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L'an pass�, j'ai revu la maison de mon p�re.
Mon fr�re n'a pas pu m'emmener � Koueykat.
Je ne pouvais quand m�me pas y aller seule.
Je suis all�e � Deir el Assad, � Chaab.
Mais �a a �t� diff�rent. Mon fr�re m'a emmen�e � Koueykat.
Alors, tante ?
Quoi, alors ? Je ne vois rien.
C'est que tu es vieille.
Doucement, doucement.
Les maisons ont �t� d�truites.
O� est ma maison ?
Mais c'est �a, ta maison.
Bonjour... nous de Koueykat, dans le temps...
Pourquoi parler h�breu ? Parlez arabe.
Tu es arabe, ma s�ur ?
Non.
Tu as appris l'arabe ?
J'ai appris l'h�breu sans oublier l'arabe.
C'est votre maison, non ?
Je l'ai trouv�e ici. Je ne m'en sers pas.
Prenez-la, si vous voulez.
Non.
Merci.
Je vous l'offre.
Merci.
Je suis sage-femme.
Ma grand-m�re Mariam m'a appris le m�tier.
J'ai un certificat du gouvernement d'Angleterre.
J'ai �t� la sage-femme de toute la r�gion d'Acre.
C'est une "bayyara". C'est ainsi que nous disons "verger".
C'est �a. "Bayyara".
O� est ma "fontaine" ?
Meilleure que le miel. Je le jure par Dieu...
Non, ce n'est pas pour manger.
C'est la Palestine.
Avec les accords d'Oslo, et Arafat
qui installe l'Autorit� � Gaza et J�richo,
que vas-tu devenir ?
Tous les Palestiniens rentreront � leur maison la Palestine.
Et toi ? Tu rentreras ?
Je ne veux plus rester au Liban.
Les accords d'Oslo ne valent que pour les Palestiniens de Gaza.
Peu importent Oslo ou autre chose.
La Palestine existera dans la paix d'Abraham
pour ses enfants musulmans.
Sinon, ni Palestine ni rien.
Pourquoi acceptons-nous les accords d'Oslo ?
Le ministre isra�lien Shamir a bien dit
qu'il n�gocierait des ann�es
jusqu'� ce que les Palestiniens oublient le droit au retour.
R�siste, peuple palestinien !
Jusqu'� l'effondrement de l'occupant !
Non aux colonies, non aux expulsions !
Non � Oslo, non � Madrid !
Ferme cette fen�tre.
Oslo, c'est mieux qu'une baffe.
Qu'en penses-tu, Youn�s ?
Pas un mot sur les 5 millions de r�fugi�s palestiniens.
Arafat croit qu'avec l'Autorit� � Gaza, ce sera la paix ?
�a va s�rement p�ter.
Allez, les gars, finissez.
C'est presque fini.
De la part de ta m�re.
C'est toi, ma m�re.
Tu l'as vue ?
Non. J'ai re�u cette lettre de Ramallah.
Elle m'a abandonn� petit.
Qu'est-ce qu'elle me veut ?
Tu es ma m�re.
Tu es mon p�re, tu es toute ma famille.
Ta m�re a beaucoup souffert.
Fais-moi confiance... je le sais.
Elle a �t� oblig�e de t'abandonner.
Ton p�re est mort, ta grand-m�re la pers�cutait,
elle s'est enfuie.
Comprends-la.
Reste pr�s de lui, Khalil.
Ce vieil homme redevient un nourrisson.
A pr�sent, �coute mon histoire.
Toi qui traitais d'illusion mon amour pour Chams,
tu ne m'as jamais laiss� parler d'elle.
Tu es l'unique sp�cialiste de l'amour ?
Youn�s El Assadi est l'unique amoureux ?
Et nous, le commun des mortels... sommes-nous fous ?
Que sais-tu de l'amour et de l'illusion ?
Pourquoi te couvres-tu ?
Par pudeur.
Tu me parles chinois ?
Imro El Kayseri, le plus grand po�te arabe pr�islamique,
compare les seins de sa bien-aim�e � des miroirs.
Beau, non ?
D�go�tant.
C'est un p�d�, ton po�te.
Il se contemple dans les seins de sa femme
et se fait l'amour � lui-m�me.
Mais non, Chams.
Il voit le monde dans les seins de son aim�e.
Le monde tout entier.
Miroir, miroir, dis-moi qui est le plus beau,
de moi ou de mon Khalil.
Ton Khalil, �videmment.
Epouse-moi, Chams.
Et comme mon ex-mari, tu me battras ?
Un mot de toi et je me coupe les mains.
Et ils v�curent heureux, rentr�rent en Palestine et eurent...
Je ne veux pas d'enfants !
J'aurais peur qu'ils meurent avant moi.
On ira � Amman et on enl�vera ta fille Dalal.
Enlever Dalal ?
Je ne veux �pouser qu'un combattant.
Lui, il m'aidera � l'enlever.
Mais je suis un combattant !
Non, Khalil. Tu "�tais" un combattant.
A pr�sent, tu es m�decin.
Tu n'es pas fait pour te marier.
Tu es un amant merveilleux
et je veux que tu le restes.
Dans tes bras, je deviens une reine
qui embrasse tous les hommes du monde.
Laisse-moi cuisiner.
- Tu m'aimes en jeans ? - J'adore.
Tu sais quand j'en ai mis pour la premi�re fois ?
Apr�s la tuerie de Tal El Zaatar.
Mon mari m'interdisait de porter le pantalon. Il me terrorisait.
Les Phalangistes ont pris le camp, il m'a plaqu�e.
"Emm�ne-moi, j'ai peur des Phalangistes."
Ils violaient les femmes.
Il m'a dit: "T'as peur d'�tre viol�e, sale pute ?"
Dis, j'ai l'air d'une pute ?
Tu es un ange.
Je ne suis pas un ange.
J'ai mis un jean et je suis all�e chez les Feddayin.
Ils m'ont donn� un fusil, je les ai suivis.
Quand les tirs ont commenc� au Monteverdi,
ils ont dit: "D�ployez-vous !"
Mais moi, me d�ployer, je savais pas.
J'�tais rest�e toute seule,
quand un type m'a attir�e derri�re un rocher.
Un jeune homme, Ahmad Kiyali.
Il a embrass� mes seins et on ne m'avait jamais fait �a.
J'ai eu du plaisir.
A Hamana, on s'est perdus parmi les r�fugi�s.
J'ai retrouv� mon mari. Il m'a emmen�e � l'h�tel,
menac�e de son flingue et bais�e.
C'est comme au camp, � Bethl�em.
T�le et bo�tes de conserves.
Mon p�re bossait dans les p�tes, on en mangeait plein.
On nous appelait "les Italiens".
Les Italiens en t�le ondul�e.
Murs en t�le, plafonds en t�le...
Un four en �t�, une glaci�re en hiver.
Et de toutes les couleurs,
comme un panneau publicitaire en t�le.
Apr�s, on a d�m�nag� dans un camp � Amman
qui �tait tout en b�ton.
