y ai passé mes plus beaux jours avec ton père.
Cette Vierge est magnifique.
J'ai été baptisé ici.
Merci de m'avoir choisi.
J'ai parlé à deux prêtres de Madrid, ils ont refusé.
Deux pharisiens, deux hypocrites.
J'ai eu du mal à convaincre ma fille de baptiser la petite.
Allons-y. Vous pouvez m'aider ?
Ma hanche me joue des tours.
Oui.
Voilà, merci.
Il est enfin là.
Excusez-moi.
Tu sais ce qu'on dit d'un parrain en retard.
Mais rien ne vaut un ex-jésuite, non ?
José, je t'en prie, procédons.
Eva,
je te baptise au nom du Père,
du Fils
et du Saint-Esprit.
Amen.
C'est fait.
Donne un baiser au père Jorge.
Bien joué, Eva.
Excellente heure pour une interview.
Trois heures de l'après-midi.
L'heure à laquelle Jésus est mort sur la croix.
Les jésuites m'ont donné ça à mon entrée au séminaire.
Les exercices spirituels de Saint Ignace
et les règles d'humilité. L'une des règles stipule
qu'on ne doit pas regarder une personne dans les yeux.
J'adore le faire.
J'étais le disciple du père Jorge
au Collège Máximo. J'y ai passé 6 ans.
Pourquoi en être parti ?
J'aime trop les femmes.
Les belles, bien sûr.
Tu pries ?
Oui, mais ça ne marche pas.
Voir ce couple s'embrasser m'a troublé.
José, ce qu'on ne peut pas tolérer, c'est une double vie.
Tu ne peux vivre dans la tricherie.
Un prêtre devrait pouvoir se marier.
Pourquoi ? Pour avoir une belle-mère ?
Tu dois faire ce que tu ressens.
On dit que Dieu ignore une seule chose :
ce qui passe par la tête d'un jésuite.
Et Bergoglio est jésuite à 100 %.
Pour mieux comprendre,
lisez ce que dit Saint Ignace sur le discernement.
Quels sont vos souvenirs du père Jorge ?
Il a commencé son ministère au Collège Máximo.
Imagine ce que c'est de vivre toute la journée
avec des parents ivrognes.
Donne-leur le lait.
Mangez ça.
Merci.
Apporte-leur des vêtements et des chaussures.
Ensuite, pars et ne reviens qu'après leur avoir trouvé une famille.
Bien, très bien.
On montra des films à ces fils d'ouvriers.
La guerre des étoiles.
On les soigna aussi.
Que tu es maladroit !
Nombreux découvrirent la mer
grâce au père Jorge.
Tu peux imaginer ce que ça signifiait pour ces garçons.
Le cœur de Pinocchio était dur, vous vous souvenez ?
Alors, on l'emmena du cirque chez le magicien pour qu'il le change.
Mais il n'y arriva pas.
Qui peut changer nos cœurs ?
Jésus.
Je n'ai pas entendu.
Jésus !
Écoute, frère
Le chant de la joie
Chant joyeux
De ceux qui attendent un jour nouveau
Viens chanter, rêve en chantant
Vis en rêvant du soleil nouveau
Quand tous les hommes
Seront de nouveau frères
Allez, mangez !
Sauf votre respect,
je ne suis pas là pour nourrir les cochons.
Il y a bien des façons de servir Dieu.
En nourrissant les cochons et les poules. Tu iras nettoyer leur cage.
Apporte-moi le piment.
Vous n'en mettez pas trop ?
Ma mère est espagnole
et en met juste un peu dans ses plats.
Peux-tu faire vœu de silence tant que ce n'est pas prêt ?
Moi, je dis ça, je dis rien.
Père Jorge !
Cette paëlla... est excellente.
Cesse tes flatteries, j'ai mis trop de piment.
Puisqu'on est réunis, dites-nous quelques mots.
Entendu, si tu insistes...
La leçon du jour est pour toi.
Lave bien les assiettes.
C'est un peu idyllique.
Pas tant que ça.
On a eu des échecs.
Comme ceux avec des parents alcooliques.
Ils volèrent leurs familles d'accueil.
