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Tranio!
Tranio!
Maître...
Maître Lucentio.
Je voulais tant voir Padoue, cette pépinière des arts,
et me voici dans la féconde Lombardie, le riant jardin de la grande Italie.
Grâce à l'affectueuse approbation paternelle, j'y viens,
armé de sa bienveillance et de ta fidèle compagnie.
Je satisferai mon père, le Seigneur Vincentio,
qui, de Pise, m'a envoyé ici, en ce 1er jour de l'année scolaire,
pour étudier à l'Université, et rehausserai sa fortune par une conduite exemplaire.
Arrêtons-nous un peu pour établir le cours de nos études scientifiques et littéraires.
Tout d'abord, j'étudierai la Vertu et cette part de la Philosophie,
qui traite du Bonheur que ne procure que la Vertu.
Dis-moi, Tranio,
que t'en semble? Avoir quitté Pise, pour venir à Padoue,
c'est comme sortir d'une mare pour se plonger dans les abysses,
afin d'y étancher une soif insatiable.
Lucentio, mon bon maître, je partage votre sentiment
et suis heureux de vous voir résolu à goûter aux sucs de la douce Philosophie.
Tranio!
Mais... n'allons pas nous cloîtrer dans les études et faire de l'Amour un banni...
...à jamais proscrit.
On ne tire profit que si l'on y prend plaisir, hein?
Maître?
Maître!
LA MÉGÈRE APPRIVOISÉE
Lucentio!
Viens donc bel étudiant Franchement
Que viens-tu apprendre... Prendre... prendre
Ni les Humanités, ni métier
Mais à te culbuter Ma douce et toute tendre
Merci à William Shakespeare,
sans qui nous aurions été à cours de mots.
Lucentio? Lucentio!
Lucentio!
Lucentio!
Lucentio.
Maître.
La voilette! La voilette!
Laissez-moi!
La voilette! La voilette!
Qui en amour se pâme
Pour un regard inconnu
Ôte ton voile, belle Dame Beauté se montre à nu
À nu
Oh, permettez, Damoiselle Permettez
Est-il donc vrai Que ta beauté ensorcelle
Si c'est bien vrai Par pitié, exauce mon rêve
Laisse moi faire Tout ce qu'Adam fit à Ève
Je sais y faire, Damoiselle Je sais y faire
Bianca!
Tranio, je brûle...
je me languis et je mourrai, si je ne conquiers pas cette humble jouvencelle.
Tiens.
Est-il possible que l'Amour prenne brusquement un tel empire?
Bianca!
Vite, à la maison! Votre sœur est enragée.
Hors de mon chemin, imbécile!
Bianca! Bianca!
- Bianca... Bianca! Bian... - Signor Baptis...
Messieurs, ne m'importunez plus, vous savez que j'ai décidé,
de n'accorder la main de ma cadette qu'après avoir marié l'aînée.
Quoi?
Après avoir marié l'aînée!
Si l'un de vous désire Katharina,
il a tout loisir de venir lui faire sa cour.
Vous parlez d'un loisir! Elle est trop coriace pour moi.
Auriez-vous résolu, mon père, que je sois la catin de ces... épouseurs?
Épouseurs, ma belle?
Personne ne vous épousera, tant que vous ne serez pas plus aimable et plus douce.
Vous n'avez rien à craindre. Mon cœur ne bat pas pour vous.
En vous voyant, je n'ai qu'une envie: vous peinturlurer en bouffons!
Et vous coiffer d'un tabouret!
Cette fille est folle à lier... ou une fabuleuse mégère.
Dans le silence de l'autre, je vois toute la pudeur d'une vierge sage.
Ne te tourmente pas, Bianca. Je ne t'en aime pas moins... Mon enfant!
Tu es ma fille aimante et dévouée.
Son p'tit chienchien!
Ma sœur, mon malheur devrait te satisfaire!
Père, je suis votre humble servante.
Mes livres et mes instruments seront mes compagnons,
ils peupleront ma solitude.
Ô Tranio, entends parler cette déesse!
Rentre, Bianca.
Quoi, vous l'enfermez, Signor Baptista, à cause de ce démon de l'Enfer?
Faut-il la punir, pour cette mauvaise langue?
- Messieurs, ma décision est prise. - Mais...
Elle aime par dessus tout, la musique, ses instruments et la poésie.
J'engagerai des précepteurs pour instruire sa jeunesse.
Si vous en connaissez, Hortensio, ou vous, Signor Gremio, amenez-les moi.
Je leur ferai bon accueil. Sur ce, adieu!
- Ah, la diablesse! - Des précepteurs...
Si vous aimez cette jouvencelle, aiguisez votre esprit pour la conquérir.
Voici la situation: sa sœur aînée est une mégère acariâtre.
Tant que son père l'a sur les bras, votre amour restera vierge et cloîtrée.
Ah, Tranio, quel père cruel!
Mais... as-tu remarqué?
Il cherche des précepteurs pour l'instruire...
J'ai une idée, Tranio.
Par ma foi, Maître, je crois que nous avons la même.
Chut!
Vous vous présenterez comme précepteur et vous instruirez la belle.
On ne nous a encore vus dans aucune demeure
et il n'est pas écrit sur notre visage, qui est le valet et qui est le maître.
La suite est claire:
tu seras le maître, Tranio, et, pour tout Padoue, le fils de Vincentio.
Je suis content d'être Lucentio, car j'aime beaucoup Lucentio.
Tu tiendras maisonnée, grand train et serviteurs, à ma place.
Et tu me présenteras comme précepteur, pour instruire la cadette de Baptista.
C'est parti, allons y.
Chut!
Oh!...
Signor Gremio!
Trêve d'hostilité! Pour l'heure, nous avons intérêt à être amis.
L'un comme l'autre,
nous ne pourrons approcher de nouveau notre belle
et rivaliser pour l'amour de Bianca,
qu'à une condition...
- Laquelle? - Pardi, trouver un mari pour sa sœur.
Un mari? Non, un démon!
- J'ai dit un mari. - Moi, je dis un démon!
Vous imaginez, Hortensio, malgré la fortune de son père,
qu'il existe un homme assez sot pour épouser l'Enfer?
Non!
Certes, ni votre patience, ni la mienne ne sauraient supporter ses criailleries.
