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Musique oppressante
---
--- Moteur d'avion
--- ---
---
--- ---
---
---
--- ---
---
--- Roulement de la caméra
--- ---
---
--- Moteur d'avion
--- ---
---
-On est pas à Pochentong.
---
-Non, on est plus au nord, là.
On a laissé le Mékong sur la droite.
On doit être...
au Nord-Ouest.
On doit être environ à 2 heures de Pochentong.
Bonjour, camarade.
On met les bagages dans le camion ?
Vous parlez français ?
Comment vas-tu ?
Quel plaisir de te voir !
-Bonjour. Sung du ministère des Affaires étrangères.
C'est moi qui vais vous accompagner pendant votre séjour.
(En khmer)
-On va où ? Roulement de la caméra
-Ah, attendez...
---
Allez-y.
C'est bon ?
---
-J'ai l'impression qu'il m'a pas reconnu.
J'ai été à la Sorbonne avec lui y a dix ans...
Douze ans maintenant, mais...
Il m'a pas reconnu.
Meuglements
---
Allez, venez par là.
(Propos en khmer)
Venez par là, messieurs.
Messieurs, voici votre chambre.
Installez-vous.
Bon séjour. -Merci.
-Merci. -Bon séjour.
Mademoiselle Lise Delbo, voici votre chambre.
Nous avons mis un petit cadeau pour vous. Installez-vous.
-Merci. -Bon séjour.
-On est où ?
On est où ?
Il verrouille la porte.
Elle souffle.
Elle soupire.
---
Musique intrigante
---
-"Les aspirations fondamentales et sacrées
"des ouvriers, paysans et autres travailleurs,
"des combattants et cadres
"de l'armée révolutionnaire du Kampuchéa."
---
--- Coups métalliques
--- ---
-Bonjour, camarade. -Bonjour, camarade.
---
-Bonjour.
-Bonjour. Nous allons visiter notre atelier de sculpture et de peinture.
D'accord ? Allez-y.
---
Roulement de la caméra
---
(En français) -Fascinant.
Coups métalliques
---
-C'est merveilleux.
Musique intrigante
-Vous voyez,
la révolution doit faire table rase du passé.
-Absolument.
-Nous ne sommes que le commencement, vous voyez ?
-Bien sûr. -Par là.
-Néanmoins, c'est formidable
tout ce que vous avez déjà... Propos inaudibles
--- Coups métalliques
--- ---
--- Clic
--- Coups métalliques
--- ---
-Là, ici, là,
c'est l'atelier où on prend la ferraille
des voitures des impérialistes
pour en faire des instruments agricoles.
Vous voyez là-bas ?
--- ---
On y va.
--- ---
--- La musique s'intensifie.
--- ---
---
-Madame Thirith, vous êtes l'épouse de Ieng Sary,
numéro deux du parti.
Vous êtes aussi la belle-soeur de Pol Pot.
Et vous êtes aussi diplômée de la Sorbonne.
Alors où sont les intellectuels ?
-Les intellectuels sont là. Ils vivent mieux qu'avant.
Mais je ne nie pas le fait que nous avions évacué
toute la population de Phnom Penh à la campagne.
Ma propre famille aussi.
Ma mère, ma soeur...
Et ma soeur qui est docteure en droit. C'est une intellectuelle.
-Beaucoup de réfugiés
affirment que les intellectuels ont été tués...
par la révolution.
-Mais vous devez savoir que les Vietnamiens eux-mêmes ont massacré
plus d'un demi-million de personnes au sein de notre peuple, et surtout
des femmes, des enfants et des personnes âgées.
Voilà, et puis en plus, ils annoncent
que nous, nous tuons
ceux qui portent des lunettes
parce qu'ils sont taxés d'être intellectuels.
Mais vous pouvez remarquer que moi, je porte des lunettes aussi.
Voilà, donc c'est impossible.
Voilà.
C'est ça. -Merci, madame Thirith.
-Je vous en prie.
(Propos en khmer)
---
---
-Non, on est journalistes.
-On est journalistes ! On a été invités par l'Angkar.
On a été invités par l'Angkar !
---
Musique intrigante
---
--- Respiration forte
---
--- ---
---
--- ---
--- Clic
--- ---
---
--- Clic
---
--- Cliquetis d'une machine à écrire
--- ---
-C'est qui ?
Ah.
-C'est quoi, ton cadeau de bienvenue ?
-Du vernis et une hache. Et toi ?
---
Ah, ça, j'ai pas eu.
-Cadeau.
Ouah.
Tu vas faire quoi avec tout ce fric, suppôt du capitalisme ?
-C'est pour le voyage.
-Y a plus de monnaie au Cambodge. Qu'est-ce que tu racontes ?
C'est pour qui, ce pognon ?
T'inquiète pas, je dirai rien.
On est seuls dans ce pays de fous. Faut qu'on s'entraide.
-C'est pour Bophana, ma traductrice.
On a travaillé ensemble pendant deux ans.
