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LE PÉTOMANE
Réalisation PASQUALE FESTA CAMPANILE
Joseph Pujol était un grand artiste, une gloire du théâtre français léger.
A tel point que la rue où il est né à Marseille le 1er juin 1857,
comme vous pouvez le constater, porte son nom : Joseph Pujol.
Sa carrière triomphale s'est déroulée à Paris au carrefour de deux siècles.
Pour avoir une idée de ses succès, ses gains peuvent être comparés
à ceux d'autres artistes célèbres actifs dans la capitale dans les mêmes années.
Sarah Bernhardt était payée 8000 francs par nuit
Lucien Guitry, Bobousse et la Grande Compagnie de Variété,
respectivement 6500, 7000 et 6000 francs par soir.
Joseph Pujol, seul, ici au Moulin Rouge, au Jardin de l'éléphant,
réalisait des records de 20000 francs par spectacle.
Le type, l'intensité, je dirais même la violence, du succès de Pujol était inégalé.
Par ici messieurs, entrez, madame.
Comme vous pouvez le voir, l'endroit était bondé de sièges en tous genres.
Un public très varié, composé de nobles, d'intellectuels,
de politiciens, d'employés de bureau, de commerçants,
avec une majorité constante de femmes,
se pressait chaque soir en attendant avec excitation l'entrée en scène de Pujol.
Une grande partie du mérite revient aussi à George Ziedler,
le célèbre impresario du Moulin,
qui, avec une intuition heureuse, l'avait fait passer de la province aux lumières de la capitale.
Ce sont les 5 enfants de Pujol, le père leur a donné une éducation musicale complète.
Ils sont déjà dans la fosse d'orchestre.
Avant que la représentation ne commence, je vous demande de considérer ce personnage
pour ce qu'il est vraiment :
un phénomène. Un phénomène unique et irremplaçable.
Mesdames et messieurs, j'ai le plaisir de vous présenter un spectacle de...
pétomanie.
Excusez-moi, je m'éclaircis un peu la voix.
C'est fait, je suis un peu enroué.
Pétomane...
est celui qui peut émettre de l'air à sa guise et à son gré,
évidemment sans perturber l'odorat des autres.
Si le monsieur veut venir ici pour vérifier...
- Non, non, non... - Peu importe. Peut-être la dame ?
Non ? Vous non plus ?
Eh bien, ça veut dire que vous me croyez sur parole.
Je commencerai alors par un bref exposé sur les différents styles.
Ouais, parce que les pets ne sont pas tous les mêmes, vous savez ?
Non.
Une personne distraite et superficielle pourrait penser
qu'il s'agit simplement de ça :
Non : chaque pet a sa personnalité, sa psychologie.
Son bruit... social.
Disons que...
le pet nous ressemble un peu.
C'est comme notre âme.
Voici donc à quoi ressemblerait celui d'un noble gentleman :
un pet aristocratique et élégant.
Par contre, celui d'un humble garçon de gare est comme ça :
grossier, naturel, ordinaire.
Un bègue :
Celui du cardinal,
influencé par l'austérité des nefs d'une cathédrale :
Un jeune marié lors de sa première nuit de noces :
Le jour suivant :
Quelques années plus tard :
Un lieutenant général :
Un gentleman qui en lâche une dans un tram et accuse quelqu'un d'autre.
Et en plus, il s'indigne :
Un gentleman pressé et distrait les perd tous en chemin :
Il arrête un gros monsieur et lui dit :
Vous avez beaucoup de monnaie, pourquoi ne pas l'échanger contre ce gros billet ?
Une dame qui essaie de les cacher avec des quintes de toux, un classique :
À toi, le boulanger :
Et voilà
Malheureusement, nous pensons parfois avoir fait une chose,
mais nous en avons fait une autre :
Faites-lui de l'air, s'il vous plaît !
Pardon, s'il vous plaît.
Très bien, Lucien, comme toujours, très bien.
Toi par contre, fais attention : avec la flûte mon pizzicato en souffre.
Toi aussi, plus doux Antoine.
Ton violon me fait gaspiller deux fois plus d'air.
Tu dois être plus gracieux.
- Nous avons besoin de répéter cela. - D'accord.
Mettez-le à l'ordre du jour.
- Ah, Baptiste, 3 francs d'amende. - Pourquoi ?
Il faut lubrifier la buse, je la mets dans mon cul.
Il faut de l'huile, de l'huile !
5 francs d'amende !
- Une abrasion et on est tous dans la merde. - Michel, viens, je dois te parler.
Michel, qu'est-ce qui ne va pas chez toi ?
Je t'entends jouer sans conviction, sans enthousiasme. Je ne comprends pas.
La fin de la Rhapsodie hongroise ressemblait à une marche funèbre.
- Michel, quelque chose ne va pas ? - Rien.
- Excusez-moi, Pujol. - Allez-y !
- Ah, Baron, entrez. - Je peux ?
Mon fils Michel.
- Montesquiou de Secondat. - Avez-vous apprécié le spectacle ?
Beaucoup, Pujol, beaucoup.
Je voulais vous dire que j'ai une invitation très importante pour vous.
Je suis désolé, mais après le spectacle, je veux juste rentrer chez moi.
Vous êtes sûr ? Pas même le salon de Misia Edward ?
Misia Edward ?
Cette soirée réunit les personnalités les plus connues de Paris.
- Il y a aussi Tamagno. - D'accord, j'accepte l'invitation.
Bien Pujol. Je vous attends dans le hall.
Vous avez entendu ? Misia Edward, Tamagno.
Tu es sûr de vouloir accepter ?
Pourquoi pas ? J'attends cette opportunité depuis des années.
Tu ne comprends pas que c'est une revanche pour moi ?
Quelle voix incroyable !
Voici monsieur Pujol. C'est le seul qui manquait dans votre salon.
Madame Misia Edward.
- Merci d'être venu. - C'est un honneur.
Vous trouverez ici de nombreux admirateurs à vous. Je suis la première.
Bien que je ne le connaisse que par sa renommée.
N'importe qui pourrait être Anatole France, Ravel ou un autre de mes invités ce soir.
Des gens avec du talent, de l'ingéniosité, mais vous êtes unique.
Je suis Paganini et en même temps son Stradivarius.
Unique et modeste, j'aime ça.
Mademoiselle Rejane de la Comédie-Française.
Le comte Bruni de Castellana.
Courteline le dramaturge.
Paul Claudel. Le maître... Pujol.
Maître, n'exagérons pas. Vous me mettez mal à l'aise.
Espérons que ce ne soit pas au niveau intestinal.
Voulez-vous, comme Tamagno, jouer l'Esultate pour nous, Pujol ?
Mais non, sa spécialité n'est pas le Do de pet.
Misia, tu y es enfin arrivée.
Je vous présente Sacha Guitry et le maître Erik Satie.
Mieux vaut ne pas dire "quel changement d'air".
Nous aimerions le convaincre de nous faire écouter quelque chose.
J'ai déjà fait 2 spectacles, madame.
- Aphonique ? - Bébé, n'insiste pas.
- Pas mal, "aphonique". - Peut-être plus tard.
Francesco Tamagno, à la Scala de de Milan, a émis un son si aiguë qu'il a cassé une lampe.