Mais le monde est plein de braves -le tout est d'en trouver un-
qui prendraient la fille, avec tous ses défauts, pour la fortune du père.
Moi, j'en voudrais pas, pour tout l'or du monde.
Donner à Katharina un ma... ri, c'est permettre à Bianca de se marier.
Avec vous, ou avec moi?
La bague au premier arrivé. Qu'en dites-vous?
- Je suis d'accord. Cet homme doit exister. - Oui.
Je donnerais le meilleur cheval de Padoue,
à qui la courtise, la séduit, la met au lit et nous en débarrasse.
Cet homme doit exister!
Cet homme doit exister!
Cet homme existe sûrement. Cet homme existe sûrement.
Hors de mon chemin!
- Grumio! - Hein?
Viens, coquin, et frappe.
Qui dois-je frapper, Monsieur?
Ha! Ha!
Quelqu'un vous a-t-il offensé?
Maraud, frappe-moi ici, et rondement.
Vous frapper où?
À la porte de mon ami Hortensio, et frappe fort ou il t'en cuira, maroufle.
Ah! Mon maître est d'humeur belliqueuse.
Si je vous frappe le premier, je m'attends au pire.
Maroufle, tu vas frapper ou je te sonne les cloches!
- Au secours, mon maître est enragé! - Tu sonnes quand je te le dis.
Messieurs!
Hortensio. Ah, tu tombes bien, mon très cher ami!
Petruchio!
Qu'y a-t-il?
Relève-toi, Grumio! Debout!
N'ai-je pas là un motif légitime de quitter son service? Écoutez:
il m'ordonne de le frapper...
Misérable imbécile! Hortensio, j'ai dit à ce faquin de frapper à ta porte.
- Et il ne voulait rien entendre. - Frapper à sa porte? O Ciel,
n'avez-vous pas dit textuellement: "frappe-moi ici..."?
Disparais, coquin, ou tais-toi, ça vaudra mieux.
Signor Petruchio, quel bon vent vous amène à Padoue, depuis l'antique Vérone,
toi, et ton fidèle et charmant serviteur?
Signor Hortensio, voilà où j'en suis:
Antonio, mon père, est décédé
et je suis venu me fourrer dans ce capharnaüm,
pour tenter d'y trouver prospérité et femme.
Hein?
Prospérité et femme.
Femme... dis-tu?
Son père se nomme Baptista Minola, un gentilhomme affable et courtois.
Elle, c'est... Katharina Minola.
Voilà.
Petruchio, parlons sans détour. Puis-je te souhaiter d'avoir une mégère pour femme?
Tu ne m'en remercierais guère, mais je t'assure qu'elle sera riche,
...même très riche.
Non, j'ai trop d'amitié pour toi et je te la déconseille.
Quand elle le connaîtra comme moi, elle cessera lui crier dessus.
Signor Hortensio, notre amitié se passe de discours.
Si celle que tu dis est assez riche pour être la femme de Petruchio,
puisque la richesse est le refrain de ma danse matrimoniale,
fut-elle une véritable infection,
aussi vieille que Sibylle et plus acariâtre que Xanthippe, la femme de Socrate,
elle ne saurait altérer ni émousser le tranchant de ma passion,
même si elle tempête autant que l'Adriatique en fureur.
Je viens à Padoue faire un riche mariage. S'il est riche, il sera heureux.
Voyez-vous, Monsieur, il vous dit tout bonnement ce qu'il pense.
Si vous lui donnez assez d'or, il épousera une marionnette
ou une vieille sorcière édentée,
plus bancale que 52 chevaux boiteux.
Tout lui conviendra, si l'argent est au bout.
J'ai des écus dans ma bourse des biens en ma demeure,
et j'ai quitté ma contrée pour voir le monde,
pour faire fortune et prendre...
femme.
Et quand j'en vins à prendre femme
Et hi, et ho, le vent et la pluie
Crânement, j'ai perdu mon âme
Car chaque jour tombe la pluie
Je ne dormirai pas, Hortensio, avant de l'avoir vue.
Et hi, et ho, le vent et la pluie
Car chaque jour tombe...
Crânement...
Crânement, j'ai perdu mon âme
Car chaque jour tombe la pluie
Et quand j'étais dans mon jeune âge
Et hi, et ho, le vent et la pluie
Folie n'était qu'enfantillage
Car chaque jour tom...
Maintenant, Petruchio...
si je...
si je te fais rencontrer Katharina, accorde-moi une faveur:
aide-moi à courtiser sa sœur, Bianca.
Bien qu'il ne soit pas question d'or, j'accepte.
Mon cher Petruchio, fais-moi la grâce
de me présenter, sous ce déguisement, au vieux Baptista, comme professeur...
Comme professeur...
émérite de musique, pour instruire Bianca. Par ce stratagème, j'aurai enfin
le loisir de lui parler d'amour et de la courtiser, sans être suspecté.
Et ce, à l'insu du vieux Gremio!
C'est Gremio, mon rival en amour.
Dieu vous garde, Signor Gremio.
Charmé de vous rencontrer, Signor Hortensio.
Savez-vous où je vais? Chez Baptista.
Je lui avais promis de m'enquérir d'un précepteur pour Bianca,
et par bonheur...
Cambio!
...je suis tombé sur ce jeune homme.
Retire-toi!
Ce beau damoiseau m'a l'air bien galant!
Fort bien. Voici un gentilhomme, le Signor Petruchio, de Vérone,
prêt à courtiser Katharina et même à l'épouser, si la dot lui convient.
Oh, la vie avec une telle femme, doit être bien étrange!
Mais, si le cœur vous en dit, pardieu, vous pouvez compter sur mon aide.
Vraiment, vous allez courtiser cette chatte sauvage?
Aussi vrai que je vis.
Signor Petruchio.
Je vais te défigurer et aucun homme n'osera plus te regarder.
Non... Non!
- Non! - Prends ça! Et ça!
Ce murmure n'effraie pas mes oreilles. J'ai déjà entendu rugir des lions,
et la mer, en pleine tempête, enrager comme un furieux sanglier,
et les batteries des champs de bataille, et l'artillerie de la foudre céleste.
Dans de terribles combats, j'ai ouï
les bruyantes alarmes, les chevaux hennissants et le cri des trompettes.
Je vais te fendre le crâne!