On leur en trouva d'autres
et ils recommencèrent.
La bonne chose,
c'est qu'après leurs méfaits,
ils revenaient.
Ils savaient que Bergoglio
ne les abandonnerait pas.
Merci, Camilla.
Un jour,
l'époque "idyllique" comme tu dis, partit en fumée.
Père Jorge devait officier comme confesseur à Cordoue.
Par chance
ou peut-être
à cause de la mécanique quantique,
il rencontra le nonce Calabresi qui lui présenta Quarracino.
Tous deux disaient que Bergoglio avait
une intelligence pratique.
Et un tempérament de saint.
Tu connais l'anecdote quand il a été nommé archevêque ?
Non.
Vendons la voiture, c'est une dépense inutile.
Vous licenciez le chauffeur ?
Non, il fera autre chose.
Pas de garde du corps. Et je n'habiterai pas à la résidence.
Elle servira de lieu spirituel.
Je resterai ici.
Ici ? Où ?
Dans ce qui peut servir de chambre.
La note pour la tenue d'archevêque.
C'est de la folie !
J'utiliserai celle de Quarracino.
Elle est bien trop grande.
Je sais, trouve quelqu'un qui la mette à ma taille.
Fais pas cette tête, c'est faisable.
Bergoglio se bat sur tous les fronts.
Entre autres, les archevêques les plus conservateurs lui reprochent
de dire que certains pasteurs agissent en princes,
ou que certains prêtres sont obsédés
par la morale mais seulement sous la ceinture,
ou de dénoncer le silence de l'Église concernant les abus sur enfants.
Il y a aussi
les intérêts économiques qui sont affectés par ses combats.
D'autre part encore,
il y a les gens très puissants
qui n'aiment pas qu'on leur fasse la morale.
Père Jorge est un homme seul.
Très seul.
C'est pour ça que je lui ai acheté ça.
Je le lui donnerai à sa retraite.
Sais-tu que Bergoglio et Borges se sont connus ?
C'est un secret de ma grand-mère.
Elle met du citron dedans.
"Poulet à la cardinal".
Je vois.
Je suis nulle en cuisine.
Ah bon ?
Il y a ce film, Le festin de Babette, tu l'as vu ?
Tu devrais le voir.
La nourriture en tant que forme d'art.
Comme une élévation spirituelle.
Excusez-moi.
La mère de madame a mal à la tête.
Donne-lui deux aspirines et un pansement spirituel.
Je veux dire stomacal.
D'accord.
Hé, petit curé, te retourne pas.
Continue à me les briser avec le thème de la drogue
et tu vas finir dans la rivière.
Pigé ?
Il faut laisser une place au doute.
Celui qui croit avoir toutes les réponses,
il est clair que Dieu n'est pas avec lui.
C'est beau, mon père.
Ce qui serait beau, ce serait que tu chantes un tango.
Je n'ai pas chanté depuis la mort de mon mari.
Il y a bien longtemps.
Excusez-moi.
Allô ?
Plus doucement, Pepe, je ne comprends rien.
Pas possible.
Il était très sérieux.
Pour éviter tout problème, viens vivre à la curie.
Je préfère quitter l'Église que mon quartier.
Je vais le signaler à la police.
Non, non, attends.
Reste tranquille.
Je t'appelle demain.
Laisse-moi réfléchir.
Je veux vous parler des puissants marchands de l'ombre.
De ceux qui gagnent de l'argent
en vendant de la drogue aux nôtres.
Hier, un de nos prêtres a été menacé.
Il ne faut pas négliger ces menaces.
Nous ignorons jusqu'où ça pourrait aller.
Ça ne touche pas que les prêtres,
c'est le problème de nous tous, de chacun d'entre vous.
C'était une bonne messe.
Comment va ton frère ?
Bien, merci.
Salue-le de ma part.
Ce n'est pas dangereux qu'il aille dans la Villa ?
Il ne risque rien, trop de gens l'aiment ici.
- Tes parents ? - Ça va.
Tu es sûre ? Bon, ciao.
Et toi, arrête de grandir, c'est trop.
Je voudrais dire que...
quand ils ont su que je venais, ils m'ont brisé le genou.
