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Océan Pacifique sud 1897
Quinze ans avant notre histoire, deux enfants échouèrent...
sur une île inexplorée. Ils grandirent seuls...
dans ce paradis perdu. Adultes, ils découvrirent I'amour...
pur. Un enfant naquit. Mais...
ils furent rejetés à la mer, loin de leur île.
Ils dérivèrent pendant des jours, croyant...
que c'était la fin pour eux et leur bébé.
Mais un vaisseau apparut...
Canot à la dérive!
Regardez, à tribord!
Remontez au vent! Sortez la chaloupe!
Doucement!
Personne à bord?
Attrapez cette amarre! Amène, Kearney!
Ils sont deux, monsieur.
- Morts ou vivants? - Morts.
- Un enfant! - Un quoi?
Vivant!
- Je m'en occupe. - Merci, madame.
"Nous remettons leur corps aux flots qui les rongeront...
en attendant la résurrection, quand la mer livrera ses corps...
et que le monde renaîtra à la vie grâce à notre Seigneur Jésus-Christ.
Amen."
Capitaine!
Le chirurgien voudrait vous parler.
L'équipage est malade.
Il y a eu cinq nouveaux cas, la nuit dernière.
Fièvre. Ulcérations.
Vous avez plein de bromure. Appliquez des sangsues.
Les saignées ne servent à rien.
M. Penfield, je m'en remets à votre savoir médical.
Trois jours après notre départ de Moorea...
vous pensiez que c'était le scorbut.
Puis vous avez parlé de fièvre jaune.
Les symptômes rétaient pas précis. A présent, je sais.
Fièvre. Peau desséchée.
Bile noire.
Choléra.
On fait demi-tour?
Aucun port raccueille un navire contaminé.
- Jetons I'ancre à la prochaine île. - C'est la pleine mer.
Sauf votre respect, Capitaine, ce canot venait de quelque part.
C'est une can'te marine française.
N'y figurent que des zones dangereuses.
Il y a des récifs, des atolls.
Quel sort cruel pour Mme Hargrave!
Veuve avec un bébé.
Laissez-les dériver.
- Une femme seule avec deux enfants? - Envoyez un homme.
Kearney est fort et encore valide.
Ils auront une chance. Ce rest pas le cas pour nous.
Kearney?
Le meilleur d'un piètre lot.
N'en parlez pas aux autres.
- Attendez la nuit. - Bien, monsieur.
Nous exposer aux périls de la mer à cause de quelques malades?
- C'est de la folie. - Je le fais pour votre bien.
Je suis jeune, mais j'ai passé trois ans sous une chaleur d'enfer...
parmi des insectes gros comme des rats et des rats comme des chats.
Je peux affronter des matelots atteints par la fièvre.
C'est le choléra. Si vous restez à bord, vous mourrez.
Il faut laisser votre malle. Prenez le strict nécessaire.
Tout ce que nous possédons au monde est dans cette malle.
Madame Hargrave emportera ses biens.
Le choléra?
Monsieur Kearney? Un peu d'eau, je vous en prie.
- Il en reste à peine. - Ils en manquent cruellement.
Le petit rest pas à vous. Quelle importance?
Votre bébé sait ce qu'il a à faire.
Vous avez ce qu'il faut. Faites-la téter.
Je vous préviens, j'en ai assez de leurs braillements!
Pour I'amour de Dieu, donnez-leur de I'eau!
Je suis un homme de bon sens, madame.
Si j'étais seul, je pourrais tenir un bon bout de temps.
Partager en quatre, c'est ridicule.
Le mieux est de mettre fin à leurs tourments.
Vous ne les toucherez pas!
Soit vous les faites taire, soit ils passent par-dessus bord!
Ça suffit!
Vous pouvez regarder ailleurs.
Viens, Richard! Viens vite! Saute!
Tu peux aider maman.
Tu es gentille.
Richard, reste ici!
Elle est fraîche.
Regardez! Des bananes!
Et des papayes! Et des racines! Cela se mange, les racines.
C'est de la racine de taro. On en mangeait, à la mission.
Et des bananes!
Oui, plein de bananes!
Bateau.
Tiens. En veux-tu?
Le bateau arrive.
Regarde! Comme c'est joli!
II ne faut pas rester ici.
Nous sommes trop exposés de ce côté-ci.
Il faut trouver un endroit à I'abri des intempéries.
Viens, Richard. Nous allons faire un tour.
Regardez! Comme c'est beau!
Maison.
