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CARMIN PROFOND
Charles Boyer.
Teresa, Carlos !
Vite ! Je suis en retard.
- Attends-moi, maman ! - On y va !
INJECTIONS DE 7H A 22H
Vous avez lu pour Boyer et Lamarr ?
A d'autre !
Il est amoureux d'une française plus belle que Hedy,
plus sexy.
Lui, il est sexy.
La Lamarr n'est que mignonne.
Même pas sensuelle...
Alors que moi...
Vous voyez ce que je veux dire ?
Regardez !
Coralito !
Ferme ta robe !
Moi... don Dimas.
Espèce de grosse dégoûtante.
Qu'est-ce que tu as dit ? Salope !
Grosse à force de m'occuper de vous
Maintenant, au bain ! Plus vite que ça !
Tu te baignes avec ton frère. Je dois m'occuper de don Dimas.
- Ensemble ? - Ensemble.
- Garçon et fille ensemble ? - Ici, c'est comme ça,
parce qu'il est tard, que je suis sur les nerfs,
et que c'est moi, la grosse qui décide.
C'est pas possible !
Toujours à courir, à penser à vous nourrir.
Aie ! Coralito !
Ne me mettez pas en colère.
Bougez pas !
Je vous ai vu. C'est un comble !
Vous martyrisez mon père ! Manquait plus que ça !
- Je ne trouvais pas la veine. - C'est ça !
Je vous jure que tout le quartier saura ça.
J'ai des relations. Viens, papa !
Mais j'ai rien fait !
Juste une piqûre à côté.
Espèce de pute ! Vieux con !
Quoi encore ?
Les tresses... J'y arrive pas toute seule.
Va dormir.
Sans dîner ?
Oui. Pour que tu sois pas grosse comme moi.
Aujourd'hui, je vous passerai rien !
Pas le moindre souffle !
Excuse-moi ! J'ai des jours comme ça !
Excuse-moi !
A demain, maman.
Caballero espagnol...
ressemblant assez à Charles Boyer...
recherche dame pour partager sentiments.
Attend impatiemment.
Il demande une photo mais pas un mot sur le physique
Pourquoi pas ?
Je n'ai rien à perdre
et je peux gagner un espagnol qui ressemble à Charles Boyer.
Cher...
Monsieur Estrella,
Je vous joins
Une photo...
Mince, mince...
et j'espère
que notre rencontre
aura lieu le plus
vite possible.
J'ai un caractère
romantique.
J'aime
les après-midi
de pluie
et...
Tout comme vous, le cinéma
et danser au clair de lune.
Aussi, je vous propose
de me rendre visite
en tout bien tout honneur.
Moi aussi, je compte les secondes
avant notre rencontre.
Oui, je sais,
tu me diras que les photos sont trompeuses
comme celle que tu m'avais envoyée.
Mais celle-ci n'a que deux ans.
Alors, tu vas dire : il y a anguille sous roche.
Et je répondrai
Ma chère, pardon pour ma franchise,
ton héritage est plus maigre que tu le prétendais.
Ça fait des mois qu'on a pas fait,
ou plutôt que je n'ai pas fait une affaire juteuse.
Voyons, Fabre...
A, B, C, D, E, F.
Fabre Coral.
Adresse... La voilà.
Ah oui !
tu as raison,
ça fait un peu guimauve.
Le pire de mon courrier du cur
Personne n'est responsable
de son prénom.
C'est les parents qui décident.
Tu sais bien,
dans les affaires de cur,
de la méthode,
pas de coup de tête.
Après tout,
si ça ne rapporte rien,
mon billet sera remboursé.
Nicolas Estrella.
Coral Fabre.
Entrez.
"Bas de soie".
Une boisson de femme parce que c'est sucré.
Vous allez dire que le sucre n'est pas bon pour moi.
J'ai pris quelques kilos, mais c'est momentané.
Je me laisse aller.
Mais si je le décide, je perds du poids tout de suite.
C'est une chance de pouvoir contrôler votre corps.
Vous ne m'aviez pas parlé de vos adorables bambins.
Ils sont si gentils, si sages, que je les oublie parfois.
Bien sûr. C'est vous qui les élevez ?
Je suis infirmière pour malades en phase terminale.
Avant, je travaillais à la morgue. J'embaumais les cadavres.
Maintenant, j'ai mes propres patients. Vous en voulez ?
Non, merci.
Mais je vous ennuie...
Pensez-vous. C'est fascinant.
Pourriez-vous baisser le son ? J'ai des migraines.
Justement, ça arrive à l'instant.
Veuillez m'excuser de prendre congé.
Plus tard,
l'échange épistolaire rapprochera nos âmes.
Épistolaire ?
C'est propice au dialogue spirituel.
C'est sans doute mon haleine.
L'haleine ?
Vous avez dû la sentir.
Je prends du clou de girofle, et des bains de bouche.
Ces odeurs, c'est à cause du formol, quand je travaillais à la morgue.
C'est l'odeur de mon corps.
C'est une odeur naturelle.
La femme doit mijoter dans son jus.
Et pardonnez ma franchise.
Vous pardonner ?
Seul un caballero parle ainsi.
Je vous quitte, le temps est à la pluie.
N'ayez jamais honte de votre corps.
Le corps,
c'est le temple que Dieu a bâti pour l'amour.
Excusez ma maladresse.
Je vais conserver les morceaux.
Ce sera le souvenir d'un caballero espagnol.
Excusez-moi encore.
On le trouve partout. C'est le tube à la mode.
J'en achèterai un autre.
C'est qui ?
Vous êtes revenu ?
Et moi dans cette tenue ! Je ne pensais pas vous revoir.
Après avoir cassé votre disque ?
En Espagne,
Don Quichotte nous a appris à voir nos dulcinées avec les yeux de l'âme.
sans le moindre fard.
Je n'ai jamais été prise par un cabellero.
Fais-le-moi !
Pour me rendre service.
Vas-y !
