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L'unit� de Production 'KAMERA' pr�sente
Je suis la s�ur des solitaires
et l'�pouse des d�laiss�s.
Parfois j'�cris un journal,
les lettres d'Oph�lie � Felicja - c'est-�-dire moi-m�me -
des lettres sur l'art d'�tre aim�e...
Mon Dieu...
Il y vingt ans, j'�tais sur sc�ne et je parlais au roi...
Ah, mon Dieu...
Nous savons ce que nous sommes
mais pas ce que nous serons.
Nous ne savons pas o� nous serons dans un an
et nous avons d�j� oubli� le pass�...
A cette �poque, tout �tait comme...
la vanit� d'une trag�die
que nous jouions sans le savoir
et dont il ne reste plus aujourd'hui que les d�cors.
L'amour et la famille nous donnent peut-�tre un substitut...
Ils nous dispensent de nous �tonner
du sens de notre vie.
Mieux vaut jouer l'�pouse ou l'amante,
n'�tre qu'une voix radiophonique...
Oui, c'est certain.
(...)mais tu devrais te r�jouir de ce voyage � Paris !
Et voila que tu pleures ! Qu'est-ce qui ne va pas ?
Eh bien, c'est ton linge...
Tes cale�ons ne sont pas dans le meilleur �tat...
Ma ch�rie, tu es impossible ; apr�s tant d'ann�es � attendre ce moment
tout ce qui t'int�resses ce sont mes cale�ons !?
Demain je prends l'avion, un point c'est tout !
Oui, je sais que tu me trouves idiote
mais sois raisonnable : un pays �tranger, toutes ces visites, tous ces gens...
Tous ces gens ?
Mais quel rapport ?
Comme je te l'ai dit, il faut que j'y aille�et j'irai.
Demain, chers auditeurs, la suite de...
L�, je suis s�re que ma m�re va pleurer.
Tu vas voir, elle va leur �crire !
Un million de gens
qui m'attendent au bout du voyage...
Un verre de mad�re en terrasse au Caf� de la Paix,
des promenades solitaires au bord de la Seine...
Deux semaines pour un r�le, c'est quand m�me bien...
Dommage que �a m'arrive si tard.
Je n'avais aucune id�e que �a finirait comme �a...
J'avais le sentiment que le bonheur �tait comme un d�cor de sc�ne
plac� dans mon dos
et vers lequel je reculais � chaque pas
tout en gardant une certaine distance de l'endroit o� tu te trouvais.
C'�tait tr�s important...
L'ART D'ETRE AIMEE
Sc�nario et dialogues
Dans les r�les principaux :
Seconds r�les :
Sc�nographie / D�cors - Assistant
Composition musicale / Piano solo / Chant
Son - Assistants Montage - Assistante
Maquillage / Costumes - Assistante
Assistants du r�alisateur Assistants du Dir. de la photographie
Directeur de production Assistants
Production "KAMERA" Dir. Artistique - Dir. Litt�raire
Photographie
R�alisation
Je ne me suis jamais sentie faite pour les voyages en avion.
Je crois qu'un cognac me ferait du bien.
C'est gentil mais rien ne pourra me convaincre
que j'ai bien fait de m'arracher du sol pour aller dans les airs...
Les soins esth�tiques, les massages �lectriques,
le jus d'orange pour la forme...
Je parierais qu'il �tait pilote pendant la guerre.
Il ne porte pas d'alliance mais il est s�rement mari�.
Le genre "bonjour ch�rie", "bonsoir ch�rie"...
Tiens, elle m'a encore souri.
Les gamins n�s pendant la guerre ou juste apr�s sont si gentils...
Je ne mange pas de jambon !
Alors ces "motocyclettes" dont vous parliez ont des chevaux ?
Non, j'ai dit que nos motos polonaises d�rivent des chevaux
parce que cela provient de notre�tradition nobiliaire...
...que je suis pr�t � vous faire d�couvrir.
Tr�s volontiers.
Je vais vous demander un cognac.
Un fan de moto dans un avion pour Paris
et qui d�fend le pays... Il a raison, peut-�tre.
Toute cette suite de hasards qu'on appelle la vie...
Mais un jour appara�t le pays auquel on appartient vraiment...
Pourtant, je n'ai jamais choisi.
Jamais rien choisi�pas m�me lui.
Tout le monde disait qu'il fallait se d�p�cher,
traverser la ville pour se mettre � l'abri.
Est-ce que vous pensez que nous... pourrons leur �chapper ?
Ne craignez rien, monsieur.
Bient�t, vous serez en s�curit�.
Ce n'�tait pas un mauvais d�but de sc�nario...
Je crois que je dois avoir un peu de fi�vre.
Quelle �ducation...peste !
Il ne m'a pas directement reconnu
donc il n'a pas s�journ� longtemps en Pologne...
Pourquoi est-ce qu'il fait �a ?
Ca ne lui suffit pas d'�tre parmi les nuages ?
Enfin !
Merci.
On se sent tout de suite mieux.
Je ne pouvais pas pr�voir tous ces �v�nements,
mais j'ai rempli toutes mes obligations.
Ce monsieur ne comprendrait rien � tout �a...
Oui. Il faut avoir v�cu l'amour,
observ� les d�cors, avoir �t� Oph�lie,
connu le triomphe, la reconnaissance, ces choses...fascinantes....
Il disait que j'avais tout un avenir devant moi.
Et c'�tait peut-�tre vrai...
Mais aussi de la malchance...
Son linceul blanc,
Blanc comme la neige sur les monts.
Piqu� de fleurs odorantes,
Port�es en terre avec mes larmes,
L'averse de vraies larmes d'amour...
Comment allez-vous, gracieuse demoiselle ?
Bien, pour que Dieu vous le rende.
On dit que la chouette est fille de boulanger.
Mon Dieu, nous savons ce que nous sommes
mais pas ce que nous serons.
Puisse Dieu venir ce soir � votre table !
