Afrikaans
Akan
Albanian
Amharic
Arabic
Armenian
Azerbaijani
Basque
Belarusian
Bemba
Bengali
Bihari
Bosnian
Breton
Bulgarian
Cambodian
Catalan
Cebuano
Cherokee
Chichewa
Chinese (Simplified)
Chinese (Traditional)
Corsican
Croatian
Czech
Danish
Dutch
English
Esperanto
Estonian
Ewe
Faroese
Filipino
Finnish
French
Frisian
Ga
Galician
Georgian
German
Greek
Guarani
Gujarati
Haitian Creole
Hausa
Hawaiian
Hebrew
Hindi
Hmong
Hungarian
Icelandic
Igbo
Indonesian
Interlingua
Irish
Italian
Japanese
Javanese
Kannada
Kazakh
Kinyarwanda
Kirundi
Kongo
Korean
Krio (Sierra Leone)
Kurdish
Kurdish (Soranî)
Kyrgyz
Laothian
Latin
Latvian
Lingala
Lithuanian
Lozi
Luganda
Luo
Luxembourgish
Macedonian
Malagasy
Malay
Malayalam
Maltese
Maori
Marathi
Mauritian Creole
Moldavian
Mongolian
Myanmar (Burmese)
Montenegrin
Nepali
Nigerian Pidgin
Northern Sotho
Norwegian
Norwegian (Nynorsk)
Occitan
Oriya
Oromo
Pashto
Persian
Polish
Portuguese (Brazil)
Portuguese (Portugal)
Punjabi
Quechua
Romanian
Romansh
Runyakitara
Russian
Samoan
Scots Gaelic
Serbian
Serbo-Croatian
Sesotho
Setswana
Seychellois Creole
Shona
Sindhi
Sinhalese
Slovak
Slovenian
Somali
Spanish (Latin American)
Sundanese
Swahili
Swedish
Tajik
Tamil
Tatar
Telugu
Thai
Tigrinya
Tonga
Tshiluba
Tumbuka
Turkmen
Twi
Uighur
Ukrainian
Urdu
Uzbek
Vietnamese
Welsh
Wolof
Xhosa
Yiddish
Yoruba
Zulu
…
Downloaded from YTS.MX
Official YIFY movies site: YTS.MX
- Encore un mari qui te passe sous le nez.
Quand nous serons à cent…
Et il pleut. Le comble.
- Prenons un fiacre. Cocher !
- T'es folle ? Pour dépenser encore 2 F.
Merci, mon brave. Allez, avancez.
On aurait pris un fiacre si ta sœur ne s'était pas montrée aussi godiche.
Y avait qu'à le cueillir. - Il ne lui plaisait pas.
- Et ton père ? Il me plaisait, ton père ?
- Ma robe est fichue.
- Comme ça, tu te promèneras nue. Ça facilitera les choses.
- Zut ! Mon talon qui part. - Allez, pas de simagrées.
- J'ai mal aux pieds.
- Tiens, tu penseras plus à tes pieds.
- Puisque c'est ainsi, le premier qui se présentera.
- Tu n'es pas folle ? Ça dure toute la vie, un mari.
- Vous voyez pas clair, non ?
- Oh ! Holà. Oh.
Allons. Là…
- Un instant, le concierge va vous aider.
C'est ici. - Quel temps de cochon.
- C'est un temps de saison.
- Oui, de cochon. Dans notre métier, ça devrait pas être permis.
- Monsieur Campardon, je ne vous attendais plus.
Le train a eu du retard ? - Deux heures.
M. Gourd, le concierge, va prendre vos bagages.
- Je vais les mettre dans le hall. Mme Pilou les montera.
Mme Gourd m'interdit toute fatigue.
(- Attention, voilà du monde.)
(Arrangez-vous un peu.)
- Madame Josserand, bonsoir. - Bonsoir.
- Je vous présente Octave Mouret,
un ami des parents de ma femme.
Madame Josserand et ses filles,
mademoiselle Hortense et mademoiselle Berthe.
- C'est votre fameux jeune homme ? - Oui.
- Vous avez eu de la chance de trouver un fiacre.
Nous, nous avons dû passer à travers les gouttes.
- C'est elles qui nous sont passées à travers.
- Je ne me serais jamais douté qu'il pleuvait autant.
- Je dois être fraîche. - Naturellement. Étiez-vous loin ?
- Rue de Richelieu.
Et vous ? - Aix, à 14 heures en chemin de fer.
- 14 heures ? - Eh oui.
- Le temps a dû vous sembler long. - Oui.
J'étais impatient sans savoir pourquoi.
Maintenant, je sais.
- J'espère
que vous accompagnerez M. Campardon
à notre prochaine soirée.
Je reçois le mardi.
- Avec joie, madame.
- Oh, excusez-nous, messieurs.
Berthe ! Berthe !
Allez, allez, allez.
Allez, vite.
Allez. Allez.
…
- Le vieux monsieur, c'est le propriétaire de l'immeuble,
Hippolyte Vabre, un ancien notaire. Grosse fortune.
L'autre, le barbu, c'est son gendre, M. Duveyrier.
Un homme remarquable.
Procureur général, il n'a pas 45 ans. Joli, hein ?
- Et la femme ? - C'est Mme Duveyrier.
Excellente musicienne. Une oreille…
Au piano, elle est chez elle.
Il n'y a ici que des gens bien.
L'escalier est chauffé. - S'il est chauffé !
- Eau et gaz à tous les étages.
Pour les personnes âgées.
Nous voilà arrivés.
Je dois vous dire… Ne soyez pas surpris.
Vous vous souvenez de Gasparine ?
- Que vous deviez épouser ? Oui. - Elle habite avec nous.
- Ma femme n'a pas de santé. Avec Gasparine, je suis tranquille.
Elle nous est si dévouée.
Voilà notre pensionnaire. - Monsieur Octave.
- Bonjour, madame. - Que je vous regarde.
Qu'il a grandi depuis la dernière fois.
C'était un enfant.
- Non, je vous en prie.
Merci bien.
Oh, bonsoir, mademoiselle Gasparine.
- Bonsoir, monsieur.
- Merci.
Autrefois, vous m'appeliez Octave.
- Vous étiez un gamin, ce n'est pas la même chose.
- Vous m'achetiez des billes.
- Je vous donnais aussi des gifles.
- Ça, j'avais oublié.
- Moi, j'avais oublié les billes.
- Chacun ses souvenirs.
- Achille a organisé quelque chose.
Vous serez content.
Je vous demande un peu d'exactitude.
Nous déjeunons à 12 h 30 et nous dînons à 19 h 15.
Maintenant, je vais aller me coucher,
car je n'ai pas l'habitude de veiller si tard.
Achille vous l'aura dit, ma santé est mon plus grand souci.
- Sa santé la rend malade.
- Gasparine va s'occuper de vous.
- Au revoir, mon chou.
Adieu, mon chat.
- Bonne nuit.
- Je dors bien, je me porte admirablement.
C'est tout le reste qui ne va pas.
- À table.
Gasparine nous a préparé un petit en-cas.
Nous nous entendrons très bien, tous les quatre.
La maison, au début, vous paraîtra un peu sévère,
les locataires, un peu collet monté.
Mais vous verrez, dans la vie d'intérieur,
la vertu a aussi ses avantages.
À votre santé.
Je vous en parle… Je suis un artiste.
Et cette maison, j'en suis l'architecte.
Elle a été construite comme la famille,
sur des bases solides.
- Un crétin. Une larve. Un poisson mort.
Vous êtes un poisson mort.
Si dans 6 mois vos filles ne sont pas mariées,
je vous plante là, et vous vous débrouillerez sans moi.
Vous m'agacez, avec vos grincements de plume.
- Je fais des bandes. - À 3 F le mille.
Si vous gagniez plus,
on ne vivrait pas d'expédients. - Je gagne 8 000 F par an.
J'ai une bonne situation.
- Au bout de 30 ans.
Où allez-vous ?
- On a faim. - Je crève.
- Vous n'avez pas mangé de brioches ?
Vous les avez bien élevées.
Mais c'est une infection, ici.
Et cet évier, une puanteur ! La vaisselle d'avant-hier.
Demain, je la mets à la porte. - Pour une fois qu'une bonne reste.
- Ce torchon d'Adèle a mangé tout le lapin.
Elle a osé.
- Il restait un morceau de cuisse.
Ah non, le voilà. - Ah, ah !
- Ne crie pas.
- Oh, du sirop de groseille.
Je vais tremper du pain dedans.
- Et mardi, qu'est-ce que j'offrirai ?
- Puisque papa fait des bandes.
- À propos…
le jeune homme est là. - Qui ça ?
- Celui des Campardon. Il paraît que c'est un garçon bien.
Il a de l'instruction, de l'ambition,
le sens du commerce, des économies, et des parents établis dans le Midi.
C'est le genre qu'il me faut pour Berthe.
Et en faisant miroiter les 50 000 F de dot promis…
- Votre frère ne donnera pas un sou à Berthe.
C'est un menteur. Un homme sans mœurs, un noceur.
- Ah non, pas vous. Arrêtez de calomnier ma famille.
Votre père a été grugé par sa bonne
et il courait la gueuse à 70 ans passés.
- J'en ai assez ! Assez !
Vos filles seraient déjà mariées,
sans vos toilettes ridicules et vos soirées sordides !
Mais qu'ai-je fait au bon Dieu ?
- Ne me poussez pas, ou je fais un malheur.
- Tu te fais du mauvais sang et papa sera encore malade.
Tu n'as pas réussi ton mariage, et tu veux réussir le nôtre ?
- Tais-toi, ou je… - Ah non !
Je ne suis pas Berthe.
Tu pourras cesser de me traîner à la foire aux maris.
Je sais qui j'épouserai.
Bonsoir, papa.
- Enfin toi, ce soir,
comment as-tu raté ce mariage ?
Un sous-chef de bureau,
un avenir splendide.
- Il sait qu'on a pas un sou. - Et la dot de Bachelard ?
- Il a dû se renseigner là-dessus.
- J'ai bien cru que l'affaire était dans le sac.
Il t'a entraînée dans le petit salon.
- Il a dit de vilaines choses. - Tu lui plaisais.
- Il a voulu m'embrasser.
- Il fallait en profiter pour le compromettre.
- J'ai eu peur. - D'un homme ! Pense à ton père.
- Je l'ai poussé. Il me tenait. - Il fallait pas le lâcher.
Elle a été en pension. Pour apprendre quoi ?
- Il avait un drôle d'air.
- Quand un homme est brutal, c'est qu'il vous aime.
Il faut le remettre à sa place en feignant de l'encourager.
