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...
*-On est en position autour du périmètre.
*-Reçu.
*-Ils s'éloignent du véhicule. On fait quoi ?
*-On attend.
-Il était une fois
un renard du nom de Mykyta.
Il était si insaisissable qu'on le surnommait Renard Rusé.
Un jour, alors qu'il détalait pour échapper à des chiens,
Renard Rusé tomba dans un tonneau
de teinture bleue.
Lorsqu'il en ressortit,
son pelage était teinté de bleu.
*-On y va ! -Renard Rusé
se présenta devant les autres animaux.
Et ces derniers, médusés, le choisirent pour roi.
-Mains en l'air !
Tournez-vous !
-Mais, très vite, les animaux découvrirent
comment Renard Rusé s'était joué d'eux.
Alerte sonore.
-C'est le début ou la fin de l'alerte ?
-Aucune idée. Ca fait 5 fois depuis ce matin.
-Ta famille en Russie t'a appelée ? -Oui.
Mais de quoi tu veux qu'on parle ? On leur a lavé le cerveau.
De vrais paranos.
Ils ont bloqué le réseau Faberlic.
-Vous parlez de Facebook ?
-Tu crois que c'est une saboteuse ? -Faut se méfier.
Portable.
...
-Salut, Stas, comment tu vas ? Merci de m'avoir rappelée.
Ce serait bien si on pouvait se rencontrer.
Je serai à Khmelnitski dans 5h.
Je peux te retrouver quelque part ? *-Bien sûr.
*Je t'envoie l'adresse par SMS. -Merci.
-Je me débrouille. -Bonjour, Lydia.
Je suis Ira. C'est moi
qui vous ai écrit.
-Bonjour.
Vous n'accompagnez pas votre père ?
-Je suis presque à terme. J'aurais dû vous prévenir.
-Tu vas être mobilisé.
Ne te défile pas. -C'est un petit voyage.
Je récupère les médocs. -Un vrai patriote
doit défendre son pays.
-Mon père a besoin de médicaments, mais il veut pas quitter sa maison.
Les colis nous attendent à la frontière.
Mykyta va les récupérer
avec vous. Juste un aller-retour.
C'est d'accord ?
-Disons que... OK, je l'emmène.
-Merci.
-Bon, ça suffit.
-Tu vas y arriver.
-C'est quoi, le médicament que vous avez commandé ?
-Méthandrosthénolone pour les rhumatismes.
-Hm.
-Ca vous dérange pas ?
-J'aurais préféré que vous mangiez à l'extérieur.
-On a peu de temps.
-Vous faites du sport ?
-Hm.
Je suis boxeur de haut niveau.
J'ai fini troisième aux championnats d'Ukraine.
-Félicitations.
-Y a rien d'exceptionnel.
Ces médailles servent à rien.
Ma femme va les mettre au clou.
-Les temps sont durs pour tout le monde.
-C'est le moins qu'on puisse dire.
Certains sont sur le front,
d'autres sur des chantiers. Je me plains pas, ça paye bien.
Mais je crois pas que je pourrais être encore très utile maintenant.
Pour masser.
J'ai passé un diplôme de kiné du sport.
Vous imaginiez quoi ?
-Que voulez-vous que j'imagine ?
-Je sais pas à quoi vous pensiez, mais vous vous trompez.
J'ai une femme que j'aime et un bébé qui va naître.
-C'est un petit garçon ?
-Hm.
A l'échographie, on a vu qu'il était gâté par la nature.
Comme son père.
-Ca fait longtemps que vous l'attendez ?
-Hm.
On a tout essayé pour avoir un enfant.
On a été voir des médecins
et une sage-femme qui nous a fait boire des potions, en vain.
Et l'année dernière, en août, le jour de la fête nationale,
on a eu une petite surprise.
-Bravo, félicitations.
-Il est pas encore né, et je l'aime déjà comme un fou.
J'ai l'impression qu'il comprend ce que je dis.
-Comment ça ?
-Par exemple, quand on va se coucher,
je me colle contre le ventre d'Ira et je lui parle.
Il se met à bouger
et à me donner des beignes.
Il réagit au quart de tour.
-J'imagine parfaitement.
Ma fille, j'avais l'impression qu'elle jouait au foot
dans mon ventre. -C'est vrai ?
-On pensait qu'elle serait footballeuse.
-Elle fait quoi ?
-Elle veut travailler dans le cinéma.
Elle est dans une école
en Allemagne.
-C'est bien.
Vous avez bien fait de l'envoyer là-bas.
