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...
-Allez, ma fille !
Morguy, viens !
-Allez, viens !
...
Elles rient.
...
Une femme pleure.
...
-Comme vous pouvez le voir,
elle est plus légère que son apparence ne le laisse croire.
C'est un tour que ces femmes
sont enclines à pratiquer.
Le "Malleus Malificarum" est formel :
les sorcières peuvent changer de poids à leur guise.
-Attendez.
Mon mari vous a raconté n'importe quoi, je lui ai pas lancé de sort.
Je lui ai pas lancé de sort !
-Pourtant, elle n'avoue toujours pas.
-Très cher, douteriez-vous de mes compétences ?
-Non, mon seigneur.
-Souvenez-vous
de saint Thomas : "La nature des magiciennes
"est inconstante." Qu'est-ce l'inconstance ?
L'artifice...
le mensonge.
En suivant cette logique,
l'incohérence des paroles de cette femme ne fait qu'appuyer
sa culpabilité.
-Une missive.
-Vous interrompez une séance.
-Ca vient du roi Henri IV,
monsieur le juge.
-(Il connaît Sa Majesté ?)
Que faisons-nous
de la coupable ?
-Brûlez-la. -Non !
Non !
...
-Qui ?
Qui va mourir ?
-Maman ?
Qu'est-ce qui se passe ?
Maman, parle-moi.
-J'ai vu la mort.
-Quelle mort ?
-Je ne sais pas.
Mon rêve s'est arrêté.
Bourdonnement.
Elle chantonne.
... ...
...
Oiseaux.
Elle ne me parle plus.
Je n'entends plus rien.
Jeannette.
Le moment est arrivé.
C'est à ton tour d'écouter le monde.
-Non.
Maman.
La reine est morte.
-Ah ! Vous êtes le médecin.
-Oui, mon seigneur, mais on ne m'a pas bien expliqué ma tâche.
-Je vous donnerai les détails.
M. Montaigne m'a parlé de vos talents.
Il dit que vous êtes sorti parmi les premiers de l'université.
-C'est vrai.
-Le roi m'envoie régler une affaire d'importance.
Vous m'assisterez.
La démonologie est une science qui offre beaucoup de satisfactions.
Jusqu'ici, je n'ai eu l'occasion de la pratiquer
qu'au sein du tribunal, mais là, c'est différent.
On a la chance de partir sur le terrain.
Vous connaissez le Pays basque.
C'est une terre stérile, peuplée
de marins indociles
et de sorcières des mers,
aussi dangereuses en amour qu'en sortilège.
-Le golfe de Saint-Laurent
est un voyage vers la mort.
On ira à Terre-Neuve.
Il y en a ici qui ont traversé l'océan pour la 1re fois que
tu mouillais ton lit !
Ton mari nous aurait jamais demandé d'aller là, il connaissait la mer.
-C'était un bon gars mais il n'est plus là. On peut rien y faire,
alors non,
il vous aurait pas demandé d'aller aussi loin,
mais vos salaires ont triplé
et vous mangez plus de la soupe au chou
matin, midi et soir.
Il n'y a plus de baleines
à Terre-Neuve. L'an passé, vous m'avez ramené
des baleineaux. Cette fois, ce sera des coquillages ?
(Allez, fais-moi une cigarette.)
Vous irez à Saint-Laurent parce que personne d'autre n'y va.
C'est là-bas
qu'il reste des baleines
et on fera plus de profits que jamais.
Vous pourrez gâter vos femmes, vos enfants,
et offrir un bijou à vos maîtresses. Hein, Peyo ?
Rires.
Alors ?
-On va à Saint-Laurent ?
-Ouais. -Ouais.
-Ouais ? -D'accord.
-On va à Saint-Laurent.
...
Bourdonnement.
...
Elle entend des cris.
...
-Ah !
Cris. -Jeannette ?
Ca va ?
-Oui.
-Ca va ?
Ca pique pas trop ?
-Hm hm.
-La déesse reprend son pouvoir.
