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Un.
Musique douce au piano.
Un.
9 heures...
On va pas rester là à crever de faim toute la nuit.
- Le mieux, c'est quand même de l'attendre.
- On ne va pas l'attendre jusqu'à demain matin, non ?
- Noël s'annonce bien. -Il dit quoi ?
-"Noël s'annonce bien."
- On ne mange pas tellement plus les autres jours.
- Seulement, ce soir, avec leur réveillon,
c'est un repas de plus à pas bouffer.
- Il marmonne.
- Il dit que... -On s'en fout ! Il a qu'à articuler.
- C'est pas en bouffant tes mots que tu te rempliras l'estomac.
- Tout ça à cause
de cet imbécile.
Non, mais regardez-le. -Pas mal, hein ?
"Le mercredi 1er janvier et pour la première fois,
"à la mairie de Courbevoie,
"Les Compagnons de la chanson."
Pour le reste,
je crois avoir assez bien rendu notre allant,
notre bonne humeur naturelle.
En voyant cette affiche, le public se dira :
"Voici 9 joyeux compères
"avec lesquels...
"avec lesquels on est sûrs de passer un agréable moment."
- Et la cagnotte ? On te l'a confiée.
- Toutes nos économies.
À quoi elles devaient servir ?
- Au réveillon. Mais j'ai jugé...
- Monsieur "a juge' préférables: !
Il a jugé préférable d'acheter toutes ces saletés
et de faire son barbouillage.
- C'est ce qui nous fera faire carrière.
- Nous, on veut bouffer.
- Vous ne songez qu'à bouffer !
L'instant est tragique.
Comme chacun sait, la faim engendre parfois la folie.
L'un d'entre nous est atteint, le plus grand.
Voyez vous-mêmes.
- Je place Christine entre Jean-Louis, Guy...
- Pourquoi Guy ? -Pourquoi Jean-Louis ?
- Si ça lui plaît de me mettre là. -Et ça va lui plaire, à elle ?
- Mais ce repas n'aura jamais lieu.
- La nuit de Noël est propice aux miracles.
- Il y a 2000 ans qu'il y en a pas eu.
- Christine va peut-être arriver les bras chargés.
- Elle a peut-être eu un engagement, elle.
- Il y a tout : hors-d'œuvre,
bombe glacée,
fruits, café, liqueurs !
- À table, messieurs !
Le beurre des Charentes ! La crème d'Isigny !
- Les canards de Nantes -Les œufs de Picardie
- Olives de Provence, fromage de Brie
- MERINGUES DE VALENCE RAISIN DE CHABLIS
HUÎTRES DE MARENNES LIQUEUR DE FÉCAMP
GROSEILLES DE LORRAINE ET TRIPES DE CAEN
POULARDES DE BRESSE CHAMPAGNE D'AY
VOILÀ LES RICHESSES
DE NOTRE PAYS !
- La la la...
- Cher ami,
joignez-vous à nous.
Tous parlent en même temps.
Un.
- Mes chers amis,
avant de poursuivre plus avant ces agapes,
je veux lever mon verre à celle que nous attendons tous avec impatience.
Applaudissements.
Je veux lever mon verre
à celle qui ne saurait tarder à se joindre à nous.
Un.
Je veux lever mon verre à celle qui est déjà parmi nous
et par le cœur, et par la pensée.
Un.
Et la fête continue !
- IL A TRÈS BIEN PARLÉ BUVONS À SA SANTÉ
IL A TRÈS BIEN PARLÉ...
- Buvons à sa santé...
- On voulait se remonter le moral.
- Oui, se remonter le moral. -Tu comprends ?
- Ne vous fatiguez pas. Je comprends très bien.
- Toi non plus... -Quoi, moi non plus ?
- Ça n'a pas marché, toi non plus ?
On te demande ça comme ça. -Juste comme ça.
- Aucune importance, absolument aucune.
- Aucune.
- Il marmonne.
- Alors, traduction ?
- J'en ai assez, de traduire ses âneries.
D'ailleurs, c'est sans intérêt.
Un.
- Vas-y, traduis.
- Il raconte que Christine a un oncle qui travaille dans une boîte de nuit.
- Oui. Et après ?
- Il est peut-être directeur. -Il faut que tu y ailles !
- Surtout un soir de Noël.
- Tu auras du succès. -Tu verras un imprésario.
- Tu auras un contrat. -À l'année.
- Pour un tour de chant.
- Et pour Hollywood.
- Tu comprends, ton oncle va sûrement t'engager.
Il faut que tu y ailles, avant qu'il ne soit trop tard.
- Bon. J'y vais.
Tous les garçons parlent en même temps.
Un.
- Pauvre gosse.
- On aurait dû y aller nous-mêmes.
- Ça aurait été plus sûr. -J'osais pas le dire.
- Surtout qu'on a un numéro au point.
- Tu veux dire irrésistible ?
- Oui. Mais l'oncle est à elle.
- Eh oui.
- J'ai oublié quelque chose.
Tu te souviens du porte-bonheur que je t'avais donné ?
Tu pourrais pas me le prêter ? J'en aurai besoin.
Merci.
Ils chantent Douce Nuit.
un.
- Je sais ce qu'il fait dans la boîte de nuit, son oncle.
- Pourquoi tu ne l'as pas dit ?
- Parce qu'elle n'y serait jamais allée.
Un.
- Entendez-vous
ces cris joyeux ?
Entendez-vous
ces chants heureux ?
Chantons tous
Noël
Gloire au roi du ciel.
Orchestre.
Un.
Un.
- Par ici, madame, monsieur.
Pardon, madame.
Merci, monsieur.
Comme je vous le disais...