Mon fils aussi, je l'enverrai
à l'étranger.
Dès que je pourrai.
La guerre, c'est pas fait pour les enfants.
-La guerre, c'est fait pour personne.
Sonnerie de portable.
-Oui ?
*-Ca va ? T'es où ?
-Je suis en route.
*-T'es encore loin ?
-Je serai là dans 5h, je pense. T'as tout arrangé ?
*-C'est pas si simple.
-Commence pas à me la jouer à l'envers.
On avait un accord. *-Ca va bien se passer.
-Tant mieux. On se voit tout à l'heure.
-Il y a un problème avec le médicament ?
-Non. Je suis en retard
sur plein de trucs. Sonnerie.
-J'ai oublié de vous dire.
Je m'arrêterai à Khmelnitski. -Pour quoi faire ?
-J'ai un rendez-vous.
Ce sera rapide. -On avait un arrangement.
Vous ne le respectez pas. -Vous non plus.
C'est votre beau-père que je devais
conduire à la frontière.
Ca ne prendra pas plus de 20 mn.
*-A Bucovine, les garde-frontières ont arrêté 20 fugitifs
*qui tentaient de quitter illégalement le territoire.
*Il s'agit d'hommes majeurs
*qui avaient prévu de rejoindre la Roumanie ou la Moldavie
*pour échapper à la mobilisation. -Comment ça va,
compatriote ?
-Bonjour, Stas.
-Mets-moi un cognac.
-Désolé, on nous a interdit
de vendre de l'alcool. -La patronne me connaît.
-Qu'est-ce que tu fais à Khmelnitski ?
-J'étais venu assister à une première au théâtre.
Juste avant le 24 février.
-Ca a marché ?
Rire gêné.
-Disons que la salle était quasiment vide.
Alors...
de quoi tu voulais parler ?
-Tu te souviens de ça ?
Il rit.
-Oui, j'ai pris cette photo devant le théâtre.
En 2013.
Après "Antoine et Cléopâtre". Ma plus belle production.
Avec la meilleure comédienne.
Je suis désolé, Lydia.
-Hm.
Mais pourquoi t'es venue, en fait ? -Y a pas longtemps, j'ai découvert
que les personnes que la Croix-Rouge avait évacuées
avaient quitté Louhansk en 2014,
alors que, 3 jours avant, j'avais convaincu
un groupe de gens de quitter la ville
à bord d'un autre bus d'évacuation. J'ai pas besoin de te rappeler
ce qui leur est arrivé.
Est-ce que tu réalises
qu'ils pourraient tous être encore en vie ?
Ma soeur pourrait être encore en vie.
Depuis 8 ans, je vis avec l'idée qu'elle a juste manqué de chance.
Putain, tu vas répondre
à ma question ?
-Je me suis laissé convaincre.
-Par qui ?
-Dmytro, ton mari.
Sonnerie de portable.
-Oui, j'écoute. *-C'est moi.
*T'es toujours sur la route ? -Oui.
*-Tout est réglé de mon côté. -Je dis quoi aux garde-frontières ?
*-Montre leur tes papiers, et ça ira.
*T'auras aucun problème. -Impeccable. On se rappelle.
-Vous avez prévu d'aller loin ?
-Non. -La loi martiale a été décrétée,
et vous partez à l'étranger. Vous avez une autorisation ?
-Non, je ne vais nulle part. -Vos papiers.
On va vous remettre
une convocation.
-A l'époque,
Dmytro était au Conseil municipal.
C'était l'adjoint aux Affaires culturelles.
-Et du coup ?
-Il était en charge d'évacuer le personnel
de l'éducation et de la culture.
-Dmytro les a fait évacuer ?
-Evidemment que c'était lui.
Il ne te l'a jamais dit ?
Je lui disais qu'il fallait attendre la Croix-Rouge
pour les femmes et les enfants
et que les hommes seraient évacués par un autre convoi,
mais il a dit qu'il se portait garant de la sécurité.
-Dmytro a annoncé l'évacuation aux gens du théâtre ?
-Non, du tout. C'était son second.
-Andriy ? -Oui, c'est ça.
-Le parrain de notre fille ? -D'après ce que j'ai compris,
Andriy était le bras droit de Dmytro.
-Andriy, prends cette valise.
-Le 2e bus,
il est sûr ? -Bien sûr que oui.
-Je sais qu'ils se sont disputés.
-Ils n'auraient pas pu rester
à Louhansk. -Hm.
