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(souffle du feu)

(son étouffé)

(son étouffé)

(brouhaha, entrechoquement de vaisselle)

- (homme 1): C'est moi qui m'en occupe.

- (homme 2): Yo! Les champignons!

(propos indistincts)

- Je m'en occupe. - C'est chaud!

- Elles sont où, les pinces, Renaud?

(cognements divers)

(cacophonie)

- Bon, la 26? - Oui, ça s'en vient.

- Saumon, let's go!

- Hé, chef! - OK, à tantôt!

(coups de cloche)

- Les focaccias s'en viennent dans combien de temps?

J'attends ou j'ai le temps d'aller faire une affaire?

- Just fucking figure it yourself!

(propos indistincts) - Oui, chef!

- Let's go! Come on!

- Qu'est-ce que tu fais, man? Pogne un linge!

(brouhaha)

- (homme): La 22.

- Quatorze! - La quoi?

- La quatorze!

- Yo, on vient de passer le premier service.

Lâche pas, man!

Ça serait un bon temps pour aller donner une go en bas.

- OK.

(brouhaha en sourdine)

Fuck... Tabarnac!

(écoulement de liquide)

Ah...

Si quelqu'un m'avait dit dans ce temps-là que j'allais travailler

dans un resto fancy, je l'aurais pas cru.

La place la plus chic où j'avais mangé dans ma vie,

c'était le St-Hubert.

(sirènes et roulement de voitures)

En fait, si quelqu'un m'avait dit que j'allais juste

faire quelque chose de ma vie, je l'aurais pas cru.

J'étais débarqué de Longueuil l'année d'avant pour étudier

au cégep du Vieux en design graphique.

Déjà en partant, je savais que déménager à Montréal,

ça allait être tough sur le portefeuille.

Quelque chose de nouveau à chaque coin de rue:

des restos, des bars,

des disquaires, des librairies, des shows.

C'était pas facile de résister.

Pas que j'étais super social, mais je sortais un peu.

(brouhaha, coups de klaxon)

Un an et demi plus tard,

en plein milieu de ma troisième session, ça a chié ben raide.

Au début, tu trouves ça drôle

de dépenser un cinq piastres dans la machine.

Puis un moment donné, tu réalises que tu viens de passer

200 piastres et il est même pas 2 h 00 de l'après-midi.

(musique rock)

(♪♪♪)

♪♪ How happy is the human soul ♪

♪ Not enslaved by dull control ♪

♪ Left to dream and roam and play ♪

♪ Shed the guilt of former days ♪

♪ Walking on the foggy shore ♪

♪ Watch the waves come rolling home ♪

♪ Through the veil of pale moonlight ♪

♪ My shadow stretches out its hand ♪

♪ And so we lay ♪

♪ We lay in the same grave ♪

♪ Our chemical ♪

♪ Wedding day ♪

♪ And so we lay ♪

♪ We lay in the same grave ♪

♪ Our chemical wedding day ♪♪

J'étais même pas capable de dire

combien de 1000 piastres j'avais flambés.

Je n'allais plus à l'école.

J'avais perdu trois mois de loyer dans les tavernes

quasiment vides ou des bars de danseuses.

Ce qui est ben important de comprendre,

c'est que dans mon cas, je jouais pas pour me refaire.

Je jouais parce que j'aimais le feeling de jouer.

Quand la machine s'illuminait

puis que le rush d'adrénaline embarquait,

il y a rien qui pouvait accoter ça.

Fait que peu importe le montant que je gagnais,

ça changeait rien...

j'allais rejouer plus tard.

Plate de même.

Fait qu'à cause de ça, ben, je me suis mis à dos

mon bon chum Rémi parce que je ne pouvais plus payer l'appart.

- Ah, le tabarnac...

- Pour essayer de le rembourser,

j'ai pris ma première gig de design.

C'est Alex qui m'avait "hooké" up

avec son band métal, Deathgaze.

(musique métal)

(♪♪♪)

(♪♪♪)

(paroles en anglais)

(♪♪♪)

- Pour vrai, c'est nice en crisse, man!

Maudite belle job! - Merci.

- Ça ressemble au logo de Darkthrone. C'est pas pire, man.

- Pas pire? Voyons, Mike, c'est plus que pas pire!

- Pour vrai, c'est vraiment beau.

- Darkthrone, c'est ça, la grosse influence.

- Pour le cover, on a pensé à des idées.

On a pensé à de quoi, genre un océan

avec une ostie de grosse poulpe!

- Alex. Un poulpe, man.

- On s'en tabarnac qu'on dise un poulpe ou une poulpe, Martin.

Ostie, come on.

Sur le top, ça serait comme une grosse patente

avec des tentacules qui sortent de l'eau.

Un poulpe avec le logo ben gros écrit dans le coin, là.

Deathgaze, motherfuckers!

- Yeah! Oui, man. - Ça serait écoeurant.

- Mais là, avez-vous parlé de cash?

- Oui, il charge combien? Parce que moi, j'ai un de mes chums

qui est prêt à le faire pour pas grand-chose.

- Le talent, ça se paie, les boys!

Tu pensais à combien? - Je sais pas trop...

- Moi, je me disais mettons 2000 piastres avec l'impression

puis tout, ça me semble pas pire. T'en penses quoi?

- Oui, oui. 2000 piastres, c'est ben correct.

- All right! Ben, c'est un deal, man!

- All right!

Deux mille piastres.

J'avais jamais reçu autant de cash d'une shot de ma vie.

Ça ou un million, c'était la même affaire pour moi.

On s'était rencontrés le 12 novembre

puis trois semaines plus tard, il ne restait plus rien

des 2000 piastres de Deathgaze.

Trois semaines passées à jouer chaque jour

puis à manquer un cours sur deux.

Début décembre, je n'avais plus une cenne.

Merci.

Puis un soir, autour du 6 décembre,

j'aijoué ma dernière carte.

J'ai appelé mon cousin Malik pour lui demander du cash.

(musique techno)

Je suis dans la marde.

- J'ai compris ça, mais... pourquoi t'es dans marde?

- Rémi m'a sacré dehors de l'appart.

C'était rendu le bordel, il y a un de ses chums qui "crashait"

sur le divan tous les soirs, ils fumaient comme des épais...

Je me suis tanné.

Fait que là, ben, j'ai demandé à Rémi de me rembourser le loyer

d'octobre et novembre, il veut rien savoir, il l'a pas pris.

Il me dit que si je suis pas content, je peux décrisser.

De la bullshit, évidemment.

(musique classique)

(♪♪♪)

(musique classique)

- Es-tu sur le bail? - Non.

Non, je suis dans la marde, sérieux.

Je n'ai plus d'appart, je n'ai plus une cenne.

Si tu pouvais me dépanner, ce serait vraiment super.

- Attends, là. Tu n'as plus une cenne?

- J'avais payé le loyer de décembre et de janvier aussi.

Rémi veut pas me les rembourser.

- Il y a pas Alex qui t'a donné du cash

pour la pochette de son disque?

- Il va me payer quand ça va être fini.

Ça va aller après les Fêtes.

- Hum! Tu dors où, là?

- Sur le couch de Vince.

- Puis il te charge-tu un loyer ou?

- Non, non. Il me charge rien.

- OK...

Puis le loyer chez Rémi, c'était quoi?

300$?

- Plus 400$ avec l'Hydro.

Man, c'est quoi, l'interrogatoire?

- Je comprends pas! Je veux dire, t'as travaillé tout l'été

comme un débile. T'as sûrement dû faire quoi, 4000 piastres?

- Pas tant que ça.

- T'as travaillé 40 heures semaine de mai à août

à 11 piastres de l'heure.

Moins l'impôt, admettons, ça fait pas mal ça, 4000$.

Je veux ben croire que Rémi t'a volé 500 piastres

et que t'as utilisé une couple de cents pour manger

et boire de la bière avec tes chums, mais veux-tu ben me dire

il est passé où, ton cash?

(Il mange bruyamment.)

Il est passé où, ton cash? - Je sais pas!

C'est arrivé de même, je l'ai mal géré, je sais pas.

- Ben non, c'est ça! Ça arrive pas de même.

- Écoute, j'ai vraiment besoin de cash.

- Pourquoi t'as besoin de cash?

T'es censé en avoir plein dans ton compte!

Pourquoi t'as besoin de cash?

- J'ai tout joué.

- T'as tout joué. Qu'est-ce que tu veux dire, t'as tout joué?

- Aux machines. J'ai tout perdu aux machines.

- Ben voyons, tabarnac! Ha!

Hé, c'est câlissement n'importe quoi, ça!

Qui est au courant?

- Toi pis Marie-Lou.

- Tabarnac...

(marteau-piqueur au loin)

Tu vas garder toutes tes factures,

même pour un ostie de paquet de gomme.

Je retourne à Trois-Rivières demain,

mais je vais te rappeler dans les prochains jours

pour prendre de tes nouvelles, t'es ben mieux de me répondre.

En attendant, tu vas faire de l'ordre dans tes affaires

et tu vas te trouver une job.

Il faut que tu te gardes la tête occupée.

Eille...

Eille!

Tu vas être correct, man!

Je ne veux juste plus jamais que tu me mentes

en pleine face de même, c'est-tu clair?

- Fait qu'après, ben, j'ai cherché une job.

C'est mon ami Dave qui m'a proposé de prendre sa place

au resto où il travaillait.

Il m'a dit que ça payait pas tant, mais qu'au moins,

c'était facile puis que le temps passait vite.

C'était exactement ça que j'avais besoin...

que le temps passe vite.

- Ça serait peut-être compliqué.

Sinon, je pourrais aller en comptabilité.

Faire des chiffres de même, je suis quand même bonne.

- Sarah, il me manque 36,25$ dans la caisse trois.

Sais-tu c'est quoi? - Ah oui? Non.

On peut-tu t'aider? - Je viens pour mon training.

- Quoi? - Je viens pour mon training.

- OK. La prochaine fois,

il faudrait que tu passes par la ruelle.

- Pas de trouble.

- Nick! Peux-tu l'amener à Renaud, s'il te plaît?

- Oui! Suis-moi.

- (Sarah): Il est cute.

- Ça doit être le nouveau plongeur.

- Renaud! Renaud.

- Quoi? - Il y a quelqu'un pour toi.

- C'est toi le chum à Dave? - Oui, exact.

As-tu un nom? On va quand même pas t'appeler le chum à Dave.

- Renaud, il n'y a plus de fond de veau.

- Ben oui, il en reste. Regarde comme il faut.

- Ça fait cinq fois que je checke.

- J'ai pas le temps, je suis avec le nouveau.

Viens-t'en.

- ♪♪ Gotta knot in my pocket weighin' at least a grand ♪

♪ Gold on my neck, my pistols close at hand ♪

♪ I'm a self-made monster of the city streets ♪

♪ Remotely controlled by hard hip-hop beats ♪

♪ But just livin' in the city is a serious task ♪

♪ Didn't know what the cops wanted ♪

♪ Didn't have the time to ask ♪♪

- Tu peux te changer ici.

Sinon, les toilettes sont là.

Tu vas avoir besoin de ça.

Il y a d'autres chemises dans le coin.

Si jamais t'es trop trempe dans ton shift,

hésite pas à te changer. Tu vas voir, il fait frette

et il fait chaud dans la plonge et tu veux pas tomber malade.

- Christian, peux-tu dire à ton staff de ramasser

leurs cochonneries? C'est pas un vestiaire de hockey, icitte.

- Euh, chef?

As-tu passé la commande chez Norref? Si tu veux

que ta bisque soit prête pour le 45

la semaine prochaine, il faudrait se grouiller.

