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LOUIS XI : Le pouvoir fracassé
- Qui va là ? On ne passe pas. - Je viens en ami.
- Que voulez-vous ? - Je porte un message.
- Le roi n'attend rien. - Je dois voir le capitaine.
On n'entre pas au château. Écartez-vous !
Attendez ! Ce que j'ai à dire au roi ne peut attendre. Laissez-moi entrer.
Diego !
J'ai un message important pour le roi.
- Il y va de sa vie. - Votre nom.
Je lui le dirai. Laissez-moi lui parlez, je vous en prie.
Bofortier ! Accompagne-le à la salle basse.
Et toi occupe toi de son cheval.
Il est porteur d'un message pour le roi.
Tu peux y allez.
Suivez-moi.
Vous voyez tous ces gens ? Ils ont tous un message à porter au roi.
Ils viennent même de l'étranger. De Savoie, de Flandre.
Chacun son secret.
Ce que j'ai à dire au roi n'est pas un petit secret.
C'est possible. Prenez place, on va vous chercher.
Un chapeau de 4 sous pour une couronne qui vaut de l'or.
Dis-moi. Mon cousin Louis d'Orléans et ma fille Jeanne sont arrivés ?
Pas encore Sire, mais j'ai aperçu hier soir les gens de leur maison
Je l'ai est fait renvoyer.
Je ne veux pas d'étrangers dans le château.
Qui est derrière la porte ?
À cet heure, Mac Douglas et Fergusson, Sire.
Ah, de bons écossais,
Ça te déplait de les voir assurer ma sécurité ?
Mais je n'ai confiance qu'en eux.
Une bonne sentinelle doit se sentir dépaysée,
sinon elle parle à tout le monde et se lie avec n'importe qui.
Et leur capitaine, qu'en penses-tu ?
MesSire Guillaume ?
C'est un homme avisé Sire.
Tu ne te compromets pas. Va le chercher tout de suite.
Ils m'ont déjà tous mis en terre et je suis solide, encore.
- Le roi vous souhaite la bienvenue. - Vous le remercierez.
Où sont mes palefreniers et valets ?
Je l'ai est renvoyé monseigneur. La sécurité du roi l'exige.
Et sa majesté vous offre les gens de sa maison.
ils sont à votre service.
Nous savons à quoi le roi occupe ses journées.
À se méfier.
MesSire Guillaume, le roi souhaite vous voir.
Il me faut encore du temps pour faire de mon fils un roi
S'il devait demain me succéder, les loups le dévoreraient.
- Qu'en dis-tu, Guillaume ? - Je suis à votre service, Sire.
Gilles, laisse nous.
Je veux que tu doubles la garde partout dans le château.
D'abord au pont-levis. C'est le jour du conseil.
je ne suis pas tranquille quand mes ministres sont là.
Ensuite, tu réuniras une compagnie
et tu feras porter au moine 2 clérisses**, 2 statuettes
que notre aumônier te remettra.
Une compagnie sert pour 2 statuettes ?
Oui. Je veux que mes soldats soient reconnus partout.
Ils traverseront villages et hameaux,
ils s'arrêteront dans chaque bourg,
et ils diront que le roi est guéri, qu'il se porte bien.
- Sire ! - Qu'il règne pour toujours.
J'ai vaincu la maladie comme j'ai vaincu jadis
celui que tout le monde redoutait,
mon beau frère, Charles Bourguignon,
le téméraire.
Qu'ils le disent partout.
Je n'ai peur de rien, ni de personne.
Mon gendre et cousin Louis d'Orléans est-il enfin arrivé ?
À l'instant, Sire.
- Tu le fais surveiller ? - Oui.
A-t-il protesté que tu aies renvoyé ces gens ?
Il a pris la nouvelle avec bonne humeur, Sire.
Dans ce cas, fait le surveiller plus qu'à l'ordinaire.
Je l'ai prévu, Sire.
Ma fille Jeanne l'accompagne ?
Oui, Sire.
Que fait elle ?
Elle est en prière, Sire.
Ma cadette a la vocation du martyre.
Sire, un cavalier est arrivé ce matin à l'aube.
Un gentil homme, porteur d'un message.
- Tu le connais ? - Non.
il n'a pas dit son nom. Il affirme qu'il y va de votre vie, Sire.
De ma vie ?
De Dieu... Fais venir cet homme.
Ma soeur Jeanne et son mari sont arrivés ?
- Je l'ai entendu dire, Madame. - Claire, donne-moi de ce rouge.
Je dois avoir bonne mine, aujourd'hui.
Votre altesse est si belle.
Père ! Je ne vous avez pas entendu.
Tu prends bien du soin à te farder, ce matin.
Me le reprochez-vous ?
- Anne, tu sais que je n'aime guère les futilités.
Je ne les aime pas non plus, Sire, mais ce que je fais chaque jour
sur mon visage est une manière d'obéir
à ce que m'a enseigné mon père.
Il t'a enseigné les poudres. Mais encore ?
J'ai appris que la 1re nécessité du pouvoir était de paraître.
C'est juste.
Je suis venu recueillir ton avis.
Je me demande ce qui pousse le mari de Jeanne, notre cousin,
Louis d'Orléans, à venir nous voir précisément le jour du conseil.
Si vous posez la question, vous avez la réponse.
Anne ?
Anne ?
- Ah, Sire. Vous étiez-là.
Vous arrivez à propos, Pierre.
Je demandais à Anne son avis sur la visite de Louis d'Orléans.
Pierre a son opinion.
Bien sûr.
- Toujours avisé. Eh bien ? - C'est tout simple, Sire.
Une méchante rumeur prétend que vous ne tarderez pas à quitter ce monde.
Louis d'Orléans est venu voir ce qu'il en ai.
Il songe à l'avenir. On ne peut l'en blâmer.
Le dauphin n'a que 13 ans
et mon cousin a des droits, des titres et est de notre sang.
Et en sa qualité de plus proche parent du roi,
la régence devrait lui revenir, c'est la coutume.
Il n'a aucune intelligence politique.
Je ne partage pas cet avis.
Louis d'Orléans est moins inoffensif qu'il n'y paraît.
Que voulez-vous dire ?
Votre cousin n'est superficiel
que parce qu'il se sait écarté du pouvoir.
S'il voyait demain se dessiner un avenir politique,
peut-être changerait-il de conduite et de ton ?
En somme, il pourrait devenir menaçant ?
Plus que menaçant, Sire.
Dangereux.
Je le pense aussi.
Ce serait folie de confier le royaume de France
à un ambitieux sans cervelle
qui le jouera au hasard d'une bataille.
En attendant, je plains Jeanne, qu'il ne cesse de ridiculiser.
