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"L'HISTOIRE A TENDANCE À DÉMYSTIFIER,
"LE RISQUE ÉTANT QUE LE PROGRÈS SCIENTIFIQUE,
"COMME ON LE VOIT SOUVENT,
"CONTRIBUE À FOSSILISER LE PASSÉ ET À LUI RETIRER SON BAGAGE ÉMOTIONNEL."
On dit que, dans ces champs,
si on s'y allonge, on entend toujours le grondement des chevaux.
Les bergers disent que les troupeaux, quand ils atteignent leur bordure,
lèvent les yeux et poussent un cri particulier.
On dit aussi que les milans les contournent.
Ils ne les traversent pas.
Comme s'il y avait un mur,
un temple de lumière, invisible au regard des hommes.
Ils disent que le silence du brouillard est pesant,
tant il a fermenté dans les cris et les chants d'antan.
Les rumeurs virevoltent
parmi les champs de blé et les pigeonniers à l'abandon.
Ils disent cela, et bien plus.
Les bergers, et quiconque a mis les pieds ici et a fermé les yeux.
Mais je n'ai rien vu de tout ça.
Je ne peux pas le dire avec certitude…
… mais ce que j'ai vu
est une fleur.
Une étrange fleur d'avril,
à la pupille violette et à l'iris cuivré.
Une fleur de sang, fragile et puissante,
qui dompte le vent quand il souffle.
Au début du 16ème siècle,
la couronne de Castille était l'une des plus puissantes d'Europe.
Durant les premières années de son règne,
Charles Quint a dû un soulèvement connu sous le nom de guerre des Communautés.
Padilla, Bravo et Maldonado ont mené une révolte populaire
qui a pris fin dans les champs de Villalar.
C'est la révolte des Comuneros.
ACCORDS PASSÉS DU TEMPS DES COMMUNAUTÉS DE CASTILLE
L'histoire espagnole aurait pu être différente.
Les Habsbourg ont amené l'absolutisme,
les Bourbons ont amené l'État centralisé.
Si le royaume l'avait emporté contre le roi,
notre histoire aurait peut-être évolué différemment,
et donc, l'Espagne d'aujourd'hui aurait été différente.
Padilla, Bravo et Maldonado ont été exécutés
après la défaite de Villalar.
Qui était Padilla ?
On sait très peu de choses sur lui réellement.
Padilla était qui il était parce qu'il appartenait à une lignée,
une des lignées les plus anciennes et influentes de Castille.
Il avait une forte emprise sur les Castillans,
qui l'acclamaient partout où il allait.
Il est devenu un héros populaire.
Les conteurs parlent de lui
comme le libérateur de la patrie et le rédempteur de la Castille.
Padilla a été élevé à un tel point qu'il est devenu
plus qu'un personnage historique, mais un mythe.
Juan Bravo était le leader de la Ségovie pendant la guerre des Communautés.
En 1499, il est nommé continuateur.
Il arrive en Ségovie vers 1503.
Il n'a pas eu un rôle aussi important que Padilla,
mais on sait qu'il était très proche de lui.
La statue de Juan Bravo est un élément rassembleur
dans notre sentiment d'être Ségoviens.
Elle nous fait réaliser l'importance de notre histoire.
La Casa de las Conchas était le centre du pouvoir maldonadesque.
Don Pedro était le représentant de Salamanque
au Cortes de Saint-Jacques-de-Compostelle et La Corogne,
mais il a cédé doucement son rôle à son cousin Francisco.
Francisco était le plus populaire, il était sur le champ de bataille,
même s'ils y étaient tous les deux.
Ils étaient si indissociables
que l'histoire parle de Bravo, Padilla et Maldonado,
alors qu'ils n'étaient que deux.
L'histoire que nous allons vous raconter se déroule quatre ans plus tôt.
En 1516,
un jeune homme venait d'avoir 16 ans, il était né en 1500,
et il reçoit un important héritage de ses deux lignées,
les Habsbourgs et les Trastamare.
Les territoires de ces lignées s'étendaient sur deux continents.
L'unique hériter de tous ces territoires était Charles de Gand,
qui deviendra Charles Ier d'Espagne,
et plus tard Charles V, empereur du Saint-Empire.
Il vient ici et est proclamé roi.
Les cloches de San Pablo ont arrêté de sonner.
Les représentants se lèvent pour apercevoir le roi,
à genoux, à gauche de l'autel.
Vous êtes des mercenaires du royaume, Ne l'oubliez pas.
Si vous servez le peuple, le peuple vous le rendra.
Il est européen, né en Flandre.
Il ne connait ni la Castille, ni l'Espagne.
La Castille fait partie de son héritage.
La personne destinée à régner sur la Castille
est une personne qui ne connait pas la Castille.
L'annonce a fait polémique parmi les Castillans, qui le rejettent.
D'abord parce qu'il y a une reine,
qui règne sur la Castille, Jeanne Ire, sa mère.
Cela paraît donc étrange d'avoir deux rois.
Et qui sont tous les deux légalement proclamés.
Mais il y a aussi la corruption qui ronge la Castille,
entre l'arrivée de Charles en 1517 et 1520.
On parle de la vente ou de l'attribution illégitime de postes,
la vente et l'attribution de contrats de commerce d'esclaves,
de territoires aux Indes…
Et cet homme était déterminé à gagner de l'argent.
Son grand-père meurt peu de temps après et il veut devenir empereur.
Il faut acheter les élections impériales, et payer les électeurs.
Il a besoin d'argent et la Castille était un territoire riche.
Le voyage était non seulement coûteux,
mais il devait aussi payer les élections impériales.
Charles va donc mettre en péril les finances castillanes
pour être nommé empereur du Saint-Empire romain germanique.
Il y avait trois prétendants à la couronne impériale :
Charles, François Ier de France et Henri VIII.
Cela vous donne une idée du coût des élections impériales.
"L'INTÉGRATION DE LA CASTILLE À L'EMPIRE A ÉTÉ VU COMME UNE CATASTROPHE NATIONALE.
"LES INTÉRÊTS DU ROYAUME DEVAIENT ÊTRE PROTÉGÉS,
"MÊME CONTRE LE ROI SI NÉCESSAIRE."
L'Histoire est vaste et peu de choses sont simples,
il y a plein de causes.
Mais c'était une révolte avec deux causes corrélés :
d'abord, manifester
contre la montée de l'absolutisme dans le pouvoir royal.
Les assemblées des Cortes étaient essentielles,
puisque ce qui se décidait
concernait la capacité des villes
à limiter le pouvoir royal
qui tendait vers l'absolutisme. Voilà la première cause.
La deuxième cause, c'était l'agitation dans les villes,
qui cherchaient à augmenter leur représentation politique,
augmenter la représentation politique
des gens ordinaires, de la communauté, d'où le terme "comuneros".
La communauté désigne ceux qui n'ont pas de privilèges.
MARS 1520
En 1520 était convoqué un nouveau Cortes, à Saint-Jacques-de-Compostelle.
Un lieu étrange
et isolé où il était difficile de se rendre.
L'idée, c'était d'essayer de saper l'influence des villes
représentées par ces représentants, et de les isoler.
Les représentants sont devenus hostiles
et, devant cette situation, ils ont décidé de suspendre
et de reporter le Cortes au 22 avril à La Corogne.
C'était important pour le Cortes de se déplacer à La Corogne,
car cela leur faisait perdre du temps précieux pour se rendre
en Allemagne et recevoir les dignitaires impériaux.
C'est là que la première insurrection a eu lieu,
la première insurrection de Tolède.
C'est là que les problèmes ont commencé, avec la première Communauté.
MAI 1520
Je crois que c'était le cinquième vote, et malgré l'opposition,
les voix nécessaires pour être couronné empereur sont obtenues.
Le 20 mai 1520, Charles met les voiles.
Que laisse-t-il dans son sillage ?
Un royaume divisé, troublé et en proie à l'agitation.
Il promet de nommer un régent castillan,
et, dès qu'il part, en colère suite au vote,
il nomme Adrien d'Utrecht.