- Je vais faire ça demain.

C'est toi, le nouveau plongeur? - Oui.

- As-tu déjà fait ça? - Non.

- Pas grave. C'est pas ben, ben compliqué.

De toute façon, Dave va rentrer plus tard,

fait qu'il va pouvoir t'aider.

- Dave rentre pas à soir, chef. - OK.

C'est qui, l'autre plongeur, d'abord? Carl? Eaton?

- Eaton ne travaille plus icitte.

- Pas Eaton, d'abord, l'autre.

- OK, mais je pense que c'est lui tout seul qui est cédulé.

- Ben, coudon!

Tu diras à Bébert de lui faire faire le tour.

Comme ça, ça va justifier son augmentation.

Ah! Hé!

Ça va ben aller. C'est rien qu'un restaurant.

- Ben... ça risque d'être rock and roll vu que t'es tout seul.

On va t'embarquer sur ta mise en place au plus crisse.

Change-toi. Bébert! - Yo!

- Yeah!

- J'ai pas le temps pour tes osties de niaiseries.

C'est Dave qui est supposé le "trainer".

- Dave rentrera pas à soir, Christian a oublié de le booker.

- Ostie de chef à deux piastres de tabarnac!

Pas capable de faire un horaire qui se peut, lui!

- Que veux-tu que je te dise! - Je sais pas,

mais c'est pas mon problème. C'est toi le sous-chef,

occupe-toi-z-en. Passe-moi le chinois là-bas!

- OK, regarde. Relaxe, là.

Finalement, je vais garder Jonathan pour à soir.

Essaie juste de faire ça vite.

Jo est rendu à son troisième double cette semaine.

Puis on va se faire rentrer dedans tantôt. OK?

- Oui, oui, c'est beau. - Bon!

- T'as déjà fait ça, de la plonge, j'imagine!

- Non, mais on m'a dit que c'était facile.

- Oui? Ben non! C'est tough en tabarnac.

J'espère que t'es plus quick que ton chum Dave.

(musique métal)

All right, let's go!

- Bébert avait perdu sa canine

pendant un black-out de trois jours.

La deuxième plus grosse brosse de sa vie.

J'aurais aimé ça savoir c'était quoi, la première.

Dire que le gars brûlait la chandelle par les deux bouts,

c'est un euphémisme.

Le gars brûlait la chandelle

avec deux chalumeaux de chaque bord.

♪♪ Tous les jours on cherche ♪

♪ Tous les jours on repasse ♪

♪ Sur les mêmes fragments de notre existence ♪

♪ Pièce par pièce, je me bâtis, coulé ♪♪

- Tu tries ça puis tu les équeutes.

Tu choisis une dizaine de frisées. Tu les effeuilles,

tu laves ça dans l'eau ben frette

puis tu pognes l'essoreuse après.

Fais-en pour cinq, six bacs.

C'est con en crisse d'en manquer en plein rush. Correct?

- Oui, oui! - Crisse, dis quelque chose!

Reste pas là la bouche grande ouverte à m'écouter.

- OK! - Bon!

Cette machine-là, ça peut être crissement sneaky.

Il y a une pâtissière qui s'est broyé la main l'année passée.

Toute jeune, à peu près ton âge.

Une crisse de chance qu'elle était jeune, d'ailleurs,

parce que sinon, ils lui amputaient ça, mon chum.

Fait que watch out parce qu'un plongeur pas de main, ça sert à?

Fuck all. OK! Bravo!

Une fois que ta mise en place est finie, tu fais un bon ménage

de ta salle de prep: tu laves les comptoirs,

tu balaies, moppes les planchers

ceux de la chambre froide ici aussi puis tout.

Arrange-toi pour te claquer ça en bas de 20 minutes

parce que sinon, ta vaisselle s'accumule trop.

- Bébert! Faut que t'accélères, ça commence à brasser en haut.

- Ta gueule, ostie! Je suis après faire ta job!

Euh... ah ben, uck off, ostie.

Tu feras ton ménage entre les deux services.

Viens-t'en, je vais te montrer la plonge.

- J'ai compris assez vite que dans une cuisine,

c'est comme ça qu'on parle: en beuglant.

- Faut que je les demande à coups de pieds, les épinards?

- On a besoin de casseroles, let's go!

- Bonnie, qu'est-ce qui se passe avec ma 31?

- Suck my dick, Sarah!

- Les clients, eux, entendentjamais rien de ça.

- Tout est à votre goût?

- Santé!

- Bienvenue à la Trattoria!

- Ostie de gang de deux de pique de saint-ciboire!

Toujours en train de nous mettre dans la marde.

(vrombissement assourdissant)

- C'est devenu le son que j'allais entendre

le plus souvent dans ma semaine, même quand j'étais pas au resto.

(vrombissement assourdissant)

(grincement)

(écoulement d'eau)

(vrombissement assourdissant, grincement)

(vrombissement assourdissant, grincement)

(musique métal en sourdine)

- Perds pas le beat; sinon, t'es fait.

Si c'est pas assez propre,

checke les filtres puis le savon.

Rince ben ton stock avant de l'envoyer dans la machine

et change souvent ton eau.

Essaie de ramasser la marde

au fur et à mesure dans le dish pit,

ça va t'empêcher de boucher l'évier.

Puis... crisse, ça fait pas mal le tour.

Je vais aller rejoindre ma gang.

Es-tu correct? - Oui, ça devrait!

- All right!

Ah oui! Tu peux mettre la musique que tu veux

dans ta plonge, c'est comme ton... ton royaume.

Ton royaume de six pieds carrés.

(♪♪♪)

(fredonnements)

(en anglais): Bon choix!

- Merci. T'aimes Maiden?

(en français): Hé, le plongeur, dépêche!

On a besoin de poêlons ici. Let's go!

♪♪ All the sons, divided they'd fall ♪

♪ Here await the birth of the son ♪

♪ The seventh, the heavenly ♪

♪ The chosen one ♪

♪ Oh ♪

♪ Oh oh oh ♪♪

(entrechoquement de vaisselle au loin)

(Bébert soupire.)

- Une petite cigarette?

- Ah non, merci. Je fume pas.

- J'espère que tu bois, par exemple,

parce que la bière est pour toi.

- Ah! Merci!

- Tu la mérites.

Pas pire pantoute comme premier shift!

Il va absolument falloir que tu gagnes en vitesse, mais...

Non, non. T'as l'air de savoir où tu t'en vas.

Qu'est-ce que tu fais après?

- Qui, ça? Moi?

- Qui ça... Oui, toi, tata!

- Je sais pas.

- On s'en va prendre une bière. Viens-tu avec nous autres?

- Il fallait que je rentre à l'appartement de Vince

direct après la job, c'était une des conditions de Malik.

Il fallait que je dise non.

OK!

- Hé, good job pour à soir, man!

- Merci! - Rentres-tu demain?

- Euh... oui, je pourrais ben. J'ai des cours, mais...

- Toute la journée? - Non, juste le matin.

- OK, mais si tu pouvais rentrer à 4 h 00, ça serait pas pire.

- Je vais être là! - Cool!

(vrombissement de voitures au loin)

Je vais aller prendre le bus.

Rentrez pas trop scrap demain, hein?

- En approchant du bar,

j'ai pensé aux 80 piastres de Malik

qui dormaient dans mon portefeuille.

Le rush de la soirée me les avait fait oublier.

- Qu'est-ce que tu fais, le plongeur? Suis, man!

- Je répétais une affaire dans ma tête:

faites qu'il y ait pas de machines.

Pas de machines... Pas de machines.

(musique rock)

(♪♪♪)

- Oh yeah! Thanks, man!

(en anglais): Alors ces deux cons, ils ont arrêté à " le " lumière.

(en français): La. La lumière. - La lumière.

Ils ont arrêté et ils ont...

(en anglais): Siffler. Comment on dit " siffler "?

(en français): Câlisse, Bonnie! Ça fait trois ans que t'es icitte!

Force-toi un peu! "Siffler", calvaire!

- Fuck you, Bébert, okay?

Ils ont sifflé moi. "Hé, beau cul!"

(en anglais): Alors j'ai attendu la lumière verte, et je leur ai lancé mon latte.

- Ouh!

(rires)

(en français): Ah ben, le voilà, lui!

La soirée a fini à combien? - 6200$.

- Calvaire! OK! T'as fait la piastre, toi!

- Oui! - Sam!

Sam, 10 vodkas et mets ça sur le bill du busboy, s'il te plaît!

- Non, non, non! Va chier! - Voyons!

- (tous): Cheers!

- Santé!

(rires)

(en anglais): Alors, tu es fan de Iron Maiden?

- Oui... Ça paraît tant que ça?

- Quoi? - Oublie ça.

Tu les aimes aussi?

- Oui, je les aime!

Seventh Son of the Seventh Son...

Tellement bon.

- Ben... Ils sont pas mal, mais je préfère leurs deux premiers disques.

- Quoi?

- Je préfère celui-là.

- Oh, non, non, non.

C'est bon, mais pas " plus bon "...

T'es saoul.

(en français): On va finir ça dans un after.

(en anglais): Oui! On y va! On y va, allez. Debout!

(en français): Ça sert à quoi d'avoir des chèvres si elles

sont miniatures dans une ferme? - What do you mean?

- (homme): Vos gueules, ostie!

- Va te coucher, tabarnac! Il est tard!

(rires)

- Ça fait trois fois moins de lait si t'as une miniature...

- Vas-tu nous "choker", toi, ostie de moumoune?

- Hé, man, je suis mort. À demain!

- All right, à demain.

- Il me restait juste un peu de lucidité

puis j'étais content de moi.

J'avais une job etj'avais pas tout dépensé l'argent de Malik.

Juste une vingtaine de piastres, pas plus.

Puis j'avais pas joué.

(♪♪♪)

♪♪ Distracting you from this ♪

♪ Must be the one you love ♪

♪ Must be the one whose magic touch ♪

♪ Can change your mind ♪

♪ Don't let another day go by ♪

♪ Without the magic touch ♪

♪ Distracting you ♪

♪ Change your mind ♪

♪ Supporting you ♪

♪ Change your mind ♪

♪ Embracing you ♪

♪ Change your mind ♪

♪ Convincing you ♪

♪ Change your mind ♪♪

Les fins de soirée un peu sur la brosse,

je pensais souvent à Marie-Lou.

On avait été pas loin d'un an ensemble.

Clairement une des plus belles passes de ma vie.

Puis un moment donné, ça a juste arrêté de marcher.

Comme ça. Parce qu'on avait 1 7 ans

et qu'à 1 7 ans, c'est tough de savoir comment être en amour.

- Hé, excuse, man!

Je voulais pas te réveiller, j'ai oublié mes notes.

- Pas de trouble.

Il est quelle heure, là? - Une heure moins quart.

- Shit!

- Avais-tu un cours à matin?

- Non, juste cet aprèm.

- Fait que toi, t'es parti sur la brosse, hier.

- Pas tant que ça.

J'ai commencé une nouvelle job, je fais de la plonge.

- Toi, ça? Plongeur? - Hum, hum!

- Fait que vas-tu laver

tes casseroles de Kraft Dinner, astheure?

- Ha! ha!

Non, mais pour vrai, quand je vais avoir ma paie,

je vais pouvoir te donner un peu de cash pour le dérangement.

- Ah! Elles sont là!

Hé, stresse pas avec ça, man.

Mi casa es su casa.

On se recroise bientôt, OK?

- Ciao, man!

(soupir)

(rembobinage de cassette de répondeur et bip)

- Salut, mon gars!

Écoute, on n'a pas encore eu de tes nouvelles pour le réveillon.