Et vous venez me parler des cris d'une femme, qui
frappe moins l'oreille que le craquement d'une châtaigne dans l'âtre d'un paysan?
Allez faire peur aux enfants avec votre croque-mitaine!
...et je le jure haut et fort.
Oh, non! Ma sœur, non!
Ma sœur, ne me fais pas, et ne te fais pas
l'injure de me traiter en servante et en esclave.
Mijaurée!
De tous tes soupirants, dis-moi celui que tu préfères.
Crois-m'en, ma sœur, parmi tous ces prétendants,
je n'en ai jamais vu un, dont le visage me le fasse aimer plus qu'un autre.
Mijaurée, tu mens!
Katharina! Katharina! Bianca! Mes filles! Mes filles!
Quoi, sous mes yeux?
Ah, Bianca, retire-toi.
Pourquoi persécutes-tu cette innocente?
Quand t'a-t-elle seulement offensée en parole?
Bien entendu, elle est votre trésor, elle doit avoir un mari,
et, moi, danser pieds nus à son mariage!
Katharina, ma fille, de grâce!
Ne me parlez plus! Je vais aller pleurer jusqu'à l'heure de ma vengeance.
Katharina! Katharina!... Oh!
Signor Baptista.
Le bon jour, mon cher voisin.
Je vous avais promis de m'enquérir d'un précepteur pour la belle Bianca.
Vous le vouliez poète et fin lettré. Et, par bonheur, je l'ai trouvé.
Je vous propose volontiers ce jeune bachelier,
qui a fait ses études à Reims
et en d'autres universités, où il a acquis un grand savoir.
Il sait le latin...
le grec... et d'autres langues.
Il se nomme Cambio. Daignez agréer ses services.
Mille mercis, Signor,
vous êtes bien bon...
Et vous, puis-je avoir l'audace de vous demander l'objet de votre visite?
C'est à vous, Monsieur, de pardonner ma trop grand audace. Étranger à cette cité,
j'ose prétendre à la main de votre fille, Bianca, si belle et si vertueuse.
- Signor... - Lucentio est mon nom...
Lui, c'est Litio, natif de Mantoue.
Lucentio est mon nom, et voici quelques ouvrages en grec et en latin...
- Silence! - Lucentio!
Vous êtes bien le père d'une fille, du nom de Katharina, belle et vertueuse?
J'ai une fille, Monsieur, qui se nomme Katharina.
Si je m'en fais aimer, quelle dot m'apportera ma femme?
Oh! Vous êtes trop brusque! Mettez-y un peu les formes.
D'où êtes-vous...
Et à qui ai-je l'honneur?
Signor Baptista, j'ai des affaires urgentes et peu de jours pour faire ma cour.
Je suis un gentilhomme de Vérone. J'ai ouï vanter sa beauté et son esprit,
son amabilité, sa pudique modestie et ses merveilleuses qualités de douceur.
J'ai donc eu la hardiesse de m'inviter chez vous,
pour m'assurer de la véracité d'un récit, qu'on m'a fait si souvent.
Je suis Petruchio, fils d'Antonio, un homme bien connu dans toute l'Italie.
Maintenant, si je m'en fais aimer, quelle dot m'apportera ma femme?
Après ma mort...
la moitié de mes terres,
et, le jour même...
vingt mille couronnes.
Assez parlé, Petruchio. Laissez-nous, je vous prie, présenter nos suppliques.
En échange de cette dot, je lui assure pour son veuvage, si elle me survit,
toutes mes terres et tous mes fermages, présents et à venir.
Le fils d'Antonio est un Seigneur!
Litio,
prends ton luth et, toi, ta collection de livres.
Et allez voir vos élèves.
Holà, quelqu'un!
Conduis ces messieurs auprès de mes filles.
Dis-leur que ce sont leurs précepteurs. Et qu'elles leur fassent bon accueil.
Donc...
Toutes mes terres et tous mes fermages, présents et à venir.
Allons rédiger ce contrat qui nous engagera l'un et l'autre.
Oui, quand vous aurez obtenu le plus important,
c'est à dire son amour.
Car tout en dépend.
Oh, cela n'est rien. Je vais vous dire, Beau-Père,
je suis aussi autoritaire qu'elle est orgueilleuse.
Et, quand deux brasiers se rencontrent,
ils consument l'objet de leur violence.
Une brise fait croître des flammèches, mais l'ouragan éteint un incendie.
Je serai cet ouragan et elle se rendra. Je ne fais pas la cour comme un bambin.
Saloperie d'instrument! Racleur de boyaux!
Tripoteur de crincrin!
Vous devez être armé contre ces...
...quelques mots malheureux.
Signor Baptista! Maître! Maître!
Eh bien, mon ami, pourquoi es-tu si pâle?
De terreur, je vous assure.
Quoi, ma fille n'a pas de disposition pour la musique?
Plutôt pour être soldat.
Le fer lui résistera peut-être mais jamais un luth.
Par l'Univers, quelle robuste gaillarde. Il me tarde d'aller lui dire deux mots.
Allez, viens et ne te décourage pas.
Poursuis tes leçons avec ma cadette.
Si elle vocifère, je lui dis aussitôt,
qu'elle a la douce voix du rossignol.
Si elle me fait grise mine,
je luis dis que son regard est aussi pur qu'une rose du matin, perlée de rosée.
Si elle s'enferre à ne pas dire un mot,
alors, je vante l'éclat de son discours et loue la vivacité de son éloquence.
Si elle me dit de déguerpir, je la remercie de m'inviter pour la semaine.
Et, si elle refuse de m'épouser...
refuse de m'épouser,
je lui demande tendrement quand nous publierons les bans...
et célébrerons nos noces.
Le bon jour, Kate.
C'est ainsi qu'on vous nomme, m'a-t-on dit.
Vous avez cru l'entendre mais vous devez être dur d'oreille.
On dit Katharina, quand on me nomme.
Menteuse. On vous appelle Kate. Kate minette et parfois Kate sauvage;
Kate, la plus jolie Kate de la Chrétienté. Kataclysme aussi, mais très délicate Kate,
car toutes les Kate sont délicates. Kate, écoute-moi, Kate, mon réconfort...
On vante ta douceur dans toutes les cités,
on célèbre tes vertus, on chante ta beauté,
mais ton mérite surpasse ces éloges.