- Avez-vous déjà cassé quelque chose ? - Bien sûr, 4 pots de chambre !
Les blagues de vos comédies sont beaucoup plus élégantes, M. Courteline.
Vous l'avez cherché, cher Courteline !
- Un verre de champagne, cher ami ? - Oui, je ferais mieux. Merci.
Ignorez-les.
Ils sont toujours très arrogants.
Oui, mais c'est fatigant.
Je vois que vous n'avez pas peur de m'offrir une boisson gazeuse, monsieur...
Schönberg.
- Le grand dodécaphonisme ? - Appelez-moi Arnold.
- Vous êtes aussi un dodécaphoniste, n'est-ce pas ? - Ils me considèrent plus comme un cacophoniste.
- André Gide a très envie de vous rencontrer. - Nous sommes des missionnaires.
C'est nous qui apportons le scandale.
L'aérophagie est le tabou que vous avez choisi de briser.
Le mien... est plus douloureux.
Au revoir. Et venez me voir.
- Misia! - Excusez-moi.
Douloureux ?
Que voulait-il dire ?
Il semble que le fait de briser un tabou fasse très mal.
Si vous allez le voir, faites attention à vos cordes vocales.
- Il est occupé tous les mardis après-midi. - Je le sais chérie.
Madame, votre sac.
Nous nous sommes mis sur la ligne de tir. Espérons qu'il soit déchargé.
Nous parlions des racines culturelles de son art.
Peut-être Dante Alighieri. Connaissez-vous le De vulgari eloquentia ?
Non, ce n'est pas moi qui suis vulgaire.
C'est vous qui êtes vulgaires.
Je profite juste de votre vulgarité.
Vous faites la queue au guichet pour venir me voir.
Merci pour l'hospitalité.
Monsieur Pujol !
Je suis vraiment désolée. Ne partez pas, je vous en supplie.
Vos amis ne m'aiment pas.
Ou plutôt, ce sont vos amis que je ne m'aiment pas.
Ils ne sont pas toujours si envieux. Ne leur donnez pas satisfaction.
Retournez à l'intérieur.
Et donnez-nous un aperçu de votre art.
Faites-le pour moi, je n'ai pas eu l'occasion de vous écouter.
Je vous offrirai 2 places au Moulin Rouge.
Mon mari ne veut pas m'accompagner, s'il vous plaît.
Désolé. Je ne fais ces choses qu'au théâtre.
Ou dans la plus grande intimité.
Cette deuxième hypothèse pourrait être envisagée.
Laissez, je ne monte pas. Je préfère marcher un peu.
Toi aussi !
- Bonjour. - Bonjour.
Marc, Lucien, Louis, Antoine, Michel ! Les garçons, petit-déjeuner !
- Qu'est ce que c'est? - Plus de livres.
Met ça là.
Apporte-lui son café. Il le boit seul aujourd'hui, aussi.
- Ça ne lui ressemble même pas. - Mais qu'est-ce qui ne va pas avec mon frère ?
Boh ! Et je voulais lui acheter une voiture.
- Bonjour. - Bonjour.
- Bonjour ma tante. - Bonjour.
Désolé, je m'entraînais.
- Mais colle bien cette perruque. - Le café.
Merci.
Le courrier est arrivé ?
Pas mal, hein ?
Il y a 300 grammes de lettres.
Au bureau, il y aura 300 grammes de plus.
En moyenne, c'est une livre de lettres d'admirateurs par semaine.
Bien. La moralité dans les arts. Je l'attendais, tant mieux.
Oh Voilà !
Elle arrive de Vienne.
C'est la partition de Schönberg.
Les garçons, j'ai décidé de changer.
- Quoi donc ? - Le spectacle.
- Pourquoi, c'est parfait ! - Parfait pour une personne vulgaire comme toi.
Par exemple, la Rhapsodie Hongroise que je veux retirer. Elle est de quatrième ordre.
Et je ne veux faire ni la mariée ni le prêtre.
- Et ça ? Ni la mariée, ni le prêtre ? - Non.
- Surtout pas le gars qui ne supporte pas ça. - Tu plaisantes ?
Je ne plaisante pas. Je révise mes théories sur le météorisme.
Qu'est-ce que le météorisme ?
Une façon plus élégante d'appeler tes pets.
- Les miens. - Oui.
- Oui, eh bien, les nôtres. - Tu veux ruiner le spectacle.
Les garçons, on a la musique. Elle est d'Arnold Schönberg !
Voici la partition pour clarinette, piano, contrebasse,
viole d'amour et sphincter.
Et il m'a aussi écrit une lettre.
- Schönberg ? Le grand dodécaphonique ? - Lui-même.
Cher ami, vous voyez que je tiens ma promesse malgré mes nombreux engagements.
Si tu changes quoi que ce soit sans son approbation, Ziedler te mangera tout cru.
Ziedler n'a qu'à se taire.
Je te rappelle que le contrat expire dans un mois.
Ensuite, j'aurai mon théâtre et je déciderai. Les garçons, commençons par les répétitions.
Excuse-moi, tu ne joues pas la partie de mon sphincter ?
C'est possible. La partition dit "très fort déchiquetage".
- Si tu fais ça, je me tue. - Je pense que nous sommes dans l'erreur.
Papa, il nous faut une mélodie de fond.
Sinon, tes sonorités ne pourront pas se démarquer.
- Qu'est-ce que tu en dis ? - Tu sais que je ne comprends pas certaines choses.
De toute façon, je ne veux pas continuer avec l'ancien travail.
Un artiste doit se renouveler, se mettre à jour, s'améliorer.
Il ne doit pas se contenter d'un succès facile et vulgaire.
Tiens, papa.
Merci.
Attends ! J'ai une idée.
Tu aimes celui-là, papa ?
- Oui. Qu'est-ce que c'est ? - Haydn. La symphonie des adieux.
Elle se joue lumières éteintes.
Seuls les musiciens ont une bougie sur leur pupitre et quand ils terminent leur partie
- ...ils l'éteignent et partent un par un. - C'est un bel effet scénique.
Toi, papa, tu pourrais être le dernier instrument.
- Et nous savons tous comment tu vas souffler la bougie. - J'aime ça !
J'aime bien aussi.
Vous chercherez la partition et toi tu t'occuperas de la transcription.
Je ne peux pas. Ne compte pas sur moi pour la transcription et l'exécution.
Comment ça ?
Haydn ? Au Moulin Rouge ? De cette manière ? Non !
- Mais, c'est une interprétation. - C'est un massacre !
Écoute, je me suis prêté toutes ces années à jouer le clown en accompagnant tes... bruits.
Mais me demander maintenant de profaner un génie comme Haydn, non !
Tu es musicien parce que je t'ai fait musicien, à la sueur de mon front !
- Le front, dit-il. - Michel, ne parle pas de ton père comme ça.
La vérité est que tu as honte, papa.
Honteux de ce que tu fais, tu n'aimes pas ton succès.
Ça suffit, Michel !
Que vas-tu faire ? Il est inutile d'essayer d'ennoblir le spectacle.
Tu peux mettre Brahms, Bach, Beethoven, ce que tu veux.
Mais ton spectacle, excuse-moi, sera toujours celui d'un pet.