Dommage !
Mais cette nuit est bien à moi.
Personne ne me la prendra.
C'est comme si j'avais fait l'amour avec Charles Boyer.
C'est tout pareil.
Je n'ai jamais connu une femme comme toi.
De la chair et de l'arôme
rien que pour moi.
Tu as le corps d'une déesse antique.
Tu ne dois pas en avoir honte.
Maintenant, on dort.
Merde ! C'est pas une heure pour frapper.
Nico !
Tu te souviens de moi ? C'est Coral.
Tu dois imaginer le pire.
Et c'est ton droit.
Mais je t'assure que c'était un emprunt.
C'est naturel dans une relation intime comme la nôtre.
L'argent ?
J'ai bien vu que tu me volais.
C'est le prix de mon embonpoint.
Le poids de mon excès de poids.
Ils vont bien.
Ils sont presque secs.
- On dirait de petits animaux. - Ils sont trempés.
C'est inconscient de sortir des enfants un jour comme ça.
Je reste avec toi.
Nous sommes faits l'un pour l'autre.
Tu l'as bien vu.
Pour les enfants, tu seras comme un père.
- Tu verras. - Rester ?
C'est sérieux ?
Tu es folle à lier.
La providence nous a rassemblés.
Le destin et la providence, c'est toi qui l'a dit.
Non, on ne peut prendre les choses à la légère.
Tu as des enfants.
Tu te dois à eux. Tu dois les élever.
Tu es leur mère, c'est ton premier devoir.
Les enfants passent après toi.
Je le sais comme tu le sais.
Coral, nous sommes victimes d'un terrible destin.
Je ne peux vous recevoir ici. Regarde où j'habite.
C'est trop petit pour une famille.
Je ne peux pas leur offrir la vie qu'ils méritent.
Je pourrais travailler.
On prendrait un autre logement. Je travaillerai pour nous quatre.
- Je te le jure ! - Ce n'est pas possible.
Je n'accepte pas qu'une femme m'entretienne.
Et encore moins de m'occuper des enfants d'un autre.
On a son honneur. Surtout quand on est espagnol !
C'est à cause des enfants ?
C'est notre destin :
on se rencontre, on se sépare
et on garde un souvenir.
Un souvenir de velours.
Je peux rester ce soir ?
Il pleut.
Rien qu'aujourd'hui.
Arrangez-vous comme vous pourrez.
Vous avez affaire à un caballero.
Pourtant tu les refuses, en caballero
et tu es caballero parce que tu les reçois.
A demain.
Au jour où le destin nous réunira.
Ne nous quitte pas ! On ne fait jamais de bruit.
On ne dira rien.
Non. Vous seriez un obstacle.
Tu feras comme j'ai dit...
Tu ne connais ni mon nom, ni ton adresse. Rien du tout.
Je dois le faire. C'est pour ton bien.
Quelqu'un vous adoptera, vous aurez une grade maison,
des jouets et une grande poupée.
Dans ma lettre, je demande qu'on vous garde ensemble.
C'est mieux comme ça.
Je ne suis pas une bonne mère.
Promets-moi de m'oublier.
Sois raisonnable.
Il faut apprendre à ménager son cur
Courage, ma fille !
Maman !
J'ai dis courage, merde !
Qu'est-ce que tu fais là ?
Tu devais partir.
Je t'ai donné mes raisons.
Mais tout a changé.
Tu n'a plus tes raisons.
Je m'en suis débarrassée.
J'ai donné mes enfants.
Ça facilite tout.
Je suis une mauvaise mère.
Je suis une meilleure amante, n'est-ce pas ?
Qu'est-ce que tu as fait ? Tu les as donnés ?
Plus rien ne peut nous séparer.
Salope ! Tu as fouillé dans mes affaires.
Tu donnes tes enfants et tu m'espionnes ! Quelle folle !
Folle, mais pas conne.
Tu extorques de l'argent aux femmes.
Je ne suis pas la première à t'avoir écrit.
Tu n'es même pas espagnol. Tu mens.
Je ne fais pas d'extorsion.
Je soulage la solitude des femmes seules.
Je suis né en Espagne, mais j'ai grandi ici.
Je prends l'accent espagnol parce qu'il leur plaît,
les fait rêver.
Je les aide. Je leur offre du rêve.
Il y en a qui se montrent généreuses.
Faire des cadeaux n'est pas un délit.
Tu les forces à être généreuses.
Angela, ton épouse,
sa générosité lui a coûté la vie.
Qu'est-ce que tu racontes ?
Une infirmière sait que l'insuline peut provoquer un coma diabétique.
J'ai trouvé des fausses ordonnances,
l'acte de décès, tout.
Mais je suis la seule à savoir.
Si tu m'acceptes ici, personne d'autres ne saura.
Je veux juste rester avec toi.
Toujours avec toi.
Si tu me renvoies, autant mourir. Oui, je me tue.
Si je meurs, que feras-tu ? On saura tout.
Je suis si grosse que tu ne pourras pas sortir mon corps.
La police arrivera,
elle me trouvera avec tout le reste.
- Te tuer ici ? - Ici, pour toi.
Tu veux rester ici, alors que tu sais tout ?
C'est vrai ?
Oui, pour m'occuper de toi.
Je te le jure.
Tu continueras tes affaires
et je me ferai passer pour ta sur
Tu allais te tuer pour moi ,
Pour moi ?
Je rendrai l'affaire respectable.
Je sélectionnerai les candidates.
Jamais je ne te trahirai.
Tu m'as coûté trop cher.
Tu m'as coûté mes enfants.
C'est ma meilleure garantie.
J'ai déjà commencé le travail.
Quand je suis allée au village,
j'ai envoyé une lettre annonçant ton arrivée.
Tiens, mon couteau. Je te l'offre.
Je t'offre mon couteau et ma vie.
Tu as laissé tes enfants pour moi ?
Pour moi ?
Jamais...
jamais personne n'a fait une telle chose pour moi.