Tout le monde va pas mal être là.

Je peux venir te chercher, si tu veux.

En tout cas, rappelle-moi pourjaser de ça.

On a ben hâte de te voir. Bye! (bip)

(bip de notification)

- (Alex): Salut, man. J'espère que ça va, l'inspiration! Ha!

En tout cas, on a hâte de voir tes affaires.

Je t'ai envoyé les lyrics que tu m'avais demandés.

Mike aimerait ça savoir comment ça avance.

Tu sais, au moins le logo. À plus, mon chum!

(sonnerie)

- C'est Rémi. Euh...

Ça commence à être un peu une joke, ton affaire.

Je suis tanné de courir après mon argent, OK?

Fait que rappelle-moi. (bip)

(vibration de téléavertisseur)

- Fuck ça.

(rembobinage, bip)

- Salut! C'est Malik. Écoute, j'appelle

pour prendre de tes nouvelles, fait que rappelle-moi!

(sirènes)

- Allo! - Salut!

- Tu vas prendre quoi? - Une rousse, s'il te plaît.

(♪♪♪)

- Tiens, mon coeur. - Merci.

(♪♪♪)

(brouhaha)

(♪♪♪)

♪♪ Back with another one of those block rockin' beats ♪

(♪♪♪)

(♪♪♪)

(♪♪♪)

♪ We're 'bout ready to rock steady ♪♪

(aboiements de chien)

Hé, Christian, je suis tellement désolé!

Mon cours a fini plus tard que prévu.

- Hé, hé, respire, le jeune.

Personne arrive à l'heure icitte.

Habille-toi vite et tu iras aider Carl.

(essoufflement)

- Oh, shit! Le plongeur! Je pensais que t'avais "choké".

- Oui, mon cours a fini plus tard.

- Yeah, right! T'étais trop scrap à cause du Jack!

- Bonnie est pas là à soir?

- Pourquoi tu demandes ça?

- Je sais pas, comme ça.

- Oublie ça, man. C'est pas une fille pour toi.

Anyway, la file est longue. Ha! ha! ha!

- Bon, il était temps! Moi, c'est Carl.

Il faut que je fasse un appel, peux-tu embarquer?

- Oui, oui. - Oui?

- Hum, hum! - Cool.

Yo!

Oui.

- Mes ustensiles, tabarnac!

Il est où, ton partner? Je lui ai demandé il y a 20 minutes,

faut-tu que je lui demande à coups de claques sur la gueule?

(criant): Hé, je te parle!

- Je venais de faire la connaissance de Greg.

À partir de ce moment-là, il y a une chose qui était sûre,

j'allais tout faire pour être dans ses bonnes grâces.

Sont là. Je vais les mettre dans la machine.

Donne-moi deux minutes, je te clenche ça.

- Fucking pogne-cul de skater à marde!

(♪♪♪)

♪♪ Wake up, got another day to get ♪

♪ Through now, got another man to see ♪

♪ Gotta call him on the telephone way-o ♪

♪ Gotta find a piece of paper ♪

♪ Sit down, got another letter to write ♪

♪ Think hard, gotta get a letter just right ♪

♪ Little ringing on the telephone, whoa no ♪

♪ Gotta write another letter ♪

♪ No such thing as tomorrow, all we want ♪

♪ One, two, three, go ♪♪

- Ils sont là.

- All right! T'es un warrior, toi.

Pas comme l'autre ostie de branleux!

Je m'en viens, ma gang de singes! Je m'en viens!

- Cool, t'as fait ça vite.

Ça veut dire que je peux y aller.

- Il se pogne le cul un peu, hein?

- Qui, ça?

- Laisse faire "qui ça".

Prochaine fois qu'il te fait une crosse de même,

mets ton pied à terre.

Carl, c'est un ostie. Laisse-toi pas faire!

- Ciao!

(rembobinage de cassette)

- Salut, Stéphane. C'est Malik. C'est le deuxième message

que je te laisse, je commence à en avoir plein mon casque.

Je sais pas c'est quoi, mais mets donc ta sonnerie à on,

s'il te plaît.

- Shit! - OK, salut.

- Ah! Malik... je l'avais oublié.

(composition d'un numéro téléphonique)

- T'étais censé me rappeler tout de suite!

- Je sais, j'étais dans le jus à job hier et aujourd'hui.

Ça arrête pas. Je m'excuse.

- Ça se passe-tu ben, ça, au moins?

- Oui, la gang est le fun.

- Cool.

Moi, je viens de me booker des billets d'avion, là.

Je vais aller à Cuba avec ma blonde

pendant le temps des fêtes. Ça va faire du bien.

Toi, tu vas chez tes parents le 24?

- Oui, il faudrait ben, hein.

- Non, c'était pas une question. Tu vas chez tes parents à Noël.

- Oui, oui, je vais y aller. - Parfait.

- Je vais pouvoir te redonner ton 80 piastres aussi.

J'ai même remboursé une partie du loyer à Rémi, fait que...

- Good! Puis tes cours?

- Je vais survivre. La job, ça m'aide à reprendre le dessus.

J'ai les idées plus claires.

- Bon! Je suis content d'entendre ça.

Fait que tu me rappelles d'ici la fin de la semaine?

- Yes! Parfait.

- Je suis content de savoir que ça va mieux!

- Oui, oui. Inquiète-toi pas,

les choses se replacent tranquillement. Salut!

- OK, salut.

- Dès que j'ai raccroché,

le stress puis l'anxiété sont revenus tout de suite.

J'ai pensé à Rémi, aux gars de Deathgaze,

puis à Marie-Lou.

J'avais envie de voir Marie-Lou.

Elle aussi, je lui en devais une.

Quand elle a senti que j'étais dans la marde avec Rémi,

elle a voulu m'aider. Elle m'a passé de l'argent

en me faisant promettre de ne plus jamais jouer.

J'aijoué quatre jours après.

C'est correct.

- Juste correct? - Correct dans le sens

le monde est fin, mais ça reste de la plonge.

C'est comme travailler au dépotoir

pendant que les trucks viennent déverser leurs vidanges.

C'est pas le bout de la marde.

- Cré Steph...

T'as 19 ans, là. T'attendais-tu à être PDG à 19 ans?

- Je sais, mais c'est juste redondant.

Ici, au moins, toi, t'es ben.

Ton linge sent pas la dompe

puis tu peux parler avec les bonhommes.

(tintement de la machine à sous)

Cherchez-vous quelqu'un?

- Tu trouves vraiment que c'est une bonne idée, toi,

de travailler dans un spot où il y a des machines?

- C'était une joke.

- Ah oui. Sont drôles, tes jokes.

- OK.

- As-tu bientôt fini tes dessins pour Deathgaze?

- J'achève. - Puis?

- T'es content? - Oui, vraiment.

Je pense que c'est une des meilleures affaires

que j'ai faites jusqu'à date. J'ai hâte de te montrer ça.

- Wow... J'ai hâte de voir ça, man!

Ton premier gros contrat! - Hum, hum!

Puis toi?

- Moi, j'ai comme le goût de changer d'air.

Je pensais partir une couple de mois.

- Tout le monde part, c'est le fun.

- Hein? - Ah oui, je dis ça

parce que Malik m'a dit

qu'il allait partir à Cuba pour le temps des Fêtes.

- Ah oui... Non, mais moi,

je pensais plus genre au BC ou en Amérique du Sud.

Quelque chose de même, c'est pas encore clair.

(tintement de la machine à sous)

- Yes!

- Steph. - Hum? Excuse. Excuse-moi.

Excuse-moi. - Câlisse...

- Je t'écoutais. Tu disais que...

t'hésitais entre partir au BC ou en Amérique du Sud.

- Ouin...

Je pile du cash puis je checke où je peux aller.

- Je vais pouvoir te rembourser ce que je te dois bientôt.

Je fais beaucoup de shifts, ces temps-ci.

- Puis le cégep, là-dedans?

- Je fais des shifts au travers.

- Hé, comment ça va, man? - Bien, toi?

- Ah, ah! Comme ça, t'es rendu à la Trattoria?

- Les nouvelles vont vite.

- Greg travaille-tu encore là?

- Tu connais Greg?

- Oui, oui. Je l'ai connu dans mon ancienne vie.

Je commence bientôt, moi. Je vais y aller.

- Cool. Tu repasseras!

- Salut. - Bye.

Fais attention à toi. - Inquiète-toi pas.

(tintement de la machine à sous gagnante)

- No fucking way, man. Un sept minimum si je me déplace à soir.

Non, je m'en câlisse. Un sept!

- Carl! Ostie, Carl!

J'ai eu une ostie journée de marde aujourd'hui,

j'ai pas le goût de me répéter! J'ai besoin de fourchettes!

Tabarnac...

- Tiens, tiens, tiens! Tu vas en avoir pour un boute.

- Warrior, toi puis moi. on est connectés, man!

- Hé, man!

- Il niaise pas avec les ustensiles, le gérant!

- Le gérant? Quel gérant? - Ben, Greg.

- Greg est pas gérant, il est busboy.

Une câlisse de chance que c'est pas lui le gérant!

(musique rap)

(en anglais): C'est quoi cette merde?

(en français): La compil de rap de Bébert.

(en anglais): T'aimes ça? - Ouais, c'est cool.

- Je pensais que tu étais fan de métal. - Quoi?

(en français): Tu aimais pas le metal?

(en anglais): Je sais pas, j'aime toute la musique.

- Non, tu dois choisir.

Soit tu es fan de métal, soit tu es un yo...

Tu peux pas être les deux.

- Public Enemy a fait une chanson avec Anthrax.

C'est les deux.

- Peu importe, mon gars. Peu importe.

- Come on! (en français): C'est mollo à soir!

Vous seriez capables de vous débrouiller sans plongeurs.

- As-tu fait ta mise en place, au moins?

- Oui, oui, elle est faite! Oui.

- Si c'est correct avec ton partner, tu peux y aller.

Euh... c'est-tu correct avec toi?

- Hum, hum!

- OK, c'est beau. Vas-y.

(vrombissement)

- Bébert?

- Yo!

- C'est-tu normal que l'eau de la machine soit frette?

- Quoi? - L'eau.

Elle est frette.

- Ah, tabarnac!

- Fait que?

- La fuse est morte. Le fun est fini.

- Non. Ben non, demain, ça marche pas.

J'ai un restaurant qui roule là. Non, oubliez ça.

Bonjour! Oui, j'ai besoin d'un réparateur maintenant.

Ostie de câlisse...

C'est une urgence! Comment ça, il y a personne de disponible?

Vous faites quoi, là?

- Même si ça faisait zéro sens,

je tenais Carl 100% responsable du fuck up avec le chauffe-eau.

Chaque fois que je plongeais un morceau dans l'eau bouillante,

je m'imaginais que c'était la tête de Carl.

On manque d'épinards! (en anglais): C'est une urgence!

(en français): J'y vais.

Tabarnac!

Ostie de Carl!

- Tout est à votre goût?

- Santé! - Bienvenue à la Trattoria.

(brouhaha au loin)

(en anglais): C'est quoi ce bordel?

(en français): Oui, Bonnie, je me dépêche.

(en anglais): Qu'est-ce que tu fais? - C'est Carl, il a pas...

- Qu'est-ce que tu fais?

(en français): Il a pas fini sa mise en place.

(en anglais): Non, j'en ai rien à foutre!

Ce n'est pas mon problème. Je t'ai demandé à toi; tu as merdé!

(en français): Bon! Qu'est-ce qui se passe avec les épinards? Il y a 10 tables standby.

Faut-tu que je trouve un réparateur pour ça aussi?

Hé, Bonnie! C'est à toi que je parle.