Un baiser, ça n'engage à rien.
Tu n'as pas de fortune, verse un acompte.
Tu n'es plus une enfant, voyons.
D'abord, il faut savoir sourire.
Les lèvres font partie du charme.
Elles ont leur utilité.
Et les yeux. Oh, les yeux !
Fais les yeux tendres.
Allons, regarde-moi tendrement.
- Je peux pas. - Force-toi, pense à quelqu'un.
Tiens, pense à M. Octave Mouret.
Ah, voilà.
C'est pas sorcier.
Imagine que je suis un monsieur
et que je te fais la cour.
Tu laisses tomber ton éventail intentionnellement.
Sans le faire exprès.
Tu le ramasses.
Je me précipite.
Voilà.
On dirait une poule malade. Moins de raideur.
Souple. Un homme qui prend une femme par la taille
saura à la réaction des hanches ce qu'il peut espérer.
Ta poitrine… On n'aime pas les planches.
C'est bien simple. Pense toujours à ton corps.
C'est ce que l'homme a dans la tête.
Je me résume : le corps, le visage, les lèvres, les yeux.
C'est trop compliqué.
Si j'aimais un jeune homme qui m'aimerait,
tout serait facile.
- Marie-toi, et tu penseras plus
à l'amour.
Ce M. Mouret est très bien.
- Oh oui… Mais rien ne me dit que je lui plairai.
- Et pourquoi pas ? Tu as un très joli rire.
Ris un peu.
- J'ai pas envie.
- Peu importe. Je te prie de m'obéir. Allez, ris.
Mieux que ça.
Mais ris naturellement.
Tiens ! Tu pleureras pour quelque chose.
- Quelle existence.
- Idiote !
Rangez ce journal. C'est pas pour les jeunes filles.
Aucune moralité.
- Je vais vous montrer votre chambre.
Demain, soyez prêt à 6 h 30. J'ai une surprise pour vous.
On lui dit ?
- Oui.
- Je vous ai trouvé un emploi au Bonheur des Dames.
- Au Bonheur des Dames ? Tout un programme.
Au bonheur des dames et au malheur des maris.
- Gasparine y est comptable.
- Merveilleux, on va plus se quitter.
À peine arrivé… - À peine couché.
Passez devant. - Bonsoir.
- Un instant, voulez-vous.
- Et ma valise ?
(- Je reviens, ne ferme pas la porte.)
(- Non. Ce soir, je suis fatiguée.)
(- Je ne resterai que 10 min.) (- Tu dis toujours ça.)
(- À tout de suite.)
J'ai dit à Gasparine de me préparer ma fleur d'oranger.
…
Ici, vous avez les Josserand. Berthe est charmante.
- Oui, beaux yeux, jolie couleur de cheveux,
poitrine ferme.
- Vous êtes physionomiste. - Forcément, dans le commerce.
- Et là, ce sont les Pichon,
un petit employé.
Encore la voiture des Pichon.
Il leur est pourtant interdit de la laisser ici.
- Excusez-moi, j'ignorais que la chambre allait être occupée.
- C'est pas une raison.
- Oui, je vais la rentrer.
- Je vous en prie, cette voiture ne me gêne pas.
- Je…
Je suis confuse.
- Et moi, madame, désolé de vous avoir réveillée.
Ravi de vous connaître.
Bonsoir, madame.
- Ils ne devraient pas avoir d'enfants.
Les enfants, c'est la ruine.
Et voilà.
Ça vous va ?
- Je pourrais pas être mieux logé.
- J'espère que vous vous plairez à Paris.
- Je m'y plais déjà.
Je travaille au Bonheur des Dames,
et je loge au bonheur des hommes.
- Comment ça ?
- Mettez-vous à ma place. J'arrive en pleine nuit,
et déjà, j'ai rencontré 6 jolies femmes.
- Eh oui.
Mais pas de…
- Bien sûr, je respecterai la tranquillité de la maison.
Vous ne regretterez pas ma présence.
D'ailleurs, je prendrai modèle sur vous.
- Vous comprenez ma position. - Bien sûr, je comprends tout.
- Faites de beaux rêves.
- Regardez-moi. Avant 10 ans, vous construirez mon magasin.
- C'est ça. Je vais dresser les plans.
- Inutile. Ils sont là.
Bonsoir. - Bonsoir.
- Nous allons être en retard et faire mauvaise impression.
- J'oubliais l'essentiel.
Entre pays.
Accent du Sud. Vous n'avez pas changé, Gasparine.
- Allons, ça vous évitera de dire des bêtises.
- Dites-moi, le patron du Bonheur des Dames,
comment est-il ?
- Mme Hédouin dirige le magasin.
Son mari est plus âgé qu'elle. On le voit jamais.
Heureusement que Mme Hédouin est une femme de tête.
- Et de jolie tête ?
- Froide. Elle ne vit que pour le magasin.
Allons.
- Qui est-ce ?
- Valérie Vabre, la belle-fille du propriétaire.
- Elle revient déjà de la messe ?
- Elle voit beaucoup le bon Dieu quand son mari s'absente.
Mardi et mercredi, il est en voyage.
Madame en profite. Elle a les nerfs malades.
Il lui faut des calmants. Le bon Dieu a bon dos.
- Pauvre femme.
- Une hystérique. On appelle ça "les nerfs".
- Ces bagages ne sont pas encore montés ?
- Je suis pas une bête de somme. - Je vous paye pour m'obéir.
On ne peut plus se faire servir.
La cloche sonne.
…
- Bonjour, monsieur Vabre. - Bonjour.
- Qui est-ce ?
- C'est Auguste Vabre, le deuxième fils du propriétaire,
le beau-frère de Valérie.
- Montez ces malles, ou je vous flanque à la porte.
- T'as fini de gueuler, négrier ?
- Qui a osé ?
- Lécheur de bottes. - Feignant.
- Larbin. - Un pot de chambre en guise de cœur.
- À votre place, j'insisterais pas.
- C'est la faute au gouvernement.
Cris des marchands ambulants.
…
- Bonjour, mademoiselle Gasparine. - Bonjour, Emma.
- Pardon.
- Bonjour, monsieur. Vous désirez ?
- Je désirerais voir Mme Hédouin.
- À quel sujet ?
- Je vous présente M. Octave Mouret, dont M. Campardon vous a parlé.
- Avez-vous vu l'heure ?
- Pardonnez-nous, mais je suis arrivé hier soir, et…
- Ce n'est pas une excuse. - C'est une explication.
Je viens d'un pays où l'on se réveille
que pour se reposer d'avoir dormi.
- Ici, à Paris, le temps coûte cher.
- Il n'est pourtant pas beau. - Il faudra vous y faire.
Nous ouvrons à 7 h du matin et fermons à 19 h.
Trois dimanches de repos par mois.
Le dernier dimanche, vous travaillez comme les autres jours.
La maison est bonne, vous n'y serez pas malheureux.
Je suis là 15 min avant tout le monde et 15 min après tout le monde.
- Je suivrai votre exemple. - Je ne vous en demande pas tant.
- Je connais le commerce.
Après mes études, j'ai passé 3 ans à Marseille.
Voici mes certificats.
- Inutile : je ne me fie qu'à mon propre jugement.
Clémentine, faites visiter le magasin à Monsieur
et mettez-le au courant.
Je verrai à quel service vous affecter.
- Merci, madame.
- Par ici, monsieur.
- C'est décidé ?
Alors tu aimes ce… Comment, déjà ? Octave Mouret ?
- Pour une fois, maman en choisit un qui lui plaît.
- Et lui ?
- Il sait encore rien. Quand on se croise dans l'escalier…
- Ah bon !
Vous n'en êtes encore qu'au premier étage. Hé, là !
Un monsieur monte,
et il ne se doute pas que ta mère l'attend
pour l'attraper. - Bachelard, mon vieux !
Il vous prête de ces intentions. - Il n'a pas tort.
C'est le moment de tenir ta promesse.
- Je t'avais promis quelque chose ?
- Les 50 000 F de dot à Berthe.
- Elle est folle,
ma sœur.
Elle est folle. Où prendrais-je 50 000 F ?
- Dans ton portefeuille. Avec ce qu'il a gagné, cette année.
Sonnette.
- Les premiers invités. Ouvrez.
- Je peux pas être partout. - Debout.
Viens.
Allez.
- Et le dessert ?
- Dans le salon. Tu vas pas manger deux desserts.
Alors, j'ai ta parole ? - On ne paye jamais une dot.
Mon père a-t-il versé la dot de votre femme ?
Jamais. Pourtant, il était honnête.
Alors promettez.
- Je ne peux pas abuser de sa confiance.
- Vous ne comprendrez jamais rien aux affaires.
- M. Campardon et un jeune homme.
- C'est lui.
- Voyons d'abord sa tête.
- N'oublie pas ce que je t'ai dit. Tiens-toi droite.
Bonjour.
- Alors, à 11 h dans ta chambre ?
- Je vais finir trop tard.
J'aurai sommeil.
Je suis endolorie. Vous m'avez pincée pendant tout le dîner.
De quoi j'ai l'air ?
- Bon.
Il siffle.
Tu veux ou pas ? - Pas ce soir.
- Bon.
- C'est de la broderie anglaise.
- C'est joli, et je suis expert.
- Fait à la main par ma fille Berthe.
- Non ! - Elle a tous les dons.
Tout à l'heure, elle se mettra au piano. Elle a beaucoup d'âme.
- Monsieur Mouret,
café, thé ou groseille ?
- Merci, pas pour l'instant.
- Ma chérie, montre à M. Mouret ta dernière aquarelle.
Mais si.
Venez par ici, vous qui aimez les arts.
- Mes compliments. Quelle exactitude.
- Il manque pas un cheveu. Elle l'a copié sur une gravure.
- Vous avez beaucoup de talent.
- Montre ton album de photographies à M. Octave.
Puis-je vous appeler Octave ? - Je vous en prie.
- Non, il y a une photo où je suis toute nue.
- À l'âge de 8 mois. Mais si, mais si, ça l'amusera.
Vous m'excusez ?
- Vrai, ça vous amuse ?
- Oui. J'aurai l'impression de vous avoir connue toute petite.
Nous deviendrons de vieux amis.
Nous aurons rattrapé le temps perdu.
Pardon.
- Ma sœur.
- Elle est très jolie. - Elle est plus vieille que moi.
2 ans, 6 mois, 20 jours.
Ça, c'est mon pauvre papa. - Pourquoi "pauvre" ?
- Je dis ça par habitude.
Oh, mon éventail !
Pardon. - Les grands esprits se rencontrent.
- Moi, à 4 ans.