Adrien d'Utrecht est en Espagne depuis cinq ans
et il se rend compte qu'il y a des problèmes.
Quand ils sont à La Corogne,
Charles est prêt à repartir en Allemagne.
Adrien lui dit : "Sire, si vous partez, la Castille se révoltera."
Et on lui répond : "Eh bien, vous êtes le régent,
"c'est votre travail."
Pendant ce temps, en Castille, les collines verdirent,
les peupliers tremblèrent, les abeilles déferlèrent.
Les représentants retournèrent effrayés sur leurs terres,
certains craignaient que le peuple ne les tiennent pour responsables
car avant de partir, ils avaient juré de ne jamais servir le roi.
Aristote disait que lorsqu'il n'y avait pas de justice,
la société pouvait légitimement se soulever,
se révolter et mener une révolution.
Ils sont même obligés, ils n'en ont pas seulement le droit.
Ils se sentent légitimes.
Si un gouvernant ne gouverne pas pour le bien de tous, le bien commun,
ses sujets, ou ici les citoyens, on le droit légitime de se soulever.
Les chemins sont les gorges du monde.
Ce chemin, venant de Saint-Jacques-de-Compostelle,
ce bateau de pierre qui tangue sous la pluie,
transporte une sécheresse qui n'était pas là avant.
Le chemin s'étire tel l'ombre des chants du soir.
La gorge craque et s'enchante.
La trahison fertilise le soleil violet
et les légions violettes pourrissent au soleil couchant.
Après le Cortes de La Corogne, les représentants sont rentrés.
Nombre d'entre eux ont été accueillis avec hostilité pour avoir aidé le roi.
C'est en Ségovie qu'ont eu lieu les événements les plus tragiques
du début de la guerre des Communautés.
Un des représentants qui s'était rendu à La Corogne
est allé en ville justifier ses actes
et expliquer pourquoi il avait voté en faveur.
La population l'a encerclé et l'a traîné jusqu'en prison.
Sur la route, entre les coups et les insultes, ils l'ont étranglé.
Le gouverneur a envoyé le maire Ronquillo
punir les Ségoviens pour leur crime,
et Tolède s'est rangée du côté de la ville de Ségovie
et a envoyé des milices menées par Juan de Padilla en personne.
Ils ont justifié les attaques contre les représentants
en disant qu'ils avaient trahi la volonté de la ville.
Cette idée de la volonté de la ville est très forte
car elle pose un principe de responsabilité politique.
Le gouvernement doit être pour le bien commun de la ville,
pour une bonne gouvernance.
Cela implique de ne pas taxer plus que de mesure ses habitants.
C'est exactement ce que les villes disent à Charles Quint :
"Okay, c'est vous qui régnez, mais votre pouvoir a des limites."
JUIN 1520
Après le soulèvement de Tolède et avec Ségovie également en rébellion,
18 villes siégeaient au Cortes.
Un conseil se tenait à Ávila, et quatre de ces villes s'y rassemblaient :
Tolède, Ségovie, Salamanque et Toro,
dans la sacristie de la cathédrale d'Ávila,
et c'est là que s'est formée la première junte des Comuneros.
Tolède invite différentes villes de Castille
à les rejoindre à Ávila.
Très peu répondent au début.
Certains pensaient
que les doléances étaient justes mais devaient être plaidées devant le roi,
pas imposées.
Ils parlaient toujours de rétablir l'ordre, restaurer l'ordre.
À aucun moment ils pensaient faire quelque chose de mal,
pour ainsi dire.
Donc, se déclarer Comunero c'était faire partie de la communauté.
Le sens premier de la communauté,
c'est le corps politique de la ville,
c'est l'idée de la citoyenneté,
les habitants, ceux qui constituent le corps politique de la ville.
Le deuxième sens est plus restreint
et fait référence à un segment du corps politique,
qu'on appelle "communes".
Les groupes sociaux sans privilèges.
Le troisième sens
renvoie à une très vieille tradition,
à un terme utilisé pour définir une révolte.
Et cela va de paire avec la naissance d'expressions,
dans le contexte du conflit comunero,
disant que sa légitimité vient de la concorde du peuple.
Dans la langue de l'époque, concordia signifie : accord,
harmonie, union de cœurs.
La flamme danse,
levant ses bras telle une danseuse orientale.
Elle exhibe ses jambes.
La langue pendue,
La medina perd patience.
Les langues, la danse embrasée…
Elle siffle, brûle, détruit.
Il n'y a ni harpe ni vielle
mais il ne s'arrête pas.
Il dévore les maisons,
fait tourbillonner les cendres et la fumée
dans le ciel de la lande.
Et ces lambeaux de suie blanche grandissent et grandissent,
jusqu'à être transformé
en un drapeau,
une bannière de cendre et de colère
qui peut être maintenant vu de l'autre bout du monde.
Medina del Campo est sans doute le plus grand hub économique,
avec Séville, de Castille.
Medina del Campo est une grande ville marchande,
une ville où s'échangent des marchandises venant des quatre coins du monde
et qui a été mise en avant par les rois catholiques, dont Isabelle.
On y trouve surtout deux choses : la laine et l'argent.
C'est un centre financier majeur.
Cela explique pourquoi
un camp d'artillerie…
… s'est établi à Medina del Campo.
Suite au soulèvement de Ségovie, le maire Rodrigo Ronquillo l'a assiégée,
et Adrien d'Utrecht décide qu'Antonio de Fonseca
doit bénéficier de l'artillerie pour renforcer le siège de Ségovie.
AOÛT 1520
Ségovie était le plus grand producteur de laine
des marchés Medina del Campo.
Les relations entre Medina del Campo et Ségovie
étaient très fortes.
Alors, le 21 août 1520,
sachant que leur artillerie allait servir à attaque Ségovie,
ils ont refusé de la céder.
Medina avait reçu une missive de Ségovie quatre jours plus tôt
leur demandant de résister.
Fonseca décide d'entrer, et ils le font par la force.
Et pour faciliter leur entrée, ils déclenchent un incendie,
pensant que les Medinense allaient éteindre le feu,
et laisser l'artillerie sans défense.
Ils pourraient ainsi récupérer l'artillerie royale.
Les Medinense avaient déplacé l'artillerie sur la place du marché
et sont restés la garder.
L'incendie s'est propagé, les bâtiments étant construits en bois,
les troupes royalistes pillaient…
… et Fonseca et Ronquillo ont dû battre en retraite.
L'incendie était hors de contrôle, c'était une catastrophe pour Medina.
Deux jours plus tard, le 23, quand les troupes Comuneros arrivèrent,
les Medinense leur cédèrent l'artillerie.
Les flammes qui avaient ravagé Medina
et causé toute cette destruction étaient la goutte de trop pour les Comuneros.
De nombreux autres villes et villages rejoignirent les Comuneros.
La rébellion comunero s'étend dans toute la Castille.
Le soleil et le vent appartiennent à tous. La terre appartient à tous.
Que ce qui revient au peuple revienne au peuple.
En l'absence d'accord, il ne reste que la violence.
La guerre, c'est la fin du dialogue et aussi la fin de la raison.
Je crois qu'aucun camp
n'avait envie d'un compromis.
"SI LE SYSTÈME POLITIQUE, CENSÉ DÉFENDRE LE STATUS QUO,
A PERDU SA CAPACITÉ À MOBILISER LE PEUPLE,
ALORS LA RÉVOLUTION EST IMMINENTE."
Il y a trois mots :
révolte, révolution et rébellion,
qui s'écrivent différemment.
RÉVOLUTION : CHANGEMENT, SOUVENT VIOLENT, PROFOND,
DES STRUCTURES POLITIQUES ET SOCIO-ÉCONOMIQUES D'UNE NATION.
La révolution a toujours été considérée comme un mouvement qui change l'histoire.
RÉVOLTE : PROTESTATIONS, AGITATION, SÉDITION
La révolte n'amène aucun changement historique.
RÉBELLION : ATTEINTE À L'ORDRE PUBLIC, ACTE RÉPRÉHENSIBLE,
SOULÈVEMENT POPULAIRE CONTRE LES POUVOIRS DE L'ÉTAT,
DANS LE BUT DE LE RENVERSER.