Il s'agit de son p�re, sans doute.
Ne parlons pas de ceci, je vous prie.
Et s'ils vous demandent, alors vous r�pondrez ainsi :
Demain, c'est la Saint Valentin ;
Depuis l'aube tous seront debout ;
Moi seule resterai vierge sous votre fen�tre.
Mais tout ira bien, je l'esp�re.
Et nous devons �tre patients.
Mais comment ne pleurerais-je pas, � savoir qu'on le porte dans la terre glac�e ?
Mon fr�re l'apprendra.
Ainsi je vous remercie de vos bons conseils.
Vite, avancez ma voiture ; bonne nuit, mesdames, bonne nuit, bonne nuit.
Je ne comprends pas ces vers
surtout cette histoire de chouette.
Il s'agit d'amour, mademoiselle.
D'ici la repr�sentation du 30,
je pense que vous l'aurez compris...
La repr�sentation du 30 ?
Lisez vous-m�me...
Eteignez les lumi�res !
D'ici quelques jours,
les Allemands seront l�.
Alors, que vas-tu d�cider ?
La derni�re fois que j'ai d�cid� quelque chose,
je me suis retrouv� en garde � vue avec quelques amis,
� la merci des policiers.
Par la suite, je n'ai plus rien d�cid�.
J'ai jou�.
Il y a eu des bravos.
J'ai salu�.
J'ai continu� de jouer.
Mais comment peux-tu savoir, Peters,
que les Allemands seront l� dans quelques jours ?
Les communiqu�s sont pourtant optimistes...
Le Pr�sident a parl� � la radio !
Dieu veuille l'entendre aussi, Mademoiselle.
Alors nous n'allons pas jouer ?
Vous qui, pales et tremblants, consid�rez ce spectacle,
spectateurs et muets t�moins de ce th��tre,
si le temps m'en �tait laiss�,
je vous dirais bien des choses...
Mais la mort, sergent cruel,
demeure inflexible...
C'est votre premier grand r�le ?
Vous jouez de malchance...
Mais vous en aurez d'autres...
Car � votre �ge,
il faut savoir attendre...
Qu'est-ce que je vous sers ?
C'est pourtant pas compliqu�...
Qu'est-ce qu'il fait ?
Rien.
Ca ne m'�tonne pas. Mais c'est absurde...
Les autres sont diff�rents �mais celui-l�...
Celui-l� ne s'occupe d'absolument rien...
Tous les hommes, toutes les femmes,
l'emplissent de d�sespoir
�parce qu'ils ne l'applaudissent pas.
Ce qu'il lui faut, c'est un public...
Mais aujourd'hui, il n'y en a plus.
Tu me suis ?
C'est sans fin...
C'est pourquoi, je te le dis :
ne compte pas sur lui...
Mais je ne compte sur rien.
Voila, ce sera le dernier pour aujourd'hui.
A votre �ge, on doit savoir, j'imagine,
le sens exact des mots
alors il y en aura un autre !
Bonjour, belle Oph�lie.
Je vous salue respectueusement.
Moi de m�me, monsieur.
Trois caf�s et une bouteille de cognac.
Trois caf�s et du cognac.
Plut�t sympathique...
En effet...sympathique envers tout le monde...
Apr�s tout, il est d'ascendance allemande...
Je salue bien bas, M. Peters !
Je vois en effet �que tu a pris une d�cision...
D�gage !
Mais qu'est-ce que �a veut dire ?
Qu'est-ce qui passe ? Il faut que je m'en m�le ?
Non, c'est juste une b�tise...
un petit diff�rend...
Nous sommes tous ici entre amis.
Si l'en est ainsi, je vais consid�rer cet entretien comme interrompu.
Mais comme on dit : �a n'est que partie remise !
Nous nous reverrons, j'en suis s�r.
Vas-y ; je vais r�gler la note.
3 caf�s, 1 bouteille de cognac et la vaisselle.
C'est bon.
Vous n'avez pas besoin de travailler ici.
T�t ou tard, ce caf� finira par �tre ferm�.
Kieffer !
AVIS DE RECHERCHE
Alors ?
Je le connais, bien s�r.
Tout le monde le connait ici.
Mais il n'est pas revenu depuis.
Depuis quand ?
Eh bien, depuis...l'incident.
Bel homme...
Tr�s !
Bon, je vais vous demander de bien relire cette affiche..
A partir de l�...� voix haute.
Toute personne apportant au suspect une quelconque aide mat�rielle...
Stop !
Et maintenant, l�...
...passible de la peine de mort.
Vous avez sans doute compris ce que vous avez lu.
Et Mademoiselle aussi est une "personne"...
Profession ?
Je suis enseignant ; et voici ma femme.
Et lui ?
Etudiant...
C'est notre anniversaire de mariage et nous revenons juste de l'�glise.
C'est bon...Je vous laisse partir.
- A quelle heure terminez-vous ? - Quand ma coll�gue arrive.
Alors, �coutez-moi...
A l'�glise nous avons rencontr� un homme qui nous a donn� un message.
Je vous le redis mot pour mot :
lorsqu'elle viendra qu'elle dise "Dieu prot�ge le roi"...
Ca n'a apparemment aucun sens...
Il a besoin d'aide, c'est �vident.
Et de quoi avait-il l'air ?
Amoureux transi ?
Ce monsieur nous a sembl�...poursuivi.
Allez voir S�ur Noella !
Toi aussi !
A l'interrogatoire.
- Mais pour quelle raison ? - C'est votre fils ?
- Non. - Alors, d�gagez. Raus !
Je ne savais pas que j'allais le payer cher.
Je savais seulement que c'�tait...mauvais signe.
Dieu prot�ge le roi !
Il a besoin de votre aide, mademoiselle.
Suivez-moi, je vous prie.
Ayez confiance en moi.
Tout ira bien.
Souvenez-vous bien : rue Katarzyna n� 8, 2�me �tage, porte de droite.
Recommandez-vous de moi.