Je sais à quoi vous pensez en parlant d'autre chose.
- Je ne dis rien.
- Mais vous y pensez, quand même. Oh là là !
Moi, à 12 ans. - Déjà ?
Le temps passe vite avec vous. - C'est vrai ?
- Tournez. J'ai hâte de vous voir grandir.
Avec les petites filles, il faut tellement s'observer.
- Ma première robe de bal.
C'est d'ailleurs toujours la même.
- Très jolie.
Et une page vierge.
Une page toute prête pour la robe de mariée.
- Ne dites pas de bêtises.
- Mais je prévois l'avenir. Je le lis dans vos yeux.
Votre 1re robe de bal, avec qui l'aviez-vous inaugurée ?
- Avec un jeune homme qui me déplaisait
et qui m'a marché sur les pieds.
Cette polka, quand j'y pense…
- Tout ça, vous l'avez eu sans moi :
première robe, premier bal, première danse…
Il ne me reste rien.
Si, peut-être. Il vous manque quelque chose.
Laissez-moi vous l'offrir.
Votre premier baiser.
- Déjà ?
- "Déjà ?"
- Enfin.
Air de piano.
…
- Merci, ma chère Hortense. - Merci.
- Où est Berthe ? - Dans la salle à manger.
- Encore ? - Quoi ?
- Eh ben, dis donc. - Tu crois ?
Excusez-moi une seconde.
…
Berthe, viens dire bonjour
au docteur Guillomat.
Alors, Octave ? - Nous avons bavardé.
Mlle Berthe est un charmant sujet de conversation.
- Vous verrez, tout le monde l'adore.
Mon frère lui donne une dot de 50 000 F. C'est dire.
…
- Je vous présente mon grand fils.
…
- Octave Mouret. - Hector Trublot.
Alors, vous aussi ? - Quoi donc ?
- La broderie anglaise, les aquarelles, l'album de famille…
Nous sommes tous passés par là. - Ah oui ?
- Mme Josserand fait bien l'article pour sa fille.
Redoutable belle-mère.
- Je ne me laisse pas entortiller. Cœur chaud, sang froid.
La fille est charmante mais, dans mon pays, on n'épouse pas.
- Nous sommes compatriotes.
- Éléonore. Vous permettez ?
Mouret, rien à faire. Dans son pays, on n'épouse pas.
- Quoi ? - Il vient de le dire à Trublot.
- Tu plaisantes ? - Sur la tombe de papa.
- La petite canaille ! Il s'introduit
chez les gens, et…
Où vas-tu ? - C'est pour M. Octave.
- Je t'interdis de parler à cet escroc.
Tu veux une gifle ?
Que je te reprenne à te jeter dans les bras du 1er pique-assiette venu.
Exécrable. - Charmante soirée.
- Viens dire bonsoir aux Vabre.
- Bonsoir, chère madame. - Bonsoir.
- Bonsoir.
- Votre santé est-elle meilleure ?
- Oui, je vous remercie.
- Bonjour, monsieur Théophile. Comme c'est gentil à vous de venir.
Votre frère n'est pas venu ? - Ses migraines l'ont repris.
Je ne vois pas M. Josserand. - Il est là-bas.
- Les migraines d'Auguste. On en aurait à moins.
Le magasin du rez-de-chaussée va mal. Il y a eu un scandale terrible.
Le vieux Vabre refuse l'argent promis pour le faire marcher.
Auguste ne sait comment faire face à ses échéances.
- Pourtant, le magasin est une excellente affaire.
- Il faudrait à Auguste du liquide, les coudées plus franches.
- Comment n'y ai-je jamais pensé ?
Mais la voilà, la solution.
Narcisse.
Les 50 000 F, je leur ai trouvé un placement.
- Quels 50 000 F ? - La dot pour Berthe.
- Il ne l'épouse plus. - Je ne parle pas de ce raté.
Berthe va se marier avec Auguste Vabre.
Il ne peut pas refuser. Il a besoin de fonds de roulement.
- Tu vas jeter ta fille dans son lit ?
- Je ne lui donne pas un mari, je lui donne un magasin bien placé.
Mais le voilà, tout de même. - Qui ça ?
- Le mari de Berthe.
Bonjour, cher monsieur Auguste.
C'est gentil d'être venu malgré cette migraine.
Mademoiselle Berthe…
- Chère amie… Vous permettez ?
Parlons précisément
à monsieur le curé.
- Théophile Vabre. Un incapable.
Mais sa femme, Valérie, un drôle de tempérament.
Elle n'épouse pas, non plus. C'est déjà fait.
Qui n'est pas son mari a sa chance. - Présentez-moi.
- Inutile. Allez-y, carrément. Elle comprendra.
- Permettez-moi de me présenter : Octave Mouret.
Je vous ai déjà croisée dans l'escalier.
Vous reveniez de la messe, je l'ai su à votre missel.
- En effet. Vous êtes le pensionnaire de M. Campardon ?
- M. Campardon m'a donné une chambre au 3e,
vous savez, dans le couloir.
- Et vous êtes venu à la conquête de Paris ?
- Je suis plus ambitieux.
Je suis venu à la conquête des Parisiennes,
qui sont les créatures les plus inaccessibles du monde.
- J'espère que nous nous reverrons.
Mon ami, permettez-moi de vous présenter M. Octave Mouret.
- Chère amie, excusez-moi, monsieur le curé…
- C'est de la broderie anglaise. - Ah oui ?
- Entièrement faite à la main par ma fille, Berthe.
Une femme chante.
- Mademoiselle…
…
…
- Cessez d'étendre votre linge sale ! - Il est plus propre que ta figure.
- On n'expose pas les chemises de femme dans une maison honnête.
Elle rigole.
Je me plaindrai au propriétaire. - Fais ton rapport, espion.
Cornard !
- Mlle Gasparine, qu'est-ce que c'est que ça ?
- Des invendus. - Des invendus ? Invendables ?
- Les clientes n'en veulent pas.
- Il s'agit de leur en faire acheter.
C'est une très belle cretonne. Elle est marquée combien ?
- 5,50 F. - Parfait. Mettons-la à 7 F.
- Quand vous aurez 6 ans de commerce.
- Savez-vous comment j'ai gagné l'argent pour venir à Paris ?
Dans la fabrique où je travaillais, il y avait une indienne Pompadour.
Invendable. J'ai acheté tout le solde
et je l'ai liquidé dans les Basses-Alpes.
Les femmes s'arrachaient les coupons.
Il n'y en a pas une qui n'ait de mon indienne sur le corps.
C'est comme si je les avais toutes… possédées.
Vous permettez ?
Sonnette.
Bonjour, mademoiselle Berthe. - Je voudrais…
- Qu'est-ce que vous voudriez ? - N'importe quoi.
Un tissu pour un corsage. - Par ici.
Quelque chose de souple, de clair, comme vous.
- Ma mère veut me marier à un homme que je déteste.
- Vous êtes majeure. Refusez.
- Vous ne connaissez pas ma mère. - Qui vous impose-t-elle ?
- Auguste Vabre. Il est laid, malade, ennuyeux.
J'ai pleuré toute la nuit.
Sauvez-moi, monsieur Octave.
- Comment ? À quel titre ?
- Après ce qui s'est passé entre nous…
- Voyons. Il faut être honnête. Qu'attendez-vous de moi ?
Que je vous épouse ? Je n'ai pas de situation.
Je ne suis pas sûr de vous aimer comme un mari doit aimer sa femme.
- Mais vous m'avez embrassée.
- C'est parce que je vous ai trouvée jolie.
- Mais je vous aime, moi. - Ne croyez donc pas ça.
Faites comme si
je n'existais pas.
Regardez ces linons.
- J'en ai assez de vivre à la maison.
Je finirai par choisir n'importe qui.
- Alors je vous mépriserai.
- Si je savais ce que vous voulez… - J'ai envie de tout.
- Bonjour, mademoiselle Berthe. Votre maman vous laisse sortir ?
- Pour venir jusqu'ici…
- Et que pensez-vous de celui-ci ?
- Madame ?
- J'ai acheté l'autre jour ces 20 m de satin.
Je savais que ça jurerait avec mes rideaux,
mais votre vendeur avait été si persuasif.
- Nous allons vous les reprendre.
Monsieur Octave, voulez-vous voir avec Madame ?
Je m'occupe de Mlle Josserand.
- Mes rideaux sont en velours beige.
- Vous ne me l'aviez pas dit.
Ce qu'il vous faut, c'est une cretonne.
J'en avais une superbe, exclusive.
Les 150 m ont été retenus par le duc de Lussac.
- Le duc de Lussac ? - Je vais vous la montrer.
Quel enchantement, n'est-ce pas ? Le coloris est d'une distinction…
C'est ce que le duc…
- Vous désirez quelque chose de simple ou d'habillé ?
- Je ne sais pas. Je ne suis pas fixée.
- Je vous ai conseillé ce satin.
- Je peux vous donner la préférence. - Vous feriez ça ?
- À condition que… - Je reviendrai avec maman.
- Peu importe. Ce coupon est à vous.
- Je ne sais comment vous remercier. - C'est fait. Vous avez souri.
Madame garde son satin et prend les 150 m de cette cretonne.
- Monsieur Octave m'a dit que le duc…
- Je m'arrangerai avec lui.
- Vous lui raconterez une histoire. - Je ne mens jamais à la clientèle.
150 m,
à 7,50 F. J'ai fait le même prix
qu'à monsieur le duc. Madame.
- 150 m à 7,50 F…
1 125 F, madame. - Voilà, madame.
- Merci.
- Merci, madame. - Vous désirez qu'on vous le livre ?
- Qui est le duc de Lussac ? - Si je le savais…
- Vous connaissez Mlle Josserand ? - Oui.
Elle est jolie, n'est-ce pas ? - Jeune, mais immariable.
Pas de dot. - Oh ! Avec un bon vendeur…
- Il faudrait surtout un bon acheteur. Mais vous préférez Mme Valérie Vabre.
- Quelle idée !
- Ce n'est pas une conquête bien glorieuse que celle-là.
Les hommes sont si vaniteux.
D'un brin de paille, ils font un oreiller.
- Au revoir, madame. Au revoir, monsieur.
Sonnette.
…
- Monsieur Mouret, Madame a sa crise de nerfs.
Il me faudrait quelqu'un pour m'aider.
- Un verre d'eau. Des sels.
Apportez une serviette.
- Non, allez-vous-en ! Laissez-moi !
Laissez-moi !
- Allez-vous-en, ça va aller.
Respirez. Respirez.
- Non, non, non !
Elle crie.
Elle pleure.
…
- Madame…
…
Madame…
…
- Je vous remercie, monsieur.