- C'est à cause de ton ostie de clown de Christian, il engage

des incompétents pas capables de faire leur mise en place!

- On t'a-tu sonné, toi? Flippe tes poêlons

puis organise-toi pas pour que je vienne le faire à ta place!

- Oui, madame. - (Sarah): Bébert!

L'osso à la quatre, ça s'en vient-tu?

- Donne-moi une bière, Sarah. - Je peux pas, j'ai--

- Une bière, ostie! Il s'en vient, ton osso bucco à marde!

Renaud est après le dresser.

(Killing Field de Slayer joue.)

(♪♪♪)

(♪♪♪)

(vrombissement)

(♪♪♪)

- All right! Parle-moi de ça,

un jeune qui écoute de la bonne musique!

Je les ai vus en 1995 à l'Auditorium de Verdun.

Ça "slammait" tellement fort,

il y en a qui sont partis en ambulance. Ha! ha!

Sors-tu avec nous autres à soir? On est dus pour se jaser.

- Oui, OK. Je suis game!

- Aaah!

(♪♪♪)

- Yeah, man!

(musique métal)

(♪♪♪)

(rires)

(♪♪♪)

(♪♪♪)

(arrêt de la musique)

- Greg avait le don de nous faire sentir spécial

quand on était proche de lui.

Il avait l'air d'un prince ou d'un parrain.

En tout cas, clairement pas d'un busboy.

(♪♪♪)

- (Greg): What the fuck?

(♪♪♪)

Je veux l'entendre!

(♪♪♪)

- Mon ostie, toi!

(cris)

(♪♪♪)

♪♪ Change my pitch up Smack my bitch up ♪

(cris)

♪ Change my pitch up Smack my bitch up ♪

♪ Change my pitch up Smack my bitch up ♪

♪ Change my pitch up Smack my bitch up ♪♪

(brouhaha)

(♪♪♪)

- Si ça chie, ben, il mangera sa marde.

- Hé! - Merci!

- So... yeah.

(en anglais): Je t'ai crié après tantôt, je suis désolée. Santé!

- C'est correct. Carl...

Il s'en va sans faire son travail.

J'étais faim après lui. - Fâché.

(en français): Tu peux me parler en français, you know.

(en anglais): Je comprends assez, je peux juste pas parler.

- OK.

- Mais oui...

T'as vraiment... T'as bien fait ça ce soir.

Bon travail. - Merci.

(en français): Merci. Ha!

(cris au loin)

À part Maiden, quel autre groupe que t'écoutes?

- Oh! Plein d'affaires.

(en anglais): Des trucs plus vieux de Megadeth et Metallica.

C'est un des premiers groupes que j'ai vus en concert.

- Ah, ouais? Quand?

- Lollapalooza '96!

Un des meilleurs shows de ma vie!

- J'étais trop jeune pour y aller. T'es chanceuse.

(en français): J'ai vu tantôt que t'aimais Slayer aussi!

(en anglais): Ouais, quelques chansons sont correctes.

J'aime juste pas trop les trucs plus lourds.

Je m'habille comme une fan de métal, mais je suis une hippie à l'intérieur.

J'ai écouté du métal à cause de ma grande sœur.

Elle riait toujours de moi parce que j'écoutais Pat Benatar, Heart,

Fleetwood Mac, Jefferson Starship et des trucs comme ça.

Je suis née deux décennies trop tard.

(en français): Moi, quand je file hippie, c'est Neil Young que j'écoute.

Ça va paraître gros ce que je vais te dire, mais moi,

je pense qu'il y a plus d'intensité dans la voix

de Janis Joplin que dans n'importe quel solo de guitare métal.

(en anglais): Je suis d'accord.

(en français): Moi, mon top singer, ça reste Bruce Dickinson.

C'est clairement mon idole.

J'aime ben gros ses expérimentations

comme dans l'enregistrement de Chemical Wedding,

je sais pas si tu connais, mais Roy Z a proposé de remplacer

les sixièmes cordes des deux guitares

par des cordes de bass pour appesantir le son.

Bruce Dickinson, c'est un ostie de bon parolier.

Les paroles de Chemical Wedding sont juste folles.

Ça revisite l'univers poétique de William Blake.

Généralement, j'étais le gars qui fermait sa gueule,

qui osait pratiquement pas exister,

mais là, j'étais pas arrêtable.

Je lui parlais de chaque chanson en gesticulant.

Elle m'écoutait, probablement par politesse.

J'ai fini par entendre le trop-plein d'enthousiasme

dans ma voix.

J'ai eu le feeling que j'étais en train de la perdre.

Fait que pourquoi t'es venue à Montréal?

(en anglais): Pour les études.

J'étais à Concordia en journalisme, mais j'ai décroché.

Il y a trop de party et d'alcool à Montréal.

(rires)

Je déteste cet endroit.

Je m'en vais.

Bye. - Tu t'en vas?

- Oui. À la prochaine!

(en français): Un pour toi... Un pour moi...

Puis un pour toi! - Santé!

- Cheers! - Santé, les gars!

Greg, c'est-tu vraiment un busboy?

Me semble il est trop vieux pour être busboy.

- En quoi ça t'intéresse? - Je sais pas!

Je sais pas, me semble que ça "fitte" pas.

Il a quoi, 30 ans, 35 ans?

- Qu'est-ce que tu veux savoir, au juste?

- Rien!

Je trouvais juste ça weird,

j'étais sûr que c'était un boss.

- Deux conseils, man:

first, si t'as des questions à propos de Greg,

pose-lui toi-même. Pose-les pas à personne d'autre.

Puis deux, évite donc de lui en poser, des questions.

Il haït vraiment ça. - OK!

- Tom Araya! Hé, man, tu n'as plus rien à boire!

Cheers, les boys! - Bonne fête!

- Ah bien, Chris! Chris!

- Tu fais quoi dimanche?

- Je sais pas. J'ai rien de prévu.

- Ben, moi et des boys guerriers,

on se fait un combat pour un grandeur nature qu'on a cet été.

Puis je me disais, peut-être que tu voudrais te joindre.

Je vois un peu les livres que tu lis, t'as l'air de t'intéresser

à tout ce qui est un peu fantasy.

- J'ai commencé à être mal sur ma chaise. J'avais chaud.

Je me disais que j'aurais dû partir avec Bonnie.

Il étaitjuste une heure et quart.

J'avais peur du moment

où j'allais me retrouver dehors tout seul.

J'étais pas trop loin du bar à Marie-Lou.

Peut-être qu'elle avait pas fini son shift.

- Hé, hé! T'es venu nous voir?

- Oui. Marie-Lou est pas là?

- Non, je l'ai coupée tantôt.

Comme tu vois, c'est pas mal relax.

- Qu'est-ce que tu lis?

- Gangs of New York: An Informal History of the underworld.

C'est un vieux livre, ça date de la fin des années 1920.

Le film sort la semaine prochaine

et c'est Scorsese qui réalise.

- Cool! J'aime ben Scorsese.

- Hé, man! Comment ça va?

- Pas pire. Vous avez, ça a l'air de ben aller!

- Mets-en, crisse! On va te prendre huit vodkas pickles!

- Oui, monsieur.

(rires)

- Des frissons m'ont monté des chevilles jusqu'à la nuque.

J'ai mis un 20 piastres pour commencer

etj'ai fait monter lentement mes gains à 70 piastres.

Il y a un bus de nuit qui allait passer dans 20 minutes.

Je pouvais me rendre à 100 piastres.

J'ai fini par ne plus avoir conscience du temps.

Je sais pas sije suis resté là trois minutes ou trois heures.

J'étais soulevé par des grosses poussées d'euphorie.

Mon coeur pompait de la lave,

mes yeux ont fondu dans leurs orbites

comme deux petites billes brûlantes qui percevaientjuste

les séquences chanceuses qui s'accumulaient.

- Tabarnac.

Qu'est-ce que tu fais là?

Tu viens jouer dans ma face à ma job avec mon cash?

- Attends, Marie-Lou. J'ai juste une rechute à soir--

- Non, arrête. Arrête, ça ne sert plus à rien.

Moi, j'étais là pour toi comme une conne. Wow!

Astheure, fais juste me laisser tranquille.

- Marie!

- Tu garderas mon cash aussi, je m'en sacre.

- Marie-Lou, s'il te plaît. - Tu fais le petit gars piteux

et moi, je te crois. C'est tellement pathétique.

- Ah, tabarnac!

♪♪ Will Santy come ♪

♪ To Shanty town ♪

♪ To a poor little boy ♪

♪ Like me ♪

♪ Will he bring me ♪

♪ Some toys ♪♪

(conversations entremêlées)

- ♪♪ Jingle Bells, Jingle Bells ♪

♪ Jingle all the way ♪

(rires)

(fredonnements)

- Ça, je me rappelle!

(fredonnements)

- Couleurs, qui est un cours que je pensais vraiment pas aimer,

et finalement, j'aime vraiment ça.

Le Cégep du Vieux Montréal, c'est super ouvert d'esprit

puis l'esprit de gang est vraiment là.

Tout le monde est super fin.

Sinon, ben, j'ai mon premier contrat de...

Tu l'as quasiment. Il faut juste que tu montes un doigt.

Yes.

L'autre en bas. Oui.

Salut, Marie. C'est moi.

Je suis chez mes parents pour une couple de jours.

Je vais pouvoir reprendre le dessus un peu.

Rappelle-moi, s'il te plaît.

Joyeux Noël.

- Ça va, mon gars?

- Oui, j'essayais juste de rejoindre Marie-Lou

pour lui souhaiter joyeux Noël.

- Ah! Comment elle va, elle? - Bien.

Elle travaille à son bar.

- Good, good!

Hé, suis-moi, j'ai quelque chose pour toi.

Ça traînait chez ton grand-père,

je me disais que ça pouvait t'intéresser.

- Ah! Wow!

Hé, mets-en! Merci!

- Les couvertures d'Asimov,

c'est toujours quelque chose, hein?

- Celles de Caza sont vraiment belles.

- Fait que comme ça...

tu nous caches des affaires?

- Hein? - On a parlé à Malik.

Il paraît que t'as pogné ton premier vrai contrat?

- Ah! Oui.

- Bien, là! Bravo!

T'aurais dû nous en parler!

- C'est pas un gros contrat, c'est comme...

- Non, mais quand même. Il faut commencer quelque part!

C'est pas si évident que ça de vivre de ses passions, tu sais!

Chaque petit contrat est une victoire puis... ha!

En tout cas.

On voulait juste te dire que...

ben, qu'on est ben fiers de toi, ta mère puis moi.

- Merci, papa. C'est fin.

Hein! Voyons, c'était pas nécessaire...

- J'en ai mis un petit peu plus, dis-le pas à ta mère.

- Pour vrai, j'ai une job.

- Mais avec ton école,

tu dois pas avoir le temps de faire tant de shifts.

Puis ça paiera une partie de ton loyer chez Rémi.

- Papa, je me débrouille-- - Hé, hé, hé!

Ça fait plaisir.

- OK. Merci.

- Joyeux Noël, mon gars.

- Joyeux Noël, p'pa.

(♪♪♪)

(Groovy Aardvark chante Carol of the Bells.)

(♪♪♪)

(♪♪♪)

- Le temps des Fêtes, c'est de la crisse de dompe.

- Ça, ça veut-tu dire que tu iras pas

dans ta famille pour le jour de l'An?

- Pour ça, faudrait que je passe le Jour de l'An en prison.

Dude, qu'est-ce que tu fais? Jette pas ça!

Avec quoi tu penses qu'on va faire

le caramel aux fruits de mer?

- Excuse.