On partait ensemble en province.
C'est une lettre que j'ai reçue d'elle
une semaine avant la prise de Phnom Penh.
Elle venait d'accoucher.
Elle m'invitait à venir les voir.
-Tu vas la faire sortir du pays ?
-C'est possible de fuir.
Y a des brèches dans la frontière thaïlandaise.
-Depuis la prise de pouvoir des Khmers rouges, des nouvelles ?
-Personne n'a plus de nouvelles de personne.
Ce sont des intellos.
Ils ont dû partir dans une coopérative à la campagne.
Faut juste que je trouve où.
En parlant d'entraide... C'est le moment.
-Comment ça ?
-Quand on sera à Phnom Penh,
toi, tu fais diversion
et je pars une heure faire un tour.
-Ca, je sais faire. Petit rire
Musique intrigante
---
-Et il va où, le couloir ?
---
-Nulle part.
---
--- Cliquetis de la machine à écrire
--- ---
(*Propos en khmer)
*---
Vrombissement d'un moteur
---
-Bonjour ! Bonjour !
---
Bonjour. -Bonjour.
-Ca va ? -Et toi ?
-Oui, très bien. Très bien.
-Monsieur le ministre, très heureuse...
-Non, pas "ministre". Maintenant, c'est "camarade". Ca va ?
-Oui. Vous avez reçu nos questions ?
-Oui, je les ai reçues. Ne t'inquiète pas.
Je suis très content de vous revoir aussi.
-Bonjour. -Bonjour.
-Paul Thomas. -Ah, Paul Thomas.
-Enchanté. -Enchanté.
Vous savez, Frère numéro 1 est très occupé.
Il est maintenant en réunion d'état-major.
En attendant, je vais vous faire visiter sa chambre historique.
D'accord ?
Allez visiter.
-Je lui ai remis toutes les questions.
-Très bien, merci.
Si j'ai envie d'en rajouter, c'est possible ?
-Oui, c'est possible. On verra plus tard.
-Voilà, c'est sa chambre.
Vous allez voir,
Frère numéro 1 vit très simplement.
*Musique cambodgienne
*---
-Monsieur Ieng Sary, c'est vraiment ici que Pol Pot dort ?
-Ca lui arrive souvent, en vrai, lorsqu'il prend le temps de dormir.
Prenez des photos.
-Maintenant, j'ai le droit ? -Oui.
-Merci.
-Il faut montrer ça dans vos journaux.
Parce que Frère numéro 1 déteste le faste
et les attributs du pouvoir de vos dirigeants.
Il vit comme le peuple.
-Du Contrat social...
Jean-Jacques Rousseau.
-Vous savez, Frère numéro 1 a beaucoup de choses à régler.
Les ennemis vietnamiens sont à la frontière.
Il faut les repousser.
Et puis, y a les ennemis de l'intérieur.
-Quels sont les ennemis de l'intérieur ?
-Les ennemis de la révolution.
10 % de traîtres. 90 % de gens sont satisfaits.
Certains ennemis et traîtres se sont réfugiés à l'étranger
et d'autres se cachent encore parmi nous.
Je vais vous emmener en province. Vous allez découvrir l'état du pays
qui n'a rien à voir avec ce qu'en fait la propagande occidentale.
Coups de pioche
--- (*Propos en langue étrangère)
--- *---
-Allez, souriez un peu.
--- *---
--- *Musique cambodgienne
--- *---
-Regarde, Lise. C'est Sikoeun.
Je l'ai connu à Paris y a 27 ans.
Regarde-moi ce gaillard.
Il est en pleine forme.
--- *---
Sikoeun, tu es là ?
A Paris, j'ai lu que tu avais été exécuté.
Sikoeun rit.
-Il faut pas croire ce que vos journalistes racontent
sur le Kampuchéa démocratique.
--- *---
--- *---
-"A toi,
"Pol Pot,
"mon vieil ami,
"toujours épris de justice et de liberté."
Il soupire.
"En souvenir
"de nos jeunes années
"de militantisme
"à Paris.
"Tant de chemin parcouru depuis.
"Alain Cariou."
---
-Tu sais, Pol Pot, Ieng Sary, Sikoeun, à l'époque,
c'était des types qui étaient tellement pleins de courage.
Pleins d'idéal.
Et ils se sont...
Ils se sont vraiment battus pour leur peuple,
pour lui rendre sa dignité.
Crois-moi, tu sais, ils avaient rien à gagner.
Et pourtant, ils ont risqué leur vie.
-Par là.
(Propos en khmer)
-La touchez pas comme ça. Pour qui vous vous prenez ?
-Par là ! -Oui, bon, très bien.
Ce petit chefaillon...
Insupportable.
Je sais pas pour qui ce type se prend.
---
Petit rire
---
---
On mange aussi bien que chez vous.
Les réfugiés qui parlent de famine au Kampuchéa démocratique
à la solde de la CIA, du KGB, ou...
de l'ennemi vietnamien.