Elle ne prévient pas.
Pour ma pauvre mère, c'était l'année de la famine.
D'un coup,
le monde ne lui parlait plus.
Si on avait le temps, je dirais à Jeannette
de profiter de la belle vie, mais c'est pas le cas.
C'est pas possible.
J'ai besoin qu'elle comprenne pour qui la mort vient.
-Plus on est jeune, moins on entend.
Viens.
Retourne une carte.
-Je reviens.
-T'as raison, ma Gratianne.
Le chariot.
C'est l'inéluctable. Il arrive.
Il est lancé sur sa route.
Hennissement.
-Mes respects, mon seigneur.
-Vous êtes Zéphyr ? -Oui.
Mon régiment a été détaché de Bordeaux pour vous protéger.
Nous avons un contretemps. -Que se passe-t-il ?
-Les marins ne sont pas partis.
-Comment ça ?
-Nos informations n'étaient pas bonnes.
On a interpellé une jeune fille qui vit loin du village.
-Attachez-la.
Elle restera ici un moment avec vous. Je l'utiliserai
plus tard. -Bien.
-Ah, les Basques !
Ils refusent que la route royale n'arrive jusqu'à eux.
Ils ont une manière insolente de se croire au-dessus des autres.
-Ils sont aussi insubordonnés qu'on le dit.
-Oui. Heureusement, il en reste quelques-uns fidèles au roi.
Celui qui nous avertit de la présence de la sorcière
sera une exception de vertu.
Rires.
-Catherine.
Catherine !
-Monseigneur D'Urtubie ! J'ai pas le temps aujourd'hui.
-Je sais, la saison de pêche commence,
mais je ne vais pas vous déranger longtemps.
Je suis venu vous offrir ces belles oranges.
-Vous n'êtes pas attendu quelque part ? Une partie de cartes
ou une chasse à cour ? Laissez travailler ceux qui travaillent.
-Allez !
-Et je déteste les oranges, ça me tord les boyaux.
-Vous me rendez triste.
C'est un présent pour fêter nos fiançailles.
-Je ne vous épouserai jamais. Vous pouvez m'offrir toutes
les oranges du monde, ça changerait rien.
Je ne suis pas à marier, j'adore ma vie telle qu'elle est.
Il n'y a rien
de plus beau que d'être veuve.
-Et moi, je vous parie qu'on sera mariés avant la fin de l'année.
-Et à ce moment-là,
le harponneur lance un 1er coup, la baleine plonge,
et là, nous, les rameurs, on doit suivre son sang dans la mer.
Et on continue comme ça
jusqu'à ce qu'elle abandonne. Après, on la découpe,
on fait fondre la graisse et on ramène le tout à Catherine.
On finit toujours par se faire engueuler
parce que c'est jamais assez bien.
-La baleine peut s'échapper ? -Je parle à ton frère.
J'ai hâte que tu viennes avec nous.
Tu verras, l'an prochain,
ta 1re baleine...
-"(1re baleine...)" -Les ampoules
des rames sur tes mains,
tu l'oublieras pas. -Allez me chercher de la sauge.
Je dois parler à votre père.
-Tu viens tante Morguy ? -Non.
-Toi aussi, Morguy.
-Mais je suis pas une enfant, moi.
-S'il te plaît, ma soeur. -Allez viens, Mimi !
-Ma mère a un très mauvais pressentiment.
Je sais, tu vas dire que c'est bête encore une fois,
mais je l'ai jamais vue comme ça.
...
-Maman ?
T'es pas venue me voir une seule fois ici, ça va ?
Assieds-toi.
-Elle s'inquiète pour rien.
-Elle m'a reparlé de reprendre sa place.
-Elle n'arrête jamais !
Tu n'es pas une sorgin. Hm ?
Heureusement pour moi. -T'as de la chance
qu'elle soit pas là. -Pourquoi ?
J'ai pas peur d'elle. -Non ?
-Non.
Mais arrête, j'ai pas peur d'elle. -Charlatan.
-Non mais...