Et toutes les rébellions, toutes les révoltes…
Si on suit ces définitions, ce n'était pas une révolution
car elle n'a pas changé l'histoire.
Mais on en a parlé comme d'une révolution
pour ses implications politiques,
les implications intellectuelles qu'elle a suscité.
Tout commence par une révolte.
Jamais un groupe de personnes s'est assis autour d'une table,
c'est déjà arrivé mais c'est rare,
et ont dit : "Demain on fait la révolution." Non.
Tout commence par des protestations contre un abus spécifique.
Mais ces protestations grandissent,
sont de plus en plus bruyantes,
et le concept même de la légitimité de l'autorité est remis en question.
C'est le cas des Comuneros.
Ils ont protesté contre des abus précis,
et ils ont commencé par limiter le pouvoir du roi
et à imaginer un panorama constitutionnel futur.
Ils ont abordé de nombreux sujets,
qui, avec du recul,
étaient assez avant-gardistes, comme la souveraineté,
la représentation, de choses qu'on rapprocheraient de notre système,
mais dont on parlait déjà à l'époque.
Le point fondamental, c'était la relation entre le roi et le royaume.
Le royaume, c'est le roi ?
Ou la communauté ?
Charles avait ce concept du roi patrimonial.
Mais les Castillans voyaient le concept de patrimoine
comme "appartenir à la Castille".
Le nom donné à l'institution exécutive des Comuneros
est la Sainte Junte. Que veut dire Saint ? Universel.
Cela ne veut pas dire sacré, mais universel.
En d'autres termes, elle concerne tout le monde.
La junte se réunissait sans le consentement du roi,
ce qui allait à l'encontre, à l'époque, du système juridique de Castille.
C'est une révolte. Pourquoi ?
Parce qu'il n'y a aucune proposition radicale
disant que le système devait changer.
Il n'y avait rien de nouveau.
Ce que font les Comuneros avait déjà été fait avant,
ou ailleurs,
il n'y avait rien de vraiment révolutionnaire.
Je crois que les Comuneros ont mené cette révolution
parce qu'ils voulaient changer le principe…
de participation du peuple dans la prise de décision politique.
Ils n'étaient plus totalement soumis à la volonté du roi,
mais un peuple avec une volonté qui voulait s'exprimer devant le roi
grâce à l'institution de la Junte générale.
Cette tentative de proto-parlementarisme me paraît assez radicale,
comme un retour aux sources.
Je pense qu'on peut la considérer comme une révolution.
Je la considère comme une révolution
car d'abord, les leaders sont connus,
se distinguent et sont très respectés.
Ils ont institution qui constitue un corps politique,
la Junte comunera.
Leur but était de soumettre le roi au Cortes,
ce qui en fait un principe révolutionnaire,
puisqu'il renverse l'ordre établi en Castille.
Peu importe ce que décide le Cortes,
le roi n'a pas le droit de le révoquer sans le consentement du Cortes.
Et enfin, ils ont un programme politique,
ils savent ce qu'ils veulent,
ils l'expriment politiquement
dans ce qu'ils appellent la Loi perpétuelle,
précisément car le roi ne pourrait pas la révoquer,
il serait obligé de soutenir le Cortes,
car c'est une loi qui a comme but la continuité.
L'histoire conflictuelle entre le roi et le royaume n'est pas inédite,
ni une invention des Comuneros.
Ce qui est inédit et intéressant, c'est qu'ils l'ont écrite,
et ils précisent que "c'est un contrat silencieux.
"Le pouvoir du roi n'est pas absolu, il a ses limites,
"c'est le lien qu'il entretient avec nous."
Ce sera la Loi perpétuelle du roi.
Il n'y avait pas eu telle règle jusque-là,
approuvée par une assemblée de représentants des villes,
en marge de l'autorité du roi,
dans le but de devenir permanente,
et qui ne peut être ni modifiée par le roi ou par un Cortes ordinaire.
La junte devait se réunir en assemblée extraordinaire pour la modifier.
C'est ce qu'il y avait de plus proche d'un exercice du pouvoir constituant.
Ce qui concerne tout le monde doit être décidé par tous.
Pour garantir le bien commun, tous les représentants
des différents ordres sociaux
doivent être présents dans les différents organes du gouvernement.
Cette théorie, qui apparaît dans les derniers siècle du Moyen-Âge
pratiquée par les Comuneros pendant la guerre des Communautés,
c'est un gouvernement pour tous, où tous sont représentés.
Les Comuneros réunissaient
la volonté et les intérêts de classes sociales très diverses.
La base, c'est la population en révolte,
puis, quand elle s'oppose aux seigneurs, elle s'étend.
Mais à leurs côtés se trouvaient des membres de l'oligarchie locale.
Il y avait des nobles. Pedro Girón, par exemple.
Les communautés étaient menées
par des chevaliers et nobles du royaume comme Padilla, Bravo, Maldonado…
tous dévoués à leur ville.
Jusque-là, les villes castillanes,
avec quelques exceptions, avait un régime très oligarchique.
La Sainte Junte était une nouveauté.
Il y avait une représentation importante
d'universitaires au sein des Comuneros.
On les retrouvait parmi les laïcs et parmi le clergé.
Les religieux comptaient beaucoup pour les communautés.
Ils fournissaient même une idéologie politique,
souvent basée sur des principes religieux, en rapport aux revendications,
qui permettait d'inspirer la masse.
Le conflit comunero est un conflit aux multiples facettes,
et, parfois, on assiste à des alliances inattendues
entre des groupes sociaux qu'on considérerait ennemis
et qui, à un moment donné, joignent leurs forces.
"Quand le pouvoir voulait savoir, et que le savoir était transmis."
Comment se sont-ils assis
et ont-ils compris qu'il fallait se battre pour le bien commun ?
Vu ce qui se passait, qu'est-ce si ce n'est pas une révolution ?
Tout le monde voulait le bien commun pour tous.
"Je me bats pour mon bien, mais aussi pour celui de tous."
C'est une grande révolution,
une révolution moderne, comme disent des auteurs,
bien des années avant la Révolution française.
On a tendance à penser que le peuple
s'est rebellé car il n'avait pas le choix,
qu'ils étaient désespérés, ou qu'ils étaient à bout.
Mais ce n'était pas le cas.
On prend autant de risques que quand on a une chance de succès.
Les Comuneros ont essayé de faire un pacte avec le roi de ne pas le déposer,
mais le royaume est supérieur au roi,
et n'est pas soumis à la volonté, aux caprices et aux intérêts du roi.
Dès qu'il quitte l'Espagne,
l'agitation va s'étendre très rapidement.
Certains conseillers de Charles pensent
que le problème ne peut pas être résolu et que Charles doit revenir.
Il y a des insurrections dans quasi toute l'Espagne :
à Plasencia, Soria, Murcie, dans les deux Castilles, en Navarre.
Presque toute l'Espagne a pris les armes.
Comme du vieil adobe,
comme la boue et la paille, nous allons bâtir un monde nouveau,
avec le poids de la terre et la brise enivrante des feuilles mortes.
Avec la modeste eau qui balaie les forteresses.
Avec la toute-puissance du soleil,
nous le construirons comme si c'était un pigeonnier,
rond et empli d'ailes.
Une nuée de volontés qui prennent ensemble leur envol
et vire et changent de direction en ne formant qu'une.
Même si elle porte un millier de souffles différents,
un millier d'angoisses et un millier de rêves.
SEPTEMBRE 1520
Padilla a réussi à libérer Ségovie de toutes les menaces qui pesaient sur elle.
Il va à Medina del Campo,
toujours traumatisée par l'incendie
causé par les armées royalistes,
et il obtient le soutien, au moins,
de la reine Jeanne, qui était à Tordesillas.
La Junte comunera, qui a été créée à Ávila, va s'installer là.
Tordesillas devient ainsi la deuxième capitale des communautés.
