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-Vous connaissez le Pays basque ? Un pays de marins sauvages
et de sorcières des mers.
-Seigneur d'Urtubie, le juge de Lancre est arrivé.
-Ah ! Enfin.
C'est aussi un grand
spécialiste des sorcières.
-Mon don s'éteint ! Tu dois me succéder !
-Je préférerais mourir.
-Quand vont-ils partir ? -Demain, monsieur.
Pendant 4 ou 5 lunes.
-C'est qui ?
-Personne.
-Epousez-moi ou demain,
c'est vous qu'on brûlera. Que souhaitez-vous faire
avant votre départ ? -Je ne pars plus.
Il y a des sorcières partout.
-Mon peuple est un animal indomptable !
Il va sortir ses crocs quand la lune rouge brillera.
-Tu ne te souviens de rien ? -Non.
Je me suis endormie dans mon lit et je me suis réveillée au château.
J'étais dans les cendres de maman.
Je ne sais pas comment je suis arrivée là.
Cris de corbeaux.
-Tes cheveux ! On dirait tellement maman.
-Je sais.
Mais justement.
Je ne suis pas maman.
J'ai eu peur pour Morguy alors que c'était maman
qui était en danger.
-Les coupables, c'est le juge et d'Urtubie.
D'accord ?
Cris de mouettes.
Maman était fière
de toi.
Elle croyait en toi.
Quelqu'un fouille la pièce.
...
-Une femme médecin, je n'ai jamais vu ça.
-Et vous n'en verrez jamais.
Vous avez fait de longues études pour devenir médecin.
La faculté de médecine est interdite aux femmes.
Les sorcières ne soignent pas. Elles empoisonnent.
Elles tuent.
Vous avez remarqué son regard ?
Elle n'a pas eu peur de mourir.
Elle a souri, même, sur son bûcher.
Et d'après vous, pourquoi ?
Parce qu'elle savait que ses semblables lui survivraient.
Regardez ça.
Vous ne pouvez pas me traduire ces dessins ?
-Non.
-C'est comme ça qu'elles communiquent.
-Par conséquent, elles sont plusieurs.
Bêlement.
Caquètement.
Ca ne va pas ?
Vous m'avez l'air bien pâlotte. -Non, non.
Tout va bien.
-Ma pauvre amie, c'est ainsi que les choses commencent.
Les fleurs fanent.
Puis pourrissent.
Je cherche
les complices de votre mère pour les traduire en justice.
-On sait pas ce que c'est, on vous dit.
Si vous avez fini, vous pouvez y aller.
-A demain.
Je suis curieux
de vous voir en robe.
-Félicitations
pour votre mariage, Mme Elissalde.
Bêlement. Un coq chante.
-Ca va être un procès magnifique.
Tambours. Oiseaux nocturnes, grillons.
... ...
-On t'entend pas depuis ce matin.
Allez, Zuria. -Dis quelque chose.
Ce que tu veux.
-Laissez-la. Si elle veut plus parler, elle veut plus parler.
-La prochaine fois
que je vois ce juge... -Arrête, Catherine. Ce juge
n'a qu'à claquer des doigts et... Mange, Morguy. Mange, ma belle.
Morguy pleure. -D'habitude,
c'était maman qui me l'ouvrait. ...
-Arrête, s'il te plaît. Elle sanglote.
Arrête de pleurer !
... Fallait faire comme on a dit.
On t'avait dit de pas parler aux étrangers !
Tu t'amouraches du juge qui vient pour tuer maman,
puis tu vois une gosse que tu connais pas
et tu l'amènes ici ! -C'est pas de ma faute !
... Cette fille...
avait besoin d'être avec son bébé.
-Elle a raison. C'est pas de sa faute.
-Maman.
Pour la cérémonie d'amatxi...
-On fait pas de cérémonie. Tant que le juge est là on ne prend
aucun risque. On ne bouge pas.
On ne fait rien. On ne dit rien. Plus personne ne doit mourir.
