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Original subtitles

Le Crépuscule des dieux

Je vous écoute mon père.

Ne commets pas le péché d'orgueil...

Redoute plutôt l'honneur qui t'échoit

car désormais il te sera plus ardu

le chemin du salut.

Fais preuve d'humilité.

C'est mon voeu le plus cher.

Tu devras

écouter les paroles et les avertissements

de tes proches et suivre leurs conseils.

Souviens-toi :

l'homme vraiment grand,

se sent petit

et ne tient aucun compte des honneurs.

Oui, mon père

Vous savez quelle a été mon angoisse

mais je n'ai plus peur.

Je suis serein car j'ai compris

comment user de mon pouvoir

et cela me semble très simple

très beau.

Je pourrai m'entourer de ceux qui savent :

les grands esprits, les grands artistes

et leur demander de m'aider.

Ils créeront les oeuvres de mon règne

comme pour tous les souverains

et je deviendrai meilleur.

Avec l'aide du Seigneur, dans la crainte du Seigneur,

au service du Seigneur.

Récite ton acte de contrition.

Un fait explique dans quel état d'âme

je m'apprête à mener avec vous

cette pénible enquête

afin d'établir si notre souverain est encore

en état de gouverner notre infortuné pays,

notre méprisée Bavière,

sans trahir la confiance obstinée de son peuple.

Je faisais allusion au fait

que je suis un des rares ministres

restés en exercice sans interruption

depuis ce lointain mars 1864

où remplis d'illusions, nous étions réunis pour applaudir

le couronnement de notre jeune prince.

Le Secrétaire au Trésor.

Les Ambassadeurs

de Prusse et d'Autriche.

Excusez, Altesse.

Sa Majesté est presque prête.

Quelques minutes...

Majesté, le Roi désire vous voir.

Je vous remercie.

Allez-y.

Songez, honorables collègues, à notre stupeur

lors du premier Conseil convoqué par Sa Majesté

où il nous fut dit

que la seule mesure urgente était

de retrouver le maestro Wagner

afin de le convaincre à tout prix

de venir s'installer dans notre pays.

Qu'est-ce ?

Les rapports des policiers

que j'ai chargés de retrouver Wagner.

Pourquoi la Police ?

Je ne suis pas un détective

et M. Wagner est fort difficile à trouver.

Il n'est ni à Munich, ni à Vienne, ni à Neuchâtel.

Il y était pourtant peu avant

l'arrivée de nos agents.

Votre Majesté peut le voir sur le rapport n°4...

M. Wagner semble en voyage à Stuttgart, j'attends confirmation.

De qui ? D'un autre policier ?

Je crois avoir été assez clair : je ne veux pas arrêter Wagner

mais le prier humblement de m'honorer de sa visite

convaincu que la présence d'un tel artiste

peut servir de façon inestimable notre prestige.

Il n'était pas utile de lui envoyer un policier.

Il a eu raison de s'offenser.

Et de se sauver.

Si mes informations sont exactes

ce ne sont pas nos agents qu'évite Wagner

mais ses créanciers.

Balivernes ! S'il est à Stuttgart, j'irai personnellement

lui faire mes excuses, et l'inviter.

Permettez-moi de vous rappeler que notre Premier Ministre

recommande à Votre Majesté de se rendre à Bad Ischl

où se trouvent, outre l'Empereur d'Autriche

et l'Impératrice Elisabeth,

le Prince héritier de Prusse, la Tzarevna et...

Il ne se rend pas compte que notre amitié avec Wagner

importe plus que de voir les têtes couronnées en vacances à Bad Ischl.

Je crains en effet qu'il ne s'en rende pas compte.

Expliquez-lui ! Et dites-lui que je resterai ici

jusqu'à ce qu'on ait retrouvé Wagner !

En ce cas, je vais m'en charger. Il suffit d'y mettre le prix.

Tâchons de ne plus commettre d'erreur.

Qu'il reçoive au plus vite ma lettre et mon présent.

J'aurais peut-être dû me montrer plus explicite :

un présent est nécessaire.

Quant à votre visite à Bad Ischl, nous...

Il y a longtemps que nous ne nous étions vus...

Doutant parfois de mon avenir d'Impératrice,

je me prépare à une autre carrière : amazone de cirque !

Comme tu as changé !

Depuis quand ne nous étions-nous vus ?

5 ans.

Non. 5 ans et 6 mois.

Quelle mémoire !

Merci. À demain.

Navrée d'avoir manqué ton couronnement, j'étais...

Où ça ?

Selon ton ambassadeur, tu étais malade.

Non, je m'apprêtais à m'y rendre

mais à l'idée de rencontrer tous ces parents, j'ai changé de route.

Moi aussi, ce soir.

J'allais à un dîner quand j'ai su que tu étais ici.

- Qui te l'a dit ? - Mon aide de camp. Il sait tout.

Il savait que tu avais déserté un dîner officiel,

en te prétendant souffrante.

Et il savait où te trouver...

Aussi suis-je venu.

En te prétendant souffrant !

Tu as changé. Tu es bien plus beau.

Tu es devenu le plus beau roi d'Europe !

Ce n'est pas un grand compliment !

Tu es venu m'espionner ou me saluer ?

Les deux. Et pour éviter le dîner.

Je ne m'habitue pas aux soirées officielles.

Mais toi aussi, tu te sauves.

Tu as raison, je me sauve...

Quand j'en ai envie, mais au vu de tous.

C'est vrai, tu sais...

On me l'avait dit : tu me ressembles de plus en plus !

Tu ne trouves pas ?

Je ne sais pas.

Mais j'aimerais bien. Et toi ?

Pourquoi pas ?

Moi aussi.

Retournez à l'hôtel, comtesse. J'ai un accompagnateur.

Mais je n'ai pas envie de rentrer.

Comme tu voudras.

Enlève-moi !

Le changement est toujours trompeur.

Nouveaux lieux, nouveaux visages, nouvelles habitudes.

Cela suffit pour qu'une femme

curieuse comme je le suis soit satisfaite.

Au début je n'ai même pas regretté ma famille.

J'avais tant à faire : un mari à aimer

avant de voir qu'il n'avait que faire de cet amour

et en cherchait ailleurs !

Une belle-mère à conquérir

avant de découvrir qu'elle était odieuse

et m'interdisait d'élever mes enfants

qui livrés aux éducateurs et aux prêtres

devenaient des étrangers.

Jusqu'à ce que je découvre

que la maison où tu as séjourné n'est qu'un palais sinistre.

Comment as-tu pu y rester 10 ans !

On se sent piégé

comme un papillon attiré par la lumière,

qui fini coincé à l'intérieur.

J'ai repris conscience, comme après un long sommeil.

Je suis tombée malade de tristesse. Et un jour, je suis partie.

Madère, Corfou...

La Grèce, l'Italie...

Je me défends en fuyant. On me dit extravagante,

on le disait déjà en découvrant ma haine de la Hofburg,

de mon refus d'un mari toujours au loin, en uniforme

faisant la guerre, et la perdant.

Critiquée de toute façon, autant faire ce qui me plaît !

J'ai toujours entendu parler de toi avec admiration.

Oui,

si je visite un hôpital,

les blessés m'applaudissent et pleurent.

Aux visites officielles on m'admire, mais on me veut belle pour séduire

comme on te voudra aussi.

Tu veux séduire qui ? Le Tsar ?

On veut te marier à sa fille.

Je l'ai entendu dire

mais je ne veux pas me marier.

J'ai 19 ans...

J'en avais 16 quand je me suis mariée.

On dit maintenant que j'étais trop jeune !

Et que j'ai de nombreux amants, même des palefreniers.

Tu le crois ?

Je crois que tous les hommes sont amoureux de toi.

C'est gentil, mais ce n'est pas une réponse !

Tu penses que c'est vrai ou faux ?

Je ne l'ai jamais entendu dire.

Tu ne veux pas répondre.

Alors une autre question :

est-ce vrai ce qu'on a dit de toi ?

Quoi donc ?

Que tu n'as jamais eu de femme.

Je suis catholique.

Serait-ce la raison ?

On dit que tu aimes être seul

que tu méprises les autres,

que tu montes à cheval la nuit.

On t'appelle "L'amant du clair de lune" !

Je le fais aussi, mais sans me prendre pour Siegfried !

Je ne m'étais jamais cru Siegfried

avant cette nuit.

Tu sais quel est l'unique jour où Siegfried a peur ?

Celui où il voit une femme pour la première fois.

Ce n'est pas grand-chose !

Qui ?

La Tzarevna. Ne l'épouse pas. Je te l'interdis.

J'obéis. Ordonne, je t'obéirai toujours.

Attention, je pourrai te prendre au sérieux !

Non, tu te moques toujours de moi !

Tu ne comprends pas.

Tu es très beau, mais pas très intelligent.

Aussi ai-je besoin de toi.

Il ne semble pas ! Tu pars demain.

Je le dois.

S'il cesse de neiger, d'ici 3 jours nous aurons la pleine lune.