Dans votre lettre, vous ne dites pas que vous êtes espagnol.
Nous sommes tous citoyens du pays du cur
- Les frontières sont... - Pourquoi l'avoir caché ?
Tous les espagnols qui sont ici aujourd'hui
sont rouges, communistes,
nécessiteux,chômeurs,
vaincus, sans famille, sans référence.
J'ai une réputation à défendre.
Trouvez-moi des lettres,
des références bancaires, professionnelles.
On en reparlera.
Deux, s'il vous plaît.
Regarde, les économies de toute une vie.
Une vie sèche, maigre.
C'est la providence qui nous a rassemblés.
Ou peut-être le diable.
Comment j'ai pu vivre sans toi ?
Tu ne vivais pas, tu m'attendais.
La prochaine, une veuve.
Les vieilles filles sont chétives, méfiantes.
Juanita Norton.
Ne mets pas ça dans la bouche.
A chacun son haleine.
Pourquoi ce rendez-vous ici ?
C'est louche, un lieu si isolé.
Par discrétion, sans doute.
C'est Coral, ma sur Elle...
Je suis en retard.
On ne voulait pas que je prenne la voiture.
Mais malgré ses soupçons, je finis toujours par lui échapper
- Vous n'avez pas le droit de sortir ? - Discuter avec un ami ?
Échanger des sentiments, c'est précieux.
Mais vous avez un accent !
Dans les lettres, ça ne s'entend pas.
J'adore entendre l'accent de Séville.
Allez ! Parlez, parlez.
Vous avez le même chapeau que sur la photo.
Qui vous empêchait de venir ?
Apportez-nous du cubalibre.
La bière, c'est pour les camionneurs.
Le cubalibre
délie les langues,
Les âmes, les corps.
Si Osvaldo apprend que je suis partie voir un sévillan,
un gitan de pure souche, il meurt,
mais il me tue d'abord.
Je ne suis pas gitan Je suis espagnol, de Huesca.
C'est pareil.
Beaucoup de rhum !
Faites pas le malin !
Après, ils n'en mettent qu'une goutte,
et ça n'a aucun goût.
Osvaldo ne boit pas de cubalibre. Il marche à la bière.
Rien que la bière. Un bide plein de bière,
ramolli, rond, dégoûtant.
Je vais honorer mon nouvel ami.
Mon nouveau "friend".
"Friendçounnet", comme disait Norton.
Et votre sur, notre chère sur
Aujourd'hui, l'addition et la fête
c'est pour le compte de Norton, et pour moi.
Je ne comprends pas pourquoi on doit se voir ici.
C'est le seul lieu où Osvaldo ne viendra pas me chercher
et me retrouver.
Osvaldo, c'est mon mari.
Vous aviez dit être veuve.
Je le suis.
Veuve d'un vrai homme.
Avec Osvaldo, je suis à la colle.
Nous copulons. Je suis sa concubine.
Après Norton, je ne me marie plus. Encore moins avec Osvaldo
Ça le rend jaloux, jaloux d'un mort.
Alors, il m'enferme, me surveille, m'espionne.
Vous ne détestez pas les types qui surveillent ?
Parfois.
Moi, les hommes me surveillent.
Osvaldo aussi.
Mais il a beau me surveiller, il sait que je reste "la veuve".
C'est mon surnom à La Laguna. La veuve Norton, le gringo.
Un vrai "monsieur", blond grand, discret,
de ceux qui vous ouvrent la portière,
et allument votre cigarette.
Vous voyez bien.
Jamais je ne l'ai entendu roter.
C'est vrai, jamais.
Vous ne détestez pas cette lumière ?
Pour les femmes de mon âge,
cet éclairage convient mieux.
Il masque le passage du temps.
Vous n'avez pas besoin de filtres,
rondelette comme vous êtes, vous pouvez affronter la lumière.
Moi, par contre, je suis une femme voilée.
Osvaldo dit
que je refuse le passage du temps,
que je vis dans la fantaisie. C'est vrai.
C'est tout ce qui me reste.
Je n'ai ni enfants,
ni famille.
Rien de tout ça.
J'ai ma fantaisie.
Elle est à moi.
Rien qu'à moi.
Osvaldo n'arrête pas de dire
que ce pauvre diable de Norton, feu mon mari,
est mort sur la paille.
Mais si on en parle encore, ce n'est pas pour rien.
C'était un crève la faim ? Vous nous aviez écrit qu'il était riche.
Oui, je disais, je disais... Je parle toujours beaucoup.
Norton était riche, mais riche en esprit.
pour le reste, c'est comme moi,
qui deviendrait riche quand Osvaldo sera mort.
Savez-vous combien il me donne par mois ?
Rien du tout.
Pas un rond.
Les dépenses, c'est la bonne qui s'en occupe.
Il séquestre votre liberté dans la cage de la pauvreté.
Vieille tactique du macho inculte.
Il me tue de faim,
d'ennui, de solitude, d'étouffement.
Il m'emprisonne.
Il n'en a pas le droit. Il ne peut vous ôter votre liberté.
Elle vous appartient.
Liberté de quoi, pour aller où ?
L'abandonner avec son argent de misère ?
Je suis une femme défraichie,
rassie sous mon maquillage, et morte d'ennui.
Voilà mon diagnostic.
Vous ne m'aimez pas ?
Je choque toujours. Je me choque moi-même.
Je suis vieille et ridicule.
Je suis née chichiteuse. Je n'ai pas choisi.
Un peu, quand même.
Vouloir respirer, ce n'est pas faire des chichis.
Prenez votre liberté à pleines dents.
Oubliez votre peur. venez avec nous.
Allez chez vous et prenez votre argent.
Quel argent ?
Les pièces que la bonne laisse pour les cigarettes ?
Il me donne juste de quoi prendre de l'essence.
Mes ailes !
Des ailes d'oiseau en cage ! Mon petit luxe !
Quittez-le. Partez avec moi.