-Ils auraient pu être la cible
des nouvelles autorités.
*-Ce numéro n'est pas disponible.
*Veuillez rappeler...
-Personne n'a délibérément tiré sur ce bus.
-Qui sait ?
-Lydia...
-Comment ça, une convocation ?
Vous êtes sérieux ? Je fais que passer.
Vous avez qu'à demander...
Dites-leur que je suis avec vous. -On allait repartir.
-Vous, oui, mais pas lui.
Lui, il repart dans l'autre sens.
Une signature, et vous serez bon pour le service.
On vous attend demain.
Vous passerez la visite médicale. Demandez-lui de vous conduire.
On y va.
-C'était bien, votre rendez-vous ?
-Je vous ai envoyé
des coordonnées GPS.
Vous me déposez, et on en reste là.
-Comment vous rentrerez ?
-Je me débrouille.
-Je vous ai entendu discuter avec votre beau-père.
Il aimerait
que vous soyez mobilisé. -Je serai mobilisé
de toute façon.
-Vous êtes sûr ?
-J'ai fait mon service militaire. Je suis taillé comme un gorille.
J'ai pas besoin de vous faire un dessin.
-Votre médicament...
c'est pas du tout pour les rhumatismes.
-Mon beau-père m'a toujours dit que l'honneur d'un homme
était son bien le plus précieux,
que sans ça, pas la peine
d'avoir des gosses. -Je vais vous dire une chose.
Un homme fort peut avoir peur de mourir.
Ca fait pas de lui un homme sans honneur.
C'est normal, d'avoir peur.
-Ca, il peut pas le comprendre.
Il a essayé de m'inculquer ses idées.
Je ne suis pas l'homme qu'il aurait voulu que je sois.
-Je suis seule. Qu'est-ce que je peux faire ?
Il s'est fait tabasser par des garçons.
Je lui ai dit : "Tu t'es défendu ?" Et il a pleuré comme une fille.
Je vous l'amène pour que vous lui appreniez
à se battre.
-Serre-moi la main. -Avec la main droite, imbécile !
-Laissez-le-moi, il apprendra vite. Elle soupire.
-Je t'attends à la maison pour le dîner.
-Debout.
Cache ça.
Allez, viens.
Frappe.
Maintenant, frappe-le comme si c'était le garçon
qui t'a cogné.
Tu veux être un homme qui sait se défendre ?
-Oui.
-Ou une mauviette dans les jupes de sa mère ?
-Non.
-Tu veux porter des jupes ? -Non.
-Alors, cogne.
Encore.
Plus fort. Cogne plus fort.
Allez, encore !
Vas-y !
Plus fort !
Encore plus fort !
Plus fort.
Tu frappes comme une pédale.
C'est mou, tout ça.
-Papa, je t'ai apporté ton repas.
Je te le laisse ici ?
*-Célébrons nos soldats avec le respect qu'ils méritent.
*Ils ont défendu nos frontières à l'est.
*Nous allons continuer à renforcer nos forces armées.
*Elles sont notre gloire et notre fierté.
*Au-delà des frontières artificielles,
*j'adresse mes voeux aux habitants de Crimée et de Sébastopol,
*de Donetsk et de Louhansk.
*Vous êtes nos frères et soeurs, et votre patrie est l'Ukraine.
*Quant aux pilleurs qui ont déferlé pour ravager notre pays,
*le jour viendra où nous les punirons.
*J'adresse mes voeux à nos partenaires internationaux.
*Les Etats-Unis viennent d'annoncer leur décision...
-Papa, tu caches le Président.
-Je voulais vous parler de quelque chose d'important
pour l'année prochaine.
-Mykyta va pouvoir vivre ici ? -Ira...
Je te confie la maison jusqu'à mon retour.
-Je comprends pas. Tu vas où ?
-Quand ce sera à toi de prendre les armes
pour défendre l'Ukraine,
j'espère que je n'aurai pas à avoir honte.
*-...notre principale ressource.
*Et pour que tout aille bien,
*nous devons prier comme si tout sur la Terre dépendait de Dieu
*et travailler dur comme si tout dépendait de nous.
*Mes chers concitoyens, mes chers compatriotes ukrainiens,
*je vous souhaite la paix, le bonheur et la prospérité,
*et une très bonne année.
*Gloire à l'Ukraine.
Fracas.
Gémissements au loin.
...
-Attends.
...
-Attendez. Je vais vous aider.
-Non, lâche-moi !
Va te faire foutre !
T'as pas de force ? -Une seconde.