Pareil: un four en �t�, une glaci�re en hiver.
J'aimais bien la maison en t�le.
Quand un mur s'ab�mait, mon p�re rempla�ait les bo�tes.
Voil� comment mon mari
me plaquait au mur...
Il vidait son flingue au-dessus de ma t�te, � mes pieds,
et j'en restais muette de terreur.
Apr�s, il se tapait la t�te contre le mur
et ensuite, il me baisait.
Et c'est moi qu'on traite de folle.
Tu sais, quand je l'ai �pous�,
j'avais 15 ans. Aucun homme ne m'avait touch�e.
Son p�re m'a emmen�e � Tal El Zaatar.
Premi�re phrase qu'il me dit: "Lave-toi."
Mais ce jour-l�, � l'h�tel o� il m'a saut� dessus,
il a refus� que je me lave d'abord
et il m'a jet�e sur le lit
alors que je sentais sur moi l'odeur d'Ahmad.
Apr�s Beyrouth...
on a �t� chass�s de Beyrouth.
On est retourn�s � Amman en 1982.
J'ai v�cu dans ma belle-famille.
Quinze jours. Quinze jours, sans lui.
Je travaillais, j'ai oubli� ce mari. Il est revenu.
Il avait laiss� tomber le Y�men
et il aidait son p�re � l'�picerie. Tout gentil.
Il n'osait pas �lever la voix devant lui.
Il ne parlait pas, il chuchotait.
Je suis tomb�e enceinte de Dalal.
Apr�s la mort de son p�re,
mon mari est redevenu un monstre.
Il a invent� une nouvelle baise.
Il me plaquait au mur, mais au lieu de tirer...
en Jordanie, il n'osait pas, c'est un vrai Etat...
Il me visait du doigt en imitant des coups de feu,
ensuite il me battait.
Avant, il ne me battait pas.
Un matin, on d�jeune...
en fait, il d�jeune. Sa m�re et moi, on attend ses ordres.
Je ne sais comment, les phrases "R�pudie-moi"
et "Je n'en peux plus" me sortent de la bouche.
Sans me regarder, il r�pond: "Je te r�pudie.
"Rentre chez ta m�re, dis-lui que j'ai r�pudi� sa pute de fille."
J'ai couru chercher Dalal,
mais sa m�re me l'a arrach�e des bras.
Je suis partie, je suis all�e au Liban, � Tripoli,
et j'ai rejoint l'OLP.
J'�tais s�re d'avoir une fille et je l'ai appel�e Espoir, Amal.
Quand j'ai accouch�, mon mari a d�cid� de l'appeler Dalal
comme la cousine dont il �tait amoureux.
Je pensais: "Amal est morte" et je pleurais.
Je me suis habitu�e � "Dalal"...
et j'ai aim� ce nom.
Je dois trouver un moyen de la leur enlever.
Elle est belle.
Brune, de grands yeux, de longs cils.
C'est la plus belle du monde.
Ils ont tu� Amal et m'ont enlev� Dalal.
Sameh Abou Diab !
Descends !
Qu'est-ce que tu veux ?
La ferme, m�g�re. J'appelle ton mari,
il a promis de m'�pouser.
Arr�te ce scandale !
Je t'�pouse !
Chams l'a tu� !
La putain l'a tu� ! Elle est sortie de chez le Docteur Khalil,
elle a appel� mon mari, et quand il est sorti,
elle lui a tir� dessus 3 fois !
Sale putain !
Quel malheur !
Bonsoir. Entrez.
Docteur Khalil ?
Khalil Ayyoub.
Abou Assem ?
Vous vous souvenez ?
Vous venez en visite, ou...
Viens, suis-moi.
L'h�pital est cern� par le service d'ordre palestinien,
�vitons les probl�mes.
Enl�ve ta blouse.
Nom ?
Khalil Ayyoub.
Nom du p�re ?
Yassine Ayyoub.
Nom de la m�re ?
A quoi tu joues ?
Tu me connais.
Veuillez r�pondre aux questions.
Nom de la m�re ?
Najwa.
R�sidant � ?
On m'a dit � Ramallah, mais je ne suis pas s�r.
Si, Ramallah.
Votre domicile. Votre m�re, je m'en fous.
Camp de Chatila.
Vous connaissez Sameh Abou Diab ?
Non.
Chams l'a tu�.
Vous ne pouvez pas vous tenir droit ?
Vous saviez qu'elle vous trompait ?
Je ne dirais pas "tromper"...
J'en sais rien.
Chams est une infid�le et une meurtri�re.
Tu as �t� son amant aussi.
Si elle t'avait aim�, c'est toi qu'elle aurait tu�...
du moins, elle aurait essay�.
Ou alors, c'est toi qui l'as pouss�e � le tuer.
Dis, Docteur, tu veux me faire croire
que tu te caches derri�re le cadavre de Youn�s sans raison ?
Tu te caches parce que tu es complice.
Youn�s n'est pas un cadavre.
Je t'en prie, ne parle pas de lui.
Bon. Pourquoi tu l'as pas �pous�e ?
Elle ne voulait pas.
Non... Je ne voulais pas d'enfants.
J'en sais rien...
je le lui ai propos�.
Tu savais, pour Sameh ?
Non.
Elle avait souffert...
Son mari la battait.
Pas toi ?
Non.
Un mec qui ne bat pas sa femme ?
D'accord.
Si tu ne la battais pas, tu faisais quoi ?
Je l'aimais.
Et comme tu l'aimais, tu l'as aid�e � tuer Sameh.
Je ne tue pas.
Un combattant qui ne tue pas ?
Je suis un combattant
du bataillon "Fils de Galil�e".
Tu "�tais".
Pardon, j'oubliais.
C'est pour �a que tu ne te tiens pas droit.
Donc, tu ne connais pas Sameh et tu es innocent.
Tu es pr�t � le jurer ?
Je jure sur Dieu que j'ignore tout de Sameh et du meurtre.
Je croyais que tu �tais ath�e.
Ce n'est pas vrai.
Si, c'est vrai.
En juillet 1969, quand l'homme a march� sur la Lune,
tu �tais dans un camp d'entra�nement au Sud Liban,
et tu as dit � tes camarades
que puisque l'homme marchait sur la Lune,
Dieu n'existait pas.
Tu l'as bien dit ?
Oui.
Mais j'�tais gamin.
Tu avais 16 ans.
A cet �ge, on se marie.
Tu reconnais cet homme ?
C'est moi.
C'est bizarre,
tu as des poils sur le dos, l�.
Et lui ? C'est toi ou Sameh Abou Diab ?
Khalil, une pute t'a humili�. Et tout le camp avec toi.
Oublions Sameh. On veut bien te rel�cher
si tu nous dis o� est Chams.
J'en sais rien.
En Jordanie ?
C'est moi qui pose les questions. Elle t'a contact� ?
Je n'ai aucune nouvelle.
Tu as suivi un entra�nement militaire en Chine en 1977,
et on t'a d�couvert une vert�bre fractur�e.