Vous m'écoutez ? -Je vous écoute.
- Cette petite, ma nièce,
dès que je l'ai eu prise en main, ça été le triomphe.
Je lui ai placé sa voix, je lui ai choisi un répertoire...
Depuis, le monde entier
est à ses pieds.
Londres, New York,
Stockholm, L'Amérique du Sud...
♪ oserais pas lui demander
de jouer ici. -Le melon.
-"Le melon." -Le melon !
- Pardon. Ah oui. Vous avez un physique de théâtre.
Si je vous prenais en main, je dirais à Ferdinand...
-"Ferdinand" ?
- C'est le directeur. Un vieil ami à moi.
- Alors, chasseur, vous vous occupez des clients ?
Si je vous y reprends, je vous fiche à la porte.
Mais non ! Il y a encore celui-ci.
Messieurs dames, suivez-moi.
Un.
- Bonjour, mon oncle. -Ah ! Ça, c'est extraordinaire.
Il n'y a pas 5 minutes, je parlais de toi.
Mademoiselle Lisa. Ma nièce.
- Enchantée. -Je suis fière de vous connaitre.
Votre oncle me racontait... -Ça va.
Il y a longtemps qu'on ne s'est pas vus. Excusez-nous.
Tu tombes bien. J'arrivais pas à en sortir.
À propos, comment la trouves-tu ? -Qui ça ?
- La petite, là. Elle est folle de moi.
Elle a complètement perdu la tête.
Alors, quoi de neuf?
Je savais que tu travaillais ici, mais je ne savais pas comme quoi.
Je pensais que tu pouvais me rendre service.
- Tout ce que tu voudras. J'ai les pleins pouvoirs.
On ne décide rien sans me consulter.
Je suis le bras droit du directeur. -C'est vrai ?
- Tout ce que tu voudras. Tu n'as qu'à demander.
- Tu sais, en ce moment, ça ne marche pas très fort pour moi.
Et puis... Tu connais mes camarades ? Les 9, quoi.
- Ah oui, oui ! -On n'a pas mangé depuis 2 jours.
- Ah oui.
- Oh non ! Je ne suis pas venue te demander de l'argent.
♪ étais venue voir
si c'était possible d'obtenir un engagement.
- Tu veux chanter ? Où ça ?
- Ici. -Ici ?
Quand ? -Ce soir.
- Oui... C'est possible. Je vais en parler au directeur.
Mais il faut passer dans mon bureau
pour que je sache ce que tu sais faire. Attends-moi.
Un.
Christine.
Viens. C'est par ici.
Un.
Ici, on va être tranquilles.
Un.
Eh ben ? Tu chantes pas ?
Tu ne la sais pas, celle-là ?
Oh, ça, c'est dommage. Elle est jolie.
Un.
Oh, pardon.
Alors qu'est-ce que tu vas me chanter ?
- Un refrain courait dans la rue. Qui courait dans la rue ?
- C'est le titre de ma chanson. -Je te préviens,
j'ai 5 minutes à t'accorder. Alors en vitesse.
Enfin... que je t'écoute un peu. -Ici ?
- Tu peux y aller. Tu ne gêneras personne.
Allez, vas-y.
Allez ! Allez !
- Dans un amour, il faut de la fierté
Savoir se taire, de la dignité
Pouvoir partir au bon moment
Cacher son mal en souriant... -Un chaud-froid, un !
- Qu'est-ce que tu dis ? -Mais... c'est les garçons.
- Ah oui. Allez, continue.
-...en souriant Et je me disais en marchant
Que j'avais su partir à temps...
- C'est gai ou triste, ton machin ?
- Je ne sais pas. Continue, on verra bien.
- Si mon cœur est désespéré...
- Ah, tu vois ? C'est triste, ton truc.
- Je ne sais plus si c'est triste ou gai.
Et puis je ne peux pas chanter sans musique.
L'accordéon, ça m'aiderait.
- Un accordéon ? Ben, si ça doit t'aider, attends...
Allez, vas-y.
- Eh ben, joue. -Moi ? Je sais pas jouer, moi.
Attends, j'ai une idée.
Attends-moi 5 minutes.
- Émile, ton poulet. -Merci.
Passe-moi un couvert, tu seras gentil.
- Et les chateaubriands, saignants ? -Bien cuits.
- Ma petite, j'ai trouvé quelqu'un.
Monsieur est 1er prix du Conservatoire.
Vous connaissez la musique ? -Si je connais la musique ?
Un petit peu. -Ma nièce.
- Enchantée. -Salut.
- Eh ben, dis-lui.
- Vous connaissez Un refrain courait dans la rue ?
- Vaguement. -"Vaguement."
- Dans quel ton tu chantes ça ? -Je sais pas.
On n'a pas pensé a ça.
Ben, chante-le-lui.
Christine fredonne.
Accordéon.
- C'est un 1er prix. Asseyez-vous.
Allez. Je t'écoute, ma petite.
- Dans un amour, il faut de la fierté...
- Stop ! Stop ! Un instant.
Dans quel costume vas-tu chanter ? -Avec ma robe.
- Tu n'as pas d'accessoires ? -Non.
- Il faut des accessoires. Enlève ton manteau.
On va trouver ça par là. Qu'est-ce que c'est ? Non, pas ça.
Des bijoux ! Voilà.
Donne-moi ton manteau.
Tiens. Mets ce bracelet, mets cette bague,
et moi, je vais te mettre un petit collier.
Ça donne de la ligne, de la dignité,
ça donne... de la classe.
Là, ça y est.
Tu ne te sens pas plus à ton aise ?
- Si. -Tu vois. Allons-y. 1, 2, 3.