-T'as jamais été un homme.
T'es pas un homme !
T'as toujours été une petite mauviette.
T'as jamais eu de couilles !
-Viens, ne l'écoute pas. On s'en va.
-Pédale !
L'homme crie au loin.
T'as toujours été une tantouze !
On n'a jamais pu faire un homme de toi !
-Promet-moi que tu finiras jamais comme lui.
-Comment ça, comme lui ? -Sinon, tu fais ta valise
et tu fous le camp.
-Ira... -Je veux pas d'un autre infirme.
Ma vie est un enfer.
Si t'es tué, je te laisserai pourrir.
Je te pleurerai pas.
Je coucherai avec le premier qui voudra m'épouser.
Promets-le-moi.
Ou fous-moi le camp.
-Je te le promets.
*-Les prêtres de l'Eglise orthodoxe ukrainienne
*ont demandé à leur hiérarchie de rompre tout lien
*avec l'Eglise orthodoxe russe.
*Les théologiens sont convaincus
*qu'il n'y a pas d'avenir possible pour l'Eglise de Moscou en Ukraine.
*L'armée ukrainienne mène des contre-offensives
*et maintient ses efforts face aux troupes russes.
*-Le temps sera sec... -On y est.
*-Le vent renforcera le sentiment de fraîcheur.
-J'ai pas peur de mourir.
Je ne suis ni un lâche ni une mauviette.
Vous croyez que j'ai envie de devenir un paria
ou de perdre tout le fric
que j'ai mis de côté ?
-Pourquoi vous voulez partir ?
-Oui.
Vous pouvez pas comprendre.
-Vous pouvez tout me dire, je suis pas là pour vous juger.
J'ai peur que vous aggraviez
votre situation.
-Merci de m'avoir amené ici.
Vous pouvez repartir.
-Non, je vous attends ici si vous changez d'avis.
-C'est qui, elle ? -Personne. Elle m'a déposé.
*-Ils s'éloignent du véhicule. On fait quoi ?
*-On attend.
-Elle est fiable ? -Comment ça ?
-Il me faut un endroit pour recompter le fric.
Faut être discrets.
-OK, on se dépêche.
-Pour célébrer sa 1re année
de règne sur le Royaume de la forêt,
Renard Rusé ordonna qu'une fête soit organisée.
Les ours
entonnèrent un chant en l'honneur du roi,
et les loups joignirent leurs hurlements au concert.
-On n'en a pas pour longtemps.
-Mykyta,
vous pouvez encore faire demi-tour. -T'as préparé les papiers ?
-Le rapport de la commission,
tout ce qu'il faut pour passer la frontière.
-Ils m'ont mis quoi comme maladie ? -La totale.
*-Le client va sortir l'argent. Attendez mon signal.
-Tiens, il y a 5 000 comme convenu.
-Il n'est pas trop tard pour tout arrêter.
Si les garde-frontières découvrent que ce sont de faux papiers,
vous irez en prison.
-Ne vous mêlez pas de ça. Ca se passera bien.
-Mais quand les jeunes renards chantèrent à leur tour
avec leur voix de ténor, le roi, sous le charme,
ne put rester silencieux. Renard Rusé se redressa
et, le museau vers le ciel,
chanta comme un renard. -Ne me jugez pas.
Je le fais pour ma famille.
*-On y va !
-Tous les animaux se turent. -Sortez du véhicule !
-Ils avaient reconnu Mykyta, le renard.
-Allez, plus vite ! Mains en l'air !
Bouge pas !
-Ils se jetèrent sur lui
et le mirent pièces.
-Ecarte les jambes !
-Ca fait une semaine
qu'on surveille ce type.
Ses faux papiers n'ont pas trompé les garde-frontières,
mais on a eu du mal à le coincer.
Désolé que vous ayez été mêlée à ça.
On vous a prise pour sa complice.
-Mais c'est quoi, ce pays ?
-Que va-t-il se passer pour eux ?
-Pour le passeur, ce sera tribunal et prison,
et pour votre passager,
il en sera quitte pour une grosse amende,
qui sera du même montant que ce que le passeur lui demandait,
plus une incorporation
et une interdiction de quitter le territoire
pour une durée d'au moins un an.
Tâchez d'être prudente quand vous choisissez
vos passagers.
-Je connais mes droits.
C'est elle qui a insisté.
Sonnerie de texto.
-Salut, Andriy, tu vas bien ? Je voulais avoir des nouvelles.
On peut peut-être se voir si tu es en Ukraine.
france.tv access
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