- Où vas-tu, Michel ? - Laisse-le partir.
Il peut aller où il veut. Il est mort pour moi.
Pitalugue, réveille-toi !
Trouve un autre violoncelliste.
- Très bien, Pierre. - Merci merci.
Bien sûr, le progrès...
Qu'en est-il de la nouvelle voiture, Pitalugue ?
Enivrante mais dangereuse.
Oui, particulièrement dangereuse pour ta perruque.
- Mieux vaut garder son chapeau. - Oui, je pense que c'est plus sage.
- Les garçons ! - Oui, oui.
La voiture ne doit pas être une excuse pour perdre du temps !
- Bonjour. Quelqu'un pour l'annonce ? - Trois sont arrivés.
- Alors on peut commencer. - Oui oui.
Passez en premier !
Bonjour.
Bonjour.
Pourquoi as-tu convoqué une femme ?
J'ai écrit "un violoncelliste recherché". Fallait-il que j'écrive "une violoncelliste" ?
C'est aussi un coup de chance.
- Que dois-je faire ? - Entrez, je vais vous donner une chaise.
- Elle est plutôt belle, n'est-ce pas ? - Jolie ? Très jolie !
À côté de papa, elle ferait sa silhouette.
- Mon diplôme. - Ce sera pas nécessaire...
L’annonce disait "Non diplômés et oisifs s’abstenir".
Catherine de Mourier fille de Cambise et Mathilde de la Tour Briant
Orpheline et comtesse.
Diplômée avec mention du Conservatoire de Metz.
Félicitations.
Merci.
- S’agirait-il de jouer dans un orchestre ? - Ce serait le quintette de Haydn.
Le 700 allemand a toujours été mon préféré.
Alto, violon, viole d'amour, flûte et...
Vous connaissez sans doute le célèbre...
Vous m'excuserez, je mène une vie très retirée et je ne connais pas le monde du spectacle.
- Étrange pour une concertiste. - J'aurais peut-être dû le dire tout de suite, mais...
Je n'ai jamais joué en public, ce serait ma première fois.
Désolé, nous n'employons que des professionnels, nous avons besoin de personnes expérimentées.
Mais depuis le diplôme, je passe mes journées avec le violoncelle, par pur plaisir.
- Alors nous pourrions l'écouter. - Je vous en prie, mettez-moi à l'épreuve.
- Très bien. - Merci, Monsieur... Monsieur ?
Je n'ai pas compris.
- Il faut lui dire quelque chose. - Que vais-je lui dire ?
Edison. Joseph Edison.
Merci, Monsieur Edison.
Je jouerai La Mort du cygne de Saint-Saëns. C'est un morceau que je connais par cœur.
De quel instrument jouez-vous, M. Edison ?
- Comment ? - Quel instrument jouez-vous.
Du vent.
Que lui arrive-t-il ?
Désolée, je suis une idiote.
Tenez.
Merci.
Merci.
Dis-lui de partir.
- Quoi ? Une femme comme ça au violoncelle ! - Justement. Dites-lui de s'en aller.
- Mais pourquoi ? - Trouve une excuse, je n'en veux pas.
Pierre, ramène-moi à la maison.
Maestro...
Maestro, pourquoi ne m'avez-vous pas choisie ? J'ai mal joué, je sais, à cause de l'émotion, de la peur.
- Non, non, au contraire, c'était très bien joué. - Alors pourquoi ?
Votre secrétaire dit que ce n'est pas un travail convenable pour une femme. Qu'est-ce que ça veut dire ?
Malheureusement, notre travail est très lourd.
Il est nécessaire de jouer 2 ou 3 fois par jour.
Il me semble que c'est un travail très lourd pour une créature aussi fragile que vous.
J'ai besoin de ce travail. J'ai été laissé seul au monde et...
Et je ne suis pas si fragile, je suis très forte. Mettez-moi à l'épreuve !
Désolé, nous avons déjà un remplaçant.
Que se passe-t-il ?
Pierre ! Viens, elle s'est évanouie.
Nous devrions l'emmener à la pharmacie. Aide-moi.
- En attente d'un enfant ? - Attendez-vous à un déjeuner.
C'est un malaise qui se soigne avec un bon steak grillé.
- C'est un remède très simple. - Parfois, cela peut être difficile. Merci.
- Ça m'a échappé, désolé. - Je vois que vous vous sentez mieux.
- Mieux, beaucoup mieux. - Assez pour accepter de dîner au restaurant ?
Pas à ce point. Je voudrais aller chez moi.
D'accord, je vous accompagne. Venez.
- Je peux ? - Je vous en prie.
- Venez. Excusez-moi, y a-t-il une cuisine ? - Oui.
- Par là. - Apportez tout à la cuisine et attendez-moi là.
Venez.
Voilà.
Voilà.
Je peux ?
Auriez-vous deux verres ?
- Ne vous levez pas, je vais les prendre. - Là, dans la vitrine.
J'ai tellement honte.
Pourquoi ça ? Cela arrive souvent aux artistes.
Si vous saviez combien de repas j'ai sauté. Au moins, vous avez une belle maison.
- J'ai souvent dormi dehors. - Je devrais m'en débarrasser, mais je ne peux pas.
Pardonnez mon indiscrétion, vous n'avez pas de famille ?
- Ou peut-être des amis ? - Non.
- Alors il y a un homme ? - Oui.
Mais il ne peut pas m'aider.
Regardez, c'était son violon.
Et voici le moulage de ses mains.
J'ai demandé s'il y a un homme, mais il y avait un homme. Êtes-vous une veuve comme moi ?
Il est toujours avec moi depuis qu'il est mort il y a 6 mois. Il ne me quitte jamais.
J'entends toujours ses pas, sa voix. Son violon jouant la Mort du cygne.
Toujours ! Maintenant aussi, toujours. Jour et nuit !
C'est sûrement la faim.
Comme c'est bon.
Vous voyez le tableau : une fille noble qui s'enfuit de chez elle avec un homme marié, un artiste.
Un scandale qui m'a forcée à vivre cachée, dédiée uniquement à lui et à sa musique.
Puis sa maladie, les médecins, le sanatorium...
Le peu qu'on avait a disparu.
- Encore du gâteau ? - Non, je suis pleine. Enfin, j'ai trop mangé.
- Vous, par contre, vous n'avez rien mangé. - Non, je ne mange rien avant...
- Avant de... - De rien.
Je voulais dire, je ne mange jamais le soir. C'est tout.
- Prenez au moins quelque chose pour un toast. - Très bien, on peut porter un toast.
À votre générosité. À votre bonté.
Vous avez quelque chose en vous, M. Edison. Vous n'êtes pas comme beaucoup d'hommes importants.
Vous n'êtes pas un ballon rempli d'air.
Si vous le dites.
Je t'ai tout dit sur moi, sur ma vie, et je ne sais rien de vous.
Peut-être que vous êtes un grand artiste et je ne le sais pas.
Oui, je suis un artiste, mais pas assez grand pour en parler.
Ma vie est beaucoup plus normale que vous ne le pensez.
Je suis aussi veuf, j'ai 8 enfants et demi.....
- 8 enfants et demi ? - Euh, non, il est 8h30.