- Dans un amour, il faut de la fierté Savoir se taire,
de la dignité Savoir partir au bon moment
Cacher son mal en souriant
Et je me disais en marchant
Que j'avais su partir à temps
Si mon cœur est désespéré
Il ne m'aura pas vue pleurer
Jazz.
Un.
- Ma robe est tachée de soleil...
un.
Un refrain courait dans la rue
Bousculant les passants
Il se faufilait dans la cohue
D'un petit air engageant
♪ étais sur son passage
Il s'arrêta devant moi
un.
Il y a de beaux garçons
Jette ton chagrin dans le ruisseau
Et tourne-lui le dos
Si cet air qui court dans la rue
Peut chasser VOS tourments
Alors entrez dans la cohue...
- Hé ! Le directeur!
Chut ! Le directeur.
- Oh ! Parle-lui, alors. -D'accord.
- Bravo, mademoiselle. Excellent.
Vous répétiez, je suppose ? J'aurai donc
le plaisir de vous applaudir
sur scène, tout à l'heure ?
Eh bien, j'en suis ravi.
Bonne chance. Et encore bravo.
- Merci...
L'orchestre joue une valse.
Un.
Bonsoir, monsieur.
Un.
- Les mendiants et les marchandes de fleurs, au large !
Plus de bavardage avec la fille du vestiaire ou je vous vire.
Quant à votre nièce, qu'elle repasse après les fêtes.
- Bien, M. le directeur. Merci, M. le directeur.
Je viens de voir le directeur. Il m'a dit...
- Inutile, j'ai tout entendu.
- Tu écoutes aux portes ? -Tu as été très gentil pour moi.
Tu as fait tout ce que tu pouvais. Merci.
Il faut que je parte. -Mais où veux-tu aller ?
Tu connais pas Ferdinand, enfin, le directeur.
Le vrai directeur, ici, c'est moi.
Pour le réveillon, il nous faut un long spectacle.
Tu vas m'attendre ici. Je te promets que tu chanteras ce soir.
- Je ne te crois pas, tu sais.
Mais pour te faire plaisir, je vais rester.
- Oui, pour me faire plaisir. Allez, à tout à l'heure.
Un.
Je te promets que tu chanteras ce soir.
Je te promets. Ce soir.
Ce soir.
Je te promets que tu chanteras ce soir.
Ce soir.
- Après les fêtes !
♪ ai dit "après les fêtes" !
♪ ai dit
"après les fêtes" !
♪ ai dit "après les fêtes" !
♪ ai dit "après les fêtes" !
Carillon.
Quelqu'un chante.
Un.
Une cloche sonne, sonne
Elle chante dans le vent
Obsédante et monotone
Elle redit aux vivants :
"Ne tremblez pas, cœurs fidèles
"Dieu vous fera signe un jour
"Vous trouverez sous Son aile Avec la vie éternelle
"L'éternité de l'amour !"
un.
Un.
- Avancez.
C'est pas possible ! Toi ici ? Déjà ?
- Mais où suis-je ? -Tu n'as donc pas vu ?
- Au paradis ? -Oui.
- Je suis au paradis ? -Eh oui.
- Mais toi, qu'est-ce que tu fais ?
- Je suis un modeste portier.
Chacun fait le métier pour lequel il était doué sur terre.
Moi, je suis le portier de la section parisienne du paradis.
- Mais alors je peux entrer ? -Naturellement.
Attends. Montre voir ce que tu tiens dans la main.
- Je tiens rien. -Montre-moi ça, je te prie.
Où as-tu eu ça ? -Je l'ai acheté.
- Non. C'est inutile de mentir, je sais que tu n'avais pas un sou.
- On me l'a donné par charité.
Un monsieur qui a compris que j'avais faim.
-"Par charité" ? -Oui.
- C'est bien sûr, ça ? -Oui.
- Attends, je vais voir.
Non, non, non ! Reste dehors.
Attends-moi là.
Mademoiselle Lisa ? -Oui ?
- Avez-vous le registre de Paris ? -Bien sûr.
- Quels sont les gestes de charité enregistrés ce soir
dans le 18e arrondissement ? -"Dans le 18e..."
- Oui. On va bien voir.
- Il y a des mendiants qui ont reçu des aumônes,
des étrennes... -Mais ça, ce sont des obligations.
- Rien d'autre. -C'est ce que je voulais savoir.
- Écoute. Je vais t'expliquer. J'avais tellement faim.
Et tous ces plateaux qui passaient...
C'était plus fort que moi, je l'ai chipé.
- Je dois donc t'interdire l'entrée. On veut pas de voleuses, ici.
- Pour une cuisse de poulet ? -Je veux pas avoir d'ennuis.
- Puisque j'ai tout avoué. -Le règlement, c'est le règlement.
- Bon. Alors tant pis.
Au revoir. -Au revoir.
Hé, attends !
Tu es tout de même ma nièce.
Qu'est-ce que je peux faire ? -Personne ne le saura.
- Ici-haut, tout se sait. -C'était la première fois.
- Et la dernière ? -Je te le jure.
- Ne jure pas ici ! -Je te le promets, alors.
- Bon. Allez, va jeter ça.
Bon. Va.
Musique.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? -C'est la porte qui grince.
Je te présente Mlle Lisa. Ma nièce.
- Je suis fière de vous connaitre. Oh, un appel. Excusez-moi.
- Tant pis, ce sera pour une autre fois.
♪ aurais voulu que vous fassiez connaissance.
Mlle Lisa est préposée à l'inter. Entre les différents paradis.
- Les différents... -Paradis, oui.
On peut même entrer en communication avec la Terre.