Ma Jeannette.
-Il faut qu'on quitte le village
après la Saint-Jean.
-Comment ça ?
-J'ai vu la mort, Catherine. Elle approche.
-Tu as vu quoi exactement ? Qui mourait ?
-Je n'ai pas eu le temps de comprendre.
Le don m'a quittée. -Mais non, tu dis n'importe quoi.
-Ca devait arriver un jour ou l'autre mais il faut que ta soeur
prenne sa place car elle pourrait savoir
qui est en danger.
En attendant, il faut partir se cacher.
-On ne va pas tous quitter nos vies du jour au lendemain
parce que tu as vu la mort s'approcher.
Mon travail, c'est ma vie, je peux pas.
J'ai rien d'autre.
Je vais pas l'abandonner.
Pour Jeannette, je vais lui parler.
-Je m'inquiète.
Brouhaha.
...
-C'est fascinant d'observer les gens avant qu'ils ne sachent
qui nous sommes. Voyez-vous,
quand ils découvriront que je suis juge
et que j'ai pouvoir sur eux,
ils deviendront tous menteurs,
hâbleurs, flatteurs.
-Mais si vous avez déjà
le nom de la sorcière, pourquoi ne pas l'arrêter ?
-N'êtes-vous pas curieux de la surprendre la main dans le sac ?
D'observer son milieu naturel ?
Regardez bien.
Toutes les femmes basques ne mangent que des pommes,
ne boivent que du jus
de pomme.
Comment s'étonner qu'elles ne mordent
si volontiers au fruit de la transgression ?
-On dit que c'est un fruit riche,
très bon pour le transit.
-Vous êtes tellement naïf, mon jeune ami.
Observez bien :
débraillées, sans corset,
les cheveux lâchés. Elles ne font que bouger,
comme piquées par une tarentule.
Ouvrez les yeux.
Ici, même les enfants embrassent le diable.
...
-C'est pour moi ?
-Toi, c'est celui-là.
-Qu'est-ce que je ferais sans toi ?
-C'est pas un mari qu'il te faut, c'est une épouse.
J'ai vu des choses, Catherine.
-Tu vois des choses ?
Alors maman a raison.
C'est le moment de reprendre. -Non, tu commences pas toi aussi.
T'as toujours pu faire tout ce que tu voulais, petite.
C'est pas toi qu'elle réveillait pour soigner les voisins,
c'est pas toi qui mettais tes doigts dans les plaies des marins.
Non.
Non, j'ai arrêté tout ça.
Tu sais très bien pourquoi.
-Oui, excuse-moi.
Tu fais ce que tu veux.
-Je suis pas
une sorgin, maman.
C'est pas la vie que j'ai choisie.
-Pourquoi tu fais ça ?
Pourquoi
tu as tout arrêté ?
On peut aider les gens ensemble.
-Arrête d'insister, maman.
Je t'aime, tu le sais,
mais je reviendrai pas sur ma décision.
-Il faut que tu prennes ta responsabilité, tu es née coiffée.
-Ma responsabilité, maman, c'est mes enfants.
-Maman, c'est quoi "être né coiffé"?
-Quand un bébé naît avec le placenta sur la tête,
on dit qu'il est né coiffé, il est spécial.
Ta soeur est née coiffée. -Moi aussi, je suis née coiffée !
-Non, ma chérie.
-Tu sais, je peux t'aider.
Le rituel, je peux le faire avec toi.
-Non, tu vas d'abord devoir apprendre à attacher
ta robe.
Allez !
...
-Ca ne va pas ?
Gardez-le.
-Vous êtes des princes ? -Non. Je suis juge
et mon ami est docteur en médecine. -Nous venons de Bordeaux.
-De Bordeaux ?
Il paraît qu'il y a tout ce qu'on rêve là-bas.
Des pâtisseries.
Des confiseries.
Des bals avec...
des dames de Russie ou d'ailleurs.
Enfin, tout ce qu'on raconte dans les histoires.
-Vous êtes différente.