C'est �a.
On m'a fait �tudier m�decine.
Non, tu as fait un stage d'infirmier de 3 mois.
A ton retour, on t'appelait "Docteur"
et tu t'es pris pour un vrai.
Vrai ou faux ?
Je ne t'entends pas.
Vrai.
Tu as abandonn� tes camarades � Berjaoui.
C'est l� que j'ai �t� bless�.
Au dos, parce que tu as fui.
Et tu te caches derri�re le combattant Youn�s.
Passe-lui un mouchoir.
Je ne pleure pas !
O� sont les Fils de Galil�e ?
Entre la Tunisie et l'Alg�rie.
Et Ta Majest� � Beyrouth.
Partir sous protection isra�lo am�ricaine, non.
Youn�s pensait pareil.
Ceux qui sont partis ont donc trahi ?
Pas du tout.
Moi, je n'ai pas pu.
Comment te justifies-tu ?
Ecoute bien.
Tu m�riterais dix fois la mort,
mais on va te rel�cher.
Minute, Khalil.
Voil� ce qui va se passer: Chams sera ex�cut�e.
Les clans se sont r�unis, ils l'ont convoqu�e au camp de Miya Miya.
Elle sera abattue d�s son arriv�e.
Un homme de chaque clan palestinien tirera, personne ne la vengera.
Si tu nous l'am�nes, elle sera jug�e et incarc�r�e,
et apr�s, Dieu pourvoira.
Son peloton ?
Le peloton de Chams est parti hier.
- Et Chams avec ? - Non.
Elle vient de partir pour Miya Miya.
Camp de Miya Miya
Fr�re !
Tu sais o� est Abou Ali Alaa ?
Malappris, j'ai l'�ge d'�tre ta grand-m�re !
Bienvenue, Om Hassan.
Vous nous manquez.
Laisse partir Khalil,
ou j'ameute la plan�te contre toi !
Vous n'avez rien d'autre � faire que le harceler ?
C'est mon fils, je le connais. Debout !
Khalil, le lionceau de Youn�s.
O� �tiez-vous quand il combattait dans le Sud ?
Vous n'�tiez m�me pas n�s.
Je vous ai tous mis au monde... je vous maudis !
C'est une honte ! Une honte !
Vous osez arr�ter un homme que les Isra�liens ont tortur� !
Quand il se battait, pendant l'invasion,
vous �tiez planqu�s � Tripoli.
Prends �a pour cacher tes cornes.
Les parents de Chams t'auront.
Tais-toi, toi !
Viens.
J'ai quelque chose � vous dire.
Les m�res en savent peu sur leurs fils.
Khalil n'est pas votre fils
et il n'est gu�re honorable.
Va-t'en.
Allez-vous-en, bande de mal �lev�s !
Le cocu !
Ne fais pas attention � eux.
Allez-vous-en, petits mis�rables !
Laisse-les. Ils ont raison.
J'ai aim� une femme infid�le.
Chams t'aimait, mais tu ne voulais ni l'�pouser ni avoir d'enfants.
Sameh s'est moqu� d'elle. Moi, je la comprends.
Monte.
Salet� de monde.
En route.
Cache tes cornes !
Zeinab !
- Qui a enlev� la perf � Youn�s ? - Ordre du Dr Amgad.
- Amine ! - Il a disparu.
Calme-toi. Viens.
O� est Amine ?
Pourquoi as-tu enlev� la perf ?
Amine a disparu.
C'est li� au meurtre de Kayed, l'homme du Fatah � Beyrouth.
Kayed �tait mari� � une Kurde.
C'est elle qui a organis� le guet-apens.
Une espionne.
Ils se marient et ach�tent des bagnoles de luxe
au lieu de financer les h�pitaux.
Elle est Jordanienne, pas Kurde.
Et pas espionne.
Quel rapport avec Amine ?
Il avait une liaison avec elle.
Elle venait m�me le voir ici.
- Et alors ? - Alors rien.
Moi aussi, une Kurde me t�l�phonait...
elle me d�crivait ses slips en g�missant...
les Kurdes, toutes pareilles.
Quoi, les Kurdes ?
Tu es r�pugnant.
Si ta copine te parle de ses slips,
quel rapport avec les Kurdes ?
Pourquoi tu te f�ches ?
Ta Chams �tait kurde ?
Esp�ce de chien puant !
Fous le camp ! Ici, c'est un h�pital, pas un bordel !
Chams et la Jordanienne ont plus d'honneur que toi !
Chams est une pute !
Si je te revois dans le camp, je te tue !
Ce fils de chien.
Je lui parle de Youn�s, il traite Chams de pute.
Chams est dans l'au-del� o� nous irons tous.
Oublie tout �a, souviens-toi juste que tu l'aimais.
Hier, l'Ange de la mort m'a chuchot�
qu'il m'attendait.
Il a chuchot� � l'oreille gauche ou � la droite ?
Il m'a chatouill�e et je me suis �croul�e de rire !
Sors Youn�s de ce camp.
Ecoute mon conseil.
Emm�ne-le en Galil�e.
C'�tait ton p�re, � pr�sent, c'est ton fils.
Et n'oublie pas d'o� tu viens.
Souviens-toi que tu as une m�re.
Mon fils ch�ri,
Tu sais, c'est la premi�re lettre que j'�cris.
Ton amie Samia m'a dit que tu travaillais dans un h�pital.
Tu vas rire,
mais moi, je suis infirmi�re � l'h�pital de Ramallah.
A pr�sent, plein de gens viennent ici de Beyrouth.
Ecris-moi, dis-moi � quel num�ro je peux te parler.
J'ai tant � te dire.
Je veux te serrer contre moi avant de mourir.
Je t'ai cherch� partout. Quand Isra�l a envahi le Liban
et que tout le monde allait � Tunis,
j'y suis all�e, et j'ai demand� apr�s toi � l'OLP.
On m'a dit qu'on t'avait vu au Stade parmi les partants.
Mais apr�s, tu as disparu.
J'ai pens� au pire, mais j'ai foi en Dieu,
et je t'ai retrouv�.
Appelle-moi vite � l'h�pital;
00972-2
2954322.
Ta m�re. Najwa.
Des tirs, du riz, des fleurs, des larmes, un r�ve.
On tire en l'air aux noces et aux enterrements.
Ce jour-l�, pourquoi on tirait ?
Pour finir les munitions, de col�re ou de joie ?
Je cherche un visage connu dans la foule.
Om Hassan, ou Noha, ma fianc�e d'alors.
Tu veux la v�rit� ? Je te cherchais, Youn�s.
Mais toi, tu n'�tais pas l�.
Mohamed El Chaaby.
- Au Y�men. - Merci.
Khalil !
Attends, Abou Ali !
Khalil Ayyoub. Tunis.
O� �tais-tu pass� ?
- J'�tais l�. - Tu as vu comment on finit ?
Expuls�s sous protection am�ricano-isra�lienne.
C'�tait notre premi�re guerre directe avec Isra�l
Et on l'a perdue.