À partir de là, la Sainte Junte d'Ávila
pouvait être considérée comme un corps représentatif
et comme le Cortes General du royaume,
puisqu'il est présidé,
non pas par un roi étranger arrivé au pouvoir mineur,
mais par la véritable reine,
que beaucoup de Castillans considéraient être Jeanne.
On ne peut pas soumettre Jeanne à une évaluation psychiatrique moderne,
car ni les sources ni la réalité de son époque ne nous permettent de le faire.
Ce dont on est sûrs, d'après les sources historiques,
c'est qu'elle est la reine légitime.
Les habitent les accueillent chaleureusement.
Les rues sont bondées, les perrons sont remplis.
Ils ont accroché les vieilles bannières violettes sur la place.
Les jeunes femmes arborent le violet des Comuneros
sur leur châle blanc, sur leur corsage neuf.
Écoute comme les cloches sonnent alors qu'entrent les Comuneros !
Il était alors impensable de s'opposer à la monarchie comme institution.
Ils ont une dent contre Charles, mais vont vite chercher Jeanne.
Mais ils sont déçus…
… car le rôle de la reine, c'est parler,
et ils veulent son soutien sur des choses précises.
Ce qu'ils veulent, c'est sa signature royale
pour légaliser des documents.
Cela devient une obsession chez les Comuneros,
mais pas seulement pour eux, mais aussi pour le régent Adrien d'Utrecht,
l'ancien précepteur de Charles et futur pape.
Il écrit à Charles quatre ou cinq fois :
si la reine signe même un seul document pour les Comuneros,
Charles perdra sans nul doute le royaume
jusqu'à la mort de sa mère.
Le pouvoir de la reine est légitime.
C'est ce que les Comuneros voulaient.
Pendant trois mois, tout reposait sur ses épaules.
Elle avait le pouvoir.
Si Jeanne ne signe pas la Loi perpétuelle,
c'est surtout car elle comprend que si elle prend le parti des Comuneros,
elle met son fils et sa lignée dynastique en péril.
Elle défend l'héritage de son fils et sa dynastie.
S'ils pouvaient persuader Jeanne, la mère de Charles,
de prendre la tête du gouvernement,
Charles serait déshérité, et tout aurait été très différent.
Donc je pense que la révolte des Comuneros était une grande menace pour Charles.
Je pense qu'il l'a sous-estimée
et je crois qu'au final, il a eu beaucoup de chance.
Les Archives de Simancas ont numérisé
environ 100 lettres d'Adrien d'Utrecht à Charles.
Adrien répète à Charles :
"Je t'avais dit que cela se produirait ! Je t'avais prévenu pour la rébellion !"
"S'il te plaît, dis-moi quoi faire !"
Je pense pouvoir dire qu'il n'y a pas un seul commentaire sur ces lettres.
Elles sont toutes été reçues par Charles,
j'imagine qu'il les a lues, mais personne ne les a annotées…
La réunion de la Junte, en septembre 1520,
correspond au moment où Charles décide d'associer
deux nobles de Castille à Adrien d'Utrecht comme régents.
Je crois que cela fait toute la différence,
car le régent n'est plus un étranger,
ce qu'Isabelle la Catholique avait interdit dans son testament.
Mais je ne crois pas que ce soit la clé,
je pense que la clé, c'est qu'en septembre 1520, au même moment,
les Comuneros attaquent les domaines de ces nobles.
Ils font de cette rébellion une révolution sociale.
NOVEMBRE 1520
Il y a trois tournants dans le conflit :
l'incendie de Medina del Campo,
qui a poussé d'autres villes à rejoindre le mouvement,
mais il y a aussi
l'ordre du Conseil général de Tordesillas de dissoudre le Conseil royal.
La dissolution,
mais aussi le transfert de ses fonctions à la Junte générale du royaume.
C'est un des aspects les plus radicaux du mouvement comunero
et il fait très peur
aux villes ayant rejoint le mouvement
mais ne voulait pas de radicalisation, comme Burgos.
Et finalement, la dissolution du Conseil royal
est la goutte de trop pour Burgos,
qui se décide à quitter le mouvement.
Burgos était comunera. Que s'est-il passé ?
Le connétable réussit à ramener Burgos dans le camp royaliste.
Comment ?
Avec des promesses,
des concessions du roi…
C'était une ville commerciale,
c'était essentiel pour son économie de pouvoir commercer avec les Pays-Bas.
Burgos avait plus d'opportunités
dans le camp royaliste que dans le camp comunero.
La désertion de Burgos était l'une des premières étapes
du déclin des communautés.
Les modérés ont gagné en force à la Junte,
et Padilla était quelque peu exclu.
Il voulait continuer la lutte
et était considéré, même par la ville de Tolède,
comme un radical, et il a été destitué.
DÉCEMBRE 1520
Nous sommes à la fin de l'année 1520.
Les Comuneros, alors menés par Pedro Girón,
ont établi leurs quartiers-généraux à Villabrágima et Tordesillas,
et essayent par tous les moyens de convaincre la reine Jeanne
de prendre les rênes du royaume à son fils.
Les forces impériales sont désespérés.
Le cardinal Adrien considère la prise de Tordesillas une priorité,
pour empêcher les Comuneros d'exercer des pressions sur la reine.
On sait que Pedro Girón assiégeait Medina de Rioseco,
la capitale royaliste,
et que son armée stationnait autour de Villabrágima.
Et il décide d'occuper Villalpando,
une ville qui appartient au connétable de Castille.
Cette décision dégageait la route
entre Medina de Rioseco et Tordesillas.
Les royalistes décidèrent d'en profiter.
Le 4 décembre 1520, les troupes royalistes partent pour Tordesillas
et, la nuit du 5 au 6 décembre,
parviennent à prendre Tordesillas et le palais royal.
Les Comuneros perdent Tordesillas, leur capitale,
le quartier-général des Comuneros,
ainsi que la reine Jeanne, un de leurs plus grands atouts
dans leur tentative de prendre les rênes du pouvoir et du gouvernement.
C'est le chaos total chez les Comuneros.
La bataille de Tordesillas doit être reliée à un événement antérieur,
la Concorde de Villabrágima,
la tentative des impérialistes et des Comuneros
de parvenir à un accord à Villabrágima.
C'est là que certains placent
la trahison supposée de Pedro Girón envers les forces Comuneros.
Avec Girón, la Junte perd le général qu'elle avait nommé.
Mais si Girón est un traître, un autre mènera la bataille.
La chute de Tordesillas aux mains des Impériaux
est ce qui déclenche la fuite de Girón
et le retour de Juan de Padilla comme capitaine des troupes Comuneros.
Ils déplacement la Junte à Valladolid.
Valladolid devient alors la troisième capitale de l'insurrection.
"Les aigles n'attrapent pas les mouches,"
murmure un paysan aux yeux tendres et aux mains calleuses.
Les aigles n'attrapent pas les mouches,
répète-t-il, levant les yeux au ciel.
Et les grognements des bergers et des cavaliers s'arrêtent.
Soudain, le silence.
Un silence de plomb. Un silence de fer.
On entend maintenant les cœurs battant comme des tambours,
pompant le sang qui irriguera les champs.
Alors que le champ s'élève, les sillons tremblent,
tout comme les chênes et les tremblements eux-mêmes.
"Les aigles n'attrapent pas les mouches," chante le paysan.
Les aigles fatiguent. L'étincelle s'est allumée.
Fatigués par les abus de leurs seigneurs, ils se révoltent contre leurs maîtres.
Les communautés étaient un mouvement politique,
mais aussi un mouvement social.
Les chroniqueurs parlent de deux camps :
la noblesse et les Comuneros.
Dans la Loi perpétuelle, ou d'autres chapitres,
il y a clairement la volonté de soumettre la noblesse à la loi.
Elle doit rendre les juridictions, les revenus, etc. qu'ils ont usurpés,
ou qui ont été donnés par du trafic d'influence.
On voit d'importants changements dans les villes,
motivé par un élan démocratique.
Elles essaient de transformer l'ordre politique.