- Il faut que tu gardes tout, man.

Les trognons de légumes, ça sert de base pour les bouillons.

Les rognures de poivrons, tu fais le pesto,

le coulis, avec ça.

Regarde, viens ici.

Goûte à ça, voir.

- Crisse, c'est bon, ça.

- Oui. Ha! ha! Une recette à Christian.

- Christian? Vous arrêtez pas de dire qu'il est de la marde.

- Ben non, man. Ce gars-là, c'est juste fucking triste.

Je l'ai connu quand il était sous-chef, moi, Christian.

Une crisse de brute comme cook.

Mais depuis que sa fille est morte de la leucémie,

il est en chute libre.

En plus, sa femme l'a crissé là l'hiver passé.

Astheure, c'est...

c'est juste un genre de fantôme.

Ce qu'il aurait besoin, c'est un ostie de long break.

Mais des fois, la job, c'est tout ce qui te reste.

(en anglais): Joyeux Noël, les gars!

- Joyeux Noël, Bobo!

- Je m'en vais en Ontario pour deux semaines, mais...

J'ai des cadeaux pour vous!

(en français): Oh yeah, merci! - Bois pas tout ce soir.

- C'est mon cadeau, je fais ce que je veux.

(en anglais): Et ça, c'est pour toi.

J'ai mis des bons trucs sur ça. J'espère que tu vas aimer.

- Wow...

Bonnie, c'est vraiment gentil. Merci.

- Trouvez-vous une chambre.

- Ta gueule, trou de cul.

Merry Christmas, you're welcome.

- Merry Christmas.

(en français): Bon! Envoye, pendant que tu te viens dans les shorts,

je vais t'aider à finir.

On a un gros groupe à soir et on va être dans la solide marde.

(brouhaha)

(♪♪♪)

- En as-tu encore pour longtemps?

- Oui, oui, man. Deux secondes.

- Je sais, mais c'est parce qu'on est dans le jus.

- Yo! Oui, Michel?

- On va avoir besoin d'autre salade!

- De la frisée puis de la romaine!

- (Carl): Bébert, je me taperai pas toute la job

pendant que l'autre se crosse en bas!

- (Bébert): Ferme donc ta gueule!

- Je suis pas là pour travailler pour deux

parce que le nouveau est pas capable de suivre!

- Va donc l'aider, au lieu de chialer!

- Hé, man, qu'est-ce que tu crisses?

- Tabarnac! Je me crosse, hein?

Je me crosse, hein?

J'ai-tu l'air de me crosser, tabarnac?

Lâche-moi, câlisse! - Ta gueule!

Ta gueule, mon ostie!

Que je ne t'entende plus jamais dire que je me pogne le cul, OK?

As-tu compris, mon ostie de déchet?

- Lâche-moi, câlisse! - Ta gueule!

- As-tu compris, mon tabarnac?

- Tu sais câlissement pas je suis qui, man.

Tu le sais câlissement pas je suis qui, man!

T'es fucking mort!

- Ta gueule, man!

On le sait, t'es qui, t'es personne,

fait que tu décâlisses!

Ciboire, es-tu correct?

Ça sortait d'où, ça?

T'es un tough, le warrior! T'es un tough!

Hé, vous savez pas quoi?

Le nouveau vient de crisser une volée

à l'ostie de retaillon.

(respiration saccadée)

(pas approchant)

- Es-tu correct, man? - Oui, oui, ça va.

- Sors de ta tête. C'est un mangeux de marde,

on n'a pas besoin de monde comme lui icitte. OK?

- Oui.

- All right. On se revoit bientôt.

Take care!

- Hé... c'est vraiment mollo sur les réservations demain.

T'as eu une grosse soirée, fait que prends donc off.

On va se débrouiller pour la plonge.

- T'es sûr? - Oui, oui.

Tu profiteras de ta journée. Peace!

- Peace.

Je vais t'en prendre une autre, s'il te plaît.

(brouhaha et musique)

(rembobinage de cassette de répondeur et bip)

- (Alex): Salut, man! Écoute, on voulait savoir

quand est-ce que tu pensais nous montrer tes esquisses.

Tu sais, Mike commence à être stressé avec ça,

surtout que t'as "choké" la dernière fois.

J'ai ramé pour te "backer", mais il faudrait que tu donnes

des news parce que j'ai un peu l'air d'un cave.

Passe au local cette semaine, OK?

Joyeuses fêtes, là.

(♪♪♪)

- J'ai décidé que j'allais dire à Christian

que j'étais disponible 24 heures sur 24, 7jours sur 7.

Mais Christian, lui, il venait de se faire mettre dehors

à son retour du congé de Noël.

♪♪ You so easily amuse ♪

Durant les six derniers mois,

il s'était servi dans la réserve de fort.

Il arrivait déjà saoul le matin.

Quelqu'un du staff avait ébruité ça à Séverine.

Elle a comme pas eu le choix de faire un move.

Fait que j'ai demandé à Renaud, le nouveau chef,

sije pouvais avoir plus de shifts.

♪ Lack of confidence ♪

♪ It's your best offense You so easily confuse ♪

Je faisais ma job en gagnant de plus en plus d'assurance,

puis en me souciant de moins en moins des autres.

En quelque part, ça faisait mon affaire

de pas avoir le temps de penser à mes histoires.

Même sij'étais pas certain d'être à la bonne place,

je savais que c'était mieux d'être là que dans le fond

d'une taverne louche devant une machine.

♪ Faded ♪

♪ So faded ♪

♪ Like a memory gone ♪

♪ There's no recollection Faded ♪

- Jo!

♪ Oh, so faded ♪

♪ Like a forgotten dream ♪

♪ Further than it seems ♪

(conservation indistincte)

Là, je lui ai dit: Pogne-moi le cul!

(♪♪♪)

♪ You so hastily defy ♪

♪ When you think you need it ♪

♪ You find a way to bleed it ♪

♪ You so hastily deny ♪

♪ Pleading innocence ♪

♪ It's your best defense ♪

♪ You so hastily reply ♪

♪ The moment that you said it ♪

♪ You already regret it ♪♪

Puis, mon chum? Ça fait-tu la job?

- Oui. Mets-en, Greg!

♪ Faded ♪

♪ Oh, so faded ♪

♪ Like a memory gone ♪

♪ There's no recollection ♪

♪ Faded ♪

♪ Oh, faded ♪

♪ Like a forgotten dream ♪

♪ Further than it seems ♪♪

(♪♪♪)

(brouhaha)

(musique en sourdine)

(conversations indistinctes)

- Oh, fuck!

Je vais aller fumer une clope, je reviens.

- De quoi tu parles, le warrior? Tu fumes même pas.

Est-ce que je peux t'aider?

- Je viens voir Stéphane.

- Ah! Il y a pas de Stéphane qui travaille ici.

- Ha! Je suis pas mal certain que oui.

- Comment je te dirais ben ça...

Euh...

Il y a pas de Stéphane qui travaille ici.

- OK.

Merci.

- Mais c'était qui?

- Un ami.

J'ai couché avec sa blonde.

- OK!

(conversations indistinctes)

Ha! ha! ha!

- OK, ça y est! Dans 10...

- (tous): 9... 8...

7, 6, 5,

4, 3,

2, 1,

bonne année!

(cris)

Bonne année! Wouh!

(musique en sourdine)

- Qu'est-ce que tu crisses? Lâche ça! Viens-t'en!

Envoye!

Envoye! Ha! ha! Ils sont tellement chauds,

ils se sont même pas rendus compte

que je leur ai "busté"" une bouteille!

As-tu déjà fait ça?

- Non. Sabrer le champagne, non.

- Non? C'est facile. Regarde, trouve la ligne dessus.

Frotte un peu et donne un coup sec.

Wouh ouh ouh!

Premier coup! Yes!

- Ça le fait tout seul!

- All right. Ah oui, mets-en, mets-en, mets-en.

Bon... C'est pas grave. C'est la mousse qui déborde.

(feux d'artifice)

OK! Mets ça à terre.

Et voilà. Bonne année!

- Bonne année! Yes!

(feux d'artifice et cris de joie au loin)

- T'es un bon Jack, toi.

Je te souhaite une ostie de belle année!

- Merci.

Puis...

je voulais te dire que...

je suis ben content d'avoir trouvé une job icitte.

(rires)

- C'est pas pire, c'est pas pire.

- Puis... aussi,

je suis ben content d'avoir trouvé un ami.

- Un ami?

Des amis, tu vas t'en faire dans ce milieu-là...

tu vas voir, tu les garderas jamais longtemps.

Profites-en quand ça passe parce qu'on change vite de job.

OK?

(ouverture de porte, cris de joie)

Hé, yes, sir! Bonne année!

- Bonne année! Wouh ouh!

(soupir)

- (Alex): Sérieux, man, je sais pas où te caches,

mais c'est ordinaire. Rendu là, peut-être que tu devrais juste

nous redonner notre cash. That's it.

Bonne année.

- Yo! Serais-tu game de donner une go rapide sur les couverts?

- Oui, je me mets là-dessus après.

- OK. C'est juste parce que je suis supposé

aller rejoindre des chums--

- Tes chums peuvent ben attendre 10 minutes de plus.

Je me mets là-dessus après.

- C'est beau, relaxe.

(en anglais): Hé, t'as fini?

Parce que je vais prendre une bière avec Bert et Greg au Roy bar.

Tu veux venir?

(en français): Oui. Donne-moi 10, 15 puis j'y vais.

(en anglais): Pas de stress, je me prends une bière.

(♪♪♪)

♪♪ Miss Ecstasy est partie sans moi ♪

♪ Sur un nowhere à travers le temps ♪

♪ Je lui avais pourtant donné preuve de ma foi ♪

♪ Envers ses gestes les plus délicats ♪

♪ Rêveurs, rêvons à la vitesse du son ♪

♪ Les ennemis sont souvent ceux que nous contemplons ♪♪

(en anglais): Tu veux boire quelque chose?

(en français): Hum, yeah. Pinte de 50. Merci.

- Crisse de Kovac à marde!

J'ai une balle dans mon 32 exprès pour lui

l'ostie de tabarnac! Qu'il essaie de monter chez nous,

ostie, il pourra pas mettre deux pieds sur le porche,

je vais lui tirer dans le front, ostie. Pow!

Je suis écoeuré des crisses de pas fiables!

Même lui, ostie, ferait plus la job!

Hé, le warrior?

T'es un gars fiable, toi. - Oui. Oui.

- As-tu du temps un peu à part tes shifts de plonge?

- Oui, sûrement que--

- Ah non, non, man. Je viens de voir ton horaire.

Tu t'enlignes sur du 80 heures semaine au-dessus. Oublie ça.

T'es déjà sur le bord de péter au frette.

Ce que t'as besoin, toi, c'est du temps pour te reposer.

- Bert, je pense que le kid est capable de parler lui-même.

- C'est sûr que la plonge, ça paie pas que le crisse.

Quand ils vont trouver un autre plongeur,

je pensais trouver un autre sideline plus payant.

- Good! Je connais ça, moi, les sidelines payants.

- On va te faire monter en cuisine à la place.

C'est ben meilleur pour ta santé.

(sonnerie de téléphone)

- Il était temps, tabarnac!

- Écoute-moi ben. Il a l'air ben smatte, Greg,

de même, il fait pas partie de l'équipe des gentils.

Arrange-toi jamais pour te mettre dans une situation

où tu lui dois de quoi.

C'est pas pour toi, ces affaires-là, man.

- Qu'est-ce que t'en sais?

- Rien qu'à te voir, on voit ben.

- T'en fais ben, toi, des affaires avec Greg.