Je serai seule.

Nous pourrions monter à cheval la nuit. Tu veux ?

Qu'as-tu de si urgent à Munich ? Qui t'y attend ?

Tu me caches quelque chose.

J'interrogerai notre Service Secret.

Sa Majesté partit pour Bad Ischl après l'arrivée de Wagner à Munich.

L'absence prolongée du souverain fit espérer à la fille du Tsar

d'avoir fait oublier au roi ses projets théâtraux

et son cher Wagner qui s'était révélé

bel et bien

un horrible profiteur.

Cette maison ne me convient pas !

Il faut la décorer !

Changer les tentures. Je veux un autre piano.

Des meubles doivent arriver de Vienne, ceux-là ne me plaisent pas.

Il ne manque rien. Tout me semble même trop beau.

Comment ça "trop beau" ?

Rien n'est trop beau pour la maison où je dois travailler.

Me prendrait-on pour un vagabond ?

Je déteste ce qui est médiocre ! J'ai besoin de ce qu'il y a de mieux

pour pouvoir travailler.

Davantage même. J'ai besoin de sécurité.

L'incertitude me rend nerveux,

malade, je ne peux plus écrire une seule note.

Je ne me berce pas de l'espoir d'être joué après ma mort !

Je veux l'être maintenant et selon mes ordres !

C'est juste, mais tout ça est

une réalité merveilleuse.

C'est juste,

une réalité merveilleuse. Cette maison, ma rente

et Tristan à mettre enfin en scène.

Après 6 années d'attente !

Nous aurons le théâtre dont je rêvais.

Le Roi m'a donné carte blanche.

J'ai écrit à Semper. Il va arriver avec des projets.

En attendant, choisissons les chanteurs. Ce n'est pas facile.

Mayer sera-t-il libre ?

J'espère que non.

Il faut quelqu'un d'autre. Mayer est devenu...

Tu es sûr qu'ils m'accepteront ?

Ici à Munich, il y a des chefs d'orchestre.

Quelqu'un venu d'ailleurs leur déplaira.

Seul mon avis compte !

Le Roi m'a donné carte blanche.

Il m'a embrassé, s'est presque mis à genoux !

Il m'a ému, profondément.

C'est un garçon extraordinaire. J'ai hâte de vous le présenter...

s'il revient ! Il était parti pour 2 ou 3 jours

il y a près de 3 semaines !

Les fonctionnaires en profitent pour ne pas régler,

attendant son autorisation.

Tout ceci est grotesque !

Le Roi est un ange, un jeune dieu descendu de l'Olympe

mais entouré d'abrutis, de mesquins !

Il ne trouvera pas un ami parmi eux.

Restez avec moi !

Mme Von Bulow, êtes-vous décidée ?

Venez que je vous montre la maison. Ça ne vous ennuie pas ?

Les enfants vous dérangeront.

Non, la maison est grande ! Ils ne dérangeront personne.

Il y aura bientôt un autre enfant.

Ne sens-tu pas les tendres parfums de la nuit ?

Quelle douceur caresse tout notre être !

Ils viennent à nous, mystérieux, et je me tais

Je m'abandonne à l'enchantement

Pareille magie à toi me lie

Depuis le jour où je t'ai vue

J'ai su que tu serais ma réponse à tout

Mes yeux t'ont vu, mon coeur...

Mon coeur a compris...

J'aime bien la poésie, je ne ressens pas l'absence de musique.

Mais la poésie de Wagner vaut par sa musique

et sa musique vaut par sa poésie.

L'une ne peut exister sans l'autre, et de cette prodigieuse fusion

naît un langage que tous peuvent comprendre

dans le monde entier.

Un langage qui peut aussi divulguer les idées.

Je ne sais pas m'expliquer, mais

le plus grand cadeau qu'on puisse faire au peuple

est d'enrichir son esprit.

Que veux-tu faire de ta Bavière ? Une nation de musiciens ?

Tu te moques de moi ? C'est important.

Du moins pour moi.

Je dois à Wagner le courage

et la foi en quelque chose dans la vie

pouvoir être utile, fut-ce

en modeste intermédiaire.

Je lui dois tout, comme je te dois...

Que me dois-tu ?

Le bonheur de ces quelques jours

où j'ai attendu de te revoir.

Un bonheur pur, total.

Promets de m'aider toujours, de ne pas m'abandonner !

Veux-tu ?

C'est d'accord.

Tu es un enfant, et tu es un peu fou.

Nous le sommes tous dans la famille. Moi comprise.

Promets de ne jamais me laisser.

Dis que je pourrai te voir

si j'ai besoin de toi. Fut-ce un instant seulement

mais un instant rien qu'à moi.

D'accord. Mais je ne vois pas comment

toi à Munich, et moi à Vienne !

Je te rejoindrai où que tu sois. Je sais

que tu vas souvent à Possenhofen.

Désormais, je...

Tu dois venir pour le Tristan de Wagner !

L'opéra que nous allons mettre en scène.

Il attend depuis 6 ans.

Je le lui ai promis.

Tu dois le voir. C'est merveilleux.

Tu comprendras ce que j'ai cherché à te dire

et ce qui m'est arrivé ces jours-ci.

Tu resteras auprès de moi et tu me diras :

"J'ai compris."

Sais-tu où je t'attendrai ?

Te souviens-tu, il y a 5 ans

l'Île aux Roses ?

Le drapeau hissé signifie : "Je t'attends".

Te souviens-tu ?

Viens.

Promets.

Tristan est un océan d'harmonie

aussi profond qu'une étreinte.

Où étais-tu ? Vous êtes tous arrivés ? Quand ?

Tard. La Comtesse Ferenczy a dit qu'on ne devait pas te déranger.

Que tu avais donné des ordres.

Et tu as écouté cette sotte !

En effet, je ne me sentais pas bien...

Façon de parler...

Où étais-tu ?

Souffrant d'insomnie, je suis partie à cheval.

Seule ?

Bien sûr ! Enfin, avec un palefrenier.

Viens m'aider à me déshabiller.

Tu es en forme.

Très belle.

Vraiment ?

Et tu vas devoir l'être encore plus !

Pourquoi ?

Quelqu'un t'attend !

Il a retardé son départ de 15 jours pour te revoir !

De qui parles-tu ?

Qui est-ce ?

Qui voudrais-tu que ce soit ?

Je ne sais pas.

Il est beau. Il est Roi. Il sera ton mari.

Mais qui ?

Notre cousin.

Sa Majesté est souffrante et ne montera pas ce matin.

Elle m'a chargée de prier Votre Majesté de venir à un dîner

"en petit comité", ce soir.

Remerciez Sa Majesté, je suis ravi d'accepter son invitation.

Mon cheval !

J'ignorais que vous viendriez avec toute la famille.

Vous connaissez ma chère Elisabeth !

Elle a réclamé ses frères et soeurs

et nous avons dû accourir.

Je vous trouve bonne mine.

L'air est excellent ici, à Bad Ischl.

Je n'ai guère de nouvelles de votre mère. Comment va-t-elle ?

J'ai envoyé un courrier à Skoschberg

où je savais les serres fleuries.

Quel parfum !

Sens.

Oui, quel parfum extraordinaire !

Je ne vous voyais plus.

Quel plaisir d'être de retour !

De même

Comment allez-vous ?

Trés bien, merci

Des invités aussi prestigieux ne s'étaient réunis

depuis des années !

Elisabeth m'a dit que la Tzarevna est ici

et le Prince héritier de Prusse.

L'Empereur va arriver dans quelques jours.

Oui, Franz m'a télégraphié qu'il sera bientôt ici.

Une véritable réunion de famille, n'est-ce pas ?

Votre Majesté a bien fait de se référer à Elisabeth.

La présence de Sophie

passera pour de simples vacances.

Sophie adore la musique de Wagner au moins autant que toi !

Vous aurez de nombreux sujets de conversation.

Hélas je devrai remettre ce plaisir.

Je ne suis là que pour dîner.

Je dois être à Munich demain.

Je partirai dans la nuit.

Veuillez m'excuser.

Merci pour le bonheur de ces quelques jours. Je t'attendrai.

Bien que tu ne m'aies rien promis.

Tu dois venir pour Tristan.

La musique de Wagner te dira ce que j'ai cherché à te dire.

Tu me connaîtras mieux.

Tu dois venir.

Le Tristan de Wagner fut mis en scène en juin 1865.

Il coûta à l'État une fortune

et cette dépense inconsidérée

s'ajouta aux précédentes

pour recevoir dignement l'Impératrice Elisabeth

qui décida de ne pas venir,

manifestant ainsi sa désapprobation.

Je n'aime pas être attendue.

Je n'aime pas être attendue.

Je n'aime pas décevoir

ni me laisser espérer vainement.

Je n'avais pas d'espoir.

J'étais sûr que tu ne viendrais pas plus qu'à Tristan.

Cela a été un triomphe.

Les gens ne se lassaient pas d'applaudir

dès que Wagner, sur scène, a dit

quelque chose comme...