Fracas. Sanglots.
Mange. On mange.
Hennissement. Passage d'un cheval.
...
-Hmm ?
Hmm. Hennissement.
Bon. Rire satisfait.
Atroces, hein ? On est d'accord ?
Euh...
Eh bien, celles-là. Hmm ? Une porte grince.
Non, ça va jurer.
Ou alors les bleues. Une porte claque.
Je déteste faire des choix. Ah, mon cher témoin ! Bienvenue.
A votre avis ? La meilleure couleur pour un mariage ?
-La sobriété ne trompe jamais. -Eh bien voilà !
Hé hé. Exactement ce que je vous disais.
-Je vais commencer les procès.
-Mais...
Très cher... La sorcière pour laquelle j'ai fait appel au roi,
vous l'avez déjà exécutée.
Brillamment, d'ailleurs. Alors...
Pourquoi vous embêter à faire des procès ?
-Je sais ce que je fais.
Si on ne les élimine pas toutes, ce pays restera un pays d'arriérés
ingouvernables.
-Je comprends.
Je comprends.
Vous êtes consciencieux. Mais au moins, je...
vous demanderai d'attendre la fin de ma fête de mariage
pour commencer. Ca mettrait une ambiance un peu...
Vous voyez ? -C'est une affaire entendue.
-Merci.
-Mais vous me laisserez ce salon. Il est spacieux, central.
Parfait pour accueillir mon public.
-Oui, mais...
Une porte claque.
-Très bon choix.
Il soupire.
-Le juge m'a donné des noms de femmes
qu'il a repérées.
On les surveillera en attendant le début du procès.
Hors de question
qu'elles essaient de fuir !
J'ai été clair ? -OUI, CHEF !
Hennissement.
-(C'est Damien, ce voyou !)
Pourquoi il est revenu ?
-Monseigneur. Je tenais à me présenter.
Je suis le nouveau prêtre de Saint-Jean-de-Luz.
Je viens vous aider.
-Je n'ai pas besoin d'aide.
-J'ai lu les comptes rendus de vos procès.
Je connais Bodin. Je suis un passionné de démonologie.
-Si vous m'avez lu, vous savez que je ne mène que des procès laïcs.
C'est ma première chasse aux sorcières.
Un tournant pour moi. L'Eglise ne doit pas s'en mêler.
-Je suis basque, vous savez.
-Ah !
Mon jeune ami,
ce n'est pas un argument qui plaide en votre faveur.
-Je vous le concède.
Bien que né ici, j'ai vite compris que pour parfaire mon éducation,
il me fallait partir.
Je ne suis plus un des leurs.
Mais connaître leurs gens, leurs coutumes, peut être un atout.
Laissez-moi vous le prouver.
-Eh bien...
Connaissez-vous...
ces signes-là ? Ca vous dit quelque chose ?
-Oui.
Si vous voulez mon avis... -Je vous le demande.
-Les sorcières se transmettent ces formules.
-Tu sais qui va officier ?
Damien.
Tu savais qu'il était devenu prêtre ?
-Il est apparu en même temps que le juge.
-Tu n'avais plus de nouvelles depuis quand ?
-15 ans.
-S'il s'approche de toi...
S'il fait un seul geste...
Aïe ! Ca me fait mal.
Pff... Dire que c'est moi qui fabrique ces horreurs !
Dès que je retourne à la capitainerie, je les brûle.
Ca sert qu'à torturer les femmes. Tu te rends compte ?
Je torture des femmes.
Je gagne ma vie en torturant des femmes.
Que la déesse me pardonne.
Respiration oppressée.
...
Je veux pas y aller. -Si.
-J'y arriverai pas. -Catherine, ça suffit.
Tu n'as pas le choix !
...
Elle pleure. Le collier de maman.
Pour te donner du courage.
Ca va aller. ...
Elle sanglote.
...
-Dieu tout-puissant,
nous te prions pour Tristan
et Catherine qui vont s'unir par le sacrement du mariage
et donner ainsi le témoignage de leur foi.
