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Placez-vous. S'il vous plaît, monsieur !
Et deux, trois, quatre !
Un, deux...
Gardez bien la jambe en haut, effacée.
Les épaulements, tout de suite.
Stop, stop.
Non, mes enfants, ce n'est pas ça.
Je comprends, il y a de la fatigue,
mais habituez-vous à ne jamais la montrer.
Personne ne doit la deviner.
Reprenons, monsieur.
Deux, trois, quatre. Un,
deux, trois...
Dansez !
Il faut que ça soit agréable de voir.
Un...
Très bien. Et un...
C'est bien.
On sent que vous êtes appliqués,
mais croyez-moi, ce n'est pas ça l'essentiel.
Vous aimez la danse, vous aimez la musique,
eh bien, tâchez d'exprimer cet amour
sans réserve au moment même où vous le ressentez.
Sinon, il sera trop tard.
Après, c'est toujours trop tard.
Bon, c'est fini pour aujourd'hui.
Merci, monsieur.
Au revoir, mes enfants. Au revoir. À demain.
Au revoir.
À demain.
Vous ne partez pas, monsieur ?
Non, je vais travailler un peu.
Alors, n'oubliez pas de remettre la clé, s'il vous plaît.
- À demain, monsieur. - Au revoir, madame.
Je ferai ce que vous voudrez.
Cette photo n'est pas très récente, mais vous la reconnaîtrez.
Maintenant, Jeanne s'est remariée.
Elle s'appelle Kern.
Jeanne Kern.
Faites-vous photographier avec eux, où vous voudrez, mais vous
avec eux.
Oh, excusez-moi.
Je vous avais pris pour quelqu'un d'autre.
J'ai fait ce que vous m'avez demandé. Voilà.
Je vous rends celle-ci.
Vous vous y êtes pris comment ?
La représentation s'achevait,
j'avais payé un photographe. Ils sont sortis les premiers.
Elle portait quels vêtements ? Pas cette fois, les autres fois.
- Quels vêtements ? - C'est difficile.
J'observais surtout leurs visages, leurs manières.
Elle était habillée comment ?
Rien qu'on remarque.
Peut-être une broche.
Sur un tailleur, je crois, oui.
Qu'est-ce qu'elle mange ?
Qu'est-ce qu'elle boit ?
Ils boivent du vin blanc.
Ça, je le revois très bien.
Quel vin blanc ?
Je ne sais pas.
Du vin blanc, nous en buvions tous les deux dans les brasseries.
J'ai vu votre maison,
les Hespérides.
C'est devenu comment ?
Il y a une grande allée,
une sorte de pergola avec des plantes et des fleurs.
Sur la droite, tout le parc.
Avant, deux sapins autour d'une petite pelouse avec des massifs.
La balançoire est sur cette pelouse.
Il y a la véranda par laquelle on entrait dans la maison.
Deux marches séparent la véranda du salon.
Thomas !
Thomas ! Thomas !
Pourquoi tu me fais toujours attendre ?
Stefan m'offre toujours des Tintin,
je les ai tous, mais j'ose rien dire.
- T'as qu'à me les donner. - Oui, si tu veux.
Tu me balances, Thomas ?
Oui, mais toi après.
Monsieur ?
Il y a une lettre pour vous.
"Julien, c'est Jeanne.
"Je suppose que tu es au courant de ce qui s'est passé.
"Thomas a été très frappé.
"Il a besoin de te voir.
"Il faudrait que tu viennes au moins pour quelques jours.
"Tu pourras habiter à la maison. J'en ai parlé à mon mari, il est d'accord.
"Tu ne veux peut-être pas me revoir, mais fais-le pour Thomas.
"Viens vite si tu peux. Jeanne."
M. Julien... Julien !
- Pourquoi tu as sonné ? - Parce que ça se fait.
C'est peut-être toi que j'avais envie de voir la première.
Mais non. Tu es trop vieille maintenant.
Oh, je suis peut-être vieille, mais je suis vigoureuse.
Je monte la valise.
Je vais prévenir Jeanne que tu es là.
Alors, Thomas ?
Tu me reconnais pas ?
Viens.
- Tu ne m'attendais pas ? - Si, maman m'a dit que tu venais.
- Tu m'as apporté un cadeau ? - Non, je suis venu trop vite.
Tu auras quelque chose de très beau très bientôt.
- Viens, on va voir maman. - Oh, non.
Je préfère l'attendre.
Alors, je vais la chercher.
Au revoir, madame.
Bonsoir. Je suis le Dr Kern.
Stefan Kern.
Bonsoir.
Jeanne sait que vous êtes là ?