Les représentants des classes sociales de la ville
ont eu accès aux organes des gouvernements locaux,
qui, dans certains cas,
influençaient radicalement les décisions prises.
C'était embarrassant pour la noblesse.
La noblesse castillane était toujours plus motivée par ses propres intérêts
que par leur loyauté envers l'empereur.
La nomination de deux gouverneurs issus de la haute noblesse,
les soulèvements anti-noblesse, la dissolution du Conseil royal…
Tout ceci les contrariait, et ils finirent par se ranger du côté de Charles Quint.
Ils n'étaient jamais contre lui, ils attendaient. Ils observaient.
Ce sera décisif pour Charles Quint.
Certains de ces soulèvements ont lieu sur les domaines des grands seigneurs,
et la Junte générale ne va pas les condamner tout de suite.
C'est précisément ce qui effraie les grands seigneurs de Castille
et les poussent à rejoindre les royalistes.
Le bas peuple se sent le premier concerné et prend l'initiative.
"LA RÉVOLUTION, QUI ÉTAIT À L'ORIGINE PUREMENT POLITIQUE,
PROVOQUE DES REVENDICATIONS SOCIALES
QUI REMETTENT EN QUESTION LES STRUCTURES HÉRITÉES DU PASSÉ."
Le 31 janvier 1521, une lettre arrive au gouvernement,
à Valladolid, de la part de l'amiral de Castille et d'autres nobles
les exhortant d'abandonner le mouvement comunero.
Valladolid répond à l'amiral de Castille :
"C'est vous qui occupez la Castille,
"vous avez sapé l'autorité et le pouvoir du roi, pas le peuple."
Ce sont les nobles qui ont attaqué et sapé l'autorité du roi.
La noblesse soutient le camp impérial
car elle veut défendre ses propres intérêts
et a peur de la révolte anti-seigneuriale
que mène les Comuneros suite à leurs actions.
L'idée, c'est :
les villes garantissent la liberté du royaume,
mais aussi la liberté du roi.
Il faut donc faire la guerre,
ou on revient à ce qu'on a connu avant,
dépendre et se soumettre aux puissants
qui essaient d'imposer leur volonté au roi.
Cela aboutit en une sorte de guerre entre communautés,
entre les rebelles et les chevaliers.
Les alentours de Valladolid et Palencia
étaient contrôlés par les puissants de Castille,
dont les forteresses menaçaient le mouvement comunero,
car ils pouvaient mener des attaques
contre les Comuneros stationnés à Valladolid.
L'évêque Acuña se rend dans ces régions
et encourage la population à prendre le contrôle de ces forteresses.
L'armée royaliste prend Ampudia le 16 janvier.
Quand la nouvelle atteint Valladolid, l'armée de Padilla
rejoint les troupes de l'évêque Acuña.
Ils reprennent Ampudia.
L'armée royaliste se replie dans la ville voisine de Torremormojón.
Padilla et Acuña assiègent le château de Torremormojón
et, le 18 janvier,
obtiennent la reddition du château de Torremormojón.
L'évêque Acuña, fin 1520-début 1521,
est âgé de 60 ans et mène une campagne de radicalisation.
Acuña est un personnage fascinant.
Il a une personnalité vraiment singulière
qui, étant donné ses origines et ses fonctions,
fait de lui un personnage légendaire.
Depuis son pupitre, il a le pouvoir d'invoquer,
de rassembler des troupes.
Il réussit à lever, organiser et mener des armées,
y compris de religieux, qui se sont montrés très efficaces.
La guerre des Communautés devient une guerre
entre sujets et seigneurs.
C'est une révolte anti-seigneuriale qui va scandaliser
et effrayer encore plus les seigneurs.
JANVIER 1521
Après la chute de Tordesillas, la Junte était toujours à Valladolid.
Ils ont débattu sur la stratégie à adopter.
D'un côté, Pedro Laso proposait une approche plus modérée.
De l'autre, il y a l'autre leader, Juan de Padilla.
Son approche était plus radicale, il voulait vaincre les royalistes,
faire triompher les Comuneros.
Il proposait de reprendre Burgos.
Il se rendit à Burgos avec l'évêque Acuña,
mais le connétable de Castille a ruiné ses plans.
C'est là qu'ils ont eu l'idée de prendre Torrelobatón.
FÉVRIER 1521
Tôt le matin du 22 février,
Padilla arrive à Torrelobatón avec son armée.
Il a 7 000 soldats suivi de 500 lanciers.
La prise de Torrelobatón commence.
Padilla tente d'ouvrir une brèche dans les murailles avec l'artillerie.
Il leur faut quatre jours pour venir à bout du mur.
Février passe, mars passe…
L'inaction des Comuneros, due aux désaccords dans leurs rangs,
se retourne contre eux.
Ils sont menacés par Medina de Rioseco au nord,
par Simancas au sud-est et par Tordesillas au sud.
Padilla bat en retraite.
Simancas lui barrait la route de Valladolid.
La seule solution,
c'était de partir à l'ouest et de se replier à Toro, une ville alliée.
C'est ce qu'il fait le 23 avril.
AVRIL 1521
En se penchant par-dessus les remparts, il voit les falaises blanchir…
Et dans les douves, les fossés profonds,
un arbre avait poussé à l'horizontal dans le ravin.
Sur ses branches nues, les corbeaux restent immobiles.
Qui pouvait voir les Comuneros descendre des ravins…
À l'horizon apparaît maintenant Villalar.
Les royalistes décident ensuite
de rassembler leurs troupes à Peñaflor de Hornija,
à environ 9 km de Torrelobatón, devenu une base comunero.
Les armées se voient, se ressentent.
Ils n'ont pas d'autre choix que de partir.
C'est la décision que prend Padilla.
À l'aube du jeudi 23 avril,
ils quittent rapidement Torrelobatón et longent la vallée de l'Hornija.
Le connétable dit : "Envoyez rapidement la cavalerie,
"poursuivez-les, et qu'ils emportent l'artillerie de campagne."
L'armée impériale, qui s'était remise sur pied
grâce au soutien de la haute noblesse,
les surprend pendant leur retraite lors d'une journée pluvieuse.
Il pleut beaucoup, ils sont trempés, le sol est boueux, la poudre est humide,
l'ordre de marche est chaotique,
et l'armée comunero continue d'avancer…
Près du pont de Fierro, après avoir traversé le Molinos,
ils arrivent sur un énorme champ, une grande étendue à découvert.
La cavalerie royaliste et le comte de Haro sont au centre,
le comte de Benavente est à gauche,
et le connétable et l'amiral de Castille sont à droite.
Ils lancent la charge de cavalerie
et la bataille se transforme en une véritable chasse à courre.
Le commandant comunero se vide de son sang.
Son sang chaud abreuve la froide Villalar.
La nuit tombe sur les champs.
On n'entend que les Comuneros blessés gémir après avoir été achevés.
L'armée impériale a réussi à neutraliser l'armée comunero
et à capturer ses chefs, dont Juan de Padilla lui-même.
En seulement 24 heures, ils ont jugé, condamné
et exécuté les Comuneros.
Leurs crimes étaient considérés comme des crimes notoires,
des crimes contre la Couronne.
Le 24 avril 1521,
à Villalar de los Comuneros, l'échafaud est monté,
des gradins sont installés,
les représentants royaux peuvent assister à l'événement
et les leaders comunero sont châtiés.
Pedro Maldonado a la chance d'avoir de l'influence dans le camp royaliste,
comme avec le comte de Benavente,
et c'est ce qui le sauve de l'exécution
à Villalar de los Comuneros.
Francisco Maldonado sera exécuté.
Pedro Maldonado, cependant, sera exécuté l'année suivante.
On allait leur trancher la gorge le lendemain.
Quelqu'un criait : "Voilà les traîtres !"
Juan Bravo a dit : "Vous mentez, comme ceux qui vous ont dit de le dire."
Le juge du conseil frappe Juan Bravo dans le dos.
Il s'est rebellé
et Padilla a dit quelque chose comme :
"Hier, nous nous sommes battus en chevaliers.
"Aujourd'hui, nous mourons en chrétiens."