Qu'ils grandissent dans la foi,
que leurs enfants soient croyants pour la joie de ton Eglise.
Par Jésus,
le Christ,
notre Seigneur.
Vous pouvez échanger vos alliances.
-Vous êtes resplendissante. Merci pour votre argent, ma douce.
-Vous voilà unis par les liens du mariage.
-Damien. Depuis quand tu es devenu le valet des puissants ?
-Je ne suis le valet de personne. A part de Dieu.
-Tu as disparu.
Du jour au lendemain. Je n'ai pas eu un signe de toi.
Rien.
15 ans plus tard, tu réapparais avec le juge qui a brûlé ma mère
et tu maries ma soeur contre sa volonté ?
Pourquoi tu me fais ça ? -Mon retour
n'a rien à voir avec toi. Tu n'es pas le centre du monde.
Le monde est vaste.
Tu le saurais si tu étais sortie de ta petite vie.
...
Brouhaha joyeux.
...
-Intéressant.
Parmi tous les gâteaux, vous vous décidez pour le vert.
La couleur du diable.
Vous devez le savoir.
-Mmm...
Mmm... Mmm...
C'est délicieux.
Mmm...
-Votre femme...
ne sera pas inquiétée, comme vous l'avez demandé.
Mais tenez-la mieux que ça. Elle a des manières épouvantables.
-Je la ferai
redescendre.
-Savez-vous pourquoi tout bon chrétien évite cette couleur ?
Tout ce que vous peignez
ou teignez en vert, un jour est d'une nuance
et le lendemain d'une autre. -Ca s'explique scientifiquement.
Le pigment s'accroche mal à la matière.
-C'est la couleur de l'inconstance.
Et qui est inconstant ?
Les sorcières.
Qui a préparé ces gâteaux immondes ?
-Qu'est-ce qui se passe ? Ils sont trop sucrés ?
-Oh ! Aujourd'hui, c'est mon mariage !
Oublions un peu le diable et toute sa clique.
Oh ! Quel dommage !
Eclats de rires. Bourdonnement d'insecte.
... Oh !
Ah ! ah ! Allez ! A ma femme. Ma charmante épouse.
Rires.
... -Tristan, vous êtes impayable.
-Bienvenue.
Je suis Madeleine d'Urtubie. La cousine de Tristan.
-Réjouissons-nous !
Brouhaha joyeux.
...
Bourdonnements.
... Grognements féroces.
...
-Ma fille, viens me voir.
Viens.
-Maman ?
-Montre-moi tes mains.
Elles sont toutes blanches.
Les sorgins ont les mains rouges.
Sinon, elles font des enfants froids.
Mugissement du vent.
-Non ! Halètements.
...
Jeannette hurle.
...
-Jeannette ! Chut !
Chut...
On vient.
Qui vous a permis
d'entrer ici ? -Je surveille
simplement. -Surveillez ailleurs
ou j'appelle mon mari.
Porte.
Brouhaha, rires.
... -Voulez-vous de la compagnie ?
-Je parle plus à vous.
Vous avez tué ma mère. Et je parle pas aux étrangers.
-Oui, je l'ai condamnée à mort.
Pour son salut.
Je n'avais pas le choix. Ce n'était pas quelqu'un de bien.
-C'est faux !
-Marguerite.
Ne vous a-t-elle jamais menti ? -Non.
-Elle ne vous a jamais exclue ?
N'a jamais pratiqué de rituel sans en donner la raison ?
Jamais fermé la porte
sans vous raconter ses petits secrets ?
Vous êtes innocente.
Vous voulez bien faire. Je le sens.
A vrai dire...
Dès que je vous ai vue, vous m'avez rappelé une enluminure
que j'aime particulièrement.
-Une quoi ?
-Une enluminure.
C'est un joli dessin.
-Moi aussi, je fais des dessins.
Je pourrais le voir ?
-Tu étais dans un état...