- Je n'ai que 5 enfants. J'ai un rendez-vous. - Un concert ? J'aimerais vous entendre !
Non, ce n'est pas possible. C'est un rendez-vous musical. En bref, c'est une question d'affaires.
- Est-ce que je vous reverrai ? - Bien sûr.
- Demain soir? - Demain soir, ce n'est pas possible.
- Je viendrai. - C'est une promesse ?
Promis. Si vous me promettez que vous allez manger plus et vous évanouir moins.
- Merci. - Pour moi ?
Joseph, c'est ton tour !
Oui je suis prêt.
Tu te souviens de la dame qui est venue à l'audition ?
La violoncelliste.
- La Comtesse ? - Oui.
La pauvre, j'ai eu pitié d'elle.
Vois si tu peux lui trouver un travail. Un travail qui lui convient, bien sûr.
Peut-être à cette heure-ci, entre huit heures et minuit.
Je vais essayer.
Une femme en vue ?
- J'en ai bien peur. - Et pourquoi le craindre ?
Pauvre M. Pujol ! Toujours le travail et les enfants, les enfants et le travail. De quoi s'inquiète-t-il ?
J’ai peur qu’il ne devienne trop sentimental.
Et voilà. Et maintenant, Mesdames et Messieurs, si possible tous ensemble.
Faisons un chœur ! Attention !
- Un, deux... - Honte à vous !
- Vous parlez de moi ? - Oui, vous et vos obscénités !
Sortez d'ici ! C'est un théâtre, pas une église !
- Ligue Parisienne pour la Défense de la Morale - Nous ne pouvions pas y croire !
Mais maintenant nous l'avons vu de nos yeux ! Et nous l'avons entendu de nos oreilles !
Madame, c'est dommage que vous n'aimiez pas cette musique. Vous feriez une excellente soliste.
- Il est insolent ! - Un dégénéré corrompu !
- Moralistes prudes ! - Oui, oui, dégénéré, oui !
Cet étalage est scandaleux et doit cesser immédiatement !
Si vous continuez ainsi, nous userons de toute notre influence !
Vous ferez sonner vos cloches et nous soufflerons dans nos trompettes.
Mesdames et Messieurs, je suis désolé et découragé.
Je ne sais pas si je pourrai continuer le spectacle.
Je suis un artiste, j'ai ma sensibilité...
Et certaines choses me plongent dans le plus profond découragement.
- Habile et belle. - Merci.
- J'ai eu votre message. Quelque chose ne va pas ? - Non, je voulais juste que vous m'entendiez jouer.
- Vous avez le temps ? - Oui, j'ai une pause.
- Bien. - Et d'ailleurs, je tenais à vous remercier encore.
Je vous en prie, je n'ai aucun mérite. Mon secrétaire vous a obtenu le poste.
- Non, je ne le crois pas. - C'est vrai.
- Très belle cette valse de Strauss. - Ce n'est pas Strauss. C'est Jean Delors.
Je voulais voir si ça avait été étudié.
Je ne sais pas si je vous préfère quand vous souriez ou quand vous jouez.
Très aimable. Mais est-ce un compliment ou une critique ?
Jusqu'à aujourd'hui, vous aviez toujours l'air très triste. Savez-vous que vous avez changé de visage ?
- Et vous savez pourquoi ? - Pourquoi ?
- Parce que ça a changé ma vie, M. Edison. - Vous me tenez à distance.
- Monsieur Edison ! Appelez-moi Joseph. - Avec plaisir, Joseph.
Savez-vous pourquoi je vous ai amené ici ? Je viens ici tous les jours, c'est mon endroit préféré.
- Regardez, voyez-vous ces cygnes? - Oui, et je trouve qu'ils vous ressemblent.
Merci mais... ce n'est pas ce que je voulais. Je voulais dire quelque chose.
- Joseph. - Catherine.
Vous souvenez-vous de ce morceau qui me hantait jour et nuit ?
- Touché par le... - Défunt ?
C'est vrai, je ne l'entends plus ! C'est fini.
Son violon, sa musique, le tracé de ses mains...
La mort du cygne n'est pas ma mort, au contraire...
c'est comme s'il me disait que je dois continuer à vivre
Et je vous dois tout cela. Grâce à vous je suis une femme presque heureuse.
Je voulais vous dire que maintenant je ne jouerai que l'après-midi.
Le soir je serai libre, donc je pourrai vous écouter quand vous reprendrez les concerts.
Non, mes concerts ont été reportés.
Mais à part les concerts, je pensais qu'un soir ensemble, nous deux...
En réalité, je préfèrerais que nous passions ces soirées en fin d'après-midi.
Je suis un artiste, mais je suis aussi un entrepreneur moi-même, et parfois dans les soirées...
Vous n'avez pas besoin de me donner autant d'explications.
Vous êtes un artiste et en tant que tel, vous êtes quelque peu extravagant. Je ne suis pas déçue.
La mort du cygne ! Le voilà encore !
Vous l'entendez, Joseph ? Oui, il est de retour, je l'entends !
Tu ne veux pas que je sois avec lui ! Il ne veut pas, il ne veut pas !
J'y vais !
- Je le pense aussi. - Ce n'est pas Pujol ?
- Oui, pris en pleine méditation ! - Que faites vous si solitaire sur ce banc ?
Je prenais une bouffée d'air. Pas celui que vous pensez, Madame.
Monsieur Pujol, Monsieur Janvin de Laurent et Sem, dont les caricatures vous sont sans doute familières.
- Vous avez lu L'Observateur, M. Pujol? - Non, de nouvelles insultes ?
Oui, dans un article sur vous. Trois colonnes de feu contre vous.
Selon les religieux du gouvernement, vous êtes un symbole de la décadence de la France.
Grâce à vous, Pujol, le pet a atteint le ciel de la politique.
Je répondrai par un éditorial dans mon journal : "Le socialisme est en faveur du pet".
Excellent ! Je le publierai demain.
- Non, désolé, vous ne publierez rien. - Mais pourquoi ?
- C'est un journal important, c'est de la publicité. - Ce n'est pas mon visage qui intéresse, Madame.
- Profitez de la balade. - Mah !
Mon théâtre !
Mesdames et Messieurs!
Mesdames et Messieurs!
Bonne acoustique.
J'ai brûlé son violon ! Et j'ai aussi cassé le moulage de ses mains !
Mon amour, assez avec la mort du cygne !
Je suis libre ! Maintenant je veux être avec toi ! Je ne te quitterai plus jamais, plus jamais !
- Mon amour. - Mon amour.
Regarde ce que j'ai trouvé. Il reste encore un peu de ta bouteille de champagne.
- Il va faire chaud maintenant. - Qu'importe, c'est pour un toast.
- A quoi trinquons-nous ? - A notre vie toujours ensemble.
- Tu ne bois pas? - Hein? Oui oui.
- Tu sais ce que j'ai fait ? - Quoi ?
J'ai vendu le cadre en argent et préparé un dîner exquis.
Nous serons donc ensemble, toi et moi seuls, avec des bougies. Es-tu heureux ?
Oui.
- Mais je ne peux pas. - Pas ce soir non plus ?
Tu sais, je ne mange jamais le soir.