Vous devriez vous attacher les cheveux.
Vous seriez encore
plus belle.
Dites-moi, vous pourriez me renseigner sur une chose ?
Les bateaux, les hommes, quand vont-ils partir ?
-Demain, monsieur,
après la fête de la Saint-Jean. -Ils resteront longtemps en mer ?
-Oui, longtemps.
Pendant 4 ou 5 lunes.
Quand les feuilles tombent, ils reviennent.
-Donc jusqu'à l'automne.
Et les hommes n'ont pas peur de laisser leur femme seule
si longtemps ?
-Mais pourquoi ?
-C'est plus possible, ça.
Un truc pareil.
Non.
Ca, non. -Mais qu'avez-vous ?
Vous me donnez le tournis.
-C'est cette Catherine, elle me rend fou,
tellement imbue d'elle-même. Elle a repris le marché de la morue
aux Espagnols. -Vous êtes jaloux.
Son seul tort, c'est d'être douée
et vous ne supportez pas qu'une femme
réussisse en affaires. -Avouez que c'est étrange.
Cette petite se marie à un armateur sans le sou.
Le pauvre garçon meurt très vite dans des circonstances bizarres,
elle hérite de son commerce ridicule.
Et quelques mois après, le chalutier se transforme
en 2 baleiniers qui lui rapportent plus que ce que j'amasse en un an.
Difficile de pas y voir un pacte
avec le diable.
-C'est sa puissance
qui vous fascine ou vous êtes amoureux ?
Les hommes amoureux parlent des femmes comme des ensorceleuses.
-Isabelle.
C'est vous, mon ensorceleuse.
Je n'aime que vous.
Hennissement.
Catherine...
Catherine, c'est différent. C'est sa fortune
qui m'excite.
-Seigneur D'Urtubie ?
Le juge est arrivé.
-Ah ! Enfin !
Je vous présente ma chère amie,
madame de Léoz. -Mon seigneur. Madame.
-Maman, c'est pas n'importe qui ! C'est un juge.
Rien à voir avec les gars d'ici.
Il a des belles manières, il vient d'une grande ville.
Mais si ça se trouve... c'est mon père qui me l'envoie.
C'est mon père qui veille sur moi et qui m'envoie un mari.
-Arrête avec ces histoires.
Allez, prends ça !
Tu me raconteras ça demain.
Sois pas triste ! -Gratianne.
Morguy n'est plus une enfant. -Je me le demande chaque jour.
-Dis-lui qui est son père. -Non !
Brouhaha.
...
-Ah !
Permettez-moi.
Ma liqueur favorite !
-Merci.
Mais de quoi parlais-je ?
Ah oui, cette nouvelle théorie farfelue
de Kepler ! Vous êtes au courant ?
-Non, pas du tout. Qui est-ce ? -Mais si ! Le Soleil
au centre de l'Univers à la place de la Terre.
Personnellement, je trouve l'idée assez excitante.
-Vous n'avez pas compris.
C'est atroce. Si la Terre et les hommes
n'ont plus leur place assignée, que va-t-il advenir ?
Le chaos.
-Permettez-moi d'insister. -Madame.
Rien ne m'intéresse moins que votre opinion sur la science.
-Eh bien, pour moi ce soir, c'est la pâte de fruit
qui est au centre de l'Univers ! Rires.
...
-Marie... reine
des terres et des mers...
donne à nos marins
des animaux pour nous nourrir.
Protège-les des tempêtes.
Calme la furie des vagues
et verse les vents pour qu'ils ne soient pas trop durs.
Veille sur nos enfants, sur nos petits-enfants,
sur nos maris,
sur celles qui restent.
Chants.
...
Bourdonnement.
...
Qu'as-tu vu ?
Il faut que tu me dises ce que tu as vu.
Les abeilles t'ont parlé ? -Ma femme parle pas
avec les abeilles. Elle a juste trop bu.
-Mais laisse-la parler.
Maïté, Yorick, on va au lit !
-J'ai vu Morguy, morte.
