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ALEXANDRE LE GRAND
Avec Omero Antonutti et Eva Kotmanidou
Michalis Giannatos
Grigoris Evangelatos
Ilias Zafiropoulos
et Miranda Kounelaki
Thanos Gramenos
Toula Stathopoulou
Fotis Papalambros
Christ. Nezer
Produit par Théo Angelopoulos et ZDF-EKK
Un film de Théo Angelopoulos
Un jour, il y a bien longtemps,
un roi étranger vint conquérir la terre de nos ancêtres.
Alors, Alexandre, descendant des Hères,
une tribu de guerriers qui régnait sur les montagnes,
réunit les plus braves des Macédoniens,
chassa l'ennemi étranger et libéra notre terre.
Apportant la victoire et libérant les peuples
sur son sillage, il parvint aux confins de l'Asie.
Un soir,
alors qu'il regardait le soleil
disparaître dans l'eau du fleuve,
et il se sentit envahi par la tristesse.
Cette nuit-là, il abandonna ses compagnons et partit,
seul,
à la recherche du bout du monde.
Vive le vingtième siècle!
Qui va là?
Qui est là?
Lord Mancaster,
permettez-moi de vous présenter madame...
et M. Tsélépis.
Ils brûlaient d'envie de vous connaître.
Que dit-il? – C'est du grec ancien.
Il n'a pas compris ce que j'ai dit!
Lord Mancaster!
Vous partez déjà?
Excellence, nous venons d'entrer dans le XXe siècle!
Imaginez... le rêve de Byron.
Voir le soleil surgir de la mer
et s'élever entre les colonnes du temple de Poséidon, à Sounion,
à la première aube du siècle.
Une expérience unique.
Monsieur le ministre.
Est-il exact que vous démissionnez pour rejoindre l'opposition?
Vous devez être aux anges, Madame.
Ce soir, vous avez dansé avec le roi.
M. le ministre, notre société exige un bail sur le domaine Tsélépis,
mine de charbon de Mavrovouni comprise,
de 50 ans au minimum.
Comprenez, les investissements seront importants.
Galeries souterraines, quartiers d'habitations,
réseau ferroviaire et port pour l'exportation.
Votre compensation ne couvre pas nos frais.
M. Tsélépis et moi-même, comptons créer un climat propice
qui aura raison des hésitations du premier ministre.
Les analyses sur le charbon sont arrivées de Londres.
Les paysans constituent l'obstacle majeur.
Ils n'ont pas renoncé à faire valoir leurs droits
sur la région de Mavrovouni.
Ne l'oubliez pas quand vous ferez votre offre.
M. le ministre, merci
de nous avoir fourni fiacres, cochers et guides.
Mon Dieu, il pleut!
Qu'attendez-vous de ce siècle?
Je suis votre guide.
Voici le temple de Poséidon!
Après leurs victoires à Marathon, Salamine
et la dernière à Platées, en 479 avant J. -C.,
lorsqu'ils expulsèrent les Perses de Grèce,
les Athéniens n'oublièrent pas
Athéna et Poséidon, qui s'étaient portés à leur secours.
En l'honneur d'Athéna, ils érigèrent le Parthénon.
Au cap Sounion, ils consacrèrent à Poséidon
ce temple dorique de marbre qui domine les mers
et brille d'une blancheur éclatante
sur un rocher abrupt, battu par les flots.
Ô rayon du plus beau soleil qui ait jamais brillé
Pour notre Thèbes aux sept portes,
Tu as donc lui, enfin, œil du jour doré.
À peine t'es-tu montré au-dessus des eaux de Dircé,
Que le guerrier au bouclier étincelant,
Venu d'Argos,
A pressé l'allure de son char.
Moi, Alexandre,
capitaine des rebelles,
j'écris à Votre Majesté, au gouvernement
et à l'ambassadeur d'Angleterre.
Les lords se portent bien.
Je requiers l'intervention de Votre Grâce
pour que les terres soient rendues aux paysans,
et que l'amnistie soit accordée à mes hommes et à moi
et à tous ceux qui ont été emprisonnés.
Nous avons pris le maquis
car nos droits ont été bafoués
par les usuriers et les propriétaires fonciers.
À ces conditions, je libèrerai les lords et leurs femmes
et on évitera ainsi qu'un sang innocent soit versé.
Vive Alexandre le Grand!
Personne ne sait d'où il vient.
On l'a trouvé qui courait sur les collines.
On lui a demandé son nom. Il a répondu: Alexandre.
Personne n'en sait davantage.
Bénis le pain et le vin,
Bénis, trois fois bénis, le cheval.