Certes, il n'est pas avantageux pour un homme comme lui,
toujours en appétit de femmes, d'avoir épousé ma soeur.
Pourquoi se venge-t-il ?
Il se venge comme il peut.
Et puis Jeanne attire les mauvais traitements.
Vous n'êtes pas charitable. Jeanne est la bonté même.
La bonté à genoux.
Jeanne est née pour être victime.
Pourtant, c'est vous qui avez imposé ce mariage.
Eh bien, tu as tort de me reprocher
d'avoir marié Jeanne à Louis d'Orléans.
C'était un acte de gouvernement, où le sentiment n'a pas sa part !
Je sais que tu peux comprendre cela.
Ce qui m'amuse,
c'est que Guillaume n'a prévu qu'un lit dans leur chambre.
Laisse-nous seuls !
Et toi aussi, disparais !
Eh bien, ma femme.
Toujours à genoux,
Jeanne de France, si pieuse,
si douce, si charitable.
Assez de prières !
On pourrait croire que votre vertu est menacée.
Réjouissez vous de l'occasion qui nous est donnée de coucher ensemble.
J'accepte ce que vous me faite subir, Louis,
mais sachez que je n'ai pas l'intention de servir vos projets.
De quoi parlez-vous ?
Vous comptez sur moi pour amadouer mon père.
Ce serait la moindre des choses, ne trouvez-vous pas ?
Vous devriez m'être reconnaissante de vous avoir prise pour femme,
telle que vous êtes faites.
J'aurais préféré mourir.
Il fallait faire voeux de chasteté et te retirer dans un couvent.
Je n'avais pas le droit.
- Pas le droit ? - De désobéir au roi.
Ma pauvre Jeanne, ouvre les yeux.
le roi ne t'aime pas.
Tu n'es qu'un pion sur son échiquier.
Tu es infirme,
contrefaite.
Il manque à ton corps de quoi faire de toi une femme.
Quelle bénédiction pour le roi !
Pas d'héritier pour le duché d'Orléans.
le roi n'aura plus qu'à le saisir entre ses griffes
pour l'offrir au royaume de France.
C'est pêché de prêter à mon père de tels calculs.
Il en a fait de bien pires !
Louis, vous me faites mal !
Ton père a renvoyé nos valets.
On nous surveille.
Veux-tu que je te fasse l'amour ?
Que ces misérables en aient pour leur comptant.
Réponds-moi, Jeanne, ma boîteuse. Réponds-moi !
Ne haïssez pas mon père, Louis. Je vous en prie.
C'est votre affaire, désormais. Si vous voulez, vous pouvez m'aider.
Si le roi meurt aujourd'hui
ou demain,
le pouvoir tombera entre mes mains.
Votre frère Charles est mineur.
La régence ne peut m'échapper.
Dieu vous garde, Louis.
Dieu vous garde d'être percé à jour où mon père vous ferait tuer.
Monsieur est bien nerveux.
Il n'a pas l'habitude. Notre compagnie sent le renard ?
Pour délier votre langue, gentil homme.
Il m'en faut d'avantage pour délier ma langue.
Ah, vous avez la manière, pour sûr.
Le roi vous fera pas confiance. Il compte que sur des gens comme moi.
Oh ! Ça va, quoi !
- Comment vous nommez-vous ? - Occupez-vous de vos affaires.
Mon métier, c'est de m'occuper des affaires des autres.
Votre métier, comme vous, il sent mauvais.
Tout doux !
Cette lame en a égorgé des plus malins que toi.
Laisse cet homme tranquille.
Suivez-moi.
Merci, Bertier. Venez par là.
Sa majesté vous attend.
Assieds-toi, Bayet.
J'ai mal aux jambes de te voir debout.
Qu'attends-tu. Parle.
Sire, ce que j'ai a vous dire ne peut être entendu que de vous.
Tu as compris, Guillaume ?
Restons seuls. Toi aussi, Bayet.
Fait ce que je te dis.
Je t'écoute. Qui es-tu ?
Je suis Clément de Saudre, neveu de Pierre de Rohan,
maréchal de Giers.
Pierre de Rouen ne m'a jamais parlé de toi.
Vous devez le rencontrer cet après-midi.
Tu es bien renseigné.
Qu'as-tu d'autre à me dire ?
Sire, cet après-midi...
- Tu as l'air embarrassé, là. Parle ! - C'est difficile, Sire.
Cet après-midi, vous devez recevoir voir mon oncle
ainsi que vos conseillers.
Mais votre gendre, Pierre de Beaujeu, ne viendra pas.
Les autres vont l'en empêcher.
Les autres ?
Tu veux parler de Rohan,
de Philippe d'Anjou, de Richard de Berulle ?
De tous vos conseillers, Sire. Ces hommes ont juré de...
Ont juré quoi ?
De vous réduire au silence.
De quelle façon ?
Je n'ai pas réussi à le savoir, Votre Majesté.
Ton butin est bien maigre, Clément De Saudre.
Ce que je sais c'est que votre mort devra apparaître comme naturelle.
Naturelle, bien sûr.
Qui est le chef du complot ? Pierre de Rohan ?
Non, Sire. Mon oncle ne saurait prendre ce genre d'initiative.
C'est juste, oui.
Alors qui ?
Louis d'Orléans.
Mais il ne se découvre pas.
Louis d'Orléans...
Je m'y préparais.
- Et mon gendre, Pierre de Beaujeu ? - Il n'est pas du complot, Sire.
Les autres se méfient de lui car il vous reste fidèle.
- Sa vie est-elle aussi menacée ? - Oui, Sire.
Dis-moi comment tu as appris tout cela.
Mon oncle me méprise. Pour lui, je n'existe pas.
il parle avec ses amis sans se soucier de ma présence.
Quels amis ?
Richard de Berulle, François de Bretagne.
Qu'espères-tu, en me prévenant ?
Rien d'autre que l'honneur de sauver la vie de mon roi.
Si tu dis vrai, tu auras droit à ma reconnaissance
et tu seras récompensé.
En attendant, tu n'as droit qu'à ma protection.
Mes serviteurs vont s'occuper de toi. Va.
Eh bien, quand penses-tu ?
Parlons-en, Sire. Nous n'avons plus le temps.
Tu as raison. Je te laisse décider dans la salle du Conseil.
Vous ne remettez pas le Conseil ?
Je ne veux pas me dérober. Ce serait une erreur.
Il faut être prudent.
Il n'est plus temps d'être prudent ! Il faut être inattendu.
Aujourd'hui plus que jamais.
je veux voir Anne et Pierre ensemble. Faits-les venir sur le champ.
Ah, Sauveterre demande audience.