"Comme boivent Tristan et Yseult"...

Combien cela a coûté ?

Le spectacle, Wagner, le chef d'orchestre,

sa famille. La maison pour tout ce monde !

Quelle importance ? Cela a été un triomphe !

Les triomphes s'oublient vite.

Rien de mieux pour déchaîner les critiques féroces !

Or, ici, elles ont commencé avant même les triomphes !

C'est toi qui te soucies

des éventuelles critiques plus ou moins malignes ?

Oui, lorsqu'elles sont fondées.

Quelles sont tes aspirations ?

Rester dans l'histoire grâce à Wagner ?

Comme ma belle-mère et ses peintres ridicules ?

Si ton Wagner est si doué, il n'a pas besoin de toi !

Ton amitié pathétique te donne l'illusion d'avoir créé

comme je te donne l'illusion d'un amour...

Tu ne peux rester seul.

Je devrais être ton impossible amour,

servir ta propre justification.

Tu veux une aide que je ne puis te donner.

Marie-toi.

Épouse Sophie.

Je n'ai jamais aimé que toi.

Que toi.

L'amour est aussi un devoir, et tu dois te construire une réalité.

Oublie tes rêves de gloire.

Les souverains comme nous ne font pas l'histoire.

Ce sont des pantins vite oubliés

à moins qu'ils ne se donnent de l'importance

en se faisant assassiner.

C'est là la musique qu'aime le peuple allemand. Pas la mienne.

Chaque jour la presse de Munich m'attaque.

Ne la lisez plus. Donnez l'ordre de cacher les journaux.

Vous devriez donner l'ordre de ne pas me laisser sortir.

Les gens m'insultent.

Vous garder prisonnier, c'est ce qu'ils voudraient.

Savoir que vous travaillez

pour vous et pour moi.

Je me demande jusqu'à quand j'en aurai la force.

Vous devez garder confiance en vous.

Peut-être est-ce la peur de vivre qui me reprend.

La vie que j'ai connue avant de vous rencontrer.

Comme Votre Majesté peut voir,

il n'y a plus de loges. La salle est un amphithéâtre.

Les spectateurs sont tous égaux.

L'orchestre est bien plus bas...

On voit mieux sur l'autre projet...

L'éclairage est entièrement modifié.

Le spectateur doit ne regarder que la scène.

Il faut que la salle soit dans l'obscurité.

Combien de places ?

1 500... 1 700... Semper vous expliquera.

Selon moi, il faudrait arriver à 2 000. Mais les frais...

Ils opteront pour un théâtre plus petit

ou ils refuseront ce projet !

D'où vous vient cette idée ?

J'en suis sûr.

Songez à ce qu'a déchaîné mon Tristan !

Quels commentaires suscitera la construction d'un théâtre !

Ils se sentiront volés. Ils voudront me faire arrêter !

Comment travailler pour un pareil public ?

Les grands esprits ont toujours reconnu l'importance de la musique,

mais ici on ne parle que d'argent !

De ce que coûte le ténor, le soprano, l'orchestre...

Il y a d'autres motifs.

Excusez. Le succès de Tristan m'avait rempli

d'espoir.

Ces stupides attaques gâchent tout et vous impliquent aussi !

Vous êtes perplexe, triste, sans enthousiasme.

Moi ? Non ! Ce n'est pas pour cette raison.

Sans vous, je serai au désespoir.

Vous êtes mon réconfort.

La réalisation de ce théâtre

est mon plus cher désir !

Excusez, mais la nuit tombe

et Fanny n'osait entrer vous éclairer.

C'est à vous de nous excuser.

Puis-je avoir l'honneur de servir le thé ?

Comment vous sentez-vous ?

Avez-vous pu vous reposer ?

Du lait, Votre Majesté ?

Vous avez été souffrant ?

Ce n'est rien.

Pourquoi n'en ai-je pas été informé ?

Nous pouvions remettre à demain.

Je vais fort bien.

Ce n'est pas vrai.

Quiconque a les nerfs à fleur de peau a des hauts et des bas !

J'ai des maux de tête depuis des années.

Il n'y a pas que ça.

Sa Majesté ne doit pas ignorer votre état de santé.

Je veux savoir ce dont il s'agit.

Il n'y a rien à savoir.

Je ne vis auprès du maestro que depuis peu,

mais j'ai la même impression que mon mari

qui est son grand ami et collaborateur.

Certes le maestro a toujours souffert de dépressions,

mais cela s'aggrave.

Outre les maux de tête, il souffre d'insomnie.

Je ne crois pas aux remèdes dans ces cas-là.

Il faudrait éliminer la cause d'une telle anxiété.

Je lui ai dit de ne pas tenir compte des journaux !

Pardonnez-moi, mais ce n'est pas ce qui le préoccupe.

Ni l'incertitude pour le nouveau théâtre.

C'est l'avenir qui l'inquiète. Ne pouvoir

régler certaines situations anciennes.

Certaines dettes passées...

Pardon, vous m'avez demandé mon avis...

Je dois être franche.

Mais tout ça est fini.

Je suis là.

Certes, Majesté !

Mais je dois admettre que le maestro a raison :

un simple "invité" n'a aucune sécurité.

Le maestro n'est pas cet invité. Il a des émoluments

comme mes plus précieux collaborateurs.

Pourquoi parler de tout ça !

Vous en parlez souvent

et y pensez sans cesse. Autant être franc avec Sa Majesté.

Un jour, je m'en entretiendrai avec Mme Von Bulow.

Elle deviendra mon alliée.

Et me dira comment rassurer notre ami.

Ne bougez pas. Je connais le chemin.

Laissez-moi le plaisir de me sentir de la maison.

Je raccompagne Sa Majesté.

Je peux vous dire ce qu'il lui faut.

La demande qu'il compte vous adresser par lettre,

m'a dit mon mari...

Le maestro voudrait disposer d'une somme

pour solder ses dettes et voir l'avenir avec confiance.

Sinon il quittera Munich.

Il lui faudrait 200 000 guldens.

200 000 ?

Une partie pourrait être versée comptant, le reste mensuellement.

Je vais devoir demander à la trésorerie d'État.

Il faudra l'approbation de Pfistermeister et Von Vorden.

Je tiendrai le maestro au courant.

Ils promettent monts et merveilles, jurent amitié, amour et...

Ce sont là nos mécènes ? C'est un écervelé.

Le dernier fou d'une famille de fous.

Il te donnera tout ce que tu veux.

Mon amour... Cosima...

Quel pays est-ce là ?

Une nation de policiers ?

Pfistermeister envoie des policiers à mes invités,

les fait suivre,

espionner !

Et leur correspondance m'est portée comme des trophées !

C'est outrageant !

Ce sont des précautions normales, Sire.

D'autant plus que Wagner

est un étranger, un notoire révolutionnaire.

Si Wagner n'était pas un artiste, ce serait un saint.

Il a un génie purificateur.

Son art est rédempteur.

C'est un antidote au mal et à la corruption de notre société !

Wagner sera éternel

car l'art est la vérité absolue.

Il reste d'un artiste, non pas ses faiblesses

qui peuvent scandaliser, mais son oeuvre.

Votre Majesté a raison,

mais il y a un danger

à permettre aux gardiens de l'ordre de faire des exceptions.

Leur point de vue diffère du nôtre.

Pour eux, Wagner n'est qu'un homme

qui dilapide l'argent des contribuables.

Mme Von Bulow n'est pas une muse

mais une femme adultère, et son mari,

un vil opportuniste qui feint d'ignorer

la liaison de sa femme avec Wagner

pour ne pas perdre sa place.

Ce sont là des calomnies !

Non, Sire. Ce n'est que la vérité.

Comme ces lettres le montrent clairement

Sa majesté doit comprendre

Les détracteurs de Wagner sont peut-être insensible à l'art...

...mais ce ne sont pas des menteurs

Wagner et Mme Von Bulow sont dans l'antichambre.

Ils demandent à être reçus.

Faites entrer.

Sa Majesté vous attend.

Vous m'avez dit d'ignorer les journaux,

les critiques, les attaques, les insinuations,

les insultes. J'ai suivi votre conseil,

j'ai tout supporté en silence

et continuerais si j'étais seul en cause.

Mais il ne s'agit plus que de moi.

Un article affirme

que ma femme est la maîtresse de Richard Wagner.

J'ai provoqué le directeur en duel.

Tout ceci est très grave.

C'est juste.

Car nous sommes tous complices.

M. Von Bulow qui feint d'ignorer la liaison de sa femme

pour ne pas devoir la chasser

et renoncer à sa charge prestigieuse

de chef d'orchestre.

Et moi qui suis au courant

car mon ami Wagner ne me cache rien.

Moi, son ami, son protecteur,

surtout un fait aussi important pour sa vie privée

et pour l'opinion publique !

Moi,

ami, admirateur et confident,

suis bien sûr complice de mon protégé.

C'est une odieuse calomnie, c'est intolérable !

Seule Votre Majesté peut nous aider à l'effacer !