Ô Alexandre le Grand,
tu es le vent qui m'emmène,
tu es notre saint Georges.
Terrassant le dragon.
Bénis le silence et le bruit,
et le Verbe de Dieu.
Ô Alexandre le Grand,
tu es mon soleil,
tu es saint Georges.
Terrassant le dragon.
Cinq années de bagne, capitaine.
J'ai perdu la tête.
Message du gouvernement!
Le gouvernement est prêt à payer une rançon
en échange de la libération des otages.
Toutefois, il refuse d'accorder l'amnistie,
car cela est contraire à la constitution.
Sa Majesté et son gouvernement se soucient avant tout
de sauvegarder la vie de leurs sujets.
Sa Majesté se soucie peu
de respecter la constitution hellénique.
Elle met le gouvernement grec
face à ses responsabilités, lourdes de conséquences,
en cas d'initiative malheureuse.
On est des anarchistes italiens recherchés par la police.
En ville, nous avons entendu parler d'Alexandre.
Nous allons au village, nous aussi.
Tournez-vous!
Bienvenue au sein de la commune.
Nous sommes heureux de votre retour.
Vous êtes des nôtres et ce village est à vous.
Mais bien des choses ont changé, depuis votre départ.
Vous le verrez.
Demain, nous nous réunirons
pour examiner les affaires courantes,
y compris la question des otages étrangers.
Maître, nous sommes heureux.
Mais nous ne devons pas mettre le village en péril.
Les lords sont des gens puissants.
Les gardes armés vont nous tomber dessus.
Nous parlerons de tout ça demain.
Ce soir, fêtons ensemble votre retour.
Bienvenue, capitaine et à tous les autres.
Bienvenue, père.
Je suis de retour, femme.
Pierro Cori nous a parlé de votre expérience communautaire.
Je l'ai connu à Paris.
Je l'ai revu en 93, au congrès ouvrier de Gênes.
On n'était pas toujours d'accord. – Nous le savons.
Le masque du tyran est tombé.
Reste l'homme, sans sceptre. Libre, sans frontière.
Sans discrimination, sans classe, sans tribu ni nation.
Libéré des cultes et des lois, il est son propre maître!
C'est comme un rêve.
Qui êtes-vous?
Des anarchistes italiens, recherchés par la police.
Que voulez-vous?
Nous demandons à pouvoir rester
afin d'éviter d'être arrêtés.
Nous respectons vos idées,
mais pour pouvoir rester,
vous devez accepter les règles de la commune.
Vous devrez travailler à l'atelier artisanal,
faire paître le bétail
et œuvrer à d'autres tâches.
Vous devrez obéir aux décisions du tribunal populaire.
Défendre la commune, si nécessaire.
Respecter la volonté souveraine de la commune.
Ici, aucun bien n'est individuel.
Tout appartient à tous.
Hommes et femmes ont les mêmes droits.
Ouvre-moi, père!
Ouvre-moi!
Ouvre-moi, père!
Dis-moi, beau garçon
Honnête et blond,
Ta patrie quelle est-elle?
Comment s'appelle-t-elle?
J'adore le peuple,
Le monde est ma patrie.
La libre pensée
Est ma seule foi.
La maison est le bien de celui qui l'habite,
Et la terre appartient à celui qui la travaille.
Adieu, petite maison d'antan,
Adieu mes parents.
Bienvenue à la fête et dans la commune.
Maître!
Le village a changé!
Après toutes ces années de bagne,
on est revenus et on n'a plus rien!
Tout est la propriété de la commune!
Nos maisons ne nous appartiennent plus!
On est obligés de mendier pour nos femmes,
nos enfants
et nos bêtes.
Capitaine!
Nous sommes encerclés! Dans le hameau, près du fleuve,
l'armée est partout.
Pourquoi, capitaine?
Nous l'avions oubliée, depuis le temps.
Pas besoin de savoir l'heure. On n'obéit à personne.
À bas les horloges!
Un message du capitaine, Alexandre le Grand!
Le jeune lord a pris froid.
Les autres sont en bonne santé.
Mais, le temps passant, ils se demandent avec inquiétude
si vous n'auriez pas l'intention
de les sacrifier à la gloire de la patrie.
Dans la leçon précédente... – Maître!
Ne faisons pas cours.
Nous devons continuer comme avant!
Non, il ne faut laisser aucune question en suspens.
Alors parlons des moutons égorgés.
Faisons un procès.
Il faudrait qu'ils soient présents. Qui les amènera ici?
L'heure est venue de politiser l'affaire des otages anglais.
Ce sont des prisonniers politiques. Jugeons-les...