Si le juge te voit comme ça, c'est fini.
-Il me regarde.
Je le sens.
Il me regarde tout le temps.
-Il faut qu'on parte.
Maman l'avait dit, on est en danger.
On passe la frontière et on va chez mes amis espagnols.
-Non. Les routes sont bloquées.
-Je trouverai un moyen. En attendant, rentre à la maison.
Allez...
-Toi, ça va aller ?
-Oui.
Oui. Allez.
-Ma douce ?
Ma douce ?
D'Urtubie rit. Où êtes-vous, ma douce ?
Oh ! Cessez de me faire languir comme ça !
Vous savez que vous illuminez ma vie.
Soleil de mes nuits ! D'Urtubie rit.
Où êtes-vous ? Je sens votre parfum...
Ah... J'approche...
J'approche. Porte.
Ah ! Isabelle, coeur de ma vie. Porte.
Soupir.
-Alors ? -Patience.
Il rit.
-Ah.
-Ouvrez.
Il rit. -Tristan...
Vous n'étiez pas obligé.
-Je craignais que vous vous sentiez délaissée.
Et il faut bien dépenser notre nouvelle fortune !
-Voyons ça.
-Une invention hollandaise.
Ca permet de voir extrêmement loin. Essayez.
Mme de Léoz rit. Alors ?
-Mon chéri !
Vous vous êtes fait avoir !
-Comment ça ?
-Regardez.
Hou ! -Oh non !
Rire. Oh, c'est pas vrai...
-Oh... Il soupire.
Oh, mon chéri.
Mon chéri.
On frappe. -Madame de Léoz !
... Madame !
Mme de Léoz sort en refermant la porte.
Cris déchirants. -Qu'est-ce que vous faites ?
... -L'enfant doit vivre !
-Qu'y a-t-il ?
...
Halètements.
-Allez me chercher une accoucheuse.
... Vite !
Que personne ne dise au juge
qu'on a fait appel à une femme.
Dépêchez-vous !
-Isabelle.
Par pitié.
-Poussez, madame ! -Je vous en prie, Jeannette.
L'accouchement se passe mal. Le médecin est un incompétent
qui a appris à sauver l'enfant avant la mère.
C'est un carnage.
C'est lui qui m'envoie chercher une guérisseuse.
Jeannette... Je me souviens de l'époque
où vous aidiez votre mère.
-Vous vous trompez. J'ai jamais su faire ça.
-Je comprends votre prudence. Mais personne ne vous verra.
(Jeannette. S'il vous plaît.)
Il y a deux vies en jeu.
-(Vous êtes inconsciente ?)
(Votre seule présence nous met en danger, mes enfants et moi.)
(Je ne peux rien faire.)
(Désolée.)
Une décoction de framboisier assouplira l'utérus.
Ca aidera à le sortir plus vite.
-Tu fais quoi, là ? Non, tu peux pas faire ça !
Pas les plantes d'amatxi !
-Elle est morte, Maïté. A cause de toutes ces plantes !
A cause de sa médecine, de ces femmes qu'elle aidait !
-Il n'y a plus que toi qui sais faire.
-S'il m'arrive quelque chose, qui s'occupera de vous ?
-C'est des excuses ! Tu as arrêté depuis longtemps.
C'est pas à cause du juge.
Tu es lâche, maman.
-Tu sais pourquoi j'ai arrêté, Maïté ?
Ta tante Morguy, qu'est-ce que tu dis tout le temps sur elle ?
Qu'elle est bête, que c'est l'idiote
du village.
Eh bien, elle est comme ça à cause de moi.
Ca s'est mal passé à sa naissance.
Il neigeait.
Les eaux de ma mère sont tombées.
J'étais toute seule pour l'aider.
J'avais les mains pleines de sang.
J'ai réussi à prendre Morguy, mais elle était toute bleue.
Elle avait le cordon autour du cou.
Comme un serpent.
Si j'avais été meilleure, plus rapide,
elle aurait pu être comme les autres !