Pourquoi me regardez-vous comme ça ?
Laissez-moi. Je n'ai plus besoin de vous.
- Non, non, non, non.
…
Allez-vous-en. Allez-vous-en.
Allez-vous-en. Vous me faites horreur.
…
- Eh ben, dites donc ! En voilà un temps pour une noce.
- Un vrai temps de cocu.
- La mère Josserand a réussi son coup.
- Le petit Vabre apporte sa migraine en cadeau de noces.
- Si vous voyiez Mlle Berthe comme elle est belle.
- Adèle ! - Voilà. Voilà.
- Adèle, regardez Mademoiselle. Le plus beau jour de ma vie.
Et Monsieur, il a l'air d'un veuf.
Excusez-moi. La joie.
- Mademoiselle a perdu sa fleur d'oranger.
- Je suis contente de toi. Tu récompenses tous mes efforts.
Ne fais pas cette tête d'enterrement.
Ah ! Vous voilà, vous.
- Bonjour.
Quel temps ! Ça va être gai, ce mariage.
- Eh ben…
- Oh ! J'ai une de ces migraines… - Oh non, pas aujourd'hui.
- Mettez une compresse.
- Où est Théophile ? - Il cherche sa cravate.
- Oh, la garce ! Cette fois…
- Pour Mme Duveyrier…
- Duveyrier, ma femme me trompe. Voilà ce que j'ai trouvé.
- Ne le criez pas sur les toits.
- Papa, Valérie me trompe. - Quoi ?
- Ma femme me trompe ! - Avec qui ?
- Ce n'est pas signé, mais je sais qui c'est.
- Qui est-ce ? - Patience, on va voir.
- Votre frère est décidément un sot.
J'espère qu'il va se calmer.
- Il n'est pas encore habitué à être trompé, lui.
- Vous n'allez pas me faire une scène. - Une scène ? Depuis le temps ? Non.
J'ai toujours plaint votre maîtresse de devoir vous supporter.
- Un jour comme celui-là, oublions nos griefs.
- Ne m'approchez pas. J'ai horreur de ça.
Même tous les 10 ans.
- Qu'est-ce que c'est que ça ? - Une lettre.
- Une lettre de votre ami.
- "Mon chat, que de bonheur, hier. À vendredi, à Saint-Roch."
Ça ne se fera pas. - C'est pas le moment.
- C'est le moment ou jamais.
Cette fois-ci, j'ai une preuve
et je sais qui c'est : Octave Mouret.
Si ce calicot met les pieds à l'église…
- En voilà, des façons. Allez, passez devant.
Vous n'allez pas
gâcher le mariage de votre frère.
- "Bonheur"… Bonheur. C'est dégoûtant.
Dégoûtant.
- Il est fou. Vous me voyez avec Octave Mouret ?
- Bien sûr.
(En tout cas, n'avouez rien.)
- Où vas-tu ? - J'ai oublié mon paroissien.
- Je vais le chercher.
- Comme elle est jolie, n'est-ce pas ?
Monsieur Octave,
je voulais vous remercier
pour votre livre.
- J'ai appris votre solitude
et j'ai pensé que la lecture vous distrairait.
- Entrez, je vais vous le rendre.
- Non, un autre jour.
- Vous êtes invité à la noce ? Pas moi.
Nous ne faisons pas partie de la maison.
- Il vu a plu, ce roman ? - Oh oui !
Mon mari me défendait de lire.
Il trouve que la lecture développe trop les sentiments.
On ne peut pas avoir la tête vide.
- La tête vide et le cœur gros.
- C'est vrai.
J'ai pleuré en le lisant.
Il m'a fait une scène de jalousie. C'est drôle, non ?
- On ne trompe pas son mari avec un héros de roman.
- Monsieur Octave, ce ne serait pas bien.
Vous m'en prêterez d'autres ?
- D'autres ?
- Des livres.
- Bien sûr.
Brouhaha.
…
- Vise-moi la grosse. Elle a décroché ses rideaux.
- Ma pauvre petite.
- Vive la mariée !
- VIVE LA MARIÉE !
…
Musique liturgique.
…
- Des regrets ? Sans blague ?
- C'était une gentille fille. - Ce sera une gentille femme.
- Le salaud. Il a osé venir jusqu'ici.
Je vais les exterminer tous les deux. Venez. Je veux un témoin.
Vous représenterez la famille.
Mon poing sur la figure.
Salaud ! Pardon, monsieur.
Canaille. Pardon, monsieur.
On me prend pour un imbécile ?
…
Votre présence ici
est choquante,
et je dirais même plus, regrettable.
Je sais tout !
(- Faites-moi profiter de votre savoir.)
- Ne m'obligez pas à être désagréable.
(Vous êtes l'amant de ma femme. Voilà.)
(- Je prends cette insulte pour un compliment que je ne mérite pas.)
- Monsieur Auguste Vabre, voulez-vous épouser
Mlle Berthe Josserand
selon le rite de notre mère la sainte Église ?
"Oui, je le veux."
- Oui, je le veux.
- Et cette lettre ?
Cette lettre, nierez-vous en être l'auteur ?
- Mademoiselle Berthe,
voulez-vous épouser M. Auguste Vabre
selon le rite de notre mère la sainte Église ?
- Oui, je le veux.
- "Mon chat, que de bonheur, hier. À vendredi, à Saint-Roch" ?
Très intéressant.
- Ego conjungo vos in matrimonium.
In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti.
Amen
Je ne suis pas l'heureux bénéficiaire de ce bonheur d'hier.
Voici mon écriture.
Regardez et comparez.
Psaume en latin.
…
- Je vous l'avais dit. Excusez-vous.
- C'est moi qui m'excuse de n'avoir pas goûté
la beauté de madame Vabre.
- In nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. Amen.
- Si ce n'est pas lui, alors qui est-ce ?
- Vous avez toute une assemblée de suspects.
- Vous promettez et jurez de garder fidélité
comme de fidèles époux se le doivent
et selon le commandement de Dieu ?
- Je le jure. - Je le jure.
Brouhaha.
…
- Si Madame et Monsieur les mariés
veulent bien ouvrir le bal.
- Pas ce soir. Un autre soir.
- Vous n'avez pas l'intention de vous marier toute l'année ?
Ouvre le bal avec ton père. - J'ai pas dansé depuis 15 ans.
- Et voilà cet imbécile avec la corde au cou.
- Si vous lui aviez accordé des crédits,
il ne l'aurait pas épousée pour sa dot.
- Maintenant, il paiera son loyer.
- Comme si vous aviez besoin d'argent.
- Mais oui, pour le mettre de côté et grossir votre héritage.
- Il n'y a pas de quoi rire.
- Oh si !
- Je vous ai réservé ma seconde danse.
- Je vous présente mes excuses pour ce matin.
- Non. - Si, si.
Si, votre main.
- N'en parlons plus.
- Si je vous racontais ma vie…
On épouse une fille pudique, on se réveille avec une inconnue
qui vous trompe pour le plaisir.
- Si on savait avant qui on épouse, tout le monde serait célibataire.
- C'est une preuve, ça, non ?
Je ne me coucherai pas avant de l'avoir démasqué.
Vous permettez ?
- Quel idiot, avec sa lettre !
Voilà ce que vous coûtent les honnêtes femmes.
Les bonnes, il n'y a que ça. Fin de l'histoire.
Elles sont prises toute la journée, pas le temps de vous embêter.
Valérie Vabre n'a qu'à dire que la lettre était adressée à sa bonne.
Valse.
…
- C'est vrai que, dans votre pays, on n'épouse pas ?
- Vous, on vous épouserait partout.
- Vous n'êtes pas du tout mon genre.
- Et quel est votre genre ?
- Deux fois comme vous. - Je vous plais à moitié.
- Tenez, mon genre, le voilà.
…
- Bourgogne rouge, bordeaux rouge.
La pureté toujours, comme en amour.
Je ne mêle jamais argent et amour. Je suis un sentimental.
- Moi aussi.
- Si je vous disais que je suis aimé pour moi-même,
ça vous en boucherait un coin.
20 ans. L'innocence dans sa fleur.
- Vous ? - Vous en doutez ?
Je vous présenterai. Tenez, demain, dimanche.
Nous irons ensemble.
Mais pas un mot à Trublot, il ne respecte rien.
C'est un jouisseur.
À la vôtre.
Valse.
Brouhaha.
…
- Monsieur Mouret, qu'y a-t-il de vrai dans l'histoire avec Mme Vabre ?
- Laquelle, Berthe ou Valérie Vabre ?
Je ne suis pour rien dans cette lettre.
- Vous avez une intrigue avec Berthe ? J'avais peine…
- N'ayez aucune peine. Je ne vous ferai jamais de chagrin.
- Il s'agit de ma maison, pas de moi.
- Me feriez-vous quelque reproche ? - Non.
Les femmes vous intéressent beaucoup. - Oui, commercialement.
- Je vous disais cela… - Bien sûr.
Vous permettez ? Mlle Berthe…
Pardon, Mme Vabre m'a retenu pour cette danse.
Musique entraînante.
…
- Octave…
Vous ne dites rien.
Qu'est-ce que je vous ai fait ?
Je pouvais pas agir autrement.
J'ai choisi la liberté.
Vous comprenez ?
Dites, vous comprenez ?
Mais dites-moi quelque chose.
Octave.
Vous pensez à Valérie ?
Non ?
Déjà à une autre ?
Madame Hédouin ?
Vous la trouvez si jolie que ça ?
Plus jolie que moi ? - Ravissante.
Aïe.
…
- Ma pauvre Berthe, quelle triste nuit de noces.
Me pardonnerez-vous jamais ? - Vous sentez-vous mieux ?
- Un peu. Une heure que je suis levé, mais je n'osais pas me montrer.
Tenez. - Merci. Vous êtes très gentil.
- J'ai un peu honte. - Ne parlons plus de ces choses.
- Un pauvre type,
je suis un pauvre type.
Si, si, je m'en rends bien compte.
Les fiançailles, le mariage, tout ça a été si rapide.
Nous allons faire connaissance et déjà, je vous ai déçue.
J'aurais tant voulu que vous m'aimiez un peu,
tant voulu… je sais pas, moi.
… vous faire un peu la cour, des rendez-vous d'amoureux,
que nos fiançailles nous laissent un souvenir.
Au lieu de ça, vous vous dites : "Qui est-ce, celui-là ?
"Ah oui, on se croisait dans les escaliers.
"C'est le monsieur du premier étage."
Et je suis là, devant une jolie femme que je n'ose pas embrasser.
- Mon pauvre Auguste.