Juste Ciel!
Elle est partie.
Je sais, elle est partie. Ta maman est partie.
Ne t'inquiète pas. Viens, je suis là.
- Maman est partie. - Je sais. Tout va bien.
Ta maman rest pas là, mais je suis là.
Je serai ta maman, désormais.
Si un bateau vient à passer, il verra les flammes.
Bientôt, quelqu'un nous trouvera.
Il faut dormir. Fermez les yeux.
Je reviens.
C'est ton dessert préféré, mais essaie de manger lentement.
Et tiens ta cuiller de cette façon, comme je te I'ai appris.
Bientôt, quand le navire viendra...
vous serez assis devant une table raffinée, à San Francisco...
et il faudra bien se tenir.
Richard, ne fais pas cela!
Même loin de la civilisation, on ne se conduit pas comme des sauvages.
La pleine lune.
Ils viennent tous les trois mois, à la pleine lune.
Au lit, les enfants! Vite!
Tout va bien. Ce soir, je vous chanterai votre berceuse dans le noir.
La mère!
Pose-le!
Pourquoi te baignes-tu tout habillée?
Parce que c'est convenable.
Pourquoi Richard et moi, nous baignons-nous nus?
J'ai renoncé depuis longtemps. Vous retiriez tous vos vêtements.
- J'aimerais bien être comme Richard. - Pourquoi?
II peut viser quand il fait "psst".
Je peux atteindre une feuille de manguier.
Pourquoi peut-il viser et pas nous?
Eh bien... Dieu, dans son infinie sagesse, a décidé...
La nature nous a donné des organes différents.
- Les femmes ont... - Une coquille de cauri.
- Quoi? - Lilli ressemble à un cauri, là.
C'est comme ça que tu appelles le mien... un cauri.
- Et on appelle celui de Richard un... - Non, c'est sans importance.
J'aurais déjà dû vous expliquer certaines choses de la vie.
Explique-nous maintenant certaines choses de la vie.
Non, je dois d'abord y réfléchir.
Je vous expliquerai cela après votre cours d'orthographe, ce soir.
- Il faut se rincer. - Ce soir?
D'accord? Allez!
Pourquoi se marie-t-on?
Dieu a dit que quand un homme et une femme s'aiment...
ils prêtent serment. C'est comme une promesse.
Ils se prêtent serment I'un à I'autre, devant Dieu et le monde entier.
Cela s'appelle la cérémonie du mariage.
Et ici, il y a ce que disait votre père...
quand il mariait les gens, à la mission.
Et les vies de la chose?
Quand une fille devient femme, et quand un garçon devient homme...
- Quand? - C'est différent pour chacun.
- Tu le sauras, quand cela t'arrivera. - Comment?
Eh bien Lilli, ton corps deviendra plus rond.
Tu auras de la poitrine, comme moi.
Et chaque mois, tu saigneras de ta fente, entre tes jambes.
Je ne veux pas saigner.
Cela dure juste quelques jours.
Ce sera une bénédiction, car tu pourras avoir un bébé.
Je saignerai aussi?
Non. Mais ton corps changera également.
Ta voix sera plus grave et tu auras des poils.
Je suis sûre que cela t'ira très bien. A moins que tu ne veuilles les racler.
- Je veux le bébé tout de suite. - Tu ne peux pas. Tu res pas prête.
Et puis, il faudra un homme pour faire le bébé qui grandira en toi.
En moi?
Oui. Il y a un endroit à I'intérieur de la femme...
où le bébé reste bien au chaud, à I'abri...
jusqu'au jour où il est prêt à venir au monde.
Comment entre le bébé?
Eh bien...
une fois mariés, I'homme et la femme s'allongent tout...
tout près I'un de I'autre...
Je sais. C'est comme les iguanes, Lilli.
On ne sait plus où commence I'un ni où finit I'autre.
- C'est comme ça. - C'est comme ça?
Oui. Parce que les iguanes ont toujours des bébés peu après.
- C'est comme ça? - Oui... c'est à peu près ça.
C'est ce que j'attendais que tu me dises depuis ce matin?
Ça ne servira à rien.
Regarde ce que tu as fait à ma lance! Va-t'en!
C'était mon poisson. Retourne là d'où tu viens!
Richard, regarde! Qu'allons-nous faire?
Qu'allons-nous faire, Richard?
Tais-toi et laisse-moi réfléchir!
Le soleil est couché depuis une heure. Maman sera furieuse.
- Que fais-tu? - J'ai une idée.