-Dès demain, je partirai avec elle.
-Qui sont ces soldats ?
-Le pont-levis !
-Ce n'est pas encore le roi qui vient collecter des impôts ?
-Rassurez-vous, madame,
ces gens sont avec moi.
-Formez les rangs ! -Ah, je vois.
Vous avez peur
des rôdeurs ? -M. de Lancre est accompagné
par la garde royale pour une raison précise :
Pierre n'est pas seulement juge,
c'est aussi un spécialiste des sorcières.
Or, vous l'avez constaté comme moi :
nos cours d'eau s'assèchent,
nos bêtes meurent, nos cultures donnent très peu de grains.
Le pain est détestable, autant manger du sable,
et la raison de tout cela, c'est que notre terre est maudite.
Elle est corrompue
par une sorcière. -Une sorcière ?
-Mais rassurez-vous, elle sera arrêtée aujourd'hui.
Chuchotements.
... -Une sorcière ?
-Morguy ?
Morguy ?
-Qu'est-ce que tu fais, amatxi ?
-Va chercher Morguy.
On doit partir toutes les deux. -Non.
Papa va déjà trop me manquer.
Pars pas toi aussi.
-On part pas pour longtemps, et tu sais ce que je t'ai dit.
-Amatxi dans ton coeur pour toujours.
Mais Morguy, elle est partie.
Elle s'est levée avant le soleil,
elle voulait retrouver
son fiancé.
-Et alors ? Il est toujours pas là ton prince charmant ?
-Non, pas encore.
Mais je suis sûre qu'on va se revoir.
C'est comme ça...
je le sens !
-Que veux-tu, petiote ?
Tu viens d'où ? T'as de l'argent ?
-Oui.
Enfin, non, c'est pas ça, je...
Je viens d'Ainhoa.
Je cherche quelqu'un
pour m'aider avec...
-On n'a pas de ça ici.
Allez, va-t'en !
Tu prends ça et tu fous le camp.
Allez.
-C'est Catherine qui paye.
-Damien ? -Mon père.
Pardonnez-moi, mais je pensais ne jamais
remettre les pieds à Saint-Jean-de-Luz.
-Je sais, mais j'entends beaucoup de choses sur ce juge,
il m'inquiète.
Il a l'air ambitieux,
prétentieux, et n'oublions pas
que c'est Henri IV, un converti, qui l'envoie.
Damien. Vous connaissez bien le Pays basque.
J'ai besoin de vous.
L'Eglise doit savoir ce qui se passe.
-Comptez sur moi.
-Les ouvrages de démonologie. Jean Bodin.
Vous lirez tout...
pour vous rapprocher du juge.
Pour pouvoir l'observer, il faudra qu'il vous fasse confiance.
Ecrivez-moi pour me dire comment ça se passe
et ne vous laissez pas perturber,
surtout par cette jeune femme...
dont vous m'avez tant parlé.
Allez en paix, mon fils.
-Maman, on peut pas la laisser comme ça.
-On n'a pas le temps.
On avait de la route à faire.
-Tu dis toujours que si une femme a besoin de notre aide, on est là.
-Comment tu t'es retrouvée
dans cet état ? -C'est le Mathias.
Il est venu me voir un soir dans la grange.
Je l'ai laissé faire.
-Ah...
-Je peux pas m'occuper d'un petit.
-Depuis quand tes lunes se sont arrêtées ?
-C'était pendant la neige.
-Pendant la neige ?
Morguy, on va chercher de l'armoise au bois.
Tu nous attends là.
Viens, Morguy !
-De l'armoise, on en a plein.
-Pour une fois, Morguy, tu fais ce que je te dis.
Morguy ?
-Maman ?
Maman ?
-C'était ça votre idée ? Faire peur à Catherine en dénonçant sa mère ?
Vous avez écrit cela au roi.
-Avouez que c'est un pari inventif.
Je ne m'attendais pas à ce qu'il arrête
la petite demeurée. -Maman ! Maman !