- Vous m'aimez un petit peu ?
Est-ce que vous l'aimez un peu, votre pauvre Auguste ?
- Je vous aime un petit peu.
Rires.
…
- Eux, ils sont heureux.
- Oh, monsieur Bachelard ! - Mon oncle !
- Entrez, mon cher !
Voici Octave Mouret, un homme d'un grand avenir.
- Mesdames. - Mademoiselle Menu.
- Mademoiselle. - Sa nièce, Fanny.
Bonjour, fifille. - Bonjour, mon oncle.
- Donne des chaises, Fanny.
Pardon.
Vous prendrez bien un peu de café ? - Oui.
- Il est tout prêt. - Merci.
- Qu'est-ce que vous dites de ça ?
Une vraie petite perle rare.
Qu'est-ce que j'ai apporté à ma petite perle rare ?
Des marrons glacés.
- Vous êtes trop bon, mon oncle. - Jamais, quand on est généreux.
Non, c'est pour mon petit poulet.
- Votre nièce fait de la broderie ? - Oui.
30 ans, j'ai été brodeuse rue Saint-Sulpice.
Je lui ai appris le métier. Il fallait bien.
La marier à qui ? À un ouvrier qui l'aurait battue ?
À un employé qui lui aurait fait un enfant chaque fois…
Vaut mieux qu'elle se conduise bien avec M. Narcisse.
- Et elle se conduit bien. Hein, mon petit cœur ?
- Je fais tout pour que vous ayez de la satisfaction avec elle.
Toujours, je lui répète :
"Sois reconnaissante, fais-lui plaisir."
L'argent que vous lui donnez, dans sa tirelire.
- Et voilà, mon cher. C'est ça, la famille.
Une nièce, une vraie,
pas une qui mendie une dot pour renflouer un incapable.
Comment la trouvez-vous ? Dites toute votre pensée.
- Vous n'avez pas une petite sœur ?
Rires.
- C'est un ange, cette petite. Hein, Fanny, t'es un ange ?
- Ça on peut le dire. Un ange irréprochable.
- En effet, c'est beaucoup mieux. Un peu trop criard peut-être.
- "Criard" ?
Regardez-les.
- Venez, que nous voyions les commandes.
- À vos ordres.
- Personne ne nous dérangera.
- Voici l'état de ce qui nous reste en magasin.
Ah, si nous avions plus de place. - Ça dépend de vous.
- De moi ?
- J'ai depuis un moment une idée, mais je n'osais pas vous en parler.
- Dites toujours.
- La maison voisine est à vendre. Achetez-la.
Édifiez un magasin de 4 étages et vous tuerez le petit commerce.
- Pas si simple.
- Au lieu de vendre peu et cher, renversez la formule.
Vendre beaucoup bon marché.
- La maison Vabre vous fait concurrence.
Créez un rayon. Avant 5 ans, elle sera en faillite.
- Elle est vieille et solide. - Les vieilles maisons…
il faut précipiter leur agonie. - Pardon ?
Quelle cruauté. - Nous sommes jeunes. Pas de pitié.
- Vous avez les dents longues. - Et je m'en flatte.
Les boutiques sombres aux plafonds enfumés
où l'on vend d'obscures marchandises ont fait leur temps.
Préparons le XXe siècle.
- Vous avez de bons yeux. Vous voyez grand et loin.
- Élevons une cité dans la ville, un palais de la femme.
Celles entrant mains vides et porte-monnaie plein…
- En sortent mains pleines et porte-monnaie vide.
- Il faut les éblouir,
les griser de lumière, les soûler de marchandises,
afin qu'affolées, perdant la tête, elles succombent.
- Quelle éloquence. Le poète lyrique de la bonneterie.
- Les femmes, croyez-moi, c'est mon rayon.
- Je commence à le craindre.
- Savez-vous ce que vous êtes ?
- Non. Qui suis-je ? Dites-moi vite. J'ai hâte de me connaître.
- Ne riez pas. Vous êtes directrice du Bonheur des Dames.
N'y avez-vous jamais songé ? Ce n'est pas une enseigne banale.
C'est une formule magique.
Votre magasin en veilleuse, illuminez-le.
Qu'on vienne ici comme on se rend au théâtre.
Le commerce de la frivolité est joyeux, amusant,
enivrant, féerique. - C'est vrai, c'est amusant.
- N'est-ce pas ? - Avec vous, oui.
- Et vous serez servie la première
car vous n'êtes pas heureuse, alors que le bonheur est en magasin.
Oh oui, avec vous, je ferai de grandes choses.
- Mon Dieu. C'était pour ça ?
- Eh bien, oui, je vous aime. - Je vous croyais plus intelligent.
Comment n'avez-vous pas compris que jamais je ne ferais ça ?
Parce que c'est bête, d'abord, et inutile
et que je n'en ai pas la moindre envie.
Ne jouez pas la comédie. Vous ne souffrez pas.
Vous êtes seulement un peu déçu.
Il y a une erreur et un oubli dans vos calculs :
je suis mariée.
- Oh, si peu. - Arrêtez vos insolences.
On frappe. - Ouvrez la porte.
- Une cliente demande les cachemires.
- Nous les attendons au début du mois.
- Merci, madame.
- Je quitterai la maison ce soir.
- Je ne vous ai pas renvoyé. Ça ne change rien.
Je n'ai pas peur.
- Non, je ne pourrai pas rester.
Votre présence m'empêcherait de vous oublier.
- La maison vous regrettera. Vous étiez un bon commis.
- Au revoir, madame.
- Qu'est-ce que c'est ? - Deux places pour l'Opéra.
- Encore ? - Quoi "encore" ?
- Attention : 2 robes, 2 dîners, 2 soirées au théâtre.
J'ai pas les moyens.
- Vous m'avez privée de voyage de noces.
- Je fais ce que je peux. J'ai acheté 5 000 F de meubles.
- Et engagé une nouvelle bonne pour me surveiller.
- Si encore vous vous occupiez davantage du magasin.
- Vous vous êtes marié pour avoir une employée ?
- J'ai mal à la tête.
- Assez de vos jérémiades, de vos migraines.
Je suis jeune, je veux m'amuser.
Si vous ne me rendez pas heureuse, je serai heureuse toute seule.
C'est votre faute.
- Qu'est-ce que j'ai fait ? - Mon malheur,
en me jetant au cou d'un homme qui me reproche mes dépenses.
- Je vous avais dit : "Si vous l'épousez,
"je vous mépriserai."
- Je criais à l'aide, vous aviez jeté votre dévolu sur Mme Hédouin.
- Je songe si peu à elle
que je ne travaille plus chez elle.
- Elle vous a renvoyé ? - Je suis parti
à la suite d'un différend d'ordre commercial.
- Alors vous êtes libre.
- On m'a proposé une situation rue du Sentier. J'y réfléchis.
- Pourquoi ne pas travailler avec nous ?
- Votre présence m'empêcherait de vous oublier.
- Octave… moi, je ne vous ai jamais oublié.
Claquement de porte.
…
- Il est arrivé un accident à monsieur Vabre.
Dans son bureau.
- Mon Dieu !
- À qui est ce soulier ? - C'est à moi, madame.
- Arrangez votre corsage. - Quelqu'un devra prévenir Monsieur.
- Qui ? - M. Auguste est en bas.
- Non, pas la famille. Pas pour le moment.
Tenez, montez au troisième.
Si M. Mouret est là, dites-lui qu'il vienne.
On frappe.
- Qu'est-ce que c'est ? - C'est Clémence, monsieur.
Madame vous demande. M. Vabre est mort.
- M. Auguste Vabre ? - Non, le père.
- Dites-lui que je descends tout de suite.
Tu as entendu ? - C'est un étranger. Ça m'est égal.
Tout m'est égal, maintenant.
Ça ne change rien.
Mon mari va à Lyon tous les mardis.
Son absence dure deux jours.
- Madame. Je vous prie de croire bien sincèrement…
- Je voudrais que vous préveniez mon mari.
- Bien sûr. Il est au palais ?
À cette heure-ci, vous le trouverez 18, rue Saint-Denis
chez Mlle Clarisse Bocquet.
Sa maîtresse, oui.
Je subis le sort commun à toutes les femmes légitimes.
- "18, rue Saint-Denis" ?
- En partant, ne dites rien à mon frère.
Il aura tout le temps d'avoir du chagrin.
- Compris.
…
- Nul n'est moins pudibond que moi, mais vous montrez là
un peu trop de vous-même. - "Trop" ?
Tu te plains toujours de n'en voir jamais assez.
J'ai un corps. Que vais-je en faire ? Des confitures ?
Je dois en profiter.
Quand j'aurai ton âge, ça me fera un beau souvenir.
- Vous pourriez vous couvrir davantage.
- Comme si j'étais seule à me faire peindre nue.
Et la mère Récamier ? Et Le Cygne de Léda,
c'était pas la première venue.
Et Diane au bain ? Elles sont toutes dans des musées.
Elles ne s'en portent pas plus mal.
- Rassurez-vous, ce n'est qu'une ébauche.
- Oui, "une débauche".
Il vaut mieux montrer un corps bien fait
qu'une vilaine figure. C'est plus poli.
- Un jeune homme te demande.
- Moi ?
- J'ai jamais vu un type pareil. Il ne me tutoie qu'au lit
et il enlève sa Légion d'honneur quand il vient me voir.
- Je dois vous quitter.
- Oh ! Monsieur.
- Monsieur Octave Mouret. - Madame.
- Oh, "madame"… - Couvrez-vous, je vous en prie.
- Quoi ? On fait connaissance.
Pourquoi partez-vous ? - Mon beau-père est mort.
(- Vous connaissez mon adresse. J'espère que nous nous reverrons.)
M. Duveyrier ne vient que tous les deux jours.
- Voilà.
Au revoir, mon petit trésor.
- Je ne te dis rien, mais je n'en pense pas moins.
Au revoir, monsieur. Très heureuse de l'occasion.
- Et puis, mettez-lui une écharpe.
- Un crêpe, c'est de circonstance, et la poitrine en berne.
Trois jours tranquilles.
Tu couches ici ?
- Où sont les titres ? Où est l'argent des loyers ?
Ils étaient dans le secrétaire. - Il était vide.
- Vous l'avez vidé. Voleur !
- Moi ? - Parfaitement.
- Pourquoi ne pas nous prévenir ? - Pour lui vider ses poches.
- Moi ? Quelle horreur !
- Vous nous avez dépouillés. - Mais je déposerai une plainte,
tout conseiller à la Cour que vous êtes.
- Silence, voilà le notaire.
Alors, maître, ce testament ? - Il n'y en a pas.