Le voilà. Viens!
Où étiez-vous? Savez-vous I'heure qu'il est?
Oui, maman, mais il y avait un requin. Un vieux. Dans la passe.
- Il a pris la lance de Richard. - Je vous ai dit d'éviter les requins.
- Le bateau s'est détaché. - Quelles sont les règles?
- Rentrer avant le coucher du soleil. - Et?
- Jamais dans la partie nord de I'île. - Regardez. La pleine lune!
Rentrons tout de suite et que cela ne se reproduise pas! C'est compris?
Lilli, Richard, allez chercher des branchages!
Rentrez!
Notre Père qui êtes aux cieux, que Votre nom soit sanctifié.
Que Votre volonté soit faite, sur la terre, comme au ciel.
Donnez-nous chaque jour notre pain quotidien. Pardonnez nos offenses...
comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés...
Je sens que le mal s'est porté dans mes poumons.
Cela signifie que je risque de ne jamais guérir.
Que va-t-il arriver?
Vous devrez peut-être rester ici sans moi.
Si Dieu le veut...
je serai avec votre père et, tels des anges gardiens...
nous veillerons sur vous.
C'est mon endroit favori.
C'est tranquille et d'ici je peux voir la maison.
Creusez un trou de cette profondeur.
Tapissez-le de branches et de mousse.
Mettez-y mon corps...
et recouvrez-le de terre.
Je vous écrirai une prière à dire.
Nous graverons une épitaphe qui dira:
"Ci-gît Sarah Hargrave...
épouse de William, mère de Lillian."
Je ne suis pas ta vraie mère, Richard...
mais j'aimerais que I'on écrive:
"Et mère de Richard."
Nous prions le Seigneur d'exaucer ce dernier vœu.
Que Lilli et Richard s'aiment et veillent I'un sur I'autre.
Qu'ils apprennent leurs leçons...
et soient prêts pour I'arrivée du navire.
- Ça a I'air délicieux. - Merci.
N'oublie pas que demain c'est toi qui fais la cuisine.
C'est toi qui oublies toujours.
- Quoi? Qu'est-ce que j'oublie? - Tu ras pas peint tes œufs.
Je rai pas oublié. Je ne vois aucune raison de le faire, cette année.
On le fait toujours à Pâques.
C'est demain, Pâques. Il va falloir chercher les œufs.
Pourquoi?
Pour savoir qui a gagné.
- Qui a gagné quoi? - Je ne sais pas.
Rien. Qui a gagné, c'est tout.
Je trouve ça ridicule. Je ne vois pas pourquoi il faut le faire.
Pour obéir à maman.
J'ai une idée.
Celui qui trouve le plus grand nombre d'œufs gagne un prix.
Quel genre de prix?
Si tu gagnes, je te donnerai quelque chose.
Et si je gagne, c'est toi qui me donneras quelque chose.
C'est une excellente idée.
J'ai caché dix œufs entre la plage et le buisson.
J'en ai caché dix entre les rochers et la clairière.
- Prête? - Prête. Attention, partez!
J'en ai trouvé neuf. Fais mieux!
Je ren ai que huit.
C'est moi qui ai gagné! Où est mon prix?
Tu en as mis du temps! Que faisais-tu?
Tu vas voir.
Ton prix.
Je la garderai toute ma vie.
Mon prix. La perle blanche.
Je trouve qu'elle est très belle dans mes cheveux.
Pas toi?
Fais-en ce que tu veux.
Mets-la où tu veux.
Accroche-la à ton nez, je m'en moque.
En avant, en arrière.
En rond. Tu crois que ces récifs sont à toi.
Tu crois pouvoir avaler tout ce qui nage.
Tu aimerais bien m'attraper.
J'ai été trop rapide pour toi, idiot! Je peux te battre à chaque fois.
Et si tu ne me crois pas, je le prouverai!
Le maître du récif!
La première fois, il a failli m'avoir. Mais j'étais trop rapide pour lui.
Cette fois, il m'attendait couché au fond.
Alors, je plonge et je vois sa gueule.
Il a environ 500 dents. Il y a des poissons rayés autour de lui.
Il nage vers moi...
et il me rate! Quelle limace idiote!
- Je trouve ça ridicule. - Ridicule? Ce rest pas ridicule.
C'est dangereux.
Exactement. C'est pour ça que c'est ridicule. Je ne te comprends pas.
- J'aime la sensation. - Que veux-tu dire?