Moi, j'ai gagn�. Alors, et toi ? O� tu vas ?
- A Tunis, et toi ? - Au Y�men.
Tous les combattants
aux camions
� destination du port...
O� tu vas ?
Je ne veux pas partir !
Je reste !
Tous partis.
Assieds-toi.
Ils sont partis... partis comme dans un r�ve
Qui me dira � quelles montagnes
sont d�sormais amarr�s leurs bateaux lumineux
Tu as une belle voix.
Pourquoi tu es rest� ?
Parce que personne n'est venu me dire adieu.
Mon mari va au Y�men.
Moi, je dois aller en Jordanie.
Reste ici.
Je suis m�decin. Je te trouverai du boulot.
C'est pas possible. J'ai peur de mon mari.
M�me quand il n'est pas l�.
Il y a du riz partout.
Toutes les femmes vont en Jordanie ?
Ta femme y est ?
Ma m�re. Je ne suis pas mari�.
Ma m�re m'a abandonn�.
Elle a �pous� mon p�re � 14 ans. Une gamine.
Moi, je me suis mari�e � 15 ans.
Tu �tais amoureuse ?
Je ne le connaissais pas.
Je ne le connais toujours pas.
Qui t'a �lev� ?
- Ma grand-m�re. - Et ton p�re ?
Il est mort en 1958. J'avais 6 ans.
- Tu as donc... - Trente ans.
- Et tu as des cheveux blancs ? - C'est le riz !
Comment tu t'appelles ?
Chams. Soleil. Et toi ?
- Amar. Lune. - C'est ton nom ?
Non. Khalil. Tu es aussi belle que la lune.
Il va falloir que je m'en aille.
C'est �trange, cette pluie d'�t�.
Ma m�re disait
que la pluie, ce sont les larmes de Dieu qui pleure sur nous.
Elle disait que la pluie soigne les yeux.
Les larmes soignent les yeux, Khalil.
Yassine... viens l�.
Ne l'appelle pas Yassine. C'est Khalil.
Non, c'est Yassine.
Comme son p�re.
Yassine, tu as faim ?
Oui, maman.
C'est moi, ta m�re, Khalil.
Grand-m�re, o� est maman ?
Elle est dans sa famille en Jordanie.
Pourquoi papa est mort ?
Les services secrets l'ont tu� parce qu'il combattait.
J'ai perdu un fils, et toi un p�re.
D�sormais, tu seras mon fils.
Et tu seras un h�ros, fils de h�ros.
Tu m'as jet� dans la r�volution.
La plus belle chose du monde.
La r�volution ?
Tout s'explique, tout change.
On peut embrasser le monde et ma�triser l'univers.
Etre libre, ne plus �tre un loup pour l'homme.
Ne plus �tre s�par�s par la race, la religion, la classe.
La r�volution ? Le monde,
la Palestine terre de libert�.
Je luttais, et le monde luttait avec moi.
Dans ce monde, on �tait tous des h�ros.
Tous martyrs, dans la certitude.
J'ai oubli� m�re et grand-m�re,
je suis devenu Khalil dont le p�re a 100 noms,
qui a pour famille Mao, Che Guevara, Ho Chi Minh...
Nasser, Lumumba, Arafat, Georges Habache...
et eux tous...
Nous sommes devenus des dieux.
Nous sommes des dieux.
Nous sommes des dieux !
Qui a dit �a ?
Qui a dit: "Nous sommes des dieux" ?
Moi.
Tu es un impie.
Etre commissaire politique ne te donne pas...
le droit d'�tre impie.
Je vais t'apprendre l'humilit�.
Rends ton arme.
Tu fais honte � ton fusil.
A genoux !
Je vais t'apprendre, sale chien,
� te prosterner devant Dieu !
Rampe !
Crie: "Il n'y a de Dieu que Dieu !"
Plus fort !
Je t'entends pas !
1976.
La guerre du Liban.
Le camp de Tal El Zaatar assi�g�.
Nous attaquons le quartier chr�tien pour lever le blocus.
On occupe un immeuble dont le proprio, Georges, est un communiste
qui sympathise avec nous. Mais certains camarades
s'en m�fient parce qu'il est chr�tien.
La ligne n'est pas coup�e.
Salaud d'espion !
C'est un type bien.
Non, c'est un espion.
Abou Georges !
Tes enfants te t�l�phonent ?
Une fois par semaine. Ils en ont marre.
Tu vas les rejoindre ?
Et � qui je laisse ma maison ? Aux voyous ?
Bande de voyous.
De qui tu parles, esp�ce de maquereau ?
La guerre du Liban faisait de nous des criminels.
Je croyais que �a finirait vite, comme en Jordanie,
mais �a a dur�.
Jour apr�s jour, je voyais Beyrouth exploser, se d�composer.
On passait d'une alliance � une autre.
Avec les musulmans, les chr�tiens...
Massacre de la Quarantaine, bataille des h�tels,
massacre de Chatila par les Forces libanaises et les Isra�liens,
si�ge des camps par les Syriens et Amal...
La Palestine s'�loignait,
ce n'�tait plus qu'une image floue, une chim�re.
Quand on entend les obus, �a va.
Sinon, c'est que l'obus va tomber.
Heureusement pour nous, on entend.
J'�tais dans la mort.
J'ai su apr�s que mes camarades �taient morts.
Une peur atroce m'a pris,
celle d'�tre mort sans le savoir.
Avancez.
J'avais une vert�bre bless�e.
On craignait une paralysie,
mais l'op�ration me sauva. Je l'avais �chapp� belle.
J'ai vite quitt� l'h�pital et rejoint le front,
la montagne de Sannine.
J'ai ha� cette guerre du Liban.
J'ai aim� cette montagne blanche.
J'y ai compris que l'horizon prolonge l'homme
et qu'il ne peut vivre sans,
sauf � faire de son corps un cercueil.
J'ignorais que je quitterais vite Sannine.
Pour un entra�nement � la gu�rilla en Chine.
De Sannine � la Chine.
"Cherche le savoir, m�me en Chine."
Votre attention !
Tous les combattants
pour la libert� et le socialisme dans le monde
sont pri�s de se d�shabiller
afin de passer l'examen m�dical !
En avant pour la r�volution, jusqu'� la victoire !
De quand date cette blessure ?
Apr�s, j'ai suivi un stage de m�decine r�volutionnaire.
R�volutionnaire, Abou Salem, ma m�decine !
A pr�sent, finies la r�volution
et la m�decine r�volutionnaire. La m�decine aux m�decins.
Tu as retrouv� ton odeur de nourrisson.
Il faut 7 mois avant de rena�tre.
C'est d�sormais le 6e mois, et dans un mois,
tu te r�veilleras et nous irons ensemble en Galil�e.
Maintenant, il faut marcher.
Allez, on marche...
On n'a plus d'antibio...
Qu'est-ce que vous foutez ?
J'ai peur, � cause des tirs. C'�tait quoi ?
Des voyous. La bande d'Abou Ali Jumbo.