D'ailleurs, ce soir j'ai une réunion à l'Association des Musiciens
Joseph... ce n'est pas possible que tu aies quelque chose à faire tous les soirs.
Je t'ai tout dit sur moi et ma vie.
Pourquoi ne veux-tu pas être honnête ? Dis-moi la vérité.
- Y a-t-il une autre femme ? - Je te jure sur mes enfants, non.
- Je n'y crois pas. - Catherine...
Tu m'aimes ?
- Oui. - Alors ne me poses plus de questions.
Juste maintenant, j'ai trouvé la femme idéale pour moi.
A mon âge ! Une femme si belle, si élégante, si fine.
Je pourrais tout avoir dans la vie. Au lieu de cela, je suis obligé de lui cacher
ma véritable identité. Je ne peux donc pas lui dire ce que je fais pour vivre.
Et qu'est-ce que tu penses faire?
Continuer à lui mentir.
C'est ainsi qu'on se prépare une vie infernale.
Je lui dirais à ta place. Après tout tu es un artiste.
Tu es une vedette, tu es un homme important.
Oui, oui, je comprends. Mais c'est une femme, je risque de la perdre.
Écoute, il y a deux cas possibles : soit elle t'accepte et tu l'épouses,
soit elle te rejette, et ça veut dire qu'elle ne t'aime pas assez.
Mais comment lui dire ?
Tu tâtes le terrain. Commence par un petit bruit pour voir comment elle réagit.
Oui, alors quand je mourrai, je ferai comme l'autre.
Je lui laisserai un moulage de mon cul.
Ce scandale doit cesser !
Assez !
Devant le théâtre, il y a un mouvement que je n'aime pas.
Moralité ! Moralité ! Moralité !
Ça y est ! Pujol, on va te faire taire ! On va te fermer la bouche et le reste !
Encore ces prudes.
Ce soir, je finirai désaccordé.
C'est un scandale !
Sans scrupules !
- Passez par l'arrière. - Tu vas le payer, on va brûler le théâtre !
Au bûcher ! Au bûcher !
- Assez ! C'est un scandale ! - Nous ne voulons pas d'indécence en public !
- Voulez-vous que j'aille les faire chez vous ? - Si ça ne te plaît pas, tu peux partir !
- Un instant ! - Laissez-nous nous amuser !
Silence !
Laissez-nous nous amuser !
Silence !
Au nom de la loi, le spectacle est suspendu !
Le théâtre est fermé pour raison d'ordre public !
C'est l'inverse ! Vous êtes pour le désordre public !
Je me suis basé sur ça. Il y en a 118.
Je répète, 118 plaintes de citoyens respectables.
118 fouineurs que personne n'oblige à aller voir le pétomane au Moulin Rouge !
Parents, travailleurs, professionnels. Des gens qui ont le droit de protester.
Ils veulent empêcher les autres parents, travailleurs, professionnels,
- ... de s'amuser comme ils veulent ! - Tout cela a provoqué des troubles
à l'intérieur et à l'extérieur du théâtre. Et j'ai été obligé de le fermer.
C'est de la politique et vous parlez au nom de votre parti.
Ils veulent faire de nous une ville de prudes !
Si à la vulgarité vous ajoutez les insultes et la violence...
Je serai obligé d'intenter une action en justice contre vous !
Je me limite à énoncer des faits.
- Ensuite, la décision appartiendra au tribunal. - Je...
Je m'excuse, Excellence.
Réalises-tu qu'en te comportant ainsi, tu aggraves la situation ?
- Pire que la fermeture du théâtre ? - Ce ne sera pas la fin du monde, allons.
Tu sembles te réjouir.
Qu'en dis-tu ? Quelques semaines de fermeture seront une excellente publicité pour le théâtre.
Tu ferais mieux de prendre deux bons avocats. Je ne lésine pas sur les moyens.
Ceci étant, je vais prendre quelques jours de repos.
Votre Excellence, nous nous référons à la justice. Mais n'oublions pas :
Comme dit Esculape,
"Trompette au cul, corps sain". Son nez m'inquiète un peu.
Bonsoir, merci beaucoup.
Mais que voulez-vous ?
Non ! Que faites-vous ? Laissez-moi tranquille !
Laissez-moi !
Au secours !
Au secours !
Au secours !
- Qui est-ce? - C'est moi, ouvre Catherine !
Pas de panique !
Qu'est-ce que tu fais ? Tu t'évanouis maintenant ?
Lève-toi, je ne peux pas t'aider.
Joseph !
- Qu'est-il arrivé? - Je ne sais pas.
- As-tu été agressé ? Tu es blessé ? - Oui.
- Mais qui était-ce ? - Des voleurs.
Des voleurs ? Ils ont laissé ta montre !
- Et le portefeuille aussi ! - Heureusement.
- Mon amour, j'appelle le docteur, la police ! - Non, il vaut mieux pas.
Et maintenant je fais quoi ?
Mon amour, ne t'inquiète pas, je vais te mettre au lit. Allez.
Ferme-la ?
Il y a un terrible secret dans ta vie. J'ai enfin compris..
Tu appartiens aux services secrets ! Tout s'explique.
Je te le dis pour la dernière fois. Ne poses pas de questions auxquelles je ne peux pas répondre.
- Catherine. - Oui ?
Je ne peux pas continuer comme ça. Nous devons partir d'ici.
Oui, tu pourrais prendre des vacances. Tu es mal en point.
- Oui, mais avec toi. - Ensemble ?
Bien sûr. Toi et moi seuls. En Italie.
- Prépare-toi, on part demain. - Matin ?
Pardon, pardon ! Pardon !
- Chaton ! - J'étudie un peu.
Et tu n'as pas apporté ton instrument ?
Non.
- Je veux profiter de ces vacances. - Tu as raison.
Mais mon professeur disait toujours : quand un musicien arrête de s'entraîner...
le premier jour lui seul s'en rend compte, le second ses amis...
et le troisième, tout le public le remarque.
Tu sais quoi ? Je vais peindre. Les vacances sont des vacances. Et je peins bien.
Il est avec la fille et il ne nous parlera pas. Il ne nous recevra pas.
Tu l'appelleras. Nous t'attendrons au belvédère.
Regarde, regarde ! Vent de tempête au parlement !
Ils ne parlent que de toi. De la droite, de la gauche, du centre.
Tu voulais de la publicité ? Là nous l'avons eu !
- Je les garde pour toi ou tu les emmènes à l'hôtel ? - S'il te plaît, brûle tout !
- Eh bien, que s'est-il passé ? - Vous êtes devenu un gros problème politique.
Ayant créé deux grands mouvements d'opinion, en partie spontanés
et en partie encouragés par les journaux cléricaux et conservateurs d'une part
et radicaux-socialistes d'autre part, l'opposition a saisi l'occasion.
Et puis il y a eu les questions parlementaires, les accusations d'inconstitutionnalité
pour la suppression du spectacle, les appels violents à la réforme et au renouveau.
Oui, comme avec Dreyfus.
Vous êtes comme un drapeau qui est soit levé, soit abaissé et piétiné.
- Un climat de tension a été créé. - Je ne peux pas le croire, c'est un coup monté.
Dans toute la France. Deux usines sont en grève. À Lyon et Marseille. Ta ville !