Je le verrai.
En attendant, qu'il se renseigne sur ce Clément de Saudre.
Gautier ! Prévient moi dès que les ministres de sa majesté sont en vue.
Bien, Capitaine.
Madame, le roi souhaite vous voir,
ainsi que messire de Beaujeu, qui est déjà prévenu.
Cessez de me suivre ! J'en ai pas besoin.
Mais nous sommes à vous.
Sa Majesté nous a ordonné de répondre à vos désirs.
Obéissez. Mon désir est de ne pas être accompagné.
- Vous avez compris ? - Oui, Votre Altesse.
Ma cousine, je ne m'attendais pas à vous rencontrer.
C'est une heureuse surprise.
Ce n'est pas surprenant car vous êtes notre hôte.
Un hôte qui n'est pas seul et dont le moindre geste est observé.
Cependant, j'ai grand plaisir à vous revoir.
La dernière fois remonte à 3 ans, à la St Jean. N'est ce pas ?
Possible. Je n'ai pas la mémoire des détails.
Vous êtes sévère pour notre passé.
Nous ne nous suivrons pas le même chemin.
Est-ce une raison pour nous haïr ?
Je n'éprouve envers vous aucune haine, mon cousin.
Oserais-je vous demander ce que vous ressentez ?
Rien. Il suffit de savoir oublier.
Moi, je n'oublierai pas.
Le voudrais-je que je n'y parviendrai pas.
Vos affaires vous laissent bien du loisir.
Il en va différemment, pour moi.
Je sais. Vous avez épousé l'État. C'est la réputation qu'on vous fait.
Disons que je place le souci du royaume au-dessus de moi.
La jeune fille que j'ai été et que vous avez connue n'existe plus.
Permettez-moi le doute, chère cousine.
Lâchez-moi.
Nos chemins ne se croiseront plus.
Ce que vous avez rapporté au roi,
je le sais, comme je sais que vous êtes le neveu de Pierre de Rohan,
et que vous vous nommez Clément de Saudre.
Ne vous faites aucun souci. Le secret est bien gardé.
En tous cas, si vos accusations se vérifient,
votre fortune est faite.
Les ministres vont être arrêtés ?
Non, pas tout de suite.
Le roi préfère confondre ses traîtres.
Il ira au Conseil.
C'est trop dangereux...
C'est dangereux ! Le roi ne doit pas exposer sa vie !
Vous êtes bien nerveux, mon ami.
L'accusation est terrible, Sire,
et cet homme n'a aucune preuve.
Ce sont vos conseillers depuis 10 ans.
Leur cause est trop liée à la vôtre. Ils ne sauraient vous trahir.
Les hommes changent de camp si leurs intérêts les y poussent.
Vous l'avez dit, tantôt,
Louis d'Orléans attend son heure et peut être est-ce aujourd'hui.
Faut-il croire ce que rapporte un messager agissant par dépit ?
Cela me parait moins imaginaire qu'avant.
Vous, si circonspect,
vous écoutez un homme qui se dit le neveu de Pierre De Rohan ?
C'est peu.
Pourquoi ne pas se saisir dès son arrivé et l'interroger ?
Non ! Je veux prendre les conjurés sur le fait.
Père, vous n'allez pas vous rendre au Conseil ?
Allons. J'y compte bien.
Vous n'avez pas le droit d'exposer votre vie...
C'est toi qui évalues le risque !
Je n'aime pas qu'une femme, même ma fille, me dise :
" Vous n'avez pas le droit",
ni que l'on me donne des conseils de nourrisse,
qu'on me chaperonne, qu'on me traite en vieillard irresponsable !
Je ne suis pas encore retombé en enfance !
Je me sens de taille à déjouer tous les complots. Je vois tout !
- Père ! - Laisse.
L'incident est clos.
Je vous demande pardon, Sire.
Vous savez quelle dévotion vous m'inspirez.
Savais-vous pourquoi je préfère la Touraine à Paris ?
Rien n'est fébrile, ici.
Il y a de la mesure dans tout. De la mesure.
Sire, puisque votre décision est prise d'assister au Conseil,
j'aimerais me tenir près de vous...
Non ! Vous serez consigné dans votre chambre sous bonne garde.
Vous aussi, êtes en danger, n'oubliez pas.
Je ferai que vous êtes souffrant.
- Mais... - Mais quoi ?
Vous croyez que la menace d'un attentat va me faire reculer ?
Je ferai ce que bon vous semble, Sire.
Louis d'Orléans est comme ces bêtes
que l'odeur du sang attire et excite.
Il attend de danser sur mon cadavre, Il manipule mes ministres,
promet des bienfaits à ceux qui le suivront.
Sottises !
Vanité !
Il ne réussira pas parce qu'il si prend mal.
Ses prétentions sont très réfléchies.
Orléans sait que le temps joue en sa faveur.
Au contraire. Ce complot prouve que c'est un impatient.
La conduite de l'État demande infiniment plus de finesse.
J'en ai soumis de plus habiles qui se croyaient tout permis
parce que tout-puissants sur leurs terres.
J'ai amené à la couronne
la Bourgogne, l'Artois, le Roussillon, l'Anjou et d'autres !
Par la patience,
la ruse, la force !
Que t'a dit notre cher cousin Louis ?
Est-ce que tu l'as croisé ?
Je me doute que cette rencontre vous a été rapportée.
Louis d'Orléans est toujours aussi frivole.
Ton frivole me gêne.
Il est là, au milieu de mes territoires,
avec ses duchés qui coupent les pays de Loire.
Le domaine royal doit former un tout,
et le duché d'Orléans fera partie du royaume de France.
Que Louis le veuille ou non.
Tu as bien compris ?
Pierre De Rohan et les autres t'attendent au calvaire de Fontereau.
Et ce soir, si Dieu le veut, le roi aura cessé de vivre.
Qui va là ?
Monseigneur ?
Va. Pour passer la poterne, dis que le roi t'envoie à Angers.
Et fouillez le château.
Les coursives, les caves, les cuisines.
Que personne ne quitte l'enceinte, même sur ordre du roi !
- Il manque un cheval, capitaine. - Qui a passé les douves ?
Louis Gontran, qui partait sous votre ordre à l'abbaye de Cléry,
et Arnaud De Berluvier, pour Angers, sur ordre du roi.
Berluvier ? Mais le roi n'a envoyé aucun messager, ce matin.
Que Gauvert parte à sa poursuite avec 30 cavaliers
et qu'on le ramène ici sans attirer l'attention.
Je le veux vivant. Vivant !
Échec et mat.
Notre roi est mort, M. L'archevêque.
Votre majesté est redoutable.
Et pas seulement au jeu d'échecs.