- Oui, mais moi, c'est moi.

Je te conseille crissement pas

de me prendre comme modèle, man. Back off.

T'es plus wise que ça, ostie.

(en anglais): Ça va, les gars?

On n'est pas à des funérailles! - Non, non, tout va bien.

- OK...

(en français): Je vais te prendre une pinte de rousse, s'il te plaît.

(rire de Bonnie)

- Ha! ha! ha!

- Puis, on se sent comment de brosser sur mon bras?

- Ah! Fuck you, man!

- Attends, attends.

Tabarnac que ça fait longtemps que je l'attends, ce moment-là!

C'est comme un... C'est comme un cadeau de Noël en retard.

- Lâche-moi, ostie! - Je m'étais dit que quand

j'allais te croiser, j'allais te fendre ta petite face de cul,

mais là, je sais pas, je n'ai plus le goût.

Checke comment tu fais pitié.

- Rémi, s'il te plaît-- - Ta gueule.

Ta gueule. Tu vois le guichet là-bas?

Tu vas retirer mon cash et me le donner drette là.

- Je l'ai pas, ton cash! - Tu vas aller retirer

ce que tu peux, d'abord, je sais pas, moi.

- Regarde, Rémi, je vais te rembourser--

- Lâche-le, mon ostie!

- Hé! Que c'est qui se passe icitte?

- (Greg): C'est qui, ces gars-là? Les connais-tu?

- Non, je les connais pas pantoute.

Ils disent que je leur ai piqué une bière.

- Quoi? Es-tu en train de dire que mon chum, c'est un voleur?

Hein? T'es en train de me dire que mon chum, c'est un voleur?

J'ai-tu l'air d'un gars qui est pas capable

de payer une bière à son chum?

On a l'air de des câlisses de pauvres, c'est ça?

Hé! Je t'ai posé une question.

On a-tu l'air de des câlisses de pauvres?

Ta gueule!

(♪♪♪)

Ta gueule!

On a tu. L'air.

De des. Crisses. De pauvres!?

(♪♪♪)

Regarde-moi, astheure.

C'est pas mon chum qui a volé ta bière.

Mon chum, il s'en câlisse de ta bière.

- What's up, Greg?

- On veut pas de trouble, nous autres. On va y aller.

- C'est une très bonne idée.

Je vais t'en payer une bière, moi.

- Crisse, la prochaine fois, viens nous chercher.

(♪♪♪)

♪♪ While you make ♪

♪ Pretty speeches ♪

♪ I'm being cut ♪

♪ To shreds ♪

♪ You feed me to ♪

♪ The lions ♪

♪ A delicate ♪

♪ Balance ♪

♪ And this just ♪

♪ Feels like ♪

♪ Spinning plates ♪

♪ I'm living in ♪

♪ Cloud cuckoo land ♪♪

(tintamarre des machines à sous)

- Bonsoir!

- Le baccara, c'est un jeu ben simple à comprendre.

C'est un peu comme la bataille.

Le croupier tire les cartes pour les joueurs et pour la banque.

On peut miser du côté joueur, du côté banque,

ou prédire l'égalité.

En doublant ta mise chaque fois,

ça permet de partir de rien et de faire un bon motton.

Les figures valent rien, au baccara.

Donc, huit pour les joueurs, quatre pour la maison.

Je venais de doubler ma mise. Yes!

Une dame pour nous. Zéro.

Un sept pour la banque. Sept. Un six pour nous. Six.

Un huit pour la maison. Quinze. En fait, non. Cinq.

Au baccara, on compte pas les dizaines.

C'est weird comme jeu, mais c'est comme ça.

La maison avait cinq, pas quinze.

Je pensais finalement avoir gagné, mais le croupier

pouvait tourner une troisième carte.

Un sept. Douze pour la banque.

Donc, deux.

Le côté joueur avait gagné.

Je le savais pas à ce moment-là,

mais les chances que ce soit l'égalité sont super rares,

moins de 10%.

Un roi pour nous. Rien.

Un six pour la banque. Six.

Un as pour nous. Un.

Un quatre pour la banque. Dix. Donc, zéro.

Un neuf pour nous. Zéro.

Une dame pour la banque. Encore zéro.

Égalité. - Good job, le jeune.

- C'est combien de fois ma mise, une égalité?

- Huit fois, monsieur.

- J'ai pris ça comme un avertissement.

Ouais... Je vous laisse, moi.

- Bonne fin de soirée. - Bonne soirée.

J'ai compté mes jetons.

J'avais 2300 piastres sur moi.

J'ai recompté deux fois pour être certain.

Sij'additionnais ce que j'avais

dans mon compte de banque, j'avais assez de cash

pour payer l'impression du cover de Deathgaze.

Avec ma paye qui s'en venait, j'avais même un peu de lousse

pour rembourser Marie-Lou.

Puis je pouvais redonner une couple de loyers à Rémi.

Quoi que... rendu là...

fuck Rémi.

(♪♪♪)

- Yes!

- À mesure que mon stack descendait,

j'avais l'impression d'être coupé du reste du monde.

J'aurais pas pu quitter la table pour aider ma mère mourante.

Toutes mes facultés étaient engourdies.

J'étais maintenu à ma place par le frisson

de milliards d'aiguilles le long de mon épine dorsale.

Il y avait les mises,

ma main puis le tapis vert.

Il y avait le lent fonctionnement silencieux

du cosmos, les nébuleuses du hasard,

puis le temps qui s'effondrait sur lui-même. Sans fin.

(bip)

(♪♪♪)

- (croupier): Vingt-trois rouge.

(son étouffé)

- Excuse, je vais revenir tantôt.

- Non, non, c'est bon. Ça va?

- Oui, ça va.

- T'es parti vite hier.

On te cherchait, moi pis Bébert.

- Oui...

J'avais ben mal à la tête.

- J'en connais deux autres qui doivent avoir mal à la tête.

Ha! ha! ha! Les dudes qui t'ont accusé

d'avoir volé leur bière...

Mes chums sont allés les rejoindre dans la ruelle après.

Ha! ha! ha!

- Ah oui? Qu'est-ce qu'ils ont fait?

- Ils leur ont juste fait peur un peu.

(craquement et cri)

- Je veux dire, sont-tu corrects ou...?

- Que c'est que ça te câlisse?

Tu les connais pas, ces gars-là.

- Oui.

(en anglais): Hé, t'es parti tôt hier soir.

T'as même pas dit bye.

(en anglais): J'étais fatigué.

- OK...

Est-ce que ça va?

(en français): Oui, c'est juste que je travaille.

(en anglais): Correct. Pas obligé d'être un trou de cul.

- Je suis pas un trou de cul. - Oui, tu l'es.

T'es froid et je sais pas pourquoi.

- Je suis occupé.

- Qu'est-ce qu'il y a?

(en français): Je sais pas quoi te dire, Bonnie.

J'étais fatigué, t'étais avec un dude,

je voulais pas vous déranger. C'est juste ça.

- J'étais avec un dude!

(en anglais): Quoi? C'était juste un ami.

(en français): Je sais pas, je m'en fous.

Je suis juste parti, c'est pas la fin du monde.

(en anglais): Alors tu étais jaloux?

(en français): Pantoute! Pogne-toi qui tu veux, c'est pas de mes affaires.

(en anglais): Certain que c'est pas de tes affaires!

Et c'était juste un ami.

(en français): T'as l'air pas mal proche de tes amis.

Je sais pas quoi te dire.

(en anglais): Ah merde, incroyable!

Je pensais que c'était différent avec toi. Je pensais...

Donne un mixtape à un gars et il pense qu'il va finir dans tes culottes.

(en français): Bonnie, je suis occupé. J'ai pas le temps pour ça.

(en anglais): Je suis occupée moi aussi. Va chier!

(en français): T'es pas le premier puis t'es pas le dernier, hein.

- Tu peux pas envoyer quelqu'un chez eux?

- Je pense pas qu'il est chez eux.

- Renaud, tu peux pas rester jusqu'à tant qu'il se pointe?

- C'est pas la première fois qu'il est en retard.

Il va arriver. Vous avez quasiment personne dans le book.

- Come on! Tu sais que ça veut rien dire.

On est déjà dans la marde.

Séverine rentre pas ce soir puis si Bébert se pointe pas,

on a personne pour faire le chaud.

- Hé, c'est ma seule soirée off. J'en ai pas eu depuis deux mois.

- Regarde, je peux aussi appeler Séverine pour lui dire

que tu nous laisses dans la marde!

- Sarah, veux-tu vraiment aller là?

Je peux aussi parler à Séverine

de tes verres de zinfandel que tu punches pas.

Vous allez être capables, les enfants. Peace!

- No stress! Je me charge de Bébert.

- Tabarnac...

(en anglais): Allez, t'es trop lent. Merde. - J'essaie juste de...

- On va jamais y arriver si tu fais une commande à la fois.

Multi fucking task! There you go! Fuck!

(brouhaha)

Go, go, go!

(en français): Change de face. Il est là.

(musique métal)

(♪♪♪)

- Apparemment que pas longtemps après mon départ du Roy Bar

la veille, ça s'est remis à brasser.

Bébert puis sa gang ont passé trois 40 onces

et pour pas crasher, ils se sont clenchés des speeds.

Nelly, une des ex de Bébert, est débarquée

puis elle s'est mis à luijouer dans la tête.

♪♪ Big beats are pumpin' while the guitar plays ♪

♪ Will make the punk mother fuckers want to kick my ass ♪

♪ I am not the problem ♪

Ils ont brossé toute la nuit et un moment donné,

Bébert est disparu avec Nelly.

Il m'a raconté qu'il s'était rentré de la vitre dans le pied

sans trop savoir comment.

(cris de Nelly)

- Ostie de malade!

♪ I'm gonna get ya, I'm gonna get ya ♪

- Tabarnac...

♪ I see your break moves and your rhymes ain't tough ♪

♪ When you gonna learn that enough is enough? ♪

♪ Comin' loud and hard when I'm in your mix ♪

♪ I took the ball, nobody gets sick ♪

♪ I am not the problem, what ya gonna do? ♪

♪ I am not the problem, coming after you ♪

♪ I am not the problem, I ain't gonna solve 'em ♪♪

♪ I'm just gonna rob 'em ♪♪

- Hé!

Va au dep puis pogne-moi une douze d'Heineken.

S'il n'y a plus d'Heineken, pogne de la Bleue, OK?

Sorry.

♪♪ Oh, shit ♪

♪ Oh, shit ♪

- Je vais te prendre une Fortune instantanée, s'il te plaît.

Merci.

♪ Oh, shit Oh, shit ♪

Je vais t'en prendre deux autres.

♪ Little Sally Walker, sittin' in a saucer ♪

♪ Oh, how I tossed that ass up ♪

♪ Like a mission in the woods ♪

♪ Woody Woodpecker would if he could ♪

♪ But I didn't want to pass it up ♪

♪ To the next man had my Walkman bumpin' on ♪

♪ The fifty yard line and my adrenaline pumpin' ♪

♪ Like a killer thriller driller ♪

♪ Tiller out with the Miller brew, filler up ♪

♪ Took it 'til the damn Dutch puked ♪

♪ Luke Skywalker ain't a sweettalker so I got ill ♪

♪ With my lightsaber that came in one fancy flavor ♪

♪ My strange behavior led to an outburst ♪

♪ The night felt good but the day got worse ♪♪

- Ah, crisse. Je t'avais dit de la Heineken ou de la Bleue,

pas de l'ostie de pisse de chat!

- Tu m'as pas donné assez de cash!

- Whatever, ostie.

Envoye, décâlisse! Je suis revenu, là!