Un village entier s'est bagarré...
parce que le prêtre ne voulait pas baptiser la fille d'un anarchiste.
- Ne me dis pas ! - Le père voulait l'appeler Peo.
N'exagérons pas. Je voulais l'appeler Petonia
Dieu merci.
Le tribunal a désormais le dernier mot.
Le procès est prévu mardi prochain en urgence.
Les avocats Mercier et Costantin sont les meilleurs de France, comme tu me l'as demandé.
Si nous gagnons, la France la plus vivante et la plus moderne gagne aussi.
Si nous perdons, nous perdons également l'espoir d'une République meilleure et plus saine.
Et aussi beaucoup d'argent.
Surtout. Il y aura très peu de jours pour organiser notre défense.
Oui, mais organisons la défense à Paris, pas ici.
Parce que si on rate le bateau, on sera là pour plus d'une semaine. Allez !
Et qu'est-ce que je dis à Catherine ?
- Madame, madame ! C'est pour vous. - Pour moi ?
- Oh, et il y a aussi un message. - Merci.
Mon unique grand amour, des engagements très importants m'arrachent de tes bras.
Je préfère le dire ainsi, car je suis déjà en voyage.
Parce que tu aurais voulu venir avec moi et j'aurais dû t'en empêcher.
Je serai bientôt de retour, mon amour, avant que ces roses ne se fanent.
Attends moi.
Je t'aime, je t'aime...
Joseph.
- Dernières nouvelles ! - Merci.
L'affaire Pujol ! Bagarres à la Chambre des députés !
Dernières nouvelles ! Merci, Monsieur. L'affaire Pujol !
Longue attente pour le procès qui commence demain !
L'affaire Pujol ! Longue attente pour le procès qui débute demain !
Édition extraordinaire ! L'affaire Pujol ! Derniers développements !
La Chambre en ébullition ! Je vous en prie, monsieur.
La gauche demande la démission du ministre de l'Intérieur.
L'abominatio petoris est une manifestation du diable !
M. le Président, voulez-vous demander à l'éminent théologien qu'est le Père Beaugirard...
quelles mesures il prendrait contre l'écrivain qui accompagne ses vers d'une musique de pet ?
- Répondez à la question. - Le bûcher !
Malheur à nous, Père Beaugirard !
Il aurait fait brûler saint Augustin, l'un des pères de l'Église !
Lisez De civitate Dei, volume 14, chapitre 25.
Il y a 4 ans, mon mari a été emmené par une mauvaise compagnie au spectacle de cet individu.
Avant, c'était un homme fin, intelligent, respectueux, obéissant...
Il s'est instantanément transformé en monstre !
Et il a commencé à faire ces bruits à toute heure.
Il disait bonjour, bonsoir et même bon appétit !
Parlez des conséquences.
Un mariage heureux détruit à cause de lui !
Nous avons divorcé fin décembre dernier.
Il est donc arrivé à temps pour vous souhaiter une bonne année !
Silence !
- Pourquoi ne pas vider la pièce ? - Silence !
La défense demande que soient pris en considération tous les témoignages
de solidarité de tous les coins du pays envers notre client.
- Mais combien y en a-t-il? - Environ 300 kilos, Monsieur le Président.
Mais nous n'en lirons que deux parmi les plus représentatifs.
Celle-ci vient d'une petite école primaire perdue dans les Pyrénées. Je la lis.
Cher M. Pujol, en pensant à la façon dont nos parents
nous font rire quand il y a des petits vents bruyants le dimanche...
qui sait comment vous nous feriez rire, vous êtes un grand champion.
C'est pourquoi nous ne voulons pas du mauvais gouvernement, etc. etc. etc.
Et ceci est un télégramme du glorieux régiment des Chasseurs des Alpes...
section lance-flammes.
Le texte :
Camarade, nous sommes avec vous. Feu ! Détruisez-les !
Silence !
Vous êtes le directeur du théâtre des Verdures de Tunis.
Oui monsieur.
En février 1908, lors de la tournée de M. Pujol...
Votre théâtre et vous personnellement avez rejeté son spectacle.
C'est vrai ? Si oui, pouvez-vous en expliquer les raisons ?
Pour ne pas offenser notre public.
Écoutez, les bruits sur lesquels le spectacle de M. Pujol est basé...
notre culture les considère comme obscènes, honteux, et donc ils sont rejetés.
Si notre culture les accepte, je ne suis pas fier d'en faire partie.
Ne soyez pas si amer, car la culture qui rejette les bruits de M. Pujol
impose dans son protocole que d'autres soient produits à la fin du repas.
Expulsions bruyantes d'air de l'estomac...
avec la dédicace "Louange à Allah". Pas vrai ?
Oui monsieur.
Monsieur le Président, M. Pujol utilise le côté opposé et n'invoque pas le Tout-Puissant.
Nous avons d'autres exemples dans Martial, dans Jonathan Swift, dans Rabelais.
Je ne veux pas paraître pédant, mais le tribunal a demandé l'avis de la culture
sur le pet
dans l'histoire et l'art, et je ne peux que citer.
L'Alighieri, avec ses vers agiles, résonnants et joyeux :
"Et il avait fait de son cul une trompette."
Et Montaigne, messieurs, Michel de Montaigne,
dans son célèbre essai sur le pouvoir de l'imagination
fait sienne l'invocation de Suétone :
"Que l'Empereur, qui nous a donné la liberté de péter quand nous le voulons,"
"nous donne aussi la possibilité de le faire".
Le tribunal appelle M. Joseph Pujol à témoigner.
Jurez de dire la vérité, toute la vérité et rien que la vérité.
Levez votre jambe droite et dites : "Je le jure".
Excusez-moi.
Je voulais dire, levez la main droite et dites "Je le jure".
Je le jure.
J'aimerais savoir comment vous avez eu l'idée d'exploiter commercialement vos, disons, talents.
Monsieur le Président, l'histoire de ma vie est celle de ma vocation.
Je devais devenir ce que je suis.
A-t-on jamais interdit à la Canonnière, à la Femme à barbe,
d'exposer dans une foire ?
Quand j'étais enfant, j'étais comme beaucoup d'autres, du moins en apparence.
Mais un jour, à Marseille, avec d'autres enfants, nous sommes allés nager en bateau.
Je suis resté quelques secondes sous l'eau et j'ai senti quelque chose de froid dans mon ventre.
Il s'était rempli d'eau qui n'était pas entrée par ma bouche mais par l'autre côté.
Quand je suis revenu au bateau j'ai ramené 6 litres, toujours de ce côté.
C'est alors que j'ai réalisé cette anomalie qui était la mienne.
De cette extraordinaire capacité.
Celle d'aspirer l'eau et l'air par l'arrière.
J'ai commencé à faire des expériences. Pas toujours avec le même succès.
Maman, Maman! Écoute ce que je sais faire !
Quelle honte !
Ce fut la première humiliation injuste que j'ai subie.
Et ce fut aussi le début de ma relation difficile avec le sexe opposé.
Lors de mes exhibitions en province, les jeunes femmes s'enfuyaient horrifiées.
Soit elles se moquaient de moi, soit elles me couvraient de l'insulte que je peux déjà entendre flotter dans cette pièce.
Péteur !
Mais moi, Monsieur le Président, je suis un artiste.