Si vous écriviez une lettre à M. Von Bulow

lui exprimant votre estime, voire votre amitié...

La publication de cette lettre...

Lohengrin va sur le terrain défendre Elsa

mais un duel est plus facile qu'une lettre.

Je me suis permis de faire un brouillon...

"Cher M. Von Bulow,

"ayant eu l'occasion d'apprécier

"les qualités morales de votre épouse..."

Ça suffit.

J'ai compris.

Je la copierai et la ferai adresser demain.

Votre Majesté ne lit pas le reste ?

Inutile.

Je suis sûr que ce sera parfait.

Ma gratitude...

Je n'ai fait que mon devoir.

Wagner sait combien j'apprécie la véritable amitié.

Sa Majesté m'a confié la charge

de vous donner ordre de quitter Munich au plus vite.

Voici le message de Sa Majesté...

"Mon cher ami...

"Malgré ma peine, je suis contraint de vous prier

"d'obéir aux instructions de mon Ministre M. Lutz.

"Mon amour pour vous est éternel.

"Conservez-moi votre amitié.

"Je n'ai pu agir autrement...

"Fidèlement vôtre jusqu'à la mort."

Ne dis rien...

Je peux attester que Sa Majesté le Roi de Bavière

a gravement souffert d'instabilité dès 1866

à la veille de notre infortunée participation à la guerre.

La position qu'il prit contre le gouvernement

qui soutenait le maintien de notre alliance avec l'Autriche

suscita un dangereux mécontentement.

Messieurs, il vous faut patienter.

Entrez.

Son Altesse Royale, le Prince Otto.

Ils se sont offensés ?

Je ne crois pas, ils m'attendent. Ils ignorent que tu es ici.

Laisse-les attendre...

Rentrons ce soir à Munich...

Demain,

je dois repartir pour le front.

Tu en souffres ?

Oui, l'odeur, la saleté,

les cris des soldats opérés sans chloroforme

car il n'en reste plus.

Que me veulent-ils ?

Reviens à Munich. Tu es le Roi.

Nous perdons la guerre.

Regarde...

Les 4 quartiers de lune

comme lorsque nous allions pêcher la nuit, enfants.

Oui et tu étais furieux si j'avais plus de chance.

Parce que j'étais le Roi.

Je n'ai pas voulu cette guerre.

Je veux que tout le monde le sache !

Qu'as-tu ?

Je ne sais pas. Les yeux me brûlent...

Peut-être parce que je ne dors plus...

Même si je dors, je rêve de ne pouvoir dormir,

de ne pouvoir fermer les yeux

et je reste ainsi éveillé ou endormi,

les yeux ouverts et qui me brûlent.

Tu n'es pas bien.

Reste ici, avec moi.

Je ne peux pas, tu le sais.

Je dois regagner le front.

Ce serait déloyal envers nos alliés.

Ce sont également nos cousins.

Nos ennemis de Prusse sont aussi nos cousins !

Nous faisons tout en famille : les guerres,

les mariages, les enfants...

Nous sommes incestueux, et fratricides !

Sans savoir pourquoi.

Tu es le Roi. Si tu ne voulais pas la guerre, il fallait l'interdire.

Je l'ai fait. Et j'essaie d'être clair :

pour moi, cette guerre n'existe pas !

Dis aux généraux que le Roi ignore qu'il y a la guerre.

Qui est là ?

Qui es-tu ?

Moi, Majesté : Volk !

Tu n'es pas au château ?

Qui t'a permis de sortir ?

J'ai cru que Votre Majesté n'avait plus besoin de moi.

Un valet ne doit pas bouger.

Tu ne le savais pas ?

Malgré ça, tu as quitté ton travail et es venu ici

te baigner !

Je n'arrivais pas à dormir.

Tu n'as pas peur d'être surpris par la ronde ?

Je les entends venir. Je me cache.

Tu sais nager ?

Mal. Je ne vais qu'où j'ai pied.

Surtout quand je suis seul.

Tu as froid ?

Un peu.

Tiens...

Aidez-moi !

Aidez-moi, mon Dieu !

C'est très important et urgent !

Le capitaine Durckheim demande à être reçu.

Entrez !

Nous avons été battus.

Et nous sommes rendus.

Vos pertes sont-elles graves ?

Les forces ennemies étaient supérieures.

La troupe est très démoralisée. Nos pertes ne sont pas trop graves

mais continuer eut été un massacre inutile.

Je suis content que ce soit fini si vite.

Sept semaines, Majesté,

mais qui nous ont paru une éternité.

Avez-vous des nouvelles de mon frère Otto ?

Il est rentré à Munich...

...très abattu.

Vous avez de l'affection pour lui ?

Oui, beaucoup.

Otto sera votre Roi, un jour...

Bientôt...

car moi, je...

Le Prince Otto est terriblement malheureux.

Si jeune...

c'est comme s'il avait brûlé sa vie avant de l'avoir vécue.

Ses aspirations sont étouffées par le chagrin.

Il ne lui reste que tristesse et crainte.

Il vit dans une angoissante solitude,

ne dort plus que 2 heures par nuit, est incapable de se reposer.

Il a désespérément cherché le bonheur

dans l'impossible...

Le sentiment de sécurité

hors des règles...

Pourquoi pas ?

Le monde est intolérant, mesquin !

Les hommes ne pensent qu'à leur sécurité matérielle

et sont prêts à y laisser leur vie.

Je veux être libre !

Libre de chercher le bonheur dans l'impossible

mais au contraire de mon frère,

j'essaie d'accorder mes actes et mes idées.

Aussi ai-je abandonné cette guerre stupide que je n'ai pu interdire.

Je ne suis pas un couard !

Je hais le mensonge !

Je veux vivre dans la vérité !

Pardonnez, Sire,

qu'un homme simple exprime son opinion.

Votre Majesté dit vouloir vivre dans la vérité,

est-ce à dire

en homme libre, selon son instinct et ses goûts,

sans hypocrisie, ni mensonge ?

La vérité, selon moi,

n'a rien à voir avec cette recherche de l'impossible.

Une liberté qui est un rare privilège

n'a rien de commun avec la vraie liberté

qui appartient à tous les hommes

et à laquelle chacun a droit.

Nous vivons dans un monde sans innocents

où nul n'a droit de s'ériger en juge.

Je vous parle comme à un ami.

L'affectueuse bienveillance

que vous m'avez démontrée me donne le courage

de m'épancher comme cela arrive entre hommes.

Je suis un soldat, laissé seul sur le champ de bataille

au moment du danger et de l'amertume

sans rancoeur envers le souverain qui l'a abandonné

mais au contraire, plein de pitié.

Mon Souverain croit avoir fait un choix courageux

mais se trompe s'il croit trouver le bonheur

hors des règles des devoirs.

Qui aime vraiment la vie ne peut chercher l'impossible

mais doit la jouer avec une infinie prudence.

Même un souverain.

Car le grand pouvoir dont il dispose

est limité par la société dont il fait partie.

Qui pourrait le suivre hors de ces limites ?

Certes, pas les humbles, sans défense

qui ne recherchent qu'un peu de sécurité

non seulement matérielle, mais morale

et dont Votre Majesté parle avec mépris.

Par contre, il sera suivi

par qui voit en la liberté la recherche du plaisir

sans contrainte morale.

Vous ne pouvez vouloir cela.

Être suivi par de vils serviteurs, des profiteurs...

Je n'en crois rien.

Votre Majesté ne peut accepter

qu'on profite de sa générosité, qu'on la trompe.

Un être jeune, qui a la vie devant lui,

ne tenterait pas de trouver une autre raison à son existence ?

Fut-ce une raison fort difficile

car c'est la raison de vivre des êtres simples

qui acceptent la médiocrité.

Il faut du courage pour accepter la médiocrité

à qui poursuit des idéaux sublimes. Je le sais fort bien.

Mais c'est l'unique espoir contre une solitude qui peut être atroce.

Je dois parler à ma mère.

Sa Majesté se repose.

Réveillez-la ! Qu'attendez-vous ?

Vite !

Sa Majesté attend Votre Majesté.

Excusez-moi de vous avoir fait réveiller

mais je devais vous l'annoncer :

j'ai décidé de me marier.

J'étais sûr que cela vous plairait.

Vous ne me demandez pas le nom de l'élue ?

J'attendais que Votre Majesté m'en informe.

Je me fie au jugement de Votre Majesté.

Allez à Possenhofen

demander à la duchesse la main de la Princesse Sophie.

Sophie sera l'épouse idéale.

J'ai fait chercher le Père Hoffman. Recevez-le.

À vous de l'informer de ma décision

qu'il vous accompagne, puisque Sophie est catholique.

Mon peignoir, vite !

Vite !

Que l'on fasse entrer le Père Hoffman dès son arrivée.

Le Révérend est déjà là.

Que se passe-t-il ?

Avez-vous vu mon fils ?

Oui, il sortait d'ici

mais il ne m'a dit mot. Il semblait très...

Heureux.

Il est fou de joie.