- "Pas de testament" ? - Ni titres ni argent liquide.
Il ne vous laisse que l'immeuble. - Il avait plus de 600 000 F.
- Il a tout perdu en spéculations que je lui avais déconseillées.
- Nous sommes escroqués.
Vous nous avez fait miroiter un héritage imaginaire.
- Versez donc la dot de Berthe.
- Nous la verserons à notre heure. L'oncle Bachelard est encore vivant.
- Je me plains, moi, qui ai nourri, logé cet imbécile sans un sou ?
- Ne parle pas de papa sur ce ton.
- Mesdames, messieurs.
Je vous apporte mes condoléances.
- Merci, monsieur.
- Merci.
- Je me mets à votre disposition, si vous avez besoin de mes services.
- Vous êtes trop aimable. - J'ai quitté le Bonheur des Dames.
Je pourrai, si vous le voulez, tenir votre magasin ouvert.
- J'accepte bien volontiers.
Avec ce qui vient d'arriver, ce n'est pas le moment de fermer.
Merci, monsieur. Berthe, accompagne Monsieur.
- Je crois que vous n'avez plus besoin de moi.
- Non.
- Il part vendredi pour Lyon.
Cris des marchands ambulants.
…
- Couteaux, ciseaux !
Couteaux, ciseaux !
- Cocher, arrêtez, je vous prie.
- Couteaux, ciseaux !
Couteaux, ciseaux !
- J'aurais voulu vous être utile dans ce moment pénible.
- Merci. Mais vous savez, mon beau-père…
Vous ne m'en voulez pas ? - Pour quoi ?
- Mais, pour l'autre jour.
- Comment pourrai-je jamais vous en vouloir ?
La cloche sonne.
…
- Déjà le jour ? Quelle heure est-il ? Octave !
- Quoi ?
Qu'est-ce qu'il y a ?
Octave bâille.
Qu'est-ce que tu fais ?
Où vas-tu ? - 8 h ! Je suis perdue !
- Tu vas pas sortir comme ça ?
- C'est épouvantable.
Si Rachel s'en aperçoit… C'est une espionne.
- Les espionnes, ça s'achète. Habille-toi.
Ce n'est pas grave. Je te le jure.
- Toi, tu ne risques rien.
- Sois pas injuste.
Tu as confiance en moi ? Alors embrasse-moi.
Tu m'attends une seconde.
Ah, zut ! La porte de Marie Pichon est ouverte.
Faudrait pas qu'elle te voie passer. Je vais l'occuper.
Pendant ce temps, tu t'habilles. Courage.
À tout à l'heure.
Bonjour. Chose promise… - Entrez, M. Octave.
Vous prendrez bien un café ? - Non.
- Oh si, si.
- Votre mari est déjà parti ?
- Il part tôt et rentre tard.
- Vous devez vous ennuyer.
- J'ai toujours été seule.
- Vous n'avez pas d'amis ? - Si, le dimanche.
Quel est ce livre ?
- C'est l'histoire d'un homme qui aime une femme vertueuse.
- Ne racontez pas la fin.
- C'est une histoire sans fin.
- Je reviens de chez ma mère.
Hortense a été malade et j'ai attendu toute la nuit le docteur.
- Madame a tort de se gêner. Monsieur n'est pas si bon.
- Rachel… - Madame ?
Oh, Madame, ça ne vaut pas ça.
…
- Bonjour.
- Tout s'est bien passé ? - Assez mal.
- 250, 260…
- Qu'est-ce que vous payez ? - La mantille livrée à Madame.
- "Une mantille" pendant un deuil ? - Une occasion.
- 300 F, vous vous moquez de moi ? Je vais la remettre en vente.
- Elle ne m'allait pas. Je l'ai donnée à Rachel.
- Un comble !
- J'ai bien dit qu'elle était trop belle pour moi.
Ce matin, Madame a tellement insisté. Parfois, on ne peut refuser.
Je voudrais l'argent pour les courses.
- Je me crève pour avoir
des délais des créanciers, on dépense.
- Si votre père ne s'était pas ruiné…
- Si votre mère m'avait versé votre dot…
- C'est moi ou ma dot que vous avez épousée ?
- Une mère stupide qui vous fait manger la fortune des autres
et qui n'avait rien à vous mettre sur le dos.
- Qui a payé la noce ? - Vous n'aurez plus un sou.
Vous resterez derrière le comptoir. - C'est ce que nous verrons.
- Enfin, n'ai-je pas raison ? Mettez-vous à ma place.
- Je m'y suis mis, monsieur.
Et à votre place, je sais bien ce que je ferais.
Si vous m'écoutiez, vous n'auriez plus ces querelles.
Et avant 5 ans, vous aurez ruiné vos concurrents.
- Que faudrait-il faire ? - La fin de la saison approche.
Brouhaha.
…
- Eh bien, c'est un triomphe. - Je ne sais plus.
- C'est Octave qui a eu cette idée ?
- Il a réussi à obtenir une autorisation.
- Le génie des affaires. - J'ai l'impression d'être un forain.
- Monsieur, combien, ce coupon ? - Je ne sais pas.
Où est M. Octave ? M. Octave ?
…
- Pouvez-vous réassortir ce coupon ?
- Mais nous en avons de plus jolis pour moins cher.
Voyez dans le magasin.
…
- Si vous voyiez la foule en bas… Quant à M. Octave, c'est Napoléon.
- On sait comment ça s'est terminé, Napoléon.
- Rien de neuf ?
- Non. Comment va M. Hédouin ?
- Très bien. L'opération a parfaitement réussi.
Je viens de passer devant chez les Vabre, une cohue.
Vous voyez toujours M. Mouret ?
- Forcément. Il prend ses repas chez M. Campardon.
- À l'occasion, dites-lui de venir me dire bonjour.
Il ne doit pas être attaché à M. Vabre.
- À M. Vabre, certainement pas,
mais à Berthe, peut-être.
- Ne dites pas que…
- Je ne dis rien.
- M. Mouret n'aime que le commerce. - Quand un mari quitte sa femme
deux fois par semaine
pour aller à Lyon…
- Quoi donc, docteur ?
- J'ai une triste nouvelle.
Cinq minutes après votre départ de l'hôpital, M. Hédouin est mort.
- "Mort" ? Vous m'aviez dit que l'opération avait réussi.
- Oh, elle a parfaitement réussi, mais le cœur n'a pas tenu.
…
- Voilà le plaisir, mesdames Voilà le plaisir
- Je vous remercie, M. Mouret.
- Je vous en prie. - Si, si, je suis très touchée.
Vous savez, j'ai toujours déploré votre départ.
Gasparine vous a, je pense, transmis ma proposition.
- Je n'ai pas très bien compris ce qu'elle m'a dit.
- La maison vous est toujours ouverte.
- Je suis très sensible à votre offre, mais M. Vabre me donne satisfaction.
…
- Chère cousine,
nous allons vous accompagner. - Non.
- Nous n'allons pas vous laisser.
- Mais si, je préfère. Ne vous inquiétez pas pour moi.
Au revoir, Maurice.
- Toutes mes condoléances.
Nous avons beaucoup pensé à vous et à votre mari.
- Je m'y attendais un peu. - Oui, le cœur ne pardonne pas.
- Il ne s'est pas vu mourir. C'est une consolation.
Je vous demande pardon. Je ne sais pas ce que j'ai.
- La fatigue. Je vous reconduis.
- Non, ça va passer.
- Mais si. Berthe, rentre avec M. Octave. J'arrive.
- Bon. - Je m'excuse.
- Mais non. Entre commerçants, c'est bien naturel.
Que te voulait la mère Hédouin ?
- Elle m'a offert de revenir au Bonheur des Dames.
- Elle perd pas la tête.
- Sa tête et son mari le même jour, ce serait trop.
- Tu as accepté ?
- Ma réponse dépend de toi.
Ton mari part ce soir, on se voit ?
- C'est un marché ?
- Voilà 2 semaines que tu me fais faux bond.
- Parle à ton aise, que risques-tu ?
- Je croyais t'avoir rendue heureuse.
- Pour ce que ça t'a coûté.
Un mari qui ne donne rien et un amant dépourvu de gentillesse,
c'est agréable. - Je croyais que tu m'aimais.
- Mais je t'aime. Mais je ne veux pas recommencer comme la dernière fois.
- Tu as tort car j'avais une surprise pour toi.
La parure qui te faisait tellement envie.
- Du ruolz. - Non, du vrai.
Si tu la veux, viens ce soir.
- Je suis pas une fille.
- Si tu étais une fille, je te paierais.
- Tu voudrais bien que je sois une fille, hein ?
Je t'aime assez pour être ce que tu voudras que je sois, canaille.
- Vous allez avoir une lourde charge.
Tenir le Bonheur des Dames, une femme seule…
- Oh, il y a longtemps que M. Hédouin ne s'occupait plus de la maison.
Quant à reprendre un nouveau commis, non.
Une seule expérience m'a suffi.
- Une seule expérience ? - Oui.
- M. Mouret n'a pas donné satisfaction ?
- C'est un jeune homme actif, intelligent, courageux,
mais un peu trop entreprenant.
Il ne faut pas le laisser seul avec une femme.
Il a du charme.
On a beau être honnête, on a toujours un moment de faiblesse.
- Vous faites bien de me prévenir. - Comment ?
Non, je n'ai pas dit ça.
Je parlais de M. Mouret, en général.
Et j'ai trop d'estime pour votre femme.
Vous partez toujours pour Lyon, ce soir ?
…
Sifflement de locomotive.
…
- Billet, s'il vous plaît, monsieur.
- Quel est le prochain arrêt ? - Dijon.
- À quelle heure est le train pour Paris ?
- De Lyon ? - Non, à Dijon.
- 3 h 10, monsieur.
- Et qui arrive à Paris ? - À 7 h.
La cloche sonne.
…
- Paris. Tout le monde descend.
- 24, rue de Choiseul. - Bien, monsieur.
- T'en as, une tête. - L'estomac…
- C'est pas étonnant. Avec ce qu'on bouffe chez les Josserand.
La viande sentait jusque dans l'escalier.
- Tu te plais, chez ta patronne ? La Valérie Vabre, c'est une drôle.
- Une vraie putain, oui.
- Hé, l'espionne, ta patronne est aussi une belle garce ?
- Aussi chameau que sa mère, et paillasson.
- Vous parlez de Berthe ? - Gagné.
- Elle aussi ? - La baraque, tous cochons.
- Dès qu'Auguste a le dos tourné, hop, dans le lit du bel Octave.
- Auguste croit avoir la migraine, il a mal aux cornes.
Rires.
- C'est vrai, ce qu'elle dit ?