C'est ce qui m'a porté à te vouloir pour femme.
Porté?
À la bonne heure!
Eh bien, que ce qui vous a porté, vous remporte immédiatement!
À ce que je vois, vous êtes très mobile.
Comment ça, mobile?
- Comme ce tabouret! - Eh bien, repose-toi sur moi.
Ce sont les ânes qui sont faits pour porter, et vous en êtes un.
Les femmes -et vous en êtes une- sont aussi faites pour porter.
En tout cas, pas un lourdaud, comme vous.
Allons, ma bonne Kate, je ne te serai point un fardeau.
Tu es, je le sais, jeune et alerte.
Trop alerte, pour me faire prendre par un rustre.
Père! Cet homme...
Vincentio, mon père, possède trois navires de haut bord,
plus deux bateaux marchands et douze rapides galères.
Douze?
- Hic ibat Simois; hic est Sigeia tellus. - Laissons là les lectures!
Holà, Monsieur le violoneux, tu prends trop de libertés.
Aurais-tu déjà oublié la danse que t'a donnée sa sœur Katharina?
Cuistre braillard! La Musique est la patronne de l'Harmonie céleste.
Âne bâté! Va faire un tour et fiche-nous la paix.
- Va accorder ton instrument. - Mais il est déjà accordé.
Crache dedans et va le réaccorder.
Où te crois-tu? Reste à ta place.
Vous viendrez, quand je me serai accordé?
Compte là-dessus!
Hic ibat Simois...
Re-bonjour, Kate. Ma bonne Kate, je suis un gentilhomme...
C'est à voir!
Allons, ma petite guêpe. Ma foi, vous êtes trop irascible.
Si je suis une guêpe, gare à mon dard!
Le remède m'est connu, il faut l'arracher.
Encore faut-il que l'imbécile sache où il se trouve.
Tout le monde sait que la guêpe a son dard au derrière.
- Non, sur la langue. - Quelle langue?
La vôtre qui ne dit que des sornettes! Sur ce, bon vent!
Quoi, ma langue sur votre derrière?
Oh!
Je vous jure que je vous gifle au prochain coup.
Si... si vous me frappez, vous n'êtes pas un gentilhomme.
Allons, Kate, je suis le mari qu'il vous faut...
- Canaille! - Par cette lumière qui éclaire ta beauté,
cette beauté qui tant me réjouit...
- Misérable monstre, va-t-en! - Personne d'autre que moi ne t'épousera.
Personne d'autre que moi ne t'épousera.
Car je suis né pour t'apprivoiser, Kate,
pour changer cette chatte sauvage en Kate, câline comme une chatte domestique.
...câline comme une chatte domestique.
Non!
Tu n'es pas de celles qui se renfrognent, qui lancent des regards dédaigneux,
ou se mordent les lèvres comme ces filles coléreuses.
Tu ne prends point plaisir à contredire.
Tu accueilles tes soupirants avec douceur,
tes propos sont gracieux, charmants et affables.
Que tu le veuilles ou non, je... vais...t'é...pou...ser.
Plutôt mourir!
- Ah, Katharina! - Mes vingt mille couronnes!
Katharina!
Signor Baptista! Signor Baptista! Katharina!
Katharina! Ma fille!
Vous avez dit "ma fille"?
Vous me donnez une belle preuve de tendresse paternelle,
en voulant me marier à un dément, une brute sans cervelle, un moulin à jurons,
qui croit m'abuser avec toutes ses belles paroles.
Signor Petruchio,
comment se déroule votre cour?
On ne peut mieux, Monsieur! D'ailleurs, je ne pouvais que réussir.
Je t'assure que tu ne m'échapperas pas.
Je vous griffe, si vous me retenez. Lâchez-moi!
On m'avait dit que tu étais brutale, et revêche et butée.
C'était, je le vois, de purs mensonges.
Tu es aimable, enjouée et plus que courtoise.
Tu es peu volubile et suave, comme une fleur des champs printanière.
Où avez-vous appris tous ces beaux discours?
J'improvise, je tiens ça de ma mère.
À mère sage, fils insensé.
Je ne suis donc pas sage?
Si, pour faire votre pelote.
Morbleu, je me pelotonnerai dans ton lit!
Que tu le veuilles ou non, je t'épouserai.
Tout le monde dit que Kate est retorse.
Ô monde calomniateur! Kate est droite et fine comme la tige du coudrier,
brune comme une noisette et plus douce que son amande.
- Signor Baptista... - Messieurs, un peu de calme!
Voici mon arbitrage.
Les faits seuls doivent l'emporter.
Celui qui pourra assurer à ma fille la plus grosse dot,
aura la main de Bianca.
Chut!
Voici ton père. Ne va pas me contredire. Je veux et j'aurai Katharina pour femme.
Je n'ai jamais vu une affaire aussi rondement menée!
Et maintenant, Baptista, au tour de la cadette.
Je...
Je dois l'admettre, vous êtes le meilleur parti.
Oui, si son père apporte sa caution!
Et si père il y a, pour la signer!
Si votre père se porte garant, elle est à vous.
Signor Petruchio.
Beau-Père,
vous et les autres, vous vous êtes toujours mépris sur son compte.
Elle n'est pas arrogante mais modeste comme la colombe.
Elle n'est pas coléreuse mais tempérée comme le matin.
Et nous nous sommes si bien accordés
que dimanche sera le jour de nos noces.
Je t'enverrai te faire pendre, dimanche!
Nous avons convenu entre nous, qu'elle continuerait à faire sa mégère en public.
De tous les êtres vivants, l'homme est le pire!
Je vous dis que c'est incroyable comme elle m'aime.
Je t'enverrai te faire pendre, dimanche!
Oh, ma douce Katharina! Oh, la plus tendre des Kate!
Pendue à mon cou, elle m'a couvert de baisers et fait tant de serments,
qu'en un clin d'œil, son amour m'a conquis.
Vous êtes des novices. C'est merveille de voir comment, en tête à tête,
un timide freluquet peut apprivoiser la plus intraitable des mégères.
De tous les êtres vivants, l'homme est le pire!
Petruchio!
Beau-Père, mes amis... Beau-Père, mes amis, adieu!
Je pars à Venise acheter le trousseau pour la noce,
les bagues, les parures et autres fanfreluches.