A I'intérieur, c'est tout vivant...
quand je sais que je suis le maître du récif.
"Le maître du récif!"
Je t'interdis de te moquer de moi!
Pardon.
C'est toi qui es ridicule.
Tu te touches et tu te regardes tout le temps.
- Je ne me touche pas. - Si!
Tu te les touches devant le miroir.
Je mesure de combien ils ont poussé.
D'abord, tu ras pas à me regarder nue.
Pourquoi?
- Je t'ai toujours vue nue. - Maintenant, c'est différent.
- Pourquoi? - Je ne sais pas.
Je ne sais pas, mais c'est différent.
J'aimerais que tout soit comme avant.
Quand on s'amusait.
Tu te souviens de la balançoire?
Les jeux auxquels on jouait?
Cela t'ennuierait que je dorme dans une autre partie de la maison?
J'allais te le proposer.
Depuis quand es-tu là?
J'ai vu du sang sur le drap.
Ça va?
Tu te rappelles...
ce qui se passe quand on devient une femme?
Ça y est...
je suis une femme!
Richard, réveille-toi!
Mon lit est mal orienté.
- Je dors. - Tu es réveillé. Viens!
Non, je dors! Arrête! Je ne suis pas habillé.
Mets le drap autour de toi.
- Qu'y a-t-il? Tu es plié en deux. - Une minute!
- Qu'est-ce qu'il a? - Il est tout le temps comme ça.
- Ça fait mal?
Tu peux marcher?
Je peux tout à fait marcher. Ça passe quand je veux.
- Comment? - Ça ne te regarde pas.
Si on se cache des choses, ça rira plus.
Ça ne va plus, de toute façon. Rien rest plus comme avant.
Déménageons ton lit!
Maman...
je ne sais pas quoi faire.
Il a changé et j'ai changé.
Je me sens complètement perdue.
J'en ai assez que tu m'espionnes. Va-t'en!
J'en ai assez que tu me dises de m'en aller.
Va-t'en! Je ne plaisante pas.
Je vais aller là où j'ai toujours voulu aller. Au nord de I'île.
Non, ne fais pas ça! C'est la pleine lune.
- Je fais ce que je veux. - Non, ry va pas! C'est la loi.
Ce rest pas ma loi. C'était la sienne.
Ce rétait même pas ma vraie mère.
Elle t'a aimé comme ta vraie mère.
Je m'en moque. J'en ai assez de ses lois et des tiennes!
Maintenant, je fais ce que je veux.
Je suis assez grand. Je vais où je veux.
Je rentre quand je veux.
Que s'est-il passé? Qu'as-tu fait?
J'ai dû me cacher.
Il y avait plein de sauvages autour de moi.
S'ils m'avaient vu, je serais mort.
Et il y en avait un...
Au début, j'ai eu envie de le tuer.
Puis je rai plus eu envie de le tuer. Finalement, je rai pas pu le tuer.
- Il va prévenir les autres. - Non.
Je I'ai laissé partir. Paix.
Je suis heureuse que tu ne sois pas blessé.
J'ai cru ne jamais te revoir.
Je ne veux plus qu'on se dispute. Plus jamais!
Moi non plus.
- Amis? - Oui. Toujours.
J'ai envie de pleurer.
Moi aussi.
J'ai envie qu'on soit mari et femme.
Avec cette alliance...
je t'épouse.
Avec cette alliance, je t'épouse, Richard.
- Nous ne faisons... - Qu'un.
A jamais.
Regarde!
Lilli, vite! Le feu!
Si c'étaient des sauvages? J'ai peur.
Mieux vaut ne pas allumer le feu. Voyons d'abord qui c'est.
Ils sont huit.
En habits clairs, c'est peut-être une femme.
Une femme?
Ne les quittez pas des yeux. Rien ne dit qu'ils sont civilisés.
Civilisés. C - I - V - I - L - I - Z - É - S.
Maman aimait les poignées de mains énergiques.
Je m'appelle Richard.
Nous vous attendions depuis longtemps.
Je m'appelle Lilli. J'attends que vous nous rameniez à la civilisation.
Quoi?
Je m'appelle Jacob Hilliard, capitaine du Tradewind.
Et nous... Cette île est à vous?
Oui. Ma maison est là.
Il nous faut de I'eau fraîche. Nos tonneaux sont souillés.
Nous accordez-vous la permission de débarquer?
Oui. Vous êtes les bienvenus.
Pourriez-vous vous couvrir? Je vais chercher ma fille.