- Que ne ferait-elle pas pour de l'argent ? Et des cadeaux…
Comme au théâtre, il faut payer pour entrer.
…
- C'est affreux… Moi, pour de l'argent ?
Tu ne le crois pas, dis ?
- Mais non…
- La fois où je les ai surpris collés l'un contre l'autre dans l'escalier,
le lendemain, elle avait une robe neuve.
Cadeau d'Octave.
- T'enlèves ta chemise, on te donne une robe.
C'est tout bénéfice.
- Au fait, quel jour on est ? - Mercredi.
- Alors le cocu est à Lyon.
Elle est en train de se faire payer.
Rien pour rien. La maison ne fait pas crédit.
- Mon Dieu… On ne doit plus se voir.
- Tu as peut-être raison. - Tu la crois donc ?
Pour avoir payé une parure et quelques dettes ?
- Je n'ai jamais dit ça. - Mais tu le penses.
…
- Le bel Octave, quand même,
il doit regretter d'avoir quitté la mère Hédouin,
vu qu'à présent, le sac… c'est elle qui l'a.
- Il n'a qu'à se partager entre les deux.
- Il se gênerait. - Ce qui l'intéresse, lui,
c'est le tiroir-caisse.
Il couche pas avec Berthe, il couche avec le magasin.
Rires.
- Voilà l'opinion publique. Une boîte à ordures dans l'escalier.
- C'est tout ce que tu dis ?
Tu crois que ces allusions me sont agréables ? Proteste.
- C'est invraisemblable.
Tu sais que ce tiroir-caisse était vide.
- Oui, tu nous as sauvés de la faillite et tu te rembourses.
- Tu ne veux pas changer de sujet ?
- Pourquoi ? Ça te gêne ? - Non, mais ça manque de dignité.
- "Dignité" ? Parlons-en.
- Si tu crois que je t'aime par intérêt, il faut me quitter,
et très vite. - Bien sûr, va voir Mme Hédouin.
- Nous y voilà. - Elle a le sac, pas le mari.
C'est avantageux. - Tu es bien la fille de ta mère.
- Dire que j'ai aimé ça. Si c'était à refaire…
- Quoi ? Tu en prendrais un autre ? - Oh !
On frappe.
- Ouvrez ! Je sais que vous êtes là, tous les deux.
- Chut…
- J'enfonce la porte !
- N'ouvre pas, il va nous tuer.
- N'aie pas peur. - Lâches ! Vous ne répondez pas ?
Fracas.
…
Salaud ! Voyou !
- Allons, vous n'êtes pas de force.
- "Pas de force" ? Voleur.
Sonnette.
- Madame ? Madame ?
Entrez. Ne restez pas là.
Si, si.
- Considérez-vous
comme giflé. J'attends vos témoins.
- À vos ordres.
- Que vais-je devenir ?
- D'abord, il faut l'empêcher de se battre.
- Mais les gens, que vont-ils penser de moi ?
- Comment voulez-vous qu'ils vous comprennent ?
Ce sont des étrangers.
- Si j'avais su…
- Ne regrettez rien.
Ne regrettez rien, puisque vous l'aimez.
- Berthe…
Nous allons nous battre.
Mon petit…
Nous ne pouvons pas nous quitter brouillés, ce serait bête.
Nous nous sommes trompés, tous les 2, voilà tout.
Est-ce un crime ?
Pendant 3 mois, nous avons cru nous aimer. C'était merveilleux, non ?
- Et après tout, c'est peut-être ça, l'amour…
Croire que l'on s'aime.
Si nous ne nous sommes pas aimés, c'est que l'amour n'existe pas.
Mais non, on ne s'est pas trompés.
Comme tous les amants, nous avons cru former un couple unique au monde,
et comme tous les amants, nous redevenons comme les autres,
nous rentrons dans le rang.
Berthe, ta main.
- Jamais plus j'aimerai. Jamais plus.
- Tu es presque guérie, tu songes à l'avenir.
- Alors vous n'allez pas vous battre ?
- Si, il le faut bien.
- Mais vous ne vous aimez plus.
- On se bat pour des ombres.
Pardon. Je crois que j'ai détruit quelque chose, chez vous.
- Vous n'avez pas à me demander pardon.
Grâce à vous… Vous allez me trouver bête,
mais quoi qu'il arrive, je ne serai plus seule.
- Je vais sans doute devoir quitter cette maison.
- Ça ne fait rien.
Ça ne fait rien, monsieur Octave.
Ce n'est pas ça qui compte.
- Adieu, Berthe.
Au revoir, Marie.
- Adieu, monsieur Octave.
- Tu veux te battre ? - Jusqu'au dernier.
- Mais il va t'embrocher. Moi, à ta place…
- Qu'est-ce qui vous prend ? - Rien, c'est nerveux.
C'est l'idée d'Auguste sur le terrain.
- Tu seras mon 1er témoin, Duveyrier, mon 2e. Il est chez lui.
- S'il n'est pas chez lui, vous savez où il est ?
- Vous êtes au courant ? - Comme tout le monde.
- J'ai un de ces rhumes…
- M. Bachelard n'est pas là ? - Jamais à cette heure-ci.
- Auriez-vous l'adresse de M. Trublot ?
- Non. M. Bachelard vous la donnera.
- À quelle heure revient-il ?
- Il doit être chez sa nièce, 8… - 8, passage Saint-Paul. Je sais.
- De quoi vais-je avoir l'air ? Tu n'as pas pensé à ta mère.
Tout ce mal pour que tu me retombes sur les bras.
Avec ce calicot. Quel intérêt avais-tu donc ?
- Aucun. - Alors ?
- Je détestais Auguste.
- La belle raison.
Est-ce que j'ai trompé ton père, moi ?
- Si elle aime Octave ? - Elle ? C'est un monstre.
- Et si j'aime aimer personne ?
Tu crois que ça se commande ? On n'aime pas à la commande.
- On ne se marie pas pour obéir à sa mère.
- Je me suis mariée pour respirer, pour sortir de là !
Je me suis mariée pour tromper mon mari, là !
- Tu es contente ? C'était facile à prévoir.
J'ai pris mes précautions. Je me marie dans un mois.
- Quoi ? Avec qui ? - Avec un homme que j'aime.
- Malheureuse, je saurai t'en empêcher.
À partir de maintenant… - C'est assez.
Nous en avons par-dessus la tête, de ta dictature.
Je regrette que tu m'aies pas trompé.
Tu m'aurais peut-être rendu plus heureux.
Regarde ta fille.
Voilà ton œuvre.
Elle a plus de mari, plus de foyer, plus rien.
Mais c'est ma petite fille.
Elle est victime de ma faiblesse et de ta tyrannie.
C'est à nous de lui demander pardon.
- Pardon ? Plutôt mourir. - Parle pas de bonheur.
- Ça ne se passera pas comme ça. On verra ce qu'on verra.
Vous arrivez bien. Vous allez me servir de témoin.
Ah, le salaud ! - De témoin ? Justement, je…
- De témoin ! Mais que venez-vous faire ici ?
- Vous demander l'adresse de Trublot. - Vous vous foutez de moi ?
Dans le lit de mademoiselle. Voilà où il perche, M. Trublot.
J'arrive, ce matin, tout joyeux,
et qu'est-ce que je trouve ?
- Trublot.
- Ce cochon de Trublot vautré dans les draps.
Moi qui étais si heureux d'avoir trouvé un nid avec un ange dedans.
Tu n'as pas honte, vilaine ?
- Je savais pas, moi.
- Tu savais pas qu'il était là ? - Non, que ça vous ennuierait autant.
- Je t'avais prévenue que M. Narcisse serait contrarié.
Tu vois ? Au lieu de m'écouter.
- Vous êtes habillé ? Sortez. Au point où vous en êtes.
- Je vous le disais bien. Les bonnes…
Juste un écart de conduite.
- "Un écart de conduite" ? Judas ! Et l'amitié ?
Qu'avez-vous fait de l'amitié de Bachelard ?
Cette petite…
Moi qui me la gardais pour vous. Mais oui.
Je me disais : "Quand je serai vieux, je la marierai à Trublot.
"Je pourrai mourir tranquille." J'ai du cœur, moi.
50 000 F ! Je voulais lui donner 50 000 F de dot, cochon !
- Remettez-vous. - Écoutez M. Octave.
- Vous ne vous seriez pas conduit ainsi.
Mais nous irons sur le terrain. Le pistolet, à 10 pas.
- Non, on ne se bat pas en duel.
- Et l'honneur ? - Si vous étiez marié.
- Là, je m'en foutrais. - C'est à voir.
J'ai besoin de lui. - Pour quoi ?
- Comme témoin. Moi, je me bats en duel.
- En duel ? - Oui, contre un homme marié.
Auguste Vabre m'a surpris avec Berthe.
- Avec Berthe ? - Oui.
- Mais dans quel monde vivons-nous ?
- Comptez sur moi. - Qui sont ses témoins ?
- Théophile et Duveyrier. - Duveyrier ?
J'ai justement rendez-vous avec lui pour déjeuner chez Clarisse.
C'est l'occasion. Quelle heure est-il ?
Cette petite m'a coupé l'appétit, moi.
Nom d'une pipe, je suis en retard.
Et tu sais, toi,
ne recommence jamais, sinon tu auras affaire à moi.
Dis-moi que tu ne recommenceras plus. - Je recommencerai plus.
- Allez, embrassez-la, ordure.
Non, sur le front.
Et que je ne vous y reprenne plus, ou je vous retire ma confiance.
Ohé ?
Mais que se passe-t-il ?
- Vous voyez bien. - Je les ai surpris.
- Comment ? - Nous venions chez Clarisse.
Le concierge m'observe d'un drôle d'air,
je monte, j'entre… Personne.
Plus rien. Elle m'a laissé mon portrait.
- C'est comme moi. Je monte, je rentre…
- Elle n'avait pas dormi dans son lit. - Si, avec Trublot.
Un spectacle d'une indécence…
- Elle était avec Mouret. - En chemise.
Debout. - Plus rien. Le silence, le vide.
- Je me suis jeté sur lui.
- Je me suis jeté sur elle.
- Elle s'est enfuie. - Me voilà.
- De qui parlez-vous ? - Berthe et Mouret.
- Je vous parle de Clarisse. - Mais je parle de Fanny.
- Qu'est-ce qu'elle vient faire là ? Je vous parle de Berthe.
- Je lui avais acheté un piano.
Moi qui détestais la musique…
- Je ne venais jamais les mains vides.
Je lui apportais des bonbons, de l'argent…
- "Ton portrait ? Voilà un peintre."