N'aie pas peur.
Allez, Abou Salem...
Si tu veux la v�rit�,
j'ai eu peur que la famille de Chams vienne me tuer.
La m�re de Chams est venue hier prendre ses affaires.
Elle a crach� en direction du camp, au barrage,
et elle est rentr�e en Jordanie. Elle ne te fera rien.
Chams, son �me repose en paix, je l'ai connue � Tal El Zaatar.
Tout le monde savait comment son mari la traitait.
C'�tait un fou, sans c�ur.
Il la traitait... comme si elle n'�tait pas sa femme,
mais la femme d'un autre homme.
Il disait qu'il chassait le d�mon en tirant au-dessus de sa t�te.
Que pouvait-on faire ? Rien du tout.
A part l'entendre la battre et imaginer Chams en larmes...
Dis, Zeinab, tu parlais d'antibiotiques ?
On manque de tout.
D'antibiotiques, de s�rum, de tout.
Je sais pas comment on va tenir.
Je m'en occupe. Ne t'inqui�te pas.
En fait,
je voulais te dire que je vais en Allemagne chez mon fils.
Tu as des enfants, toi ?
Tu me croyais vieille fille ? Je n'ai pas toujours boit�.
Mon mari est mort en h�ros. �a date de Tal El Zaatar,
j'ai �t� bless�e en fuyant avec mes enfants.
Mon fils, Dieu le garde, m'a envoy� un visa.
Il a �pous� une r�fugi�e kurde.
Il a eu la nationalit� allemande gr�ce � elle
et � pr�sent, ils attendent un enfant.
Imagine: le r�fugi� �pouse une r�fugi�e,
et moi, je serai r�fugi�e en Allemagne
o� na�tra mon petit-fils r�fugi�.
A chacun sa blessure, Khalil. Dieu seul gu�rit les bless�s.
Docteur Khalil,
je t'aime comme un fr�re. Va voir le monde.
Ne t'enferme pas ici.
Venez tous constater le miracle !
Mes enfants !
Votre vieux p�re a un pied dans la tombe !
Papa !
Mes enfants...
J'ai eu six �pouses
et j'ai eu de chacune un demi cr�tin.
Avant de mourir, je veux �pouser une femme qui me donnera
un cr�tin entier !
Les femmes sont ma perte.
Venez � moi !
Dieu ! Papa est malade ! Gu�ris-le !
Le vieux retrouve jeunesse et virilit� !
1000 livres et votre jeunesse revient !
Un shampoing pour le corps, surtout cette partie-l� !
Mille livres pour retrouver votre jeunesse !
Je m'appelle Selim Assaad, et toi, mec ?
Docteur Khalil Ayyoub.
C'est toi ?
Et t'ach�tes mon Exa ? Tu touches le fond.
Tu es �gyptien ?
Palestinien. Arafat aussi a l'accent �gyptien.
Tu as fait quelles �tudes ?
Des �tudes d'Enfant de la r�volution.
Trois ans de lutte arm�e,
deux ans de d�merde, deux en Am�rique, et expulsion.
D�s que ma m�re a la Green Card, j'y retourne.
Les cheveux blancs effraient les Am�ricains,
mais ma m�re arrangera �a.
J'ai les cheveux blancs aussi.
C'est sexy. �a va pour toi, le sexe ?
O� tu m'emm�nes ?
A l'h�pital.
Par int�r�t paternel, ou par...
Arr�te. Tu vas travailler avec moi.
Bien. L'int�r�t paternel m'�c�ure.
- Tu payes combien ? - On verra.
Selon ton travail.
Alors, ta m�re vit en Am�rique ?
Elle habite Little Italy.
- O� ? - New York, mec.
L� o� Al Pacino a fait "Godfather".
Ta m�re te t�l�phone en anglais ?
C'est moi qui l'appelle, tiens. Par le Net.
Tu appelles du camp ?
Je veux appeler ma m�re � Ramallah.
On a tout:
Pittsburgh, Ohio, Haifa, Jaffa...
sur le Net, tout est possible.
Fais voir.
Faisons l'indicatif d'Isra�l.
Occup�.
L'h�pital manque d'antibiotiques.
Dans la r�serve secr�te, � c�t� du lait,
une des bo�tes en carton.
Essayons par Chypre.
J'appelle un type qui appelle ta m�re,
et elle t'appelle sur mon num�ro.
Merde.
C'est embouteill� comme la rue Sabra.
Salut.
Salut ? Tu me dois 10000 livres.
Pour quoi ?
Pour mon boulot, tiens. J'ai pay� une connexion.
D'accord. Merci.
Paye les antibiotiques !
Il est fauch�. "On the house" pour la R�volution,
et ton salut !
Va au diable, c'est 300 dollars !
Un, deux, trois, quatre...
Qu'est-ce que tu lui as fait ?
Zeinab de mes r�ves !
Je sens ton "Parfum de femme" !
Danse avec moi.
Tu es fou ? Tu vois pas que je boite ?
Je suis aveugle.
Si seulement...
A la Al Pacino.
Danse, ma Zeinab.
Tu as fait quoi
aux cheveux du malheureux ?
Je lui ai rendu la jeunesse.
Que faites-vous ?
On fait rigoler ton malade.
Voler des m�dicaments, oui. Les blagues, oui.
Mais Youn�s, non ! C'est moi qui le soigne !
Tu le soignes ? Il est plein d'escarres.
Et je ne vole pas.
J'�change des stup�fiants contre tes antibiotiques.
"Fair is fair."
Et ce matelas ?
Il lui faut un matelas � eau.
C'est super sinistre !
Un matelas hydraulique, un porno lubrique,
et il repique...
A la vie il faut qu'il repique.
Un matelas � eau ?
"J'ai connu en t'aimant le bonheur du captif
"Dans tes yeux je ne vois que beaut� et magie
"Belle ensorceleuse..."
Les oiseaux d'abord.
"Empare-toi de mon c�ur
"pour un instant..."
Doucement !
D'o� �a sort ?
De chez Evelyne.
La pute.
T'inqui�te, on l'a d�sinfect� � la Javel.
Tu vois pas que ce vieux est moribond ?
Tu oses parler argent ? Allez, ouste !
Il est pr�t pour le tango.
Et mon salaire � moi, Docteur ?
On est fauch�s.
Avec l'autorit� palestinienne � Gaza, ils se fichent des h�pitaux du Liban.
Ils payent des policiers, des prisons, des espions.
Le fric va aux commer�ants et aux businessmen.
- Selim ! - Je ne veux plus te voir !
Attends !
Attends !
Et merde ! C'est moi qui ne veux plus te voir !
Bonjour. Je me pr�sente:
je suis l'�crivain Georges Baroudy.
Enchant�. Docteur Khalil.
C'est la c�l�bre actrice fran�aise Catherine Sylvain.
Et lui son fianc�, le metteur en sc�ne Fady Barraj.
Bonjour.
J'appartiens � une association culturelle
qui a diff�rents projets.