Il veut se marier.

Il a tenu à ce que je vous en informe

et veut que vous m'accompagniez.

C'est juste, la princesse étant catholique,

la demande faite par une mère protestante ne suffirait pas.

Il veut se marier ?

À la Princesse Sophie, la soeur d'Elisabeth.

N'est-ce pas merveilleux ?

Je sors d'un cauchemar

que vous n'avez rien fait pour dissiper !

Mettez-vous à l'aise.

Ce pourrait être une grande consolation.

J'espère que Sa Majesté a trouvé un équilibre.

Nombre de jeunes tentent de trouver

leur équilibre... une harmonie de l'esprit.

Il l'a trouvée.

Et il se marie.

Je m'étonne que Sa Majesté ne m'en ait rien dit.

J'espère, dis-je,

qu'il a bien mesuré ce qu'il fait

car ce choix concerne aussi

sa compagne, qui avec la bénédiction du Seigneur...

Assez, Père Hoffman !

L'important est que le mariage

ait lieu au plus vite.

C'est ce que tous nous espérions.

- N'est-il pas vrai ? - Certes.

C'est une grande consolation pour nous et pour le peuple.

Il faudra une dispense papale

vu les liens de parenté.

Oui, mais il n'y aura aucune difficulté.

Les parents aussi étaient cousins.

Est-ce pourquoi chez les Wittelsbach et les Hohenzollern

il y a tant d'anomalies ?

Mais la jeune Sophie semble en parfaite santé

et le Roi ne nous a jamais donné de souci.

Il faudra signaler sa timidité

afin que Sophie se montre compréhensive.

Comme ses soeurs, elle apprendra vite

qu'une femme de son rang n'a pas que des privilèges

mais aussi de nombreux devoirs.

- Es-tu contente ? - Oui, très.

C'est l'un des plus beaux jours de ma vie.

Ces réunions de famille sont épuisantes.

Tous mes voeux.

Je suis vraiment très heureux !

Mon très cher Otto, tu es toujours si aimable...

Je suis très heureuse.

Félicitations !

Mon très cher Otto !

Tout le monde est ravi...

La gare était toute pavoisée...

Vous ne m'attendiez plus ? J'ai cru ne pas arriver !

Tout est si compliqué.

Vous allez faire de grands travaux à la résidence ?

Qui va s'occuper de ces travaux ?

Sophie, parle !

Elle n'est pas comme moi qui me contente

de dire si une chose me plaît ou pas, une fois faite !

J'ai besoin d'une boisson chaude !

Je m'en occupe. Je mourrais d'envie d'une tasse de thé !

Nous n'habiterons pas à la résidence.

Juste le temps

de préparer la nouvelle maison.

Qu'est-ce donc ?

Un de mes projets...

Je voudrais un château.

Tu te souviens de la vallée de Grasmont ?

Et il y a un autre endroit

qui me plaît encore plus.

Herrenchiemsee, j'hésite...

Nous pourrons y aller demain

à cheval.

Tu te rappelles Bad Ischl ?

Ça ne sera pas fatigant.

Et tu me conseilleras.

Demain je serai partie... pour Zurich.

Je suis juste venue embrasser Sophie

et vous présenter tous les voeux de Franz

et les miens, bien sûr !

En vue du mariage, Sa Majesté fit entreprendre

la construction de ses maudits châteaux.

J'eus la charge de procurer au Roi

certaine expérience qui, paraît-il,

lui faisait défaut.

Que de complications !

On m'a dit tant de choses sur vous !

Depuis que votre aide de camp est venu au théâtre

m'inviter à venir ici,

je suis le centre d'une affaire d'état.

Carrosse fermé, rideaux baissés...

J'ai été reçue par des tas d'officiers...

Et... alors ?

Vous êtes curieux.

Il y avait des messieurs.

L'un venait de la part de l'archevêque...

C'est indiscret !

Un autre, de la part

de Sa Majesté la Reine Mère.

Est-ce toujours si compliqué

lorsqu'un Roi a envie de faire l'amour ?

Pour nous, acteurs, il suffit d'une oeillade,

d'un geste !

On m'a dit aussi

que vous êtes très timide.

Et on m'a posé un tas de questions

sur ma santé.

Vraiment ?

D'une indécence !

Et pour finir, on s'en est remis à ma discrétion

sauf envers eux, bien sûr !

Ils veulent savoir !

Tu le leur diras ?

Si Votre Majesté le permet, j'aimerais les tromper !

Ils sont trop indiscrets.

Trop curieux !

Nous pourrions faire l'amour

et dire que nous ne l'avons pas fait !

Ou ne pas le faire

et dire que nous l'avons fait !

Nous ne pouvons les décevoir.

Vous leur ferez un récit inouï !

Que Votre Majesté m'a battue...

Ils vous croiront ?

Je suis une grande actrice !

En fait vous irez les trouver

et leur direz tout

ce qui s'est passé.

Vous êtes payée pour !

J'en suis sûr !

Pourquoi ne le feriez-vous pas ?

Si ce n'est vous, une autre le fera demain !

Vous croyez que je ne me rends pas compte ?

Je sais...

Je suis surveillé de partout...

Pas pour me protéger, pour me perdre !

Je ne sais comment ils y parviendront

mais c'est leur but.

Je ne peux qu'observer

fasciné par leurs agissements silencieux...

Comme si je les regardais dresser le gibet

auquel ils me pendront !

Ce n'est pas vrai...

Allez vous faire payer !

Et un bon prix !

Allez-y.

Prostituée !

Pourquoi, Majesté ?

Qu'ai-je fait ?

Au secours !

Repêchez Mme Von Buliovsky !

Ce sont les joyaux que les Reines de Bavière portent depuis 7 siècles.

Mais je te ferai un plus beau cadeau...

N'en dis rien à personne...

Je te ferai connaître Wagner.

Se fiancer est plus fatigant qu'une campagne militaire.

C'est un martyre que Sophie subit sans une plainte.

C'est une fiancée parfaite.

Elle aime beaucoup votre musique.

Savez-vous ce qu'elle redoute ?

Que vous lui demandiez de chanter.

Elle craint votre jugement comme chanteuse

mais aussi comme fiancée.

Elle s'est mise en tête que... je la soumets à votre approbation.

Quand reviendrez-vous ?

Bientôt. Et non plus de nuit, en cachette.

Avec ma femme et mon nouvel opéra pour le nouveau théâtre.

Cela me consolera de bien des peines.

Sophie est délicieuse, très jolie, très douce.

Pour la première fois j'ai lu dans des yeux de l'amour pour vous.

J'avais décidé de retarder les noces.

D'un ou deux mois.

Je voudrais que ce fut fait.

Il me semble entendre hurler la foule.

Banquets, cérémonies, ici et à l'église.

Ça me donne des cauchemars.

Oncles, tantes, cousins de toute l'Europe,

baisers, poignées de main, félicitations,

accolades.

À moi, vous pouvez ouvrir votre coeur.

Mon affection vous est acquise depuis le jour où vous m'avez appelé

me sauvant de la misère

et m'avez accueilli. Je n'ai pas oublié.

J'ai accouru sentant que vous aviez besoin de moi.

Oubliez le passé.

On peut trahir les amis

et continuer à les aimer.

Soyez magnanime, essayez de pardonner.

Nul ne peut vous donner pareil conseil

mais moi je suis sincère.

Par quoi êtes-vous opprimé ?

Je comprends bien des choses, mais il faut me dire ce que vous voulez.

Je m'appelle Richard Hornig.

J'ai été au service du Roi durant 10 ans.

J'y suis entré par hasard

quand Sa Majesté, dans un moment de colère,

a chassé un écuyer nommé Volk.

Je l'ai remplacé.

Durant ces années, je n'ai jamais trahi sa confiance.

Et n'ai nulle intention de le faire.

À part ça, rien dans son comportement

ne différait de ce qui sied

à la dignité d'un souverain.

Attends.

Prends ça.

Tu sais le hisser ?

Bien. Très bien.

Je l'ai souvent fait à l'armée.

Je ne t'ai jamais vu.

J'ai pris mon service récemment.

Et avant ?

J'étais dans une ferme. Je m'occupais des chevaux.

Allume le feu.

Tout de suite, Votre Majesté.

Retire tes gants.

Qu'attends-tu ?

Votre Majesté n'a plus d'ordre ?

Dors ici cette nuit, si tu veux.

Quelle Elsa ? Qui est-ce ?

Moi. Il n'aime même pas mon nom !

Il ne m'a jamais appelée Sophie, mais Elsa

comme l'héroïne de Lohengrin.

Quel amoureux ne change le nom de sa belle ?

Amoureux...

On sait qu'il a toujours été un peu original.

Oui. Mais je suis amoureuse de lui

et je ne supporte pas qu'il me laisse

durant le bal donné en notre honneur,

qu'il ne me demande jamais de l'accompagner,

qu'il vienne si rarement et sans avertir.

Je suis forcée de rester enfermée

de crainte de manquer une de ses visites.