-Tous les repas sont pris en commun.
Comme ça,
l'Angkar est certain que tout le monde
sera traité sur un pied d'égalité.
Mais chacun selon ses possibilités et chacun selon ses besoins.
-Un château Angélus, premier cru classé.
-Mmh, vous aimez, camarade ?
-Pour un repas révolutionnaire...
Il rit.
(Propos en khmer)
---
-Quelque chose ne va pas, mademoiselle Delbo ?
-Ah si, si. Je...
Je pensais à mes amis
qui habitent à Phnom Penh.
Ils sont allés dans des coopératives hautement collectivistes ?
-Certainement.
-Et comment savoir où ils sont passés ?
-Le membre du nouveau peuple,
ainsi qu'on nomme un ancien citadin,
est envoyé dans une coopérative de sa région d'origine.
Vous cherchez quelqu'un en particulier ?
-Oui, enfin, beaucoup. Je connais leurs prénoms.
Mais j'aimerais rencontrer des gens qui viennent de Phnom Penh.
-Beaucoup de gens de nouveau peuple
ont changé de nom.
(En français) D'ailleurs,
si vous vous souvenez de quelques noms de famille,
je ferai tout mon possible pour retrouver vos amis.
-Très bien. Je vous remercie.
-D'ailleurs, messieurs, ça vous dirait un petit cognac ?
-Mais c'est du cognac français ! -Evidemment !
C'est du cognac français. Je vous sers ?
-Oui. -Allez.
Petit cognac.
Et vous aussi ? -Avec plaisir.
-Hop. Voilà.
-Et les femmes sont à la citronnelle ?
-Mais non, mademoiselle. C'est cognac pour tout le monde.
-On devrait être quelque part par là.
-Là.
-Mmh, dans la province de Kampong Chhnang.
-Mmh.
Et Bophana est originaire du Kampot.
Enfin, de cette zone.
Mais y a qu'une route.
-Donc on est forcés de passer par Phnom Penh.
Faudrait descendre, se rapprocher le plus possible.
Peut-être qu'elle se manifestera.
-Mieux vaut ne plus parler d'eux.
C'est des intellos qui fréquentent les Occidentaux.
-Tout ce que déteste Chan.
-Sung a l'air plus civilisé, mais kif-kif.
Il rit jaune.
-T'as raison.
-Allez, faut que je dorme.
-J'ai pas sommeil.
-Moi, si.
Je suis morte.
Bonsoir, Paul. Bonsoir, Alain. -Bonsoir.
Hurlement de chien
---
--- Aboiements
---
--- ---
Hululement
---
---
Musique intrigante
---
Grondement du tonnerre
--- ---
---
--- ---
---
--- ---
---
-Regardez, ici, nos soldats prennent leur repas collectivement.
Ils élèvent des cochons. Ils cultivent aussi le riz.
Il faut qu'ils arrivent à l'autosuffisance,
c'est-à-dire dans le principe qu'ils doivent s'appuyer sur eux-mêmes.
Vous pouvez prendre autant de photos que vous voulez.
Y a pas de problème.
Nos jeunes combattants. -Suostei.
Roulement de la caméra Clic
Roulement de la caméra
-Et venez voir la cuisine.
Vous pouvez même goûter les plats.
Vous ne serez pas empoisonnés.
Pas de problème.
-Formidable.
Cancanements
---
-Ca sent bon, hein ? -Oh oui.
Et alors, qu'est-ce qu'elle prépare, là ?
-Oh, ça doit être une soupe aux épices,
à la citronnelle.
Y a plein d'autres ingrédients.
-C'est le liseron d'eau, là ? -Oui, c'est le liseron d'eau.
-Et vous mélangez les viandes avec le poisson.
-Vous pouvez goûter, après.
Pas tout de suite comme ça. -Avec plaisir.
Bourdonnements
---
Meuglements
---
Cri du coq
Meuglements
---
Grondement du tonnerre Grouinements
---
-Regarde ce que j'ai trouvé.
De l'écorce de riz et de la terre.
-T'as trouvé ça où ?
-Dans les sacs de riz au fond.
-Non ?
(T'as vu, ils parlent pas.) (-Ouais.)
-Maintenant que le travail est collectif,
nous produisons 7 tonnes de riz à l'Etat.
-7 tonnes, vous êtes sûr ? -Bien sûr, 7 tonnes.
-Je pensais qu'avant, le rendement maximum était de 3 tonnes ?
Comment vous faites ?
-C'est très simple.
Maintenant, l'Angkar est maître de l'eau et de la terre.
Et avec une conscience révolutionnaire forte,
on peut tout faire.
On peut tout faire.
Je vous emmène voir les gens de la coopérative ?
Allons-y.
Venez.
(-C'est du bidon, le rendement.)
-Ici, nous avons fait venir des paysans, du riz...
Vous pouvez faire toutes les photos que vous voulez.
Si vous voulez que les paysans
dégrènent le riz pour vos photos, on peut leur demander.