Bien. Merci.
Vous pensez que je vais m'en sortir ?
Oui, ne vous affolez pas.
Nous ne sommes plus loin, nous y serons bient�t.
C'�tait ma premi�re occasion de promenade depuis longtemps !
Vous connaissiez la rue Katarzyna ?
Oui, c'est un lieu s�r qu'on m'avait d�j� indiqu�.
Vous voulez un autre cognac ?
Tr�s volontiers.
Notre vol est parfaitement � l'heure.
Mais c'est normal, je ne m'inqui�tais pas...
Oui... Et les conditions atmosph�riques sont exceptionnelles.
Vous ne r�sidez pas en Pologne ?
J'habite aux USA. C'est mon premier retour au pays depuis 20 ans...
Ca a eu d� vous faire un choc...
Oui...plut�t.
Les changements sont colossaux, ce n'est plus le m�me pays...
Vous avez le mot juste...
Je sais encore plaisanter, avoir de petits secrets,
je parviens � �tre subtile...
J'�tais � Varsovie pour un congr�s de bact�riologues.
Je m'int�resse surtout � la mise au point de vaccins.
Et � pr�sent, vous retournez aux...USA ?
Pas tout de suite. Pas avant quelques semaines.
J'ai d'abord plusieurs affaires � r�gler.
Dommage que je n'ai rien � dire au sujet des vaccins...
J'imagine qu'il croit sa conversation fascinante,
avec cette voix carr�e, qui ne doute de rien.
Je me suis aper�u...
qu'il y a en Pologne d'excellents sp�cialistes des vaccins.
C'est indiscutable.
Vraiment ? C'est �tonnant.
Oui. A l'acad�mie des sciences, nous avons eu
des discussions de tr�s haut niveau.
Ils suivent des orientations remarquables dans le domaine de la s�rologie.
Et vous pensez en tirer profit ?
Mais j'ai eu l'impression... que les Polonais...
ne sauront pas saisir pas ces... nouvelles chances.
Vous vous y connaissez ?
Eh bien... euh, il m'est arriv�...
Je vois.
Vous savez, c'est comme la physique� il y avait des Polonais remarquables
- Et puis...il y a eu la guerre. - Oui.
- La guerre a transform� la Pologne. - Certes.
J'�tais pilote dans la RAF.
Vous n'imaginez pas les �preuves, le combat...
Vous savez, j'ai v�cu aussi...
Oui, dans d'autres conditions.
Je respecte beaucoup les femmes qui ont surv�cu � cette �poque,
en restant � leur place.
En restant � leur place... C'est gentil.
Tout �tait beaucoup plus simple pour nous qu'aujourd'hui...
Plus simple ? C'est sans doute ce que croit un intellectuel
qui a pass� la guerre � l'�tranger...
La nuit, je tombais sur le b�ton...
Et le jour, je volais comme au travers du brouillard
vers la mort...
Quelqu'un a d� d�noncer le groupe.
Quelqu'un du village, j'imagine.
- Ils nous faudrait du th�. - Pour deux ? - Pour deux.
Mais lui, il a d� fuir � l'�tranger.
Gr�ce � un r�seau, tu vois l'id�e ?
Votre caf�.
- Je vous avais demand� du th�... - D�sol�e.
C'est tout simplement incroyable.
Mais on en est s�r ?
S�r � 100 %.
- Caf� pour monsieur ? - Oui, pour moi.
Je l'ai entendu dans la vieille ville.
Il est mort de mani�re idiote.
Les Allemands sont arriv�s par hasard dans la maison o� il se cachait ;
il a voulu s'enfuir en passant par la fen�tre...
Et alors ?
Il est tomb�, il est mort.
Ils l'ont enterr� au pied de la tour.
Pardonnez-moi. Je reviens tout de suite.
Ce n'est rien, mademoiselle.
Et tu dis toujours que tu n'as pas le temps...
Tu dis ?
Je dis que tu n'as jamais le temps de me voir.
Ca pourrait �tre agr�able.
Ca je ne crois pas.
Je vis chez des cousines qui ne tol�rent pas les visiteurs masculins.
Mais je pourrais venir d�guis� en femme...
Laisse-moi au moins savoir :
je br�le ou je g�le ?
Tu g�les. D'ailleurs, je suis tout simplement fatigu�e.
Pour les deux caf�s.
Qu'est-ce que vous avez, tous les deux ?
Vous connaissez la derni�re ?
On l'a retrouv� mort...vous savez qui a fait le coup ?
Je n'en sais rien. Apportes donc son caf� � la 3.
Toujours pareil, il faut bien s'occuper...
De quelque chose ou de quelqu'un...
Je br�le ?
Tu d�raisonnes.
Je d�raisonne ?
Attendre�c'est tout � fait ton style.
Je connais bien ton style : tu attends de servir la client�le,
tu attends toujours quelque chose,
��a n'a aucun sens, ma ch�rie.
Et m�me s'il revenait,
et que tu faisais sa conqu�te,
cela se terminerait comment ?
Pour toi ?
Le repas est servi !
J'ai de bonnes nouvelles, sors de l� !
Alors c'est quoi, ces bonnes nouvelles ?
Alors...c'est quoi ?
Eh bien, c'est que tu es mort; Tu es pass� par la fen�tre...
Et de la fen�tre...sur le pav�.
Et il y a plusieurs personnes pour affirmer
que tu reposes au pied de la tour du ch�teau.
Ils t'ont enterr�...
Tu saisis ?
Ce sont les derni�res nouvelles qui courent au caf� ;
�le meilleur nid de conspirateurs de toute la ville...
Ecoute...
Si je suis mort...
Si toute la ville le croit...
Alors �a signifie que je suis fini.
Ecoute...
C'est pourtant tr�s simple...
Si je suis mort...
Si tout le monde fait circuler cette nouvelle...
C'est que c'est un fait �c'est totalement logique !
Et si l'en est ainsi...