"À Villalar, le 24ème jour du mois d'avril en l'an de grâce 1521,
"En ce jour, les maires Cornejo, Salmerón et Alcalá
"ont dit, confirmé et déclaré
"Juan de Padilla, Juan Bravo et Francisco Maldonado coupables
"de trahison envers la Couronne royale de ces Royaumes.
"En châtiment de leurs crimes,
"ceux-ci sont condamnés à la peine de mort naturelle."
J'ai invoqué les quatre horizons de Castille,
les fleurs violettes qui pourrissent au soleil couchant,
les lézards qui buvaient le sang à même le sol.
Sans arrêter leur course,
à la sueur des chevaux…
Qu'aucun homme ni aucune femme ne vienne,
car ils ne pourront supporter ce que j'ai à vous raconter.
L'espoir est mortellement blessé.
Nous devrons encore attendre,
tout comme ils attendent, en silence,
mais avec la flamme dans leurs yeux, les étoiles dans la lande.
En 1521, en avril, pour être précis,
justice a été rendue à Villalar…
… à ceux qui réclamaient la justice.
Que soient maudits ceux qui ont appliqué cette sentence.
Villalar représente un coup dur symbolique,
et moral aux communautés de Castille. Mais ce n'est pas la fin,
car la flamme brûle toujours à Tolède.
L'épouse de Juan de Padilla, María de Pacheco,
a entretenu la flamme à Tolède
avec le soutien de quelqu'un d'important, l'évêque Acuña.
C'était une femme très instruite de la Renaissance.
Elle lisait, connaissait le latin, elle écrivait,
elle maîtrisait les mathématiques et l'astronomie,
et a reçu l'héritage symbolique
que son époux a créé,
et qui faisait d'elle une icône de la rébellion comunero,
de la résistance que seule Tolède menait après la défaite à Villalar.
Tout ce qu'on sait d'elle est à la troisième personne,
ce qu'on disait d'elle. Et que disait-on d'elle ?
Très peu l'admiraient, et beaucoup la trouvaient masculine.
Une femme insoumise qui était sortie de son rôle de femme
et qui a mené son époux à la ruine.
On parlait d'elle comme la nouvelle Eve qui séduit Adam et le pousse au péché.
Voilà l'image de Doña María Pacheco
jusqu'à la fin du 18ème siècle :
une traîtresse à son genre, sa classe sociale et son roi.
Pour résister, elle devait se reposer sur le soutien des classes ouvrières,
qui était dans l'autre camp, qui avait d'autres revendications.
Profitant de l'héritage symbolique de son mari,
elle prend les pleins pouvoirs, des pouvoirs absolus, sur la ville
et s'oppose aux aspirations de l'évêque Acuña,
qui, comprenant que sa cause est perdue, quitte la ville
et finit par être arrêté alors qu'il essaie de passer en France.
L'exécution de l'évêque Acuña
ne sera pas tranquille pour l'empereur,
car le pape va excommunier, pendant quelques mois, Charles Quint.
C'est un évêque !
Antonio de Acuña est un évêque.
Charles demande la permission au pape de le torturer,
mais n'attend pas sa réponse.
Il le fait torturer.
Finalement, quand Acuña assassine le maire de Simancas,
car il est emprisonné à Simancas,
Charles Quint dit simplement : "Étranglez-le."
Ce qui est fait immédiatement.
Il sait qu'il sera excommunié,
alors il se comporte en excommunié,
et demande au pape de le pardonner.
Comme le pape est Adrien d'Utrecht, il obtient le pardon.
OCTOBRE 1521
En octobre, après un siège qui aura duré tout l'été,
on parvient à un accord,
mais il n'a pas été respecté car tous ont conservé leurs armes.
Ce qui a mené, le 3 février de l'année suivante,
le jour de la San Blas,
à la bataille finale entre royalistes et Comuneros à Tolède,
qui a mis fin au mouvement
avec la chute définitive des Comuneros
et la fuite de Tolède de Doña María Pacheco,
qui s'est réfugiée au Portugal après avoir été condamnée à mort.
Charles, à son retour en Espagne, signe la sentence impériale.
Doña María doit être exécutée, sa maison rasée,
et une fois rasée, des charrues doivent labourer le sol,
et une fois le sol labouré, du sel doit y être répandu.
"QUAND ON VOIT L'ÉNERGIE CONSACRÉE À LA RÉPRESSION,
ON RÉALISE QU'ON VOYAIT EN CES CHANGEMENTS
QUELQUE CHOSE DE NOUVEAU, DE RADICAL ET DE MENAÇANT."
Les femmes étaient impliquées dans le mouvement.
Notre problème, ce sont les sources.
Pendant longtemps, l'histoire était écrite par des hommes.
Les femmes ne participaient pas au gouvernement.
Elles ne menaient pas les troupes comunero.
C'est grâce aux procès qui ont suivi la défaite des Comuneros
qu'on en apprend plus sur le rôle des femmes,
du point de vue des femmes comunero
et des femmes royalistes qui défendaient leur patrimoine.
Dans tous ces soulèvements et cette répression,
ce sont les femmes qui gèrent absolument tout : le réseau,
la famille, l'argent, la propriété…
C'est exactement pareil ici.
De nombreux Comuneros
sont enlevés pour se faire trancher la gorge
Les prisons du royaume sont déjà pleines
et ceux condamnés à l'exil se comptent par milliers.
La répression était très intense, avec des peines de prison,
et des exécutions,
jusqu'à octobre 1522,
quand l'empereur décrète le Pardon général.
Beaucoup se sont révoltés,
on ne peut pas punir tout le monde.
Le pardon général est décrété et 293 personnes sont graciées.
Il y a des conséquences pénales, mais aussi civiles.
Les principales conséquences sont les compensations économiques,
les confiscations,
des amendes à payer.
Les maisons et les domaines ont beaucoup souffert de la répression.
Ils ont dû démolir les tours et effacer les armoiries.
Concernant la Casa de las Conchas,
les armoiries ont été épargnées car elles symbolisaient la haute noblesse,
la fleur de lys,
mais la tour a été démolie. Les documents décrivent
à quoi ressemblait alors la Casa de las Conchas,
jusqu'où on la voyait.
Les maisons de Padilla ont été démolies et les terrains salés,
ce qui signifiait symboliquement
que là où avaient vécu des coupables de lèse-majesté,
aucune plante ne pouvait pousser.
Après la guerre des Communautés,
il y avait un ressentiment très fort envers les Comuneros,
et Philippe II en tiendra compte, car c'est l'un des héritages de son père.
Il ne faut pas oublier les descendants des Comuneros,
qui seront considérés encore longtemps comme des parias.
Charles n'oublie jamais ni ne pardonne les Comuneros,
même en 1552, 30 ans plus tard,
quand il est fauché, en 1552.
Il autorise ses régents en Castille à vendre des hidalguías.
"Mais," ajoute-t-il, "pas aux fils de Juifs," bien entendu,
"ni à ceux qui ont été accusés d'hérésie," bien entendu,
"ni aux enfants et aux petits-enfants des Comuneros."
Il a une grande mémoire et il est aigri.
Il ne pardonne pas et il n'oublie pas.
Ce sont des exemples qui démontrent
la perversité et la cruauté de certaines méthodes de l'empereur,
comme avec María Pacheco.
María Pacheco a dû fuir à Porto,
et même si elle avait beaucoup d'influence au Cortes,
elle n'a jamais pu revenir.
De plus, elle a toujours vécu sous la menace
d'être exécutée si elle remettait les pieds dans le royaume.
Quand elle a exprimé son souhait que sa dépouille soit enterrée
à Tolède après sa mort,
Charles refusa, même après sa mort.
María Pacheco a donc été enterrée et est toujours au Portugal.
La répression continue même après la mort.
"CE QUI A DISPARU À VILLALAR N'ÉTAIT PAS LA LIBERTÉ DES CASTILLANS,
MAIS PEUT-ÊTRE LA LIBERTÉ POLITIQUE ET LA POSSIBILITÉ D'IMAGINER
UN AVENIR DIFFÉRENT DE CELUI D'UNE ESPAGNE IMPÉRIALE."