Tu crois que je peux ?
Je suis vieille
et une femme de mon âge sans mec pour l'entretenir,
c'est rien du tout. De la merde !
Je ne suis pas idiote.
Dans la nuit, je me réveille saisie de peur.
Peur d'être vieille.
On n'arrête pas la vieillesse. C'est une horloge remontée.
Mais changeons de sujet.
Ou plutôt, dansons. Viens !
Tu en veux ? Juanita t'en donnera.
Ils sont à toi, et si ta sur veut bien,
je te les offrirai tout à l'heure. Seuls tous les deux.
Il y a toujours des rats dans ces d'endroits.
Des rats, c'est tout ce qu'on y trouve.
- Maintenant ! - Maintenant ? Tu es folle.
Ici et maintenant, comme avec elle.
Allons-y.
Je ne veux pas.
Où on va ?
Osvaldo
Reste assise !
Je ne veux pas !
Osvaldo va me voir saoule.
Tais-toi, chérie. On te ramène chez toi.
Je ne veux pas. J'ai peur.
Essaye de ne pas vomir.
On va voir que tu es saoule.
Mon imperméable. Il est presque neuf.
Je ne veux pas...
Je suis sage.
Qu'est-ce que tu lui as donné ? Pourquoi ?
Pour toi.
Bien sûr, pour moi.
Tu vas prendre soin de moi toute ma vie.
Je le sais.
Réveillez-vous, madame !
Putain de merde !
Ma perruque.
La seule que j'avais prise.
Elle est inutilisable, foutue, comme moi.
C'est une dépouille. Un débris de merde !
Saloperie de vie ! Ma perruque en vrais cheveux !
C'est la faute à ce putain de Dieu qui me déteste
- On ne parle pas comme ça. - Je ne peux pas m'en passer.
J'en ai besoin. Je suis un monstre.
Ne me regarde pas ! Ferme les yeux !
Tu ne vois pas que je suis affreux ?
C'est mon secret.
Personne ne sait que je suis difforme.
Je vis de mon visage.
C'est à cause de cette saloperie de migraine
- qui me fait perdre la tête. - Qu'en disent les médecins ?
Ils disent que c'est nerveux. Facile à dire.
"Prenez sur vous, ça passe tout seul."
J'essaye, mais rien à faire.
Je ne veux pas de ta pitié.
C'est à cause de ta jalousie de grosse.
C'est pour ça que tu as fait ça.
Et maintenant,
j'ai droit à ta pitié.
Ta pitié de grosse.
Je n'ai pas besoin de ta pitié, mais de ma perruque.
J'ai appris ça à la morgue.
Je me disais :"On sait jamais, si l'occasion se présentait."
Elle s'est présentait. Belle, hein ?
Je ne veux pas de ta pitié.
Pitié ? Tu dois plaire.
Tu es notre soutien.
Notre pain et notre beurre.
Au dépens de tes cheveux ?
A tes dépens ?
Non, folle. Coralito, folle.
Ça repoussera comme un rien.
On a besoin que tu sois beau.
Regarde.
Elle est parfaite.
Elle me donne un air français ?
Charles Boyer tout craché.
Aucune femme ne pourra te résister.
Tu penses que c'est la femme qu'il nous faut ?
Bien sûr. Elle est veuve, femme d'intérieur
et vient de Cantimpalo.
Ça me fait quelque chose. C'est la mère de quelqu'un.
Nous le sommes toutes.
Tu l'intéresses : espagnol et catholique.
Les curés me cassent les pieds. Je ne connais rien à leurs prières.
En plus, elle reconnaitra mon accent. Je ne pourrai pas jouer le jeu.
Tu le pourras. Il suffit d'arranger l'histoire.
Je m'en charge.
Je finis mon rang et on y va.
C'est ma mère qui m'a appris.
On allait dans la cour et on papotait, on tricotait.
"Des après-midi de femme", grognait mon père.
Il voulait que je sois un macho.
Qui l'aurait cru ! Maintenant, je vis des femmes.
Un vrai macho.
Ça me fait très mal de te voir avec des femmes,
voir que tu les touches.
Il faut le supporter.
Coral, tu es mon air,
ma force, mon tout.
Jamais je ne toucherai une femme.
C'est du travail, de la sueur.
Pour les séduire, je me sers
des mots, de mon bagout, peut-être un baiser.
Mais jamais de sexe. Rien qui te fasse mal.
Je te le jure, Coral.
Entrez.
- Vous avez des valises ? - Elles sont dans la voiture.
Je suis Coral, la petite sur
Vous ne m'attendiez pas ?
Je vous voyais jeune fille. Je vous découvre adulte.
Je me suis toujours vue adulte.
On entend pas votre accent.
- Une bonne oreille. - Nous sommes arrivés jeunes.
Nous avons adopté la vie du pays.
On peut perdre son accent
mais le cur reste et restera espagnol.
- Ça ne se perd jamais. - Jamais.
On naît avec Don Quichotte dedans.
Et dedans il reste.
Par ici.
- C'est Mme Silberman. - Enchantée.
Coral, curieux prénom. Il est dans le martyrologe ?
Je n'est pas la chance de connaître votre pays, Soria ?
Segovia.
Ma maman est née à Cantimpalo.
Excellent chorizo.
Et vous ? Vous deux ?
Je suis d'Oviedo.
Moi aussi.
C'est naturel, en vrais frère et sur
Et vous venez pour combien de jours ?
Le temps de mettre notre projet en route.
Les enfants nous attendent et on ne peut pas les décevoir.
Ils font partie de la "Main amie".
Ils ont des missions en Amérique Latine.
Ce n'est pas déjà une terre chrétienne ?
Vous avez raison et tord.
C'est le troupeau du Seigneur mais les armées des Luther guettent.
Nous apportons la nourriture et la foi
aux pauvres du continent.
La première fois que vos compatriotes sont venus consoler le continent,
Ils ont laissé un tas d'indiens morts,
mais convertis.