(rot)

(conversation indistincte)

- Fucking serious!

Useless fucking piece of shit, move! Move.

Can't fucking take this.

(rots)

(brouhaha)

(rot)

- OK! La gang, on bouge! La quatre, la dix, la quinze,

ils ont pas encore leurs entrées et ça fait quasiment

une demi-heure que la six attend ses pâtes!

Tiens, tes crisses de pâtes!

Coudon, crisse, es-tu capable de faire flipper ça, un poêlon?

Ou c'est parce que tu suces ben que Renaud t'a monté au chaud?

(vrombissement)

Hey, what up, Bonnie?

- Fuck you!

- Ta soirée avec Sam a chié hier, c'est pour ça

que t'as une humeur de marde! - Shut the fuck up! Serioulsy!

Fuck off! - Il le sait, Sam, que tu

t'essaies sur tes collègues que tu te rappelles pas?

- Fuck you, man! Fuck you!

- That's the spirit, crisse!

Fuck you!

Fuck off!

(en anglais): Appelle Séverine, ça doit arrêter!

(en français): Non, elle va être super fâchée.

(en anglais): Appelle-la!

- Appelle-la!

Go, go, go!

Appelle-la!

- Fucking bullshit, man! Fuck!

Fuck this!

(en anglais): Qu'est-ce que tu fais?

(en français): Ben, je vous aide.

(rot de Bébert)

- Sors d'icitte, tabarnac!

- Qu'est-ce qui se passe?

(brouhaha)

- Elles sont où, les pinces?

Fuck that shit, tabarnac!

Ils vont tous manger des carbo, ostie!

Argh!

- OK, là, c'est assez, la joke.

On ferme la crisse de cuisine!

- Cette soirée-là m'a fait voir

mes dernières semaines d'un autre oeil.

Comparé à Bébert, j'avais pas encore atteint le fond du baril.

Je pouvais peut-être faire encore quelque chose

pour me sortir du trouble puis sauver le peu de dignité

qu'il me restait,

mais il fallait que j'agisse vite.

Il fallait que je trouve du cash.

- Ma mère voulait que j'aille en médecine.

Pas rapport! Je pense plus aller en psycho.

- Puis, le warrior, pas trop crevé?

- Correct.

- Sarah, une pinte puis deux shots, s'il te plaît.

Crisse de soirée pareil! - Man...

Ça lui arrive souvent à Bébert de perdre la carte de même?

- Ça nous arrive tous de temps en temps de péter un plomb.

Pas évident comme milieu.

Personne de sensé ferait cette job-là.

- Et voilà, les boys!

Bonne soirée.

- Merci. - Merci.

Tu sais, ce que tu me jasais hier, le sideline payant.

- As-tu besoin d'un sideline payant?

- Oui, genre.

- J'ai peut-être de quoi pour toi.

Mais je t'avertis: c'est pas juste pour une petite passe

de cash, je veux pas que tu me chies dans la pelle

après une semaine, j'ai besoin de quelqu'un de solide.

- J'ai vraiment besoin de cash.

Je suis prêt à tout. - Good!

Il va juste falloir que je checke

si je peux te "truster" avant.

- Pas de trouble, Greg.

- Cette semaine, j'ai un de mes gars

qui s'en va faire une commission.

J'ai besoin de quelqu'un pour le "backer".

- Quel genre de commission?

- Une commission... Une commission, là.

Il y a pas de stress, personne est supposé

d'avoir de piece sur eux autres.

Tu vas aller rejoindre Will.

- Qui, ça? - Will.

Tout ce que t'as à faire, c'est d'être avec lui

tout le long de la commission.

C'est un peu comme si t'allais dans une toilette publique

avec un de tes chums qui a besoin d'aller chier

puis qu'il fallait que tu sois pas loin

pendant qu'il fait sa petite affaire.

- C'est dans une toilette publique, la commission?

- Mais non, câlisse!

Arrête de dire n'importe quoi puis écoute-moi.

- Oui.

- Ils vont t'attendre au métro L'Assomption,

mon gars puis son chauffeur;

ils vont être parkés juste à côté

du stand à autobus, Civic bleue.

Tu les rejoins pour 5 h 00.

Une fois que t'es avec eux autres, tu le lâches pas.

Compris? - (Stéphane): Compris.

- C'est toi, le nouveau chum à Greg?

- (Stéphane): Oui.

- Je sais pas ce qu'il t'a dit, mais à partir de maintenant,

tu ne poses plus de questions puis tu m'écoutes.

- Oui, OK. - Si tu le croises avant moi,

tu lui diras que j'ai pas besoin d'un ostie de chaperon

pour me checker, c'est-tu clair? - Oui.

- Envoye, embarque. On n'a pas rien que ça à faire.

L'autre bord, ostie!

- (Greg): Quand le deal est fini,

tu viens me voir au resto, je te donne ta cote.

Si tout se passe bien,

on a pouvoir se jaser d'autres choses.

- Va nous attendre en arrière.

(aboiements de chien)

(bips, sonnerie)

Là, tu fuckes pas le chien, OK?

- (homme): C'est qui? - C'est moi.

(bip)

(bris de verre, cris)

(cris en sourdine, aboiements)

Envoye, grouille-toi.

(coups à la porte)

(pleurs d'un bébé)

(musique hip-hop)

(hockey à la télévision en sourdine)

- Toi, tu restes là.

- Envoye, on décrisse.

(hockey et cris de la foule en sourdine)

T'as ben fait ça, man.

- Ah. Ben, merci.

- C'est quoi, ton nom, toi?

- Stéphane. - Hum!

Yo! All good.

Oh shit! Watch out, watch out!

(vaporisation)

(cris)

- J'avais solidement la chienne de raconter tout ça à Greg,

mais ça allait être pire sij'attendais pour le faire.

- Ouin...

ils t'ont pas manqué.

- Écoute, Greg, je sais pas qu'est-ce qui s'est passé, OK?

Ils sont arrivés de nulle part, tu comprends?

Je les ai pas vus, je-- - Hé, le warrior.

Relaxe.

T'as eu une grosse soirée, là.

Respire.

- Tu me demandes pas qu'est-ce qui s'est passé?

- Pourquoi je te demanderais ça?

As-tu fait ce que je t'ai demandé?

- Oui. - C'est ça qui compte.

- Ben là, est-ce que Will t'a tout raconté?

- J'ai-tu l'air d'un gars qui sait pas

ce qui se passe sur ses jobs?

On ne parle plus de ça, hum?

Tu m'as montré que t'es un gars "trustable".

Donne-moi une couple de jours, je vais avoir de quoi pour toi.

Good job, le warrior!

- OK. Ben, cool. Merci, Greg.

- Hé... il y a rien là.

Shit happens!

(coups de feu)

(son en sourdine)

- Excuse-moi pour l'autre soir, je l'ai échappé solide.

- Mais c'est pas grave, ça arrive.

- Oui. C'est pas supposé arriver.

Astheure, c'est à ton tour de t'excuser.

- Pourquoi?

- Je t'ai demandé de pas jouer au gangster

puis tu l'as fait pareil.

T'as passé proche de te ramasser comme lui.

- Oui, mais on s'est juste fait "peppersprayer"

et brasser un peu. - T'entends-tu parler, tabarnac?

"On s'est juste fait 'peppersprayer'

"et brasser un peu", hein.

Il y a rien là! T'as tout compris puis tout est beau.

Ostie de tata!

Vous vous promeniez avec 4000 piastres dans votre sac.

Les gars vous "jumpent" à coups de Mace.

Ils vous bardassent un peu puis that's it, c'est ça?

Je connais des gars, moi,

qui se sont fait "stabber" pour 50 piastres.

Ils vous ont volé ça, pas de gun, rien.

- Peut-être qu'ils étaient pas si organisés que ça, aussi.

Peut-être qu'ils ont pris une chance.

- Tu sais vraiment pas comment ça marche, ces affaires-là, toi.

Il y a personne dans ce coin-là

qui oserait voler le stock de Greg, OK?

Personne oserait le voler,

à part peut-être un de ses gars.

- C'était les chums à Will.

- Bien oui, tabarnac!

C'est Will qui a tout patenté ça.

Ça faisait un bout que Greg ne le "trustait" plus.

Ça a juste adonné que t'étais là

quand il a décidé de faire son move.

Je sais pas ce qui lui est passé par la tête

de faire tirer Greg...

Ça restera pas là, c'est clair.

Fais-moi une faveur, OK?

Tiens-toi loin de toutes ces affaires-là.

- J'aijamais su si Greg était sorti de l'hôpital.

En tout cas, si c'est le cas,

il estjamais retourné à la Trattoria.

Will, lui, c'était plus clair ce qui lui était arrivé.

Disons que ça s'est mal fini.

- Hé... Shit.

- Salut, man. Je t'ai-tu réveillé?

- Non. Pantoute, là. J'ai un gros examen

dans deux jours, j'étudie comme un épais.

Oh, shit...

Qu'est-ce qui s'est passé?

- Je me suis planté à vélo. - T'as même pas de vélo!

- Oui, mais il y a un vélo à la job pour les livraisons.

- OK! Bonne débarque.

- Oui.

Une bonne grosse débarque.

Ça fait du bien de te voir, man.

Ça faisait longtemps qu'on s'était pas croisés.

- Ça va, man?

- Oui.

Ouh! C'est quoi, on ne peut plus se donner

un peu de love entre chums, hein?

- Ah!

- Woh, woh, woh!

Ah! Ha! ha! ha!

(chant d'oiseau)

(♪♪♪)

♪♪ Les gens sont beaux l'après-midi ♪

♪ Mais Montréal est plus belle la nuit ♪

(cris d'enfants qui jouent au loin)

♪ Si tu es là ♪

♪ Je reste aussi ♪

♪ À regarder ♪

♪ Les rues qui luisent ♪♪

(ouverture de porte)

- On est fermé!

Hé, salut! Rentre, rentre.

- Je resterai pas longtemps.

- Shit!

Tu t'es pas manqué.

- Ah oui! Je suis tombé sur la glace.

- Outch.

- Hum. Marie-Lou, elle rentre-tu bientôt?

- Marie-Lou rentrera pas avant un bout, elle est au BC.

- Ah! OK.

- Tu savais pas? Elle est partie il y a quelques jours.

- Non.

Combien de temps?

- Pas clair, une couple de mois.

Ça va, toi?

- Oui, oui! Bien, écoute, merci.

- Non, non, assis-toi.

Veux-tu une bière? - Oui, pourquoi pas?

- C'est-tu vrai, la rumeur

que Greg s'est fait tirer à la Trattoria?

- Oui, c'est vrai.

- Ciboire... Ça joue rough sur le Plateau.

- Hum, hum!

Merci.

Fait que tu l'as connu comment, Greg?

- Je travaillais en restauration avant.

Je l'ai rencontré en cuisine.

C'est lui qui me fournissait.

- Qui te fournissait...

Ah! Oui.

- Je travaillais dans un resto avec un chef facho

qui garrochait tous nos plats à la plonge en plein rush

s'il aimait pas l'exécution, puis il aimait jamais rien.

Je faisais de l'eczéma jusque dans la face.

Mes partners se faisaient dégueuler avant le service

parce qu'ils étaient trop stressés.

Moi, j'étais pas capable de manger autre chose

que des pommes, tout le reste passait pas.

Ostie! Je vidais cinq sacs de Granny Smith par semaine.

Des shifts de 16 heures pas de breaks,

juste un petit deux minutes pour prendre deux puffs de smoke.

On se faisait rentrer dedans à tous les maudits soirs.

Pas de place pour l'erreur.

- Ayoye! C'était quoi, ce resto-là?