Sanglots.
...
On ne peut pas garder les plantes d'amatxi.
Aide-moi.
Soupirs d'effort.
...
..
-Pourquoi on doit teindre nos vêtements ?
-Le juge déteste le vert.
-Ta mère a mal fini, mais nous, on n'a rien fait.
-J'ai entendu ce juge parler. Je ne prends pas de risque.
-Pourquoi ? -Jeannette
Elissalde ! -Qu'est-ce qui se passe ?
Mais attendez !
Prévenez
chez moi !
-Je vous ai regardées.
Je suis sûr que vous êtes toutes
les complices de la magicienne Gratianne.
Je vous demande juste de l'admettre.
Nadine Etchegarray,
confessez.
Vous êtes une sorcière. -Non. Non...
-Je ne vous entends pas !
Etes-vous une sorcière ? -Non !
-N'avez-vous jamais goûté
de la chair d'enfant ? -Vous voulez quoi ?
Qu'on vous dise qu'on fabrique des tartes
avec du sang de nouveau-né que Camille sert au château ?
Enfin ! -Madame d'Urtubie.
-Je m'appelle Catherine Elissalde.
-Madame d'Urtubie.
Peut-être vous croyez-vous puissante,
peut-être avez-vous l'habitude qu'on tolère
votre arrogance, mais vous êtes dans mon tribunal. Sortez.
-Non. -Gardes !
Brouhaha.
...
Je vous prierais de ne plus mettre un pied dans cette salle.
La famille Elissalde.
Vous, Jeannette Elissalde,
fille aînée de la sorcière Gratianne,
je suis sûr que votre mère vous a transmis
ses pratiques obscures,
et que vous avez un tas de choses à m'apprendre.
Je suis certain que vous comprenez ce langage.
-Monsieur le juge.
Avant que ces femmes ne prononcent de nouvelles paroles,
puis-je leur remettre une bible ?
Le mensonge est bien plus difficile à proférer
lorsqu'on touche le texte sacré.
-Si vous y tenez.
-Merci. -Hmm...
Si vous étiez un animal,
lequel seriez-vous ?
-Un chien.
Parce qu'il est droit et constant.
-Un chien.
Le chien est un animal
fidèle, mais il est
stupide.
Par amour pour son maître, il sauterait dans un puits
si ce dernier... -"De Lancre. Gratianne.
"Rendez-vous. Diable." -Vous êtes donc
une chienne, Jeannette Elissalde ?
Votre mère Gratianne
vous a-t-elle dressée à obéir ? Rires.
Aimez-vous votre mère comme un chien aime son maître ?
-Je déteste ma mère.
Remous dans l'assistance.
...
Ma mère était démoniaque. ...
Elle sortait la nuit
et nous laissait seules, mes soeurs et moi,
sans dire où elle allait.
Parfois elle revenait
pleine de sang.
Je ne connais pas ce langage. Mais ma mère le connaissait.
C'est la langue du diable. Réactions.
C'était leur manière de se donner des rendez-vous secrets.
Il lui transmettait
alors tous ses pouvoirs.
Il lui apprenait les potions
et des tours horribles.
-(Maman connaissait le diable ?) -Une fois,
j'ai vu ma mère transformer un petit garçon en chat.
Exclamations.
Chuchotements.
... -Elle était sournoise.
Elle était seule.
Elle allait seule en forêt.
Elle ne m'y a jamais emmenée. -Je veux bien vous croire.
Peut-être n'êtes-vous pas impliquée finalement.
Mais qu'en est-il
de vos voisines ?
Désignez-les comme sorcières
et vous aurez la vie sauve.
Alors ?
-Je peux pas vous répondre. J'en sais rien.
-Hmm...
Alors nous allons passer à ma méthode.
La dernière. Celle qui a toute ma faveur.
-(Si on ne dénonce personne, il ne pourra rien faire.)
-Qu'on les passe à la question.