C'est la légende noire des anglais
pour discréditer l'Espagne.
- Vous n'êtes pas d'ici ? - Je ne suis pas née ici.
J'ai choisi d'y vivre, et me voilà.
Foutue, comme tous ceux d'ici ! C'est mon choix.
Mme Silberman habite à côté, mais elle n'est pas d'ici.
Ça, on a déjà compris.
Et qu'allez-vous faire des fonds toi et tes pasteurs espagnols ?
Ça recommence !
Madame, nous n'emportons pas l'argent.
Nous en apportons, même si vous en doutez.
Mais je vous crois tout à fait.
Vous êtes des pasteurs, vous apportez de l'argent.
Aujourd'hui, j'ai l'âme crédule.
Je vous crois même espagnols.
De quoi doutez-vous, alors ?
Je suis athée et anarchiste,
incrédule professionnelle.
Mais ne m'écoutez pas. Ça doit être des manies de vieille.
Oui, elle est athée et anarchiste.
En plus, elle était sur le point de partir.
Vous permettez ?
Bon, Sarah, à demain.
Fait attention ! Ce sont des imposteurs.
Je ne t'ai pas demandé ton avis.
Je te le donne quand même.
A force de discuter, j'ai dû m'attacher à toi.
Je ne crois pas un mot de ce qu'ils disent.
Tu es incrédule dans l'âme.
Mais tu as tord. Rappelle-toi :
"Heureux les crédules car ils verront Dieu."
Saint Luc ?
Irene Gallardo. Moi-même.
Veuillez l'excuser, elle est imprudente.
Elle a reçu une autre éducation.
Elle est juive, mais ça se voit à peine.
Le père Mateo me dit de ne pas rompre notre amitié.
De la tequila ?
Le père Mateo dit que ça renforce ma foi.
Je crois que nous devons remercier Dieu pour cette rencontre.
Au ciel, au ciel
Au ciel, je veux aller
Si au ciel tu veux aller
Pour recevoir ta palme
De ton corps et de ton âme
Tu dois aimer et servir Dieu
Quand vos enfants sont partis, pourquoi êtes-vous restée ?
Vous allez croire que je n'ai pas de réponse.
Parfois je me dis : reviens avec les tiens.
Alors, quand j'ai lu que vous étiez espagnol
J'ai décidé d'écrire.
Je me suis dit: c'est un compatriote
Si ce n'est pas toi qui écris...
Et me voilà seule.
Seule avec mon âme.
Avec peu de gens.
Avec Madame Silbermann.
Ma seule amie.
Et les bonnes uvres
Et les bonnes uvres
Nos bonnes uvres
Nos bonnes uvres
Alors, on chante ?
Mais ne soyons pas tristes.
Le Christ veut des missionnaires pleins de joie et de la grâce divine.
Bien sûr !
Ça va me revenir.
Chantons... Pardon !
Chante toi aussi, Coral.
Celle que tu aimes, la tyrolienne. I love to yodel
J'ai dit non.
Laissez la piquer sa crise.
Elle nous fait faire chambre à part. On est pas frère et sur ?
Un frère et une sur ne dorment pas dans le même lit.
Et si tu lui dis qu'au Mexique c'est comme ça ?
Elle va t'entendre !
Elle n'a qu'à m'entendre. J'en ai marre. Embrasse-moi.
Pas ici !
Où, sinon ? En enfer ?
Ici et en enfer.
- Bonjour. - Bonjour.
J'ai perdu ma robe de chambre. Je n'en ai pas trouvé d'autre.
J'aurai pu vous en prêter une à moi.
Ou, si elle ne vous allait pas, un drap...
ou une nappe.
Voilà !
Elle va attraper un courant d'air.
J'ai une santé de fer.
Ce se voit !
Café ?
Oui, s'il vous plaît.
On parlait des croisades.
Je suis sur le point de la convaincre de rejoindre notre cause.
A quoi bon gâcher notre vie,
entre quatre murs ?
Vous, par contre, vous avez plein de projets.
Oui, c'est magnifique.
Magnifique, n'est-ce pas ?
Coral, après la messe,
tu pourrais peut-être aller à la poste ?
Je reste. Comme ça, on tricote et on se tient compagnie.
Oui, excusez-moi.
Désolé madame, je dois fermer.
Il se fait tard.
"Que votre règne arrive,
"que votre volonté soit faite,
"sur la terre, comme au ciel.
"Donnez-nous aujourd'hui
"notre pain quotidien.
"Pardonnez-nous nos offenses..."
Mon Dieu, c'est sombre !
J'ai parlé avec Irène...
Ah, Irène ?
Oui, Irène et moi.
Elle vient avec nous.
Elle rejoint la cause du Christ...
On va se marier.
C'est vrai ?
Grâce à Dieu.
Tu es d'accord ?
Dieu vous bénisse.
Vous avez trouvé un curé ?
On y pensait, mais...
Je ne veux pas que se soit le père Mateo.
Mon Dieu, et pourquoi ?
Eh bien...
avec lui, je me sens un peu gênée.
Laissez-moi faire.
Demain matin, j'arrange ça.
Maintenant, on fête ça !
Je n'ai jamais rien fait dont je pourrais être honteuse.
Partir comme ça...
et ma famille ?
On va arranger ça. Vous verrez.
Je ne sais pas... Dans un cimetière...
Les cimetières, c'est de la terre sainte.
Peut-être ceux qui ont
une petite chapelle ? Mais ici, c'est une butte pelée.
Dieu est partout. En plus, les morts sanctifient.
"Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit."
ainsi, devant Dieu tout-puissant,
nous nous consacrons mari et femme,
dans la santé comme dans la maladie,
dans la joie comme dans la peine,
jusqu'à ce que la mort nous sépare.
Pour les siècles des siècles.
Vous avez des chambres ?
Oui. Garez-vous devant ces bungalows.
Voilà nos chambres.
Excusez l'état mais nous sommes en train de tout refaire.