- Un gros resto, dude.

Un spot strass et paillettes.

Genre, Bono est déjà venu manger au bar.

- Sérieux! Bono?

- Oui, man. Bono!

Un moment donné,

j'ai pas eu le choix de tomber dans la poudre.

À force de te lever lendemain de veille,

il y a rien comme une couple de tracks

pour te remettre drette pour le service.

Surtout pour te permettre de continuer à boire

après ton shift.

Après... j'ai perdu ma blonde,

32 livres puis pas mal de chums...

Un moment donné, j'ai crashé.

J'ai tout arrêté pendant deux ans.

Astheure, je travaille à mes conditions

avec du monde que je respecte puis qui me respecte.

- Puis t'as réussi à arrêter la coke?

- T'arrêtes jamais vraiment la poudre, man.

Même quand tu penses que t'as arrêté,

t'as pas vraiment arrêté.

Tu fais juste prendre des breaks.

Dans ma pire passe,

je pouvais passer la nuit au complet à faire l'aller-retour

entre le spot à Greg puis mon appart.

J'achetais ma poudre un quart à la fois,

en essayant de me convaincre que c'était la dernière shot

avant longtemps.

Puis ça continuait,

continuait, continuait...

... jusqu'au dernier 20 piastres.

- Une balle dans le poumon, ça regarde pas ben.

- Il est fait tough, Greg, il va s'en remettre.

- Le resto s'en remettra pas.

- Qu'est-ce que tu veux dire?

- Regarde, vois-tu du monde?

- On est en semaine, c'est normal que ça soit tranquille.

- C'est pas tranquille, c'est mort.

C'est littéralement mort. Voyons, crisse!

Le monde capote quand il y a un petit rapport d'insalubrité.

Un gars se fait tirer au resto, oubliez ça, là!

On n'est pas à Compton, sacrament,

on est sur le Plateau!

- (Renaud): Steph. Viens dans mon bureau.

- OK.

- Ferme la porte, s'il te plaît.

Je voulais juste te dire que Bébert ne travaillera plus ici.

- Hein?

Comment ça?

- Faut-tu vraiment que je te l'explique? T'étais là.

- Oui, mais c'était juste une fois.

- Ha! Juste une fois, T'es drôle, toi.

- Bébert, il se démène icitte. C'est lui qui fait tout!

- Oui, mais on peut pas accepter ce genre de comportement là.

C'est comme ça. On n'est pas dans une ostie de taverne.

Bonnie m'a dit que t'avais bien pris la relève l'autre fois.

J'aimerais ça te monter en cuisine la semaine prochaine.

Ça te tente-tu?

- Je sais pas trop.

- À moins que tu veuilles te trouver

une job plus payante ailleurs.

- J'aurais voulu lui dire de se crisser sa job dans le cul,

mais j'avais encore au-dessus de 3000 piastres de dettes

puis juste 100 piastres dans mes poches.

Bébert avait été mon ami, mon mentor.

Je venais de le perdre, puis autour de moi,

il restait ma vie de marde, des mensonges

puis plus beaucoup de monde.

- Tu t'en vas où, de même?

- Qu'est-ce que tu crisses là? Tu me suis?

- Ça a l'air qu'il faut que je te suive, oui.

- Qu'est-ce que tu fais? - Toi, qu'est-ce que tu fais?

Tes parents sont inquiets, ils sont pas capables

de te rejoindre. Tu ne réponds plus à tes messages?

- J'allais les rappeler, Malik!

- Hé, what the fuck, la fusillade à ton resto?

- Ça a pas rapport, ça!

- Tu sais que Rémi a réussi à me rejoindre?

Tu lui dois une chiée de cash, man!

Pas mal plus qu'une couple de loyers, là!

Savais-tu, toi, qu'il s'était fait casser la gueule

par la gang de pas fiables avec qui tu te tenais, l'autre fois?

- Personne lui a cassé la gueule!

- Il a le bras dans le plâtre, sacrament!

Checke ta face, ostie! C'est quoi qui se passe, Steph?

Dans quoi tu t'es embarqué?

- Dans rien. Je suis tombé sur la glace.

- Hé! Arrête de me niaiser, câlisse, OK?

OK? Tes petites crisses de menteries, ça va faire.

C'est quoi, là? Toutes les promesses que tu m'as faites,

c'était de la bullshit, c'est ça?

(sanglots étouffés)

C'est qui, tes crisses de chums pourris, man?

- C'est des gars de la job.

- Ils "screenent" pas le monde, à ta job?

Ils engagent n'importe quel crisse de bandit?

- Calme-toi, OK? - Non, non. Je me calmerai pas.

Va chier! Le cash que je t'ai passé, là...

Le cash que t'as fait à la job...

C'est quoi, t'as tout joué ça avec?

- Ben non, je ne joue plus.

- T'allais rentrer dans un bar là, là!

Tu ne peux plus me mentir, man!

T'es "busté", câlisse! Comprends-tu, ça?

T'es "busté", câlisse!

(sanglots)

- Je sais pas qu'est-ce qui se passe, man.

Je comprends pas, je suis pas capable d'arrêter de jouer.

J'essaie, OK, j'essaie, mais je ne suis pas capable!

Je suis pas capable, je suis juste pas capable!

- (tout bas): Hé, hé, hé...

(sanglots)

Hé...

T'as juste besoin d'aide.

Comprends-tu ça?

(sanglots)

Je suis là, moi, OK?

OK? Hé. Regarde ben, là.

À soir, tu rentres avec moi.

Tu rentres avec moi puis ça va être correct.

Hé...

(sanglots)

(soupir)

(♪♪♪)

(♪♪♪)

♪♪ Life, it seems, will fade away

♪ Drifting further, every day ♪

♪ Getting lost within myself ♪

♪ Nothing matters, no one else ♪

♪ I have lost the will to live ♪

♪ Simply nothing more to give ♪

♪ There is nothing more for me ♪

♪ Need the end to set me free ♪

(♪♪♪)

(♪♪♪)

(♪♪♪)

♪ Things not what they used to be ♪

♪ Missing one inside of me ♪

♪ Deathly loss, this can't be real ♪

♪ I cannot stand this hell ♪

♪ I feel ♪

♪ Emptiness is filling me ♪

♪ To the point of agony ♪

♪ Growing darkness, taking dawn ♪♪

(roulement de voitures)

- Même si, à quelque part, l'adrénaline me manquait,

j'ai pas remis les pieds dans les cuisines d'un resto.

J'ai fini ma technique au cégep puis je suis allé à l'UQAM,

continuer mes études en graphisme.

Montréal, ça reste une petite ville, mais j'aijamais vraiment

recroisé personne de la Trattoria non plus.

En fait, presque personne.

- Ah ben, tabarnac! - Ben non! Va chier! Hé!

- Ostie, je suis content de te croiser, man!

T'as l'air en forme! - Ça va, ça va!

Puis toi, qu'est-ce que tu fais dans Hochelag?

- Je squatte chez mon ami Doug.

- Ah! Je le connais pas, lui. - Une câlisse de bonne affaire.

- Puis tu travailles où? - Ah, je travaille pas...

Je ne travaille plus.

Ils m'ont clairé à l'automne.

Je savais que ça s'en venait.

Mais c'est correct, j'ai encore un deux mois de chômage.

- Puis comment tu trouves Hochelag?

- Ah! Si t'aimes les putes puis les piqueries, c'est pas pire!

- T'exagères. Il ne doit plus y en avoir tant que ça.

Ils ont commencé à faire le ménage.

- Yeah, right!

J'étais dans un crack house pas plus tard qu'hier.

- Qu'est-ce que t'es allé faire dans un crack house?

- Ah... Rien, j'étais avec un gars.

Hé, pourquoi on rentre pas au bar prendre une bière?

- Je sais pas, je suis supposé rejoindre ma blonde.

- Oh, shit! Ta blonde!

Tu lui diras que t'as croisé un vieux chum. Envoye!

- OK! Ha!

- Puis, toi, tes projets de BD?

- Ça avance mollo. J'ai bien de la job en illustration.

- Ah oui? T'illustres quoi?

- Des flyers, des programmes...

Des fois, des romans.

Puis... je viens juste

de recevoir la première copie du prochain de...

- Oh, shit! C'est cool, ça!

OK, monsieur est rendu dans la grosse game!

C'est pour ça que t'es rendu tout clean cut

puis propre de même!

- À côté de toi, tout le monde est pas mal clean.

- Ha! ha! ha!

Ah... bravo, man.

Je le savais que ça virerait ben, tes affaires.

Un gars fiable de même, la vie, ça récompense ça.

- Merci, man!

Ben, tiens. Cadeau.

- Je suis-tu obligé de le lire?

(rires)

Hé... viens.

Rends-moi service, OK?

Fais semblant de jouer aux machines.

Envoye, joue!

(bips)

- C'est quoi? - Tu te caches de nous autres?

- M'as-tu déjà vu me cacher, toi?

- C'est qui, lui? Il fait quoi ici?

- Tu t'es apporté un petit bodyguard?

- Je vais aller vous voir tantôt, les gars.

Vous voyez que vous nous dérangez, moi puis mon chum.

(bips de gain)

- C'est bon. On va t'attendre ici pendant que tu finis

tes affaires, mais fais ça vite. Tu nous as assez fait niaiser.

- Crisse, Bébert, t'aurais pu m'avertir.

- Ah! Oublie ça, man, c'est pas important.

- C'est pas les chums à Greg, ça?

- Oui. Hé, c'est cool de te revoir, man. Ha! ha!

Je devrais faire ça moi aussi, un moment donné, hein.

Écrire un livre.

Un livre sur moi puis mes histoires de marde!

- Je suis sûr qu'il y a ben du monde qui lirait ça.

- Crisse, non!

Ah, regarde, écoute. Je veux pas te retenir.

C'est ben correct si tu veux aller rejoindre ta blonde.

- Oui. Je pense qu'il serait mieux que j'y aille.

- Hé, avant de partir, veux-tu juste me signer

le livre que t'as dessiné?

- Certain! - Oui?

- Tiens.

Je te laisse mon numéro de téléphone.

On se reprendra un moment donné.

- Oui, crissement! C'était le fun de te revoir!

- Mets-en! Prends soin de toi.

- Toujours! Toujours.

Bon! On sort où, à soir, les filles?

- Ferme ta gueule puis avance. - OK...

♪♪ Qui sera donc à la fin de ma vie ♪

♪ Mon ami de toujours ♪

♪ Qui sera donc ♪

♪ À la fin de mes jours ♪

♪ Mon ami d'écrasement ♪

♪ Padapada pan ♪

♪ Padapada pan ♪

♪ Padapada pan ♪

♪ Je traîne ma carcasse ♪

♪ J'aurais aimé que ce soit toi, elle ♪

♪ Qui ne dort pas souvent ♪

♪ J'aurais aimé que je meure si je mens ♪

♪ Mais je suis assez grand ♪

♪ Et si tu veux poursuivre ton chemin ♪

♪ Je poursuivrai le mien ♪

♪ Ratons laveurs ♪

♪ Sur le bord de la route ♪

♪ Mes amis à jamais ♪

♪ Ratons laveurs ♪

♪ Mes compagnons de soute ♪

♪ Mes amis de toujours ♪

♪ Hiroshima, bombardement toujours ♪

♪ Lettre de mon amour ♪♪

(grésillement de haut-parleur, rires)

(notes sur guitare)

(coups de baguettes de batterie)

(accordage de guitare)

(rires)

(batterie)

(♪♪♪)

- (homme): Trois, quatre!

(musique métal)

(♪♪♪)

(Beholder chante Le vassal de la profanation.)

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