- Ah oui ? -Oui. Voilà la cabine.
Et regarde là-haut. On peut voir ce qui s'y passe.
- Ça, alors. -Oui, oui.
On n'y tient pas beaucoup, en ce moment.
C'est pas toujours drôle.
Surtout avec leurs Nations soi-disant unies.
Viens, on t'attend pour le spectacle. -Quel spectacle ?
- Le spectacle du réveillon.
- On réveillonne ici aussi ?
- Où d'autre, si ce n'est pas ici ? C'est ici qu'on l'a inventé.
Musique solennelle.
Un.
- Oui ? -Victor.
- Ce que c'est beau ! -Oui.
- On dirait le cabaret de tout à l'heure.
Est-ce possible que ce soit le même ? -Oui.
Pour toi, oui.
Tu comprends, à chacun son paradis.
Et ça, c'est le tien.
Un.
- Mais ce monsieur, c'est le même aussi.
- Ici, c'est Le monsieur.
Viens, je vais te conduire à lui.
- J'ai faim. -Tu mangeras après le spectacle.
À moins que Le monsieur t'offre quelque chose.
- Je n'oserai pas lui demander. -Le monsieur sait tout.
-"Tout" ? -Tout.
Tu l'appelleras "Excellence".
Un.
Excellence, ma nièce.
- Bonjour, Christine. -Bonjour, Excellence.
Comment allez-vous ?
- Vous arrivez un peu tard. Nous avons déjà fini de dîner.
♪ espère que vous pourrez attendre la fin du spectacle.
- J'ai pas faim du tout. -Mais si, voyons.
Vous venez de vous en plaindre à Victor.
- Là-bas ? -Oui.
- Ah oui, vous savez tout.
- J'ai pensé que cette petite collation vous aiderait à patienter.
-"Cette petite collation" ? Quelle collation ?
- Vous ne mangez pas, Christine ?
- Mais... c'est un miracle.
- Mais non. C'est ainsi qu'on fait le service, ici.
Un miracle, c'est la réalisation de ce qu'on désire le plus.
Y a-t-il une chose que vous désirez plus que tout ?
- Oui, mais j'oserai pas vous le dire.
- Vous n'avez pas besoin de me le dire. Je le sais.
- Ben oui, c'est vrai, vous savez tout.
- Eh bien, Christine, vous l'aurez, votre miracle.
- Dommage.
- Pourquoi ?
- Parce que c'est pas ici que j'en avais besoin,
c'est en bas.
Je vais vous faire une confidence.
C'est peut-être un péché, mais je suis un peu superstitieuse.
Voilà...
♪ avais un porte-bonheur et je l'ai donné à un...
- À un ami. À Jean-Louis.
- J'ai rien à vous expliquer, puisque vous savez tout.
- Ne vous fâchez pas. J'aime bien que vous m'expliquiez.
Vous savez, je ne vous connais que de très loin.
- Ben oui, évidemment.
Alors voilà, ce porte-bonheur, j'en avais fait cadeau à Jean-Louis.
Ce soir, je le lui ai redemandé.
♪ en avais besoin justement pour qu'il me porte bonheur.
Malheureusement, je l'ai perdu et tout a raté.
Vous le savez, d'ailleurs.
- Vous le retrouverez, votre porte-bonheur,
plus tard.
Le spectacle va commencer.
- Chic, alors !
- Eh bien, Christine, c'est à vous.
- Qu'est-ce qui est à moi ?
- Vous allez bien nous chanter quelque chose.
- Moi ? Moi, chanter devant ces...
Ce sont des anges, non ? -Oui. Pourquoi pas ?
- Il y a confusion.
- Ne soyez pas comme ces vedettes qui se font prier.
- Je suis navrée de vous contrarier,
mais pensez que déjà sur la Terre mes chansons ne plaisaient pas.
Ici, qu'est-ce que ce serait ? -L'excès de modestie aussi
est un péché. -Non, non et non !
- Ne nous faites pas attendre. -Vous l'aurez voulu.
- Christine, vous n'avez pas besoin de cet accoutrement.
Vous avez du caractère, profitez-en.
La simplicité, vous comprenez ?
Vous serez très bien. Je le sais.
- Vous le savez ? Ah, ben oui, c'est vrai que vous savez.
Ben, alors j'y vais.
♪ ai le trac, tout de même.
♪ ai pas mes musiques.
Jazz.
Un.
Du temps de votre vie
Vous vous appeliez Sophie
Et vous étiez jolie
Mademoiselle Sophie
Oh, Sophie, Sophie Ne vivant que pour lui
Vous laissiez vos amis
Pour ne penser qu'à lui
Mais il n'a pas compris
Un jour, il est parti
Oh, mademoiselle Sophie
Adieu, la fantaisie Adieu, votre folie
Vous n'aimiez plus la vie
Mademoiselle Sophie
Un triste soir de pluie
Donna à Dieu l'envie
De vous prendre la vie
Mademoiselle Sophie
Oh, Sophie, Sophie Mais que vous a-t-il pris
De nous quitter ainsi
Sans nous avoir rien dit
Laissant tous vos amis ?
Vous avez tué la vie
Oh, mademoiselle Sophie
Du temps de votre vie
Vous vous appeliez Sophie
Et vous étiez Oh, vous étiez jolie
Mademoiselle...
Sophie !
Un.
Applaudissements.
Un.
- Bravo, Christine. Vous avez été admirable.
Je vous avais dit que vous seriez très bien.
Je le savais. -Merci, Excellence.
- C'est moi qui vous remercie d'avoir prêté votre concours
à notre petite soirée.
À tout à l'heure.
- Bravo ! -Bravo !