Dont un monument aux victimes de Sabra et Chatila.
Nos amis fran�ais sont � Beyrouth
pour monter une pi�ce adapt�e du texte de Genet
"Quatre heures � Chatila".
Ce projet me tient beaucoup � c�ur.
Je vis en France depuis 1975, je rentre au Liban,
et je veux le faire conna�tre � ma fianc�e.
En r�sum�, nous voudrions visiter l'h�pital o� exerce le Dr Amgad
qui a soign� des victimes du massacre.
Amgad est parti.
Faisons-leur faire un tour dans le camp.
Un artiste a besoin de s'impr�gner des lieux.
Quoi ?
La femme musulmane ne sort pas.
Il y a tr�s peu de femmes, ici. C'est pour �a.
Pas de familles. Ouvriers syriens et �gyptiens, Chiites du sud.
Tr�s peu. Ils sont partis il y a 10 ans
pour des camps dans le sud.
Ils ont �t� chass�s.
Par les Isra�liens
Puis par les Libanais et les Syriens.
Par tout le monde.
Ce drapeau,
c'est l'ambassade du Koweit.
Et derri�re moi...
c'est le Stade Municipal.
Voyez comme Chatila est tout pr�s ?
Les Isra�liens occupaient les deux. Ils n'ont soi-disant rien entendu.
Vous en avez r�chapp� comment ?
Par miracle. J'ai dit en anglais que j'�tais turc.
On d�jeune dans un resto sympa de Beyrouth Est, vous venez ?
Beyrouth Est ?
La guerre est finie. Venez voir ceux sur qui vous tiriez.
- C'est le texte de Genet. - Je l'ai lu.
En tant que forces luttant pour lib�rer la patrie
de la vermine r�actionnaire et des imp�rialistes
qui veulent affaiblir la d�termination
de notre lutte contre les sionistes,
et les colonisateurs,
nous r�affirmons notre rejet
des politiques d'oppression,
de dispersion et de mis�re
du peuple palestinien.
Nos devises restent in�branlables:
non � une soi-disant paix d'humiliation,
non � la capitulation, � la coexistence avec l'occupant sioniste.
Traduis, Docteur.
Le peuple palestinien souffre et se bat.
Non !
Une seule phrase pour tout ?
L'anglais est une langue concise.
Et donc, l'ampleur de nos sacrifices pass�s et futurs
ne saurait entamer
notre r�solution...
Quelle �loquence !
Ni ne fera fl�chir notre d�termination.
Les lendemains chanteront.
Les Palestiniens souffriront encore.
Tu rigoles ? Fais-moi mousser tout �a.
Comment traduire "entamer notre r�solution" ?
Tout va mal, donc tout va bien.
Camarade, nos camarades fran�ais
connaissent notre cause.
Nous avons peu de temps, et besoin de votre aide.
Au service de la cause.
Ils aimeraient entendre des rescap�s de Chatila.
Fallait le dire ! Vous cherchez des victimes.
Selim !
Viens, d�p�che !
Selim est pupille du parti. Orphelin de m�re � 5 ans.
Exa !
Alors ta m�re est en Am�rique et va t'envoyer un visa ?
Je suis libre ! Elle vit dans ma t�te !
Je vends du shampooing. "The old man becomes young."
Exa !
"Good for love"...
"good for sex",
"good for fucking",
"kissing and..."
3000 livres libanaises !
Deux dollars !
Achetez, please !
Arr�te ton num�ro.
Il fait semblant de savoir l'anglais � coups de r�pliques de films.
Il a v�cu avec des ouvriers �gyptiens et chop� leur dialecte.
Comme le chef de l'Etat palestinien.
Raconte-leur le massacre.
Faites comme chez vous.
J'ai arr�t� de respirer, ils m'ont cru mort.
Les balles sifflaient autour de moi.
Un mort est tomb� sur moi.
Les tirs ont cess�, j'ai ouvert les yeux.
J'ai vu plein de morts partout.
Mes cheveux ont blanchi.
Pour parler � ta m�re,
la Fran�aise pourrait t'aider.
Qu'elle lui donne ton num�ro de Paris.
Je rentre en Palestine.
Alors, Dr. Khalil,
content ?
Je ne suis jamais venu ici.
Et tu es n� dans ce pays !
Non, dans un camp.
Le camp n'est pas au Liban ?
Pas pour vous.
L�, tu parles politique.
Rien ne t'emp�che de d�couvrir ce pays.
La chute des h�ros...
Eh bien, Docteur ?
�a ne va pas ?
Si, tout va bien.
Sant� !
Je pourrais vous voir ?
J'ai un service � vous demander.
Comment va la pi�ce ?
La mort est plus facile � comprendre.
Int�ressant.
J'ai un service � vous demander.
Je...
ma m�re...
Je voudrais l'appeler.
Pouvez-vous l'appeler de Paris ?
Elle vit en Palestine. On ne peut pas appeler d'ici.
En Palestine. Ramallah en Palestine.
Vous ne nous aimez pas.
Foutez-nous la paix.
On est s�par�s depuis longtemps.
Les relations entre le Liban et Isra�l sont interrompues.
A Ramallah.
Appelez-la de Paris
et donnez-lui mon num�ro � l'h�pital.
Elle pourra me joindre.
Le gouvernement a coup� les lignes.
On verra.
Najwa ?
C'est Khalil.
Comment tu vas, m�re ?
Gr�ce � Dieu, bien.
A l'h�pital.
M�decin.
"H�pital de Galil�e" � Chatila.
Pourquoi, m�re ?
Pourquoi ?
Ne pleure pas, m�re.
Ne pleure pas.
Ta voix est toujours belle.
Dis quelque chose, m�re.
Parle, m�re.
Merci. Je dois rentrer � l'h�pital.
En Palestine. Elle vit en Palestine.
Quoi ?
"Une seule nation arabe du Golfe � l'Oc�an", c'est �a ?
C'est comme �a qu'on vit.
C'est la diaspora palestinienne.
Je n'ai pas le droit d'aller en Palestine.
"Autonomie".
Pas de visite � Gaza ou en Cisjordanie sans permis isra�lien.
Permis qu'ils nous donnent tr�s rarement.
En Galil�e.
Les Palestiniens ne sont pas antis�mites.
Il leur faut une victime dans chaque massacre !
J'ai faim. Mangeons.
Mon p�re est all� en Isra�l
Ma m�re ? Son histoire est simple.
Mon p�re s'est volatilis�,
elle s'est retrouv�e seule avec un gosse
et une belle-m�re qui la d�testait.
Elle s'est enfuie, elle est rentr�e chez elle.
La faute � mon p�re. Il l'a abandonn�e.
Je vous raconte l'histoire d'Adnan.
Mon p�re s'appelait Yassine.
Adnan �tait comme un p�re pour moi.
Comme Youn�s.
Comme un p�re pour moi.
Il est dans le coma.
Je m'occupe de lui, � l'h�pital.
C'est une autre histoire.