Je vous aurais volontiers laissé gagner, mais voyez-vous,
Aujourd'hui est un jour où je ne peux me permettre de perdre.
Vous dirai-je, Sire,
que chacune des visites qu'il vous plaît de me faire,
je me vois m'en retourner dans la bonne ville de Bellême.
Ce séjour dans mon château vous est-il si insupportable ?
Vous a-t-on mal traité ?
Pourquoi vous obstiner à voir en moi un ennemi ?
Un ennemi. Comme vous y-allez.
Je châtie votre imprudence, voilà tout.
Tout ça pour un malheureux sermon ?
Qui n'était pas de mon goût.
On ne prêche pas impunément la mort du roi.
Et comprenez que ne pas punir une faute moindre
reviendrait à encourager
ceux qui sont songent à en commettre de plus grandes.
Je dois écourter notre entretien, M. L'archevêque.
Mais sachez ceci.
J'ai retenu pendant 11 ans, dans ces cachots,
le cardinal de la Balue qui, lui, avait autrement trahi.
Je vous traite comme son égal.
Vous voyez que j'ai pour vous bien de la considération.
Cependant, pour un grand roi,
le pardon n'est-il pas la plus grande chose ?
Pardonner est une faiblesse, M. L'archevêque.
Ou si vous préférez, ce n'est pas un principe de gouvernement.
Qu'est-ce-qui est principe de gouvernement ?
Je vous ai battu au jeu d'échecs
parce que j'ai vu plus loin et plus vite.
Vous aviez à faire un honnête calcul, il est vrai.
Mais en politique,
les honnêtes calculs causent toujours la perte.
Je reprendrai volontiers cette discussion, M. L'archevêque,
si Dieu m'en laisse le temps.
Pitié, Majesté.
- J'ai confiance dans le Seigneur. - Pitié.
Alors comme ça, tu servais autre maître,
tout en étant au service du roi ?
Je me repens. Je me repens.
Tu ne serviras plus Monseigneur Orléans ?
Oui. Pardon.
Tu vois, le roi est prêt à t'accorder ce pardon, que tu réclames,
mais avant, il faut tout me dire.
Tout, tu m'entends ?
Pitié...
Alors je t'écoute. Comment veulent-t-ils tuer le roi ?
Tu ne m'as pas entendu, comment veulent-ils tuer le roi ?
- C'est Richard de Berulle. - De Berulle ? Que va-t-il faire ?
Il doit aider le roi à regagner son fauteuil en le tenant par le bras.
Et après ?
Après, ils se jetteront tous sur lui pour l'étouffer avec un coussin.
Un coussin ? C'est intéressant...
Une mort naturelle, en somme.
Tout cela aura lieu comme prévu ?
C'est bien ce que tes amis t'on dit
lorsque tu les as vus dans la forêt ?
Oui. Pitié...
C'est bien.
C'est bien.
Tu souffres ? Eh ben, tu vois, je ne touche plus cette machine,
et je prends soin de toi,
puisque le roi te pardonne.
Pauvre enfant...
Ton maître s'inquiétera-t-il de ne plus te revoir ?
Il t'a déjà oublié.
Pauvre enfant.
Beau travail, Monseigneur. Vous tenez votre garde courte.
Messire Guillaume.
J'avais besoin de me dégourdir.
Un homme de mon tempérament finit par étouffer dans une forteresse,
fut-elle royale.
Comment se porte le roi ?
Vous allez pouvoir en juger par vous-même. Je vous conduis à lui.
Monseigneur.
C'est un beau royaume, n'est-ce-pas ?
Veuillez-me pardonner, Sire. Vous m'avez surpris.
J'espère vous surprendre encore, mon cousin.
Je vous vois en pleine santé. Rien ne peut me combler d'aise.
Asseyons-nous.
Moi aussi, je suis content de vous voir.
J'éprouve beaucoup de regrets à ne pas vous voir d'avantage.
Nous sommes si proches.
Je le disais tantôt à ma fille.
Quand je dis "ma fille", il ne s'agit pas de votre épouse.
Anne vous tient à haute estime. Vous le savez, je suppose.
Je n'ai toujours eu qu'à me féliciter de notre amitié.
Quel dommage que vous ne l'ayez pas épousée.
S'il n'avait tenu qu'à moi...
Le bonheur n'est pas le souci d'un prince.
Nobles paroles, mon cousin,
dignes d'un roi, ou d'un régent.
Je vous ai parfois mal estimé; Oui, je l'avoue.
Mais votre audace et votre ténacité méritent d'être reconnues.
Moi, ma vie vous le savez,
ne tient qu'à un fil.
Au Conseil, on connaîtra, tout à l'heure, ma décision.
Je vous désignerai régent de mon fils Charles,
futur roi de France.
Après tout, c'est la coutume.
Bien sûr, vous doutez de moi comme j'ai douté de vous.
Mais, je suis revenu sur mes préventions à votre égard,
et nul n'ignore que vous êtes le seul homme capable de tenir tête
aux bas rangs qui menacent l'unité du royaume.
Votre confiance m'honore, Sire, et cependant, me désarçonne.
Douteriez-vous la parole du roi ?
Me serais-je trompé sur vos ambitions ?
Mes ambitions sont de vous servir et de servir la France.
Je ne m'attendais pas à une décision aussi prompte de votre part.
Il faut s'attendre à tout, cher cousin.
L'exercice du pouvoir vous l'apprendra.
Je vous reverrai après le Conseil.
J'espère que d'ici-là, mes craintes se révèleront vaines.
- Vos craintes, Sire ? - Oui.
Imaginez que mes ministres n'approuvent pas ma décision.
Pourquoi ?
Notre confiance est si souvent surprise.
Mais je m'inquiète sans raison.
Nous sommes entourés d'amis fidèles.
N'est-ce pas ?
Guillaume !
Reconduis notre hôte.
Que Dieu vous garde en bonne santé, Majesté.
Père, nous aurions dût mettre fin à ce genre de rencontre.
Songez à votre santé.
Ma santé est revenue.
Et je tiens à m'entretenir avec toi,
comme nous en avons pris d'habitude depuis longtemps.
Pourquoi dans cet endroit ?
Tous ce que je t'ai enseigné, je l'ai fait à l'abri des regards,
loin des oreilles qui nous écoutent.
Exercer le pouvoir et s'y maintenir
exige que chacun ne sache qu'une petite partie des choses.
La vérité entière ne doit jamais appartenir à tous.
Jamais.
Et puis...
Il est difficile de te parler de Louis devant ton mari.
Je vous le répète, père. Louis m'est indifférent.
C'est ta raison qui parle.
Mais ton coeur Anne. Ton coeur ?