- Ah, c'est trop beau.
Comme un rêve.
Oh oui, c'est un rêve.
Oh, mon Dieu, faites qu'il dure encore un petit peu.
Faites que je ne me réveille pas tout de suite.
Oh, merci.
Un.
- Bon appétit.
Mais oui.
- Non. Je ne peux rien avaler. -Tu n'aimes pas la cuisine d'ici ?
- Si. -Alors quoi ? Tu mourais de faim.
- Je vais t'expliquer. J'ai laissé des camarades en bas.
- Comme nous tous. -Laisse-moi finir.
Ils n'ont rien mangé et ils comptent sur moi ce soir.
- Que veux-tu que j'y fasse ? -Je ne mangerai pas seule.
- On ne va pas les faire venir ici. -Pourquoi pas ? Oh, une demi-heure.
On n'est pas à un miracle près.
- On n'aurait jamais vu ça. Et c'est interdit par le règlement.
- Alors je ne mangerai rien, mais rien du tout.
- Et si tu demandais au monsieur ? -Je n'oserai jamais.
Et si on essayait nous-mêmes ?
Il sait tout. Si ça ne marche pas, c'est qu'il ne veut pas.
- Il sait tout. Si ça ne marche pas, c'est qu'il ne veut pas.
C'est logique. Mais ce n'est pas régulier du tout.
- Mais c'est logique.
- Mais Lisa ne nous donnera jamais la communication.
- C'est à toi de t'arranger. Elle t'aime.
- Où as-tu été chercher ça ? -Sur la Terre, tu l'aimes.
Je suppose qu'ici, elle t'aime. À chacun son paradis.
C'est toi qui me l'as dit.
- Lisa, aimer un vieux bonhomme comme moi ?
Il faut être logique, tout de même. -Oui.
Laisse-moi faire.
Mademoiselle, puis-je avoir une communication avec la Terre ?
- Vous avez l'autorisation ? - L'autorisation ? Oui.
- De qui ? -De... de lui, évidemment.
- Christine... (-Laisse-moi faire.)
Ils n'ont pas le téléphone. -Allons-nous-en.
- Quelle adresse ?
-33, rue Lepic, chambre 27 bis.
-"33, rue Lepic, chambre 27 bis."
Ça sera pas facile, d'avoir la Terre.
On n'a pas assez de lignes.
Les gens communiquent avec le ciel.
Surtout les gosses avec le Père Noël.
La chambre 27 bis est occupée.
- Impossible. Ils n'ont pas le téléphone.
- On va voir.
Douce Nuit
un.
*-Dieu que j'ai faim.
*-Ils auraient pu penser à nous, là-haut.
- Tu vois ?
- Oui, oui.
*-Le soir du réveillon. *-T'as pas fini de te lamenter ?
*-Mais c'est vrai.
- C'est libre. Voulez-vous prendre la cabine ?
Paroles inaudibles.
- Qu'est-ce qu'on va prendre !
Un.
- Tu crois que ça va être long ? -Si ça marche, tout de suite.
Brouhaha.
Un.
- Voyons. Vous savez pas où on est ? -NON.
- Au paradis. -AU PARADIS ?
- Venez. Je vais faire les présentations.
C'est mon oncle Victor. -BONJOUR.
- Et ça, c'est Lisa. -BONJOUR.
- Je suis Jean-Louis. -Moi, Fred.
- Et moi, Jo. -Moi, Paul, et voilà Albert.
- Je te remercie. Mais je n'ai plus besoin de tes services.
Je suis Albert. Heureux de faire votre connaissance.
- Il ne bafouille plus. -Justement.
Depuis le temps que je n'arrive pas à prononcer 3 mots,
j'ai pris du retard. Alors vous allez m'entendre parler.
- À chacun son paradis.
- Messieurs, allez-vous-en.
- Je suis Marc. -Guy.
- Ça recommence. -Et moi, Gérard.
- Oui. C'est exactement comme ça que je m'imaginais un ange.
- Bonjour. -Bonjour, mademoiselle.
Grondement.
- C'était quoi ?
- On entend le tonnerre quand il y a un coup de foudre dans le ciel.
- Ben, oui Un coup de foudre, c'est ça.
- Messieurs, ne restez pas ici.
- Suivez-moi, mais faites doucement.
- Quelle histoire.
Cris d'émerveillement.
Les garçons parlent tous en même temps.
Un.
- Dites donc,
il y a une scène, par là. Si on répétait notre numéro ?
- Dans notre village autrefois
Un ours énorme dévastait le bois
IL FAISAIT PEUR AUX BÛCHERONS
ET DU BERGER MANGEAIT TOUS LES MOUTONS
LE MAIRE ET MONSIEUR LE CURÉ
DIRENT EN COLÈRE : "CELA NE PEUT DURER
"CET OURS NOUS ENLÈVE TOUT REPOS
"AVANT 8 JOURS, IL FAUT AVOIR SA PEAU"
ON PARTIT DONC DE BON MATIN
DANS LA FORÊT QUI SENTAIT BON LE PIN
un.
NOUS AVONS MARCHÉ TOUT LE JOUR...
- Puisque je vous ai laissé faire, écoutons-les.
Faites lever le rideau. -Oui, Excellence.
- POURTANT, À LA TOMBÉE DE LA NUIT DANS UN SENTIER...
ON VOIT SON ŒIL QUI LUIT
ET PAN ! VOILÀ MONSIEUR LE CURÉ QUI MET EN JOUE
ET S'EN EST BIEN TIRÉ
- Mais l'ours qui n'était que blessé
Tout étourdi roula dans le fossé
- ON L'EMPORTA LA MAISON
ET DANS LA CAVE ON LE MIT EN PRISON
- Réjouissances au village.