Cris de douleur. -Pauvre Pauline.
-C'était un garçon. Son mari aurait été ravi.
-Là, elle le laisse seul
avec trois filles ! Hurlement.
... -Non ! Non ! S'il vous plaît !
-Preuve est faite qu'une femme est sorcière lorsque son corps
porte la marque du diable.
Ces marques ont la forme d'imperfections, de taches,
de rougeurs.
Car les corps des sorcières sont imparfaits.
-A part ça, je n'ai pas
raconté la fin de mes aventures.
M. de Compiègne m'écrit une lettre
me disant que notre histoire mettrait sa femme au supplice.
Et il l'envoie par mégarde
à sa femme ! Rires.
-Chut !
Taisez-vous !
-Je l'ai, monseigneur.
Cet endroit ne lui fait pas mal.
-(Tu vois ?)
(C'est une sorcière !)
-Félicitations, cher Dr Cariel. Votre première marque du diable.
La marque du diable est celle qui, par une sorte de magie démoniaque,
ne provoque aucune douleur quand on la transperce.
-(Incroyable.)
Sanglots. -Camille Beitialar.
-Non... Non...
Non ! Non ! Non !
Cris d'effroi. Je dirai la vérité !
Je dirai ce que vous voulez !
Sanglots. -(Ca y est.)
-Je suis une sorcière. Exclamations.
-Maman, Camille a avoué !
J'en étais sûre !
-La pâtissière ?
Elle va me manquer.
-Surtout sa crème fouettée !
-Vous n'avez pas d'âme. -Ce n'était pas méchant.
C'est pour honorer sa mémoire.
-Elle dit que le village grouille de sorcières.
-Quelle histoire de fous.
-Bon, j'y retourne.
-Nadine Etchegarray.
-Non !
Pas vous. Vous le savez.
-...est condamnée à mort.
Camille Beitialar, ayant avoué
appartenir à un groupuscule de sorcières,
est également condamnée à mort. Sanglots.
...
Voyons si vous êtes réellement différente de votre mère.
Allez-y,
mon cher ami. Trouvez-moi cette marque.
Vous semblez assez doué.
...
Respiration forte.
...
-(Si vous me trouvez une marque,
(je dis que vous avez fait appel à une accoucheuse.)
(Comme ça, vous brûlerez sur le bûcher avec nous.)
-Eh bien, monsieur Cariel ?
-Votre vie aura été si brève.
C'est triste.
-Il n'y a rien.
Il n'y a
aucune marque.
-Vous êtes sûr ?
Parfois les marques se cachent
dans les endroits les plus sales.
Cherchez bien partout.
Sanglot contenu.
...
Alors ?
-Il n'y a aucune marque, monseigneur.
Celle-ci n'en est pas une.
-La preuve est la preuve.
Qu'on la libère.
Chuchotements.
...
-Merci. J'aurais jamais cru que notre code secret
d'amoureux deviendrait la langue du diable.
-Le juge ne doit pas savoir qu'on s'est connus
par le passé.
On ne se connaît pas, Jeannette.
-Il faut vraiment qu'on parte de cet enfer.
Adeï, finissons les comptes de la journée. J'ai à te parler.
Qu'est-ce qu'il fait là ?
-Mon amour, les femmes n'ont plus le droit de posséder un commerce.
C'est une loi du juge.
Depuis que la pâtissière a avoué, il a obtenu les pleins pouvoirs.
Il peut appliquer toutes les lois qu'il veut.
Il a décidé de commencer par celle-ci.
Vos charmantes manières
l'ont inspiré, figurez-vous.
Vous inspirez le monde. N'est-ce pas merveilleux ?
-Ridicule ! C'est mon travail. Moi, je travaille.
Vous, vous...
Vous n'y connaissez rien. Vous n'avez jamais travaillé.
Vous n'y arriverez pas.
-Ne vous tracassez pas.
Mon nouvel intendant et moi, on s'en sortira très bien.
Je vais d'abord faire de l'ordre parmi les ouvrières.