Ca veut dire que je ne peux plus compter sur le r�seau.
Ils sont cens�s venir me chercher.
Mais comment pourront-ils venir me chercher ?
Ce n'est plus possible...
puisque je suis mort, hein ?
Ils ont promis, non ?
Redis-le moi...
ils ont promis�oui ou non ?
Et apr�s ils ont dit
qu'il fallait attendre.
Et maintenant...
Maintenant, ils discutent de ma mort avec toi.
Mort...et enterr�...
Tu sais...
ce que tout �a veut dire pour moi ?
Je ne peux pas m'en emp�cher...
Attendre... Attendre...
Tout le monde, tout le temps : attendre...
D'ailleurs, c'est vrai que je n'aurais pas d� vivre si longtemps...
Il y a quelque chose que tu ne comprends pas.
C'est simple : je ne peux pas !
Je les hais.
J'ai besoin d'air.
Qu'est-ce qu'ils font ? Ils dorment ?
Ils sont peut-�tre d�j� partis !
Au moins cinq minutes...
Je veux voir des gens !
Tu ne dois pas sortir ! Tu serais reconnu imm�diatement !
Tu mens...
Personne ne me reconna�trait.
Je ne suis plus vivant.
Mais regarde-moi !
Regarde � quoi je ressemble.
Je v�g�te.
Mais tu m'as aupr�s de toi, hein ?
Tu es contente, non ?
Hein ?
Tu m'as !
Tu es...satisfaite.
C'est de ma faute si tu vis comme un hibou ?
C'est de ma faute si tu as �t� descendre ce type ?
Je fais tout pour t'aider
�et c'est �a que tu me reproches !!
Et � ton avis, qui a fait courir le bruit de ta mort ?
Toi ?
C'est eux.
Peut-�tre m�me les types que j'ai vu au caf� ce matin.
Ils parlaient pour �tre entendus.
Ils parlaient de moi ?
Pour l'essentiel, oui.
Malheureusement, on ne parle que de �a au caf�...
Et qu'est-ce qu'ils disaient ?
Que tu reposes en paix, qu'ils se souviendraient de toi...
Et quoi d'autre ?
Que la guerre serait finie au printemps,
que les bombardements �puisent les Allemands...
Qu'est-ce tu as fais, toi ?
Moi ?
Je suis rest� pr�s de la fen�tre.
J'ai regard� les gens.
Tu sais, il y a un caf�, juste au coin...
Il y a des gens qui rentrent, et qui sortent...
Ensuite, j'ai regard� les tuyaux du mur.
Il y en a un pour l'eau froide, l'autre c'est le gaz...
Je les ai mesur� de la main, puis je me suis assoupi...
Et alors j'ai r�v� que... je me tenais pr�s de la fen�tre
et que je regardais les gens
qui sortaient du caf�...
Et que je regardais le mur...
J'imaginais alors
l'�tage froid...et �teint...
Partez, mademoiselle ! D�p�chez-vous.
Mais qu'est-ce qui se passe ?
Eloigne-toi de la fen�tre !
Vous vous sentez mal ?
Essayez...de respirer profond�ment.
Ca aide.
Je vous en prie, trouvez-moi un autre cognac.
Un petit cognac pour Madame, s'il vous pla�t.
Ca va mieux ?
Oui. Je suis vraiment d�sol�e de...
Ce n'est rien, je vous en prie.
J'ai souvent connu �a au-dessus de la Manche...
Mais quand va finir cette torture ?
Vous n'imaginez pas ce que c'�tait...
Comme �a, vous avez pass� la guerre en l'air ?
En l'air ? Ah, oui�je vois ce que voulez dire.
J'�tais en effet aviateur. J'ai vol� jusqu'� Ottawa.
Connaissez-vous le Canada ?
Non, du tout.
C'est un pays de montagnes ?
Non, pas vraiment. Froid, oui...
La ville d'Ottawa...
Quel genre d'animaux trouve-t-on l�-bas ? Des kangourous ?
Mais je vous en prie, parlez-moi de votre escadrille...
Votre mari ? O� est-il ?
Mon mari... Mais je ne suis pas mari�e.
Pouvons-nous...entrer ?
Vous persistez � dire... qu'il n'y a pas d'homme ici ?
- Vous me comprenez ? - Oui.
- Bon... - Alcool, chef !
Ne faites pas attention... il est nerveux. C'est l'ambiance...
Donc pour le moment...pas d'homme... dans votre maison...n'est-ce pas ?
Comme �a...c'est plus...intime.
Allons... tu ne veux pas me faire perdre mon temps...
Tu es m�me...plut�t agr�able...
Tu te doutes que... je n'ai rien vu...
Evidemment...juste la routine.
Entre amoureux et amoureux, quoi...
On grouille...vite, vite !
C'est pas la derni�re fois de ta vie !
Tout va bien. Il n'y a personne ici.
Sp�cialit� de la maison...
Eh bien, sors !
Ils sont partis.
Viens ; �loignes-toi de la fen�tre ouverte.
On dit volontiers que...
les hommes choisissent les femmes
qui refl�tent leurs propres malheurs sur leurs visages...
et dans leurs yeux.
Lui n'avait rien choisi.
Plus il restait chez moi,
plus cela devenait clair...
J'�tais la seule qu'il a vue pendant pr�s de cinq ans...
Pauvre gars... Moi, je ne comprenais rien.
Je le prot�geais �� cause de ses malheurs.
Aujourd'hui je comprends pourquoi il voulait s'�chapper.
Mais � cette �poque...
On pourrait dire que c'�tait la faute du destin.
Et j'�tais d'ailleurs son unique destin...
La premi�re ann�e apr�s la guerre,
nous nous serions pas heureux
avec les hommes et les femmes qui auraient surv�cu.
Mais je savais qu'il ne reviendrait pas
�j'�tais s�re qu'il ne reviendrait pas.
Je pr�f�rais qu'il n'y e�t plus une seule femme,
ni un seul homme...