Je pense qu'on a dû la prévenir.
Vous avez fait bon voyage ?
Très bon, merci.
Je suis désolé, je voulais venir vous attendre à la gare, mais...
je travaille très tard en ce moment.
Et puis, cette histoire me fait perdre un temps fou.
C'est intéressant votre métier ?
Intéressant ?
Comment ça, intéressant ?
Eh bien, oui,
vos malades, la clientèle,
et cette maison comme un moulin, une manière de clinique.
Ah, non. Pourquoi ?
Seul mon cabinet est installé par là.
D'ailleurs, cette maison, c'est une aubaine.
Bien sûr, pour moi, mais surtout pour votre fils.
Vous savez, c'est pour lui que je l'ai laissée à Jeanne.
Je vois que vous avez fait connaissance.
- Bonsoir, Julien. - Bonsoir, Jeanne.
Élise et Thomas m'ont dit que tu étais là.
- Je t'ai pas entendu entrer. Ça va ? - Très bien, je te remercie.
Je te remercie d'être venu aussi vite.
- Avez-vous eu des problèmes ? - Oui.
Malheureusement.
Moi aussi, j'ai beaucoup de travail.
- Quoi, donc ? - Toujours des concerts ?
Non, rien que des besognes.
Maintenant, je pianote pour vivre.
Tu resteras longtemps ?
Je sais pas. Quelques jours, je vais voir.
Tu es sûr que tu as fini de dîner ?
- Bonsoir, maman. - Bonsoir.
- Bonsoir, Stefan. - Bonsoir.
Et moi, tu m'embrasses pas ?
Bonsoir, papa.
La vue de ce cadavre l'a terrorisé.
Puis, les questions des journalistes.
Merci.
- Sucre ? - Non.
Tu l'aimes toujours autant, Élise ?
Bien sûr. Pourquoi ?
Où était-il exactement, ce cadavre ?
Du côté de la balançoire.
Allongé derrière un tas de bois.
- Vous l'avez dissimulé ? - Non.
Il n'avait rien sur lui.
Juste un ticket de transport et une carte d'identité.
Kel... Kel...
Keller.
Pourquoi ce Keller est-il venu se faire tuer aux Hespérides ?
Ah, ça...
On n'en sait strictement rien.
- Vous voulez ? - Non, merci.
- Tu fumes moins qu'avant, on dirait. - Oui.
Et vous, sur cette histoire,
c'est quoi votre sentiment ?
Je ne suis pas là pour ça.
Je comprends.
Vous avez combien de disques ?
Je ne sais pas exactement.
Environ 300.
Danse avec moi.
- Maintenant ? - Oui.
Ça fait des années que j'ai pas dansé, je ne saurais plus le faire.
Ce genre de choses, ça ne s'oublie pas.
Ma tête tourne, j'ai plus l'habitude.
Il faudrait quand même qu'on fasse quelque chose avec cette fenêtre.
Elle a été forcée.
Nous avons été cambriolés cet été.
Qu'est-ce qu'on vous a pris ?
Des bijoux, pas grand-chose.
On a retrouvé le voleur ?
Non, pas encore.
Il y a du vent ce soir.
On dit que ça fait bien dormir.
- À demain. - Bonsoir.
Tu viens ? Je te montre ta chambre.
La salle de bain est là.
Tu la partages avec Thomas.
C'est toujours la chambre d'amis ?
Si tu veux.
C'est un peu ma chambre aussi.
Ta chambre ?
Tu as une chambre à toi ?
C'est ici que je travaille.
Des collages ?
Oui, mais maintenant, j'en fais des livres.
Des livres pour enfants.
Je savais pas.
Je peux enlever tout ça, si ça te gêne.
Non, ça ne me gêne pas.
Bon, je te laisse.
Tu sais,
je n'ai pas abandonné le piano.
Simplement, les concerts, ça ne m'intéresse plus.
Pourquoi ?
Tu sais très bien pourquoi.
Bonsoir, Julien.
Bonne nuit.
Papa ?
J'ai mal.
Qu'est-ce que tu dis ?
La couchette.
Tu te rappelles ?
Où on allait ?
Tu es allé à Marseille.
- Trouver ta maman. - Quel âge j'avais ?
Deux ans, deux ans et demi.
Je me souviens pas de Marseille.
J'y suis resté quelques heures.
Allez, dors.
J'ai froid.
Tu pourrais attendre pour la fenêtre.
C'est Thomas, lui, qui attend dans le parc.
Tu sais l'heure qu'il est ? Il est 9 h.
Ah, Julien. Justement,
je vous présente l'inspecteur Corbin,
qui est chargé de notre affaire.