Je ne suis pas qu'un monstre. Je suis un virtuose du son.
Le pétomane parvient à se servir de sa cavité abdominale comme d'un soufflet.
Les valves sont les parois antérieures et postérieures, l'embouchure le rectum et l'anus,
qui sont pour lui comme une autre bouche, une luette
avec laquelle il peut maîtriser les sons à sa guise.
Comme s'il était équipés de cordes vocales.
Professeur, pensez-vous que cela justifie la thèse de la défense
selon laquelle Pujol est un phénomène vivant ?
Bien sûr, c'est un phénomène ! Et d'un grand intérêt scientifique et culturel.
Avec la permission de la cour. Monsieur Pujol, vous pouvez venir un instant ?
C'est le seul individu au monde
capable d'expirer et d'inspirer par le sphincter anal.
En forçant la paroi antérieure contre la paroi postérieure de l'estomac
et en créant un vide qui permet à l'air de pénétrer.
Observez.
Vous voyez ?
C'est toujours aussi obscène !
L'action inverse de la paroi musculaire qui appuie sur le côlon
provoque l'expulsion de l'air.
Cela peut se produire délicatement :
léger, éthéré, un souffle de printemps. Ou bien...
violemment !
- Bravo ! - Silence !
- C'est quelque chose d'inouï, de jamais vu ! - Silence ! Silence ! S'il vous plait !
Si j'étais croyant, messieurs,
en cette manifestation que certains considèrent comme l'œuvre du diable,
j'y verrais plutôt un avertissement qui vient d'en haut.
Un appel qui résonne dans les chaumières des humbles et les palais des puissants.
Dans les refuges pour opprimés et dans la résidence de l'Elysée.
A la cour de Saint Jacques et même, attention, attention, sur le trône pontifical.
Et donc, messieurs les jurés...
inclinons-nous devant le pet.
Et reconnaissons en lui le héraut
qui, par ses coups de cor diurnes et nocturnes,
nous rappelle notre égalité fragile, terrestre, universelle.
J'ai fini.
La cour se retire.
Papa.
Michel !
Pardonne-moi, je t'en prie. Je n'avais rien compris.
C'est pour M. Edison. C'est arrivé au bureau.
Pardon.
Mon amour, je t'obéis et je te désobéis.
Je ne t'attends pas. Je quitte Capri et rentre à Paris.
Mais je ne te cherche pas, je n'enquête pas et je ne cherche pas à savoir.
Mais je ne peux pas rester avec un homme qui ne me permet pas de l'accompagner dans les difficultés.
Tes roses se sont fanées, elles sont presque sèches.
J'en garde une en souvenir d'un amour qui ne pourra jamais s'éteindre,
mais qui ne fera que me rendre plus triste.
Papa, maintenant je joue dans un orchestre à Saint Germain.
Mais je peux le laisser ce soir, si tu veux.
- Pourquoi ? - Pour travailler le concerto de Haydn.
On verra.
Sur la base du résultat du débat et compte tenu des articles 22, 23 et 24 de la Constitution,
cette cour acquitte Joseph Pujol de tous les chefs d'accusation,
les faits n'étant pas constitutifs d'un crime,
et déclare recevables les déclarations publiques de l'intéressé. Affaire classée.
- Tu es génial, papa ! - Bien, Antoine !
Le triomphe des justes ! Des innocents !
L'affaire Pujol vient de s'achever.
Monsieur Joseph Pujol a été acquitté sous les vivats de la foule.
C'est ta soirée, c'est un triomphe ! Et tu le mérites !
- Nous aurons la salle au complet toute l'année. - Je te remercie pour tout, mais je m'en vais.
- Tu rigoles ? - Je n'ai jamais parlé aussi sérieusement.
- Pujol ferme le robinet. - Mais pourquoi, papa ?
Peut-être que tu avais raison, Michel. On ne vit pas seulement de pets.
Pujol, nous avons mené ensemble une glorieuse bataille et nous l'avons gagnée.
Dehors, une foule vous attends avec des drapeaux.
Tout le monde veut que je retourne au théâtre, pourquoi les décevoir ?
Désolé.
Vous ne croyez plus en votre art ?
- Il ne s'agit pas de ça. - Et alors ?
- Alors j'ai fait mon choix. - J'ai un contrat avec toi.
Si tu ne le respecte pas, je te ruinerai, je t'enlèverai chaque centime !
Joseph.
Tu l'as choisie.
Regarde !
La pétomane ?
Ziedler n'a pas perdu son temps. Quel salaud !
- Sera-t-il à la maison ? - Je ne sais pas.
Mais bien sûr, il n'est pas sorti depuis 2 mois.
- Belle maison ! - Il est toujours couvert.
Il a bien réussi.
Il semble.
- Avec quoi paieras-tu ? - Bonjour papa !
- Nous sommes venus pour te voir. - On t'a fait une surprise.
- Tu habites loin ! Comment ça va ? - Bien.
Ils sont tous venus me voir.
- Bonjour Giulia. - Bonjour.
Toi aussi, Pitalugue.
- Alors, comment ça se passe ? Vous avez eu un contrat ? - Oui, nous avons joué ici et là.
Bien je suis content.
- Mais entrez, non ? - Comment ça va ?
- Je ne me plains pas. - Tu te plais ici ?
- Tu ne t'ennuies pas, papa ? - Non.
Bien sûr, ici la vie est très différente.
Je m'occupe maintenant de jardinage.
Asseyez-vous, asseyez-vous.
Hier j'ai planté des pois, aujourd'hui j'ai taillé les roses.
C'est dommage que Catherine ne soit pas là. Elle aurait été heureuse de les voir.
Voici tous les papiers à signer. Il y a la procuration...
- ... à Giulia pour la vente de la maison. - Bien, bien.
Faites tout par vous-même. Tout ce que vous faites est bien fait.
Et c'est l'autorisation pour la vente aux enchères...
- ... des meubles, des tableaux. - Bien bien. Et mon théâtre ?
Personne ne veut du théâtre. Ils disent qu'il est en mauvais état.
Mais c'est mieux ainsi, au moins il te reste une chose.
En fait il y aurait autre chose :
- Le nom. - Mais Ziedler te l'a volé.
Tu as vu ça, papa ?
Je l'ai volée cette nuit.
Paris en est remplie.
La pétomane !
- Tu ne savais pas ? - Bon. Un pape mort, un autre est élu.
Mais tu n'es pas mort !
Pour le théâtre oui.
Suicidé.
Je poursuivrais ce salaud de délinquant pour plagiat !
Plagiat de pet. Alors tu devrais poursuivre toute l'humanité.
- Mais est-ce que c'est bon ? - Nous ne sommes pas allés la voir.
Nous n'avions pas le courage.
On dit qu'ils font la queue.
Je furetais à l'extérieur du théâtre. Les gens étaient enthousiastes.
- Alors personne ne parle plus de moi. - Le public a la mémoire courte.
Il semblerait qu'un ses pet, d'une seule note, elle le garde 1 minute 42.
Impossible ! Mon record était de 54 secondes. Il est impossible de faire plus.
Alors vas-y, papa ! Le temps est venu de prouver que tu es le meilleur, le seul.
Faites ce que vous voulez.