Tu ne veux pas dormir ?
Je ne peux pas.
Pense � comment la guerre va bient�t se finir,
comment il n'y aura plus tous ces probl�mes...
Le th��tre rouvrira ;
tu pourras rejouer tous tes r�les...
Tu me crois ?
Il y aura des r�compenses et des punitions
et tout ce monde affreux dispara�tra...
Un de ces jours, je marcherai dans cette ville
je me prom�nerai librement, je regarderai tout autour de moi
et je serai tr�s content d'�tre en vie...
Tu ne r�ves pas assez la nuit ?
Je vais te dire...
Ces derniers temps, pas terrible...
mais �a pourrait �tre pire.
Quelle heure est-il ?
Sept heures.
Tu sais, ce n'est pas facile � dire pour moi
mais ta pr�sence me manque
�je pense souvent � toi.
Non, je ne plaisante pas.
Il me semble que...
nous pourrions �tre ensemble.
Tu m'es n�cessaire...
Tu te trompes.
Je te suis aussi n�cessaire
qu'une femme peut l'�tre � un homme dans un lit !
Et d'ailleurs quoi d'�tonnant !
Ce qui m'est n�cessaire, c'est un Ausweiss...
Mais tu en as d�j� un pour travailler en ville...
Il m'en faut un meilleur ;
un qui me permette de voyager.
Tu sais qu'il suffit d'avoir les bons contacts...
�y compris pour un Ausweiss.
Il suffirait qu'ils t'engagent au Staats Theater...
Ils cherchent des acteurs pour leurs com�dies musicales.
�tu d�crocherais un Ausweiss en b�ton...
Mais bon, bien s�r...
il y a un risque � prendre...
Tu ne vas pas faire �a ?
Ce serait absurde...
L'absurde, c'est ce que nous vivons... Regarde autour de toi !
Une bo�te d'allumettes, s'il vous pla�t.
Je me suis d�cid�e et...
cela m'a suffit pour poursuivre mon chemin.
Je me disais :
quand je passerai en jugement,
je leur dirai que je l'ai fait seulement �pour qu'il puisse vivre.
Puis-je vous apporter autre chose ?
Non. Merci.
Tiens, il dort...
Il a sans doute fait la bataille d'Angleterre...
avec d'autres h�ros,
ces hommes qui conservaient l'espoir,
malgr� tous les revers,
jusqu'au r�sultat d�cisif.
Des types qui dormaient � peine sur des vieux matelas...
C'est �tonnant qu'il soit si bien conserv�...
Est-ce que vous connaissez la fable de la petite chouette ?
Premi�rement, j'ai mal � la t�te ;
Deuxi�ment, je ne lis pas de livres pour enfants.
Oui, mais quand vous �tiez petit...
Non, �a me d�goutait d�j�...
Je suis certain que c'est elle.
Si j'�tais devenue l'�pouse de ce monsieur,
je serais sans doute plus heureuse aujourd'hui,
Il serait bien pour une femme comme moi.
Finalement, il doit �tre tr�s humain,
lorsqu'il retourne sur le plancher des vaches.
J'aimerais qu'il se r�veille,
qu'il m'en raconte un peu plus, pour entendre encore sa voix
celle d'un homme si calme.
La rue Zakopane, o� est-ce ?
Barrez-vous ! Ils sont d�j� l� !
Salut concitoyenne ! La f�te approche...
Laissez, je vais vous aider !
Je t'ai ramen� des cigarettes.
Il y en aura peut-�tre davantage demain...
Wiktor !
Votre attention s'il vous pla�t,
nous allons atterrir dans une dizaine de minutes.
Le voyage n'�tait pas fameux.
Ca va �tre mon premier atterrissage.
Dans le m�tier, on dit souvent
qu'au premier vol �on oublie tout son pass�...
Ah ? Je ne savais pas.
Alors ?
Alors l�, d'un seul coup...
il m'a mis la main aux fesses.
Et qu'est-ce que tu as dit ?
Tr�s juste !
Mais quelle sale t�te il avait...
�un vieux cochon !
Hum...jamais satisfaites...
Et moi qui pensais que j'allais me sentir ...compl�tement autrement.
Mais non...ce n'est pas du tout ce que j'attendais de ce voyage.
Je ne ressens rien, je ne comprends pas...
Ah, enfin une occasion de vous saluer !
Voyager avec vous m'a vraiment fait plaisir.
Vous �tes la derni�re Polonaise avec qui je puisse parler
avant mon retour � l'Ouest.
Et je vais rester dans votre souvenir ?
Oui, j'aime votre voix...
Ma voix ?
Oui. Vous avez une voix... qui rend confiance en la vie.
Je vous souhaite tout le succ�s possible pour votre congr�s
et beaucoup de nouveaux vaccins !
Vous y croyez ?
Je ne sais pas ; il y a gens plus comp�tents que moi
et ma communication n'�tait pas forc�ment brillante...
Je suis s�re... Je suis s�re qu'on parlera de vous.
Alors peut-�tre pourrions-nous prendre un dernier cognac ?
Pour trinquer...� tout cela.
Tr�s volontiers. A votre succ�s !
Vous avez l'air d'un homme confiant, par� pour toutes les situations.
Je me trompe ?
Oui. Vous vous trompez.
Bon, je dois m'avouer vaincue.
C'est �vident : j'ai jou� la com�die.
Et m�me si ce n'�tait pas un triomphe, vous y avez cru, non ?
Mais qui a gagn� quoi ?
Vous n'avez pas de famille � Paris ?
Tout � l'heure, dans l'avion, j'ai cru que votre comportement...
�tait un probl�me d'ordre psychique.
Votre premier vol...souvent, dans ce genre de cas...
�a se comprend parfaitement.
Pardonnez-moi de dire cela, mais...
c'est comme cela que je me l'explique.
Certains ont fait la guerre dans les airs
et cela les a mieux conserv�, peut-�tre.