-Comme c'est une scélérate avorteuse comme sa mère,
je n'ai fait que le bien du pays. -La sorcière s'est volatilisée.
Une partie de mes hommes la cherchent.
-Vous avez intérêt à la retrouver,
je comprends pas comment vous avez fait pour la laisser s'enfuir.
-Elle est rapide pour une gâteuse,
mais on va la retrouver. Elle ne s'échappera pas.
-Alors que faites-vous encore là ?
-Notre juge m'inquiète.
On m'a envoyé la transcription d'un des procès qu'il a mené :
"Le 17 février 1609, le juge Pierre de Lancre
"condamne à mort la sorcière Marie-Louise Vergès
"pour avoir rendu stérile son voisin d'un seul regard.
"Il n'est pas étonnant que cette femme soit sorcière
"car elle avait la sale habitude de se baigner dans l'écume de l'océan
"qui ressemble tant au sperme de baleine."
Il rit.
-Avouez que sa pensée est plutôt originale, pour le moins.
Isabelle.
Cessez de vous tourmenter. Pensez plutôt à tout ce qu'on fera
une fois que j'aurai mis la main sur l'argent de Catherine.
Comment s'appelle ce compositeur que vous aimez tant ?
-Monteverdi ?
-Nous l'inviterons pour qu'il nous donne un concert.
-C'est vrai ? -Oui.
Isabelle.
Oubliez ces femmes.
-Savez-vous ce que vous faites là ?
Les avortements sont interdits au royaume de France.
-Ah bon ?
Ma mère me l'a jamais dit, vous êtes sûr ?
-Votre mère
ne vous dit pas la vérité.
Elle vous ment depuis toujours.
N'avez-vous jamais pensé que la vie que vous meniez
ne vous correspondait pas ?
-Si.
-Ne voudriez-vous pas d'une vie meilleure ?
-Si.
-Alors il faut me dire la vérité.
Votre mère vous a forcée, n'est-ce pas ?
Elle vous a obligée à faire ces choses affreuses.
Dites-le-moi.
-Non.
Elle m'a pas obligée.
-Donnez-moi votre prix, je vous offre
le double.
-Vous travaillez au port, n'est-ce pas ?
Je vous y ai vue, je crois.
Une physionomie comme la vôtre, ça ne s'oublie pas.
-Vos bonnes manières, gardez-les pour l'idiot qui vous accueille
et sa cour de pintades. Je viens chercher
ma soeur et je repars, point.
J'ai de l'argent.
Les Bordelais ne sont pas les seuls à avoir de la trésorerie.
Alors ?
-Au cachot.
-Comment ça au cachot ? Vous n'avez pas le droit de faire ça.
Vous n'avez pas le droit, lâchez-moi !
Lâchez-moi !
-On sait pas où elle est !
C'est pas possible,
allez voir ailleurs !
-Maïté ! -Maïté !
-Viens ici.
-Zuria ?
-Tu fais la maligne, toi !
-Lâche ma soeur.
-Silence !
Et toi, jeune fille...
t'as vu ta grand-mère ? -Non, je l'ai pas vue.
-Non ? Tu sais qui m'envoie ?
C'est le roi.
T'es intelligente, tu sais qu'il faut pas mentir.
Surtout au roi.
-Il faut pas mentir au roi. -Sinon,
il peut t'arriver des gros malheurs.
Alors dis-moi,
elle est où ta grand-mère ?
-Je sais pas.
-Elle est où ta grand-mère ?
-Amatxi est allée dans le feu.
-Quoi ?
Qu'est-ce que ça veut dire ?
-C'est une expression de chez nous. Ca veut dire "disparu".
Elle a disparu.
-On y va.
...
-Tout va bien, Zuzu.
Bonne nuit. -Bonne nuit.
-Tu vois où il me mène ton don ?
Catherine et Morguy dorment avec les rats par ta faute.
Tu faisais quoi toute la journée ?
T'as pas voulu sauver tes filles. -J'avais des choses à faire.