- Cette corde vous étrangle? - Non, pas du tout.
Enfin, si, parfois.
Je vous saurais gré de...
Comment se sert-on de cette lance?
Ce rest pas une lance.
- Qu'est-ce que c'est? - C'est un fusil.
Ça fait éclater la tête d'un homme.
Des naufragés! C'est palpitant!
Ils semblent être un curieux mélange de savoir et d'ignorance.
Et leur tenue est quelque peu...
disons, plutôt sommaire.
Qu'y a-t-il?
La couleur... c'est la même que celle du ciel.
Pure soie.
Avec mes respects.
Et un pour votre frère.
Ce rest pas mon frère. C'est mon mari.
Votre mari?
Maman est morte il y a six ans.
- Comment comptez-vous les années? - Elle nous a appris.
Nous comptons les lunes. Il y a douze pleines lunes dans une année.
Nous fêtons NoëI, Thanksgiving et Pâques.
Mais nous ne sommes pas sûrs de les fêter à la date exacte.
Dire que vous êtes restés seuls, toutes ces années...
dans ce trou abandonné de Dieu!
Pas abandonné de Dieu.
Pas du tout abandonné de Dieu.
Vous avez dressé une table superbe. Félicitations au chef!
Regarde, Sylvia, ils ont fabriqué leur vaisselle.
Des tasses... des cuillères à soupe. Très ingénieux.
- M. Quinlan ne se joint pas à nous? - M. Quinlan est un simple matelot...
et il préfère rester seul.
C'est normal qu'on ne vous ait jamais retrouvés.
Les can'tes ne mentionnent pas cette île.
C'est un miracle.
Des sauvages viennent dans le nord de I'île, parfois.
Il y a un cimetière.
C'est succulent. Cela change de la pâtée que I'on mange à bord.
Qu'est-ce que c'est?
De I'anguille.
De I'anguille?
Le bouillon, oui.
Les morceaux, ce sont des oursins.
Merci pour votre hospitalité.
J'espère que nous pourrons vous rendre la pareille.
Vous pouvez.
Vous pouvez nous ramener à la civilisation.
Je m'en doute. Cela doit être ennuyeux ici.
Que signifie "ennuyeux"?
Ennuyeux... c'est lorsque I'on ra rien à faire.
Alors, on s'ennuie. Comme vous, ici.
Non. Nous ne nous ennuyons jamais.
Des bottes... une chemise...
et des pantalons de coton.
Sylvia vous montrera les vêtements féminins.
Bon, je vous laisse.
Des boutons.
Je me souviens des boutons sur la robe de maman.
De la dentelle irlandaise.
Richard, détournez la tête. Je vais montrer un corset à Lillian.
Encore que vous ayez presque tout vu!
- Cela sert à quoi? - Cela entoure la taille, comme ceci.
Ensuite, on tire sur le cordon.
Ne regardez pas, Richard. Je montre mes secrets à Lillian.
Regardez.
C'est du velours. Ils sont en argent.
Comme c'est doux!
Une brosse à cheveux, des peignes. Une houppette.
Du rouge. De la poudre.
De I'eau de lavande.
Du parfum à la rose muscade.
Et un miroir.
Vous êtes jolie. A part la teinte de votre peau.
Mais cela peut s'arranger.
Qu'est-ce qu'elle a, ma peau?
Le soleil I'a rendue brune. Il faut I'éclaircir avec du citron.
Pourquoi?
A San Francisco, vous ne voudrez pas qu'on vous prenne pour une paysanne?
- Pire que I'huile de poisson! - C'est très coûteux.
Regardez-vous.
Vous êtes beau dans votre costume.
Très beau.
Vous trouvez que j'ai mis trop de rouge?
Non. Je trouve ça superbe.
Merci, cher monsieur.
Me voilà toute pimpante et je rai rien à faire, comme d'habitude.
Nous pourrions compter les étoiles.
Vous passez la nuit à compter les étoiles?
Oui, nous comptons les étoiles.
Nous chantons.
- Nous nous accouplons. Nous dormons. - Vous vous accouplez?
- Vous accouplez-vous souvent? - Quand nous en avons envie.
Comme ça?
Parfois, nous dansons. J'adore danser.
Montrons à Sylvia comment nous dansons.
Allez, Sylvia, essayez!
Je rappelle pas cela danser. Ce sont des enfantillages, des bêtises.
Pourquoi?
Les adultes ne dansent pas comme cela.
Nous devrions apprendre une danse d'adultes pour San Francisco.