Embrasse-moi, Kate,
nous serons mariés dimanche!
Ding, ding, dong; ding, ding, dong
Fait le campanile
Ding, ding, dong; ding, ding, dong
Sonnent les matines
Signor Baptista!
Katharina?
Ma fille?
Mon enfant!
Katharina!
Katharina!
Je t'en prie!
Mon enfant!
Ma fille!
Voilà Petruchio.
Que diront les gens?
Quel scandale! Le fiancé absent,
alors que le prêtre attend pour célébrer le mariage!
Qu'en pensez-vous, Lucentio? Quelle honte!
La honte est pour moi seule.
Désormais, on dira de moi: "Pauvre Katharina", en ajoutant:
Elle sera la femme de ce fou de Petruchio ...si, un jour, il daigne l'épouser.
Petruchio arrive! Petruchio arrive!
Petruchio arrive! Petruchio arrive!
Il porte un vieux chapeau, un pourpoint miteux,
de vieilles culottes rapetassées,
et sa selle vermoulue a des étriers dépareillés.
Comment va mon Beau-Père?
Le bon jour, gentes gens.
Me ferait-on grise mine?
Oh, gens de bien! Pourquoi me dévisager comme si j'étais un étrange monument,
une comète ou quelque prodige extraordinaire?
Ôtez cet habit, indigne de votre rang, qui offense la vue, en ce jour solennel!
Vous comptez épouser ma fille ainsi vêtu?
Pardieu, évidemment! Assez parlé,
c'est moi qu'elle épouse, pas mes vêtements.
Et je suis fou de bavarder avec vous, au lieu de
présenter mes hommages à ma fiancée et de sceller ma promesse d'un tendre baiser.
Ah! Le sang du Christ!
Petruchio.
Petruchio!
Petruchio,
veux-tu prendre Katharina pour légitime épouse?
Euh...
Petruchio,
veux-tu prendre Katharina pour légitime épouse?
Ah, la bague!
La bague.
La bague...
La bague.
Petruchio, veux-tu prendre Katharina pour légitime épouse?
Morbleu, oui!
Katharina...
Katharina,
veux-tu prendre Petruchio pour légitime époux?
Ah! N...
Non!
Père...
À table, bonnes gens. Mangez et buvez tout votre saoul.
Je vous en prie!
Messieurs et chers amis, merci de vos bontés.
Je sais que vous espériez dîner avec moi, ce soir,
et que vous avez préparé des victuailles à foison,
mais, hélas, une affaire urgente m'appelle et m'oblige à prendre congé sur le champ.
Quoi, vous voulez nous quitter dès ce soir?
Je dois partir avant la nuit.
Si vous saviez pourquoi, vous presseriez mon départ, au lieu de me retenir.
Noble compagnie, merci encore...
d'avoir assisté à mon union avec cette patiente, douce et vertueuse épouse.
Soupez avec mon père, buvez à ma santé, car je dois vous quitter. Adieu, tous!
- S'il vous plaît, restez au moins dîner. - C'est impossible.
- Permettez-moi d'insister. - Impossible.
Et si je vous en supplie?
J'en suis ravi.
Ravi de rester?
Ravi que vous me suppliez, mais c'est non, quand vous me supplieriez à genoux.
- Grumio, mes chevaux. - Oui, Maître, ils sont prêts.
Eh bien, fais comme tu veux, moi, je ne pars pas, ni ce soir,
ni demain, ni avant d'en avoir envie.
La porte vous est ouverte, Monsieur. Vous pouvez marcher jusqu'à en user vos bottes.
Moi, je ne partirai que quand il me plaira.
Ma fille, calme-toi. Ne te fâche pas.
Je me fâche, si je veux. De quoi vous mêlez-vous?
Taisez-vous, mon Père. Il attendra mon bon plaisir.
Gentes gens, si vous voulez passer au banquet...
On a tôt fait de passer pour sotte quand on n'a pas la force de résister.
Tes désirs sont des ordres, Kate. Qu'on obéisse à la jeune mariée!
Festoyez, faites bombance, enivrez-vous en l'honneur de son pucelage.
Soyez fous et gais, ou allez vous pendre,
mais Kate, ma minette, doit me suivre.
Gardez vos grands airs effarés et vos nerfs.
Je suis maître de ce qui m'appartient!
Elle est mon bien, ma chose, ma demeure, mon champ, ma grange,
ma jument, ma vache, ma bourrique, mon tout.
Elle est à mes côtés. Qui osera y toucher?
Et gare au téméraire qui voudrait me barrer la route dans Padoue!
Grumio, tire ton épée. Nous sommes cernés par des brigands!
Sauve ta maîtresse, si tu es un homme!
Ne crains rien, chère petite! Personne ne te touchera, Kate.
Je serai ton bouclier, fussent-ils un million.
Père! Père!
- Petruchio... - Père!
Allez tous vous faire pendre!
Répugnant et immonde pourceau!
La peste soit de toi!
En avant! Hue! Hue!
S'ils n'étaient pas partis aussi vite, je serais mort de rire.
De toutes les unions insensées, celle-ci est la plus folle.
- Que pensez-vous de votre sœur? - Cette folle à lier, à un fou, s'est liée!
On verra bientôt Petruchio "déKati".
Allons, Kate! Viens! En avant, Kate, en avant!
- Espèce de fou! - Suis-moi, Kate, si tu en a la force.
IVROGNE
Viens, Kate!
.. mariée à un dément, une brute sans cervelle...
Hé, Maître!
- Hue, donc! - La peste soit de toi!
Le Maître!
Quoi, vauriens! Personne à la porte, pour me tenir l'étrier et soigner mon cheval?
Grégory? Philippe?
Nathaniel? Curtis?
De l'or!
Encore! Encore!
Où est la vie, où est la vie Que j'ai menée
Où est la vie que j'ai menée Elle est partie
Partie, s'est envolée
Volée
Assieds-toi, Kate, et sois la bienvenue.
Têtes de bûches! Grossiers palefreniers!
Personne pour nous accueillir, nous saluer et nous servir!
Cul terreux! Fils de putain! Bourrin de brasserie!
Ne t'ais-je pas dit d'aller ventre à terre,
et de tout préparer pour ta maîtresse?
La livrée de Nathaniel, Monsieur, n'était pas tout à fait prête.