Bien, je vous laisse. Quelqu'un m'attend.
Sortons, voulez-vous ?
On va bavarder un peu.
Kern m'a dit que vous ne saviez rien.
Très peu de choses. Son identité, Keller.
Il n'a été vu par personne ?
Il est arrivé par le train du soir.
Sur la place de la gare, il a consulté un papier.
Il est parti à pied.
Apparemment, il n'était pas attendu.
- Il a parlé à quelqu'un ? - Personne.
Alors, vous n'y comprenez rien ?
Ne rien comprendre,
c'est forcément déjà savoir quelque chose.
Vous voyez, on a trouvé ça à côté du cadavre.
RK.
Si vous n'avez que ces deux lettres, vous n'irez pas très loin.
J'espère que cette affaire, comme l'appelle le Dr Kern,
- n'a pas trop ennuyé votre femme. - Vous voulez dire mon ex-femme ?
Oui, pardonnez-moi.
Et votre fils ?
Il paraît content de vous revoir.
Je crois, oui.
Elle est très belle, cette maison.
Enfin, plutôt étrange.
Elle est à vous, paraît-il ?
Oui, c'est ma maison de famille.
- Elle me vient de ma grand-mère. - De votre grand-mère ?
- Vous n'avez plus vos parents ? - Si.
Je ne les vois pas.
Et cette maison,
vous n'y tenez plus ?
Thomas y habite
et les Kern avec lui.
Quand j'ai quitté Jeanne, tout a cessé pour moi.
- Je suis pianiste. - Je sais.
Ça commençait à marcher.
Des concerts de temps en temps,
je travaillais dix heures par jour et puis j'ai tout arrêté.
J'accompagne des cours de danse,
je donne des leçons.
Cela me permet de vivre.
Vous cherchez quelque chose ?
On ne sait jamais.
Ici même, pas loin du corps, on a trouvé ça.
Tenez.
Écoute-moi.
Écoute-moi.
Tu as tout le temps de me répondre.
Je te demande pardon pour hier soir.
Quand j'ai reçu ta lettre à Paris, j'ai cru que tu m'appelais.
J'attendais ce moment depuis cinq ans.
J'ai vécu avec toi tout ce temps.
Je n'ai jamais cessé de t'aimer.
Je ne t'ai jamais aimé
autant que pendant ces cinq ans.
Pour moi, c'était pas une séparation.
Rien qu'un voyage, une sorte d'absence.
J'étais sûr qu'un jour, je te retrouverai.
Que tu reviendrais,
que tu me demanderais de revenir.
Jeanne, tu...
Vous avez bavardé avec Corbin ?
Oui... Oui.
Il a appris quelque chose ?
Rien que vous ne sachiez.
Le crime a été commis sur la pelouse, non loin de la balançoire.
Le coup de feu a dû faire basculer le corps derrière le taillis.
- Dans la nuit ? - Oui, dans la nuit.
À quelle heure ?
Vers minuit, minuit et demi, je ne sais pas.
Mais j'étais pas couché.
Comment se fait-il que je n'aie rien entendu ?
Ça, je ne pourrai pas vous répondre.
Vous êtes bien sûr que vous ne connaissez pas ce Keller ?
Ça ne me dit absolument rien.
Regardez bien cette photo.
Non. Je ne le connais pas, je regrette.
Et vous n'avez pas entendu le coup de feu ?
Non.
- Vous non plus, Mme Kern ? - Non.
Je dormais déjà, sans doute.
- Vous avez un revolver chez vous ? - Oui.
Ça ne vous ennuie pas de me le montrer ?
Pas du tout.
Je ne le trouve pas.
Quand l'avez-vous vu pour la dernière fois ?
Je ne sais plus. Il y a longtemps.
- Tu ne l'as pas touché, non ? - Non.
On l'a pris pendant le cambriolage, peut-être.
- Vous avez été cambriolés ? - Oui.
- Quand ? - Au mois d'août,
pendant notre absence.
Je n'avais pas remarqué qu'il avait disparu.
Je comprends.
C'est sans importance.
C'est une panne de secteur.
Il en arrive de temps en temps.
- Ça dure longtemps ? - Ça dépend.
Bonne nuit. Je te rejoins.
Pourquoi êtes-vous revenu exactement ?
Mais je n'avais pas l'intention de venir.
C'est Jeanne qui me l'a demandé.
Moi aussi, je vais me coucher. Bonne nuit.
En partant, soufflez les bougies.
Il doit faire bien froid dehors.
Bonne nuit !
Qu'est-ce que c'est ?
- C'est un vrai revolver ? - Remets-le vite dans le chiffon.