- Je vais vous apprendre. - C'est vrai?
Comme ceci.
C'est un peu inconvenant. C'est la polka espagnole.
La chair est faible, hélas! Chéri, tu m'embrasses!
Maintenant, lentement.
Vous êtes un merveilleux danseur.
Lillian devra apprendre les bonnes manières.
On rabandonne pas son hôte au milieu d'une leçon.
Nous sommes désolés, mais elle devra attendre son tour.
Elle va m'apprendre la mazurka.
Dès que je saurai, je te montrerai.
Tu m'as menti.
Quand t'ai-je menti?
Tu m'as dit un jour que tu ne me ferais jamais de peine.
Je t'ai fait de la peine?
Tu la regardes sans cesse. Ça me fait de la peine.
Pardon.
C'est qu'elle est si différente.
En quoi?
Regarde-la. Elle se couvre entièrement.
Tu as dit que tu trouvais ces vêtements ridicules et inutiles.
C'est vrai.
Mais...
je me demande à quoi elle ressemble en dessous.
Tu as envie de la regarder...
parce que tu ne peux pas la voir?
Comme quand j'ai voulu aller là où je ne pouvais pas aller.
Je m'en souviens.
Et je me souviens de ce qui t'est arrivé quand tu y es allé.
Bonne nuit, Richard.
- Qu'as-tu fait? - Ça ne te plaît pas?
Lave-toi!
Tu raimes pas ça sur moi, mais sur Sylvia, tu adores.
Je t'en prie, ne nous disputons pas. On se I'est promis.
Tu ne déjeunes plus. Tu es malade?
Je suis prête pour ma leçon.
J'ai promis de lui apprendre à pêcher.
Nous voici ensemble...
au beau milieu d'une eau poissonneuse.
Exposés à tous les regards.
C'est fort convenable.
Mais regardez, cher monsieur.
Il nous suffit de baisser la tête...
et nous voilà à I'abri des curieux.
Nous pouvons tout faire!
- Charmante! - Allez-vous-en!
Allons, ne sois pas comme ça!
II ne t'entendra jamais.
Il s'amuse avec MIle Sylvia.
Il te manque quelque chose.
- Où est ta jolie perle? - Je ne comprends pas.
- Ta perle blanche, où est-elle? - A la maison.
Ce rest pas le moment de penser à Lilli.
Je ne veux pas lui faire de peine.
Ne la plaignez pas. Elle vous a eu pour elle toute seule.
Vous ne lui appartenez pas. Vous rêtes pas mariés.
- Si. - Pas vraiment.
Votre charabia, au milieu de la jungle, ça ne compte pas.
Pour moi, si.
Pourquoi ne vous contentez-vous pas d'écouter votre cœur?
C'est elle, mon cœur.
Où est-elle?
Vous rallez pas me laisser ici!
Quelle impolitesse! Vous ne serez jamais un être civilisé!
Lâchez-la!
- Ça venait de la maison. - Prenez I'autre fusil. Vite!
Tue-le!
Attention!
Aidez-nous!
- Arrêtez, vous allez le tuer! - Quinlan, ça suffit!
J'ai dit: "Ça suffit!"
Quinlan!
- Lâchez-le! - Je vais lui arracher la tête!
- Obéissez! - Lâchez ça!
Allez au diable!
Lâchez ça ou vous répondrez de mutinerie!
Quinlan, lâchez ça!
- Quinlan! - Sauve-toi!
Ça va?
Très bien.
Je résiste bien aux orages.
Je tiens ça de maman.
Oui, c'est vrai.
Le capitaine Hilliard veut lever I'ancre à I'aube.
Cela veut dire que sa fille veut lever I'ancre à I'aube.
Je me moque de ce qu'elle veut. Je me moque d'elle.
Tu es ce qui compte le plus au monde pour moi.
Tu peux lever I'ancre à I'aube...
mais nous ne partons pas.
Tu es folle?
Te rappelles-tu...
la berceuse qu'elle nous chantait?
Tu m'apprendras à la jouer?
Pourquoi?
Je vais en avoir besoin.
Il y a un bébé qui grandit à I'intérieur de moi.
Comment le sais-tu?
Une femme le sait, voilà tout.
Je ne veux pas qu'il naisse dans la civilisation.
Je veux qu'il naisse ici.
Là où il ry a ni mal, ni mensonges, ni fusils.
Tu as raison.
Nous resterons ici.
Rien que nous trois.
Je t'aime, Lilli.
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