Mon don s'éteint et tu ne veux pas me succéder.
-Pars d'ici.
Prends tes affaires et pars.
-T'es une sorgin comme moi.
-Je préférerais mourir que d'être comme toi.
Elle claque la porte. -Maman avait raison,
on aurait dû partir. Ce fils de chien
de juge !
Il a attendu que les marins
soient partis, qu'on soit seules.
Porte.
-Toi !
Toi, là !
-Quoi ? -Ton dernier repas.
Qu'est-ce qui te ferait plaisir ?
-Des pommes.
J'aime tout ! Compote, confiture.
Ce que j'aime surtout, c'est la tarte de ma soeur
qu'elle fait pour la Toussaint. Je peux avoir
de la tarte de ma soeur ?
-Ce sera une pomme.
-Et moi ?
-Pourquoi t'as pas le droit à un repas ?
C'est pas grave !
On va le partager mon dernier repas.
Elle chantonne.
...
-(T'aurais dû dire au juge
(ce qu'il voulait entendre.)
-Tu vas vraiment laisser Morguy
se faire tuer ? Sans rien faire ?
-Maïté,
on n'a pas le choix. Nous avons ordre d'y assister.
Même ta tante Catherine avec ses bateaux et son argent
est au cachot. Tu veux finir pareil ?
Non. Alors tais-toi s'il te plaît.
-C'est qui lui ?
-Personne.
-La jeune Marguerite Elissalde,
dite Morguy,
pour avoir reconnu pratiquer avec sa mère des avortements...
Indignation.
La prévenue est jugée
coupable et est ainsi condamnée à la mort.
-Qu'ai-je fait de mal ?
-Et ce,
sans recevoir l'extrême-onction
car le pardon est interdit
aux femmes coupables de sorcellerie.
-Maman ?
Brouhaha.
Maman ?
Pardon.
...
-Gratianne ?
-Laissez-moi !
-Lâchez-la.
-Vous vous êtes trompé de sorcière.
Ma fille m'assistait.
Oui.
Mais elle ne comprenait même pas ce que je faisais.
J'ai aidé des femmes
à faire partir leur enfant
quand elles ne pouvaient pas ou ne voulaient pas s'en occuper
et j'en suis fière.
Brûlez-moi.
-Non. -Laissez vivre ma fille.
-Maman, non.
Non, non. -Laissez ma fille.
-Amatxi.
-Brûlez-la.
-Non ! -Lâchez-la !
-Lâchez-la !
-Ah mais non !
...
-Non, lâchez-moi !
Non !
-Gratianne.
-Beau spectacle, non ?
Regardez.
Aujourd'hui, j'ai mis votre mère sur le bûcher,
mais demain, ce sera vous si vous refusez de m'épouser.
Et puis, ce seront vos soeurs.
Il me suffit d'un mot au juge. Que dira-t-il quand il apprendra
que vous êtes mariée à un jeune
armateur et que subitement, il est mort 6 mois après vos épousailles ?
Il dira que vous êtes une sorcière, que vous l'avez empoisonné.
Le mariage ou le bûcher.
A vous de choisir !
Alors, ma douce ?
Consentez-vous
à m'épouser ?
-Elle est venue me voir hier.
Elle m'a apporté la plante pour soigner ma peau.
Elle savait qu'elle allait donner sa vie.
Elle se sera bien occupée de nous.
C'est ton tour maintenant.
-Allez !
-Je vous entends mal.
-Oui.
-Merci, ma douce.
-Amatxi. -Qu'est-ce que tu fais là ?
Il fallait pas que tu viennes.
-Que souhaitez-vous faire
avant votre départ ? Une partie de chasse,
ça vous plairait ?
-Je ne pars plus.
Vos terres
sont terrassées par le diable. Il y a des sorcières
à tous les coins de rue.
-Tu ne sais pas où t'as mis les pieds,
petit homme.
Mon peuple n'est pas un animal qu'on peut dompter !
Il va sortir ses crocs
quand la lune rouge brillera.
-Agur !
...
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