On ne se déprend pas d'un simple geste de la main.
Vous ne me parviendrez pas à me blesser.
L'homme que j'aime est Pierre, jusqu'à la fin de mes jours.
Je ne te demande rien qui soit contraire.
Mais si tu aides à ce que le duché d'Orléans
appartienne à la couronne,
tu n'oublierais pas que les armes sont les tiennes ?
Car si Louis t'est devenu indifférent,
sa faiblesse à ton égard ne nous sera jamais inutile.
Mais laissons cela.
Je sais désormais
que le complot révélé par Clément de Saudre est bien réel,
et que c'est Louis d'Orléans qui en est l'auteur.
Aujourd'hui même, au Conseil,
Richard de Berulle donnera le signal à tous les autres
qui sont convenus de m'étouffer à l'aide d'un coussin.
Mais alors vous devez sur le champs les faire prisonnier.
- Pas de cette façon ! - Comment, alors ?
Entrer dans leur jeu.
J'ai l'avantage, sur mes adversaires, de connaître toutes leurs cartes,
alors qu'ils ignorent les miennes.
Vois-tu le domaine de cet araignée ?
Il est grand, n'est-ce pas ?
Mais elle va encore l'agrandir.
Regarde.
Les stupides bestioles qui viendront se prendre dans cette toile
n'en réchapperont pas.
Armez !
Tirez !
- Ils sont à moins d'une lieue. - Combien sont-ils ?
- 5. - Ah. Il en manque 3.
Félicitez-moi, Jeanne.
Le roi me confie la régence du royaume.
Méfiez-vous, Louis.
- Il se joue de vous. - C'est possible.
Pourquoi le ferait-il ? Après tout, il respecte la coutume.
Mon père chasse.
il s'entend à attirer ses proies.
Le roi peut en effet se jouer de moi.
Cette félonie serait dans sa nature.
Je dois être éclairé sur sa sincérité.
Vous seule pouvez m'y aider.
Unissons nos forces.
Je vous en conjure.
Madame, vous qui refusiez que nos chemins se croisent,
le hasard vous contrarie.
Pas le hasard. J'ai voulu cette rencontre.
Sortez. Allez.
Je tiens à savoir vos intentions.
De quoi parlez-vous ?
Vous avez vu le roi ?
Sa majesté veut me confier la régence du royaume, au cas où.
- Je vous vois inquiète. - Qui ne le serait ?
Je vous connais.
Je m'accommode que d'autres me connaissent mal,
mais vous,
Anne, ma cousine,
autrefois mon amie.
Vous me payez mal d'avoir toujours été sincère.
Sincère ?
Est-ce votre sincérité qui parlera quand vous me jurerez
que mettre fin au règne de mon père n'est pas dans vos visées ?
De quoi m'accusez-vous ?
D'offrir le spectacle de votre impatience,
de souhaiter la mort du roi.
Dieu m'est témoins que jamais
je n'ai souhaité que pareille chose se produise.
Ai-je mal agi, en me remettant au Tout-Puissant,
et à notre roi, pour décider ce qu'il adviendra ?
Ai-je mal parlé
En disant que si la régence devait me revenir je l'accepterai,
avec humilité, avec reconnaissance,
et le soucis de poursuivre l'oeuvre du roi Louis XI ?
Où est le crime dont vous me chargez ?
Tenez-vous donc tant à vous venger de l'homme,
qui, jadis, n'a pas su toucher votre coeur
parce que vous-même avez refusé de voir que le sien était honnête ?
Entendez ceci.
Je vous le dis devant Dieu.
De toute mon âme et mes forces, si vous ne cherchez qu'a me tromper,
alors le sang coulera.
S'il le faut, il coulera.
Je ne peux accéder aux appartements de Beaujeu.
- Pour quelle raison ? - Il souffre d'une mauvaise fièvre.
Ça rendra notre besogne plus aisée.
Voyez-vous comment ce capitaine nous a toisé ?
Et la garde, doublée, derrière chaque porte ?
Nous savons que le roi a peur de son ombre.
Ah, Jeanne ! Laissez-nous.
Viens, Jeanne. Approche-toi. Assieds-toi.
Sire, êtes-vous toujours souffrant ?
J'ai dormi un peu, mais ça va mieux.
J'en suis heureuse.
Ton mari m'a paru soucieux, tout à l'heure.
- Louis s'inquiète de votre santé. - Je n'en doute pas.
Est-ce par amour ou par charité que tu le défends ?
As-tu appris ce qu'il médite ?
Il ne songe à rien de mal.
Il se méfie. Il sait que vous le méprisez.
À ce qu'on me rapporte,
n'est-ce pas lui qui te méprise et te maltraite ?
C'est possible.
Je serai punie s'il lui arrive malheur.
Rassure-toi. Il ne court aucun danger.
Mais dit moi la vérité.
L'as-tu vu, ces derniers temps, en compagnie de Pierre de Rohan ?
Non, je ne me souviens pas.
Et Philippe d'Anjoue, est-il venu chez vous, à Orléans ?
Non. Non plus.
T'es bien sûre ? Tu ne me caches rien ?
Et Jean de Champagne ?
Il me semble que oui, la semaine dernière.
Très bien. Et Richard de Berulle ?
Peut-être. Je ne sais plus.
Attention, Jeanne. Tu sais ou tu ne sais pas.
C'est un pêché de mentir et un crime de cacher la vérité au roi.
- Richard de Berulle est venu. - Quand ?
La semaine passée. Mais quel mal y a-t-il ?
Aucun. Et Tristan l'Hermite ? Réponds-moi. Tristan l'Hermite ?
Non. Pourquoi toutes ces questions ?
Et Olivier le Daim ?
Je suis sûr qu'il accompagnait Tristan l'Hermite. Tu le connais ?
Jeanne ! C'est le roi qui t'interroge !
Père, je vous plains d'avoir des soupçons contre le monde.
Tais-toi !
Tu ignores ce qu'est le pouvoir, le service de l'État !
Commande-t-il de pratiquer la charité ?
Nous ne sommes pas à confesse, Jeanne !
Et ton serment sur la charité m'impatiente fort.
Je veux te faire part d'une observation.
J'ai remarqué que ta soeur prenait la défense de ton mari.
Je trouve cette conduite surprenante.
Qu'a-t-elle de surprenant ?
Anne a le droit d'être indulgente et charitable autant que moi.
Cesse donc de me parler de charité !
Ce coq de basse-cour vous fait tourner la tête.
Vous savez bien que non.
J'ai pitié de lui car je le sais vaincu d'avance.
Quant à ma soeur, elle ne l'aime plus.
Je n'en jurerais pas.