Pour que je ne vienne plus.
Les dealeurs vous menacent
pour continuer à gagner de l'argent.
Trouvez quelque chose que vous aimez.
Que voulez-vous dire ?
Il faut avoir une passion dans la vie.
Sinon, il est plus facile de tomber dans toute sorte de drogue.
Saint Ignace disait :
"Il n'y a pas de limites quant à la grandeur
"tant qu'on se concentre sur les petites choses."
Je suis plutôt lent,
mais je suis bon pour les petites choses.
Tant mieux, cela me réjouit.
Mon père,
du maté ?
Oui, ça ne se refuse pas.
C'est chaud.
La vache ! Très chaud.
Excusez-moi.
Tenez bon, père Jorge.
Merci.
On ne prend pas une lampe pour la mettre dans un tiroir.
On l'allume pour éclairer tout le monde, Ana.
J'observe quatre règles.
Le temps est supérieur à l'espace.
Mais encore ?
L'espace ne bouge pas.
Les gens veulent garder leur espace de pouvoir.
Le temps signifie processus.
Qu'il faut mettre en route.
Et les autres règles ?
L'unité est supérieure au conflit.
Beaucoup de choses unissent plus les gens
qu'elles ne les séparent.
Fin du laïus. Je dois manger ma tarte.
- Servez-vous. - Merci, Éminence.
Ce thé est délicieux.
J'ai eu le temps de le préparer.
Pardon.
Désolée d'être arrivée en retard.
Je sais que vous êtes très ponctuel.
D'abord, sachez que je suis catholique.
Je me confesse et je communie tous les dimanches.
La corruption est un fléau.
Qui peut le nier ?
Mais,
parler de ça tout le temps, c'est mauvais pour le pays,
ça met en péril nos exportations.
Exportations qui paient des taxes.
Taxes qui paient...
les retraites, par exemple.
Surtout,
ne pensez pas que je veuille vous faire taire.
Je suis venue vous suggérer
de lever un peu le pied
sur le sujet de la corruption. C'est tout.
Les gens corrompus sont dans l'évangile.
Jouant avec la vérité, piégeant Jésus.
La corruption sociale résulte
d'un cœur corrompu.
C'est pourquoi elle ne peut être pardonnée.
Votre Éminence, vous n'êtes pas sans savoir que beaucoup essaient
de vous envoyer à Rome
à un poste bureaucratique.
Vous imaginez un peu ?
Coincé toute la journée dans un bureau ?
Un bureau de 2 mètres sur 2.
Fini les promenades.
Ces manœuvres peuvent être freinées.
Je veux dire...
j'ai les contacts pour ce faire.
Vous croyez que la peur me fera taire ?
Vous le croyez vraiment ?
Alors, rien ne va changer ?
J'espère bien que non.
Dites à vos contacts de lutter contre la corruption comme ils le devraient.
J'espère vous voir bientôt, Votre Éminence.
Ici ou à Rome ?
Votre Éminence Bergoglio !
Où vas-tu si tard ?
D'où sors-tu ?
Tu n'es pas mon confesseur, je peux me taire.
Pas la peine, j'imagine bien d'où tu sors.
Où vas-tu ?
À San Pantaleon, pour la confession.
Je t'y emmène.
Non, va dormir, tu en as besoin.
Écoutez-le.
Tu te lèves toujours à 4 h 30 du matin !
- Je t'emmène. - Non, le bus est déjà là.
Tu t'en sors ?
Comme dans les paroles du tango :
"Je lutte encore et encore".
Il y a toujours un nœud qu'il nous faut défaire, Ana.
Je sais.
Tu as quelqu'un ?
Je suis comme vous.
Tu as fait vœu de chasteté ?
Mon travail est ma vie.
Ma fille aussi, bien sûr.
Tu ne viens pas écrire un article à controverse, j'espère.
Ma mère est morte.
Ses maux de tête étaient provoqués par un anévrisme.
J'en suis vraiment navré, ma petite.
Sincèrement navré.
Merci.
Je suis navré, navré.
Je viens répandre ses cendres
à l'endroit où elle a embrassé mon père pour la première fois.
Elle aurait aimé que vous disiez une prière pour elle.