Un.
Et l'histoire continue.
- DEPUIS CE JOUR, APPRIVOISÉ L'OURS PAS MÉCHANT
JOYEUX ET BIEN RASÉ
- Se charge d'un tas de travaux
- À la fontaine Il va quérir de l'eau
- Il sait conduire le tracteur
- Au nouvel an, il aide le facteur
- POUR LA DISTRIBUTION DES PRIX
- Oui, mes amis
C'est son discours Qui fut le mieux compris
Applaudissements.
LA LA LA LA LA...
un.
- Et voici la moralité.
- DEPUIS QU'IL SIÈGE AU TRIBUNAL
ON S'APERÇOIT QUE ÇA NE VA PAS PLUS MAL
TOUT MARCHE MIEUX LA MAIRIE
AH, S'ILS AVAIENT LE MÊME OURS À PARIS.
Applaudissements.
Un.
Un.
- Tout est ma faute.
Victor et Lisa protestent.
- Taisez-vous !
Taisez-vous !
Tout est ma faute.
Mais un soir de Noël,
je ne pouvais pas les laisser affamés.
Alors je les ai fait monter.
Et puis, comme vous savez tout,
j'ai pensé que si ça marchait, c'est que vous le vouliez.
Je n'essaie pas de me justifier, je suis coupable.
♪ ai forcé Victor.
Ne nie pas que j'ai menti à Lisa. N'est-ce pas ?
Pour l'autorisation.
Vous voyez, Excellence, tout est vraiment ma faute.
- Je vois, Christine.
Vous êtes une brave fille et une providence pour vos camarades.
- BRAVO !
BRAVO !
- D'ailleurs, une bonté comme la vôtre
est assez rare, dans la vie.
Promettez-moi de continuer ainsi quand vous serez
de retour sur Terre. - "De retour sur Terre" ?
Vous me mettez à la porte ?
Excellence, puis-je rester ? Je vous en prie.
- Je vous répondrai plus tard.
Lisa, il faut toujours voir l'autorisation
et ne pas abandonner le standard
aux heures de service.
- Oui.
- Même pour une raison aussi impérative
que la vôtre.
Victor, vous avez agi contre le règlement.
Il faudra être plus strict dans les siècles à venir.
Autre chose. Aviez-vous vérifié si Christine avait
la permission d'entrer et avait quitté
définitivement la Terre ?
- Non, Excellence.
- C'est votre réponse, Christine.
Votre place n'est pas ici.
Pas encore.
Vous devez retourner sur Terre quelque temps.
Vous reviendrez un jour, plus tard.
- Je m'en doutais un peu.
Tout à l'heure, j'avais l'impression que tout ça n'était qu'un rêve.
Excellence, vous ne pouvez pas faire une exception ?
Une toute petite exception.
Tout est si triste, en bas.
On a souvent faim ou froid.
Et la vie est si difficile à vivre.
Il faut être calé, pour se débrouiller.
Mais c'est surtout pour chanter. Personne ne veut m'écouter.
Tandis qu'ici... Vous avez bien vu, tout à l'heure.
- Oui, je sais. Mais vous verrez, Christine,
tout ira mieux à présent. Et ce jeune homme vous aidera.
Vous vous aimez.
- On aurait tellement voulu rester, tous les deux.
- Je regrette, Christine.
Là, mon pouvoir s'arrête.
Je ne fais qu'obéir, moi aussi, à des ordres supérieurs.
Votre présence ici était un rêve...
et tout rêve a son réveil.
- Quel dommage. J'aurais tellement voulu rester.
Quel dommage.
♪ aurais tellement voulu rester.
- Pour quoi faire ? Il n'y a plus que nous. On ferme.
Dépêche-toi. Prends tes affaires. On s'en va.
Allez, allez.
- Pourquoi veux-tu qu'on parte ? -On ferme.
- Mais tu m'avais promis.
- Je t'expliquerai ça demain. J'irai chez toi.
Ou viens ici. Je sais pas où t'habites.
- Et mon tour de chant ? Je ne m'en irai pas avant.
- On t'a cherchée partout, on ne t'a pas trouvée.
- C'est des histoires. Je te crois pas.
- Promis, tu chanteras une autre fois.
Tu vas pas chanter devant des tables vides.
Grouille-toi.
Je suis pressé. J'ai rendez-vous avec la petite.
- La vestiaire ? -Oui.
Elle a tellement insisté. J'ai pas pu dire non.
- Un vieux comme toi avec Lisa. Il faut être logique, tout de même.
- Oh, dis ! Bonsoir.
Un.
- Bonsoir. -Bonne nuit, mademoiselle.
Un.
- Ah g
- Oh, un peu de silence.
On n'a rien à bouffer. Laisse-nous dormir.
- Je me suis fait mal.
- Pauvre gosse.
- Merci. T'es un brave type.
- Imbécile. C'est pas à toi que je parle.
Je pensais à Christine.
- C'est idiot.
- Parfaitement. Si ça n'avait pas marché, elle serait rentrée.
- C'est ridicule. -Oui.
Si ça avait marché, elle serait déjà revenue.
- Elle n'a pas osé, c'est tout.
- C'est incroyable ! -Oui, c'est incroyable !
Personne ne pense à Christine.
Elle n'a pas dû bouffer non plus.
Il marmonne.
- Évidemment. -"Évidemment" quoi ?
- Ça n'aura pas marché pour elle. -POURQUOI ?
- Car je sais ce que fait son oncle. Ça vous intéresse pas de savoir ?
- Je te l'ai demandé 3 fois, tu me l'as pas dit.