Vos paroles me font mal.
La vérité fait mal à entendre.
Vous nous avez sacrifiées, toutes les deux.
Il vous importe plus d'être roi que d'être père.
Vous aurez fait vos filles prisonnières de vos calculs.
Ni Anne, ni moi nous connaissons le bonheur.
Qu'avons-nous à faire du bonheur, nous autres ?
Tu devrais prendre exemple sur ta soeur.
Elle comprend les choses
et devine les perces,
pendant que tu te dissous en prière.
En prières, je renais.
Alors prie pour ton roi et le succès de ses affaires.
Je prie pour la santé de mon roi et le salut de mon père.
Votre médecine, Sire.
Le capitaine Guillaume veut vous voir.
Qu'il entre.
Père.
Gilles, raccompagne Jeanne de France.
Va prier, ma fille. Va.
Jeanne vient de me dire que Louis a reçu Jean de Champagne
et Richard de Berulle, la semaine dernière.
Avec les aveux d'Arnaud de Berluvier que Sauveterre a obtenus.
Aveux sous la torture. Les seuls qui vaillent.
Nous sommes sûrs, maintenant, que Clément de Saudre n'a pas menti.
Dans ces conditions, il serait plus sage
de ne pas vous montrer au Conseil, Sire.
Tu as raison. Mais tu sais très bien que j'ai en tête d'y être.
Et j'y serai.
Tu oublies que j'ai promis la régence à Louis.
Il m'a semblé, Sire, que Louis d'Orléans doutait de votre parole.
Je ne m'y fierai pas.
Je vais voir jusqu'où il ira.
Qu'avez-vous appris du roi ?
Parlez !
Mon père vous a menti. Il vous hait autant que vous le haïssait.
En êtes-vous sûre ?
Le roi est en grande agitation.
J'ai peur pour vous, Louis.
Monsieur l'Archevêque.
Je suis venu vous prier d'un conseil.
Je crains, Sire, que les principes de gouvernement
qu'il vous plaît de m'exposer
soient étrangers à un humble serviteur de Dieu.
Imaginez pourtant que la vie du roi soit menacée,
et aussi que le roi soit au fait de ce qui se prépare contre lui,
et en connaisse les auteurs.
Comment manoeuvrer, selon vous ?
Je dirais, Sire,
que si le roi connaît ceux qui ont fomenté le complot,
il doit leur faire savoir qu'il est informé de leurs intentions,
et qu'il leur pardonne.
Encore le pardon.
Vous n'avez que ce mot à la bouche.
Il faudrait donc subir et ne jamais répliquer ?
C'est le pardon seul qui désarme.
Alors ma faute sera de n'avoir jamais pardonné, M. l'Archevêque.
Si je l'avais fait, un autre serait à ma place, aujourd'hui.
Je me suis dressé contre mon père, le roi Charles VII,
puis contre des hommes dont la puissance
aurait dû me faire trembler.
Pourtant, je n'ai jamais tremblé devant quiconque.
Que Votre Majesté attende d'être devant Dieu.
Je vais m'y préparer monsieur l'Archevêque.
C'est le conseil que j'étais venu chercher.
Je vous envie de pouvoir parler sans détours.
Pour un roi, la franchise n'est pas bonne mesure.
La ligne droite conduit à la chute.
À la sincérité, je dois répondre par la ruse,
et à la fourberie, par la foudre.
Un roi n'a d'autre choix que d'être implacable,
même s'il se doit d'être juste.
Guillaume,
il est temps de libérer notre prisonnier.
Celui-ci.
Louis !
- Ils sont au complet. - Votre sécurité est assurée, Sire.
- N'interviens que si besoin est. - Avez-vous votre cote de maille ?
Pour me protéger d'un coussin ?
Tu distribueras un Louis d'or à chacun de tes hommes.
La vie d'un roi vaut bien cela.
Méfiez-vous, le vieux renard est aux abois. Ne l'écoutez-pas.
- Même s'il me promet la régence. - Pourquoi la refuserais-tu ?
Parce que c'est un piège. Agissez comme convenu.
Mes Seigneurs.
C'est l'heure, Sire.
Tout est en place.
Très bien.
La partie va s'engager.
Mais d'abord, dis-moi. Mes ministres sont-ils déjà assis ?
Oui, Sire.
Ils vous attendent.
Parfait.
Il faut les faire attendre encore un peu.
Non. Il ne faut pas.
Ils pourraient se douter de quelques manigances.
Je suis prêt.
Allons.
Sa Majesté le roi.
Sire, nous sommes heureux de vous voir et fiers de vous servir.
Je vous remercie de votre accueil, messieurs.
Eh bien, mes seigneurs,
quel silence.
Le roi est mort.
Vous devriez vous en réjouir.
La charité commandait d'abréger ses souffrances.
N'est-ce pas ?
Allons. Prenez place, messieurs. Prenez place !
- Sire, ne croyez... - Je crois ce que je vois.
Mais ne m'en veuillez pas d'avoir deviné vos intentions.
Ce vieux roi qui n'en finit pas de mourir.
Mes bons amis,
mes beaux seigneurs,
d'Anjou,
Tristan,
Richard,
Pierre,
Roger,
de Champagne,
Henri,
François.
Cet homme, que vous avez assassiné,
regardez le bien.
C'était pas un bon sujet,
mais il a accepté d'affronter vos poignards
pour rendre service à son roi.
Il serait libre si vous ne lui aviez donné la mort.
Mais au fond, peut-être avez-vous raison.
J'occupe encore ce fauteuil royal,
mais est-ce bien dans l'ordre des choses ?
Ça fait si longtemps.
Dieu m'a peut-être oublié.
Savez-vous, mes amis, que souvent, ces temps derniers,
je me demande si j'étais un bon roi.
Voyons.
Qu'en dis-tu, Richard ?
Pourquoi hésites-tu ? Tu n'as rien à craindre.
Sire, vous êtes un très grand roi et pour longtemps encore.
Tous ici l'espérons.
Un très grand roi, dis-tu. Mais le penses-tu vraiment ?
Qu'ai-je donc fait, au cours de mon règne,
qui vous pousse à souhaiter que je continue ?
Votre Majesté a partout fait progresser le commerce.
- Les villes se sont enrichies. - C'est pas grand chose.
Il y a les routes,
les manufactures, les imprimeries.
Est-ce là l'essentiel, Tristan ?
N'ai-je pas accompli quelque chose qui serait, pour vous tous,
sujet de fierté ?
Tu brûles d'envie de le dire, Philippe.
Aurais-tu peur de parler ?
Je...
Je vous ai toujours aimé, Sire.
Moi aussi, Philippe.
Tu n'as jamais cessé d'être mon préféré.