Et s'il vient, il ne me dit que quelques mots.

Ou passe la nuit devant la grille

et dépose par terre des fleurs

sans un mot

comme sur une tombe.

Je me sens morte et enterrée

comme lorsqu'il a insisté pour me présenter Wagner.

Tout le monde me regarde avec pitié.

Mais c'est aussi ta faute.

Pourquoi attends-tu qu'il daigne venir ?

Sors. Mène ta vie.

Va au théâtre, si tu en as envie. Voyage, amuse-toi.

Montre-lui que tu es indépendante !

Tu l'attireras, il devra aller à ta recherche.

Il ne veut pas de moi

et tu le sais bien. Pourquoi ne m'as-tu pas dit qu'il t'aimait ?

Ce n'est pas vrai !

Si. On me l'a dit, et j'avais compris seule

mais trop tard. Et on m'a dit que... toi aussi !

Qui t'a dit ça ? Ne te permets jamais de dire une chose pareille !

Ne crois pas toutes ces sottises...

Ce n'est pas de moi que tu dois avoir peur, ni d'une autre femme.

Le danger pour lui,

cela arrive à bien des jeunes gens.

Quand ils sont aussi jeunes et aussi sensibles.

Le plus souvent, ils s'en remettent si on les aide.

J'aime beaucoup Ludwig.

Peut-être parce que nous nous ressemblons.

Il a bien des défauts et bien des qualités.

Il est très vulnérable.

Tu peux le sauver. Tu dois le faire.

Mais il faut être forte. L'aider.

N'admets plus de retard au mariage.

S'il ne te parle pas, parle-lui.

S'il te néglige, donne-lui l'impression de le négliger.

Je dirai à père qu'il lui écrive pour fixer la date.

Il ne doit plus remettre à plus tard.

Je ne veux plus épouser Sophie.

Trop tard.

Non, il n'est pas trop tard.

On a déjà rompu des fiançailles.

Vous ne pouvez faire un tel scandale,

vous exposer à d'horribles critiques.

Ils seront sans pitié.

Est-ce une raison pour ne pas avoir pitié de Sophie ?

Laisse le Seigneur avoir pitié d'elle...

Je la trompe.

Tu l'as toujours su.

Elle ne m'épouse pas par ambition.

Si elle t'aime, tu dois t'en réjouir.

Mais elle finira par me haïr...

Comme je la haïrai.

D'où te vient cette superbe ?

Tu crois savoir ce que le Seigneur te réserve ?

Tu dois seulement te marier et avoir des enfants.

Lorsque le démon nous tente,

il faut lui résister,

il faut honorer Dieu.

Dans l'obscurité d'une chambre,

tu verras que la tiédeur d'un corps

vaut celle d'un autre.

Vous m'apprenez là une chose.

Pour le pays, pour ton peuple, tu dois être un des leurs,

plus puissant, plus privilégié,

touché par la divine providence, mais des leurs.

Si tu veux être différent, ils ne te le pardonneront jamais !

Wagner a été chassé de Munich

car c'était un génie, donc un étranger

différent des autres.

Tu es un protégé du Seigneur parce que

plus que tout autre, tu es exposé au péché.

Aussi plus que tout autre,

tu peux Lui offrir la preuve de ton amour.

Je sais, tu me l'as dit :

tu as su éloigner la tentation,

ne pas commettre le péché.

Répète-moi que c'est encore vrai.

Je te le demande encore

sous le sceau de la confession.

J'ose dire que la rupture des fiançailles

fut le début de nos malheurs...

Le Roi ne s'intéressa plus aux affaires de l'État.

Avec tout ce qui se passait dans le monde, il ne pensait

qu'à construire ses châteaux

que nul n'a jamais habités.

Le Prince Otto était de plus en plus mal.

La Reine Mère cherchait du réconfort dans la religion catholique.

Notre coeur est plein de joie, Majesté.

Quelle douleur pour une mère ! Il a refusé la caresse.

Au nom de notre Père Provincial, j'exprime notre joie

à la présence de Votre Altesse.

Elle atténue l'absence de Sa Majesté le Roi.

Et la peine que nous éprouvons

à le voir vivre de plus en plus reclus.

Je suis allé m'informer de sa santé.

Le plus souvent, il a refusé de me recevoir.

Priez pour Sa Majesté.

Je n'oublie jamais de prier pour notre Roi.

Mais je dois avouer que c'est un motif de ma confusion

... et un profond désespoir que d'expliquer à ses sujets catholiques ...

...sa position.

Malheureusement, nous sommes à la veille d'une guerre qui, au mieux ...

... va se retrouver avec la victoire en Europe des forces prussiennes.

Et nous préférions expliquer que le cours des événements sur cette terre...

... qui, comme le Seigneur le sait ...

... nous sont totalement étrangers ...

... nous encouragera à essayer de renforcer de plus en plus ...

... les liens sacrés avec l'Eglise Sainte Mère ...

et le Saint Pape.

Mais notre Roi ne nous aide pas sur ce point.

Si Dieu, dans sa miséricorde éternelle ...

... m'accepte comme Son humble servante ...

... Je suis sûr qu'il va nous aider.

J'ai foi.

Inutile d'attendre. Sa Majesté ne peut vous recevoir.

Je viens de la part de la Reine Mère. Le Prince Otto est très mal.

Le Roi aussi. Il a mal aux dents.

N'attendez pas, mon père.

Je pourrais...

Le Comte Holstein a attendu toute la matinée.

Il vient de Versailles où Sa Majesté

lui avait confié une mission importante.

Il attend depuis 6 heures.

Dites-lui la raison de ma venue.

Je ne puis attendre plus !

Je dois voir Sa Majesté.

J'en prends la responsabilité.

Quand es-tu arrivé ?

À 8 h, ce matin. Depuis, j'attends

comme Votre Majesté le sait.

Je souffre...

Seul le chloroforme me fait dormir un peu.

L'odeur te gêne ?

Tu veux que je fasse ouvrir ?

J'ai si froid...

Assieds-toi.

Je dois repartir ce soir.

Où ça ?

Versailles.

J'ai parlé au Chancelier Bismarck,

il attend une réponse. C'est urgent.

Qui a écrit ça ?

Je ne comprends pas.

C'est ce que vous devez écrire au Roi de Prusse.

Je ne devrais pas le dire, mais Bismarck me l'a dictée.

Je devrais écrire ça ?

La recopier et la signer. Je la ferai adresser au plus vite.

Quoi ?

Je devrais demander à Guillaume

d'accepter mon royaume en cadeau ?

C'est ça ?

Vous demandez au futur empereur de la nouvelle Allemagne

d'admettre la Bavière dans la Confédération.

Ce n'est pas une alliance.

Ce serait leur livrer le pays.

Devenir pire que des esclaves.

Nous mettre dans la plus humiliante position.

Je peux tout faire sauf ça !

Esclavage ? Humiliation ?

Je ne comprends pas.

On devient esclave quand on est vaincu, fait prisonnier.

La défaite est une humiliation.

L'inévitable destin de la Bavière

si elle reste en dehors de cette alliance.

Un simple éternuement

de l'Allemagne éliminera la Bavière.

Soyons lucides :

le conseil de Bismarck est des plus sages.

Il aurait mieux valu l'avoir déjà fait.

Votre oncle, le Roi Guillaume, aurait apprécié.

Mais faisons-le avant qu'il soit proclamé empereur.

C'est le moment psychologique.

Et il y aura des avantages financiers.

Bismarck me l'a laissé entendre.

Pas maintenant.

Je ne puis.

Je ne veux pas !

Il est presque 5 h.

Si je quitte Munich à 9 h...

Il n'y a pas d'autre solution.

Inutile d'en discuter.

S'il n'y a pas d'autre solution,

si tel est l'avis de mon gouvernement,

à lui de le faire !

Si je vous disais ce que le gouvernement prépare,

Votre Majesté n'hésiterait pas à écrire cette lettre.

Mais je me refuse à ces méthodes.

Je vous dis seulement que l'alliance est nécessaire.

Entre personnes du même sang, du même rang.

Elle apportera

de nombreux avantages, dont certains immédiats.

Laissez-le !

Tu ne me reconnais pas ? C'est moi, Ludwig.

Joyeux Noël !

Heureux anniversaire, heureux tout !

C'est mon cadeau pour toi, et pour lui.

Nul n'a jamais eu plus beau cadeau.

Tous nos voeux, Mme Wagner.

Jouez encore !

Pour cette pénible enquête,

pour approfondir les questions qu'il nous faut résoudre,

je suggère une visite aux châteaux de Sa Majesté

parmi lesquels seul Linderhof

a connu ses rares visites.

Je rappelle que Wagner, éloigné de la Bavière,

grevait encore plus notre budget. Et que son théâtre de Bayreuth

fut inauguré en août 1876 avec la fameuse tétralogie

grâce aux seules subventions,

qu'avec son avidité notoire Wagner extorqua au Roi.

Il n'avait pas d'argent, mais ne faisait aucune économie.