- Il est portier. -Pauvre type.
- C'est un drôle de métier.
Ça peut gagner combien, avec les pourboires et tout ?
- Qu'est-ce que tu dis ? -Ça fait 1 heure que je vous le dis.
- Son oncle ne peut rien faire pour elle.
Nous, on avait un numéro, mais on renvoie les amateurs.
- L'appelle pas "amateur".
- C'est pas parce que tu es amoureux que tu vas jouer au chevalier.
- Et voici l'attraction la plus formidable de cette année.
Vous avez le privilège d'assister à la découverte d'Albert le rouquin.
Albert le rouquin, l'homme qui marche sur les mains,
qui voit le monde à l'envers, ce qui est un avantage.
N'oubliez pas, à la fin, que tout plaisir se paye.
T'en penses quoi ?
- Oui.
- À Noël, ça se défend. -Les rues sont pleines.
- Par groupes, on se débrouillera. -On pourrait essayer.
- Je te fais voir la suite.
Le moment est venu d'admirer l'homme
qui défie les lois de la pesanteur.
-"12 assiettes intactes..."
-2 assiettes légèrement usagées.
-"2 assiettes légèrement usagées."
- Hubert, combien as-tu de chemises ? -Trois. Pourquoi ?
- Marque : une chemise col 39. -Que se passe-t-il ?
- C'est le seul moyen de trouver de l'argent.
Le mont-de-piété. Pas besoin de talent.
- Guy, un pinceau et 10 tubes de couleur ?
- Et ma publicité ? Vous êtes fous ? -On s'en moque.
- Arrêtez. Nous sommes à l'aube du 25 décembre. Le jour se lève.
- Quel poète.
- Tous les établissements commerciaux sont fermés jusqu'au 26.
C'est inutile. -Tant mieux.
- C'est dommage.
- Qu'est-ce qu'on va faire ? -On va se coucher.
- Et Christine ? Si elle n'est pas là, c'est qu'elle a un problème.
Il faut aller la chercher. Où est cette boîte ?
- À Montmartre. -Mais où ?
- Montmartre. -Montmartre ?
On trouvera. On y va ?
- Mais ça va pas ?
- Vous venez, oui ou non ?
Eh ben, tant pis. J'y vais seul.
Il descend l'escalier.
Un.
Christine chantonne La Vie en rose.
un.
- Eh ben, Excellence ? Et mon miracle ?
Je sais pas si vous m'entendez ou si vos lignes sont surchargées,
mais ça vient pas vite, vos miracles.
Et le porte-bonheur que j'ai perdu et que je devais retrouver ?
Mais c'est pas ici que je l'ai perdu.
Alors c'est pas ici que je peux le retrouver.
C'est...
- Une autre.
- Qu'est-ce qu'il fabrique ? -Rien à faire.
Il ne veut rien savoir. -Vous lui avez dit qu'on fermait ?
- Oui. Il a commandé du champagne. -Mais enfin...
Il ne va pas coucher ici. -Je ne sais pas.
Il dit qu'il partira pas avant que la petite ait chanté.
'Qui ça ?
Victor ! -M. le directeur ?
- Et la petite dont vous parliez ?
- Ma nièce ? -Oui. Elle est encore là ?
- J'ai fait le nécessaire. Elle est partie.
- Allez la chercher immédiatement. -Bien. Ma nièce ?
- Faites ce que je vous dis.
- Mais je ne sais pas où elle habite.
- Ramenez-la ou je vous vire.
- Bien, M. le directeur.
- Vous cherchez quelque chose ?
- Oh, vous êtes gentille.
Je croyais l'avoir perdu ici.
Ce n'est qu'un petit fétiche, mais j'y tenais.
♪ ai dû me tromper. Ça ne fait rien.
Rebonsoir. Bonsoir.
- Hé ! Allez, viens !
Dépêche-toi. J'ai tout arrangé.
Chose promise, chose due. Ça va être à toi dans 2 minutes.
- Mais tu m'as dit...
- Tu m'as demandé de chanter, tu vas chanter.
- La salle est vide. -N'empêche qu'elle te réclame. Viens.
- Il n'y a pas de musique. -Tu penses, à cette heure-ci !
Mais dépêche-toi, voyons !
- Mais qu'est-ce que tu fais ? -Je me prépare.
- Allez, donne-moi ton manteau.
- Tiens. -Merci.
- Tiens. -Tu enlèves tes bijoux ?
Mais ça te donne du style, de la classe...
- Plus besoin. La simplicité, tu comprends ?
- Oui, oh... Ce que je veux, c'est qu'on en finisse.
Un.
- Monsieur...
Vous pourriez pas m'accompagner ? -Tu as vu l'heure qu'il est ?
Vise ça un petit peu.
T'as vu celle-là ?
Un.
- Il était une amoureuse
Qui vivait sans être heureuse
Son amant ne l'aimait pas
C'est drôle, mais c'était comme ça
Elle courut à la fontaine
Afin d'y noyer sa peine
Et tout le diable et son train
La poussaient dans le chemin
C'est pour ça
Que l'amour pleurait dans son coin
C'est pour ça
Que le ciel n'y comprenait rien
Les jours de lumière
Les mots des prières
Tous en procession
Lui faisaient escorte Mais la fille est morte
En criant : "Pardon."