Le tribunal reconna�t coupable Adnan Abou Aoud�
et le condamne � 30 ans de prison
pour incursions et op�rations arm�es
sur le territoire de l'Etat d�Isra�l
Vous pensez vraiment que votre �tat va durer 30 ans ?
Sans blague.
Trente ans !
C'est la terre de mes anc�tres et la mienne.
Je suis n� ici,
mon p�re est enterr� ici,
et mon grand-p�re aussi.
Je ne suis pas un terroriste, ni un clandestin,
je suis juste rentr� chez moi.
Trente ans ?
Dans 10 ans,
je vous jugerai comme criminels de guerre.
Adnan a pass� 22 ans dans les prisons isra�liennes.
En 1983,
il a �t� lib�r�
lors d'un �change de prisonniers.
Bienvenue � notre h�ros
Embrassez-le. Sentez l'odeur de la Palestine.
Le fou ! Le fou !
Sales chiens !
Enfants de putains !
Enfants d'encul�s !
"Ce que j'ai vu...
"avant que mes yeux
"ne te voient...
"Mon c�ur perdu...
"Oh mes yeux..."
Sales chiens !
Je te d�clare martyr.
H�las non.
On aurait d�.
Il aurait d� mourir ainsi plut�t que dans un asile de fous.
On l'a trait� en criminel,
comme s'il fallait le dissimuler,
comme s'il nous faisait honte.
Il est mort.
On aurait d�...
mais on l'a laiss� crever comme un chien.
Je n'ai presque rien dit � ma m�re.
Elle n'a rien dit, tu ne dis rien,
et je me demande ce que je fous ici.
J'ai menti � Catherine. On a tu� Adnan et on a pleur�.
On est comme �a. On attend. Pris au pi�ge.
Je suis �puis�, et toi aussi.
Tu es mort le jour o� Nahila est morte.
Oui, tu veux �tre une histoire d'amour sans fin.
Youn�s et Nahila, leurs enfants...
la plus belle des histoires d'amour.
Chacun veut �tre une histoire, mais moi non. Je veux �tre moi.
Pour pouvoir vivre.
Nahila te l'a dit aussi, la derni�re fois.
Et tu ne voulais pas l'entendre.
Plus tard... �coute-moi.
- Tu es bless�e ? - C'est rien.
Mange quelque chose.
Je n'ai pas faim.
Aujourd'hui, tu m'�couteras.
J'ai le c�ur lourd et tu ne vois rien.
Ouvre les yeux et regarde.
Je t'aime.
Moi aussi, mais l'histoire n'est pas l�.
Je ne t'ai pas vu depuis un an, 12 mois.
Tu sais, passer la fronti�re est une vraie bataille.
Feddayin sur la fronti�re, op�rations de gu�rilla...
je suis responsable militaire de secteur.
Je sais.
Mais ce soir, je ne t'�coute pas, je parle.
Ecoute-moi, pour l'amour de Dieu.
Je ne t'en veux pas d'avoir �t� absent un an.
Ma vie n'a �t� qu'attente.
Notre situation, la lutte...
Je m'en fous, de la situation.
Je veux parler. Ecoute-moi.
Tu ne sais rien.
Tu crois que les collines que tu passes sont toute la vie.
Tu viens avec ton odeur de loup.
Tu es le loup de Galil�e... mais moi ?
Sais-tu qui nous sommes ?
Notre vie a pass� � attendre que tu tapes � la fen�tre.
Ma vie s'�coule en t'attendant.
Sais-tu qui nous sommes ?
Ce qu'on est devenus ? Ton p�re nous a amen�s ici...
mais pour vivre quelle vie ?
Tu crois qu'un cheikh aveugle
peut entretenir une famille de 7 enfants ?
Ne le prends pas mal.
Le cheikh a �t� pour moi plus qu'un p�re.
A la fin, il parlait � sa s�ur morte.
Il me parlait comme si j'�tais sa s�ur
et il me disait tout.
Si nous pouvions devenir comme fr�re et s�ur...
tu me dirais tout et je te dirais tout.
Ecoute: c'est comme si le ciel �tait tomb� sur la terre.
On a �t� chass�s.
Ceux qui sont rest�s se sont sentis �trangers dans leur pays.
Tu imagines �a ? Nous sommes des �trangers.
Et il n'y a plus d'hommes,
car ils sont sans terre, sans fusils et sans chevaux.
Ils ont pris nos terres
et nous avons vol� sur nos terres,
vol� nos r�coltes pour manger.
Apr�s...
on a travaill� pour les Juifs les terres qu'ils ont prises.
On n'osait plus se regarder dans la glace.
On n'osait plus se regarder dans les yeux.
On a v�cu enferm�s dans les lois martiales,
les couvre-feux et les arrestations.
J'ai dit � l'officier:
"Que me veux-tu ? Je suis libre."
Comment j'ai os� ouvrir la bouche...
"Oui, vous, les Juifs, vous avez souffert.
"�a ne vous donne pas le droit de nous faire souffrir."
Il m'a interrog�e sur mes grossesses et j'ai dit:
"La douleur me met enceinte."
Il a dit: "Va retrouver ton mari au Liban."
J'ai dit: "Toi, rentre chez toi en Pologne.
"Si tu veux rester, reste, mais fous-moi la paix."
En lui parlant, je pensais: "Si Youn�s �tait l�,
"il lui clouerait le bec."
Je m'imaginais que c'�tait toi qui parlais
et je parlais comme toi.
Je lui ai m�me parl� de Saladin,
et il a dit:
"Vous les Arabes, vous r�vez tout �veill�s."
Ce r�ve �veill�, j'ai pas compris,
mais j'ai dit: "On n'est pas des Arabes."
"Vous parlez de Libanais, de Syriens et d'Egyptiens,
"et pour nous, d'Arabes ?
"On n'est pas des Arabes, on est des Palestiniens."
J'ai dit �a expr�s.
Je sais qu'on est arabes.
Mais si tu veux savoir,
on est les Arabes des Arabes et les Juifs des Juifs.
Tu ne demandes pas comment on arrive � vivre.
Les enfants, gr�ce � Dieu, ont grandi
et ils parlent h�breu mieux que les Juifs.
Salem est m�canicien dans un garage � Acre,
et Marwan travaille avec lui.
Ahmad �crit de la po�sie
et Salma est bonne en anglais.
Saleh et Nizar sont encore petits,
et Nour va bient�t se marier.
Je voudrais acheter un garage ici pour Salem et Marwan,
qu'en penses-tu ?
Est-ce que tu pourrais
nous d�panner de 3000 dollars ?
C'est pas grave. On les trouvera.
Je n'aurais m�me pas d� t'en parler.
Je ne t'en veux pas, je l'ai dit pour me soulager.
J'ai dit � l'officier:
"Le brasier o� vous nous jetez,
vous y tomberez avec nous et le m�me feu vous rongera."
Mais je n'ai pas pu oublier ce "r�ve �veill�".
Notre vie n'est qu'un r�ve ?
Tu venais avec tes histoires de Saladin et de Nasser,
et moi, je te croyais.