En ennemis du peuple.
Depuis ce matin, nous sommes assiégés.
Les événements nous ont devancés.
Il y a pire que les moutons égorgés.
Nous ne décidons plus de rien.
Nous sommes plus nombreux qu'eux.
Glaive de l'archange!
Les siècles donnent à mes paroles valeur de vérité.
Le combat n'a pas de loi.
Il tranche les têtes.
Si tu ne dégaines pas, je le ferai.
Tu baisses la tête? Pas de pitié pour toi!
Tu hésites? Je te tranche le cou.
Nous sommes perdus si nous optons pour la violence.
Ils ne sont pas mieux lotis que nous.
Les maçons prétendent que la pierre a 7 visages.
Il est sage de les tester tous les sept.
Je propose que le procès ait lieu
comme s'ils étaient présents.
Le verdict sera appliqué quand tout sera rentré dans l'ordre.
Nous, juges de la commune, élus par le peuple,
sommes réunis ici pour juger Alexandre et ses hommes,
qui ont détruit des biens communautaires.
Capitaine et vos hommes, qu'avez-vous à dire?
Il essayait d'entrer dans le village.
Il veut te parler.
Il a envoyé son bras droit.
Les navires anglais sont au Phalère.
Leurs canons sont pointés sur Athènes.
Mon gouvernement a donné sa démission.
Le pays frise le ridicule.
Pourquoi le gouvernement nous refuse-t-il l'amnistie?
La constitution l'interdit.
Qui a fait la constitution?
La nation.
Ce qui est fait peut être défait.
Mon gouvernement vous propose une autre solution.
Faites une requête pour obtenir la grâce du roi.
Mais un procès doit d'abord avoir lieu.
Simple formalité, pour sauver les apparences.
Je vous assure que si vous vous rendez, vous serez jugés
et quinze jours plus tard, vous serez graciés.
Nous n'avons violé aucune loi.
Amenez vos juges au village, qu'on les voie, qu'on les entende.
Après le procès, on attendra la grâce du roi.
Dès qu'on aura les papiers, les lords seront libérés.
Quelle infortune que la mienne!
Pourquoi me jeter dans le gouffre de la mort?
Pour sauver l'honneur de la patrie.
Paix à mon âme.
Nous, propriétaires des terres de cette région,
pour le bien de la patrie,
avons décidé
d'abolir vos dettes
et de vous rendre les terres de cette plaine.
J'essaie de comprendre
qui a aidé Alexandre et ses hommes à s'évader
et dans quel but ils ont fait ça.
Personne ne sait.
Personne ne parle.
Tout fait penser à un gigantesque complot.
La politique d'Alexandre
est celle d'un grand chef.
Il sait jeter un voile sur ses faits et gestes.
Vous aviez promis de respecter les décisions collectives.
Maître, le rêve est en péril.
Seigneur, sauve ton peuple,
Donne-nous ta bénédiction
Et accorde à tes rois
La victoire sur les barbares.
Que l'ombre de ta croix
Protège ton royaume.
Prêtres, où allez-vous?
Au monastère.
Seigneur, protège ton peuple,
Donne-nous ta bénédiction
Et accorde à tes rois
La victoire sur les barbares.
Que l'ombre de ta croix
Protège ton royaume.
Désireux de mettre un terme à cette affaire
et de prouver sa bonne volonté,
le gouvernement accepte votre proposition.
Victoire!
Silence!
Tais-toi! – Et pourquoi?
Tais-toi!
Ces terres sont à nous!
Tais-toi!
Ça suffit!
Les champs qu'ils nous rendent ne sont à personne.
Ils sont à la commune, comme le reste!
Les champs qu'on nous avait arrachés,
mon grand-père les avait durement acquis
et mon père les a cultivés toute sa vie.
On avait décidé d'en discuter à l'école.
C'est votre liberté que vous êtes en train de perdre!
Le despotisme détruira la vie de la commune!
Votre révolution se meurt!
Son esprit hurlera dans le désert!
Dans la rivière du siècle mourant,
Sur l'horizon désert et affligeant,
Se lève l'aube nouvelle, menaçante et cruelle.
Des squelettes par milliers,
Hurlant de haine, de faim et de chagrin,
Exprimeront la colère qui les habite.
En faisant exploser la dynamite.
Notre mort héroïque tracera la route du futur.
Et de notre sang une nouvelle histoire jaillira,
Et l'anarchie surgira!
Arrêtez!
Voici le village d'Alexandre le Grand.
C'est ici que tout petit, il fut trouvé par des paysans.
Il ne laissait personne l'approcher.