Les souliers de Grégory avaient le talon décousu,
et la dague de Philippe, toujours pas de fourreau.
Mais, tels qu'ils sont, ils sont à votre service.
Allez, maroufles, qu'on apporte à souper!
Et vite, coquins!
Vite!
J'ai faim!
J'ai faim!
Attrape-moi ce poulet!
J'ai faim!
J'ai faim!
Faim! Faim! Faim!
J'ai faim!
Où sont donc ces marauds?
Tout est prêt.
Allons, bonne et douce Kate, régale-toi.
Sois gaie, Kate.
Donnez-moi de l'eau! Holà, de l'eau!
De l'eau!
Vais-je avoir enfin de l'eau?
- De l'eau! - De l'eau!
Calmez-vous! Il ne l'a pas fait exprès.
Fils de pute! Tête de punaise! Faquin aux oreilles d'âne!
Reviens t'asseoir, Kate. Je suis sûr que tu as très faim.
Veux-tu dire les grâces, ma bonne Kate, ou les dirai-je?
- Amen. - Amen.
Amen.
Amen.
- Amen. - Amen!
C'est quoi, ça? Du poulet?
Ouais.
- Qui l'a servi? - Moi.
Moi! Moi!
Il est brûlé. Et toutes ces viandes aussi!
Bandes de chiens! Où est ce foutu cuisinier?
Vous osez, coquins, sortir ça du fourneau et le servir,
quand je ne le supporte pas?
Débarrassez-moi tout ça!
De grâce, mon cher mari,
ne vous énervez pas.
Les viandes étaient à point,
si vous aviez... bien voulu... vous en accommoder.
Kate, elles étaient brûlées et racornies et on m'a absolument interdit d'y toucher,
car cela rend bilieux et colérique.
Il vaut mieux jeûner que de manger des viandes trop cuites.
Un peu de patience; tout ira mieux demain. Ce soir, nous jeûnerons tous deux.
Viens, je vais te porter dans la chambre nuptiale.
Grumio!
Où est la vie qu'il a menée
Elle est partie
Partie, s'est envolée
Non!
Imbéciles! Comment avez-vous fait le lit?
Oreiller par ci, traversin par là; d'un côté la couverture, de l'autre les draps!
Dans ce capharnaüm, un jouvenceau peut-il séduire et posséder sa tendre épouse?
Grégory! Curtis! Philippe! Nathaniel! Grumio!
Je vous crache dessus, pour la façon dont vous l'avez traitée!
Voilà comment on accable une femme à force de bontés.
Plus bas.
Plus bas.
Plus bas.
Le bon jour, Kate.
Eh bien, ma charmante, pourquoi cet air morose?
Comment va ma Kate?
Mal.
C'est très bien.
Non, non!
Maître. Maître!
J'ai tant fait le guet que j'en suis fourbu.
Mais j'ai aperçu un homme qui pourrait jouer votre père.
Un ange cacochyme qui descend la colline.
Tranio le suit et l'aborde.
- Dieu vous garde, Monsieur. - Vous aussi, Monsieur. Et bienvenue!
- De quelle contrée êtes-vous? - De Mantoue, Monsieur.
Mantoue?
De Mantoue? Morbleu, à Dieu ne plaise! À Padoue, vous risquez votre vie!
Ma vie, Monsieur? Et comment, je vous prie? Sérieusement?
C'est la mort pour tout Mantouan, qui vient à Padoue.
Vous ne savez pas pourquoi?
Vos bateaux sont bloqués à Venise et le Duc, par hostilité contre le vôtre,
vient de faire proclamer cet édit.
Hélas, Monsieur, que me conseillez-vous?
Pour vous servir, voilà ce que je vous conseille:
Pour vous sauver la vie et par égard pour vous, je vais vous aider.
Par chance, vous ressemblez au Seigneur Vincentio...
Vous êtes franc et direct, ça me plaît.
C'est vrai, votre fils Lucentio, aime ma fille et... il en est aimé.
Si vous pouvez me garantir
que vous vous conduirez en bon père et assurerez à ma fille une dot suffisante,
nous pourrons signer le contrat...
...chez votre fils. Les murs ont des oreilles et j'ai une grande maisonnée.
Ensuite, il pourra épouser Bianca.
Signor Baptista.
Tout est réglé! La cérémonie aura lieu dimanche prochain et j'offre le festin.
Nous inviterons les citoyens de Padoue et Petruchio et Katharina en seront.
Ma Dame... enfin joyeuse?
Sincèrement, je n'ai jamais été aussi amère.
Reprends ta bonne humeur et fais-moi un sourire...
Votre père nous invite aux noces de Bianca.
Et il serait bon que nous y allions, richement vêtus.
Tailleur et chapelier sont à tes ordres pour te parer de fanfreluches et d'atours.
Tailleur, voyons ces parures.
Qu'avez-vous de nouveau?
- Voici... - La coiffe que votre Honneur a commandée.
- Vous l'avez moulée sur une soupière? - Oh, je l'adore!
Un pot de chambre! C'est indécent.
- Indécent? - Indécent?
Et dégoûtant.
C'est une coquille de noix ou d'escargot, un godet, un joujou, un bonnet de bébé.
Enlevez-moi ça! Montrez-m'en une plus grande.
Non, pas une plus grande! Celle-ci est à la dernière mode.
Et les dames comme il faut portent de telles coiffes.
Quand tu te conduiras comme il faut, tu en auras une. Mais pas avant.
Ah, Monsieur,
il me semble que j'ai quand même le droit de parler! J'ai à vous dire
que je ne suis ni une enfant, ni un bébé.
De meilleurs que vous, ont supporté ma franchise.
Faites-en autant ou bouchez-vous les oreilles.
Si mon cœur ne peut exprimer ma rage, de colère rentrée, il se brisera.
Je t'aimerais encore plus, si tu ne l'aimes pas.
Aimez-moi ou ne m'aimez pas. Cette coiffe me plaît et je n'en veux pas d'autre.
La robe! Allons, tailleur, fais-nous voir ça.
Miséricorde! C'est quoi, cet accoutrement?
Et ça, c'est une manche? On dirait une bombarde. La coupe est vraiment tarte!
Par le diable, tailleur, comment appelles-tu ça?