- On va le porter à la cabane ? - Oui, d'accord.
Thomas !
- Où allez-vous ? - Là-bas, au fond.
Qu'est-ce que tu caches ?
Rien.
- Montre-moi. - C'est rien, maman.
Montre.
Ne le tiens pas comme ça.
Où l'as-tu trouvé ?
Dans l'arbre.
Allez vous amuser maintenant.
Entre.
Thomas a trouvé ça, dans un des sapins.
C'est celui de ton mari ?
Oui, je crois.
- Tu lui en as parlé ? - Non.
Pourquoi ?
Je sais pas.
Je voulais t'en parler d'abord.
Donne-le-moi.
- Tu vas en parler à Stefan ? - C'est pas la peine.
Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Qu'est-ce que tu crois ? - Rien.
Je crois rien.
Tu me donnes le revolver
et tu n'en parles pas à ton mari. C'est tout.
Fais-moi confiance.
Comme vous pouvez le constater, les barres des P majuscules
sont très légèrement effacées vers le bas, dans les deux cas.
De même, les S, dans les deux cas,
ne sont pas exactement au même niveau,
comme vous pouvez le voir.
- Ce sont des différences de frappe ? - Non, elles sont trop nettes.
Les deux textes ont été tapés sur la même machine.
- Vous êtes sûr ? - Certain.
D'ailleurs, regardez.
Ça vous a amusé, ce jeu des petites lettres ?
Oui.
D'ailleurs, en voilà d'autres.
Vous connaissez son choix ?
JK.
Si RK, c'est Keller,
JK, c'est Jeanne Kern, non ?
Je n'ai jamais connu à Jeanne de mouchoir brodé.
Vous avez trouvé ça où ?
- Dans un arbre. - Dans un arbre ?
Oui, c'est Thomas qui l'a trouvé.
- Et qui vous l'a remis ? - Ah, non. C'est Jeanne.
Si c'est bien cette arme qui a tué Keller,
il va falloir que je me décide.
Entre qui et quoi ?
Il y a la machine à écrire,
il y a le revolver et le mouchoir.
Il y a Kern et puis votre femme.
Pardon, votre ex-femme.
Jeanne ?
- Vous n'avez pas pensé à elle ? - Si.
Vous voyez bien ?
Non.
Je vois vraiment pas Jeanne dans une affaire pareille.
Je sais.
Ça doit vous paraître bizarre de la voir après tout ce temps ?
Elle n'a pas changé.
Depuis cinq ans, je vis comme il fallait que je vive.
Avec un homme qui m'aime beaucoup.
Avec toi, les choses étaient différentes.
J'ai rien oublié, j'oublierai rien.
C'est mort.
Qu'est-ce qui se passe ?
Le juge s'est décidé. Il faut dire qu'il a de bonnes raisons pour cela.
- Le revolver ? - Oui. Celui de Kern.
Il a bien tué Keller.
- Ils l'ont arrêté ? - Non.
Le juge veut l'interroger, c'est tout.
Viens.
Donnez-moi vos mains.
Vous comprenez, j'imagine ?
Non. Strictement rien.
Vous n'êtes pas arrêté.
Malgré les apparences, vous n'êtes pas arrêté.
Je fais quoi ici, alors ?
Disons que pour notre ami Julien, oui, vous êtes arrêté
et peut-être pour votre épouse aussi.
Pour eux deux, voilà tout.
Eux deux seulement.
C'est plutôt compliqué, votre petit jeu.
Compliqué ? Non. Nécessaire.
Vous avez une préférence pour un hôtel dans la région ?
Il est parti pour longtemps, Stefan ?
Non, il va sûrement rentrer ce soir.
Alors, on est que tous les trois, maintenant.
Tes cheveux sont sales.
Viens, je vais te faire un shampoing.
- Tu m'appelles si on téléphone ? - Évidemment.
- Je peux te demander une faveur ? - Quelle faveur ?
Que Thomas se couche cinq minutes plus tard.
Je t'ai apporté ton cadeau.
- Mon cadeau ? Qu'est-ce que c'est ? - Tu verras.
- C'est maman ? - Oui.
C'est qui, le bébé ?
C'est toi.
C'est ici ?
- Eh, oui. Tu reconnais la véranda ? - Oui.
C'est fini. Tu peux rallumer.
- Déjà ? - Déjà.
Merci, papa. C'est vraiment à moi ?
Bien sûr. Je te l'ai dit, c'est ton cadeau.
Nous, on n'a pas de film, que des photos. C'est moins bien.
- Je peux aller les chercher, maman ? - Si tu veux.
C'était où ?
Cet été, je crois.