-Je veux voir une vraie coopérative.
-Une coopérative, pour l'instant...
Toutes ne sont pas disponibles.
-C'est une blague ?
-Trop d'insécurité.
On verra plus tard, la coopérative. On verra plus tard.
-J'ai besoin d'un sujet personnel. -Oui.
-Le témoignage d'un paysan.
(Propos en khmer)
-Lui, là.
-Attendez. -Ce vieil homme, je peux y aller ?
-Il va le faire venir. -D'accord, pas de soucis.
-Il va le faire venir. (En khmer)
-Bonjour, monsieur. (En khmer)
-Bonjour. Est-ce que vous pouvez nous expliquer
comment se passe le fonctionnement ?
---
---
-On travaille ensemble.
-Et comment s'organise votre temps ? Qui fait quoi ?
---
-Vous avez des enfants ? Vous vivez en famille ?
---
-Je travaille avec les autres paysans.
---
J'ai des enfants.
Mais...
Il avale sa salive. Grondement du tonnerre
---
-Merci.
-C'est bon ? -Oui.
-On continue la visite ? Allez. -Oui.
---
Musique inquiétante
---
---
-J'ai pas rêvé ! C'était le krama de l'homme qu'on a interrogé.
-C'était une mise en scène pour t'impressionner !
-Vous avez mis cet homme en danger. Pourquoi être allé le chercher ?
Il tremblait de peur.
-On a mis cet homme en danger.
-On va pas se laisser balader sans rien dire !
-Tu crois quoi ? On est les invités officiels du régime.
Il nous montre ce qu'ils veulent bien.
(-On est là pour agir comme des journalistes !)
(Je suis un journaliste !)
(-Un fouille-merde !)
-Je rapporte les faits, je fais pas le touriste.
Je ne suis pas un ami du parti.
-On a la chance de pouvoir visiter ce pays
à un moment crucial de son histoire.
(Il faut respecter les règles !) -C'est pour ça
que je me dois d'être lucide.
-Tu vas te faire virer, tu vas voir !
Continue, tu vas voir ce qui va t'arriver !
-Tu me crois pas, en fait ? Va voir.
-Lise, tu te fais impressionner.
Il soupire.
Il soupire.
Légers ronflements
Elle crie.
Il rit.
-Doucement, c'est moi. C'est Paul.
-Qu'est-ce que tu fais là ? -Je voulais m'excuser.
-Quoi ?
-T'es une très grande professionnelle.
-Dégage de mon lit alors.
-Ca va, calme-toi.
On est là, au milieu de nulle part.
-Oui ? -Fais pas ta coincée.
-Mais répète ça pour voir ! Paul rit.
Mais fous le camp !
-Attends, arrête !
Elle souffle. -Ca va, Lise ?
-Ouais, ouais.
Les mecs dans ce métier sont pas habitués
à travailler avec des femmes.
-Mais tout va bien ?
-Oui, oui. Je me débrouille.
Bonsoir, Paul. Bonsoir, Alain.
-Bonsoir.
-Camarade, quelle est la place pour les droits de l'homme
dans votre révolution ?
-On ne peut plus ignorer la guerre imminente.
Le Vietnam est allié avec l'URSS.
Alors vos questions sur les droits de l'homme
et le bien-être de la population sont complètement hors sujet.
-Qu'en est-il des prisons ?
-De quelles prisons vous parlez ?
Il n'y a pas de prison.
Les injustices sont traitées au sein des coopératives
et se résolvent sur place.
-Est-ce que l'homme a une vie privée ?
Il y a une place pour l'homme à disposer de lui-même ?
-Vous n'avez rien compris à notre révolution.
Avez-vous d'autres questions ?
Musique intrigante
---
--- Clic
---
--- Coups de pioche
--- ---
---
(En français)
-Où sont les conservateurs des monuments ?
---
---
Quelqu'un court.
---
(En français) -Tu as vu Paul ?
Musique intrigante Quelqu'un marche.
--- ---
---
-Si Paul Thomas est passé dans le camp des ennemis,
l'Angkar nous fera tous tuer.
Vous entendez ?
Tous.
Si vous savez quelque chose, dites-le maintenant.
Où est parti votre ami Paul ?
Où ? -Il s'est peut-être perdu.
-En fait,
j'avais reçu un message secret de l'Angkar.
Frère numéro 1 a accepté de venir vous voir
demain.
Tout est organisé.
Mais il viendra pas dans ces conditions-là.
-Quand est-ce que je vais le voir alors ?
-Personne ne sera prévenu.
Un jour, il sera là, c'est tout.
Et d'ailleurs, quand Frère numéro 1 se déplace,
plusieurs convois circulent en même temps
pour leurrer l'ennemi du régime.
Et si jamais un jour, vous voyez un convoi officiel arriver
Frère numéro 1 n'en fera peut-être pas partie.
C'est comme ça.
Cri de rapace
---
---
Respiration forte
---
Clic
---
---
---
---
---
---
---
---
---
---
---
Bourdonnements
---
---
Musique sombre
---
---
-M. Paul, votre ami, on va le retrouver.