Bonne nuit.
- Irène. - Oui ?
Il est temps d'aller dormir. Demain, on se lève tôt.
Qu'est-ce qui se passe ?
Nous nous sommes consacrés au cimetière.
Dans certains cas, l'église accepte le mariage sans curé.
Lui est là-bas, moi ici...
L'église et la loi divine, ce n'est pas tout.
Et les papiers, ta réputation ?
Personne ne nous connaît ici. Aucune importance.
Comment ça ? Bien sûr que si !
Je suis une femme digne, honnête.
Je ne vais pas entrer dans un hôtel accompagnée de deux adultères.
Les adultères sont ceux qui trompent leur conjoint.
Nicolas et moi sommes veufs. On ne trompe personne.
Nous sommes mariés,
sous le rite d'émergence, mais mariés.
Nous y avons droit. Le droit canon.
Qu'est-ce qu'il y a ?
Va dans ta chambre, tu vas attraper une pneumonie.
Ici, on est en travaux. Regarde cette porcherie.
Là-bas, c'est pareil.
Rentre, on va te voir.
- Tu parles comme la sorcière. - Qui ça ?
Ta sur
Elle a crié, sangloté et m'a traité d'adultère.
Je suis une veuve.
En plus, elle n'est pas comme toi.
Tu es raffiné, élégant, mais elle,
elle pue. Ça m'empêche de dormir.
On dirait qu'elle a un cadavre dans la bouche.
Nous nous sommes consacrés à l'église.
C'était pas vraiment une église.
Les cimetières c'était de la terre sainte.
Oui, mais j'ai réfléchi. Et si c'était un péché ?
Je ne peux pas te faire pécher. Tu es une femme pure.
Je ne suis pas une femme pure. Je suis veuve.
Je connais le mariage. J'ai eu des enfants.
Je ne veux plus être pure. Fini, tout ça.
Je ne peux pas manquer de respect
ni à toi ni à ma sur
Ta sur !
Ce qui compte, c'est nous deux.
Viens près de moi.
Ça fait si longtemps que je trouve le lit trop grand.
Maintenant, nous sommes unis devant Dieu.
Pourquoi ça serait mal ?
Laisse ton vin se répandre dans mon calice.
Le cantique des cantiques. Verset 23.
Je ne peux pas. Ce n'est pas bien.
Tu es une femme honnête.
Je suis ta chair,
ton épouse.
Une seule âme, une seule chair.
Qu'est-ce qui se passe ici ? Que fait cette folle ?
Nous sommes mari et femme.
On a le droit d'être seuls !
Mets-la dehors, cette grosse, sans homme, aigrie.
Sans homme ?
Si tu savais, vieille pute, cet homme est à moi.
Celui que tu prends pour ton homme, c'est le mien.
Ma chair est sa chair.
Il est à moi, rien qu'à moi.
Cochonne ! Sors ta main de là !
C'est un péché !
C'est de l'inceste !
Ça ne se fait même pas chez les sauvages !
Même ceux d'Afrique.
Cochonne ! Mon Dieu, pardonne-leur !
Pardonne-leur !
Cochonne ! Pécheresse !
"Notre père qui êtes aux cieux..."
Fais-la taire, Coral. On va nous entendre.
C'est insupportable !
Qu'est-ce que tu as fait ?
Tu es folle.
On ne peut pas la laisser en vie.
Tu dois la faite tenir
bien droite avant qu'elle ne devienne raide.
Elle m'a échappé.
C'est pas ma faute...
Si elle perd sa position assise,
il faudra lui briser les os à coups de barre de fer.
Ça fera du bruit.
Ne t'en fais pas, je m'en occupe.
Et s'ils voient que la pelle a disparu ?
Ils penseront qu'on l'a volée.
Ça vaut toujours mieux que de trouver un cadavre.
A la morgue, j'ai appris à les retoucher.
On aurait dit des poupées qui faisait leur sieste.
Regarde-la. Elle a meilleure mine qu'en vie.
Avec la lumière du jour, ça se verra,
et on va nous découvrir.
Qu'est-ce que tu veux ? Fuir comme des assassins ?
Mon Dieu ! Surtout pas ça.
Qu'est-ce qu'on est d'autre ?
Comme ça, on la veille.
On lui tient compagnie.
Elle en avait bien besoin.
Merci.
A votre service. Bon voyage.
Le prochain rendez-vous ?
Encore une veuve.
San Pedro, on dirait.
D'après son écriture, elle semble âgée
Elle a une affaire de voitures.
C'est toi qui t'en occuperas.
Moi ?
Comme ça ? Ou comme ça ?
Comme ça, je pourrais cuisiner sans être gênée.
Il faut faire bonne impression.
Les affaires sont les affaires.
Bon.
Comme ça.
Un jour, c'est un jour.
- Bonsoir. - Bonsoir.
Mme Rebecca San Pedro ?
Nicolas Estrella ?
Du cocido comme en Espagne.
De la cuisine maison.
C'est mon mari qui m'a appris.
Il savait tout faire.
Il faisait tout bien.
Il m'a appris qu'une femme a besoin d'un homme fort.
- Un caballero. - Il doit vous manquer.
Plus que vous imaginez.
Non, laissez.
Je voudrais vous aider avant de me coucher.
Je suis fatiguée et...
vous devez avoir des choses à vous dire.
Rien en tête-à-tête.
Je m'occupe de mes affaires
et vous des vôtres.
Affaires ?
C'est ainsi qu'on appelle les rencontres du cur ?
- Moi madame... - Pour moi, c'est ça.
Je vous ai fait venir parce qu'il me faut un homme.
Toute femme en a besoin.
Pas dans ce sens.
Vous avez dit connaître la mécanique.
En Espagne, il était mécanicien.
Que cherchez-vous, si ce n'est un homme ?
Quelqu'un qui s'occupe de l'atelier,
qui garde ma fille,
qui me soutienne dans le village.