Il continuait ses dépenses.

Offrant une grosse somme à un valet

pour peu qu'il eût un beau visage.

Ou à un acteur dont il avait aimé la voix.

Triste est la paix de ce matin !

Le soleil demeurera caché

Continuons à nous entretenir de ces tristes événements

Les uns seront pardonnés, les autres punis

Car jamais il n'y eut plus douloureux récit

Que celui de Juliette

Et Roméo.

Vous avez été formidable !

Je suis très content.

Vous avez vraiment été formidable.

Félicitations !

C'est là votre plus belle interprétation.

J'ai ressenti une très vive émotion. Je vous en remercie.

Félicitations pour votre interprétation de Roméo.

C'est un vrai triomphe !

M. Kainz, de la part de Sa Majesté.

Sa Majesté vous adresse cette lettre.

Et ceci.

Sa Majesté m'avait chargé d'aller remettre au jeune Kainz

un cadeau et une invitation à passer 3 jours au château de Linderhof.

Permettez-moi

un conseil absolument désintéressé :

le Roi attendait Roméo

pas Joseph Kainz.

C'est Roméo que Sa Majesté a invité.

Si vous savez être Roméo ou Didier,

votre succès

est assuré !

Agenouillez-vous

Devant chacune de ces croix

Et versez des larmes de repentir

S'il vous est donné de traverser

Horreurs et périls

De franchir

Les monts...

Vous parviendrez à un pont

Si le pont ne cède pas sous le poids de vos péchés

Alors...

Vous verrez une porte noire

Grande ouverte

La lumière du jour n'y pénétra jamais !

Avancez dans l'obscurité

Et découvrez la splendeur d'une vallée

qu'il vous faut franchir sans délai

Et où règne la paix

Rudolph, mon royal ancêtre !

C'est ainsi que ton descendant devra pénétrer

Dans ton empire !

Et vous atteindrez le Gothard

Aux lacs éternels

Eaux tombées du ciel

Vous prendrez congé du sol allemand

Un autre fleuve vous conduira en Italie

Votre terre promise...

Je t'emmènerai sur les lieux

où tes personnages ont vécu et souffert.

Nous irons en Suisse sur les traces de Guillaume Tell.

Et en Italie.

Surtout en Italie !

Nous en parlerons plus tard...

Récite-moi encore le monologue de Didier...

Ah, taisez-vous ! J'aurais pu...

Mais s'il était un homme honnête

Un homme d'honneur

Avec un coeur plein d'illusions

Plutôt que de ne pas dire : Je suis ainsi

Plutôt que de lui jouer la comédie

De ne pas l'avertir

Que mon regard chaste et pur n'est que mensonge

Plutôt qu'être à ce point perfide

J'eusse préféré creuser ma tombe

De mes propres mains !

Continue.

Tu te moquerais

Si tu te voyais tel que mon coeur

Étrange miroir, t'a vu

Tu as bien fait

De le briser

Tu étais là

Candide, chaste et pure

Ô femme, que t'a donc fait

Cet homme au coeur si doux

Qui, à tes genoux

T'aime à tout jamais ?

Tu deviendras mon grand ami. Et la gloire de mon théâtre.

Tu interpréteras les plus grands drames de tous les temps.

Tu feras l'envie de tous.

Mais ne crains rien.

Tu seras protégé par le Roi.

Qui t'épargnera soucis et peines.

Mais sois loyal avec lui.

Je ne demande que ta loyauté.

Wagner aussi était haï . Et je l'ai imposé au monde entier.

Mais il a trahi ma confiance.

J'étais ce coeur plein d'illusions

depuis que je cherchais un véritable ami.

Je l'ai trouvé.

Nous partirons au plus vite.

Et si on ne me le permet pas...

Qui vous en empêcherait ? Vous êtes le Roi.

Le maître.

Être Roi n'est pas toujours facile.

Pourquoi ne pas abdiquer ?

Ne te permets jamais plus de me parler ainsi !

Jamais !

Je suis très fatigué...

Puis-je me retirer pour dormir ?

Dormir ?

Le traîneau est prêt. Viens...

Je vais te montrer mon royaume, mes montagnes sous la lune.

Un monde à nous, pur,

non contaminé.

Pense à ton âme, et non à ton corps !

Le frêle pont tremble

Mais le chasseur affronte la route

D'un pas téméraire, il va vers le glacier

Où le printemps jamais ne resplendit

Où nulle herbe jamais ne fleurit

Ce n'est pas ce poème-là que je veux !

"Le vent du Sud se lève !" Déclame !

Je ne peux pas !

Je n'en peux plus !

Ça me répugne de faire l'histrion ! Je suis un artiste !

Je t'en prie. Je t'en supplie...

Je ne peux pas...

Je te l'ordonne !

Non ! C'est plus fort que moi !

Nous voyageons depuis une semaine, je n'ai pas fermé l'oeil !

Ma mémoire est confuse !

Si vous êtes fatigué, soit ! Reposez-vous !

M. Kainz déclare que les lettres du Roi

quasi quotidiennes

durant leur brève amitié

lui ont été volées. M. Kainz a menti.

Il les a vendues fort cher

comme les précieux cadeaux que lui a fait le Roi.

Il a vendu les lettres en Suisse, à un de mes agents.

Elles sont en ma possession.

Elles sont la meilleure preuve

que Sa Majesté n'a plus

toutes ses facultés.

J'ai supporté ce que pouvait supporter

un loyal serviteur du royaume

d'un despote aux caprices sans limites.

Contre mon gré, j'ai dû aider Wagner à Bayreuth,

subir la construction de Linderhof et Neuschwanstein.

Mais après celle de Herrenchiemsee,

j'ai présenté au Conseil des Ministres un rapport détaillé

sur la situation.

J'en ai envoyé copie à l'Impératrice Elisabeth,

et j'ai donné ma démission.

Pourquoi ce voile noir sur le piano ?

Je l'ai entendu dire :

tel a été l'ordre du Roi à la mort de Wagner.

Mais c'est loin !

Je ne peux pas la recevoir !

Dites que je suis malade.

Ce pourrait être vrai.

Je suis très mal.

Je ne veux la pitié de personne.

Fais-lui dire

que j'irai la trouver dès que je me sentirai mieux...

Bien sûr le château est à sa disposition

autant qu'elle le désire.

Je ne puis la recevoir...

Annoncez-moi. Sa Majesté malade, ne peut recevoir.

Mais le château est à la disposition de Votre Majesté.

Rentrons à Possenhofen.

...et il se mit à pleurer.

Il nous avait chassés

mais nous l'entendions.

Il pleurait et appelait : "Elisabeth".

À toi !

Qui avez-vous chargé de cette enquête ?

Le Comte Von Holstein.

Il a toujours été très proche de Sa Majesté...

Il nous est donc très précieux.

Je me suis toujours méfié des favoris.

Et les ex-favoris sont pires.

Quel rôle a joué le Colonel Durckheim ?

Il a été auprès de Ludwig dès son jeune âge.

Nous avons jugé bon de garder

aussi secrète que possible cette pénible situation

pour les précautions à prendre au cas où le Roi

serait déclaré incapable de gouverner.

Comme votre Altesse le sait,

malgré les excentricités et les dépenses scandaleuses

de ses châteaux déserts,

le Roi est encore très aimé du peuple.

Et qui plus est, certains ont intérêt à maintenir un Roi

qui ne gouverne pas.

Ce serait le cas du Colonel Durckheim ?

Non ! Nous avons la plus grande estime pour lui.

Moi aussi.

Donc vous concevrez

que je veuille entendre son opinion

ce que je vais faire en votre présence.

Faites-le venir.

Le Conseil des Ministres représenté par le Comte Torring

m'offre la régence de la Bavière...

Au cas où il faudrait faire abdiquer Ludwig

pour maladie mentale.

Je n'accepterai que si

un rapport médical confirme cette nécessité.

J'ai foi en votre impartialité...

En de nombreuses occasions

vous avez prouvé votre attachement au Roi.

Aussi ai-je voulu votre avis.

Je suis le premier à admettre que Sa Majesté

s'est de plus en plus désintéressé des affaires de l'État.

Il s'est réfugié dans une inquiétante solitude.

Mais comment être sûrs

que ce manque d'intérêt n'est pas qu'apparent ?

Que ces excentricités ne sont pas une façon

de se prouver à lui-même et au monde, les libertés qu'il s'accorde ?

Excusez, mais telle est mon opinion.

Sa vie privée est excentrique dans la mesure

où le gouvernement l'a voulu.

Ses folles dépenses pour les châteaux

ont été approuvées par le Trésor.

Quelqu'un a voulu occuper le Roi à ses... folies.

Quelqu'un qui, ces dernières années, lui a été proche

et a eu sur lui une dangereuse influence.

Le Colonel Durckheim

semble vouloir accuser notre gouvernement

d'avoir comploté contre le Roi.

C'est vous qui le dites, pas moi.

Je me dois de répondre sincèrement à Son Altesse.