Ne vous inquiétez pas.
Musique inquiétante
---
---
---
---
-Ca suffit, maintenant.
Vous lui avez déjà tout pris. Vous voulez quoi de plus ?
Je vous préviens, je suis un grand ami de Frère numéro 1.
(En khmer)
---
Lâchez-le !
-A cause de l'imprudence du camarade Paul Thomas,
nous avons dû renforcer les mesures de sécurité.
A partir de maintenant,
il vous sera formellement interdit de sortir
sans être accompagné par au moins deux gardes armés par personne.
Désormais, c'est moi
qui vais prendre des photos.
Et c'est moi aussi
qui vous servirai d'interprète.
Est-ce que c'est clair ?
Elle renifle.
-"Nous sommes
"dans une bulle...
On ferme une porte.
"... qui peut éclater
"à n'importe
"quel moment."
Grouinement
---
Claquement métallique
---
-C'était hier et c'est demain
Je n'ai plus que toi de chemin
J'ai mis mon coeur entre tes mains
---
Et tant je t'aime que j'en tremble
Que ce soit dimanche ou lundi
Soir ou matin, midi, minuit
L'enfer ou le paradis
(Propos inaudibles en khmer) Les amours aux amours ressemblent
---
C'était hier que je t'ai dit
Et tant je t'aime que j'en tremble
Il sifflote. Aussi longtemps que tu voudras
---
---
---
---
Gémissements d'effort
-Alors venez, hein !
Vous avez peur de l'eau, c'est ça ?
On a peur de la noyade ?
Alors venez !
Hein ?
Venez !
Grondement du tonnerre
Venez !
Venez !
---
Musique oppressante
---
---
Elle soupire.
Grincement d'une porte
-Allez vous habiller. Je ne répéterai pas.
-Je n'irai pas en excursion. Finie, la comédie.
Pas de photos ? Vous n'avez plus de photographe.
-C'est la dernière fois. Il faut obéir aux ordres de l'Angkar.
Chien d'impérialiste.
-Laissez-moi lui parler deux minutes.
(Propos en khmer)
-C'est quoi, ce bordel ? Il fait quoi, Paul ?
Grincement de porte
Elle tapote.
-On s'en fout, des photos, Paul.
On a nos yeux pour voir, ou...
On racontera ce qu'on a vu tous les trois.
-Tu t'imagines vraiment qu'Alain va nous soutenir
quand je raconterai comment ses amis massacrent
et affament leur peuple ?
Mmh ?
Elle soupire.
-Regarde-moi, Paul.
Je suis avec toi, moi.
Ce soir, je vais t'enregistrer.
Et tu me raconteras en détail tout ce que t'as vu.
Il soupire.
Allez, viens.
On doit continuer ce voyage comme si de rien était.
-J'ai plus la force, Lise.
-On doit aller au bout de ce voyage.
-Au bout de quoi ?
Tu crois qu'ils vont te laisser témoigner ?
Qu'ils vont te laisser retrouver ton ami ?
Lise, réfléchis.
Une intello à lunettes parlant 4 langues,
un type qui bosse pour les Occidentaux...
Musique intrigante
--- Elle claque la porte.
---
--- On démarre une voiture.
--- La voiture s'éloigne.
--- ---
---
-Oh oh oh !
-Alors, c'est quoi ?
-Mmh.
Euh...
Des cheveux ? (Propos en khmer)
Rires
---
Non, c'est pas des cheveux ? Non ?
---
(Propos en khmer)
---
-Aïe ! Il souffle.
-Alors, c'est quoi ?
Alors, c'est quoi ? -Euh, c'est de...
C'est de l'écorce de palmier.
---
Rires
Non ?
C'est pas ça ?
Non ? Pas du manioc ?
---
Oh oh oh !
-Alors, c'est quoi ?
-Ah oui, je sais.
C'est un éventail.
---
Rires
J'ai trouvé, c'est un éventail !
---
-Un éléphant ?
---
Un éléphant ?
---
Un éléphant !
---
Grondement du tonnerre
---
Musique intrigante
-Paul ?
---
-Paul ?
---
Paul ?
---
Paul ?
---
-Y a ses bagages.
---
-Il a pris ses appareils photo.
---
Où est-ce qu'il a bien pu y aller ?
---
-Ils n'ont rien remarqué. Pourtant, ils n'ont pas quitté leur poste.
Paul Thomas a dû s'enfuir de sa chambre.
-C'est impossible, il serait pas parti.
Pourquoi vous mentez ?
-Doucement, Lise. -Vous avez fait quoi de Paul ?
On est venus ensemble, on reste ensemble.
-Oui, enfin...
-Restez correcte, mademoiselle.
-Il serait pas parti dans la nature comme ça.
Il a pas ses pellicules.
-On va le retrouver avant la nuit, comme la dernière fois.
(Propos en khmer)
---
Il vous invite à rentrer dans votre chambre.