- C'est comme ma femme. Des robes, des bijoux…
- Se conduire ainsi à 20 ans… - Non, 25.
- Non, 20. Je le sais. - Elle s'est moquée de vous.
- Non, elle me l'a prouvé. - Clarisse ?
- Non, pas Clarisse. Fanny.
- Je me disais aussi. Valérie a plus de 20 ans.
- Avez-vous fini, avec vos petites histoires ? Et moi ? Moi ?
Qui se bat, ici ? Vous ou moi ?
- Il a raison.
- Auguste, je ne vous dirai qu'un mot : "Vengez-nous."
Je commence à avoir faim, moi. On va déjeuner ?
Vive les femmes ! Vive celles des autres et les nôtres.
Ce sont les mêmes. On ne peut leur reprocher leur inconstance.
C'est leur infidélité qui fait d'elles nos maîtresses.
Quoi de plus embêtant qu'une femme fidèle ?
- Il faut être marié pour le savoir. Pas vrai ?
Oh, pardon.
Pas vrai ? Ah, non… Qu'est-ce que je disais ?
- Votre femme vous a déjà trompé ? - Ben, forcément.
- Alors ? - Je l'ai corrigée.
Depuis, elle y regarde à 2 fois.
Il faut que ça en vaille la peine.
- Bravo, bravo.
À votre santé, messieurs, et à votre courage,
Auguste.
- Oui, parlons de ce duel. Il a lieu demain à l'aube ?
- Si je n'ai pas ma migraine. - On reportera ça au lendemain.
L'offensé a le choix des armes. - C'est Octave.
- Est-ce bien sûr ?
- Vous l'avez giflé.
- En tout cas, j'ai voulu.
- Donc il a le choix des armes. Impartialité avant tout.
- Pardon, mais c'est moi qui suis le…
Enfin, le… - Le cocu.
Mais cocu, est-ce une offense ? Messieurs, à main levée.
Qui lève la main dit oui. 1, 2, 3…
4. C'est une offense.
Alors… pistolet, sabre, épée ?
- Une minute. Vous êtes là, à me pousser.
Vous avez envoyé vos témoins à Trublot ?
- Aucun rapport. Fanny est une enfant, elle savait pas ce qu'elle faisait.
- Et l'amant de Clarisse ? - Elle n'est pas ma femme.
- Et si je tue Octave ?
C'est un cas de conscience.
Je suis catholique.
- Napoléon aussi, mais il se battait.
- Pas pour Joséphine.
Octave à des torts, mais c'est lui qui m'a sauvé de la faillite.
- C'est à considérer.
- Si je ne le tue pas, nous nous serons battus et brouillés.
- Oui. - Et le magasin ?
- Quoi ?
- Je pourrai pas garder Octave. Il ira se placer ailleurs.
Parce que ma femme a été indigne, je devrais faire la fortune
des autres ? - C'est un argument.
- On s'emballe, on s'emballe…
- Messieurs, ça change tout.
Ce duel serait une folie. Pire, une sottise.
Je vais aller trouver Octave. L'animal te fera des excuses
ou je ne m'appelle plus Bachelard.
Entre son bonheur et son intérêt… j'en réponds.
- Nous aurons évité un scandale.
- Je refuse qu'Auguste, blessé dans son amour-propre…
- … Le fut dans sa chair.
- Et tout est bien ainsi. Messieurs, Bachelard vous offre le champagne.
Sommelier !
Ah… Si Fanny était là…
- Je ne servirai pas de témoin à un homme qui a trahi ma confiance.
- N'exagérons rien.
- Je suis l'ami des Vabre et leur locataire.
J'aurais l'air de vous approuver.
Je suis un artiste, mais tout de même.
Quand je vous ai accueilli,
ne vous ai-je pas déconseillé d'amener des femmes ?
- La maison était pleine de femmes, et de charmantes.
- Oh, je vous en prie.
Je comprends tout. - Oui, vous êtes artiste.
- Sauf l'adultère. - Oui ?
- Que je condamne. - Au nom de…?
- La morale. - Et de la raison.
- Peut-être bien. - Vous me faites marcher ?
- Plaît-il ? - Vous n'êtes pas infidèle ?
Vous la "gasparinez", nuance.
Entre nous, Gasparine… - Parlez moins fort.
Ma femme dort. Gasparine n'est pas mariée.
- Et vous ? - Quelle mauvaise foi.
Je ne l'ai pas détournée de son foyer.
- Rapprochée du vôtre. On ouvre.
- M. Bachelard demande M. Mouret.
- Qu'il entre.
Entrez, entrez.
- Chut… Mme Campardon dort.
- Excusez-moi.
Un mot à dire à M. Octave Mouret.
- Vous n'êtes pas de trop. Restez, mon cher. C'est chez vous.
- Soit.
Mon cher, j'ai tout arrangé.
Ça a été laborieux. Mais, Dieu merci…
Enfin, vous ne vous battez plus.
Vous êtes content ?
- Je ne me bats plus ? - Non.
Vous n'allez pas vous compromettre dans un duel.
On passe l'éponge, on vous gracie.
Vous faites vos excuses et la vie continue.
- "Et la vie continue" ? Où ça ?
- Ici, partout, ailleurs. Où vous voudrez.
- Et je garde ma situation ? - Puisqu'on passe l'éponge.
- On efface tout et on recommence.
- Tout, tout.
Auguste s'est laissé emporter, une saute d'humeur.
Il a le sang chaud.
Un jeune marié…
- Et je fais des excuses ? - Mais oui.
- À qui ? - À Auguste.
- Vous exprimez
des regrets, vous savez ce que c'est. - Quoi ?
Je regretterais d'avoir, dans la mesure de mes moyens,
rendu Berthe heureuse ?
Ce serait outrager indignement une créature adorable
qui a tant fait pour mon agrément.
Non, pas de regrets.
- Et si Berthe vous demandait d'exprimer ces regrets ?
- C'est qu'on l'y aurait contrainte. Je ne le tolérerais pas.
- Bon… Bon, bon.
Et si vous vous excusiez réciproquement, Auguste et vous ?
- "Réciproquement" ?
- Vous, de l'avoir trompé, et lui, de vous avoir giflé.
- Il ne m'a pas giflé.
- Il en a eu l'idée, c'est pareil.
- Mais cette idée, je l'ai moi-même appliquée.
- Alors, de quoi vous plaignez-vous ? - De rien. J'attends ses témoins.
- Et s'il ne vous les envoie pas,
vous aurez l'air malin. - Je me ferai une raison.
- Entre nous, honnêtement, que comptez-vous faire ?
- Auguste m'épargne le coup d'épée que j'allais lui donner.
J'ai décidé d'aller habiter ailleurs.
- Et le magasin ?
Le cœur est une chose, le commerce en est une autre.
Vous ne pouvez pas quitter le magasin.
- Vous me voyez continuer à travailler pour Auguste ?
Je ne veux pas le ridiculiser.
- Et Berthe ? - Oui, et Berthe ?
- Que va-t-elle devenir, en ne vous voyant plus ?
- Vous voulez la punir ?
- Je crois pouvoir vous dire
que Berthe a résolu de se passer de moi.
- L'ingrate.
- N'insistez donc pas.
- C'est votre dernier mot ?
- Oh, le dernier.
- Je vais donc leur porter votre réponse.
- Mais quelle réponse ?
- Que vous quittez l'immeuble. - Voilà.
Merci d'avoir servi de témoin à cette conversation.
- Et mes compliments, mon cher, pour votre attitude compréhensive.
- Vous allez prendre un peu de quinquina ?
Amenez le quinquina. - Non…
- Si, si, j'y tiens.
La cloche sonne.
…
- Bonsoir, madame. - Bonsoir.
- Bonsoir, madame. - Bonsoir.
- Bonsoir. - Bonsoir.
- Bonsoir, Mme Hédouin. - Mlle Gasparine,
puisque vous voyez M. Mouret,
priez-le de venir immédiatement.
Je ne quitterai pas le magasin sans l'avoir vu.
- Bien, madame.
- Dites-lui…
Dites-lui qu'il s'agit d'une chose grave, urgente.
- Oui, madame. Au revoir, madame.
- Les honnêtes gens trouvent toujours un terrain d'entente.
- Les terrains vagues ne manquent pas.
- C'est amusant. - Bonsoir, messieurs.
- BONSOIR.
- M. Mouret, Mme Hédouin souhaite vous voir au magasin.
- Mme Hédouin ? - Oui, il s'agirait d'une chose grave.
- Excusez-moi.
…
Des pas se rapprochent.
…
Octave frappe.
Mes respectueux hommages, madame.
Vous désirez me parler ? - Oui.
Je suis au courant de votre altercation avec M. Vabre.
Je sais qu'il a constitué témoins. La rencontre ne doit pas avoir lieu.
- Tout dépend de lui. - Ne vous battez pas.
- Qu'est-ce que ça peut vous faire ? - S'il vous tuait ? Il est maladroit.
- Il faut en accepter les risques, d'ailleurs partagés. S'il mourait ?
- Hélas, rien n'est moins sûr.
- Vous vous êtes déjà bien accommodée de mon absence.
Il y a 3 mois que je suis mort, pour vous.
Si je meurs pour de bon, quelle différence ?
Je n'ai aucun scrupule à quitter ce monde
qui ne me regrettera pas.
- Monsieur Octave, il faut que vous sachiez la vérité.
Je porte la responsabilité de cette histoire.
C'est moi qui ai éveillé les soupçons de M. Vabre.
Je ne lui ai rien dit de précis, j'ai été ignoble.
Votre comportement m'avait agacée.
- Mon comportement ? - Mais oui.
Vous étiez devenu l'homme de confiance de M. Vabre.
Je pensais que vos efforts étaient dirigés contre moi.
Votre refus de revenir dans ce magasin m'avait exaspérée.
- C'était une question de boutique.
- Je ne sais pas. Tout cela était si confus.
- Vous craignez d'avoir des remords, si je meurs.
Mais il n'y aura pas de concurrence. Et vous n'aurez pas de remords.
Vous avez un tiroir-caisse dans le cœur.
Il ne bat pas, il compte ses sous.
Vous m'avez dénoncé, bien.
Vous passerez ma mort aux profits et pertes.
- Non, j'irai supplier M. Vabre. - Ce serait amusant.
Allons, adieu, madame.
- Non, ce n'était pas une question de boutique.
Pardonnez-moi, Octave.
- Je ne me battrai pas.
Mais c'est le dernier sacrifice que je vous fais,
madame Mouret.
Sous-titrage : ÉCLAIR
Can't find what you're looking for?
Get subtitles in any language from opensubtitles.com, and translate them here.