Tu emplissais Bab El Chams d'�pop�es h�ro�ques.
Je t'ai �pous� cent fois, j'ai aim� tes histoires et tes enfants.
Je me suis mise � te voir en chacun d'eux.
J'ai jou� un r�le devant les autres.
J'ai jou� le r�le de l'h�ro�ne.
J'ai jou� le r�le de la femme du h�ros.
J'ai jou�...
Mais tous ces r�les m'ont �puis�e.
Un r�le devant l'officier, et un autre � la maison.
Ton p�re disait:
"Nos femmes ne travaillent pas."
Je r�pondais: "Il en sera comme tu veux."
Et je lui mentais.
Je ne t'ai pas racont� ma seule victoire, au tribunal:
l'avocate isra�lienne a fait donner ton nom aux enfants.
Mais cette histoire s'�vanouissait quand tu arrivais.
Tu avais tant d'histoires...
Je me taisais, j'�coutais,
j'aurais aim� vivre les r�veries dans lesquelles tu vivais.
Ne m'en veux pas.
Ton p�re est mort, ta m�re est morte, je suis seule
pour assurer l'avenir des enfants.
Je veux qu'ils fondent des familles et travaillent.
Je suis fatigu�e des r�les et des illusions.
Sais-tu l'�ge qu'a cet arbre ?
On l'appelle "Roumi" parce qu'il a vu les Romains.
Ses olives sont petites mais ce sont les meilleures.
Dieu !
C'est toi qui me l'as racont�. Comme toujours,
je me souviens de tes histoires, pas des miennes.
Qu'y a-t-il ?
Tu ne bois pas ?
J'aime pas �a.
Je n'aime pas l'arak.
Tu n'aimes pas,
mais tu en as toujours bu avec moi.
Pourquoi ?
Pour ne pas te contrarier.
Je n'ai donc rien compris de toi.
Tu sais,
� la fin, ton p�re n'avait plus sa t�te,
mais il avait retenu deux vers d'un po�me.
Je m'approchais de lui et je disais:
"Dis que ton c�ur est l� o� le veut l'amour..."
et il continuait.
"L'amour n'est l� qu'o� est le premier amour."
Tu ne veux rien savoir des camarades.
Si tu les voyais... leur courage aux fronti�res...
c'est incroyable.
Le monde change.
L'OLP, c'est autre chose que la garnison de Chaab.
Ils disent: "Oncle Abou Salem..."
Alors que mon c�ur est plus jeune qu'eux !
"Raconte-nous la guerre de 1948."
Que veux-tu que je leur raconte ?
Qu'on faisait la guerre sans savoir ce que c'�tait ?
Qu'on d�fendait nos villages d'une arm�e juive organis�e ?
Non.
J'ai dessin� une lune par terre.
J'ai dit: "La lune n'est pleine qu'une fois par mois.
"Le reste du temps, elle change.
"Elle cro�t, elle d�cro�t.
"Le changement est la r�gle du monde.
"Toute chose ne se fige que pendant un instant,
"ensuite, elle grandit ou d�cro�t."
Tu comprends, non ?
- Et moi ? - Tu es comme la lune.
Tu veux dire que je vieillis ?
Comme la lune.
Une demi-heure...
Je veux me reposer une demi-heure.
Je t'ai lav� avec des histoires,
et te revoil� nourrisson.
Voil� 6 mois et 3 semaines qu'on te pr�pare.
Dans une semaine, �a fera 7 mois.
Tu rena�tras. Pour l'amour de Dieu, ne meurs pas.
Dans une semaine, tu repars � z�ro, debout.
Tu disais que l'homme meurt quand celle qu'il aime meurt.
Nahila est morte et toi, tu es en train de mourir.
Mais ne meurs pas comme �a.
Tu veux d'autres histoires ?
Je n'en ai plus, c'est fini.
Entre ton histoire et la mienne, je suis perdu.
Je pr�f�re te laisser et aller chercher les photos
de Nahila, Salem, Marwan, Nizar,
Nour, Salma et Ahmad, et celles de leurs enfants.
Je te les apporterai,
et tu me diras comment raconter l'histoire de ces photos.
Qu'en dis-tu, Abou Salem ? Rena�tre dans une semaine,
rentrer au pays, et donner une fin � ton histoire.
Bonsoir.
Je cherche Elie le Romain, tu le connais ?
O� habite-t-il ?
J'ai une lettre de sa femme.
Vous �tes s�re de l'adresse ? Ici, c'est Chatila.
Je ne connais personne de ce nom.
Mais si.
Sa femme est de A�n El Zeitoun.
Je transmets la lettre et je rentre,
je ne connais personne, ici.
D�sol�, je ne peux rien pour vous.
- Viens l�. - Quoi ?
Prends la lettre et remets-la-lui.
Je ne le connais pas.
Cherche-le.
Je vais dormir ici. Il y a un h�tel dans le camp ?
Dans le camp ? Beyrouth est plein d'h�tels.
Non. Je dois passer la nuit dans le camp.
Vous pouvez dormir chez moi. Je dors � l'h�pital.
Ta maison a �t� dynamit�e par les Isra�liens ?
Pardon... faites comme chez vous.
- A demain. - O� vas-tu ?
A l'h�pital.
J'ai faim.
J'ai fait un long voyage, la halva, c'est peu.
Douche-toi avant d'aller � l'h�pital.
Je vais faire la cuisine.
Tu as de l'arak ?
Bien s�r.
Je croyais que les maisons des camps �taient en t�le.
Fours en �t�, glaci�res en hiver.
Tu as des gla�ons ?
Il n'y a pas d'�lectricit�.
Quand on aime l'arak, on met des gla�ons.
Je d�teste l'arak.
Je n'aime pas �a.
Mange.
J'ai un malade qui m'attend.
- Je dois partir. - Je sais. Plus tard.
Youn�s !
"Au nom de Dieu le Mis�ricordieux, Y�s�n,
"Par le Coran de sagesse
"Tu fais partie des messagers
"Sur une voie de rectitude
"C'est une r�v�lation du Tout-puissant"
"Un envoi du Mis�ricordieux..."
Ils vont le laver.
A Elie le Romain, de son �pouse Nahila El Chawah
Youn�s, mon amour.
Youn�s, mon amour.
Je vais bient�t retrouver mon Cr�ateur.
J'ai r�uni mes petits-enfants appel�s Youn�s.
Youn�s fils de Nour, Youn�s fils de Salem,
Youn�s fils de Marwan, Youn�s fils de Nizar.
Je leur ai dit notre secret; Bab El Chams.
Je les ai envoy�s � la grotte reprendre nos affaires
et boucher l'entr�e.
Car c'est la seule terre lib�r�e de Palestine.
Aucun Isra�lien n'y est entr�.
Je leur ai dit de ne pas l'ouvrir
avant le retour du grand-p�re,
Youn�s Ibrahim El Assadi.
Adaptation: Marie-Pierre Duhamel-Muller
Sous-titrage TVS - Titra Film
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