Vous devez comprendre que votre père ne s'intéresse qu'à Catherine.
C'est la vérité. Et vous devez le respecter même si ça ne vous plaît pas.
Nous pensons que c'est bien que papa aime Catherine.
- Nous n'avons pas gardé le secret pour rien. - Oui bien sûr, cela va sans dire.
Si Catherine savait la vérité, elle serait d'accord avec nous.
Je le crois aussi.
Papa n'a pas à laisser cet autre détruire son nom.
- Et 20 ans de son travail. - Vous devez lui faire face !
- S'il n'y va pas, j'irai ! - Non, non, nous irons tous ensemble.
- C'est à ton père de le faire. - Oui, oui, d'accord.
Mais maintenant, occupons-nous des documents.
Bien. Voilà tout est en ordre. Il manque seulement votre signature.
- Bonjour, Catherine ! - Merci. Quelle surprise !
Je suis heureuse que vous soyez là.
On dîne ensemble ?
Non merci, j'ai déjà préparé. Les garçons jouent plus tard et doivent se dépêcher.
Bien sûr, ils doivent travailler.
Eh bien, j'ai toujours pensé que ce serait vraiment bien si nous jouions tous ensemble.
Un orchestre familial. Comme Bach.
Avec la femme, les enfants, les belles-filles, les petits-enfants.
Oui ce serait bien. Mais impossible.
Au revoir.
Joseph, quel changement t'ai-je imposé ? Je veux dire, qu'as-tu abandonné à cause de moi ?
À rien que je puisse manquer.
- Tu es sûr ? - Sûr.
- Alors, quoi de neuf ? - Rien.
Catherine, j'ai besoin d'air. Je veux dire, il faut que je marche un peu.
- Tu veux que je vienne avec toi ? - Non, je préfère y aller seul.
Qui plus est. Si je rentre tard, ne m'attends pas.
Une minute et 31, 32, 33
- Voilà ! - Une minute et 38 secondes.
Merci, merci messieurs. 5 secondes de moins que mon record.
Mais je ne veux rien vous enlever.
Et voi... laaà!
Merci, merci, merci.
Et maintenant, messieurs, avant de continuer,
je veux faire quelque chose que même mon plus illustre prédécesseur n'a jamais fait.
J'inviterai quelqu'un du public à monter sur scène pour vérifier en personne
qu'il n'y a pas de trucage. Pas d'artifices !
Madame ? Venez, monsieur. Venez, s'il vous plaît.
- J'y vais ! - Oui ?
- Pujol ! - C'est Pujol !
Pujol !
Quel honneur ! Monsieur Pujol...
Merci merci.
Madame, vous avez dit que je n'ai jamais osé laisser quelqu'un monter sur scène
pour démontrer s'il y a un truc ou pas.
Il est encore temps.
Mesdames et messieurs, le vrai, le seul, le grand pétomane...
c'est moi.
Et je vais vous le prouver.
Madame, je vous demande de faire ce que j'ai fait.
Enlevez votre jupe. Allez !
Enlevez votre jupe ! Dites-lui d'enlever sa jupe.
Si je ne l'arrache pas !
- S'il vous plaît, Pujol, s'il vous plaît, non. - Bien!
La vérité est là ! Voilà, messieurs ! Démasqué !
Regardez-la, avec son attirail de cors et trompettes !
Cette fanfaronnade, cette imposture !
Messieurs ! Le vrai, le seul, le grand pétomane, c'est moi !
BIDONVILLES DU HAVRE 6 mois plus tard
Une absinthe en cadeau pour le pet.
Allez, ils veulent t'entendre ! Sinon, comment trouver l'argent pour aller en Amérique ?
Alors il les prend, quelle Amérique !
Bien ! C'est bon pour le pet !
Je pète par le même trou depuis presque 20 ans.
Et il n'est toujours pas épuisé.
C'est écrit par l'homme que j'aime et admire le plus au monde.
A part toi, l'autre homme de ma vie.
Qui ?
Tu sais comment il se définit. Le roi des pets.
Lis.
Mais hier, le roi des pets,
dont les pets ont le goût du miel,
a eu, à son grand regret, une voix un peu mauvaise.
- Mais quel poète est-il ? - Excellent ! Et il écrivait de la musique !
- Wolfgang Amadeus Mozart. - Oui, la collection de ses lettres.
C'était l'un de ses sujets de prédilection.
Je l'entends encore rire comme la chose la plus innocente du monde.
Pendant que je compose, je crois entendre un bruit provenant de la rue.
Je me lève, vais à la fenêtre. Je n'entends plus rien.
Je m'assieds, recommence à composer et entends à nouveau le même bruit.
Je jette un coup d'œil à nouveau, le bruit devient très faible.
D'un autre côté, je sens une odeur de brûlé.
Alors ma mère me dit : "On parie que tu en as fait un autre ?"
Mozart entendait tout en musique : la chute de la pluie, le crépitement du feu...
En quoi ces bruits ont-ils été transformés ? L'air de Cherubino ou celui de la Comtesse ?
Mozart serait allé au Moulin Rouge tous les soirs. Et je serais parti avec lui.
Et nous aurions rougi nos mains pour t'applaudir.
D'autres sont des choses dont il faut avoir honte. Ou qui provoquent des scandales.
S'il vous plaît messieurs !
Un moment ! Un moment !
- Joseph, voilà le marquis de... - De La Tour D'Azir.
Chef d'apparat de l'Elysée.
Cher Pujol, mes félicitations pour le splendide spectacle.
- Merci. - Je viens aussi ici à titre officiel.
J'ai une mission très délicate.
Certains invités étrangers distingués, très distingués,
ne pouvant s'exposer publiquement, ont demandé par voie diplomatique
à pouvoir assister à votre spectacle lors d'une soirée à caractère...
strictement privé.
A tel point qu'il ne devrait pas se dérouler ici, dans votre théâtre,
mais ailleurs,
accordé par l'intervention du Président de la République.
Profondément ému par le privilège d'être ici ce soir
et reconnaissant de l'honneur qui m'est fait,
je salue et révère du fond du cœur Leurs Majestés
Guillaume II, roi de Prusse et empereur d'Allemagne,
Édouard VII, roi d'Angleterre,
et notre gracieux hôte, le prince d'Orléans.
Pour honorer des invités aussi exceptionnels, je commencerai cette séance de pétomanie
en vous présentant une exposition vraiment exceptionnelle.
Asseyez-vous, imbécile !
C'est le moment de démontrer le sens de l'humour anglais.
C'est insupportable !
Je vous l'interdis !
Je vous l'interdis !
Arrêtez-vous, ou vous aurez affaire à moi !
- Et comment ? - Avec cette claque !
Votre comportement est inqualifiable !
Votre arrogance britannique !
Calmez-vous, Majestés !
Calmez-vous Excellences !
Faites quelque chose, je vous en prie ! Sauvez-nous !
- C'est une catastrophe ! - Je vais m'en occuper maintenant.
Avec la guerre mondiale, la Belle Époque, le dernier vestige d'une Europe frivole et heureuse,
a disparu à jamais.
Joseph Pujol, le pétomane, entra dans l'histoire.
Traduction par Thanhas Mars 2022 Remerciements : El hombre del cielo
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