Mais moi...c'est sur terre que j'ai v�cu la guerre.
Voila, cela vous explique tout.
Et mieux vaut dire que...
c'est bien ainsi.
Chacun remplit � sa fa�on ses devoirs
et suit la vie que Dieu lui donne �Amen !
Mais vous �tes sans doute mari� et avec des enfants ?
L'ann�e derni�re, j'ai perdu mon fils.
Apparemment, il s'est suicid�.
Une affaire...de femme ?
Pas seulement...
Je crois qu'il y avait d'autres choses... que je ne comprends pas.
Pendant le vol, je me suis mis � penser � lui.
Je vous suis reconnaissant
de m'avoir permis d'en parler...
J'aimerais revenir au pays...
Peut-�tre nous reverrons-nous.
Peut-�tre...
On dit que la chouette est fille d'un boulanger...
Comment �a "comment" ? Tu ne comprends pas ?
C'est pas grave...moi non plus !
- Ca ne va pas, madame ? - Non, ce n'est rien...
Je vous suis !
Le caf� vous fera du bien.
Merci.
Mais vous n'�tiez pas oblig�e de jouer !
Ni de traduire pour eux des d�p�ches !
Vous habitiez au centre ville et vous aviez un emploi de serveuse
dans un caf� fr�quent� par des acteurs, c'est bien �a ?
Etiez-vous consciente des cons�quences ?
Des cons�quences ? ...Evidemment.
Cher coll�gue, je suis tout � fait au courant de ce cas particulier.
Il s'agit d'une collaboration artistique �absolument pas politique.
Elle n'a fait que chanter des couplets... - Cher coll�gue...
- Oui, bien s�r, je comprends... - Cher coll�gue...
- Je connais l'opinion de nos coll�gues... - Cher coll�gue,
certains de ces gens ont trahi les meilleurs fils de notre pays
de vrais patriotes, abattus dans la rue ou dans les locaux de la Gestapo !
Ca, monsieur, c'est...
- T�l�phone pour vous, monsieur. - Merci, je viens.
- Excusez-moi un instant. - Non, dites-moi tout de suite...
qu'est-ce qu'elle cherchait ? La gloire ?
Je dois y aller ; je reviens de suite.
D'autres coll�gues ont-ils quelque chose � ajouter ?
Pouvons-nous passer � l'affaire suivante ?
Et c'est pourquoi, messieurs les juges, il n'y a jamais eu
en Pologne de vrais collaborateurs, il n'y eut...
Pourquoi ne te d�fends-tu pas ?
Pourquoi ne dis-tu rien ?
Cela ne va pas arranger ton affaire...
Tes r�ponses ont fait vraiment mauvaise impression.
Tu devrais essayer de changer cette atmosph�re...
On vous attend, monsieur. On ne peut pas bloquer la ligne plus longtemps.
J'arrive.
Excuse-moi.
Par ici, mademoiselle.
Le tribunal professionnel a d�cid� de vous sanctionner
pour les faits de collaboration artistique qui vous sont reproch�s :
cinq ans d'interdiction.
Veuillez signer.
Vous pouvez faire appel...
Bonjour ! Nous voulions profiter de l'occasion pour un petit interview...
Non, vous vous trompez...
Allons, Mme Felicja...c'est bien vous.
Vous �tes un ph�nom�ne sociologique et nos lecteurs veulent tout savoir sur "Felicja".
Et je vais vous immortaliser.
O� vous sentez-vous le mieux...
en l'air ou sur terre ?
Je ne saurais r�pondre � cette question :
je suis bien partout.
Excellente r�ponse !
Je vois que vous faites carri�re,
que vous avez de l'exp�rience, et...
Et je vais donc vous poser une deuxi�me question...
Alors je vais essayer d'y r�pondre aussi bien.
Nos lecteurs veulent savoir comment vous �tes devenue
"Mme Felicja"�l'h�ro�ne radiophonique
qui accompagne les repas de M. et Mme tout-le-monde...
Eh bien, je lisais des contes pour enfants dans les th��tres.
Ensuite, ils m'ont fait passer un concours � la radio
et m'ont dit que j'avais une voix
qui inspire la confiance...
La premi�re �mission a �t� un grand succ�s.
Quand je disais � mon mari Tomasz :
"D'ailleurs mon ch�ri, �a n'est pas si grave",
je n'avais vraiment pas l'impression qu'on m'�coutait...
Mais j'ai re�u des lettres de tout le pays
et il s'est av�r� que tout le pays nous �coutait...
Peut-�tre que votre voix leur remonte le moral ?
Je pense que pour les gens �prouvent la certitude
que j'ai une �me, que j'ai beaucoup v�cu...
que j'ai une force que je n'ai jamais perdue,
que - jadis - j'ai s�rement aim� quelqu'un et...
que je ne mens pas.
C'est tr�s bon ; vous me permettez de vous citer ?
Une soupe de sentiments...avec...
un gros morceau de v�cu !
On vous envie !
Vous savez, ces anecdotes tristes
qui entrent dans tous les foyers
- d'ordinaire ennuyeux -
c'est ce que les gens veulent terriblement entendre...
Ils ont peut-�tre raison.
Et qui sait si c'est vraiment important ?
Et pourriez-vous nous dire quelques mots de...conclusion ?
Vous n'avez qu'� �crire que...
ce r�le m'est indispensable
et que... je ne con�ois pas ma vie sans lui,
qu'il est tout pour moi.
Merci, vraiment merci ! Et excusez-nous encore pour le d�rangement...
Tu vois, tout d�pend de...l'atmosph�re...
Tu as raison, �a m'�lectrise !
Bonjour !
Tu vis ici depuis longtemps ?
Depuis 45.
Je suis venu...
comme on dit, en ami.
Je vois... Tu passais par l�...
Je suis aussi venu pour te parler.
Depuis cinq ans que je suis interdite de travail,
c'est bien la premi�re fois.
Est-ce que c'est moi qui a prononc� cette sentence ?