Je me rends compte de la gravité de ma déclaration

mais elle est confirmée

par certaines mesures tragiques envisagées

avant d'essayer d'aider ce malheureux.

Notre Roi traverse une crise...

Depuis combien d'années ?

Combien ?

Tenons-nous-en aux faits.

Le gouvernement a essayé de se montrer généreux

afin d'éviter un scandale.

Si scandale il y a. Nous menons juste

une enquête.

Le Colonel Durckheim sera interrogé

et pourra redonner son opinion.

Il peut y avoir d'autres personnes,

qui comme lui,

pensent que les responsabilités du gouvernement

sont plus graves que celles du Roi.

En ce cas, cher Pfistermeister,

il n'y a qu'à se démettre et courir chez un médecin.

S'il est démontré que le Roi est sain d'esprit,

c'est que nous sommes fous, nous.

Je suis le Professeur Von Gudden,

directeur de l'Institut Psychiatrique de Munich.

L'expertise sur l'état mental du Roi

est parvenue à la conclusion suivante :

Sa Majesté se trouve dans un état avancé

d'un mal bien connu...

...la paranoïa.

Cette maladie entravant la volonté,

elle empêche le Roi...

...de gouverner.

Cette impossibilité durera toute sa vie.

Écoutez-moi !

Si cet écuyer avertit le Roi, notre mission est compromise !

Nous devons agir tout de suite.

Sommes-nous loin de Neuschwanstein ?

À 15 minutes seulement, en dépit de cette pluie.

Il faut partir ! Chaque minute compte !

Ils viennent arrêter le Roi !

C'est une conjuration...

Je me suis sauvé... Ils ne le savent pas.

Qui "ils" ?

Ils ont trois voitures...

Je les ai vus de mes yeux !

Votre Majesté ne pourra plus donner d'ordres !

Le Comte Von Holstein l'a dit !

Von Holnstein

ici à Neuschwanstein ?

Je ne sais pas.

Tu as dit Von Holstein ?

Qui d'autre ?

Le Ministre Crailsheim...

Le Professeur Gudden...

Que pensent-ils faire ?

Arrêtez-les tous !

Qu'ils soient fouettés au sang ! Je leur ferai arracher les yeux !

Je les fusillerai moi-même !

Appelez les gardes !

Faites-les arrêter ! Vite !

Un pas de plus et je tire !

Nous menons le Roi au château de Berg !

Sa Majesté a été déposée par le Conseil d'État.

Le Prince Léopold assume la Régence.

Faites ouvrir les grilles !

Nous avons ordre d'ouvrir le feu !

Nous avons le document déclarant le Roi malade mental.

Je suis autorisé à vous le lire.

Obéissez ! C'est un ordre du Conseil d'État.

Ils rendent les choses plus difficiles.

Il y a un moyen de les convaincre.

Ils les ont tous arrêtés.

Trouve la clé de la tour.

Il faut y monter. Je me défendrai mieux

et pourrai m'en jeter s'ils veulent me prendre !

Tout plutôt que ce qu'ils veulent !

Me faire mourir

comme ils l'ont fait à mon frère.

Jamais!

Je ne les laisserai pas faire!

Je veux la clé !

La clé...

On ne l'a pas...

Trouve-la !

Et vite !

Je dois voir Sa Majesté !

J'ai fait arrêter les conjurés !

J'approuve Votre Majesté mais le Conseil d'État a délibéré.

Le peuple doit se soulever contre cette délibération.

Nous vous escorterons à Munich.

L'armée est pour vous.

Vous leur parlerez...

Pas un instant à perdre...

Il faut atteindre Munich !

Pas même huit éléphants

ne me traîneraient dans cette ville que je hais !

C'est l'unique espoir

à moins de vous expatrier.

Nous pouvons essayer de passer au Tyrol

mais il sera difficile d'en revenir.

L'armée, le peuple

ne demandent qu'à vous aider

mais il faut le leur demander !

Seule votre présence...

Si vous préférez vous expatrier,

je vous aiderai.

Je n'ai nulle envie de voyager. Que ferais-je au Tyrol ?

Qu'ils me laissent en paix !

J'ai toujours tout fait pour vous être utile...

J'ai échoué dans le passé...

Et j'échoue aujourd'hui...

Vous pourriez m'être très utile...

Je veux du poison...

Procurez-m'en.

Allez à la pharmacie de Kenniberg.

Tout de suite !

Majesté...

...Je suis ici pour vous sauver,

pas pour vous aider à mourir.

Ordres du Roi.

Ordres du Roi :

ces messieurs devront rester sous surveillance,

ne sortir sous aucun prétexte,

ne rien avoir à manger et à boire.

Beau résultat !

Il n'y a guère d'espoir !

Munich est loin...

Quel tort de nous y être fiés !

J'ai ordre de transmettre ce message au Premier Ministre !

De toute urgence ! Il y va de notre vie !

Le Roi a ordonné notre mort !

Envoyez du renfort !

Colonel Durckheim, avez-vous informé

le Commandement Suprême ?

J'ose espérer que vous êtes conscient

des conséquences irréparables pour vous !

Vous avez permis que le Baron Kraiz,

le Ministre des Affaires Étrangères...

Par ordre du Roi, vous êtes tous libres.

Faites votre devoir.

Si je puis me permettre un conseil...

Agissez avec prudence. Le Roi...

doit être protégé de lui-même.

Crois-tu à l'immortalité de l'âme ?

Oui, Majesté.

Moi aussi,

à l'immortalité de l'âme et à la justice divine.

J'ai lu sur le matérialisme...

L'homme ne s'en satisfera jamais.

Il ne veut être réduit au rang d'une bête.

Je n'en ai plus besoin.

Noyé... c'est une belle mort...

On n'est pas défiguré...

Mais se jeter

du haut...

Prends ça aussi...

J'écrirai une lettre.

Si cette montre doit retourner au trésor royal

après ma mort,

on devra te dédommager.

J'ai la clé !

La clé de la tour !

Moi qui avais douté de toi !

Votre majesté,

Jamais je n'ai dû accomplir une tâche plus triste.

Quatre aliénistes

s'étant prononcés sur votre état...

Son Altesse le Prince Léopold

assume la Régence.

J'ai ordre de vous conduire au château de Berg cette nuit-même.

Mon fidèle Sauer !

Il s'est remis à pleuvoir...

Ça ne cessera jamais...

Vous devriez manger...

Que devrais-je manger ?

Tout...

Mangez ce que bon vous semble.

Pas de couteau... drôle de couvert !

Juste une fourchette à dessert ?

Dois-je commencer par le dessert ?

Je n'ai pas faim. Je veux dormir.

Bien sûr, Majesté.

Réveillez-moi à minuit.

Je ferai une promenade et mangerai ensuite.

Vous devriez suivre des horaires plus normaux.

Bien sûr.

Dormir la nuit, manger à l'heure. Quant à sortir, nous verrons.

Je demanderai l'autorisation.

Je veux me reposer. Laissez-moi...

Si c'est possible.

Certainement.

Il s'est montré si courtois avec tout le monde.

Il n'a donné aucun signe de trouble.

Il a bien répondu aux questions.

Je ne puis lui refuser

de se promener dans le parc.

Ce serait une cruauté inutile. C'est sa seule requête.

Il ne pleut pas, mais ça peut reprendre.

Il me semble facile à un médecin

de déconseiller une promenade sous la pluie.

Sa Majesté est d'une constitution robuste.

Je lui conseillerai d'attendre que le temps s'améliore

mais s'il insiste, je suis prêt à l'accompagner

pour ne plus le contrarier.

Je l'accompagnerai moi-même.

Vous vous êtes laissé charmer ? Attention !

Rien n'est plus fascinant que la nuit.

On dit que le signe de la nuit, de la lune

est un mythe maternel.

Celui du soleil, du jour... un mythe viril, donc paternel.

Mais le mystère grandiose de la nuit

m'a toujours paru

le royaume des héros

donc

de la raison.

Pauvre docteur Gudden !

Contraint de m'étudier du matin au soir

mais je suis une énigme

et je veux rester une énigme

pour les autres

et pour moi.

Il est 7 h 30. Selon le Dr Gudden, ils ne sortaient qu'une heure.

- À quelle heure sont-ils sortis ? - Avant 6 h.

Allez les chercher. Ils ont dû prendre le sentier qui longe le lac.

Faites-vous donner des torches.

Qui est avec eux ?

Ils étaient seuls. Le Dr Gudden a refusé

les infirmiers. Sa Majesté semblait très calme.

C'est de la folie !

Dr Muller, dois-je vous apprendre que les fous sont rusés ?

Prévenez-moi dès que vous les aurez trouvés !

Télégraphiez à Munich

que le Roi a disparu. Je vais à leur recherche.

Si je les trouve, je tirerai...

Je tirerai pour avertir.

Notre Roi s'est suicidé, en tuant le Dr Gudden.

Portez les corps au château.

Adaptation : Michèle - Natacha NAHON

Sous-titrage TVS - TITRA FILM

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