Vous m'avez demandé de la faire selon les canons de la mode actuelle.
Monstre d'insolence! Tu mens! Bout de fil, dé à coudre,
aune et demi aune, tu mens!
Tu mens, quart d'aune, pied, pouce, puce, puceron, ciron!
Hors d'ici, oripeau, chiffe, loque,
ou je te mesure à l'aune de ton caquet, et tu cesseras à jamais tes sornettes!
Bon, ma chère Kate, nous irons chez ton père,
simplement vêtus, mais décemment du moins.
Notre bourse sera plus pleine, nos vêtements plus pauvres,
mais c'est l'esprit qui fait la richesse du corps.
Et, comme le soleil perce les plus sombres nuages,
l'Honneur paraît sous d'humbles habits.
Le geai surpasse-t-il l'alouette parce que ses plumes sont plus belles?
La vipère est-elle meilleure que l'anguille parce que sa peau diaprée charme l'œil?
Chère Kate, tu n'es pas dépréciée dans cette pauvre robe et ces piètres atours.
Si tu y vois quelque honte, rejettes-en la faute sur moi.
Grumio!
N'oublie pas de payer le tailleur.
Cela étant... haut les cœurs.
Mon amour en sucre,
nous retournons chez ton père. Nous aurons d'aussi beau habits que les plus riches.
Manteaux de soie, bagues d'or, fraises, manchettes, vertugadins et fanfreluches,
bracelets d'ambre, colliers de perles, écharpes et éventails.
- Quand partons-nous? - Sur le champ.
- Quelle heure est-il? - Il fait jour.
- Il fait nuit. - Il est sept heures.
Il est à peine deux heures.
Il doit être sept heures, ou je ne monte pas en selle.
Quoique je dise, fasse ou projette, il faut toujours que tu me contredises.
Bon, laissons cela.
Je ne partirai pas aujourd'hui ou, si je pars, il sera l'heure que je dis.
Il est... sept heures.
Dépêche-toi, Sacrebleu! Nous ne sommes pas encore chez ton père.
Seigneur! Comme la lune est resplendissante!
J'ai dit la lune.
Je sais que c'est la lune.
Menteuse, c'est le bienheureux soleil.
Bénit soit Dieu, c'est le bienheureux soleil.
Mais ce n'est pas le soleil, si vous le dites, et la lune change selon vos désirs.
Quelque soit le nom que vous donnez aux choses, c'est leur nom.
Et il en sera toujours ainsi pour Katharina.
En avant!
Attends! On vient par ici.
Le bon jour, gente Dame, où allez-vous?
Dis-moi, douce Kate, franchement, as-tu jamais vu jouvencelle au teint aussi frais?
Le lys et la rose se disputent ses joues!
Quelles étoiles, dans le ciel, scintillent aussi joliment
que ces deux yeux, dans ce céleste visage?
Belle... adorable jeune fille,
encore une fois, bonjour.
Douce Kate, embrasse-la, en hommage à sa beauté.
Jeune pucelle en fleur,
si belle, si jeune et charmante,
où vas-tu et où demeures-tu?
Heureux les parents d'une si belle enfant
et encore plus heureux l'homme, que sa bonne étoile conduira dans ton lit!
Kate, j'espère que tu n'es pas folle,
c'est un homme, vieux, ridé, fané, flétri, et non la vierge que tu dis.
Oh, Père vénérable, pardonnez à mes yeux leur méprise.
Ils ont tellement été éblouis par le... soleil,
que, partout, ils ne voient que verdeur et jeunesse.
Je me rends compte, à présent, que vous êtes un noble vieillard.
Pardonnez-moi, je vous prie, pour mon absurde méprise.
Pardonnez-lui, Grand-Père, et dites-nous de quel côté vous allez?
Si c'est notre chemin, nous serons ravis de le faire en votre compagnie.
Beau sire, et vous, ma joyeuse dame,
dont l'abord m'a fort surpris,
mon nom est Vincentio.
Je suis de Pise.
Pise, aux citoyens austères.
Je me rends à Padoue, chez l'un de mes fils, que je n'ai pas vu depuis longtemps.
Il étudie à l'Université et il s'appelle Lucentio!
- Maître. - Biondello...
Chut!
Doucement et vite, Monsieur!
Pour l'heure, le prêtre unit Hortensio et sa gaillarde veuve.
Dès que l'église sera vide, il vous mariera en secret à votre maîtresse.
Nous y volons, Biondello!
Dites-moi, Monsieur, c'est bien la maison d'un certain Lucentio?
Oui, mais on s'y affaire à discuter de dot.
Frappez donc plus fort.
Qui frappe ainsi, à défoncer la porte?
Le Signor Lucentio est-il là?
Il est là, mais on ne peut lui parler.
Veuillez lui dire que son père est à sa porte et désire lui parler.
Menteur!
Son père est ici et vous regarde de cette fenêtre.
- Vous, son père? - C'est du moins ce que dit sa mère,
et je dois bien la croire...
Hein, comment ça, vieillard!
Vous êtes un fieffé coquin de vous attribuer ainsi le nom d'autrui.
Empoignez-moi ce gredin!
Je crois qu'il veut duper quelqu'un dans cette ville en se faisant passer pour moi.
Biondello. Biondello!
À l'aide!
Viens ici, gibier de potence!
Le père de mon maître, le Seigneur Vincentio.
Approche, canaille!
Quoi, tu ne te souviens pas de moi?
De vous? Pas du tout, Monsieur.
Je ne peux pas me souvenir de vous... Je ne vous ai jamais vu de ma vie.
Comment, triste coquin, tu n'as jamais vu le père de ton maître?
À l'aide, mon fils!
Qui êtes-vous pour oser frapper mon valet?
Qui je suis, Monsieur? Et vous, qui êtes-vous?
Oh, dieux immortels! Oh, le beau gredin!
Pourpoint de soie, culotte de velours, cape écarlate et chapeau en pain de sucre!
Oh... Oh, je suis ruiné. Oh...
Je suis ruiné!
Je suis détroussé! Mon fils et mon valet ont tout dilapidé à l'Université.
Cet homme a tout l'air d'être fou!
Cela vous regarde-t-il si je porte des perles et... de l'or?
Grâce aux bontés de mon père, j'en ai les moyens.
Lui, ton père?
Son père coud des voiles, à Bergame.