Au tribunal, j'ai voulu t'aider...
et tu n'as pas suivi mes conseils...
Mais il ne s'agit pas de cela.
Il ne s'agit pas de cela ?
Alors de quoi s'agit-il ?
Allons, ma ch�rie...
Je sais que tu n'as pas chang�.
J'ai toujours eu sur toi mon opinion personnelle
quel que soit le jugement du tribunal populaire...
Tu aurais pu le faire savoir !
J'ai toujours pens� que tu �tais innocente.
Mais que veux-tu, dans l'atmosph�re de l'�poque,
j'�tais impuissant...
Moi aussi !
Sauf que moi, j'�tais l'accus�e.
Il aurait surtout fallu leur dire que tout ce j'ai fait
je l'ai fait � cause de lui.
Tu le savais, non ?
Mais tu pr�f�rais ton petit confort,
tu ne voulais pas braquer tes coll�gues.
Alors pourquoi n'as tu pas tout racont� ?
Parce que je ne pouvais pas.
Et qu'est-ce que �a aurait chang� de dire
que tu l'avais cach� pendant 3 ans ?
Je ne comprends pas.
Je ne pouvais pas !
Il ne savait rien.
Et je ne voulais pas qu'il sache.
Sur le moment oui, mais apr�s ?
Je ne pouvais pas !
Tu croyais quoi ? Que j'allais lui t�l�phoner ?
"Vous vous souvenez ? La femme qui vous a sauv� la vie ?
Eh bien, figurez-vous que j'ai des ennuis...
Pourriez-vous t�moigner ? Me signer un papier ? "
Imb�cile ! Et imagine que ce soit elle qui ait d�croch� le t�l�phone...
Il...n'est plus avec cette femme.
Eh bien, je m'en tape.
Depuis quand ?
Il vit seul ?
Depuis bien longtemps...
Il est fini.
Il ne joue plus.
Il boit.
Beaucoup ?
Tu sais, j'avais vu ses derniers r�les.
Ils �taient mauvais. Tous.
Il est au bout du rouleau, cuit.
En fait, c'est aussi pour lui que je suis venu.
Je crois qu'il a besoin de ton aide.
Qu'est-ce que je dois lui dire ?
Rien.
Je ne veux plus entendre parler de lui. Va t'en maintenant !
Et toi, tu n'as pas envie de d�m�nager ?
Pour o� ?
Pour Varsovie, par exemple.
Tu verrais, tout est chang�...
On pourrait utiliser ta voix.
Ta voix inspire confiance aux gens...
Comme si tout Varsovie attendait que ma voix d�m�nage...
Je ne connais plus personne.
C'est l� que je peux t'aider.
J'ai des contacts � la radio ; ils pr�parent un nouveau programme...
Et je me suis dit...
Pourquoi pas une voix f�minine qui parle chaque semaine aux auditeurs ?
Qui leur parle de quoi ? Mais de tout, des choses de la vie...
Et moi, je jouerais le r�le de son mari.
Ca t'�tonne ?
Il n'y a pas de quoi.
Une fois par semaine, nous serions comme assis � la table du d�ner.
Evidemment...en tout bien tout honneur.
Allons, ma ch�rie... Comme je dis souvent, il ne faut pas c�der � la tentation.
Une femme faible sur ce point, c'est lamentable.
Mais qu'est-ce que c'est une femme lamentable ?
Eh bien, je ne suis pas puritain, mais...
[ Stop. On va la refaire ]
[ Bon. On reprend � "femme lamentable" ]
[ Ca tourne ]
Eh bien, je ne suis pas puritain, mais...il faut penser aux enfants.
Une femme ne peut pas abandonner ainsi ses enfants ! C'est l'�vidence m�me.
Alors, c'est comme �a que tu vois les choses ?
- Mais peut-�tre qu'elle l'aimait... - Qui donc ?
Eh bien, cet homme libre d'attaches...
Tous les hommes ne sont pas comme toi.
Elle a saut� une ligne ; ce n'est pas dans le texte.
Et elle devait lui faire confiance, comme moi avec toi...
A notre �poque...
Mais qu'est-ce qu'elle raconte ?
- On coupe ? - Non, non. Laisse tourner...
Tu te souviens, toi ?
Euh...non, pas vraiment. D'ailleurs j'ai une course � faire, je pars.
Vous �tes tous les m�mes !
Celle que vous respectez, vous ne l'aimez pas vraiment.
Mais bon, bisou ! D'ailleurs mon ch�ri, �a n'est pas si grave...
Fin de l'�pisode.
- Alors, on diffuse ? - Oui.
Y compris la fin.
Mm...Ca sent l'aventure...
Je t'ai laiss� partir en roue libre !
Alors, quoi ? Vous laissez tomber le texte ? Vous avez des pr�tentions ?
Ce n'est pas de ma faute si c'est idiot...
Tu as trouv� un appartement ?
Tu ne vas quand m�me pas vivre � l'h�tel...
Mais tu te plais � Varsovie, non ?
Alors, sans doute...
Tu n'as plus l'intention de repartir ?
Pour o� ?
J'ai une petite gar�onni�re, bien plac�e...
Je vais me d�brouiller toute seule, merci...
Toujours ind�pendante !
Et j'ai m�me augment� votre r�le.
Merci.
Et tu vas voir que demain ils vont nous rallonger le temps d'antenne.
Du courrier pour vous, Madame.
Et une lettre de votre fille de Paris.
Mais je n'ai pas de fille � Paris !
On ne sait jamais !
Merci.
Fais voir, cette lettre...
Tu as l'air fatigu�e.
Et il reste deux semaines sur la saison,
je te rappelle...
Elle dit bien qu'elle est ta fille ; �coute �a :
Viens nous rejoindre � Paris ; il y a plein de gens qui parlent polonais.
Jean sera ravi de te conna�tre.
Compl�tement folle !
Tu sais...
Quand je pense aux bords de la Seine, � un bouquet de fleurs...