À la bordure du champ se brisent des vagues d'orge vertes,
ouvrant la cicatrice par laquelle saigne le temps.
Des lambeaux de sang brodés et des coffres d'étoiles,
par lesquels le passé s'écoule, teignant de rouge les sols de battage.
Fontaine de sillons en feu, des bœufs forgés
avec le sang et la sueur d'un peuple qui ne doit pas plier.
On entend toujours des rumeurs dans les champs.
On sent toujours les pas.
Des siècles de silence
qui parlent, crient, chantent et rugissent.
17ÈME-18ÈME SIÈCLE
Le concept de la monarchie absolu a fini par l'emporter,
pas seulement en Espagne, mais dans toute l'Europe.
Et le Cortes, qui sera le corps représentatif du royaume,
contrarie le gouvernement du monarque.
Évidemment.
L'absolutisme s'est installé.
Il n'a pas été créé par Charles Quint, il était là depuis longtemps, et a pris.
Et il perdurera.
L'absolutisme signifie que le roi n'a pas de limite fixée par la loi.
La loi interdit à un citoyen de tuer. Le roi peut, il n'est pas responsable.
Le roi peut faire ce qu'il veut, il sera excusé.
C'était le début d'un effondrement politique du royaume
qui allait continuer sous le règne de Philippe II.
Le Cortes était toujours convoqué,
mais ils intervenaient beaucoup.
La pression fiscale était énorme,
il y avait peu d'opposition des représentants, une oligarchie urbaine,
l'importance du Cortes diminuait…
Cela a empiré au 18ème siècle,
le siècle où le despotisme devenait une forme de gouvernement,
où le Cortes n'était plus convoqué.
Il n'était pas aboli, mais il ne servait qu'à…
Il était convoqué pour proclamer le roi…
Comme témoin.
Au détriment de la théorie proto-parlementariste
qui aurait pu apparaître suite à un triomphe des Comuneros.
"LE LIBÉRALISME MILITANT DU 19ÈME SIÈCLE A REDÉCOUVERT LES COMUNEROS,
FAIT DE LEURS LEADERS DES MARTYRS
ET BRANDI LEUR BANNIÈRE COMME SYMBOLE DE LA LUTTE CONTRE L'ABSOLUTISME."
L'histoire est une arme chargée du présent et du futur.
C'est un des outils essentiels pour bâtir la liberté.
Et ensuite, quand tout était fini,
quand il n'y avait plus aucune fleur aux yeux violets,
quand le printemps est terminé,
nous fondrons nos étriers et nos épées dans un fourneau fait de terre
et forgerons une charrue
qui resplendira et illuminera dans la nuit de nos souvenirs.
Ces fleurs écloront et continueront à pousser.
Et nous recommencerons,
encore et encore, chaque printemps.
La légende de Villalar commence précisément ici,
si elle n'avait pas déjà commencé.
L'exemple des Comuneros, comme combattants de la liberté…
… sera suivi…
… par d'autres politiciens et citoyens…
voulant former un mouvement révolutionnaire contre la monarchie.
"LES COMUNEROS DE CASTILLE (…) SONT UNE RÉFÉRENCE INCONTOURNABLE
POUR TOUS LES MOUVEMENTS DE L'ESPAGNE CONTEMPORAINE
DONT LE BUT PRINCIPAL EST LA LUTTE POUR LA LIBERTÉ."
Les Comuneros sont un élément central de l'imaginaire historique,
le point de référence historique principal des luttes démocratiques
de l'Espagne moderne.
C'est dans l'intérêt de ceux au pouvoir d'utiliser l'histoire comme d'un outil
pour créer le sentiment d'appartenance et d'identité nationale,
et de créer un mythe national.
Les événements historiques ont deux faces :
pile, ce qu'ils étaient,
et face, comment ils ont été interprétés
et utilisés.
Ce deuxième point de l'identité et de la construction
d'une identité collective est d'une importance capitale.
On parle aujourd'hui d'identité nationale.
Les mythes servent à renforcer l'identité nationale,
d'une manière ou d'une autre.
Ils peuvent être des mythes négatifs, sur des catastrophes,
donc à quoi sert ce mythe ? À pousser au recueillement.
Combien de drames, combien de désastres…
Comment se rebeller contre cela ? Comment construire notre identité ?
Comment nous défendre ?
Mais ce sont des mythes positifs.
Nous sommes bons, nous avons régné sur le monde.
Ils servent leur fonction.
"IL N'Y A PAS EU DE RÉVOLUTION D'AMPLEUR EN ESPAGNE
JUSQU'AU SIÈCLE PRÉSENT (19ÈME SIÈCLE),
À L'EXCEPTION DE LA GUERRE DE LA SAINTE JUNTE
À L'ÉPOQUE DE CHARLES IER, OU CHARLES QUINT,
COMME L'APPELLENT LES ALLEMANDS."
19ÈME SIÈCLE
Les libéraux agissant au début du 19ème siècle.
Ils avaient connu l'invasion française,
l'absolutisme de Fernand VII…
Dans un sens, le mouvement comunero a commencé au 19ème siècle,
grâce aux libéraux, au mouvement de libération.
Les héros de la liberté face à la tyrannie.
Tous ses personnages centraux
sont dotés d'une aura de héros et en même temps de martyr.
On regarde dans le passé.
Le mouvement comunero est vu comme un mouvement idéal
où on retrouve le soulèvement des villes
contre l'idée du roi tyrannique.
On pense également à El Empecinado, en 1821,
lors du Triennat libéral,
qui a rendu hommage aux Comuneros à Villalar.
DÉFENSEURS DES LIBERTÉS DE CASTILLE
Des rues nommées après Padilla, Bravo, Maldonado, des statues des Comuneros,
des poèmes sont apparus dans toutes les villes…
Les Comuneros entrent dans un nouveau territoire.
Pas celui de l'histoire, mais celui du mythe.
Un mythe est une structure narrative constitué de trois phases,
toutes très simples :
paradis, chute, rédemption.
Les Comuneros deviennent une référence du départ du paradis,
du moment de la chute.
Nous, les Espagnols, avons été libres et heureux
jusqu'à ce qu'un élément étranger,
une dynastie étrangère, les Habsbourgs, ne vienne nous imposer l'absolutisme.
C'est que la disgrâce et la décadence commencent.
"TACTIQUEMENT, UN RÉVOLUTIONNAIRE PEUT AVOIR UN INTÉRÊT,
PAS EN CACHANT SES INTENTIONS, MAIS EN LES PRÉSENTANT
COMME ÉTANT LA SIMPLE EXTENSION DU PASSÉ."
Le mythe facilite les choses.
Si je vous présente une innovation :
"Vos habitudes alimentaires ne sont pas saines,
vous devez arrêter de manger ceci et cela
et manger complètement différemment."
C'est quelque chose de difficile.
Mais si je dis :
"Vous devez retourner à une façon d'être plus naturelle,
arrêter de faire des choses absurdes
qui ne vous ressemblent pas, enseignées par votre ami étranger."
Je vous vends un produit d'une manière beaucoup plus simple
qu'en vous disant :
"Vous devez faire la révolution dans votre vie."
C'est ce que les libéraux d'Espagne ont fait.
Au Cortes de Cadix, ils ont imaginé une constitution
moderne, révolutionnaire et innovante,
et ils l'ont présentée en disant : "Il n'y a rien de nouveau,"
disait Argüelles en présentant la Constitution au Cortes.
Tout ce qu'on fait, c'est rétablir l'ancienne Constitution espagnole.
C'est une façon de présenter la révolution comme un retour à notre état naturel.
20ÈME SIÈCLE
Et pas seulement les libéraux.
Quand on lit Azaña ou les députés de la 2ème République au Cortes,
on voit qu'ils considéraient les Comuneros comme des pionniers,
et qu'ils se considéraient comme ceux qui allaient enfin réaliser
les rêves des Comuneros,
qui, eux, ont échoué.
"(LES COMUNEROS) OUI, ILS VOULAIENT ÊTRE DES LIBÉRATEURS.