Vous ne savez pas ce que c'est de vivre dans un patelin perdu.
Être une jeune veuve et supporter le regard des hommes.
- Vous ne le savez pas. - Non, c'est vrai.
Vous cherchez un employé ?
Comment payer un employé ?
J'ai à peine de quoi survivre une fois payées mes traites.
Avant sa mort, il avait acheté 40 hectares.
De la bonne terre, pas du tout aride,comme ici.
Après, ce sera différent.
En attendant, il faut trimer.
Les méditerranéens font de bons maris.
Des hommes forgés à l'ancienne.
J'ai besoin de vous connaître,
voir si vous êtes de ceux-là.
Je propose qu'on se côtoie pendant deux mois.
Le mariage viendra après.
Si ça ne marche pas, vous aurez votre paye de mécanicien.
Vous logerez avec votre sur dans la maison là-bas.
Tu te souviens d'elle ?
De la morte ?
Parfois, et toi ?
Parfois.
Mieux vaut l'oublier. Bonne nuit.
Bonne nuit.
Les américaines, je ne les connais pas très bien.
Je maîtrise mieux les européennes.
C'est un logement provisoire.
Je ne pensais pas que vous l'accompagneriez.
Il ne fait rien sans moi, il m'adore. En tant que sur bien sûr.
Comme notre correspondance était sentimentale...
Vous n'êtes pas la seule à prendre des précautions.
Tenez. Je vous apporterai les draps plus tard.
Viens, Mercedes.
Rebecca, prêtez-la-moi un petit peu.
Juste un moment.
Jusqu'à l'heure du déjeuner. Une demi-heure, Mercedes.
Viens, petite.
Je vais te chanter la chanson préférée de Teresa, ma fille.
Je te la chanterai plus.
Fous le camps ! Je te la chanterai plus.
Fous le camps ! Polichinelle !
Polichinelle.
Fous le camps.
Tu es debout ?
Tu me réveilles toujours quand tu ronfles.
J'ai vu ses comptes. Elle ment.
Tu me mens, toi aussi.
Ça devait se borner aux affaires.
J'y peux rien. Je ne sais pas m'y prendre autrement.
Et elle me relance.
Pardon, Coral. Ma petite Coral.
C'est une pute.
Tu l'as vue ? C'est elle qui commence.
J'y connais rien aux voitures. Je sais faire que ça.
C'est tout. C'est pas ma faute.
Elle m'a cherché. Elle me cherche.
Elle me cherche, cette allumeuse !
On a qu'à en chercher une autre.
Partons. C'est toi qui l'as choisie.
Tu as dit qu'elle était veuve, vieille, laide et riche.
Je me suis trompée sur tout, sauf qu'elle est riche.
Elle est bourrée de fric.
Mais à long terme. Pas de liquidités.
Je me suis trompée.
Maintenant, on va rester ici pour lui soutirer son fric.
C'est mon affaire, cette pute !
Bien sûr, c'est un pute.
- Pourquoi tu joues avec sa fille ? - Mon Dieu, je joue comme ça.
Je mets sa mère dans ma poche, et la gamine est sympathique.
Et mes enfants ?
Ils étaient plus sympathiques que cette polichinelle.
Mes enfants étaient sympathiques.
Tu m'as forcée à les chasser de ma vie.
Moi ?
Tu m'as obligée à choisir.
Mais elle, tu ne lui dis pas d'abandonner sa fille.
Tu en es gâteux et tu joues avec elle.
C'est différent, c'est le travail !
Moi, c'est toujours différent.
J'ai quitté mes enfants. Ils voulaient pas.
Ils me suppliaient.
Pire encore : je recommencerai.
Mange, mange.
Chez moi, on ne force personne à manger.
Personne !
C'est comme ça, même si vous ne comprenez pas.
Il faut qu'elle parte.
Elle maltraite ma fille. Je l'ai vue.
Coral ? Ma sur ?
Elle doit partir.
Depuis que tu es partie, je ne fais que penser à toi.
Rien qu'à toi.
Tu es dans tout ce que je fais.
Nous sommes complices.
Une même chair, un même sang.
Plus rien ne pourra nous briser, nous séparer.
Viens, bordel !
Avec la chaleur et ton absence, mes migraines sont de retour.
J'ai découvert ton secret.
Tu pensais me le cacher toujours ?
Rends-la-moi, espèce de pute !
Rends-la-moi, pute de merde !
- Tu ne voulais pas que je sache ? - Rends-la-moi ou je te tue !
- Tu l'as abimée ! - Lâche-moi !
Je vais t'apprendre !
Je vais t'apprendre la prudence !
Et la discrétion.
Moque-toi de ta putain de mère et de ta merdeuse de fille !
Moque-toi de ton mari !
Elle n'est pas encore née la traînée qui se moquera de moi !
Apprends à te moquer d'un homme !
Je suis un homme d'honneur !
Moque-toi, merde !
Moque-toi !
Tu sais ce que c'est, l'honneur ?
Et la douleur ?
Elle veut avorter.
Tu avais juré que tu ne la toucherais pas.
Tu avais juré.
Juré !
Croix de bois, croix de fer...
Punis-moi !
Vas-y, écrase-moi.
Écrase-moi.
Je t'ai trahie. Je ne te mérite pas.
Écrase-moi comme un ver !
Je suis venue vous aider.
Attends-moi dehors.
- Pourquoi m'aider ? - Je suis infirmière.
Ça fait mal ?
Tant pis si ça fait mal.
Prenez ces cachets. Croquez-les.
Vous m'aidez, mais vous me haïssez
L'enfant est de Nico, non ?
Je ne vais pas le laisser naître.
Reste-là !
C'est pour les grands.
Tu as trouvé la signature du mort ?
Non.
- Tu as regardé dans la chambre ? - Pas encore.
J'attendais que tu termines, que tout se termine.
Tu lui as donné l'anticoagulant ?
Je l'ai acheté, non ?
Ça y est.