Bien sûr.
Que l'âme de Patricia et celle de tous les morts, par la grâce de Dieu,
reposent en paix.
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Amen.
Merci.
J'aimerais croire
que sa vie ne s'arrête pas ici.
Il y a des années,
j'ai passé quelque temps en Allemagne.
Sais-tu ce que je faisais de mon temps libre ?
J'allais dans un cimetière.
Pourquoi ?
Parce qu'il était près d'un aéroport.
Je saluais tous les avions qui allaient à Buenos Aires.
Je suis très proche de cette ville.
C'est ma névrose.
Les gens vont chez le psy pour s'en débarrasser.
Je la soigne en buvant du maté.
Par bonheur, je n'irai plus en Europe.
Pourquoi ?
Les archevêques travaillent jusqu'à 75 ans.
Je demanderai la retraite.
Jamais vous ne prendrez votre retraite.
Il est temps de prendre des vacances.
Mes dernières vacances datent d'il y a 35 ans !
- Bonjour, mon père. - Ça va ?
- On se promène ? - Comme d'habitude.
- Bonne chance. - Merci.
Je l'ai baptisé.
Récemment. Il était adulte.
Père Jorge, comment ça va ?
Les enfants vont bien ? Occupe-toi bien d'eux.
Oui, merci mon père.
Viens.
Père Jorge, vous pouvez bénir mon autel ?
Oui, Elmira, bien sûr.
Merci.
Prépare-nous du maté, on revient.
Viens.
Père Jorge !
Nico.
Comment allez-vous ?
Bien.
Vous me prenez avec pape Jorge ?
Continue à m'appeler pape et tu n'auras pas le T-shirt signé.
Non, mon père.
Allez, souris.
Quand je te l'apporterai, tu me diras
comment s'appelle le pape en poste. Ça commence par R.
- Je le saurai, promis. - Affaire conclue.
Ça marche.
Nous montrons à Jésus nos péchés,
nos blessures.
Nous lui demandons de nous considérer, de nous toucher,
de nous guérir et de nous pardonner.
Plus vous souffrirez de privations,
plus il sera facile de rencontrer Dieu.
Les pauvres sont comme le Christ crucifié.
Comme le Christ qui souffre.
Mon peuple est pauvre
et je suis l'un de vous.
Père Jorge.
Venez déjeuner avec nous, ce serait un beau cadeau pour ma fille.
Tu m'invites à déjeuner ?
D'accord, allons-y.
Merci, mon père.
Bien meilleures que les miennes.
Vous partagez votre nourriture avec nous.
Ça signifie que vous partagez votre cœur aussi.
Elle pleure chaque nuit depuis 15 jours.
Je peux ?
Dis-moi.
J'ai fait une chose...
Je m'en suis débarrassé, mon père.
Débarrassé.
Un avortement est une chose terrible.
Mais je le regrette tellement !
Je le regrette !
Dieu est miséricordieux.
Il sait que tu le regrettes
du plus profond de ton cœur.
Je suis sûr qu'il t'a déjà pardonnée.
Plusieurs rumeurs sur sa renonciation.
Entre autres, à cause de son incapacité à contrôler
les scandales financiers.
Un pape ne devrait jamais abandonner.
La décision du pape a été méditée devant Dieu.
C'est un geste de grandeur et de générosité.
Geste révolutionnaire jamais vu en 600 ans.
Benoît XVI devient ainsi le premier pape à renoncer à la papauté.
Bonjour. Comment allez-vous tous ?
Bonjour.
Candido ! Comment te sens-tu ?
Couci-couça ?
Tu n'arrêtes pas de te plaindre.
Tu as bonne mine, Candido. Vraiment.
Là, ça va moins bien. Tu as perdu deux cavaliers et la tour.
Quand vous installerez-vous avec nous ?
Quand le nouvel archevêque sera nommé.
Après l'élection du pape.
Oui, c'est exact.
Une chambre avec vue sur la cour est peut-être libre.
Celle-ci me convient.
C'est la chambre n° 13.
Ça ne vous dérange pas ?
Non, très chère.
Je serai le plus souvent dehors de toute façon.