Il va faire faire une enquête.
Il va annuler tous les programmes de visite.
-Très bien.
Attendons le résultat de l'enquête, alors.
-On aurait pas dû laisser Paul tout seul.
Qu'est-ce qu'on fait pour Paul ?
-J'aimerais comprendre
ce qui cloche dans ce pays.
-Qui est-ce qu'on peut prévenir ?
-Le problème d'une révolution qui donne le pouvoir
aux ouvriers et aux paysans,
c'est qu'elle manque de cadre, d'une vraie culture politique.
Le peuple est au pouvoir,
et le peuple veut du sang.
Mmh. -Le peuple veut du sang ?
-Eh oui.
-Tu crois ça, toi ?
-C'est comme dans toutes les révolutions.
Il soupire.
-Paul a pas disparu tout seul.
-Va savoir...
---
Bon, allez, je suis fatigué.
A demain.
---
Grondement du tonnerre
---
--- Musique oppressante
---
--- On ferme une porte.
---
--- ---
Ils répètent.
---
---
---
---
---
Il renifle.
Ils répètent.
---
--- Il soupire.
Ils répètent.
--- Grésillements
--- ---
*-Six divisions vietnamiennes ont pénétré sur des kilomètres
*à l'intérieur des territoires...
*et cela tout au long des 1 400 kilomètres de frontière.
*Les Vietnamiens ont expliqué cette attaque
*par leur volonté de donner un coup d'arrêt
*aux infiltrations continuelles des Khmers rouges
*en territoire vietnamien.
*24 heures après l'opération, le Vietnam dit d'arrêter les combats.
*Ce ne sera pas facile.
*Entre le Cambodge et le Vietnam existe un contentieux historique.
Roulement de la caméra
---
---
-Tu vois, Sikoeun,
il est marié à une Française.
Pourtant, il va très bien.
Et sa famille aussi.
-Ils nous racontent ce qu'ils veulent.
Blablabla...
Musique intrigante
---
Trois ans que vos frontières sont fermées.
Où en est votre révolution ?
-Comment transformer un peuple révolté en peuple révolutionnaire ?
Il faut conflictualiser.
Tout doit être interpellé.
Et comment éveiller la conscience ?
Par la pratique de la lutte.
-Quelle pratique de la lutte ?
-Eh bien, la révolution,
elle avance sous le fouet de la contre-révolution.
-Quelle est la contre-révolution ?
-Les Vietnamiens ont saccagé nos entrepôts, nos cultures agricoles.
Et ils sont allés jusqu'à brûler la totalité de la rigole de rizière,
car c'était la saison, à cette période.
Et ainsi, ils nous ont privés
de notre approvisionnement en nourriture.
-Mais on peut pas imputer toute la responsabilité aux Vietnamiens ?
-Absolument, absolument.
-Comment c'est possible ?
-Vous vous posez trop de questions, mademoiselle Delbo.
Les Français ont pillé la richesse du Cambodge
et ils ont réécrit l'histoire pour glorifier le Vietnam et la France.
Musique intrigante (*Propos inaudibles en khmer)
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--- Acclamations
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-"Je ne sais pas si les gens dont vous parlez
"sont horribles comme vous le dites.
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"Mais je sais qu'ils vous ressemblent."
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-Allez, préparez vos bagages.
Vous allez être reçus par Frère numéro 1. On part dans 20 minutes.
C'est une mesure de sécurité
car les Vietnamiens ont franchi la frontière.
Vous allez rendre visite au Frère numéro 1
dans un camp de brousse d'où il prépare
une contre-offensive.
Et aussitôt après, vous allez regagner Phnom Penh
où vous prendrez l'avion pour Pékin pour rentrer,
car ce pays est devenu
trop dangereux pour vous.
-Et on va vraiment le voir ? -Oui, votre ami
vous attend. -Et Paul ?
On part pas sans lui. -Paul Thomas ?
C'est fini. On peut plus rien faire.
Il a été rattrapé par les Vietnamiens.
-"C'est fini" ?
Qu'est-ce que ça veut dire ?
-Ce sont les résultats de l'enquête. -"Fini" quoi ?
C'est quoi ? Qu'est-ce que c'est, "fini" ?
Qu'est-ce que ça veut dire ?
Ca veut dire quoi, "Paul, c'est fini" ? C'est n'importe quoi !
On est d'accord, Alain ?
On part pas sans Paul.
-Je vais parler de lui à Pol Pot.
Il soupire.
-Ca sera trop tard.
-Ecoute, Lise, je connais très bien Pol Pot.
30 ans qu'on s'écrit, qu'on s'envoie des messages.
Je sais pas ce qu'il pourra faire, mais je sais qu'il m'écoutera.
-Moi, je pars pas sans Paul.
T'as entendu, Alain ? Je pars pas sans Paul.
Musique oppressante
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Musique intrigante
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--- Roulement de la caméra
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Piaillement des oiseaux
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-Venez par ici. Posez vos affaires là.