Elle a dû perdre le sang qu'il faut.
Le voilà.
Que faites-vous ? Comment osez-vous ?
Que voulez-vous de moi ?
Qu'est-ce que vous m'avez fait ? Mon dieu !
Allez-vous-en ! Emportez tout ! Laissez-moi !
Au secours !
Arrête-la !
Fais ce que tu dois faire !
Ma fille, ne la touchez pas. Pas elle, non.
Prends soin d'elle. Promets-le.
Je te le promets.
Je te le promets.
Tu n'aimes plus ça ? Mange ça, polichinelle.
C'est ce qu'on fait nous, les mamans,
pour chasser la peur. C'est ce qu'on fait, nous.
Mange.
Pas moyen de la calmer. Pas moyen.
Il n'y a qu'une chose à faire.
Une seule. Tu le sais bien.
Non, pas elle.
Elle se calmera.
Elle est énervée, la pauvre. Elle a tout vu.
Tout ce qui est arrivé.
Elle oubliera et se calmera.
Et on fera quoi ?
Je lui donnerai un calmant.
Je l'éduquerai. Je sais m'y prendre.
Ce qu'il faut faire,
il faut le faire.
C'est ce que tu dis, non ?
Non, pas toi. Moi.
Pour une fois, laisse-moi m'en charger,
te ménager.
Non, je sais y faire.
Je m'y prends mieux.
C'est de ma faute, non ?
Je n'ai pas su la calmer.
C'est de ma putain de faute.
Maintenant, c'est moi sa maman.
C'est à mon tour.
Quelle horrible lumière.
Pour mes enfants, j'avais mis une lampe rose
avec des canards qui tournaient autour.
Maintenant, tu es à moi.
L'eau doit être bien tiède pour que le corps ne sente rien.
A 23° le corps ne sent pas la différence entre l'eau et l'air.
Maintenant, tu es ma petite fille.
Viens, je vais mettre plein de parfum.
Tu seras toute parfumée, ma petite fille.
Le bain, c'est rituel.
Donne-la-moi.
Je vais la mettre à côté de sa maman.
Il faut qu'on parte.
Il faut partir. ils vont venir nous chercher.
Il faut qu'elle se repose avec sa maman.
C'est moi sa maman. Elle a ma bouche.
Une bouche en cur
- Donne. - Non, rends-la-moi.
Elle est à moi.
Je ne te permets pas. Elle est à moi, à moi...
Viens.
Viens !
Viens. Assieds-toi.
Pourquoi on a fait ça ?
Pour qu'elle soit avec sa maman.
Tout ça, pourquoi ?
Pour être ensemble.
Tu vois, ces choses-là vous lient à jamais.
A jamais.
Nous sommes complices.
Des éternels complices.
Rien ni personne ne pourra nous séparer.
Nous sommes unis par le sang.
Unis par le sang et la mort.
A jamais et pour toujours.
Quoi de mieux ? Rien.
Il faut que je fasse ce que j'ai à faire.
Tu me pardonneras.
Les cadavres sont là.
Je les ai enterrés.
Non, non. Tous les deux.
Le cadavre d'Irène Gallardo se trouve sur la route de Cananea.
Il faut vraiment que je l'enlève ?
Bien sûr.
La loi dit que les détenus ne doivent rien garder.
qui puisse faire douter de leur identité.
Je préférerais la porter.
Si, après, la presse arrive...
Vous allez dire que c'est idiot.
mais j'aimerais pas qu'on me voie sans.
La presse est toujours friande du ridicule et quand ils vont arriver...
C'est ça ! Demain on aura la presse partout
avec des photographes pour vous prendre en photo.
Il n'y a pas de presse qui tienne.
La perruque, vous l'enlevez. C'est la règle.
Les règles sont faites pour être violées, non ?
Pas celle-là.
Pourquoi pas ?
Parce que. D'ailleurs, à quoi bon ?
Qu'est-ce qu'on va nous faire ?
A ton avis ?
En plus, où est-ce que je vous case ?
La grosse, je l'ai en pension dans l'école, à côté.
En attendant, et parce qu'on est samedi.
Mais après, je la loge à l'église ?
Elle est là, à côté. Comme ça, je garde un il sur elle.
Alors ?
Et alors ?
Elle aussi ?
Elle n'a pas fait la même chose ?
Ici, pas de cellules pour les bonnes femmes.
Les délits des femmes, on connaît pas.
Quand le moment viendra,
je pourrai mettre ma perruque ?
Je ne voudrais pas qu'elle me voie sans.
Qu'elle aie une autre image.
Combien de temps va-t-on me garder ici ?
J'en sais rien.
On m'a dit de faire le ménage.
On m'a dit qu'il y avait une détenue avec des menottes.
Vous avez faim ?
Je vous offre mon sandwich.
Tu as déjà vu que j'étais grosse.
Avoir faim même en ces circonstances !
Que va-t-il nous arriver ?
J'en sais rien.
Je fais juste le ménage.
Tu ne peux rien savoir.
Tu ne fais que ton boulot.
Tu es tellement gentille que tu m'as donner ton manger.
Ne partage jamais ton repas avec une grosse.
J'ai failli tout manger.
Prenez ce petit chemin.
Que ce qui doit arriver, arrive, une fois pour toutes.
On ne peut pas aller contre son destin.
Vous allez déguiser ça en délit de fuite.
Attendez un peu. Laissez-moi prévenir mes enfants.
Après d'accord. Ayez un peu de pitié.
Pitié ? Manquait plus que ça !
Taillez-vous, salopards !
Je suis déjà assez gentil de laisser ce singe porter sa perruque.
Ils veulent nous chasser comme des bêtes.
Comme de vraies bêtes.
Laisse-leur te tirer dessus. Comme ça, ça ne fait pas mal.
Bouge pas. Ça vient.
Ça vient, ma princesse. Ensemble, tous les deux.
Quelle histoire !
C'est le plus beau jour de ma vie.
On s'en va.
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