C'est �a...
Bon alors, raconte ! Raconte-moi ton aventure pendant la guerre.
- Bah, c'est une vieille l�gende... - Ca ne fait rien !
Moi, j'aime l'entendre...
Allez, racontez-nous...
Alors tu racontes ? On te l'a demand� poliment !
Eh bien, j'�tais... acteur de r�les de fond...
Je jouais des r�les h�ro�ques et lyriques...
On me tuait...et je mourrais sur sc�ne.
- Lui ?! - L'interromps pas !
Un jour...mon r�le s'est invers�...
C'est l'autre qui est mort... Et c'est moi qui l'ai tu�.
En fait, on m'avait donn� une arme...
Ils m'avaient dit de faire �a sans regrets...
J'ai tir�... Et il est tomb� devant la porte ouverte.
Il est tomb�, et j'ai dit : pardonne-moi, Peters...
Et j'ai referm� la porte.
- Evidemment, il y a eu cette affiche... - Et tu l'avais flingu� o� ?
Juste l�...
Et ils vous ont recherch� ?
Continuez, continuez...
Comme il �tait beau !
Et o� tu t'es planqu� ? Dans la ville ?
Non...dans un c�ur...
Non, mais s�rieusement...o� ?
Ensuite ? Eh bien... Je suis parti � l'est.
T'aurais mieux fait d'aller � l'ouest ! En Angleterre...
Pour piloter un avion...
T'aurais gagn� des m�dailles...
L'�coutez-pas, elle d�bloque !
Mais cette affiche, je voudrais vous l'acheter !
Sortons d'ici ! On se retrouve � l'h�tel.
- T'es gentille... - Cette affiche, je vous l'ach�te...
Votre histoire d'acteur m'a vraiment plu.
Cassez-vous !
Du calme ! Pourquoi vous �nerver comme �a ?
Je voulais juste aider un mis�reux...
Les vrais h�ros, d'ailleurs, ils sont au cimeti�re.
Pas dans les r�ves...
Sortons !
Voudrais-tu revenir ?
Non...il y a trop d'ann�es.
Oui. Tant d'ann�es...
Et maintenant je suis � ta merci...
Tu crois que c'�tait �crit, d�s cette �poque ?
Parlons-en de cette �poque !
Ces ann�es...quand tu me cachais,
quand ils voulaient me fusiller !
C'est � moi que tu parles ! A moi que tu le reproches ?
Tu n'as pas le droit.
Je n'ai pas pouss� un cri ! Tout �a pour toi !
Tout s'est pass� comme tu voulais,
j'ai disparu de ta vie.
Tu sais...
Les meilleurs mois que j'ai connus
ce sont ceux de la guerre...
C'est curieux, hein ?
Arr�te de boire. Ecoute-moi.
Il faut que �a finisse.
Je vais t'�pouser.
Et peut-�tre que tout va aller mieux,
je sais que tout ne d�pend pas que de cela, mais...
Il faut essayer !
Nous serons ensemble, nous jouerons,
tu pourras reprendre tous tes r�les,
ce n'est pas vrai pas que la guerre a tout d�truit.
Tu ne crois pas...
...qu'il est trop tard ?
Imb�cile !
Trop tard pour quoi ?
Pour coucher avec moi ?
Ou pour finir dans une chambre de sanatorium, d'ici trois mois ?
Tu ne vois plus rien, plus rien sauf ta vodka !
Oui, je n'arr�te pas de boire.
Mais ce n'est rien...rien...
Tiens !
Prends-les.
Je les ai �crites...� ton sujet !
Je te d�non�ais, pour trouver un moyen...
que la Gestapo me laisse la vie sauve !
J'�tais pr�t � sacrifier ta vie pour la mienne !
Tu me crois pas ?
Tu crois que j'avais d'autres moyens de me sauver ?
Mais tu ne veux pas le savoir...
Est-ce que tu sais que j'ai dit aussi que les Allemands te payaient ?
C'est pour cela que je n'ai pas le droit de vivre...
et de me faire passer aujourd'hui pour un h�ros !
Arr�te, c'est ignoble.
Partons d'ici, je t'en prie !
Tu sais ce qu'on dit en fait au sujet de Peters ?
Que ce sont probablement les Allemands qui l'ont liquid�...
Ils disent aussi que...
qu'il �tait un agent fran�ais.
Amusant, non ?
Je me suis toujours dit que tu n'avais pas besoin de costume...
Comme il fait lourd...
Tu n'as pas allum� la lumi�re...
Il fait sombre.
C'�tait exactement comme �a � l'�poque.
J'�tais vraiment solitaire.
Mon pauvre...tu es fatigu�.
Je reviens tout de suite.
Toutes ces lignes de texte...
Apprises par c�ur pour des gens dans leurs canap�s.
Au mieux pour finir sur cellulo�d...
Tu le sais...
Eh bien quoi ? Tu sais bien...
Ou alors, c'est l'�clat de nos visages maquill�s...
Je le faisais d�j� �tant petite,
je me d�guisais, je racontais des histoires incroyables...
J'ai toujours voulu devenir....ballerine.
Ils m'aimaient puis... ensuite ils ne m'ont plus aim�.
Ca ne leur plaisait plus...
Et j'ai cru mourir de peur...
Nous approchons de la fin du vol.
Vous pouvez d�j� voir la France � l'ext�rieur des hublots.
Dans ce monde...
notre sang est un �l�ment unique...
Les oiseaux rouges emportent toujours d'autres visages...
Et traversent le c�ur avec d'autres douleurs...
On ne peut exiger qu'ils s'arr�tent, ils disparaissent...
Car ne nous appartient qu'un d�sert �gal
de froide cruaut�...
Et quand nous d�sirons la fin,
il faut faire confiance � notre naissance...
Nous allons bient�t atterrir.
FIN
(Imperfect) French subtitles by J.B.P. (2010) Contact: ptr4fr@yahoo.fr
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