Pardon, mais je ne crois pas avoir mérité.
J'ai connu ta bravoure, ta finesse,
et si aujourd'hui tu as été lâche,
dis-toi que ça arrive à tous les hommes.
Je vois d'ailleurs, dans ton regard,
combien tu regrettes, n'est-ce pas ?
Je veux te l'entendre dire.
Je regrette.
Encore.
Je regrette, Sire. J'implore votre pardon.
Parle-moi de mon royaume.
- Vous avez fait un grand royaume. - Crois-tu ?
Grand et beau, Votre Majesté.
Mais c'est grâce à vous, grâce à vous tous,
qui avez généreusement apporté vos terres à la couronne
et renoncé aux anciens privilèges.
Qu'il est réconfortant pour un roi d'entendre ses ministres le féliciter
et le supplier de continuer.
Chacun ici, vous vénère, sire.
Mais il n'en va pas de même partout.
Que veux-tu dire ?
Certains vous accusent de bafouiller la chevalerie.
Ma chevalerie à moi, c'est l'ordre de l'État.
C'est du commerce, de la circulation des biens,
la prospérité du peuple,
pas les tournois et les ronds de jambes.
Mais nous sommes là pour prendre des décisions.
Vous êtes mes conseillers, que je sache.
Bien que je sois encore vivant, je ne suis pas éternel.
Imaginons que je vienne à mourir demain.
Ce ne peut être qu'une supposition.
Qui voyez-vous pour assurer la régence ?
Le dauphin, Charles, n'a que treize ans.
J'ai pensé à... mon gendre.
Pierre de Beaujeu.
Il a dû garder la chambre aujourd'hui.
Nous pouvons donc nous interroger sur son compte aisément.
Qu'en penses-tu, Philippe ?
Les fonctions qu'il assume sont déjà des plus hautes qui soient.
- Il pourrait sans doute... - En assumer de plus grandes.
Nous y avions songé.
Quelle générosité, seigneur d'Anjou.
Qu'en penses-tu ?
Il me semble, Sire, que la coutume...
"La coutume" ? Autrement dit, Louis d'Orléans.
C'est une idée. Il faut l'étudier.
Quelle est ton opinion, Richard ?
Louis d'Orléans s'est toujours déclaré notre ennemi.
Vraiment ?
Est-ce ton avis, Tristan ?
Louis d'Orléans réagit en prince de sang.
Il a la patience de sa jeunesse. Il ne faut pas le juger
sur des mouvements inconsidérés.
Je m'en garderai bien.
Allons ! Ne songeons plus à cela.
Oublions tout ce qui s'est passé.
Vous ne sauriez concevoir le plaisir qu'on éprouve à vivre
quand on s'attendait à mourir.
Je vous convie ce soir à un banquet
où le vin coulera sans économie.
En attendant, mon capitaine prendra soin de votre sécurité.
À ce soir, mes seigneurs.
De tout ce que j'ai accompli,
aucun d'entre vous n'a parlé de mes chevaucheurs de la Poste royale
qui portaient les lettres d'une ville à l'autre.
Ces hommes traversent des champs, des forêts, des rivières...
Croyez vous qu'ils chevauchent en Artois, en Savoie, en Anjou ?
Non.
Ils parcourent la France.
La France !
Que j'achèverai de façonner à mon idée, mes seigneurs.
Tout bien pesé, tu as raison, Tristan L'Hermite.
Ma mort, n'est en effet, qu'une supposition.
Absurde.
Je veux qu'on garde le secret sur ce complot.
Hormis vous trois et Anne, personne ne doit le savoir.
Sire, il faut vous saisir de Louis. Il ne cache plus ses intentions.
Justement, nous cacherons les nôtres.
Toi, qu'en dis-tu ?
Allons, parle !
Messire de Beaujeu a raison, Sire.
Chaque porte peut cacher un assassin. Il faut en finir.
Mon pauvre Guillaume, tu sais te battre,
mais tu ne sais pas te servir de la victoire.
Ce sont des traitres, certes,
mais ces comtes et barons
représentent des villes entières et de belles régions.
Rien, ne doit nous échapper.
Patience.
Les choses se feront naturellement.
Il faut savoir attendre et utiliser l'erreur de l'adversaire.
Mais l'erreur a eu lieu, Sire, et vos ennemis sont à votre merci.
L'erreur, mais pas ses conséquences.
Je veux savoir ce qu'ils ont à m'offrir en échange de leurs vies.
Après le banquet, Guillaume conduira tous ces messieurs dans nos cachots
afin qu'il les y méditent.
Et Clément de Saudre ?
Qu'en faisons-nous ?
- Il vous a dit la vérité, sire. - On pourrait encore l'utiliser.
Non.
S'il a trahit son oncle, il trahira encore.
Mais sa volonté de vous servir est grande.
Il nous l'a dit.
C'est bien ce que je pense.
Sauveterre...
Il parle trop.
On vient chercher Pierre, ici-même, sous mes yeux
sous prétexte que le roi veut avoir avec lui un entretien.
Comme si je n'existais pas.
Vous savez bien que le roi s'amuse à vous rendre jalouse.
Sa Majesté n'aime guère réunir tout son monde à la fois.
- C'est juste. - Jeanne de France.
Je ne viens pas ici me plaindre ni réclamer quoique ce soit.
Mais j'ai grand besoin de ton aide, Anne.
Toi qui connais les affaires de l'État.
Je t'écoute.
Anne,
je redoute la colère du roi.
Tu n'as rien à redouter, Jeanne. Le roi t'aime.
Il ne s'agit pas de moi, mais de Louis.
Le roi veut sa perte.
Sans doute a-t-il ses raisons.
Il le soupçonne de machination que j'ignore.
Tranquillise-toi.
Je ne peux me garder d'un mauvais pressentiment.
À ton âge, il ne faut se soucier que des réalités.
C'est la réalité qui m'effraye.
Ce monde cruel dans lequel les hommes sont jetés.
Cette machine qui les broie.
Quel monde ? Quelle machine ?
- L'État. - Quel rapport avec ton mari ?
Louis d'Orléans ne fait pas partie du gouvernement que je sache.
S'il redoute quelque chose de l'État,
à qui la faute ?
Pourquoi vient-il s'y frotter ?
Louis a agit par impatience.
J'ai pitié de le voir se jeter dans la gueule du loup.
"Pitié" ? Pitié d'un homme qui te maltraite,
qui te ridiculise en présence de vos gens,
qui se moque de tes prières
et qui raconte à tous votre nuit de noce ?
Anne !
Tais-toi.
Tais-toi, je t'en prie.
Tu ferais mieux d'avouer que tu l'aimes.