- C'est pour ça
Que l'amour pleurait
Dans son coin
C'est pour ça
Que le ciel n'y comprenait rien
- Toutes les fleurs se fanèrent
Et la nuit couvrit la Terre
Pour chanter le dernier jour
De cette morte d'amour
Échappés du noir manège
Les mal-aimés en cortège
Partent essayer d'empêcher
Le soleil de se lever
- C'est pour ça
Que l'amour n'avait plus d'amis
C'est pour ça
Que le ciel cherchait un abri
- Les jeux et les rondes Toutes les joies du monde
voulaient s'en aller
Et le cœur des hommes Tout pourri d'automne
Allait se faner
- C'est pour ça
Que l'amour n'avait plus d'amis
C'est pour ça
Que le ciel cherchait un abri
- Mais voilà que ma légende
Va danser sous les guirlandes
Ça ne pouvait pas durer
l'amour a tout arrangé
Et depuis, c'est lui qui chante
Tant pis pour qui se tourmente
Vous pouvez toujours pleurer
Il est plus fort à chanter
- C'est pour ça
qu'on entend les accordéons
C'est pour ça
Que la rue éclate en chansons
- Le chagrin des âmes Dans tout ce vacarme
On ne l'entend plus
l'amour, c'est la fête Et chacun s'y jette
À cœur que veux-tu
- C'EST POUR ÇA
QU'ON ENTEND LES ACCORDÉONS
C'EST POUR ÇA
QUE LA RUE ÉCLATE EN CHANSONS.
Applaudissements.
- Mais alors, qu'est-ce que tu as fait...
Tous parlent en même temps.
- J'ai envie de vous renvoyer.
- Merci. Pourquoi, M. le directeur ?
- Quand on connaît un talent comme ça, on le dit.
- Voilà. Je vous présente mes neuf camarades.
- Messieurs.
Mais...
Mais je n'en vois que huit.
- Qui est-ce qui manque ? -HUBERT.
- Hubert ? Zut ! C'est justement lui dont j'avais besoin.
- Pourquoi ? -J'ai quelqu'un à lui présenter.
- Trop tard. Il a une de ces touches...
avec la fille du vestiaire.
-"Du vestiaire" ? -Du vestiaire.
C'était un coup de foudre, alors. Un vrai de vrai.
- Mais comment le sais-tu ? Tu étais là-haut.
- C'est là-haut que je les ai présentés.
-"Là-haut" ?
- Pardon. -Victor...
- J'ai quelque chose à faire, moi. -Victor !
- Oui. Évidemment, tu as raison.
Un vieux bonhomme comme moi... Il faut être logique, tout de même.
Ça va, je m'en vais.
Je m'en vais par la porte de service.
- Mademoiselle, messieurs, puis-je vous offrir un petit souper ?
- Mais avec joie !
- Maître d'hôtel, dites au chef de préparer un souper.
- Bien, M. le directeur.
- Vous permettez ?
- Bien sûr.
- Mademoiselle, messieurs, j'aime ce que vous faites
et je serais heureux de vous compter parmi mes attractions.
- Je vous demande pardon. Il faudrait étudier la question.
- Mais disons pour le 1er janvier.
-1er janvier... Ce n'est pas possible.
Nous sommes sous contrat, et un contrat très important.
- Tous ? -Oui, tous.
- Pas la petite. -Non, pas la petite.
- Est-ce que vous êtes également soliste ?
- Je crois.
- Tu pourrais faire l'affaire, en attendant que nous soyons libres.
Sûrement.
- C'est une idée. Montre-leur ce que tu peux faire sans nous.
- Moi aussi, mademoiselle, j'aimerais beaucoup vous entendre.
Un.
- La Vie en rose. - Merci, mademoiselle.
Un.
- Des yeux qui font baisser les miens
Un rire qui se perd sur sa bouche
Voilà le portrait sans retouche
De l'homme auquel j'appartiens
Quand il me prend dans ses bras
Qu'il me parle tout bas
Je vois la vie en rose
Il me dit des mots d'amour
Des mots de tous les jours
Et ça me fait quelque chose
Il est entré dans mon cœur
Une part de bonheur
Et "en connais la cause J
C'est toi pour moi Moi pour toi
Dans la vie
Tu me l'as dit, l'as juré
Pour la vie
Et dès que je t'aperçois
Alors je sens en moi
Mon cœur qui bat
Des nuits d'amour à plus finir
Un grand bonheur qui prend sa place
Les ennuis, les chagrins s'effacent
Heureux, heureux
À en mourir
Quand il me prend dans ses bras
Qu'il me parle tout bas
Je vois la vie en rose
Il me dit des mots d'amour
Des mots de tous les jours
Et ça me fait quelque chose
Il est entré dans mon cœur
Une part de bonheur
Et "en connais la cause J
C'est toi pour moi Moi pour toi
Dans la vie
Tu me l'as dit, l'as juré
Pour la vie
Et dès que je t'aperçois
Alors je sens en moi
Mon cœur qui bat
La la la...
un.
Où est-il ? -Qui ?
- Le monsieur. -Je ne sais pas.
Un.
- Je l'avais perdu tout à l'heure.
- Quoi ? Ton porte-bonheur ? -Oui. Là, dans l'entrée.
Et maintenant, je sais. Il a tout entendu.
- Qui ? -L'Excellence.
Enfin, je veux dire "Le monsieur".
Les garçons parlent en même temps.
Un.
- Tout est payé, même le champagne. -On débute le 1er au cabaret.
- Parfaitement. On reste ici. -Il marmonne.
- Qu'est-ce qu'il dit, lui ? -De vous laisser seuls.
- Ça va, on s'en fiche. On vous laisse seuls.
- Il me l'avait dit, que je l'aurais, mon miracle.
- Pauvre petite fille. Tu es fatiguée. Tu vas aller te reposer.
Et tu verras comme tout ira mieux pour nous, à présent.
- Ça aussi, il me l'a dit.
À chacun son paradis.
*Édith Piaf : C'est pour ça.
un.
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