Il y en a trop. J'ai joué à pile ou face celles que je gardais.
Question d'équité.
A propos, vous direz
à votre soeur aînée que malheureusement,
sa pièce est tombée du mauvais côté.
Quant à vous,
retournez à vos broderies.
Adeï. Claquement de doigts.
-Oui.
-Signez là.
D'Urtubie râle.
-Hmm. Trop cher.
-Si ça se trouve, Mimi n'est pas un chat.
C'est l'enfant que maman a transformé.
-Morguy, faut pas que t'aies peur.
Tu sais, ce juge est...
Je lui dis des choses pour que tout se passe bien.
-Moi aussi, je lui dis des choses. -Quoi ?
Comment ça ?
-Après ton procès,
je suis allée lui dire merci de t'avoir relâchée.
Que t'étais pas comme maman.
-Vous parlez de ce genre de choses ?
Caquètements.
-Oui.
Il me fait confiance. -Peut-être que toi,
tu devrais pas lui faire confiance. C'est pas un homme pour toi.
Tu comprends ?
-Conduis la calèche vers l'Espagne par la route habituelle.
Dis que tu vas livrer une grosse commande d'huile de baleine.
Si on t'arrête, tu donnes l'adresse des Espagnols.
-Vous serez cachées dans les tonneaux ?
Et s'ils fouillent ?
-C'est la seule manière de passer la frontière.
C'est bon.
On part demain.
J'ai...
-Morguy.
Demain, on part se balader en forêt.
-Non.
La forêt, j'y vais plus.
Y a le diable et les sorcières.
-C'est pas une proposition.
Demain, on part. C'est comme ça. Alors...
Si tu ne veux pas partir en forêt, on ira à la plage
ou à la rivière, si ça te fait plaisir.
Mais il faut qu'on parte. -J'ai pas envie !
J'ai pas envie.
Demain, j'ai rendez-vous avec Pierre.
Il doit me montrer une "enlumination".
Caquètements.
Soupir.
Cris d'oiseaux nocturnes.
...
Bourdonnement. Jeannette gémit.
Bourdonnement.
...
Gémissements.
Tonnerre.
...
-Qu'est-ce qui se passe ?
Pourquoi ce rendez-vous ?
-Maintenant que nous sommes tous là...
Je vous ai fait venir
parce qu'on partage la même colère.
On est en colère contre le juge.
Toi,
je t'ai vue prier pour que le juge reparte. Toi,
je t'ai vue cracher dans sa soupe.
Et vous,
c'est écrit sur votre front.
-On a de bonnes raisons d'être inquiets.
Pour nos vies, celles de nos familles.
Je comprends moins
la colère de la riche cousine du seigneur d'Urtubie.
Le juge ne s'intéresse qu'aux pauvres.
-Moi aussi,
j'ai perdu quelqu'un à cause de cette chasse.
Mon amie est morte en emportant son enfant avec elle.
Parce que la seule accoucheuse du village,
votre mère, n'était plus là pour l'aider.
-Pardon, je ne savais pas.
-Nous sommes tous liés.
S'en prendre à un, c'est s'en prendre à tous.
-On est trop peu pour changer les choses.
-Vous parlez beaucoup,
mais avez-vous une idée de comment agir ?
-Je vais faire partir une calèche pour l'Espagne.
Je peux y faire deux places.
Si on arrive à sortir Camille et Nadine du cachot...
-Si on avait pu, on l'aurait déjà fait.
J'ai tout essayé.
-Ces deux places, faut pas les gâcher.
Vous pourriez les donner aux vieilles femmes de chambre.
Le juge les regarde.
Il regarde leurs mains, leurs taches de rousseur.
-Bien. Commençons par faire sortir ces deux femmes.
Quoi d'autre ?
Grillons, oiseaux de nuit, coassements.
... Cri rauque et prolongé.
Grondement du tonnerre. Coassements, oiseaux, grillons.
...