Seule une jeune femme y parvint.
Elle lui prit la main et le suivit.
Puis elle devint sa mère.
Voici la maison d'Alexandre le Grand.
Dans cette maison, il vécut avec elle.
Adulte, il l'épousa.
Elle était encore jeune et belle.
La fille qu'elle avait eue d'un premier mariage
fut la demoiselle d'honneur.
L'église où Alexandre épousa sa mère adoptive.
C'est ici qu'à la sortie de l'église,
on lui tira dessus.
Mais c'est la mariée qui fut tuée dans sa belle robe blanche.
Les propriétaires fonciers, dit-on, avaient commandité le crime
car Alexandre soulevait les foules paysannes.
Quand Alexandre s'enfuit de prison,
la fille de sa défunte femme disparut avec lui.
Elle l'aurait suivi en ville pour vivre avec lui.
La nuit de l'évasion d'Alexandre,
elle réapparut au village et rouvrit la maison.
Souriez, s'il vous plaît!
Immobiles,
comme des statues, messieurs.
Au nom du roi,
et devant la cour d'assises, le procès est ouvert!
Un instant!
Sont accusés de meurtre,
brigandage, prise d'otages,
en résumé,
de violation des articles du code pénal,
le dénommé Alexandre, de patronyme inconnu
alias Alexandre le Grand,
et d'autres bandits
que je m'abstiendrai de citer nommément,
faute de temps.
Les accusés sont-ils présents?
Ils sont présents.
Que les témoins de l'accusation et les victimes approchent.
Ô rayon du plus beau soleil qui ait jamais brillé
Pour notre Thèbes aux sept portes,
Tu as donc lui, enfin, œil du jour doré.
À peine t'es-tu montré au-dessus des eaux de Dircé,
Que le guerrier au bouclier étincelant,
Venu d'Argos,
A pressé l'allure de son char.
Je ne comprends rien!
Je vous prie d'abréger. Nous sommes trempés!
La parole est au procureur.
Monsieur le juge, messieurs!
Pourquoi, capitaine?
Personne n'avait d'intérêt à tuer le procureur.
Ni toi, ni nous. Personne.
Le village est en danger, capitaine.
Prends tes hommes et va-t'en!
Nous irons rendre les otages aux autorités!
Sinon, ce sont nos fusils qui parleront.
Pourquoi?
Il le fallait.
Il aurait tout gâché.
Ils auraient tout gâché.
Il le fallait...
Je me suis réveillé,
cette tête de marbre entre les mains
qui m'épuise les coudes,
et que je ne sais où appuyer.
Au feu!
Ils ont égorgé les moutons!
Ils ont aussi empoisonné l'eau!
Ils ont empoisonné l'eau!
Qu'est-ce qu'on attend, compatriotes?
Qu'est-ce qu'on attend?
Le capitaine vous demande de rendre les armes et les vivres.
Obtempérez et nous n'aurons pas recours à la force.
Attendez!
Tournez-vous!
Le capitaine voulait dire...
que pour votre bien et pour le bien de tous,
il doit confisquer armes et vivres
et interdire la circulation dans le village sans permis.
Maître, c'est moi, Alexandre.
Maître, je ne comprends pas.
Lors de la leçon précédente,
nous avons fait de l'histoire.
Aujourd'hui,
nous allons parler de propriété et de pouvoir.
La propriété, c'est...
La propriété, c'est...
Le pouvoir, c'est...
Le pouvoir, c'est...
Si j'utilise des paraboles,
c'est pour qu'elles soient plus douces à tes oreilles.
L'horreur ne se raconte pas.
Elle est vivante
parce qu'elle est silencieuse
et qu'elle va toujours de l'avant.
Trop tard, capitaine! Ils ont disparu.
On a trouvé ce chapeau.
D'accord, maître, on fera comme tu dis.
Viens.
Dors, Alexandre.
Il fait chaud, là-dessous.
Dors, Alexandre.
Il fait bien chaud, là.
C'est injuste!
C'est injuste!
C'est injuste!
J'étais leur complice.
Alexandre!
Tu as tout détruit.
Tout est perdu à jamais. La fête, les drapeaux...
Il ne reste plus rien.
La volonté d'un seul homme.
Massimo avait raison!
Tu ne comprends pas?
Derrière tout ça, il doit y avoir un complot.
Ils t'ont utilisé, Alexandre!
Maître, c'est moi, Alexandre.
La propriété, c'est...
Le pouvoir, c'est...
C'est moi!
C'est moi!
C'est moi, patron! C'est moi!
C'est ainsi qu'Alexandre est entré dans les villes.
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