Je continue à confesser, à dire des messes
et à aller dans les Villas.
L'Allemand presse la gâchette
mais la balle ne sort pas.
On entend alors la voix de Dieu.
"Ce soldat polonais
"ne peut pas mourir."
Surpris, l'Allemand demande : "Pourquoi, Seigneur ?"
"Ce soldat polonais ne peut pas mourir
"parce qu'il deviendra pape."
L'Allemand réfléchit un moment et dit :
"D'accord,
"mais après lui, c'est moi qui serai pape."
Elle n'est pas très drôle.
Fais pas ton grincheux,
je l'ai racontée cent fois et les gens s'esclaffent.
Dite par un cardinal, c'est plus drôle.
Tiens.
Pour le voyage.
Je me consacre à Saint Joseph et ça, c'est Saint Pierre.
Il y a une allusion ?
Bien sûr.
Ce sera très émouvant d'entendre le résultat de l'élection en latin.
Bergoglio eminentia,
septuaginta septem votes.
Plaisante pas avec ça. Je ne serai pas élu.
Heureusement.
Au Vatican, il est parfois plus facile de perdre la foi que de la trouver.
Tu savais que j'étais là ?
J'ai de bons contacts à Rome maintenant.
Certains ne vous veulent toujours pas comme candidat.
Ils répandent le bruit que vous avez perdu un poumon.
C'est très exagéré.
On m'a ôté le lobe supérieur. Ce n'est pas pareil.
Mais le Vatican peut parfois être un nid de vipères.
Votre discours devant les cardinaux était bon.
Tu trouves ?
Il y a deux Églises.
L'Église mondaine, vivant pour elle-même,
dévouée à elle-même,
une Église
imprégnée de narcissisme
qui ne laisse pas de place à Jésus-Christ.
Et puis, il y a une autre Église,
l'Église évangélisatrice...
qui sort d'elle-même.
Celle de la parole de Dieu.
L'Église doit aller dans les périphéries,
pas seulement géographiquement,
les périphéries... existentielles,
les périphéries... de la douleur
et de l'injustice.
Les périphéries...
de l'absence de foi.
Il ne vous est pas passé par la tête, ne serait-ce qu'une seconde,
que vous pourriez être le nouveau pape ?
Non.
Si vous êtes élu, j'écrirai un livre sur vous.
Ils n'éliront pas quelqu'un qui a demandé la retraite.
N'avez-vous pas dit que la décision revenait au Saint-Esprit ?
Voilà ce que vous avez commandé.
Merci.
Alors, ces rumeurs ?
On dit que si le candidat italien n'est pas élu,
ses supporters voteront pour quelqu'un d'autre.
Quelqu'un du pays ayant le plus de catholiques.
Le cardinal brésilien ?
Ce serait astucieux de faire croire au changement
alors que rien ne bouge.
On dirait quelqu'un d'autre.
Saint Augustin, avant de devenir saint, dit :
"Donne-moi chasteté et constance, mais pas maintenant."
- Penses-y. - D'accord.
J'y pense pendant quelques mois et je te réponds.
Que t'a dit cette opportuniste ?
Que le nouveau pape sera Italien.
Elle n'y connaît rien, le cardinal italien n'ira pas loin.
Brillant intellectuel,
qui aurait besoin d'un traducteur quand il parle.
C'est pour ça qu'il aura peu de votes des Italiens.
Il pourra au maximum réunir 40 votes.
Que penses-tu des chances de l'archevêque de Buenos Aires ?
Son potentiel de votes est limité. Pas plus de 25.
Ce n'est peut-être pas une limite mais un point de départ.
D'après toi, Bergoglio pourrait être élu pape ?
Je dis qu'il n'y a pas de candidat sûr.
Parmi les compétiteurs, il y a aussi père Jorge.
Si tu es si sûre, écris-le.
"Le nouveau pape arrivera des eaux boueuses du Rio de la Plata."
LA SURPRISE POURRAIT VENIR DU RIO DE LA PLATA
Envoi de fichiers
C'est quoi ce délire sur Bergoglio ?
C'est mon travail.
Je ne suis plus la novice envoyée ici il y a 8 ans.
Quelqu'un veut te saluer.