Un coq chante. Soupir d'aise.
-C'est de la valériane. Un somnifère.
On endort Morguy et on la met
dans un tonneau. -En ne la voyant pas, le juge
va se méfier. Elle doit rester. -On ne peut pas l'abandonner.
-Non.
Je vais rester avec elle.
Tu t'es toujours occupée d'elle. Moi, jamais.
A mon tour.
Et je suis la femme de d'Urtubie. Je ne risque rien.
Je la raisonnerai. Elle finira par comprendre qui est ce juge.
Toi, par contre,
tu as déjà failli y passer.
Et puis tu as tes visions.
-Cette nuit, je me suis réveillée sans savoir comment j'étais sortie.
-Il faut que tu partes. Tout de suite.
-Comment tu vas faire avec ton mari ?
-Il ne m'embête pas. Il passe ses nuits avec sa maîtresse.
Et au château, j'ai rencontré des gens décidés à se battre.
-Hmm.
-Bonjour, mesdames.
Rire espiègle.
-Allez, viens là.
Baiser.
Une cloche sonne.
... -Des nouvelles de notre Damien ?
-Il a l'air tourmenté.
Il trouve le juge sévère.
Il voudrait que je vienne voir ça.
Il s'inquiète pour ces Luziennes.
-Hmm. -J'ai deux baptêmes.
La consécration de la Vierge.
-Vous ne pouvez rater cela.
-Je sais ce que nous allons faire.
Allumons un cierge pour ces pauvres âmes.
Cris.
...
Hurlements.
...
-Si on se fait arrêter, respirez doucement.
Bourdonnements.
Tout doucement. -Compris, Zuria ?
...
-Mon peuple est un animal indomptable ! Il va sortir
ses crocs quand la lune rouge brillera.
Ambiance sonore angoissante.
-Excusez-moi.
Je cherche Pierre.
Euh... Le juge de Lancre.
J'ai rendez-vous.
-Tu es une amie du juge ?
-Hmm hmm.
-Pour Camille !
Morguy crie.
...
Morguy gémit. Porte.
Porte.
Morguy pleure.
...
-Regardez.
Geneviève était comme vous. Elle ne disait que la vérité.
Et plutôt que de l'écouter, on lui jetait des pierres.
Vous êtes une martyre comme elle.
Les gens s'acharnent contre vous.
Moi aussi, on m'a mis à l'écart.
On me trouve étrange.
-Vous ?
-Nous sommes tous deux
des étrangers dans notre propre famille.
Des oisillons aux plumes blanches.
Au milieu d'oiseaux noirs. Dites-moi qui vous a fait ça.
Qui vous a donné des coups comme à une bête ?
Ceux qui sont contre nous sont avec elles.
J'ai besoin de savoir qui est avec elles.
Les sorcières sont trop nombreuses.
-(Il y avait le domestique roux.)
(Et la fille aux tresses noires.)
-Plus personne ne vous fera de mal.
Je vais vous installer au château.
Ici.
-Merci.
Merci.
Porte.
...
-Ma douce.
-Tristan.
Qu'est-ce que vous faites dans ma chambre ?
-Comment allez-vous, ma chère ?
Nous n'avons même pas eu le temps de fêter notre nuit de noces.
-Nous ne sommes obligés de rien. -Il est temps.
Il est même plus que temps de fonder
notre jolie petite famille.
Imaginez...
Oh...
Mon fils aura peut-être les cheveux mal peignés des Elissalde.
Un sauvageon. Comme sa mère.
Allez savoir.
-Attendez.
Je peux vous offrir un verre ?
-Méfiez-vous, mon ange.
Quand j'ai bu, je suis encore plus amoureux. Hmm...
...
A mon héritier.
...
Profond soupir.
Hum !
Un homme hurle au loin.
...
Un loup hurle à la mort.
-Prévenez
le juge ! Corne de brume.
...
Cri de rapace.
Corne de brume.
...
Cri de rapace.
...
Corne de brume.
...
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