ILS VOULAIENT LA LIBERTÉ FACE AU DESPOTISME CÉSARIEN,
AU GOUVERNEMENT DE FAVORIS, À LA SUPRÉMACIE D'UNE SEULE CLASSE."
Le maire de Madrid, par exemple,
est celui qui a proposé d'ajouter le violet au drapeau républicain,
disant que c'était la couleur de la Castille
et des communards castillans.
La couleur des Comuneros n'était pas le violet,
mais le rouge pourpre de la Castille.
Ce mythe des communards libérateurs
sera utilisé par certains intellectuels et politiciens du régime de Franco,
surtout les phalangistes, pour dénigrer
la guerre des Communautés et le mouvement comunero.
Ces intellectuels qui remettaient en question le régime de Franco
trouveront à nouveau dans les Comuneros
un exemple historique de ce qu'ils veulent pour l'Espagne.
Une Espagne moderne, démocratique,
une Espagne opposée à la dictature.
APRÈS… CECILIA ET JOSÉ BARTOLOMÉ, 1983
À Villalar, tous les partis politiques
célèbrent un festival en honneur des Comuneros,
qui se sont révoltés contre Charles Quint il y a 450 ans.
Les gens présents à Villalar ont à nouveau invoqué
la mémoire des Comuneros comme un signe ou un symbole
pour demander l'autonomie, la démocratie et la justice sociale.
Ils sont légitimes en tant que symbole,
pas besoin d'aller chercher plus loin.
Voilà la police.
Ils arrivent, on ne peut plus retourner sur la place.
Le mythe des Comuneros s'est transformé pendant la transition.
Ils ont introduit l'idée de la décentralisation.
On lui a également incorporé des concepts régionaliste et castillaniste,
puisqu'il a eu un impact particulier
sur les territoires qui forment aujourd'hui
la communauté autonome de Castille-et-León.
Savez-vous qui étaient les Comuneros ?
Quatre hommes qui ont lutté pour l'autonomie de la Castille.
Personne n'a encore confirmé
si c'était des gens opposés au progrès
ou s'ils étaient en fait progressistes,
mais ce qui compte, c'est qu'à Villalar, un symbole important est apparu.
Il faut qu'il perdure car il met en lumière
la Castille-et-León, une région en difficulté.
D'un point de vue idéologique,
certaines personnes aujourd'hui…
… pensent que ces Comuneros sont leurs prédécesseurs.
21ÈME SIÈCLE
Ni le silence ni les compliments ne sont appropriés.
Ce qui est vrai, c'est que c'était des gens qui luttaient
pour des idées modernes, avant-gardistes,
des idéaux politiques qu'ils voulaient convertir
en projets politiques et sociaux concrets.
Quand la Constitution actuelle a été adoptée, en 1978,
les quatre valeurs centrales de la Constitution :
liberté, égalité, justice et pluralisme,
ces quatre valeurs étaient les piliers du mouvement comunero.
Je crois honnêtement qu'il n'a rien à envier à la Révolution française.
Le fait est que la France écrit toujours des histoires extraordinaires,
et je ne comprends pas pourquoi nous ne l'avons pas fait
avec les intellectuels que nous avions.
Je crois qu'il est temps d'écrire
la véritable histoire de ces événements,
et nous comprendrons enfin pourquoi nous fêtons le 23.
La défaite est une excuse pour célébrer l'esprit qui a inspiré cette révolution,
un esprit de lutte pour la liberté.
C'était surtout une justification du rôle politique des citoyens
dans leur tâches quotidiennes.
La Castille ne s'est plus soulevée.
En tout cas, elle ne s'est plus soulevée
avec la même force que le mouvement comunero.
Et s'il avait triomphé ?
La Castille n'est plus soulevée depuis.
Entre les mains d'un roi bâtard ou d'un régent sournois,
elle attend la prochaine junte, ou son prochain capitaine.
L'histoire, la connaissance de l'histoire,
est un système de pensée complexe.
Être capable d'exercer cette pensée complexe
favorise la pensée critique,
et je crois que la pensée critique est essentiel à toute société.
Certains essayent de dénigrer ou discréditer les communautés
en reniant leur nature révolutionnaire,
ou en les privant de leur substance politique…
Cela n'a rien de nouveau.
Les communautés ont été un appareil idéologique
permettant d'interpréter l'histoire du mouvement mais aussi de l'Espagne,
et c'est toujours le cas.
Les Comuneros voulaient un royaume au-dessus du roi,
car le roi passe, mais le royaume reste.
C'est un changement politique majeur.
On a de grandes lacunes en ce qui concerne notre histoire politique.
Antonio Machado disait que quand on pense au passé,
on y trouve des tas d'espoirs.
Ces espoirs ne se sont pas concrétisés, mais ils ne sont pas oubliés.
Une histoire sans trace des espoirs balayés de nos ancêtres
est une histoire qui favorisera toujours les vainqueurs,
donc la situation actuelle,
donc la domination actuelle.
J'ai toujours été fasciné pour le pouvoir subversif de l'histoire.
Les choses auraient pu se produire de mille manières,
il y a toujours des alternatives. Le présent peut être changé.
Cela serait positif d'utiliser ce mythe
pour renforcer le nationalisme espagnol au sens libéral.
Aujourd'hui, le nationalisme espagnole est un mythe de droite,
contre-révolutionnaire.
Ce serait une bonne chose, dans l'intérêt de la liberté,
l'Espagne est un pays composé d'individus libres,
qui ne veulent pas vivre en monarchie absolue,
qui veulent vivre dans un régime aux pouvoirs contrôlés.
Des pouvoirs séparés avec un parlement contrôlant l'exécutif,
des citoyens ayant des libertés individuelles et se respectent.
Il y a d'importantes connotations révolutionnaires,
alors et aujourd'hui.
"TOUS LES HOMMES DOIVENT MANGER, MAIS TOUS DOIVENT AUSSI SAVOIR.
(…) SINON, ILS DEVIENNENT DES MACHINES AU SERVICE DE L'ÉTAT,
ILS DEVIENNENT ESCLAVES D'UNE TERRIBLE ORGANISATION SOCIALE."
Il y a 500 ans, des gens…
… ont développé des concepts avant-gardistes,
qui, des siècles plus tard, sont dominants.
On peut apprendre de la guerre des Communautés
qu'il n'y a pas que les grands noms qui comptent,
mais les citoyens, la classe ouvrière,
ont aussi une responsabilité historique,
et notre unité peut faire de grandes choses.
Elles se réaliseront ou non, mais on peut les proposer et lutter pour elles.
Donc, parle de la communauté,
est parler de le nécessité de lutter pour un meilleur environnement social.
De la création commune d'un avenir meilleur
pour tous les citoyens,
avec un contrôle du pouvoir encore plus grand.
Ils ont essayé de créer un monde meilleur,
un monde dans lequel les personnes
ne sont plus soumises aux règles arbitraires des puissants.
On dit que dans ces champs, si on s'y allonge,
on entend toujours le grondement des chevaux.
On dit que les champs hurlent et blasphèment.
Que des dieux endormis saignent dans les ruines.
Qu'un sirop violet qui scintille,
brille le long des routes et des chemins,
aveugle les aigles dans les nuages.
On dit que le givre luit doucement,
car il se souvient des corps chauds et tremblants.
Que la poudre chante et récite un poème de feu et d'avenir.
Que le petit bois sourit et répète
son chant sur la liberté, le feu et la fumée.
Les bergers disent qu'une tempête de graines
peut déjà être aperçue en janvier.
Une tempête de baisers et de poings.
Un orage fraternel et collectif.
Qui sait si les cigognes reviendront pour la San Blas,
si le givre de mars emportera les bourgeons,
si les flammes des Comuneros crépitera à nouveau.
Plus vieux est le petit bois, plus vite il s'embrase.
Plus vieux est le petit bois, plus dure est la pierre à feu.
Même si les forêts de pins brûlent, nous aurons toujours la forêt de chênes.
Sous-titres : Stéphane Robin
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