Au Festival de Salzbourg.
Je me souvenais pas de cette photo.
C'est lui.
- Qui, lui ? - Le mort, c'est lui.
Bonsoir.
Bonsoir, maman.
Bonsoir, papa.
C'est trop, Julien.
Beaucoup trop.
Ça me fait peur.
Jeanne ?
Tu n'as pas mal ?
Non, ce n'est rien.
Merci.
Il faut dormir maintenant.
Julien ?
Julien, je voudrais que tu t'en ailles.
Que tu partes d'ici.
Demain.
Le plus tôt possible.
Ne pars pas.
Reste.
Reste.
Vous avez fait bon voyage ?
Je voudrais parler à Mme Kern.
- Qu'est-ce que tu fais ? - Rien, je me balade.
Vous savez, on peut vivre longtemps
à côté de quelqu'un sans vraiment le connaître.
Votre mari, par exemple,
vous dites qu'il est innocent,
mais vous lui avez caché que les enfants avaient trouvé son revolver.
Je préférais en parler d'abord à Julien.
Je peux vous dire qu'on se pose des questions à votre sujet.
On va le garder longtemps ?
Votre mari ?
Oui.
Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Tout est contre lui.
S'il avait voulu tuer cet homme, il ne l'aurait pas fait venir chez lui.
Il ne serait pas servi de sa propre machine à écrire
ni de son propre revolver.
C'est peut-être en cela qu'il s'est cru plus malin.
Qu'est-ce que vous faisiez, vous, ce soir-là ?
Thomas est allé se coucher assez tard.
Je l'ai accompagné
et je suis restée dans ma chambre.
Et Kern, pendant ce temps ?
Il a écouté de la musique dans le salon pendant plus d'une heure.
C'est bien ce qu'il nous a dit.
Et ce coup de feu que personne n'a entendu ?
Vous auriez dû l'entendre.
Je n'ai rien entendu.
Je n'entendais que la musique.
Une face de disque dure environ vingt minutes.
Ça lui laissait le temps de sortir,
d'abattre Keller
et de rentrer.
C'est complètement absurde.
Ça, c'est vous qui le dites.
Vous savez qui est derrière vous sur cette photo ?
- Keller lui-même. - Oui.
Vous le connaissiez, oui ou non ?
J'ai trouvé cette photo hier.
Je n'en connaissais pas l'existence.
C'est mon fils qui l'a reconnu.
- Julien était là ? - Oui.
Ce Keller,
vous ne le connaissiez pas ?
- Vous êtes sûre ? - Mais non.
L'année dernière,
vous étiez à Salzbourg et à Bayreuth aussi ?
Oui.
Eh bien, Keller allait au même festival que vous.
À tous.
Un vrai mélomane.
C'est pas curieux, ça ?
Il descendait dans les mêmes hôtels que vous, chaque fois.
- Enfin, c'était qui, ce Keller ? - Je ne sais pas.
À part ces traces,
on ne sait rien.
C'est vous qui avez demandé à Julien de venir ?
Oui.
À cause de Thomas.
Je comprends.
- Je peux me balader avec toi ? - Bien sûr.
C'est très vilain d'écouter aux portes.
Ce n'est pas par hasard s'il est venu se faire tuer ici, ce personnage.
À très bientôt.
Tu vas me laisser seule ?
Tu me l'as demandé, non ?
J'ai besoin de toi.
Au revoir.
Je croyais que tu m'oublierais vite.
Je le croyais aussi.
Tu aurais dû revenir plus tôt.
Je t'ai attendu.
Et quand tu es revenu, j'ai eu peur.
C'était qui, ce Keller ?
Un type.
Je savais des choses sur lui.
Il a fait ce que je lui demandais.
Il pouvait pas faire autrement.
Ce coup de flash, à Salzbourg,
c'est toi qui l'as fait se faire photographier auprès de nous.
Et le cambriolage, l'été dernier, c'est toi ?
Et la machine à écrire ?
Le revolver ?
La photo au milieu des autres ?
Keller, tu l'as fait venir ici et tu l'as tué.
À l'heure du train, c'est ça ?
Oui.
C'était impossible d'entendre le coup de feu.
Tout ça pour toi.
Je reviens.
Maman, tu es là ?
Je t'ai rapporté tes bijoux. Voilà.
Maintenant, on va partir ensemble.
On va prendre Thomas,
on partira tous les trois.
Non, je peux pas.
Comment ?
Je partirai pas avec toi.
Qu'est-ce que tu dis ?
Je partirai pas avec toi.
Pourquoi la gare ?
Pourquoi ici, cet après-midi ?
Je sais pas.
Je peux pas.
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