Buvons...
Alfredo, quelle joie ! Où en est ton roman ?
Il vient de sortir. J'en ai deux exemplaires
dont un pour toi.
Merci.
Princesse, sauf ton respect,
je dis que le cardinal canadien risque d'être élu.
Tu as entendu ?
Je signe l'article. Si je me trompe, c'est mon problème.
Tu es à moitié Argentine, non ?
Tu sais comment ils se suicident ?
En se jetant de leur ego.
Écris un article sur deux candidats.
Scherer !
Scola !
Bergoglio !
Bergoglio !
Pourquoi cette pancarte ? Vous voulez un pape italien ?
La nationalité n'est pas importante.
Dieu dit à Saint François :
"Ma maison tombe en ruine, redresse-la."
On a besoin d'une Église pauvre,
pour les pauvres, pour tous les pauvres.
Ma sœur, s'il vous plaît, un peu plus.
Merci beaucoup.
Sais-tu que certains cardinaux regrettent leurs portables ?
Pour eux, les réseaux sociaux
permettent de prêcher l'évangile.
Mes semelles sont mon téléphone portable.
Tu t'es brûlé ?
Non, c'est que j'ai une angine.
- Tu prends des médicaments ? - Oui, ça.
Tu en prends combien ?
Un toutes les 8 h.
Passe à un toutes les 6 h et 1 g de vitamine C.
Enfin un pape qui s'y connaît en médicaments.
C'est ton tour.
Prépare-toi, mon vieux.
Vie et poésie de Saint François d'Assise
Tu sais,
une mouette s'est perchée sur la cheminée.
C'est un signe.
La fumée sera blanche cette fois.
Penses-tu, la pauvre mouette voulait juste avoir chaud.
Tu es trop rationnelle.
Je suis réaliste.
Seule façon d'éviter les grandes déceptions.
Bergoglio !
Bergoglio !
Acceptes-tu ton élection canonique
comme souverain pontife ?
Je suis un grand pécheur,
mais je m'en remets à la miséricorde et à la patience de Dieu.
Avec souffrance...
j'accepte.
Annuntio vobis gaudium magnum :
habemus papam !
Eminentissimum ac reverendissimum Dominum,
Georgium Marium,
Sanctae Romanae Ecclesiae Cardinalem Bergoglio.
Qui sibi nomen imposuit Franciscum.
Plus d'un regrettera d'avoir voté pour lui.
Je préfère les miennes.
Ça va comme ça. Allons-y.
Je tenais à te saluer en premier
car je suis très heureux de te voir rétabli.
Grâce à Dieu, tu es ici avec nous.
Lève-toi, lève-toi.
Merci.
Redresse-toi.
Merci beaucoup.
Tu as parlé avec le pape ?
Non, trésor, il est très occupé désormais.
Attends.
Mon téléphone sonne.
Bonjour Ana, comment vas-tu ?
Bien, je vais bien.
Et vous, comment allez-vous ?
J'appelle juste quelques amis.
Puis-je poser deux questions ?
La première est gratuite.
Dans la chapelle,
vous étiez placé sous la fresque de Jésus avec ses disciples ?
La légende a été démentie cette fois.
J'étais assis à l'opposé.
L'autre question ?
Maintenant, je ne sais plus comment vous appeler.
Votre Sainteté ?
François ?
Saint Père ?
Comme d'habitude.
Père Jorge ?
Oui, Ana. Je suis toujours le père Jorge.
D'abord, je vous demande une faveur.
Avant que l'évêque ne bénisse le peuple,
je vous demande
de prier le Seigneur de me bénir.
La prière du peuple
demandant à Dieu de bénir son évêque.
Faisons-le...
en silence.
Que ce soit votre prière pour moi.
- Gloire à Dieu ! - Au plus haut des cieux
- Et paix sur la terre - Aux hommes
Paix aux hommes qu'Il aime
- Nous Te louons - Nous Te bénissons
- Nous T'adorons - Nous Te glorifions
Nous Te rendons grâce
Pour Ton immense gloire
Seigneur Dieu, Roi du ciel
Sous-titres : Alain Delalande
Sous-titrage : HIVENTY
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