Non, je ne l'aime pas.
Je ne l'aime pas.
Bien sûr que tu l'aimes.
Bien sûr que tu l'aimes.
Je tenais à vous rassurer.
La séance du Conseil s'est bien déroulée.
Le roi n'a démasqué personne.
Quelqu'un leur a donné l'éveil. J'ai dit la vérité.
Soyez sans crainte.
Le roi vous estime et ne vous oublie pas.
Et il faut beaucoup de talent pour retenir son intention.
Quand reverrai-je Sa Majesté ?
Tout de suite.
Il vous attend. Venez avec moi.
Venez.
J'ai dit la vérité.
Je le jure devant Dieu. J'ai dit la vérité !
Non !
La vérité, l'ami,
il vaut toujours mieux la garder pour soi.
Assez !
Tes serments d'amour m'ontent l'appétit.
Retire-toi.
Excusez-moi, mon cousin,
j'ai oublié que vous devez aimer cette musique.
En amour comme en politique, Sire, je préfère les actes.
Bien répondu.
Encore faut-il agir avec doigté.
Vous en avez manqué aujourd'hui, il me semble.
C'est bien possible.
Mais vous, Sire, avez manqué de parole.
Un roi n'a de parole que pour un autre roi.
Eh bien, Anne ?
Pourquoi y'a t-il pas de montreurs d'ours ?
J'aime cet animal. Il est fort et rusé.
Je le préfère à ces princes, qui mettent leurs esprits
dans un costume, mais qui devant le roi, dansent en mesure.
Père, vous buvez trop.
Tu crains que boire abrège ma vie ?
D'autres sont prêts à s'en réjouir.
Comme si ce... bon vin pouvait m'emporter.
On me disait à l'agonie.
Mais il n'y a que la volonté de Dieu qui peut m'abattre.
Je suis venu à bout de la maladie,
comme je l'ai toujours fait,
de mes ennemis, comme j'ai démasqué les félons,
et triomphé de la mauvaise fortune.
Et...
Père !
Faites transporter immédiatement Sa Majesté.
Le fauteuil.
Le souffle est faible, mais régulier.
Père ?
Père, vous m'entendez ?
Sire, vous m'entendez ?
Il faut boire cette potion, Sire.
C'est du poison ?
Vous parlez ? Vous êtes sauvé.
C'est pas du poison. Voulez-vous autre chose ?
Je veux...
mon coussin.
Gilles, le coussin du roi.
Je vais mieux.
Dieu m'a puni.
J'avais l'occasion, de triompher de la maladie.
J'ai eu tort de m'en vanter.
Il faut vous reposer.
Je dois parler d'abord.
Le repos viendra après.
Guillaume, prie à tout le monde.
Je veux être entendu.
Ce n'est pas raisonnable.
Le temps presse. Qu'en dis-tu, Pierre ?
Oui, Sire. Le temps presse.
Père, je vous en conjure, ce n'est pas prudent.
Approche.
Plus prêt.
Tu me ressembles, Anne.
Nous sommes faits du même roc.
J'ai confiance.
Aide-moi.
Je dois encore paraître...
Qu'on me laisse seule avec le roi.
Nous devons y aller.
Sa Majesté, le roi !
En ce jour,
je proclame mon fils Charles
roi de France.
Il régnera sous le nom de Charles VIII.
Et pour assumer les devoirs de la régence,
je désigne
ma fille, Anne, et son mari, Pierre de Beaujeu.
Sire, la coutume...
C'est le roi qui fait la coutume
et peut donc la défaire.
Le roi peut aussi trahir.
Le roi peut tout !
Je vois que tout le monde ici approuve ma décision.
Il en sera donc de la Régence comme je viens de le dire.
À présent, j'accepte de me reposer.
La Régence du royaume me revient. Je la prendrai.
Vous tous allez juger le droit pour moi.
J'attends vos serments de fidélité.
Que Dieu nous donne la force et protège la France.
Arrêtez !
Écartez-vous de ce trône !
Le roi a tranché.
Cet homme n'est pas le régent et ne le sera jamais.
Vous tous, qui étiez conseillers de mon père,
sachez que le royaume ne sera pas dépecé comme une bête à la chasse.
Ceux qui n'entendraient pas cet avertissement,
subiront le châtiment.
C'est ici et nulle par ailleurs
que le pays sera gouverné !
Je veux entendre chacun d'entre vous
se réjouir que mon frère, le dauphin Charles,
soit désormais roi de France.
Vous prenez le risque de m'affronter.
Vous en prenez un plus grand.
Je pensais avoir été entendue.
Si le sang doit couler, il coulera.
Peut être le roi Louis XI vous aurait pardonné,
mais de moi, vous ne devez rien espérer.
Car vous êtes la régente.
Car il y a, ceux qui se disent, Bourgogne, Anjou, Orléans...
Moi, je suis de France,
où il y a un roi, pas des roitelets.
Ce discours ne pèsera pas face à mes gens armés.
"Vos gens armés" ?
Croyez-vous que je n'aurai pas les miens ?
Animés d'une qualité que vous ignorez : la loyauté.
Genoux à terre !
Vive le roi !
Vive le roi !
Ils seront vite à Amboise. Ils ramèneront Charles.
Pourquoi retenir Louis en attendant que Charles soit là ?
J'ai pensé qu'il aurait plaisir à saluer son roi.
Louis s'est rangé à tes vues.
Il t'a reconnue comme régente. Pourquoi l'emprisonner ?
Vous pourrez tous quitter ce château
dés que Charles sera ici, en sécurité.
Que tu es naïve, Jeanne.
Louis me combattra. Il essaye même de me séduire.
C'est une arme qu'il aime utiliser. Tu le sais.
Bien sûr que tu le sais. Il te le rappelle chaque jour.
Anne !
Je t'en supplie !
Dis-moi que tu m'enlèveras Louis.
S'il entreprend quoique ce soit touchant au pouvoir du roi,
je n'éprouverai aucune pitié
et tu me prêcheras pas la charité.
Altesse ! Vite, le roi se meurt.
Père !
Père.
Pierre ?
Il part pour Amboise chercher le roi.
Père !
Père !
Ma fille...
La France...
La France...
Oui, Sire.
*Deux ans plus tard, Louis d'Orléans et d'autres seigneurs
*rassemblèrent une importante armée.
*Mais ils furent battus par les forces royales.
*Anne de France et Pierre de Beaujeu assurèrent la Régence,
*jusqu'à la majorité du roi Charles VIII.
*Quinze ans plus tard, à la mort de Charles VIII,
*Louis d'Orléans devint enfin roi sous le nom de Louis XII.
Sous-titrage : Eclair Group
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