-Attention !
-C'est quoi, cet engin ?
-Un appareil pour enregistrer le son.
C'est sur ces bandes que je vais recueillir
l'interview de Frère numéro 1.
-Ouvrez la machine.
Je dois examiner l'intérieur.
-On ne peut pas l'ouvrir.
C'est un matériel très, très précis. Et je vais le casser.
Mais regardez là, c'est pas une bombe.
-Déshabillez-vous, s'il vous plaît.
-Là, comme ça ?
-Euh, devant tout le monde ?
-Dépêchez-vous ! Allez, allez !
Il soupire.
-Complètement ?
(J'ai une pochette avec de l'argent.)
-Sérieusement, Sung !
Vous pouvez pas nous fouiller ? Vous devez nous humilier ?
-Bon, ça suffit.
-Levez vos bras.
-Obligé de nous foutre à poil ?
-Ca suffit, rhabillez-vous. On y va, vite !
-C'est bon ? Ca va ? Tout le monde est content ?
-Rhabillez-vous. Allez, ça suffit. Ca suffit.
Allez, vite, on y va.
*-Mais il est bien court, le temps des cerises
*Où l'on s'en va deux cueillir en rêvant
*Des pendants d'oreilles
*Cerises d'amour aux robes pareilles
*Tombant sous la feuille en gouttes de sang
-Alain ! Ah, mon ami Alain !
Ca me fait plaisir de te revoir.
Je peux te tutoyer ? -Bien sûr.
Ca fait longtemps que j'attends ce moment.
-C'est bien, c'est bien.
-Je suis très heureux.
-C'est la première fois que je rencontre une femme grand reporter.
-Y en aura de plus en plus. Faudra vous habituer.
(Propos en khmer)
---
-Parlez-moi de votre voyage à travers le Kampuchéa démocratique.
Je suis sûr que ce que vous avez vu ne ressemble
en rien à ce que les détracteurs du régime...
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-Pardon. Euh, les chiens détracteurs du régime
vous racontaient.
-Il est vrai que partout où nous avons été accompagnés,
la vie collective semblait parfaitement organisée.
Il m'a semblé qu'une grande partie de la population
était emmenée de force dans votre projet de nouvelle société.
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-Nous nous efforçons d'être à la hauteur de notre projet politique
et de construire une société qui soit réellement juste.
Le principe ne suffisait pas.
Il faut construire une certaine nouvelle société
dans la réalité,
même si cela dérange les habitudes
d'une petite partie de la population.
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Une maison est ancrée dans le sol grâce à ses pilotis.
Notre société s'appuie sur le valeureux peuple ouvrier et paysan.
C'est le socle, donc tout repose sur lui.
C'est pourquoi il doit bénéficier au maximum
des acquis de la révolution,
au présent, comme à l'avenir.
-Il n'y a plus de place pour les autres classes sociales ?
Pour les habitants de la ville ?
Pour les intellectuels ?
Pour les commerçants ?
-Notre aspiration est de construire une société
où il n'y a pas de classe exploiteuse et de classe exploitée.
Une société où tout le monde participe
à égalité à tous les travaux.
Une société qui s'efforce de faire régner
pour tous le bonheur et la prospérité.
-Ce qui m'inquiète,
c'est que votre projet de nouvelle société ne respecte pas ce qui fonde
normalement un individu.
-Je vous inquiète, mon cher ami Alain ?
-Non.
-Les familles sont séparées.
Il n'y a pas de monnaie, pas d'échange,
pas de foi, pas de justice.
Votre régime semble vouloir créer un individu qui n'a plus rien à lui.
-Ce qui vous dérange, vous, les Occidentaux,
c'est qu'il puisse exister un projet de société
que vous n'avez pas inventé.
Vous aimez trop donner des leçons au reste du monde.
---
Allez, restons-en là pour le moment.
-Encore une dernière question, s'il vous plaît.
Nous avons commencé ce voyage en compagnie
du photo-reporter Paul Thomas.
Or, il a disparu sans aucune explication.
Quelles informations pouvez-vous nous donner le concernant ?
-Quelles informations, mademoiselle Delbo ?
Votre collègue a rejoint le camp des ennemis de la révolution.
Son sort ne me concerne plus.
-Paul Thomas n'a jamais choisi aucun camp.
Il a travaillé en URSS, en Chine populaire,
à Cuba, sans que ça pose de problème.
-Restons-en là.
-Vous avez fait arrêter Paul Thomas ?
---
-Tu m'as mis vraiment très mal à l'aise.
T'étais obligé de le provoquer ?
On dirait que tu cherches la confrontation.
S'ils te croient agent de la CIA, je pourrai rien pour toi.
-Je peux pas rester ici sans rien faire.
-C'est la révolution des paysans aux pieds nus.
Tu les vois ?
-Mmh ?
Il soupire.
Grondement du tonnerre
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---
-Alain Cariou,
vous restez.
Lise Delbo, venez avec moi.