Vous vous trompez, Monsieur. S'il vous plaît, d'après vous, quel est son nom?
Son nom? Comme si je l'ignorais!
Je l'ai élevé depuis ses trois ans et il s'appelle Tranio.
Tranio?
Va-t-en, vieille bourrique!
Son nom est Lucentio, il est mon fils unique et l'héritier de mes terres.
Lucent...
Gredin! Oh, crapule!
Scélérat! Scélérat!
Mon valet a assassiné mon fils!
Arrêtez-le! Je vous en conjure, au nom du Duc!
Oh, mon fils! Mon fils!
Dis-moi, crapule, où est mon Lucentio?
Faites venir un garde!
Reniez-le, désavouez-le, Maître, ou c'en est fait de nous!
Vous osez lever la main sur moi?
Vous verrez, je m'en plaindrai au Duc. Il vous châtiera pour votre imposture.
Pardon, cher Père.
Tu es vivant, mon cher fils!
Pardonnez-moi, cher Père.
Mon époux, entrons dans la maison de mon père.
Oui, mais d'abord, embrasse-moi, Kate, avant d'entrer.
En pleine rue?
Aurais-tu honte de moi?
Non, Monsieur, à Dieu ne plaise!
Mais honte de... vous embrasser en public.
- Dans ce cas, rentrons chez nous. - Non, je vais te donner un baiser.
Et je t'en prie, mon amour, restons.
Grumio, mon vin.
À table, toujours à table! Manger, manger encore!
C'est Padoue qui produit tous ces délices, Petruchio, mon fils.
Padoue ne produit que des délices.
Pour notre bonheur à tous deux, puissiez-vous dire vrai!
Ma foi, Hortensio souffre de la peur de sa veuve.
- Je n'ai pas peur. - Je veux dire qu'Hortensio a peur de vous.
Votre époux, étant affligé d'une mégère, prête au mien ses propres craintes.
Voilà quelle est ma pensée.
- Une pensée bien basse. - Oui, comme vous.
- Hardi, Kate! - Hardi, la veuve!
Cent couronnes que ma Kate l'étend aussi sec!
Ça, c'est ma besogne.
Avec votre permission, mes Seigneurs, ces dames vont se retirer.
Bianca.
Pardieu, Petruchio, je me demande si c'est toi, qui as la pire mégère.
Je dis que non! Et pour en avoir la preuve, que chacun envoie quérir sa femme.
Celui dont l'épouse sera la plus docile et viendra dès qu'on l'ira chercher,
celui-là gagnera le pari que je vous propose.
Tenu!
- Quel enjeu? - 200 couronnes.
200 couronnes?
Je mettrais ça sur mon faucon ou mon chien. Je mise vingt fois plus sur ma femme.
Eh bien, soit! 4.000 couronnes.
Tenu?
Tenu!
- Qui commence? - Moi. Biondello?
Va dire à ta maîtresse de venir me voir.
Je veux être de moitié avec vous. Bianca viendra.
Je ne partage pas. Je tiens le pari tout seul.
Alors, quelles nouvelles?
Ma maîtresse vous fait dire qu'elle est trop occupée pour venir.
Quoi, trop occupée pour venir? Est-ce une réponse?
Oui, et polie encore.
Priez Dieu, Monsieur que votre femme ne vous en envoie pas une pire.
J'attends mieux.
Mon garçon!
Mon garçon,
Biondello, va prier ma femme de venir ici... sur le champ.
Si vous la priez, il faudra bien qu'elle vienne.
J'ai bien peur qu'aucune prière ne fléchisse la vôtre.
- Où est ma femme? - Elle refuse de venir,
et vous somme de la rejoindre.
De mal en pis, elle refuse de venir! C'est infâme, odieux et insupportable!
Grumio, va dire à ta maîtresse que je lui ordonne de venir.
- Je connais sa réponse. - Quoi?
Elle ne voudra pas venir.
Regardez, la voilà qui arrive.
- Mais enfin, vous plaisantez! - Non, je n'irai pas!
Voyons, voyons,
défronce ce sourcil agressif et hargneux,
ne lance pas, de tes yeux pleins de morgue, ces regards acérés,
qui blessent ton Seigneur, ton Roi et ton Maître
et qui ternissent ta beauté, comme le gel flétrit la prairie.
Ton époux est ton seigneur, ta vie, ta sauvegarde, ton chef et ton souverain.
Il prend soin de toi.
Pour ton bien être, il astreint son corps à de durs labeurs, sur mer et sur terre.
La nuit, il affronte la tempête et, le jour, la froidure,
pendant que toi, tu es au chaud, chez toi, à l'abri et en sûreté.
Il ne réclame, comme tribut de ta part, que de l'amour, une mine avenante,
et une sincère obéissance.
C'est peu payer... une si lourde dette.
Les devoirs d'un sujet envers son Prince
sont ceux qu'une épouse doit à son mari.
Quand elle se montre revêche, hargneuse, boudeuse ou acariâtre,
et désobéit aux désirs honnêtes de son mari,
elle n'est qu'une immonde et perfide rebelle,
une traîtresse impardonnable envers son Seigneur aimant.
Honte aux femmes assez sottes pour déclarer la guerre, au lieu de quémander la paix,
et pour prétendre régner, dominer et diriger,
quand leur rôle est de servir, d'aimer et d'obéir.
Pourquoi...
avons-nous des corps délicats, frêles et fragiles,
inaptes aux durs et pénibles travaux,
si ce n'est pour que nos tendres cœurs soient en harmonie avec notre apparence?
Venez, misérables vermisseaux indociles!
Venez!
J'ai eu ce même caractère arrogant,
ce même orgueil, rendant toujours mots pour mots, et coups pour coups.
Mais j'ai compris enfin que nos piques ne sont que fétus de paille.
Venez mettre vos mains sous les pieds de vos époux.
S'il plaît au mien de recevoir ce gage d'allégeance,
ma main est prête.
Puisse-t-elle lui être agréable!
Tu es une bonne fille!
Et maintenant, embrasse-moi, Kate.
J'ai gagné la bataille, qu'il vous reste à livrer.
Et qu'avec la victoire, Dieu vous accorde... une bonne nuit!
DIEU VOUS ACCORDE UNE BONNE NUIT
Sous-titres par JOC
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