-On va où ? -Venez avec moi.
(Propos en khmer)
-Attends !
Brouhaha
Alain, c'est des conneries, faut pas rester !
Alain, reste pas !
Reste pas !
Faut rester ensemble !
Grondement du tonnerre
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--- Ils scandent un slogan.
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-"Gémir, pleurer, prier est également lâche.
"Fais énergiquement ta longue et lourde tâche
"dans la voie où le Sort a voulu t'appeler.
"Puis après, comme moi, souffre et meurs sans parler."
Mais Alain, tu trembles !
Il tousse.
-J'ai un peu de fièvre, je crois.
-Ah, c'est ça !
Petite nature.
(Propos en khmer)
Il soupire.
Tu sais, Alain, la politique de l'Angkar va ressusciter
la grandeur du Cambodge.
Tu comprends ?
-Il y a une chose dont j'aimerais parler avec toi, camarade.
Votre idéal d'une société plus juste,
c'est mon idéal.
Au fond, je suis comme vous.
Je ne veux pas vivre dans un monde où le capitalisme
serait une fatalité.
Je crois, en effet, que l'humanité a en elle
la capacité d'inventer un nouveau modèle de société
qui soit plus équitable, plus juste.
Et aujourd'hui, ce nouveau modèle,
c'est le Kampuchéa démocratique qui l'incarne,
manifestement.
Il soupire.
Mais si vous n'étiez pas à la hauteur de ce rêve ?
Si vous vous berciez d'idéologie,
plutôt que de travailler sérieusement
au bonheur du peuple,
à son épanouissement ?
Eh bien, je crois
que nous irions au-devant d'un grand danger.
Car après vous,
les hommes et les femmes que nous représentons
n'auraient plus la possibilité de rêver.
Respiration forte
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Vrombissement d'un moteur
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Aboiements au loin
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Explosion au loin
Aboiements et hurlements de chiens
--- Explosion au loin
Aboiements et hurlements de chiens
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-Nous avons passé des années, tapis dans la jungle
à vivre comme des animaux,
affamés, pourchassés, persécutés.
Mais nous avons tenu bon et nous avons réalisé notre but :
libérer le peuple des ouvriers et des paysans du joug occidental.
Vous qui vivez dans le confort, qui êtes nés libres,
vous n'avez jamais eu à vous battre pour votre dignité.
Vous n'imaginez pas la force
physique et morale que nous avons puisée dans cette épreuve.
Maintenant,
ni rien ni personne ne pourra nous empêcher
de mener à bien notre projet de nouvelle société.
Les autres révolutions ont échoué
parce qu'elles n'ont pas tenu le principe jusqu'au bout.
Elles ont voulu composer avec les faiblesses
de la nature humaine.
L'Angkar va créer des hommes nouveaux, purs,
à partir de la classe des paysans pauvres
et il va revenir au communisme primitif de Marx.
Un communisme intégral où les gens vivront sans monnaie
et partageront tout, dans un égalitarisme absolu.
Tu vois, Alain,
le projet de l'Angkar,
écrire une page neuve,
mettre fin à 2 000 ans de l'histoire
qui ont abouti au matérialisme et à la décadence.
Revenir à la pureté originelle.
Musique cambodgienne
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-Mais quel est ce peuple dont tu parles, mon camarade ?
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Cet être vierge, malléable n'existe pas.
Il n'a jamais existé.
Alors peut-être, oui, les jeunes sont plus à même de changer,
mais tous les autres ?
Tous ceux qui ont connu l'ancienne société, l'Ancien Monde,
comment comptes-tu t'y prendre avec eux
pour qu'ils soient à la hauteur de ton projet ?
-Ceux dont tu parles, les gens du nouveau peuple,
sont nuisibles.
Il faut que l'Angkar trace une ligne de démarcation bien claire
entre le citoyen qui est réformable
et celui qui restera irrémédiablement
un ennemi de la révolution.
-Mais quelle est la ligne de démarcation ?
L'Angkar, c'est toi.
Comment comptes-tu t'y prendre avec eux ?
-Ceux qui pourront être réformés le seront.
Les autres seront éliminés.
-Eliminés ?
Musique sombre
Mais ce sont des humains.
Ils sont innombrables.
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-Comme disait Danton :
"Soyons terribles pour dispenser le peuple de l'être."
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-Mais terribles jusqu'où ?
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-Mieux vaut imaginer une absence d'hommes
plutôt que des hommes imparfaits.
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-Une absence d'hommes...
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--- Respiration forte
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Grésillements
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Cris de chauve-souris
Musique douce
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Vrombissement d'un moteur
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Ah, t'es là.
-Tu l'as revu ?
Alors ?
-Alors quoi ?
Musique dramatique
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--- Il soupire.
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Coup de feu La douille tombe au sol.
Elle sanglote.
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Grondement du tonnerre
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Pluie battante
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Musique dramatique
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Adaptation : Emilie Nicolas
Sous-titrage : TransPerfect Media France
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